Hello, tout le monde =)
Comme prévu et comme promis, je reprends du service à fond. o/ Ce sera donc, à partir de maintenant, un chapitre par semaine, et ce jusqu'à la fin du mois de juin en tout cas.
Quant à ce chapitre, justement : c'est moins "calme" que la fois passée, je pense, par contre on est beaucoup plus dans les réflexions et... C'est promis, la prochaine fois l'action bougera enfin ! XD J'ai encore prévu quelques petits trucs (et un énorme machin qui j'espère vous surprendra xP) au niveau du scénario, mais bientôt on sentira la fin arriver... Je pense. Normalement. Je vous avoue que je ne sais pas encore exactement comment je veux terminer la fanfiction (si je veux raconter tout ce que j'ai imaginé ou bien laisser une partie sous-entendue), mais je devrai prendre cette décision bientôt =)
Bref.
Roxas et Axel à fond sur ce passage-là. Dans l'espoir que ça vous plaira, bonne lecture ! =D
Chapitre 33 : Il paraît que les choses à dire doivent bien sortir
L'on avait toujours pensé qu'au fond, pour les éviter, il suffisait de fuir les problèmes.
Ça avait été vrai, un peu, des deux côtés ; Axel n'en parlait plus pour oublier, Roxas fuyait quand ça n'allait pas, et d'aussi loin qu'ils s'en souviennent tous deux, ça avait toujours été bien, comme ça.
Foutaises.
Foutaises, le blond avait envie de crier, maintenant ; parce que plus rien n'allait comme il le fallait, plus rien de ce qu'ils faisaient ne le satisfaisait, et la mélancolie était ce sentiment désagréable et familier à la fois, mélange de tristesse et de mal-être, qui doucement les emporteraient, finalement, s'ils n'agissaient pas – maintenant.
Axel à ses côtés était resté le même, en apparence ; malgré tout ce qu'il s'était passé, malgré tout ce qu'ils avaient vécu, il continuait à venir au parc, tous les soirs, remplissant le terrain vague de sa seule présence, et sa voix qui résonnait entre les jeux sonnait parfois comme celle de mille hommes. Il parlait, parlait, alignait mot sur mot avec un sourire, une moue de temps à autres, et le quotidien semblait doux quand il était là, parce que justement, ça ne changeait pas ; mais au fond, ça sonnait faux.
Putain de merde, ça sonnait faux. Le geste sympa, le signe de la main lorsqu'il arrivait, une pichenette contre sa tempe et un sourire, une blague gentille, tous dirigés vers lui et lui seul – ça aurait pu paraître cool, quand on y réfléchissait, mais y'avait un problème, parce que ça se répétait, tous les jours tous les jours, comme si jamais rien ne pouvait changer, comme si le rouquin ne voulait pas que ça change, justement, et c'était bien là le problème, le putain de problème auquel Roxas se confrontait.
On était revenus à un quotidien calme mais c'était pas pour autant que tous les problèmes étaient réglés et bordel, ça le faisait bien chier, ça.
Il n'avait pas envie d'y penser, à vrai dire ; mais ça revenait dans sa tête, la nuit, lorsqu'il était seul, allongé et dans son lit, et c'était dans ces moments-là que c'était le plus chiant, le plus invivable, aussi. Vicieuses, comme les cauchemars horribles que tu fais tous les soirs, mais que tu réussis jamais à éviter, ses putains d'emmerdes s'insinuaient dans ses rêves et ses pensées, tant et si bien que des fois, ça l'empêchait de dormir – parce qu'il pensait à Axel, à son opération, il l'imaginait en meuf, et putain ce que ça le dégoûtait, mais y'avait sa mère aussi, avec son Kévin, et ce duo d'enfoirés qu'il avait même plus l'once d'une envie de voir, bah, il savait pas ce qu'ils devenaient, et en même temps il s'inquiétait, enfin, non, mais si, un peu, peut-être, et sa mère, avec un connard pareil, et puis ça revenait à Axel, et...
Rah, bordel.
Le matin de la nuit où il rêva qu'Axel, cheveux longs et sac à main rose pétant, papotait avec sa mère en prenant le repas dans leur cuisine, Roxas décida qu'il était temps de lui parler de cette histoire d'opération – et puis merde, à la fin, quoi.
