Le cadeau de Klervia !

"- Tu es sûre que ça va marcher ?
- Ça coûte rien d'essayer ! Maisheu, fais-moi un peu confiance ! Enfin, fais-toi... Bref, zut, tu m'as compris !"

La jeune fille qui protestait ainsi contre sa petite voix intérieure se reconcentra sur son épais livre argenté, et repris le traçage attentif de son pentacle. C'est que c'est difficile d'en faire un correctement voyez-vous, et elle ne tenait pas vraiment à louper celui-là. Se relevant pour admirer le boulot, elle hocha la tête d'un air appréciateur, et referma le livre en un claquement. Pour sa dignité et le sceau du secret oblige (m'enfin, comment voulez-vous qu'on raconte correctement une histoire si les personnages ne laissent pas faire les narrateurs ? Rah, j'vous jure...), nous passerons sur le rituel en lui-même. Contentez-vous de savoir que reproduire la forme d'un crustacé en faisant la macarena est très difficile et humiliant...

Une épaisse fumée était maintenant exhalée par le sol, qui laissait également échapper une forte lumière... Non, ce n'était pas exactement de la lumière... Plus une sorte de sensation qui faisait penser à de la lumière, mais pas grand-chose de visible en soi. Notre traceuse de sortilèges repoussa une mèche de cheveux écarlate derrière son oreille et s'empara d'un ordi blanc, dont l'écran luisait faiblement. Sur cet écran, un document bloc-notes était ouvert. Sur ce document, des messages, tous les mêmes, s'empilaient, suivis d'un pseudo, d'un nom, de smileys pour certains. Les messages d'anniversaire de la fanbase au grand complet. Elle le déposa précautionneusement dans le cercle de craie et recula précipitamment devant le flot de fumée qui redoubla.

Le pentacle avait fini d'irradier. La jeune fille s'approcha de l'ordinateur, et l'éteignit. Restant un moment immobile, elle opta finalement pour aller rejoindre son lit, adressant une dernière prière à Euthanasie.

"Par pitié, faite que ça ai marché..."

Loin de là...

Fred ouvrit les yeux. Un rayon de soleil venait le narguer jusque sur son oreiller, l'arrachant cruellement aux bras de Morphée. Il poussa un grognement plaintif et enfouit son visage sous ledit oreiller. Quelques minutes de silence suivirent, avant qu'un lourd craquement ne se fasse entendre. Exaspéré, il releva la tête, et se figea. Devant lui n'était plus l'endroit qu'il connaissait si parfaitement, pour y habiter, mais une grande étendue d'obscurité. Des chuchotements se faisaient entendre, sans qu'il puisse capter réellement ce qui se disait. Ce chuchotement pris de l'ampleur, devenant une foule parlante, les voix se chevauchants dans une cacophonie absurde et inaudible. Le youtuber se demanda s'il ne devenait pas tout simplement fou, lorsque les voix s'accordèrent peu à peu, en une phrase intelligible, joyeusement scandée "Bon anniversaire !"

Il ferma les yeux profondément, et les rouvrit sur un paysage familier. Battant nerveusement des paupières, il s'assit et resta hébété un petit instant.

Encore plus loin de là...

Théo rouvrit les yeux sur un paysage familier. Le campement était immobile encore, illuminé par la lumière nouvelle du matin. Il s'assit sur sa couchette et resta un moment immobile. Avait-ce été un rêve ? Un cauchemar ?
Le message d'anniversaire résonnait encore dans son esprit, et il secoua la tête en souriant. Non, trop de joie dans ces voix pour que ce fût un cauchemar. Il s'étira et se leva. Cette journée d'anniversaire s'annonçait belle et sereine, dépourvue de toute araignée ou buveur de chair. Pleine de lumière et d'aventures.