Bonjour tout le monde ! =D
Une semaine, j'avais dit... Et j'ai réussi ! Youhouu ! XD Ce fut dur mais j'ai réussi. A nouveau, Roxas et Axel occupent tout le chapitre, j'espère que vous leur en voulez pas ? xP (Genre. C'est un peu les personnages principaux aussi, hein...)
Les choses entre eux n'avancent pas vraiment cette fois, mais chacun y va de sa petite décision de son côté... Bref. Je vous laisse au chapitre, bonne lecture~
Petite note : Au passage ! Vous l'aurez sûrement vu, mais le rating de la fanfic a changé. Eh oui, c'est M, maintenant... Alors, je vous rassure : non, pas de lemon, pas même de lime au programme (d'ailleurs, pas même d'acte amoureux en dehors d'un bisou, peut-être, si j'ai envie *bam*) ... XD Cependant, et vous êtes peut-être au courant, le site effectue un super nettoyage ces derniers temps. Et j'ai peur que cette fanfic soit virée à cause du vocabulaire fleuri de Roxas (vu qu'apparemment, les braves gens font une recherche par mots-clés ou je sais pas quoi). En d'autres termes : Rien ne change, je m'emploie juste à sauver cette fanfiction !
(Aussi parce que, si elle est virée du site, j'aurai jamais le courage de la finir. Accessoirement. XD)
Chapitre 34 : Il paraît que les choix se font selon l'amour
Assis sur le canapé du salon de Vanitas, Roxas avait pour une fois abandonné son iPhone sur la petite table basse au profit d'un trop large, trop grand classeur, plein des feuilles et notes et exercices d'un quelconque cours à la nature plus ou moins obscure – certes, il avait pour projet de travailler, enfin, de réviser, quoique le terme « relire » aurait été plus juste, mais il ne parvenait pas à se concentrer, et bordel, ce que ça pouvait le faire chier.
En bon garçon qu'il était, il s'était rendu à cette putain d'école aujourd'hui encore, mais il avait pas foutu les pieds au parc après les cours ; et du coup, c'était là qu'il se retrouvait, à essayer de s'abrutir dans le boulot, comme un con, tout en espérant secrètement entendre bientôt la sonnerie de son putain de téléphone, tandis qu'à côté Vanitas lisait – semblait-il du moins – un magazine. Son pote l'avait dans les mains, en fait, bien ouvert, mais probablement qu'il faisait que mater les images, parce que de temps à autres le blond pouvait sentir ce regard jaune passer au-dessus de leur occupation respective, se diriger soudain vers lui et le heurter avec toute la force de l'interrogation.
L'adolescent n'avait pas parlé à son ami de la veille, en vérité – Vanitas ne savait pas qu'Axel et lui, encore une fois, s'étaient disputés. Mais cette fois-ci, Roxas avait moyen envie de lui dire, de toute façon ; il savait pas comment son colocataire le prendrait, et avec toute cette histoire d'opération à venir, il préférait garder les choses pour lui, évitant ainsi qu'on se foute de sa gueule ou même, qu'on le juge. Ne restait plus qu'à attendre, du coup.
Attendre quoi, exactement ? Il savait pas. Putain, il savait juste trop pas.
Visiblement, c'était un cours de maths qu'il tentait en vain de relire ; mais les chiffres dansaient devant ses yeux, les drôles de fractions se mêlaient aux x et aux y, les graphismes soudain s'élargissaient à en dominer toute la page et bordel, la tête lui tournait, maintenant. Il laissa échapper un grognement et ferma d'un seul coup le classer, pour le laisser tomber ensuite à ses côtés, maintenant négligé, presque oublié. Un nouveau regard à son iPhone lui apprit que, non, il n'avait toujours pas sonné, et sûrement ne sonnerait-il pas avant un bon moment – eh merde, Axel allait pas l'appeler de sitôt, quoi...
Mais en même temps, s'il téléphonait, il lui dirait quoi ? Qu'il le détestait ? Que c'était un connard ? Ou bien, qu'il était désolé ? Qu'il était prêt à tout foutre en l'air pour son opération, parce que sa mère, sa putain de mère comptait pour lui ? Sérieux, c'était un truc que le blond n'arrivait pas à comprendre, ça – comment cet abruti de travelo pouvait-il seulement préférer sa mère à un bon pote ? Mais comment, putain, comment c'était possible qu'il soit quasiment prêt à tout faire pour cette meuf-là, au point d'en négliger le vœu de l'homme qu'il aimait – qu'il disait qu'il aimait ?
