X-Factor
Note de l'auteur : Dans ce chapitre, je fais référence à des mutants que j'ai déjà fait intervenir dans le chapitre 3, donc si vous ne vous en souvenez pas, je vous invite à retourner le survoler. J'avais pas mal parlé de la mutation de Laura, qui était au coeur de l'OS, mais par contre j'avais juste évoqué celle de son copain Amar, ce que je regrettais beaucoup. Du coup j'ai réparé cette erreur, en me focalisant cette fois sur lui. J'espère que vous aimerez. ^^
Remerciements : Merci à fidjet et à Gentiane94 qui ont accepté de relire les derniers chapitres dans l'urgence, parce que j'ai de moins en moins de marge à mesure que la fin approche...
Bonne lecture !
Chapitre 21 : Au fil de l'eau
Charles essayait toujours de garder contact avec ses anciens élèves. Même si, les années passants, il en avait eu de plus en plus, il avait veillé à les suivre au moins jusqu'à la fin de leurs études, voire plus si ceux-ci en exprimaient l'envie. Il aimait voir ce qu'ils devenaient, s'ils restaient en contact avec d'anciens camarades, s'ils décidaient de mettre à profit leur mutation au sein de leur vie professionnelle, si au contraire ils prenaient une toute autre voie... Certains revenaient même par la suite à l'Institut pour parler de leur parcours, à la fois pour encourager les jeunes générations de mutants ou pour revoir leurs anciens professeurs.
Et puis parfois, c'était totalement par hasard qu'il tombait sur des visages connus. Comme cette fois où il avait assisté à une conférence d'Aleksander Münde au cours d'un colloque sur l'environnement alors qu'il n'avait plus de nouvelles de lui depuis deux ans, et qu'ils avaient ensuite passé une grande partie de la soirée à discuter pour rattraper le temps perdu. Ou comme la fois où il avait croisé la famille Dhani au cours d'une sortie scolaire au Muséum d'Histoire Naturelle de New-York.
C'était Laura qui l'avait reconnu en premier et qui avait entraîné son mari et leurs deux enfants pour saluer son ancien directeur. En la voyant, Charles ne put empêcher qu'un sentiment de fierté et de contentement s'installe en lui. Elle n'avait plus rien de l'adolescente timide et gauche qui avait franchi les portes de l'Institut près de vingt-cinq ans auparavant. Elle semblait désormais arborer ses particularités physiques avec un grand aplomb, si son pas dynamique, son port de tête altier et son sourire éclatant pouvaient en être les preuves. Elle tenait par la main une petite fille brune aux grands yeux bleus et à l'air émerveillé. À ses côtés, Amar arborait également un sourire amical et portait dans ses bras une autre enfant, plus jeune et à moitié assoupie.
Les deux mutants avaient toujours été très proches et Charles constatait avec plaisir que ce lien était toujours bien présent. Il avait vu l'amitié profonde qui les unissait se transformer en amour peu avant qu'ils ne quittent l'Institut mais ils étaient partis dans deux universités différentes et les nouvelles s'étaient peu à peu espacées. Quelques années plus tard, il avait reçu leur faire part de mariage, mais la situation était alors compliquée au manoir et il n'avait pu se libérer pour assister à la cérémonie. Par la suite, il avait totalement perdu le contact et il était absolument ravi de pouvoir les revoir à nouveau.
S'éloignant légèrement du groupe qu'il accompagnait – Scott, Ororo et Logan sauraient bien se débrouiller sans lui un instant – Charles salua le couple avec chaleur.
« Je n'étais pas sûre que c'était bien vous, commença Laura avec un grand sourire en lui serrant la main, vous aviez plus de cheveux la dernière fois, ajouta-t-elle avec un clin d'œil.
- Cette coiffure vous allait si bien que je me suis dit que j'allais l'essayer à mon tour, répondit le télépathe sur un ton badin, ce qui fit rire la jeune femme.
- Nous sommes heureux de vous revoir professeur, reprit Amar en lui tendant à son tour la main. Et nous sommes ravis de constater que l'Institut continue de tourner à plein régime, continua-t-il avec un regard vers le groupe d'élèves qui se trouvait un peu plus loin.
