Le cadeau de MlleLauChan !
Une bouteille à la mer : Joyeux anniversaire !
Théo méditait. Ce point se devait d'être souligné car cette tranquillité, rare étaient les fois où il la recherchait. Cependant, entre un Bob sous caféine en permanence, un Grunlek au bras mécanique complètement fou et un Shin qui s'aimantait à tous les puits environnants, Théo avait besoin de se déconnecter de temps en temps. Littéralement.
Hélas, quelle infortune, Théo fut dérangé ! Lui qui s'était placé sur une plage de galet, exprès parce qu'il ne voulait pas que l'un de ces idiots de compagnons essayent de le surprendre puis se plaignent qu'il lui plante sa lame dans les côtes, il entendit arriver les trois compères en beuglant comme des enfants… des enfants ayant bu le café de Bob. S'il ne réagissait pas tout de suite, ça allait être ingérable.
― Cassez-vous, je suis pas garde d'enfants. Faites-moi plaisir, faites demi-tour droit dans la flotte !
Fallait-il précisé qu'il était de mauvaise humeur lorsqu'on l'interrompait en pleine méditation ?
― Faut que tu viennes Théo, cette découverte va révolutionner le monde de la magie, que dis-je ? Le monde entier !
Allons bon, voilà Bob qui s'enflamme. Au-delà du jeu de mot douteux, qu'est-ce qu'il avait encore fait, cet inconscient de semi-démon de ses deux amygdales? La tête de Théo pivota brusquement vers la droite, regard de tueur à l'appui.
― Qu'est-ce que tu fabriques encore ? J'te préviens, si tu me demandes la permission d'aller nager dans un puits de psy, je t'y jette. Peut-être que de cette façon j'aurai enfin la paix…
― C'est encore mieux, espèce d'idiot, insista Bob, attrapant le bras de Théo pour l'agiter en tout sens comme un enfant hyperactif.
― Réfléchis bien à tes dernières volontés avant d'aller plus loin, si t'essaye de me faire entrer dans un de tes trips psychiques bizarres, je fais sauter ta tête comme un bouchon de champagne.
Que faire quand trois compagnons s'amassent sur soi comme un tsunami ? Rien à part se laisser porter. Théo, espérant gagner du temps pour être peinard pas la suite, se laissa emmener par un Bob surexcité, Shin et Grunlek leur emboîtant le pas.
― Tu vas voir, répétait sans cesse le pyromancien, même toi, tu seras capable d'apprécier la beauté de la chose !
Que… Quoi ? Théo eut des sueurs froides. Il n'appréciait pas des masses ce « chose » indéfini. Le paladin se reprit. Si Grunlek était dans le coup, il n'y avait pas trop de mouron à se faire. Habituellement, c'était plutôt lui la tête pensante de secours quand Bob commençait à pédaler dans la semoule pendant que Shin s'embourbait et que lui-même ne pouvait les remettre dans le droit chemin d'un coup sec dans la tête. Un coup de poing, hein, il n'était pas un monstre.
Habituellement, oui, c'était le mot. La stupéfaction de Théo fut complète une fois qu'ils furent arrivés sur les lieux. Ils étaient toujours sur cette plage de galets, face à la mer, mais à une bonne vingtaine de mètres de là où Théo s'était installé, hors de son champ de vision. Et, plus exactement, face à un puits.
― J'en étais sûr, éclata l'Inquisiteur en se retournant vers Bob, encore un foutu puits de psy ! Qu'est-ce qu'il fout ici et qu'est-ce qu'il a d'extraordinaire ?
― Même un insensible comme toi devrait le sentir, tu me déçois Théo !
L'Inquisiteur de la Lumière, piqué dans sa fierté, se concentra avant de commettre un meurtre. Il attendit, attendit, attendit… attendit.
Il rouvrit les yeux, éberlué.
― Aucune vibration ?
― En fait, il y en a une, rectifia Bob, vraiment très faible et inoffensive. Parce que vois-tu, mon bon –hem – Théo, ce puits mène à un monde parallèle au nôtre.
Ben tiens donc ! Et la petite fille de l'autre fois était morte pendant qu'on y était !