La frustration devait se lire dans son regard bleu car Vanitas le toisa d'un air interrogateur ; mais au moment où le proprio de l'appartement s'apprêtait à ouvrir la bouche et à parler, tout bêtement, un grand bruit retentit et Roxas sursauta – merde. Son sang circula soudain putain de vite dans son corps comme il tressaillait encore, et ses yeux hagards cherchèrent devant lui l'objet qu'il était plus que certain, qu'il savait plus que tout être le fauteur de troubles, là – son iPhone, sur la table, l'écran allumé, ça vibrait, et faudrait qu'il pense à changer sa sonnerie, un jour.
Une, deux, trois secondes et il décrocha, sans même regarder qui l'appelait – de toute manière, c'était clair dans sa tête. Un prénom, quatre lettre, une tignasse rousse à la con et, il espérait, quelques excuses ou au moins, explications à lui présenter-
« Salut, frère, désolé de te déranger maintenant, mais t'as deux minutes ? »
Roxas mordit fort sa lèvre inférieure. Bordel. Qu'il était con. Cloud – eh oui, le travelo n'était pas le seul à connaître son numéro. Mais bordel, quoi. Il avait genre pas du tout la tête à ça, là.
« Salut, marmonna-t-il alors, et il attendit. J'écoute, y'a quoi ?
– Ta mère, répondit son aîné du tac-au-tac, et il soupira à l'autre bout du fil comme Roxas pestait mille injures dans sa tête. Elle m'a appelé, y'a quelque jours... J'hésitais à t'en parler mais j'crois qu'il faut, alors voilà, elle s'inquiète pour toi. »
A ces mots, le blond dut se retenir d'éclater d'un rire mi-nerveux, mi-ironique ; sa mère, s'inquiéter pour lui ? Et c'était pour ça que Cloud venait lui faire chier, alors que tout ce que le garçon avait en tête, c'était l'opération d'Axel, Axel lui-même et la recherche désespérée d'un putain de moyen de l'empêcher de faire une connerie monumentale ?
Non, décidément, c'était vraiment du foutage de gueule, cette fois-ci. Il était claqué, psychologiquement du moins, les maths l'avaient mis sur les nerfs, le rouquin l'avait mis sur les nerfs, et cet appel à la con le mettait encore plus sur les nerfs – finalement, il rit jaune.
« Genre, répondit-il enfin. Genre, elle s'inquiète pour moi. J'm'en fous de cette connasse, j'ai pas d'temps pour elle et je veux plus jamais la revoir de ma vie, bordel ! »
Rapidement, il retraça mentalement la dernière fois qu'il avait vu cette vieille folle qui lui servait de génitrice ; son comportement de merde, bien contradictoire, Kévin, dans l'embrasure de la porte, et ces putains de soupçons à la con, ces putains de doutes et de questions, mais bien sûr qu'il était pas gay et bordel, s'ils le pensaient encore, ces enfoirés de... De trucs indescriptibles qui lui servaient de mère et de beau-père pouvaient aller se faire foutre.
Jamais plus il les appellerait, de toute façon, et jamais plus il remettrait les pieds chez eux – pas avec ce qui s'était passé la dernière fois, non, surtout pas avec ce qui se passait, à chaque fois.
« C'est vrai que tu réponds pas à ses appels ? Demanda soudain Cloud, rappelant au blond qu'il était au téléphone, dans l'immédiat.
– J'vais pas répondre à cette conne, hein. »
Dans la bouche de Roxas, les mots sonnaient comme une évidence.
« C'est elle qui t'a demandé d'appeler ?
– Non. J't'en parle parce que j'suis inquiet, mec. Pour elle et pour toi. Va la voir. »
Le ton de son frère aîné s'était fait plus grave, plus sérieux, et ça pouvait s'entendre même au travers de la ligne téléphonique ; sans trop comprendre pourquoi, le blond se figea et ne répondit plus. Aller voir sa mère ? Aller voir sa mère ? Hein ? Avec son Kévin à la con, ses habitudes de merde, son caractère pourri, et-
C'est alors qu'il réalisa.
