Hello tout le monde !

Ici Momo. Ça fait un bout de temps, non ? Il faut dire que maintenant, et depuis le 13 août, je travaille en parallèle sur deux textes AkuRoku (celui-ci et "L'étrange sourire de la reine des citrouilles"), qui ne s'apparentent pas le moins du monde. xD Je voyage d'un univers à un autre et je les poursuis en alternance... A vrai dire, j'aurais voulu terminer ce chapitre avant, mais mieux valait ne pas trop me précipiter, du moins c'est ce que je me suis dit. ^^"

Enfin, en guise d'excuse à ce temps que j'ai mis à l'écrire, ce chapitre 8 est plus long que les autres... J'espère qu'il vous plaira. ^^

Mais avant toute chose, je vais répondre à SimiliCloud : Oui, je vois tout à fait ce que tu veux dire quant à la sonorité du mot "pote" et du mot "ami" ! ^^ C'est très vrai, je suis du même avis que toi. Ensuite, quant à Roxas et à sa dureté sans comparaison, bah...

SimiliCloud n'est pas le seul (la seule ? Je sais paas xD) à m'avoir fait remarquer que mon Roxas, dans cette histoire, était particulièrement cruel, ou bien mal élevé, égoïste, et j'en passe... Ces commentaires devraient me désoler mais non, au contraire, ils me font très plaisir. ^^ Je vous rappelle que cette histoire est entièrement basée sur la personnalité absolument horrible et la manière dont il va, petit à petit, évoluer...

Mais comme dans toute évolution, notre ami devra traverser des hauts et des bas. Ce chapitre est constitué de deux parties bien distinctes ; et si la première pourra peut-être vous faire rire (découvrez donc la désinvolture de Roxas à son réveil xD), la deuxième appartient à un autre registre. D'ailleurs, je la trouve moins violente au niveau du langage, des mots en eux-mêmes, que la première... Enfin bref, assez parlé, voyez par vous-même ^^"

Bonne lecture =)


Chapitre 08 : Il paraît que les serpents aquatiques dévorent la peau

Dimanche matin dut bien offrir à Roxas son meilleur réveil depuis des jours – du moins, jusqu'à ce qu'il se rappelle que l'imbécile de copain débile de sa vieille folle de mère allait se ramener chez eux d'ici pas longtemps. D'autant plus que pour pas compliquer les choses, il s'était levé qu'un peu après onze heures – du moins à ce que disaient les putains de chiffres fluos trop brillants de son réveil-matin super technologique dans son genre –, et que la mère avait pas été foutue de préciser à quelle heure son clodo avait prévu de se ramener ; enfin, tant pis. Il verrait bien – et de toute façon, c'était pas comme s'il allait changer ses habitudes pour un énième petit copain de sa chère maman.

Il s'assit sur son lit, chopa ses lunettes sur la table de chevet et se coiffa vite fait d'une main dans les cheveux – sommaire, surtout qu'il était toujours en pyjama, mais tant pis. Il déjeunait et déjeunerait toujours en pyjama – toujours. D'autant plus qu'il était cool, son pyjama, noir avec ses têtes de mort un peu partout ; pour un peu plus, le blond aurait même emmené son unique peluche, une sorte de vague nounours à moitié décapité, plein de faux sang et de bandages – mais, dans son infinie bonté, il décida d'épargner ça au mec de sa mère. Mieux valait éviter de le traumatiser dès le premier jour et garder le meilleur pour la fin, comme il avait pris l'habitude de dire.

Sautant de son lit, il avisa du regard ses pantoufles mais ne prit pas la peine de les enfiler ; il se dirigea directement vers la porte de la pièce, attrapa au passage sa PSP qui, comme toujours, traînait dans un coin d'un petit meuble, et sortit. Il l'alluma en marchant, poursuivit sa route sur ce chemin qu'il connaissait par cœur – et qui menait et mènerait toujours à la cuisine, à moins que sa débile de génitrice soit prise de la lubie de réaménager les lieux, mais ça risquait pas d'arriver vu comment elle arrivait déjà pas à nettoyer l'appart' une fois par an.