- Oui, l'école n'a jamais été aussi remplie, sourit Charles. Il y a presque deux fois plus d'élèves qu'il n'y en avait quand vous y étiez désormais.
- Comme si le fait de voir une toute nouvelle génération ne nous donnait déjà pas un sacré coup de vieux, soupira Laura avec une grimace exagérée.
- Et que devrais-je dire ? renchérit le télépathe sur le même ton. »
Les trois mutants rirent légèrement à la remarque et Amar en profita pour faire passer la fillette qu'il portait d'un bras à un autre.
« Vous avez des enfants adorables, reprit Charles sur le ton de la conversation.
- Tout dépend de l'heure de la journée dirons-nous, répliqua la jeune femme avec un sourire en coin.
- Nous n'avons guère de raison de nous plaindre, ajouta Amar en donnant un coup de coude discret à sa femme. Sophia a huit ans, dit-il en désignant l'enfant qui se tenait à côté de sa mère avec un regard sérieux, et Lily en a trois. Nous avons aussi un fils de douze ans, Liam, mais il a préféré rester à la maison plutôt que de « venir voir pour la centième fois des animaux empaillés dénués de tout intérêt ».
- Je vois, souffla Charles qui sentait la curiosité de Sophia malgré ses remparts télépathiques. De futurs élèves peut-être ?
- Pas pour l'instant, répondit Laura en caressant doucement les cheveux de sa plus grande fille.
- Liam montre bien quelques capacités à demeurer plus longtemps en apnée que les autres garçons de son âge, précisa son mari, et tous nagent très bien, mais rien qui ne laisse supposer une véritable mutation.
- Papa et maman c'est les plus forts sous l'eau, intervint Lily de sa voix fluette mais avec autorité.
- Je n'en doute pas, acquiesça le télépathe d'un air docte, ce qui sembla la contenter grandement.
- D'ailleurs, reprit Laura avec fierté, Amar a récemment signé pour faire partie d'un grand projet océanographique.
- Je ne suis pas sûr que ce soit le moment d'en parler, la coupa son époux, l'air gêné.
- Mais si, répliqua Charles avec intérêt, j'aime toujours beaucoup savoir ce que deviennent mes étudiants. Toutefois, je ne suis pas sûr que ces deux là soient de même avis, ajouta-t-il en regardant les deux enfants. Elles pourraient peut-être rejoindre mon groupe d'élèves ? »
Ayant obtenu l'accord unanime des deux parents, il contacta Ororo par télépathie et elle fut ravie de prendre en charge Sophia et Lily. De manière peu surprenante, celles-ci l'adoptèrent immédiatement et acceptèrent de se rendre au planétarium avec les autres. Le couple et Charles se rendirent ensuite au café du Muséum, où il était plus agréable de discuter que dans la galerie des fossiles.
Sur insistance de Laura, Amar entreprit alors de raconter son implication dans l'étude des coraux dits « d'eau froide » de la Nouvelle-Écosse, qui pouvaient se trouver parfois jusqu'à sept kilomètres de profondeur. Ces coraux étaient assez difficiles à étudier, car descendre au delà d'une centaine de mètres, même pour un plongeur professionnel, était difficile. Il fallait donc envoyer des robots, dont la précision laissait parfois à désirer, surtout dans des récifs coralliens d'une grande fragilité. Très intéressé par le sujet auquel il avait déjà consacré sa thèse, Amar avait alors proposé ses services à un groupe de recherche océanographique qui se trouvait sur place et, une fois n'était pas coutume, sa mutation était tout de suite apparue comme un immense avantage.
Il était en effet le seul être humain au monde à posséder un double système respiratoire, ayant à la fois des poumons dans la cage thoracique et des branchies dans le cou. Elles étaient apparues soudainement, quand le jeune homme avait une dizaine d'années, et ses parents avaient initialement cru qu'il s'agissait de blessures. Après un passage éclair à l'hôpital, il s'était avéré qu'il s'agissait en réalité d'une mutation, ce que la famille Dhani avait mis du temps à assimiler. Finalement, il avait été envoyé à l'Institut, où il avait rencontré Laura mais où il avait aussi appris à maîtriser véritablement ses capacités.