Cette semaine, elle avait dû téléphoner environ quatre, peut-être cinq fois – et, comme toujours, il avait ignoré, pensant qu'elle cherchait juste à se donner bonne conscience, comme d'habitude. Mais si elle avait appelé Cloud, finalement, et si elle lui avait parlé de lui, d'eux, de leur famille foireuse de A à Z, de son copain et... Bordel. Qu'est-ce qu'elle avait bien pu dire à son aîné pour qu'il en soit inquiet au point de contacter Roxas lui-même, exactement ?
« Heu, Cloud... Il se passe quoi, là ? »
La réponse sut se faire attendre.
A quelques kilomètres de là, dans son propre appartement, Cloud éloigna son téléphone de son oreille, rien qu'un instant durant. Il n'était pas sûr d'avoir envie de dire, non, d'avouer un truc pareil à son petite frère, mais en même temps – en même temps, s'il le faisait pas, il pouvait dire adieu au semblant de famille qu'il lui restait et à l'espoir, même infime, qu'un jour tous ensemble ils se réunissent, et merde à la fin...
Après tant d'années passées seul, chez lui mais seul, avec des potes mais seul, il en venait à se demander si, finalement, il n'avait pas quand même envie de revoir sa mère – celle qu'autrefois, il avait appelée « maman ».
« Ecoute, Roxas..., commença-t-il mais il n'était pas très sûr de lui. Il y a quelques années, quand je suis parti... »
Il fit une pause et inspira un grand coup.
Pendu à ses lèvres au téléphone, l'autre blond ne dit rien mais attendit, sagement.
« J'te jure que si maman m'avait téléphoné comme elle m'a téléphoné l'autre jour, pour me dire ce qu'elle m'a dit à ton sujet l'autre jour, je serais revenu illico. »
Les mots firent à Roxas l'effet d'un avion écrasé en plein dans sa gueule et il ne put répondre, ne put réagir quand de l'autre côté Cloud marmonna encore quelques mots, d'excuses ou d'au revoir peut-être – et soudain, il ne reprit conscience que lorsque son frère raccrocha.
Merde.
Merde, merde, merde et re-merde – dans l'immédiat, c'était le seul mot qu'il avait en tête.
Bordel, c'était grave, là ; pour que son frère ait l'envie d'aller la voir, pour qu'il ait pu avoir l'envie d'aller la voir même le lendemain de son départ, c'était putain de grave, ce qu'il se passait. Le blond connaissait son aîné et il savait pertinemment que, le jour où il les avait tous laissés, jamais il n'avait été plus déterminé – mais maintenant, pour ça, juste pour ce coup de téléphone, rien que pour ce truc à la con, il aurait été prêt à y retourner et...
Et ça craignait un max, ouais.
Lentement, il glissa deux mains dans ses cheveux et plaqua ses paumes contre ses propres tempes – il avait mal à la tête, maintenant. Et puis, tout à coup, comme tombé du ciel, un bras s'enroula autour de ses épaules et- quoi ? Mais quoi, bordel ? Il tourna la tête, surpris, déconcentré un instant peut-être, et ne rencontra que le regard suspicieux, un peu inquiet de Vanitas, comme son meilleur pote le rassurait de sa présence sans pour autant l'attirer ou l'enlacer.
« J'ai pas tout compris, annonça-t-il alors, mais si t'as besoin d'un coup de main, ou si tu veux en parler, je suis là, okay ? C'est quoi, cette fois, un problème avec ta mère ? »
Roxas lui adressa un rapide regard en coin, curieux de savoir quelle tronche il pouvait bien tirer en lui disant ça ; mais en dépit de son temps un peu au pif, léger je-m'en-foutiste sur les bords, Vanitas paraissait plus sérieux que jamais et ça, ça le rassura. Maintenant, restait à savoir s'il voulait le lui dire ou pas, quoi – et en l'occurrence, il doutait encore. C'était sa mère, après tout, passée sujet tabou depuis bien longtemps déjà, et...
Et les doigts longs habiles de Vanitas plongèrent encore entre ses mèches blondes, se perdirent dans le labyrinthe de ses demi-boucles, lutte et bataille un peu partout sur le dessus de son crâne. De sa place, sans bouger, l'aîné sourit, voulut le rassurer ; et cette fois-ci, bizarrement, ça suffit. Marre, marre, bordel, marre de se prendre la tête pour des conneries.