Plus ou moins confortablement installé sur sa chaise de bureau, Axel bâilla et réalisa soudain qu'il devait bien travailler depuis deux heures et demie, déjà – sans avoir pris une seule pause, et à cette pensée, il sourit. La joie d'avoir récupéré avec Roxas un semblant de relation stable et calme, la satisfaction d'avoir éloigné la tempête d'emmerdes qui les menaçait à peine, allez, trois semaines auparavant, et l'euphorie toute bête d'avoir lavé ses longs cheveux roux lui collaient de belles idées dans la tête et, tout bêtement, il se sentait bien.
Dans ces conditions-là, il adorait son boulot, et il aimait encore plus s'y donner corps et âme. Subitement, il se demanda quand même ce que le blond en penserait, s'il savait exactement quel genre de métier son plus-ou-moins pote exerçait ; mais il abandonna l'idée stupide d'y réfléchir parce que, de toute façon, il verrait bien quand il lui en parlerait, s'il avait l'occasion de lui en parler un jour. C'était pas comme si c'était important, après tout.
Les crayons et stylos divers défilaient entre ses doigts comme il s'essayait à différents styles, différentes teintes sur papier avant même de songer à passer à l'ordinateur – de toute manière, il avait le temps, cette fois-ci. Il pouvait tester, plusieurs fois, effacer ce qui ne le satisfaisait pas, et recommencer pour qu'enfin cela lui plaise ; et il se trouvait là, assis, calme, à son bureau, l'esprit partagé seulement entre vie professionnelle et personnelle, entre ses croquis sur la feuille et sa relation avec un certain blond – et puis, soudain, un son.
Strident, si familier qu'il le fit réagir – instantanément. Le téléphone fixe vibrait un peu sur la base qui le soutenait et, en deux pas, Axel l'eut rejoint, s'en empara, décrocha ; allô ?
Cet unique mot résonna dans l'appartement mais ne fut suivi que du silence.
A l'autre bout du fil, la voix inconnue grésillait un peu – difficile à entendre, difficile à comprendre.
Un, deux, trois mots enchaînés calmement, sur le ton monocorde qu'avaient souvent les secrétaires, femmes de bureau entourées de paperasses entassées, deux lignes téléphoniques sous la main et l'ordinateur toujours allumé ; normal, tout cela. Attendu. Écouté. Entendu ?
« Quoi ? »
Un mot ; un seul et unique mot qui avait fait frémir son cœur et qui, maintenant, l'avait piqué du doute, de l'incertitude, de la peur de n'avoir pas compris – et peut-être aussi, quelque part, de l'angoisse d'avoir tout compris.
La femme de l'autre côté répéta sa phrase sur le même ton monotone et désabusé de celle qui, pour la trentième fois de la journée, doit téléphoner à un patient quelconque et toujours, sans cesse, répéter les mêmes mots dont elle finit inexorablement par se lasser.
Votre opération aura lieu le mois prochain.
Jour, heure, minutes, salle – une date, un temps et un lieu, en somme, pour des faits dont il n'avait que trop conscience et qui pourtant venaient de le heurter de plein fouet, à pleine puissance. Depuis combien de temps le voulait-il, déjà ? Depuis combien de temps l'avait-il demandé ? Mais pourquoi, pourquoi, au fond ? En raison de qui, pour qui ? Et sa mère, sa chère maman lui revint soudain en mémoire, la cascade de cheveux roux contre le blanc pâle de l'oreiller à l'hôpital et le bleu des yeux trop flou, trop foncé peut-être pour paraître encore rassurant, tout à coup se glissèrent en parallèle à ceux de Roxas qui toujours pétillaient d'une émotion si forte que les mots ne suffisaient plus à la décrire ; le sourire triste contre les sentiments qui fusaient dans tous les sens, la couleur fade contre celle puissante qui ramassait, emportait tout sur son passage, et le murmure faible contre les cris, les rires aussi, qui s'échappaient toujours à voix haute dans l'atmosphère.
Le téléphone ne retrouva pas son socle initial lorsque le jeune homme raccrocha.
A la place, il resta dans sa main – serré, contre sa paume, entre ses doigts fins, tandis qu'il se laissait doucement glisser contre le mur immaculé de l'appartement, pour atteindre le sol en même temps que ses bras faibles soudain entouraient ses genoux.