« Hé, l'est là, ton mec ? Cria-t-il en ouvrant avec force la porte de la cuisine. J'ai faim, hein, j'me sers ! »

Pas de réponse – l'était pas là, son mec, visiblement. Et c'était même pas dit que sa mère soit réveillée, en fait ; p'têtre même qu'il l'avait réveillée en beuglant ? Si c'était pas le cas, tant pis, et si c'était le cas, tant mieux ; parce que fallait quand même être un cas – dans le sens, un autre cas que lui qui n'était déjà pas mal – pour se lever aussi tard. L'horloge digitale au-dessus du four indiquait onze heures vingt-trois, mais Roxas ouvrit sans remords un placard d'où il extirpa une boîte de céréales ; de toute manière, avec sa mère, les week-ends, on bouffait jamais avant une ou deux heures – et la semaine, on bouffait pas avec sa mère.

Sans un mot pour le vague grognement qu'il entendit venir du fin fond de la baraque, il s'approcha de la radio toujours allumée, posée sur la petite table de la pièce ; d'un geste rapide et connaisseur, il s'empara de la boîte à CD abandonnée à côté, en extirpa son CD – son CD à lui – et l'inséra dans l'appareil – fort heureusement, sa mère n'avait pas laissé l'un de ses nombreux albums pourris dans ce machin.

Avril Lavigne. Peut-être la seule fille de la Terre dont il était fan à ce point – peut-être même la seule fille de la Terre qu'il appréciait tout court, en fait. Jolie voix, jolies fringues, bon style artistique ; autant de qualités qui lui avaient permis d'entrer dans le cercle très fermé des chanteurs et groupes que l'adolescent adorait.

« Roxas ! Entendit-il soudain, mais c'est pas pour autant qu'il allait se bouger. Tu pourrais faire moins de bruit, t'sais bien que Kév' a dormi ici ! »

Ah ? Ah bah non, il ne savait pas. Note qu'il avait passé la soirée de la veille à jouer sur son ordi portable, dans sa chambre, avec de la bonne musique à fond dans les oreilles ; c'était peut-être voire sûrement pour ça qu'il était pas au courant. Le fait est que ça ne l'affectait pas le moins du monde ; l'air de rien, il continua à déguster ses céréales.

Sa mère se tenait dans l'embrasure de la porte, mais il ne la remarqua que lorsqu'elle entra. Pas de copain à l'horizon, par contre ; juste cette plutôt grande silhouette, mince, surmontée de ses longs cheveux blonds et flottant dans sa nuisette presque transparente. Roxas n'avait jamais aimé le look qu'arborait sa mère – jamais. Habillée comme ça, ou même comme elle l'était dans la journée, elle faisait pas ses trente-huit ans – vraiment pas. La faute à sa myriade de crèmes diverses et à son désir d'oublier qu'elle était mère d'un jeune garçon, sûrement.

« Roxas, tu pourrais mettre ta musique moins fort, geignit-elle en allumant la machine à café. Sérieux, ça m'donne mal à la tête...
– Chérie ? »

Sitôt qu'il entendit cette nouvelle voix masculine, Roxas se leva d'un bond et éteignit la radio. Il n'aimait pas que les inconnus écoutent sa musique, tout comme il n'aimait pas que ces mêmes inconnus puissent le voir en pyjama et démaquillé – et ce, même si son pyjama était et resterait fondamentalement classe.

« C'est bon, j'l'éteins, dit-il, j'vais dans ma chambre. »

Le jeune homme quitta donc sa chaise, sans un regard pour sa mère, ni même pour son copain ; mais il ne put éviter éternellement de regarder ce dernier car il barrait la route de toute sa carrure plus ou moins imposante. Il était comme les autres, en fait. Assez large d'épaules. Il aurait fait un bon camionneur – mais surtout, vu sa tronche de type dégueulasse et mal rasé, il devait faire un excellent chômeur. Encore un foutu chômeur pas fichu de se prendre en main que sa mère lui ramenait tellement qu'elle était désespérée et qu'elle avait à tout pris besoin d'un mec – parfois, Roxas avait envie de penser qu'elle méritait mieux que ça. Mais pas cette fois. L'homme, « Kévin », s'approcha d'elle, ignorant son fils – quelque part, ça valait mieux, en fait – et l'embrassa dans le cou ; elle gloussa.