« 'paraît que la vieille s'inquiète pour moi, lâcha finalement l'adolescent, et il se redressa pour se laisser bientôt choir contre le dossier du canapé. 'faut que j'aille la voir mais bordel, j'ai pas envie... »
L'air autant blasé que désorienté, et la légère lueur de fatigue désespérée tout au milieu, entre les reflets de son clair bleu, il ferma un instant les yeux, laissant à son pote tout le loisir de retirer sa main d'entre ses cheveux ; c'est alors que ça arriva, que ça vint. Que ça naquit. Les doigts repliés, froids et durs et pourtant la caresse douce, les phalanges sensibles tout contre sa joue libre, le semblant de sourire juste en face – la sensation, douce-amère, cet espèce de creux dans son ventre et dans son cœur, l'idée d'incomplet, d'inachevé, et il se sentait comme ces fois où il se rappelait, involontairement, les bêtises qu'autrefois il avait faites, celles dont jamais on ne lui avait tenu rigueur. Un peu comme le ressenti de culpabilité, la conscience lourde qui pèse sur la poitrine et écrase les poumons, les compresse et les déstresse, l'acide-tendre mélancolie lui rappelait quelque chose d'autrefois, comme un truc que malgré ses efforts il ne pouvait pas, jamais nommer ; mais le geste au fond ne dura qu'une demi-seconde et sitôt la sensation arrivée, déjà elle fut repartie à toute vitesse.
Seule resta derrière elle la trace infime du sentiment étrange, mixte, mélange de douleur et de tendresse, qu'elle avait laissé en s'en allant.
« T'es pas obligé si t'as pas envie, fit alors remarquer Vanitas, calmement. L'idée, c'est que tu fasses ce qu'il faut, tu piges ? »
A ces mots, la main aux phalanges dures glissa et bientôt les doigts rencontrèrent le t-shirt, le torse, au niveau du cœur, à l'endroit exact dont il battait la paroi du corps, et le coup léger le fit sursauter, encore.
« C'était qui, au téléphone ?
– Mon frère.
– Et il voulait quoi ?
– Que j'aille voir ma mère... »
Vanitas soupira comme Roxas baissait les yeux, trouvant soudain quelconque intérêt à ses genoux, peut-être ses mains, son pantalon ou ses chaussures, toujours – enfin, il était habitué, depuis. Il n'avait pas envie de regarder dans les yeux son meilleur ami, de toute façon.
« Tu penses que c'est une bonne idée ? Demanda alors le jeune adulte, un peu inquiet peut-être. Je veux dire, vu la dernière fois... »
Roxas réfléchit un instant.
Y aller ou bien rester – et bordel, que le choix était difficile à faire. D'un côté, le confortable salon de Vanitas, les jeux vidéo dans la chambre et toute la chaleur au seul prix de la culpabilité qui agressait son cœur, cette salope, chaque fois qu'il osait penser à sa mère et ne parvenait plus à se persuader que la conne dans l'histoire, c'était elle ; d'un autre, sa mère justement, son mec aussi, son Kévin à la con, et tout ce que Cloud lui avait rapporté, plus ce qu'il n'avait pas entendu pas écouter pas voulu accepter, aussi – les appels manqués, les messages supprimés avant même la lecture, et putain, ça faisait une chiée de temps qu'il l'avait plus revue...
Un long soupir plus tard, il rejetait la tête et les cheveux blonds, en arrière pour s'affaler, et puis regarder le plafond, juste ici dans le canapé. Putain de choix à faire. Merde, quoi, ça lui prenait la tête ; et au fond ça faisait mal, bordel, ça faisait tellement quand il se disait qu'à cause de lui sa mère souffrait, mais que pour elle à cause d'elle s'il y allait, sans doute il la douleur n'en serait-elle que plus grande, encore et encore... Il pesta, agacé, et recouvrit rapidement ses deux yeux d'un bras, comme pour s'empêcher de stresser, d'angoisser, de pleurer.
« Va la voir, sinon, suggéra tout à coup Vanitas, et son index rencontra du bout de l'ongle le bras allongé de son pote. Tu te grouilles, t'y vas, tu checkes comment elle va, et si y'a pas d'souci, tu te barres. Pis si y'en a un, heu... T'avises sur place, non ?
– Mouais... »
Ouais, il pouvait faire ça.