Sa mère, Roxas, sa mère, Roxas – encore une fois. Sa mère, Roxas. Sa mère. Roxas. L'un ou l'autre – pas les deux, pas ni l'un ni l'autre, pas de solution intermédiaire et la décision à prendre infligeait à son cœur la pire pression qu'il n'ait jamais connue.
Maman ne l'avait jamais vu comme un homme, en réalité. Les cheveux longs qu'elle avait laissés pousser sur ses épaules, les nattes ou les couettes en lesquelles elle les avait, autrefois, quotidiennement tressés, les robes et jupes qu'elle avait achetées sans pour autant les lui faire toujours porter ; le rose dans sa chambre, les maisons de poupées, et les petites voitures finissaient à la poubelle comme il apprenait à ne plus du tout les apprécier – tant d'éléments qui lui revenaient soudain, en pensées dans la tête, et l'étreinte de ses bras ne se fit dès lors que plus forte.
Roxas l'avait toujours vu comme un travelo, en réalité. Ça passait, c'était passé par les fringues, les cheveux longs, le maquillage et toutes les couleurs qui flottaient en permanence autour de lui, alors que le roux lui-même n'en avait pas conscience ; et toutes ses choses, tous ses détails dans son comportement, son apparence, de son parapluie à son appartement, les hamsters dans leur cage, les sourires idiots, les battements de cœur mal placés et l'amour qui partait n'importe où et...
Rah, bordel.
Il en avait marre, marre de compter d'énumérer tant de choses et tant de mots ; et à dire vrai, tout ce dont il avait l'envie, c'était de gueuler bien fort à la première qu'elle avait fait de lui un rebut de la société, un monstre, un anormal, un travesti ; et de répondre au second que jamais il ne pourrait changer, simplement parce que son apparence prenait source dans l'essence-même de sa personnalité.
A l'impossible nul n'est tenu, disait le proverbe – normalement.
La tâche qu'il avait à faire semblait impossible, non, était impossible, et resterait impossible quoiqu'il fasse ; parce qu'il pouvait le vouloir, il pouvait le désirer de tout son cœur même, c'était pas pour autant qu'enfin il arriverait à faire un choix entre sa mère et le blond – non. Il ne pouvait pas et c'était tout ; il ne pouvait pas en privilégier un pour se résoudre à abandonner, oublier et délaisser l'autre, jusqu'à la fin des temps.
La meilleure nouvelle de sa vie, ce qu'il avait longtemps cru être la meilleure décision possible à faire, cette même décision qu'il avait prise sans hésiter et avec le sourire, devenait maintenant quelque chose entre son pire cauchemar et sa plus grande crainte, et à dire vrai il n'était pas sûr de pouvoir supposer que c'était normal ; certes, nombre de patients angoissaient avant de passer sur le billard, mais…
Mais quelque chose, tout au milieu de lui, quelque part entre son cœur et ses poumons, lui susurrait à l'intérieur qu'au fond, il n'était peut-être pas si sûr que ça de vouloir la faire, cette opération.
Les conversations où l'un comme l'autre des intervenants ont quelque chose de bien précis à dire sont les plus chiantes en ce que personne n'a jamais envie de commencer – de parler, d'affronter, lui seul, en premier.
Et en l'occurrence, une fois de plus, ça avait un petit côté western, quand même. Film de cowboys où le premier s'oppose au second, dans la splendeur de sa carrure, large d'épaules et prêt à dégainer le colt ; Roxas n'en avait ni l'apparence ni les accessoires mais à coup sûr, il partageait bien avec ce personnage le regard noir qu'il adressait au rouquin, en ce moment-même. Il fallait qu'il parle, bordel ; il fallait qu'il lui parle et qu'il parvienne à en discuter, pour enfin lui exposer son avis précis quant à la chose – et, si possible, lui dire franchement et clairement que c'était de la merde, son idée.
Mais Axel s'était terré, planqué sous ses paroles légères comme derrière un bouclier de fer, et il ne lâchait plus son sourire d'abruti histoire d'être sûr que personne ne le lui prenne, jamais. Oh, si le blond avait su, alors peut-être qu'il se serait tu – mais dans l'immédiat, il ne savait pas, et son cœur battait fort rien qu'à l'idée de devoir, une fois de plus, faire le premier pas. Il aurait aimé que le roux lui en parle, à vrai dire.