« Alors, ma Lili, bien dormi ? Souffla-t-il. Tu me présentes à ton gamin ?
– Oh, Kév', gloussa-t-elle à nouveau – c'était pas possible ce qu'on aurait dit une poule, quoi –, c'est Roxas, je t'en avais parlé, non ? »

Il était question de lui dans la discussion mais le blond n'avait pas envie d'en entendre plus ; non seulement cette garce le présentait comme « Roxas » – elle éludait toujours le lien de parenté entre eux deux, tout ça parce que si on était à moitié myope on aurait pu les prendre pour un frère et une sœur –, mais en plus elle se faisait appeler « Lili » par l'autre trou du cul. « Lili ». Alors que son vrai nom, c'était « Linda ».

Roxas aurait tué sa potentielle future copine, si elle avait osé lui donner un surnom du genre. Ça l'écœurait – mais tout en s'éloignant à pas rapide du petit couple idiot qui avait pris possession de sa cuisine, il ne put s'empêcher de réfléchir à un surnom qu'on pourrait lui donner, à lui, avec son prénom bizarre, pas normal, issu de l'esprit d'une nana qu'avait rien d'autre à foutre que d'inventer des prénoms pour les donner à son seul fils. « Roro », peut-être ? C'était absolument horrible – il entrait dans sa chambre lorsqu'il remarqua qu'il avait oublié sa PSP dans la cuisine. Eh merde. Enfin, tant pis, il la récupérerait forcément plus tard dans la journée – et ce connard de Kévin avait pas intérêt à essayer de la toucher.

Kévin. Sa mère l'avait surnommé « Kév », lui. Ça voulait dire que lui, Roxas, on aurait aussi pu abréger son nom d'une autre manière – les trois premières lettres. R, O, X. Les trois premières lettres, soit une consonne, une voyelle, et encore une consonne – « Rox », quoi. Il s'arrêta en plein milieu de sa chambre ; bordel. « Rox », c'était pas comme le surnom de « Roxy » que lui donnait parfois Vani pour se foutre de sa gueule – non. C'était un vrai surnom affectueux et sincère à la manière de celui dont sa mère affligeait le dénommé Kévin. Mais il rêvait pas – quelqu'un l'avait appelé comme ça, un jour. Vraiment. Un énergumène l'avait surnommé de la sorte – un putain de gros travelo l'avait surnommé de la sorte.

Axel. Axel l'avait appelé comme ça, une fois – une seule fois, mais une fois quand même.
Soudain, Roxas réalisa qu'il avait sûrement fait une connerie – une sacrée connerie, même. Et ça craignait grave.

Il lui fallait sa PSP. Son CD. Sa radio – n'importe quoi. N'importe quoi qui lui permette de penser à autre chose – à autre chose qu'à Axel et à cette foutue histoire de surnoms même pas intéressante. D'un pas décidé, il s'approcha de la porte ; mais il pila juste devant et il put pas passer. Il pouvait pas, il voulait pas – y'avait le mec à sa mère dans la cuisine, avec ladite chieuse de mère, et pour rien au monde il n'avait envie de revoir ce sale clodo. Si y'avait bien un truc qu'il détestait plus que sa mère, c'était bel et bien, et indéniablement, pour sûr, les copains de sa mère.

Pestant mentalement contre l'autre saloperie de couple – bordel, ce que ça pouvait être chiant les couples, et comment il pouvait être fier et content d'être célibataire, quoi –, il s'empara de son iPhone, planqué quelque part sous son oreiller, et partir s'enfermer dans la salle de bain ; là, il pourrait tranquillement se maquiller, se préparer, envoyer un message à son frère pour lui parler du dénommé « Kévin », et ça lui semblait être une vachement bonne idée.

