Grands merci à Claude et à Kazu.


La femme morte.


Première Partie: Une femme aux allures d'ange...


Je me souviens... Je comprends maintenant. C'est fou comme le choc peut jeter une lumière nouvelle sur des souvenirs vieux de bien cinq ans.

Je ferme mes yeux pour me concentrer sur ces souvenirs, me réfugiant dans ma mémoire pour ignorer les larmes qui me coulent sur le visage et leur cause première.

Nous étions tous si excités d'aller sur ce train, le train du mystère nommé "Belltree Express". Normal pour une bande de primaires fanatiques d'enquêtes policières. Nous nous étions tous faits beaux: Conan avait mis son ensemble veste, chemise et nœud papillon si distinctif, Mitsuhiko et moi avions nos beaux habits du dimanche de mis, et Genta avait changé de style pour mettre une salopette en jeans tout neuf, auquel on associait les conducteurs de train dans les dessins animés. Même le professeur Agasa aussi avait trouve un couvre-chef adéquat pour l'occasion et Ai n'était pas en reste, ne laissant pas son rhume l'empêcher de nous accompagner.

Peut-être qu'elle aurait du...

Évidemment, comme toujours lors d'une expédition des Detective Boys, un incident était arrivé. L'on n'avait compris que trop tard que cela n'avait rien à voir avec le quiz annuel du train, que c'était pour de vrai. Une chose pas coutume, une fois le meurtre découvert Conan nous pria de nous réfugier dans notre cabine. Pour notre sécurité qu'il avait dit, je me demande maintenant s'il n'y avait pas autre chose derrière...

Quand j'y repense, il y avait plusieurs signes que quelque chose n'allait pas: pas seulement le comportement de Conan, mais aussi celui d'Ai. Les regards apeurés jetés dans la direction d'un étranger intimidant, la façon dont elle s'agrippait aux vêtements de Conan et Ran en marchant dans les couloirs de ce fameux train, son attitude muette devant l'amie de Ran, Masumi Sera si je me souviens bien. Elle semblait bien distraite à la mention d'une rencontre possible avec la femme mystérieuse qui nous avait sauvés d'un feu la semaine précédente... Et puis...

Inconsciemment, je sors de ma réminiscence pour regarder celle auquel je venais de penser. Mes mains tremblent tandis que je vois celle qui n'avait pas ignorée les signes il y a cinq ans. Celle qui, alors qu'elle avait tant essayé, n'avait pu empêcher la tragédie d'alors... Ni celui d'aujourd'hui. Mes jambes m'abandonnent alors, le poids des révélations qui se font dans mon esprit me ramenant a la hauteur que j'avais alors...

Moi, Ayumi Yoshida, je n'avais aucun soupçon que le moment fatidique ou ma meilleure amie nous a quittés, prétendant aller prendre un médicament pour son rhume aux toilettes, serait la toute dernière fois que je la verrai, comme elle était alors du moins...

Ran s'était inquiétée, l'ayant perdue de vu avant de pouvoir l'accompagner. Elle avait même vérifiée les toilettes voisines afin de la trouver lorsqu'Ai n'était pas réapparue au bout de plusieurs minutes. Lorsqu'elle reçut un message de la part de la jeune métisse lui disant de ne pas se faire de soucis Mitsuhiko, Genta et moi-même avions aisément pensé, dans notre innocence d'alors, qu'elle s'était tout simplement rendue aux côtés de Conan pour suivre la résolution du meurtre qui nous avait volé toute opportunité d'explorer le train a notre guise. Maintenant que j'y repense, je comprends pourquoi ce message avait tant inquiétée Ran. C'était presque comme si elle connaissait Ai mieux que nous.

L'alerte incendie nous incitant à aller vers le devant du train nous pris tous par surprise. N'ayant échappé d'un feu que récemment, Mitsuhiko, Genta et moi nous jetions des regards inquiets. Les garçons avaient l'air d'avoir peur. Moi? M'étant évanouie lors de l'incident en question, je ne me souvenais que d'une chose...

Une chaleur intense, de l'air lourd et noir qu'une brise venait éclaircir... Mes membres épuisés semblaient incapables de bouger, mais ce n'était pas un problème. Entrouvrant les yeux, je me rendis compte que l'on me portait, doucement mais surement vers la douce fraicheur de l'extérieur. Une femme aux allures d'ange, au visage familier et aux yeux remplies d'une tendre gentillesse lorsqu'elle entendit ma question.

"Ai?"

"Elle doit être entrain d'évacuer aussi," répondit le professeur, l'air inquiet mais faisant un effort pour nous réconforter. "Si elle n'est pas déjà dans le devant du train."

"Allons voir..." Dit Ran, sans attendre pour se joindre a la foule au dehors. Sa voix se fondit dans la confusion et les cris apeurés des autres passagers. "On pourra demander aux conducteurs aussi...!"