Qu'il lui sourie et lui répète encore que tout irait à merveille, que c'était pour leur bien à tous, et comme ça Roxas aurait eu une merveilleuse raison de plus pour, simplement, lui balancer un nouveau coup de poing en plein dans le bide.
Enfin – il soupira. A côté, ça parlait, ça papotait tout seul, ça enchaînait les mots et les phrases qui à force perdaient de leur sens, et la situation n'avançait pas, ne fût-ce que d'un millimètre ; alors, le garçon décida.
Il n'en pouvait plus, de cette conversation à la con, même pas intéressante ni rien, juste embarrassante à force ; alors, d'un seul coup, il coupa son pote et tant pis si c'était pour laisser quelques plumes au combat.
« Axel, appela-t-il d'une voix plus grave, dont le sérieux ne lui réussissait pas, ferme ta gueule. »
Surpris, le rouquin s'arrêta net dans son discours et tourna vers son ami un regard interrogateur.
Lorsque ses yeux rencontrèrent les bleus, il frémit – il y lut la fureur, il y lut la colère, et instantanément, il comprit, aussi. Merde. Il aurait dû parler, il aurait dû commencer, il aurait dû engager lui-même cette discussion, il aurait dû les lancer tout de suite sur le bon sujet, putain, il le savait ; mais-
« L'opération, poursuivit alors Roxas, mais il détourna la tête et planta ses pupilles quelque part ailleurs, au milieu du bois de la maisonnette. Toujours décidé à faire cette connerie monumentale ? »
L'adulte hésita. Bredouilla. Bégaya. Hésita encore, tourna la tête, se recentra, le regarda – inspira, un grand coup, et le dit, le débita ; exactement ce qu'il pensait, maintenant, juste là.
« Oui. »
Ce n'est qu'alors qu'il réalisa – sa main, les doigts repliés, contre le plancher. Et celle de Roxas, la paume tiède et douce, plaquée tout contre ; ça resserra un peu et il sut qu'il avait fait le mauvais choix, mais en même temps, il savait tellement pas, et puis merde, non, oui, non, non, oui, non, non !
Seul l'affirmatif s'était échappé d'entre ses lèvres et maintenant il ne savait plus ; à dire vrai, il avait même envie de pleurer – carrément. Mais cela n'aurait servi à rien et il dut se rendre à l'évidence ; il abandonna l'idée, et d'un geste vif s'extirpa à l'étreinte du blond qui, contre toute attente, le laissa filer – sans râler, sans se fâcher, sans l'engueuler, et sans crier.
C'était surprenant, en vérité – que Roxas ne crie pas, ne jure pas, ne lui beugle pas dessus comme il l'avait fait par le passé, et ne le traite pas de tous les noms d'oiseaux qui lui venaient à l'esprit. Et face à ça, en fait, Axel savait juste pas quoi faire ; sûrement parce qu'au fond, il était pas si sûr que ça, lui non plus. Il avait toujours fait ce qu'il avait cru être bien, parce qu'on lui avait dit que ça l'était, bien, et maintenant il se retrouvait bien dans la merde parce qu'il arrivait plus à démêler le vrai bien du faux bien, le mal véritable du mal qui ne l'était pas pour de vrai, et merde quoi, il n'avait pas l'habitude de faire ce genre de choix, ni même de choix tout court, à la fin !
Quel dommage que l'adolescent à ses côtés soit son opposé complet – oh, bordel, quel dommage.
Parce qu'il aurait compris, Roxas, s'il avait été comme le roux ; mais il l'était pas, l'avait jamais été et le serait jamais. Roxas était de ces gens qui prennent les décisions qu'ils veulent, quand ils le veulent, et il n'avait pas attendu que sa mère lui apprenne quoi que ce soit pour choisir tout seul, et faire ce qu'il avait envie de faire, ce qu'il sentait qu'il fallait qu'il fasse – et tant pis s'il se trompait, tant pis s'il se plantait grave, il faisait ce qu'il pouvait et si ça foirait trop, il reportait la faute sur sa vieille folle de mère.
C'était aussi simple que ça. Aussi irrespectueux que ça. Aussi égoïste que ça. Mais aussi pratique que ça, aussi agréable que ça – aussi Roxas que ça, simplement, et quelque part Axel devait bien reconnaître que putain, il l'enviait quand même, parfois...