Il savait pas ce qu'il ferait de la suite de sa journée, mais ce qui était sûr, c'était que comme ça, il avait peut-être une chance de plus penser à Axel. Plus du tout.


Roxas.

L'eau ruisselait en longs serpents minces sur sa peau nue.

Roxas.

Plic, ploc. Plic, ploc. Ça ressemblait un peu à ça, le bruit de l'eau frappant le sol, frappant le carrelage, frappant les vitres – en beaucoup, beaucoup, beaucoup plus rapide. Beaucoup plus chaud, aussi.

Roxas, reprends-toi.

C'était brûlant. Brûlant contre son cou, brûlant contre sa nuque, brûlant sur son torse et brûlant sur ses bras. La chaleur amenée à un certain niveau avait, tout comme son opposé le froid, cette capacité particulière qu'elle parvenait à anéantir tout sens de l'environnement, toute perception du monde extérieur. Ne restait dans la cabine de douche que l'eau, les serpents sur tout son corps, l'incessant plic ploc rapide et indomptable – et son souffle, sa respiration chaude et lente, lourde, profonde.

Roxas, réveille-toi !

Brusquement, l'adolescent ouvrit les yeux. Aussitôt, l'eau chaude s'y infiltra – aïe. Ça picotait, maintenant ; ses larmes menaçaient fort de se mêler aux serpents, à l'eau carnivore et cruelle. Il ne ferma pas les yeux, pourtant ; il préféra simplement baisser la tête, un peu. Ses jambes ramenées à lui, contre son corps – il pouvait de là où il était voir ses orteils, et il les aurait attrapés rien qu'en tendant la main, s'il l'avait voulu. Or, il ne le voulait pas – tout ce qu'il voulait, c'était rester là. Dans la douche. Seul.

Il avait envoyé un message à Cloud, plus tôt dans la journée ; ouais, un message à propos du connard de copain que leur vieille mère s'était trouvé. Pas de réponse – pour le moment, du moins il espérait. Aucune envie de devoir courir après un foutu SMS, aucune envie de devoir se battre pour en parler à son frère, et surtout aucune envie de faire quoique ce soit d'autre que de rester là, en fait.

L'eau bouillante, aussi meurtrière qu'apaisante, blessait sa peau, la faisait rougir en même temps qu'elle calmait tous ses sens ; tant pis pour sa peau, alors, ça lui allait si bien, ça lui plaisait tant. Il n'aimait pas son corps, de toute façon – trop maigre. Trop frêle, fragile, tout juste si ça lui donnait pas l'air d'une petite gamine. Roxas se renfrogna et s'efforça de joindre ses deux mains, là-bas, par-delà ses genoux, du côté de cette montagne qu'il ne voyait pas – puis il appuya son menton à l'endroit où c'était si froid et si dur, et il ferma les yeux.

Un mince serpent d'eau s'infiltra dans sa bouche à la première inspiration qu'il prit. L'eau chaude, brûlante, bouillante, contre sa lèvre, sa langue, ses dents, son palais – cette eau-là avait plus que jamais le goût du désespoir.

Roxas avait toujours pris un certain plaisir à regarder l'eau tomber, pourtant – et ce, qu'il s'agisse de la pluie à l'extérieur ou tout simplement de l'eau chaude dans la douche. Avec le temps, à force de passer les après-midi grisonnantes de pluie à scruter cette dernière depuis la fenêtre de sa chambre, et à force d'allumer le jet de la douche toujours trop chaud et toujours trop fort, il avait pris l'habitude de comparer toute cette eau à la violence – la violence qui était la sienne, quelque part.

La violence était sienne, la violence le faisait tout entier – il était la violence, aussi. Et seule l'eau, cette même eau imbibée de cette même violence cruelle et impartiale, seule cette eau-là possédait en son sein le pouvoir de le calmer.