Sans même s'en rendre compte, il bâilla soudain, puis passa la main dans ses cheveux pour dégager son visage – bordel. Non seulement il pouvait, mais en plus il devait faire ça ; c'était le seul moyen qu'il avait de tout régler, après tout, merde, à la fin ! Fallait qu'il le fasse, et il allait le faire, et il allait découvrir c'était quoi le problème, en fin de compte ! Le régler, parler à sa conne de mère, massacrer son abruti de beau-père s'il c'était nécessaire, et tirer un trait sur tout ça, revenir chez Vanitas, habiter là pour de bon et n'en avoir rien à foutre, en fait, de toute le reste, parce que tout ce qui importait c'était que-
Tout ce qui importait, c'était qu'il arrête de se prendre la tête comme ça et qu'enfin, putain, qu'enfin il puisse se concentrer sur les choses plus prenantes, plus importantes – comme Axel, par exemple.
Axel et sa foutue opération qui voulaient pas quitter son crâne depuis perpette, ouais ; et bientôt il se leva, remerciant Vani brièvement, pour se diriger vers la porte d'entrée et balancer, comme ça, qu'il allait rentrer, maintenant.
Rentrer, voir sa mère et lui faire sa fête.
Las, Axel laissa son regard vert se promener au dehors, par la fenêtre – passant outre les rideaux, traversant tout droit le carreau, ils atterrirent à l'extérieur, bientôt, et le jour au point de la mort offrait ses belles couleurs à la nature comme il soupira, fatigué d'être ici.
Une heure, si ce n'est deux ou trois, qu'il se trouvait là – et comme toujours, comme à chaque fois, les mêmes discours, le même bla-bla inintéressant. Il n'en pouvait plus trop, à vrai dire. Surtout pas aujourd'hui.
« Axel ? L'appela soudain une voix, féminine, bien connue, peut-être trop. Axel, est-ce que tu m'écoutes ? »
Maman, allongée dans son lit d'hôpital, tendit une main en sa direction et, doucement, il la prit. Les doigts de la femme était, il fallait l'avouer, trop secs, sûrement, trop osseux pour son âge – elle n'était pas si vieille, tout de même –, mais le rouquin comme n'importe quel médecin savait à quoi amputer ce physique ingrat qu'elle avait pris au fil des jours et des années, et au fond, ça n'avait plus trop d'importance. Maintenant qu'il y réfléchissait, d'ailleurs, plus rien n'avait trop d'importance.
A chaque fois qu'il venait ici, en fait, c'était toujours la même chose – il ne savait pas trop pourquoi il y allait, déjà. Il recevait, généralement, dans la matinée, un téléphone de maman ; elle demandait à le voir, il obéissait sans trop réfléchir, et c'était tout. Il se rendait à l'hôpital, donc, assez rapidement, et la réceptionniste le connaissait si bien à force qu'elle le saluait de la main ; ensuite, il montait, prenait l'ascenseur, ça dépendait, et bientôt il arrivait devant la chambre où il inspirait un grand coup avant d'entrer – c'était comme ça.
Mais à chaque fois, ouais, à chaque fois sans exception qu'il foutait les pieds ici, y'avait toujours cette sale impression, cette émotion à la con qui refaisait surface, et ces dernières semaines ça c'était fait mille fois pire que jamais encore auparavant.
C'est comme un remords, un peu, une espèce de regret qui le prenait sans qu'il s'y attende trop ; la plupart du temps, quand sa mère parlait. Il soupira, à nouveau.
« Oui, oui, je t'écoute, maman. »
Elle parlait dans le vide mais c'était pas grave, au fond. Il écoutait d'une oreille et attendait que ça passe - c'était tout.
Assis sur un tabouret, à côté du lit, il songea qu'il aurait bien aimé balancer ses jambes dans le vide, mais qu'il était trop grand pour ça. Et merde, quoi.
Soudain, la main entre les siennes s'échappa de son étreinte et, sans l'avertir, remonta jusqu'à son visage, sa joue, sa tempe, enroula autour du doigt une longue mèche rouge. Dans les grands yeux bleus de maman, Axel put lire une espèce de tendresse, mêlée à la joie ; et pour être franc, ce n'était pas la première fois qu'il voyait ça.
C'était un mauvais signe, généralement. Il s'immobilisa et détourna le regard, fuyant celui qui, s'il l'avait laissé le voir, aurait sans aucun doute pénétré sa tête et son âme ; de toute manière, mieux valait que sa mère reste loin de lui, en pensée du moins.