Nous suivîmes le professeur et Sonoko a ses trousses, parcourant la foule des yeux et nous tenant les mains de peur de se perdre l'un l'autre. On essaya bien de demander a mademoiselle Sera lorsqu'elle nous passa devant en courant dans le mauvais sens mais...

Elle avait déjà un train d'avance sur nous.


Masumi Sera se réveilla aux sons de panique dans le couloir, une douleur brulante a la poitrine et a la tête. Elle était allongée, seule dans sa cabine de la cinquième voiture. Elle ne se souvenait pas y être retournée... Cela lui prit un petit moment pour s'asseoir, combattre le tournis, et se souvenir de ce qui lui était arrivée. Elle menait l'enquête avec Mouri l'endormi et le petit Conan, et avait quittée la huitième voiture afin d'aller retrouver les autres enfants et leur montrer les vidéos des suspects... Et, peut-être, avoir un court entretien avec la petite "Haibara". C'est alors qu'elle...

"... Grand frère Shuu?" Se tâtant le devant, et jetant un rapide coup d'œil a l'intérieur de son t-shirt, elle vérifia rapidement la vérité qu'elle suspectait. C'était un taser électrique qui l'avait assommée.

Il devait y avoir anguille sous roche. Elle savait que son grand frère était un agent du FBI a l'intelligence redoutable, prêt a tout pour atteindre sa cible, mais... Shuichi, se servir d'un taser? Pour se débarrasser d'elle? Et n'était-il pas mort? N'avait-elle pas pleurée, des nuits durant, une fois le choc de la nouvelle passée? Elle se souvint de la colère qui l'avait amené à quitter les Etats-Unis, à se rendre à Beika, quartier de Tokyo d'où lui était parvenue la dernière missive de son frère ainé... La colère qu'elle dirigeait vers cette jeune femme qu'elle avait connue il y a bien cinq ans alors, a cause de qui la vie de son frère avait tant changé.

Enervée de s'être fait avoir de la sorte, que l'homme a la cicatrice soit son frère ou non, elle prit un moment pour réfléchir. Si jamais elle était cette femme et que les choses tournaient mal, où irait-elle se cacher? Si jamais elle était l'un des nombreux ennemis la cherchant, où irait-elle?

"Je répète, un incendie a été déclaré dans la voiture 8, les passagers des voitures 6 et 7 sont priés d'évacuer dans le calme vers l'avant du train."

Le déclic s'étant fait, elle ne perdit pas de temps. S'engouffrant dans le corridor, elle ne regarda les Detective Boys que le temps nécessaire pour s'assurer que leur nombre était bien réduit a trois. Elle n'entendit même pas leurs questions.


Je me souviens que mon estomac m'avait fait de bien beaux papillons lorsque nous avions rattrapés Ran, suite à la tête qu'elle faisait.

"Comment ca, tu as perdu Conan? Et tu es certain de ne pas avoir vu Ai?"

"Que veux-tu?" Répondit son père, Kogoro Mouri. Il avait l'air confus, agacé et inquiet tout à la fois. "J'étais certain que le môme me suivait dans l'évacuation de la voiture 8, et quant à la fille, n'était-elle pas avec vous?"

Bousculé par la foule se pressant derrière lui et nous poussant peu à peu vers le devant du train, le grand détective à la réputation d'endormi fit un signe exaspéré vers les passagers paniqués.
"Ils se sont probablement perdus dans la foule. Ils ne seront pas loin, je suis certain."

"Ne t'en fais pas Ran, ton père doit avoir raison. Allons les chercher vers l'avant du train..." Sonoko, l'amie à la famille si riche de Ran se voulait rassurante. C'était grâce à elle que nous avions eu nos tickets. Si elle avait su...

"Ok..." Répliqua Ran après une courte pause. La lycéenne fit un pas en arrière. "Vous tous, cherchez le devant. Moi je vais vérifier qu'ils ne se sont pas trouvés coincés quelque part."

Et avant que son père ou son amie ne puisse l'en empêcher, elle s'était faufilée entre les passagers paniqués pour s'échapper vers la sixième voiture. Les garçons et moi nous échangions un regard furtif avant de vérifier que les adultes nous avaient perdu des yeux, une astuce que nous avions appris de Conan, avant de la suivre. Il nous était facile de nous glisser entre les jambes de tous ces étrangers. Il serait moins facile pour Sonoko, Monsieur Mouri et le Professeur Agasa de voir dans quelle direction nous avions filés une fois leur court débat fini. Ils présumeraient probablement que nous étions partis fouiller l'avant du train mais...

Si jamais Ai et Conan étaient coincés dans un wagon en feu? Foi de Detective Boys, nous n'allions pas les y laisser!

