X-Factor

Note de l'auteur : Parce qu'avec la sortie de Star Wars, l'espace est en ce moment à l'honneur partout, et même dans ma fic. ;-)

Remerciements : Merci à fidjet et à Gentiane94 pour leur relecture attentive.

Bonne lecture !


Chapitre 19 : Vers l'infini et au-delà

À beaucoup d'égards, l'Institut Xavier était semblable à tous les autres internats du monde. Il était occupé par des enfants de tous âges et par leurs professeurs, les élèves assistaient à leurs cours dans la journée et vaquaient à leurs occupations le reste du temps, celles-ci incluant divers sports, jeux ou autres activités artistiques. Mais en bien d'autres points, on n'aurait pu ôter à l'Institut la spécificité qui était la sienne, à savoir d'être une école pour jeunes mutants.

Pour convenir au plus de mutations possibles, Charles Xavier avait dû ainsi au cours des ans développer des règles ou en supprimer d'autres. Chaque arrivée d'un nouvel élève ou presque avait occasionné une modification du règlement intérieur. Il était ainsi absolument interdit de se servir de ses pouvoirs dans les couloirs depuis que Iceberg avait transformé celui du deuxième étage en patinoire et qu'en glissant Cyclope avait perdu ses lunettes et manquer détruire une aile entière du bâtiment. De même, se téléporter ou traverser les murs pour se rendre d'une pièce à une autre avait été strictement prohibé depuis que Kitty était tombée par hasard sur deux professeurs à moitié nus se bécotant allègrement dans une salle de classe vide et fermée à clef.

À l'inverse, d'autres règles avaient été grandement assouplies. On avait rapidement abandonné l'idée de restreindre l'accès à la salle d'entraînement du manoir, seul espace dans lequel les jeunes mutants pouvaient se permettre de laisser libre cours à leurs capacités en limitant la casse. Et toute idée d'un couvre-feu unique avait également été abandonnée quand le Professeur avait réalisé que certains étudiants avaient besoin d'un temps de sommeil nettement inférieur à la moyenne. Un des élèves avait même pour mutation de ne jamais avoir besoin de dormir et il n'était pas rare de le voir regarder un film à trois heures du matin, alors il eut été vain de tenter de mettre tout le monde au lit à la même heure. Seuls les plus jeunes étaient soumis à un contrôle plus strict, les autres étant jugés assez mûrs pour gérer leur propre temps de sommeil, en sachant que les professeurs ne leur pardonneraient guère s'ils s'endormaient sur leur table pendant les cours.

C'est pourquoi Matthew Knight n'eut aucun mal à sortir de sa chambre au milieu de la nuit ni même à se rendre dans le jardin. Il fut juste arrêté par Logan qui allait se chercher une bière – oui, une bière, à deux heures du matin – mais il lui répondit simplement qu'il souhaitait prendre l'air et le plus âgé se contenta de hausser les épaules, sans doute plus intéressé par l'idée de retrouver le professeur Summers que par celle de voir un adolescent se balader au clair de lune. Ce qui en un sens n'était vraiment pas très professionnel venant d'un membre du corps enseignant.

Une fois à l'extérieur, Matthew ferma un instant les yeux et inspira profondément. Il n'entrait pas dans la catégorie des ceux qui avaient besoin de peu de sommeil, mais sa mutation faisait qu'il avait toujours préféré la nuit au jour, surtout quand le ciel était aussi clair qu'il l'était actuellement. Rouvrant les yeux, il s'éloigna un peu du manoir et se dirigea vers un banc en pierre qu'il appréciait particulièrement car il était situé au-milieu d'un espace dégagé, ce qui lui permettait d'avoir une meilleure vue de la voûte céleste. Après y avoir déposé la couverture qu'il avait apportée, il s'y allongea lentement et enleva ses lunettes, qu'il rangea dans une poche de son pyjama. Ouvrant grand les yeux vers les étoiles, les mains derrière la tête, Matthew se laissa attirer par l'immensité du ciel.

D'aussi loin qu'il se souvienne il avait toujours été myope comme une taupe. Il avait toujours porté des lunettes aux verres épais, sans lesquelles il n'aurait pas reconnu sa propre mère si elle s'était tenue à un mètre de lui. Durant ses premières années d'école, il avait été le souffre-douleur de sa classe, le parfait cliché de l'enfant binoclard qui se faisait piquer son goûter à la récré parce qu'il était trop petit pour se défendre. Et puis il y avait eu le cours d'initiation à l'astronomie de CM1.

Il était parti en excursion avec sa classe, suffisamment loin pour que les lumières de Washington où il vivait ne soient pas trop gênantes et dans la nuit, alors que tous les autres enfants se ruaient sur les télescopes pour tenter de distinguer plus précisément la planète Mars qui passait ce soir là dans le ciel, lui avait vu. Émerveillé, il avait retiré ses lunettes et alors qu'il distinguait à peine ce qui l'entourait, il avait vu distinctement et précisément chaque petit point blanc qui piquetait la voûte céleste. Fixant son regard sur le point rouge un peu moins brillant mais aussi plus gros que les autres, il avait plissé les yeux et celui-ci avait semblé se rapprocher vers lui et s'agrandir, s'agrandir tellement qu'il avait fini par distinguer les cratères et les montagnes de la planète, à des centaines de milliers de kilomètres de là.