Moins elle saurait ce qu'il se passait dans sa tête, mieux elle se porterait. Mieux ils se porteraient tous les deux.
« Axelle, ma chérie, je suis vraiment heureuse que tu sois venue. »
La voix de maman le frappa en plein cœur et il ne sut s'il allait réussir à se relever, cette fois.
C'était la première fois qu'il venait ici, depuis l'appel reçu la veille et sa récente dispute avec Roxas ; et à vrai dire, il avait peur de ne pas s'en sortir, tout simplement. Ça lui faisait mal, quelque part, que sa mère se persuade encore et toujours qu'il était une fille, pas un garçon – alors, la tentation de changer était si grande. Changer. Changer, oui. Arrêter d'être Axel le garçon-fille, celui dont tout le monde se riait depuis qu'il était enfant, celui dont on se moquait chaque fois qu'il expliquait que non, sa mère avait choisi elle-même ces habits qu'il portait ; alors quoi, enfin ? Il avait réfléchi, il y avait pensé, encore et encore, et la seule solution qu'il avait trouvée, c'était ça – changer.
Se changer lui-même pour éviter d'avoir à changer ses habitudes, sa mère et leur relation, déjà assez catastrophique que ça.
« C'est vraiment dommage que tu aies les yeux de ton père, tu sais. »
Comme il ne répondait pas, le ton de maman s'était fait plus dur ; et ça y est, ils venaient d'entrer dans le sujet interdit, la thématique la plus chiante et désagréable qu'il existe en ce monde, celle qui à chaque fois le faisait frémir de peur comme de regret, de dégoût, de malchance et d'il ne savait trop quoi d'autre – son père.
Un type que maman détestait de tout son cœur, et qu'elle avait horreur de revoir en ce garçon, cette fille, cet enfant qu'elle avait mis au monde.
Ça passait par la couleur des cheveux qu'il avait toutefois cessé de faire teindre après l'obtention de sa majorité, tout d'abord – et il s'en souvenait, maman l'avait passablement engueulé pour ça. Et puis, il y avait ses yeux, ensuite ; son sens de l'humour un peu douteux, parfois ; son sourire, son regard, son visage en général, et de partout en tout point il ressemblait plus à son père, jamais vu jamais connu, qu'à sa mère – ça avait jamais était et ça serait jamais bon pour lui, ça.
« Je sais, maman, bredouilla-t-il alors, mal à l'aise. Je suis désolée. »
Il parlait comme une femme, au point tel que de plus en plus souvent maintenant il faisait des erreurs, se trompait, utilisait le mauvais adjectif ou même sujet ; il en avait honte, quelque part. Il fallait qu'il fasse quelque chose pour arrêter ça, bordel.
Oui, voilà, c'était ça ; trouver quelque chose, se décider, prendre enfin une putain de décision, ouais, et le faire, passer à l'acter, le faire, avoir le courage, oser dire oui ou non ou ta gueule à la bonne personne, et le faire, tout simplement.
C'était plus facile à dire qu'à faire, justement. D'un côté, l'opération, pour maman, pour lui aussi, et la manière dont il s'imaginait vivre mieux sitôt que ce serait passé ; et puis, d'un autre, la perspective de l'oublier, de plaire à Roxas, d'avoir une chance de ne pas se fâcher avec l'adolescent, mais...
Il ne savait pas. Merde. Il ne savait pas, quoi. Maman ? Roxas ? Maman ? Roxas ? Et lui dans tout ça ? Il aimait la première, il aimait le second, mais pas du même amour et il ne savait qui avantager par rapport à l'autre – d'autant plus que celui qu'il ne satisferait pas le détesterait à tout jamais, sûrement.
Il soupira une nouvelle fois, n'écoutant déjà plus sa mère se plaindre de ce père dont jamais, cependant, elle n'avait mentionné le prénom, et puis, soudain, il réalisa.
Maman était sa mère.
Roxas était un type qu'il ne connaissait pas même depuis une année.
C'était l'amour maternel, fort et puissant, ancré en lui depuis toujours, contre un stupide béguin développé bêtement à l'égard d'un adolescent un peu différent des autres ; mais bordel, pourquoi il hésitait, déjà, exactement ?
Et voilà ! =)
J'espère que vous avez aimé ! =D A la semaine prochaine ! ^^