Si seulement cela n'avait été qu'un simple incendie...


Un corridor de plus en plus enfumé accueillit la jeune Masumi tandis qu'elle esquiva le tout dernier des évacués: un conducteur à l'air stressé qui venait de faire le dernier appel a l'évacuation. Il frappait occasionnellement aux portes des cabines en passant, et avait fait un effort vaillant pour la rediriger vers l'avant du train mais... Il était clair que même la grande corporation des Suzuki ne le payait pas assez pour bloquer la route d'une experte en Jeet Kune Do.

Une fois satisfaite qu'elle avait le champ libre pour en venir à la racine de l'incendie, la lycéenne accéléra le pas. Un objet fit contact avec sa chaussure avant de percuter d'un son métallique la porte entre la voiture sept et la voiture huit. Elle reconnu le Smartphone qu'elle avait perdue lors de sa rencontre avec l'homme à la cicatrice, mais n'y prêta guère attention. Il rebondit contre son pied encore quelque fois tandis qu'elle s'engouffra dans le dernier wagon, la fumée rendant l'objet difficile à voir, avant de disparaitre. Toute pensée concernant l'affaire de meurtre et les vidéos que l'appareil contenait s'envola à l'instant où elle passa le tournant du couloir du train, pour voir que ce dernier était bien plus peuplé que celui qu'elle venait de quitter.

Elle ne vit que des silhouettes peu distinctes de prime abord, mais ce qu'elle ne pouvait reconnaitre à l'œil, elle le pu à l'ouïe...

"Eloigne-toi d'elle..." C'était une voix qu'elle ne reconnaissait que trop. Cette voix l'avait guidée de façon ponctuelle lors de son enfance, la force et la dureté qu'elle exhibait lui avait toujours servi de modèle... C'était la voix de son frère.

"Qui? Vermouth?" Une voix qu'elle ne connaissait pas: masculine, jeune, intelligente... "Non... Toi."

Masumi reconnu une troisième silhouette, aux contours vagues mais bien plus féminins que les deux hommes. Elle entendit cette dernière lutter, l'inconnu semblant la retenir avec le bras derrière le dos.

"Moroboshi... Dai?"

Impossible de se tromper, c'était bien la voix de la fille qu'elle avait rencontrée à sa précédente visite au pays du soleil levant, lorsque Shuichi lui avait présentée sa nouvelle petite amie. Un brin plus mure, malgré les circonstances, elle avait conservé son ton calme et le petit coté sec qui avait toujours agacé Masumi. La confusion reflétée dans la question de celle qu'elle était certaine d'avoir vu dans une forme rajeunie, l'heure d'avant, refléta parfaitement celle que ressentait la jeune détective.

Comme à son habitude, elle avait laissé sa colère dicter ses actions sans pour autant penser à une véritable stratégie. Shuu le lui avait toujours reproché d'ailleurs. C'était bien pour cela qu'elle s'était mise au Jeet Kune Do: afin de parer aux éventualités qui découlerait de son sang chaud... Mais elle ignorait comment ses arts martiaux pouvaient bien lui servir dans cette situation. Aucun des trois ne semblait l'avoir remarquée, mais elle ne pouvait pas s'approcher sans leur signaler sa présence...

"J'ai dit lâche-la!" La voix autoritaire de son frère... Elle y sentait de la frustration. Il n'avait fait aucune concession aux questions de l'inconnu ou de la femme nommée Miyano Shiho.

"Sherry va venir avec moi, Rye." Répondit l'homme mystérieux. Ses yeux s'habituant à la fumée, Masumi remarqua l'absence flagrante de flammes, ainsi que la forme glaciale d'un revolver pointée sur la tempe de la jeune femme. Mince...


Je me souviens que nous courions, Genta, Mitushiko et moi... Nous avions dépassé le gros de la foule, et pouvions voir Ran à la fin couloir. Elle vérifiait des cabines au hasard, ainsi que les toilettes en passant, mais on pouvait bien sentir son inquiétude. On la partageait d'ailleurs. L'unique avantage d'avoir été enfermés dans une cabane en feu la semaine précédente est que nous savions quelle odeur avait un incendie... La fumée que nous commencions à sentir n'avait rien de similaire.


Lorsqu'elle essaya de se remémorer la scène plus tard, Sera Masumi eut bien du mal. Tout se passa si vite... C'était bizarre, pensa-t-elle, de voir l'homme, dont la suite des événements lui confirma qu'il était bien son frère, aller à de tels extrêmes pour sauver un otage... et faillir.

Akai Shuichi avait toujours un plan. Il venait toujours préparé. Il se servait toujours de son redoutable intellect pour analyser toutes les issues se présentant à ses ennemis, et y parer.