Le voyant à l'écart du reste du groupe un de ses professeurs s'était approché et lui avait demandé si tout allait bien. Complètement surexcité, le petit garçon lui avait raconté en détails ce qu'il voyait et le plus âgé avait rapidement compris que celui-ci était sans doute un mutant. Il lui avait conseillé de faire semblant de ne rien voir sans jumelles ou sans télescope, jusqu'à ce qu'il ait parlé à ses parents et inquiété par le ton employé par son enseignant, Matthew avait sagement obéi. Il s'était contraint à remettre ses lunettes en se plaçant dans la file que formaient ses camarades, après un dernier coup d'oeil à la planète rouge. Le lendemain, le professeur avait convoqué ses parents et leur avait expliqué la situation, leur précisant que compte tenu de la mutation de leur fils, il serait sage que celle-ci ne s'ébruite pas trop pour le moment, tant qu'il ne serait pas capable de faire ses propres choix, car si le monde scientifique venait à apprendre qu'il était capable de voir à des années-lumières, on risquait de vouloir se servir de lui comme d'un véritable cobaye.

Suite à cela, ses parents avaient contacté l'école de Charles Xavier et à la rentrée suivante, Matthew avait intégré l'Institut dans lequel il avait fait toute sa scolarité depuis, gagnant au passage le surnom de Galaxie. Même s'il avait moins besoin que d'autres jeunes mutants d'apprendre à contrôler sa mutation, ce qui est l'un des principaux buts de l'école, il était tout de même ravi de ne pas avoir à se cacher et de pouvoir utiliser ses capacités quand bon lui semblait sans avoir à craindre d'être forcé à servir de rat de laboratoire. D'autant que, même si à dix-sept ans il avait déjà découvert une centaine de nouveaux corps célestes – qu'il avait signalé sous X à divers observatoires du pays – il s'était rapidement rendu compte que ses centres d'intérêt professionnels ne le portaient guère vers l'astronomie.

Certes, il était fasciné par l'espace et il aurait pu passer des heures à observer le ciel, voyant grossir les systèmes stellaires à mesure qu'il les fixait, essayant d'aller toujours plus loin dans la précision et poussant à l'extrême ce dont il était capable, mais il ne se voyait pas y consacrer sa vie. La quasi-totalité de la communauté scientifique aurait crié au scandale de savoir qu'avec ses capacités il ne se destinait pas à l'étude de l'univers, mais il devait bien avouer que le domaine ne l'intéressait guère et qu'il était hors de question qu'il serve uniquement de télescope vivant. Il lui restait encore un an de lycée à faire à l'Institut avant de pouvoir voler de ses propres ailes, mais il avait déjà entamé des démarches pour faire des études d'architecture, ce qu'il désirait réellement.

Dans le monde actuel, c'était un vrai débat politique et social que de savoir si on devait pousser les mutants à exercer professionnellement dans leur champ de compétences, ce qui permettrait souvent des avancées majeures. En toute logique, de même qu'on ne pouvait obliger un génie des maths à devenir mathématicien, il aurait dû être absurde d'obliger quelqu'un qui pouvait contrôler le climat à devenir présentateur météo. Mais le statut encore incertain des mutants faisaient tomber bien des barrières éthiques et la communauté scientifique était déjà par nature encline à des choix contestables. Certains soirs comme celui-ci, où il était seul avec les étoiles, Matthew pensait à son professeur de CM1. Il avait été trop petit pour le comprendre à l'époque, mais il réalisait pleinement aujourd'hui qu'il lui devait sans doute sa liberté. Il avait totalement perdu sa trace, mais peut-être qu'avec les registres de son ancienne école...

Soudain, une étoile filante traversa le ciel et Matthew tenta de se focaliser rapidement sur elle mais sans succès. Voir précisément de quoi elles étaient faites était l'une des seules choses qu'il ne parvenait pas encore totalement à faire avec sa mutation, tant elles étaient rapides. En un sens, ça le rassurait d'avoir encore une marge de progression. Il dirigea de nouveau son regard vers la galaxie d'Andromède et s'efforça de retrouver le système stellaire qu'il étudiait avant d'être distrait. La contemplation du ciel avait un côté très apaisant et il appréciait la quiétude qui l'accompagnait. Il n'aurait jamais fini d'observer les dizaines de milliards d'étoiles qui composaient l'univers mais peut-être qu'avec un peu de chance, il tomberait un jour sur une planète à l'air habitée. Après tout, c'était la nuit, il avait bien le droit de rêver.


Un peu de poésie dans ce monde de brutes... J'espère que cette mutation toute simple vous aura plu, car je dois avouer que je la trouve touchante même si je ne saurais pas expliquer pourquoi...

Merci d'avoir lu, n'hésitez pas à laisser un message, bon début de vacances et à demain !