Mais une fois dépossédé de sa violence, Roxas n'avait plus rien d'autre à faire que de se laisser tomber – se laisser choir, simplement. Il s'était souvent demandé ce que ressentait avec exactitude un suicide sitôt qu'il franchissait la barrière du dernier étage de l'immeuble ; il chutait, chutait, chutait sans arrêt, jusqu'à finir à terre, les genoux en sang, les larmes aux yeux.

Tous ses os brisés en un bruit énorme et terrifiant. La violence qui formait barrière n'était plus sous la douche, sans les vêtements noirs, les bottes aux grosses sangles et le casque avec la musique si fort, si fort – dès lors, le blond n'était plus qu'une loque. Rien d'autre. Absolument rien, même. Chiffe molle, oui, vieux chiffon à poussière.

Lorsqu'enfin il s'arracha aux mille et un serpents de la douche, ceux-ci avaient laissé sur sa peau bien des morsures, petites marques rougies de leurs brûlures – mais ça ne faisait rien. Ça s'en irait avec le temps. Tout comme le vague à l'âme – tout comme le désespoir, aussi. Il suffisait de remettre les vêtements, de rallumer la musique, de replonger dans sa bulle.

Debout dans la salle de bain aux vitres embuées, Roxas voulut de toutes ses forces croire encore en cette utopie.

Las de toutes ces réflexions, il attrapa d'une main la longue serviette blanche qu'il avait au préalable installée non loin de la cabine de douche. Aussitôt, il porta le linge à son visage ; et il frotta, frotta pour nettoyer son front, ses paupières, ses joues, pour les débarrasser des serpents de l'eau. Il aurait pu, ensuite, nouer la serviette autour de son corps ; tous les gars de tous les films du monde faisaient ça, de toute façon. Tous les beaux mecs, ou du moins ceux qui se croyaient beaux, ou encore ceux à qui ça faisait chier de s'habiller, ceux qui qu'avaient la flemme ou ceux qui voulaient se la jouer un max – mais Roxas n'était pas comme ça, lui. Il n'avait pas l'habitude et n'aimait de toute façon pas montrer son corps aux gens, et ce qu'on parle de son orteil ou de son torse au complet ; heureusement que sa débile de mère et son enfoiré de mec s'étaient barrés pour la soirée.

Finalement, l'adolescent quitta la chaude et rassurante étreinte des vapeurs de la salle de bain en sous-vêtements ; tant pis, avait-il fini par se dire, tant pis – tout irait bien tant qu'il ne croisait pas de miroir, tant qu'il prenait bien le chemin direct entre la salle de bain et sa chambre. Tout irait bien – utopie, utopie, encore. Lentement, ses pas s'enchaînèrent ; pas de la porte, couloir, couloir, ses pieds nus dans la moquette douce par endroits et moins douce ailleurs, éviter le miroir, éviter le grand miroir qu'un – ou plutôt une – débile avait foutu dans le couloir. Un miroir, un meuble – rien à foutre dans un couloir, non, du moins pas dans ce putain de couloir que Roxas empruntait tous les jours, plusieurs fois par jour même.

Lorsqu'il arriva à la hauteur du miroir, Roxas comprit subitement que l'utopie, au même titre que la violence, était omniprésente.
Le miroir lui renvoyait l'image d'un jeune homme mince, presque voire carrément efféminé – pas de muscles, pas de force, pas de virilité ou de beauté au sens dans lequel l'entendaient la plupart des gens. Juste ses cheveux blonds, lissés par l'eau, sur ses épaules – ils étaient longs, ces cheveux, pensa-t-il, bordel, qu'ils étaient longs. Oh, pas trop longs pour la coiffure en bataille, à l'arrache, et pas trop longs pour les grosses boucles éparses, en bordel un peu partout sur sa tête ; mais trop longs, beaucoup trop longs pour les porter comme ça.

Subitement, Roxas détourna la tête ; putain, voilà qu'il rougissait, maintenant – qu'il était gêné. Fait chier. Marre de son corps de gamine. Marre de sa tronche de fillette.