Un nouveau regard en direction du blond lui apprit que les yeux bleus le fixaient ; mais sitôt qu'il les démasqua, l'adolescent baissa la tête et quitta en vitesse la petite cabane, sans un geste supplémentaire pour le travelo. Il avait pas envie de lui parler, de toute façon. Quand il y réfléchissait, même, il lui semblait bien avoir atteint ce stade de la colère tellement proche de la haine qu'au final, il arrivait même plus à s'énerver – y'avait juste ses poings, serrés fort, ses ongles qui griffaient ses paumes autrefois douces, et l'intime conviction que si cet imbécile de connard d'enfoiré d'abruti de rouquin de merde à la con ouvrait encore une fois la bouche, il allait pas seulement l'agonir d'injures mais aussi, au passage, lui exploser un peu la gueule.
Merde, à la fin.
On devenait pas une meuf débile comme ça, juste pour le fun ; surtout quand on avait pas besoin d'une jupette ou d'un t-shirt à froufrous pour avoir l'air beau, quoi.
« J'me casse, maugréa-t-il alors, et il mordit doucement sa lèvre inférieure pour s'empêcher de l'insulter – même si, au fond, ça servait plus à grand-chose, maintenant. Mais j'te préviens, j'veux pas d'un trans à la con pour pote. »
Il avait dit ça sans le vouloir mais cette fois-ci ça venait droit du cœur et sans aucun doute, ça avait blessé Axel – eh bien, tant pis. Tant pis, quoi. Tant pis pour lui, tant pis pour sa pomme, tant pis pour sa mère et tant pis pour ses conneries ; ça faisait mal, bordel, ça faisait un putain de mal au cœur et ça serrait un peu partout dans son torse, parce qu'il savait que s'il franchissait cette saloperie de barrière, que s'il se barrait pour de bon du parc et ne revenait pas le lendemain, le rouquin et lui ne seraient plus jamais amis, même pas potes même pas connaissances – mais au fond, putain, au fond...
Au fond, il avait envie que ça change, tout ça.
Il avait appris à connaître Axel, maintenant, et il savait à peu près de quoi il était fait, cet abruti de rouquin-là ; avec sa mère bizarre qu'il mentionnait si peu, et son incompréhensible prénom dont il ne parlait pas, et toute la myriade de questions qui lui tournaient tout autour sans jamais, jamais trouver réponse. Et il savait qu'Axel avait des sentiments pour lui, aussi ; il savait, qu'il l'aimait, il savait, qu'il l'adorait, et il savait, qu'il pouvait obtenir de lui à peu près tout et n'importe quoi ; du moins, il croyait. Il avait cru.
Il jura – bordel de merde.
A quoi ça servait que cet abruti l'aime si c'était pour devenir une meuf, après ça ? Il était con, ou bien quoi ? Il avait capté que Roxas cautionnait pas les transformations à la con dans ce genre-là ? Qu'il l'accepterait genre plus jamais, une fois que ça serait fait ? Que changer comme ça, ça les séparerait pour de bon ? Qu'il se ferait mal, aussi, tout seul et comme un con ? Et puis... Qu'il ferait mal au blond, en plus, peut-être, un peu ?
Bien sûr que non, il y avait pas réfléchi, et Roxas lui retourna automatiquement un monstre coup de poing quand il voulut le retenir, hésitant, par l'épaule où il avait posé sa main. Enfoiré de connard de travelo de merde à la con, inutile et pas foutu de s'occuper de lui-même.
« Va te faire foutre, Axel, ordonna alors le blond, et il le foudroya d'un regard dont le bleu sonnait comme l'éclair, maintenant. Putain, si t'es même pas foutu de comprendre un truc comme ça, mais tu veux que j'te dise quoi ? Deviens une foutue meuf de merde et casse-toi, arrête de m'faire chier, retourne chez ta mère, bordel ! »
Il avait crié, finalement – sur la fin, comme ça, en prononçant les mots qui faisaient mal mais que putain, il pensait très fort, dans l'instant. C'était con, abruti, inadmissible, ce qu'il allait faire, cet idiot des îles ; mais le pire dans tout ça, c'était encore que le blond, cette fois-ci, pouvait absolument rien y faire, et...