Car il s'était rapidement rendu compte que si respirer quelques minutes sous l'eau était facile, y rester pendant une longue période et vouloir plonger profondément s'avérait plus difficile. Cela lui donnait même de terribles maux de têtes et avait occasionné quelques saignements d'oreilles inquiétants. Après quelques recherches, il avait réalisé que c'était la dualité de ses systèmes respiratoires qui causait problème. L'oxygène utilisé par ses poumons et diffusé au reste de son corps possédait en effet certaines caractéristiques qui supportaient mal la pression des profondeurs. Ainsi, pour utiliser efficacement ses branchies et pouvoir véritablement respirer comme un poisson, Amar devait intégralement expulser l'oxygène « aérien » de son corps pour le remplacer par celui qu'il aspirait sous l'eau.
Il avait eu énormément de mal à accomplir l'opération dans un premier temps car celle-ci était aussi délicate que douloureuse, mais au fil des mois et à force d'entraînements, il avait fini par en faire une sorte de seconde nature. Alors que cela lui prenait au début plus d'un quart d'heure, il parvenait désormais à tout éliminer en quelques minutes. Il n'était alors plus incommodé par les problèmes de pression et pouvait descendre aussi loin qu'il le désirait sans avoir besoin d'effectuer des paliers, à l'instar des plongeurs. Ce qui le rendait très précieux aux yeux de ces derniers.
Il avait ainsi effectué des sorties en mer mémorables avec Laura, qui elle pouvait rester en apnée près d'une demi-heure et facilement dépasser les cent mètres de profondeur grâce à une vitesse de nage très importante. Sans compter que dans son métier d'océanographe, sa mutation s'avérait extrêmement pratique au quotidien, puisqu'il était de surcroît doté d'une grande résistance au froid et qu'il voyait très bien dans l'obscurité. Il n'était pour l'instant pas descendu au-delà de deux kilomètres – ce qui le faisait déjà passer pour une légende aux yeux de ses confrères qui le suivaient parfois en bathyscaphe – mais il avait pour rêve et pour objectif de pouvoir un jour explorer le Titanic par lui-même, ce qui nécessiterait qu'il descende à plus de trois mille mètres de profondeur.
Finalement, un sujet de conversation en entraînant un autre, Charles resta discuter avec ses anciens élèves pendant près de deux heures et ils furent contraints de quitter le café à la fermeture du musée. Dehors, ils retrouvèrent Ororo et les deux petites filles, Logan et Scott étant déjà partis pour raccompagner les autres élèves à l'Institut. Lily s'était endormie sur les genoux de la mutante, laquelle racontait à mi-voix une histoire à Sophia qui l'écoutait presque religieusement. Amar et Laura repartirent en portant leurs enfants après avoir promis à Charles qu'ils ne manqueraient pas de passer l'Institut pour parler de leur parcours et pour saluer ceux qu'ils avaient connus.
Le télépathe les regarda partir avec un sentiment mitigé, à mi-chemin entre la fierté et la mélancolie. C'était fou comme le temps passait vite. À ses côtés, Ororo avait compris son humeur et proposa de l'inviter à dîner pour lui changer les idées. Revenant dans le présent, Charles accepta avec un sourire et ils se rendirent dans un restaurant que la jeune femme connaissait bien et qui proposait des spécialités ivoiriennes. Alors qu'il la suivait, il réalisa à nouveau à quel point il avait de la chance de connaître autant de personnes remarquables. Fonder cette école avait décidément été de loin la meilleure idée qu'il ait jamais eue.
Oui, la fin est un peu nostalgique mais mine de rien, il s'est écoulé presque trente ans depuis le début de cette histoire, plus de la moitié de la vie de Charles... Ça doit lui faire bizarre. ^^
J'aime toujours autant écrire sur des enfants, je crois que ça se sent d'ailleurs, et j'espère que ce chapitre vous aura plu. Bonne soirée et à demain !