Sur le petit meuble à côté du miroir traînait un vêtement de sa mère.
Soudainement intrigué par ce détail – ce foutu détail, mais visiblement Roxas était en ce moment assez dépressif et con pour remarquer qu'une fois de plus, sa mère laissait traîner son bordel un peu partout dans l'appartement –, le blond garçon s'approcha d'un pas. Une robe. Une putain de robe pas trop moche, pas trop jolie non plus, juste vachement banale. Rouge et courte, peut-être un peu trop courte pour être décente même, avec des petites manches et des froufrous en bas – une robe de meuf, une robe à sa mère, quoi.

Et tout à coup, Roxas se posa une question – la question. Une robe, du rouge, une meuf, et ses yeux qui ne parvenaient pas à se détacher du vêtement ; Axel.

Quel plaisir peut-on éprouver à s'habiller en femme lorsqu'on est un homme ?

Son corps, mince, presque maigre. Son torse nu dans le miroir, ses cheveux trop blonds et trop lisses contre ses yeux trop bleus – son visage trop fin, ses lèvres trop douces, trop invisibles au regard de l'inconnu.
Peut-être que la réponse était là, juste sous son nez – en face de lui, à sa vue, depuis si longtemps, depuis toujours.

Tout à coup beaucoup plus calme, il tendit la main. Le tissu du vêtement était doux – si doux, tellement doux qu'à vrai dire, il n'arrivait même plus à croire que ça pouvait avoir appartenu et appartenir encore à sa chère vieille mère à la con.

Attraper, amener à soi, sentir, toucher du bout des doigts – enfiler. Les yeux fermés ; et le vêtement trop large glissa les fibres de son coton sur sa peau encore humide. Les froufrous contre les cuisses grattaient un peu – mais ce n'était pas si désagréable que ça. Et puis, soudain, brusquement, en une seule seconde, les yeux s'ouvrirent – les grands yeux bleus sur le miroir, directement.

Voir, regarder, réaliser – comprendre. Son corps de gamine, presque trop mince, et son visage de fillette, aux traits trop fins – dans la robe rouge et courte de sa mère. Lui. Roxas. En robe – en robe rouge. Ses jambes, tremblotantes – ses bras, les frissons contre sa peau. Il se sentait trembler, il sentait son corps vibrer tout entier – et ça faisait mal, ça faisait tellement mal à l'intérieur, ça faisait plus mal que jamais.

Pourquoi ?

Une seule question, plus qu'une seule question.

Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?

Douleur, incompréhension, aïe, mais enfin, ne plus rien comprendre, et l'ouragan mortel se déchaîna dans sa tête – de toute sa force, dans toute sa violence.

Pourquoi c'est si bizarre ? Pourquoi ça fait si mal ?

Brusquement, d'un geste rageur, Roxas retira la robe ; il la jeta au sol et courut, courut, courut jusque dans sa chambre. Sur ses joues coulaient à nouveaux les longs serpents de l'eau – les longs serpents de ses larmes, salées, sucrées, un peu des deux, un peu ni l'un ni l'autre.

Maintenant que la bulle était éclatée, que l'utopie s'était écroulée, il allait falloir affronter le monde extérieur, le dehors, l'inconnu qui faisait si peur – ou bien il faudrait reconstruire les barrières, une à une.

Assis sur son lit, Roxas avait ramené ses genoux à son corps, enfoui sa tête contre sa peau, et laissé couler ses larmes, toutes ses larmes. Ca faisait si mal – tellement mal à l'intérieur, là, à l'endroit-même où ça touchait la partie la plus dure de toute sa jambe.

Cours et fuis l'inconnu jusqu'à la fin.


Et voilà, c'est la fin du chapitre. =)

J'espère que ça vous a plu. ^^ Si je devais faire un commentaire sur ce chapitre, et plus particulièrement sa deuxième partie, eh bien... Je dirais que toute évolution passe par des hauts et des bas et que, à mon sens, un mal peu brusquement empirer, juste avant d'entreprendre une longue chute vers sa guérison...

A méditer ! xD Merci de votre lecture et à la prochaine, j'espère :P