Il serra les poings plus fort encore et se tourna, s'en alla, courut, s'enfuit, s'éloigna – d'Axel et le plus possible. Bordel, quoi. Merde, quoi. Putain, quoi.
Il comprenait plus et une fois de plus, c'était le bordel dans sa tête ; mais putain, pourquoi ça lui arrivait qu'à lui, des trucs pareils, aussi ? Pourquoi c'était que lui, l'abruti qui rencontrait un travelo pour se lier d'amitié avec ce truc ? Pourquoi c'était que lui, qui se disputait avec cet enfoiré, s'engueulait et se réconciliait sans cesse, pour finalement arriver à cette situation de merde pure et dure ? Et pourquoi c'était que lui, qu'essayait de l'arrêter, mais bordel aussi, il le faisait pour quoi ça exactement, et puis et puis, en fait en vérité, il-
Putain de merde – il pensa.
Il avait dit qu'il s'en foutait, d'Axel ; mais c'était pas vrai. Absolument pas vrai du tout.
Et il avait que c'était un fils de pute, Axel ; et il le pensait. A fond et à deux cent pour cent, surtout maintenant.
Mais il avait fait comme si ça lui faisait rien, comme si le roux pouvait l'aimer et ne rien recevoir en retour ; et pourtant, et pourtant, y'avait comme un truc dans sa tête qui sonnait pas juste, comme un problème de merde qu'il ne pouvait pas résoudre, comme une emmerde dont il arrivait pas à se débarrasser et putain, c'était désagréable.
Il avait pas envie de voir Axel devenir une fille.
Mais il avait pas envie non plus de voir Axel rester un travelo.
Et en fait, tout ce dont il avait envie, c'était qu'Axel assume le fait d'être un mec et...
Le rouquin, au parc, resta immobile et soudain, ne dit plus le moindre mot – juste le silence, et plus rien.
Sauf les battements irréguliers de son cœur complètement taré, peut-être.
Et une fois de plus, il le laissait fuir ; une fois de plus, il ne retenait pas Roxas, ne l'appelait pas, l'avait à peine attrapé pour finalement le laisser s'en aller, et maintenant que sa silhouette rapidement s'éloignait dans la fin d'après-midi tiède, encore bien éclairée, il se trouvait lâche. Con. Et lâche encore – parce que tout ce temps, il n'avait fait que supposer que Roxas l'enverrait chier, s'il le faisait, et que de toute manière lui le travelo n'était pas assez bien pour ce blond, que le blond en question ne le désirerait jamais, et puis...
Quelques minutes, quelques heures plus tard, en arrivant à l'appartement que Vanitas avait quitté à peine plus tôt dans la soirée pour une raison plus ou moins obscure, Roxas ne ferma pas la porte et se laissa tomber sur le canapé. Le plafond blanc devint intéressant, soudain – la tête lui tourna, un peu. Et tandis qu'il y réfléchissait, et tandis qu'il imaginait, il ne pouvait s'empêcher de se dire que non, non et re-non, Axel n'avait pas à devenir une femme – alors, s'il l'aimait, eh bien...
S'il l'aimait, cet enfoiré de travelo n'avait qu'à lui obéir et à virer illico ces fringues de meuf pour enfin ressembler à un véritable mec ; mais putain, il pouvait juste pas lui dire ça, quoi, pas maintenant et pas comme ça.
Et en même temps, c'était quand, cette opération ? Il savait pas. L'année prochaine, dans trois mois, deux semaines, ou bien le jeudi d'après, demain, cette après-midi même ; et son cœur manqua un battement lorsqu'il pigea enfin à quel point fallait qu'il se bouge, maintenant. Parce que s'il le faisait pas... S'il le faisait pas, cet abruti de faiblard de roux à la con écouterait sa pute de mère et il finirait en meuf – alors qu'au fond, même si c'était dégueulasse, et même si c'était dérangeant, même si au fond c'était le blond que ça touchait, c'était peut-être pas si grave que ça, qu'il soit un mec gay.
Alors merde, à la fin.
Fallait vraiment que Roxas trouve un truc – et tout de suite.
Et voilà pour le chapitre 33 =)
J'espère que ça vous a plu. ^^ A la semaine prochaine ! =) (Et maintenant, je peux aller réviser mes examens. Choueeette.)