― Comment le sais-tu ? s'enquit un Théo suspicieux.
― J'y étais, hé banane !
Magnifique silence prémonitoire…
― D'accord, là, je te laisse le choix. Comment veux-tu mourir ?
Là-dessus, il faut faire une petite ellipse, le temps que Grunlek et Shin empêchent Théo de trucider un Bob tentant de lui expliquer par A + B qu'il n'avait pas fait exprès, qu'il ne l'avait pas vu en flânant près de la mer et que c'était une vague qui l'avait tracté à l'intérieur. D'ailleurs, il pouvait en témoigner, sa toge était encore trempée. Mais oui, Théo, enfin, regarde ! Une toge foutue pour cette découverte du siècle, du millénaire ! Calme-toi et écoutes deux minutes ! Débranche le mode Inquisiteur !
Théo revenu à la raison par les multiples mystères que soulevait l'existence de ce puits, et parce que Bob n'était pas devenu un démon même après cinq minutes passé près de ce fichu puits, le mage put poursuivre sans être trop inquiété.
― J'y suis tombé et je me suis retrouvé nez-à-nez avec un gars qui me ressemble comme deux gouttes d'eau !
Mon Dieu. Théo s'était demandé, de temps à autre, ce qui se passerait si Bob croisait un type du même acabit que lui. Il avait résolu cette terrifiante hypothèse en concluant que cela ne pourrait engendrer que des catastrophes et d'horribles migraines à ceux qui les supporteraient. Et il avait eu raison.
― On a tous les deux eu les miquettes, évidemment, je ne savais pas où j'étais et il ne savait pas d'où je venais. Mais au final, il n'a pas appelé ce qu'il appelait « la police », je suppose c'est un autre nom pour les Inquisiteurs, et on a pas mal parlé. Un gars sympa mais il parle vraiment beaucoup !
Théo ricana.
― L'hôpital qui se fout de la charité !... Quel rapport avec moi ?
― Attends, j'ai pas fini ! Donc, je suis revenu pour rassurer Grun et Shin, ils ont essayé et ils se trouvent qu'ils se sont retrouvés avec leur « eux » de ce monde ! Ma théorie c'est qu'on existe dans ce monde parallèle, on a pas forcément la même apparence vu que Grunlek est pas tombé sur un nain, mais on est connecté à nos espèces de… de « nous », je ne vois pas comment dire autrement.
― Ok, stop ! J'en peux plus, je pige plus rien, l'interrompit Théo, se massant les tempes, agacé. Je vais pas me répété mille fois, quel rapport avec moi ?
― On a posé quelque question avec ces gars, vraiment sympas, pas méchants, comme nous quoi ! Et il se trouve qu'ils se connaissent, eux aussi !
― Et donc ?
― Faut tout t'expliquer Théo ! Il est possible qu'ils connaissent ton "toi" de ce monde. C'est fort possible d'ailleurs.
― Ouais, reprit Shin, il se trouve qu'ils jouent à un jeu papier. En "raule plaille" ou un truc du genre, comme ils disent, et ils nous incarnent !
Théo observa le demi-élémentaire comme s'il lui avait poussé trois têtes supplémentaires. C'était lui, à présent, qui était complètement perdu !
― D'où ma théorie, que je nommerai « La théorie Balthazar », d'après laquelle il y a une espèce de résonance entre nous et nos « nous » de ce monde-là. Nos deux mondes communiquent inconsciemment et… bon c'est pas encore au point mais il y a forcément une explication, ça ne peut pas être une coïncidence !
Une veine pulsant dangereusement sur sa tempe, le poing serré, Théo se trouvait très patient envers ces trois illuminés. Grunlek n'avait encore rien dit, mais il suffisait de voir ses yeux brillants d'intérêt pour savoir qu'il en avait assez vu sur la technologie de ce monde parallèle pour voulait y retourner.
― Revenons-en à ce type là…
― Ah oui ! Il s'appelle Fred, enfin c'est le nom qu'on nous a donné par souci de sécurité je suppose c'est normal, et il te joue toi dans ce jeu papier.
― Et même que c'est un certain Mayhar qui chapeaute tout, s'exclama Shin.