Au fond d'elle-même, elle sentait bien que cela avait été le cas, que quelque chose avait du arriver pour réduire toutes ses précautions au néant, quelque chose d'imprévu.

Shiho et l'inconnu avaient commencés à reculer vers le fond du train, le petit wagon qui servait de réserve. C'est alors que Masumi, timidement, avait commencé à s'approcher avant de remarquer, d'un air distrait, que cet homme qu'elle pensait être son frère portait un chapeau étonnamment similaire au sien.

La distraction fut fatale. L'inconnu, un homme qu'elle entraperçu comme châtain clair à la peau sombre, l'avait aperçu. Il ne l'avertit même pas d'un cri confus avant de tirer des balles dans sa direction.

Shuichi, quant à lui, prit l'opportunité pour foncer droit sur le tireur, gagnant pour sa peine quelques tirs dans sa direction. Elle ne savait pas s'ils l'avaient touché, mais elle pouvait sentir des frissons lui glisser le long du dos. Masumi avait le sang qui lui glissait d'une soudaine égratignure à la joue.

Ce n'était pas comme si elle allait laisser une petite frayeur la figer en place alors qu'il y avait de l'action... Tandis que Shuichi luttait avec l'homme armé, elle plongea pour lui faire lâcher son otage... Otage qui à sa vue semblait plus effrayée que par la proximité d'un Beretta récemment utilisé. Masumi la dirigea avec force vers la porte entrouverte d'une cabine avant de plonger à terre: l'homme avait de nouveau appuyé sur la détente, et elle avait l'impression qu'il venait de vider sa charge.

Une demi-douzaine de balles parcourut le wagon d'un arc large, partant de la porte de la cabine B pour passer via le toit vers la vitre de la fenêtre du couloir. Cette dernière, sous l'impact de deux des missiles, vola en éclats, les divers débris s'écrasant sur le sol ou s'envolant dans la vitesse du train. Masumi se releva rapidement pour s'enfoncer dans la cabine et tenter d'en fermer la porte, mais sans pour autant oublier de jeter un dernier regard aux deux hommes qui luttaient maintenant non plus pour un révolver mais une grenade. L'arme à feu venait de tomber à terre.

Elle regarda avec horreur tandis que les deux se pressaient l'un l'autre contre l'encadrement maintenant vide de la fenêtre. Il ne fallut pas grand-chose pour les voir tomber. Une expression d'horreur, un regard triste dans sa direction, et un chapeau tombant à l'intérieur, dernière trace du sauveur de la chimiste qui respirait maintenant avec difficulté derrière Masumi.

"Bon sang, Bourbon!" Une toux inquiétante fit tourner la tête à Masumi... "Ne nous apprenaient-ils pas à tirer avec plus de précision que ca?"


Yukiko Kudo, pendant ce temps, se tenait avec les mains vers le plafond et un barillet de révolver à moins de cinq centimètres de son nez. Cette situation n'était pas complètement imprévue. Après tout, l'ennemie n'était autre que son ancienne collègue et amie, Sharon Vineyard, et elle s'était portée volontaire pour la distraire. Cependant, c'était sous la condition que son fils et leur nouvel allié parviennent à sauver la petite Ai d'elle-même.

Yukiko commençait à se sentir nerveuse.

Elle n'avait toujours pas reçu l'appel de Shinichi lui confirmant que leur plan avait réussi. Pour une fois que pas de nouvelles ne signifiait pas bonne nouvelle... Surtout lorsque Sharon lui disait d'un ton enjoué que son complice avait trouvé Ai dans la huitième voiture.

Quelques minutes de silence passèrent, le sourire presque diabolique de l'américaine ne l'aidant que trop à assumer son rôle de femme dont les plans ont étés réduits à néant. Et Shinichi qui n'appelait toujours pas... Ne lui avait-il pas promis de l'informer en utilisant des phrases prédéfinies du succès ou non de leur plan?

Cela dit, le sourire de Sharon n'était pas sans inquiétude maintenant... Il y avait un certain degré d'impatience dans le mouvement de ses sourcils et la dureté avec laquelle elle gardait sa mâchoire fermée. Elle aussi attendait un signal.

Au bout de quelques minutes, l'ennemie finit par soupirer en pointant l'antenne de son téléphone vers Yukiko.

"Désolée, ma chère Yukiko, mais on dirait bien que tu vas devoir manquer l'apothéose..."

Elle ne put s'empêcher de laisser échapper un petit cri haut perchée tandis que Sharon lui projetait un gaz odorant sous le nez. Ne pouvant faire autrement qu'inspirer le gaz, elle se retrouva bien vite sous ses effets assommants.

Elle ne put qu'apercevoir la jeune Sharon remettant son masque d'homme à la cicatrice, avant de s'endormir, prostrée contre le siège de sa cabine...


A suivre...