― Comme quoi, ça ne correspond pas exactement à notre monde, pointa intelligemment Théo.
― On le rencontrera peut-être ici, des hommes sadiques, il y en a à la pelle ! Il y en a bien un avec lequel on s'entendra bien.
Dis de cette manière, Théo n'avait pas très envie de le connaître.
― Ou alors, c'est le seul et unique Dieu de ce monde-ci, supposa Grunlek, et on s'est tous fait avoir.
― Bon Dieu, ne dis pas ce genre de connerie, Grunlek, ronchonna l'Inquisiteur de la Lumière, c'est ma vie que tu remets en question. Revenons-en au fait, pourquoi vous me dites tous ça ?
Croisement de regard de ses trois compagnons, cette complicité louche lui tapait sur le système. Les répliques se succédèrent, chacun se refilant le bébé sans trop vouloir assumer.
― Ben, il se trouve que c'est son anniversaire demain…
― Et on te connait, Théo, toi et ta franchise bourrue…
― Ton manque de tact. On s'est dit que c'était une bonne idée, pour un premier contact, que ça pourrait t'aider, t'inviter à être avenant.
Grunlek avait fini par dire le fond de leur pensée. Pas si difficile que ça avait l'air d'être. Le sourcil de Théo n'avait eu de cesse de se lever, jusqu'à atteindre les sommets, durant les explications de ses trois amis. Voilà pourquoi il avait été si paisible, si longtemps ! Ces trois gredins avaient comploté dans son dos pour éprouver sa sociabilité.
Comme s'il était un monstre !
― Je vais pas là-dedans, annonça Théo avec fermeté.
― C'est ce qu'on pensait.
Allons bon, ils avaient pensé à tout. Leur plan B se présenta sous la forme d'un papier, d'une bouteille, d'une plume et d'une petite bouteille d'encre.
― Un petit message, ça te coûte rien et il ne r*** pas de se prendre un bouclier en pleine poire.
… Pourquoi le trouvait-on asocial déjà ? Tss ! Ayez des amis et tolérer les demi-démons, vous vous en mordrez les doigts. Les autres insistaient, voulaient l'encombrer avec leurs objets de torture. Ils réussirent, bien parce que Théo avait baissé les bras en comprenant que lutter à un contre trois ne servait à rien.
― Et espérons que tu l'assommeras pas avec en le jetant dans le puits, lança Bob en retenant un fou rire.
Théo se promit de se venger plus tard. Pour l'instant, il devait se débarrasser de ces choses. Tandis que ces trois traîtres retournaient dans le camp en trottinant joyeusement, le paladin était bloqué devant ce foutu puits et cette foutue page blanche.
Il ne pouvait même pas faire semblant et jeter ni vu ni connu tous ces trucs ! Ces trois larrons poseraient des questions à leur satané alter-égo dans cet autre monde et il se ferait griller, traiter de sans cœur, insensible et ce genre d'embarras l'ennuyait d'avance.
Bon, se dit Théo avec un soupir, finissons-en vite fait bien fait.
Assis sur la plage de galets, il se mit à griffonner quelques mots, de plus en plus concentré, se prenant au jeu sans en être conscient. La missive écrite, il se releva, satisfait de lui mettre. Jouant avec la bouteille scellée d'un bouchon de liège, la faisant sauter dans le creux de sa main, le paladin eut un regard décidé vers le puits de psy.
Et advienne que pourra.
De retour dans le camp, ses amis lui posèrent moult questions mais furent bien en peine d'avoir une réponse claire. Evasif, le paladin repartit faire un tour, l'esprit ailleurs.
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« Cher Fred,
Désolé pour la familiarité, on m'a donné que ce diminutif, je suppose que tu n'aimes pas des masses qu'un inconnu ou une inconnue, en use. Ce message n'a qu'un seul but, alors je ne le ferai pas trop long.
Joyeux anniversaire !
Passe une excellente journée, quoiqu'il se passe, en espérant que cette année passée t'aura apporté de bonnes choses et que l'année suivante t'en réserve bien d'autres.
PS : Évite les montagnes, ça porte malheur. Crois-moi. »
