Hello =)

Je sais, c'est un peu tôt pour poster. Mais regardez la date... :3 Nous sommes le 22 juin ! Cette fanfic a une année, aujourd'hui ! ^^ Alors je vais me fendre d'un joli message tout exprès xD

...

Non, je rigole. En fait, je sais même pas quoi dire. Je suis contente, vraiment, d'en être arrivée là, et j'espère plus que tout que ça vous plaît toujours, même après tout ce temps. Je ne sais pas moi-même comment j'ai pu tenir aussi longtemps, huhu x3 Evidemment, sinon, en une année, mon style a beaucoup changé... La fanfic aussi, mine de rien... 36 chapitres c'est pas rien... Rah là là XD J'aurais tellement de choses à dire, mais je vais en rester là, ça vaut mieux. xD

Bonne lecture, en tout cas ! :3 Et merci d'être là. :3 Laemia, si tu passes par là, ce chapitre est pour toi, même s'il est pas génial, même s'il est pas parfait, sûrement, simplement parce que... T'es là depuis le début. x3


Chapitre 36 : Il paraît que les miroirs reflètent la vérité

Le geste, l'acte de tendre sa main lui parut durer l'éternité.
Deux fois.

A droite, à gauche de l'endroit où il s'était assis, régnaient en maître sur le sol jonché d'objets les t-shirts, pulls, pantalons peut-être, un jeu vidéo tout à coup, et sa PSP abandonnée, oubliée, dans un coin – une pile, aussi, un gros tas, amas d'éléments ingrats, silhouettes difformes amassées ignorées, non encore identifiées. Son sac de sport, toujours le même, était ouvert à ses pieds, et le trou béant sur lequel on remontait la fermeture éclair avait l'apparence d'une large bouche, pleine de petites dents des deux côtés, prête à avaler tout ce qu'il finirait par avoir le courage d'y glisser.

Le fait était ; il avait accepté, finalement. Était resté, la veille, avait discuté, longtemps, avait écouté, enfin, avait parlé, aussi – et puis, bientôt, avait décidé, sans attendre, était rentré, alors, était arrivé, ensuite, avait trouvé, Vanitas dans la cuisine, avait raconté.
Raconté, en trois dix vingt deux cents mots, qu'il avait fait le choix délibéré de retourner vivre chez sa mère – juste encore un peu, juste pour essayer. Pour lui donner une seconde chance, comme la coutume était de dire. Et puis, dans le fond, même si ça le faisait bien chier de l'avouer – espérer, encore.

Seul, dans la chambre d'ami qu'on lui avait prêtée, il soupira et se remit à la tâche d'emballer ses affaires.

Il ne savait pas s'il avait pris la bonne décision, à vrai dire ; il essayait, il tentait sans cesse d'y réfléchir, mais les seules images qui voulaient bien s'offrir à son esprit, derrière ses paupières, étaient comme des photographies prises avec les yeux, enregistrées dans sa tête – juste des flashes, des visions, pas grand-chose. L'air de sa mère lorsqu'il avait enfin accepté de tenter le coup, rien qu'une nuit durant, par exemple ; l'expression de Kévin lorsqu'il l'avait presque salué depuis la porte, en partant, mais aussi.
Le sourire étrange de Vanitas lorsqu'il lui avait annoncé, armé de tout son courage, puisé jusqu'au plus profond de lui, qu'il ne resterait pas, ne vivrait plus ici.

Un peu triste, un peu tendre, un peu amer – doux mélange d'émotions contradictoires. Il n'avait pas réussi à lire dans le regard de son meilleur pote et bordel, ce que ça pouvait le frustrer.

Toujours est-il qu'au bout d'allez, quinze, vingt minutes, il eut trouvé et fourré plus que rangé dans le sac une bonne partie, peut-être la moitié, du bordel indescriptible qu'étaient ses affaires, éparpillées en tout coin de la chambre, et fallait dire qu'il en était assez content.

Il se redressa, alors, s'étira, un court instant ; un nouveau regard sur l'ensemble de la pièce lui apprit, malheureusement, que c'était encore pas mal le bazar à certains tiroir et merde, jura-t-il, en comprenant que maintenant, y'allait sans aucun doute falloir qu'il parte à la recherche de ce qui lui appartenait parmi ce qui était à son meilleur ami.

Fort heureusement, une demi-heure plus tard, c'est triomphant et le sourire satisfait qu'il sortit enfin de cette chambre – bordel, l'atmosphère, l'idée-même de ranger avait manqué de l'étouffer, mais soudain il n'y était plus, dans cette pièce, et il se sentait à nouveau respirer.
Restait à avoir, encore, le courage de tout quitter, pour de bon, en fait – peut-être. Mais y'avait tellement, tellement d'hésitation dans son cœur et dans sa tête.

« Ca va aller ? Demanda Vani, lorsqu'il le vit traverser le hall jusqu'à l'entrée. Tu veux que j'te raccompagne ? »

Il soupira pour toute réponse.
Mieux valait pas, en fait. Il avait décidé, tout seul comme un con, qu'il irait, alors, il allait y aller – chez sa mère. Chez Kévin. Chez lui, aussi, un peu. Mais pas avec Vanitas, non ; parce que, pour rappel, sa mère, visiblement, croyait toujours qu'il était avec son meilleur pote et... Bordel, il avait juste pas envie d'y penser, là.

Fallait qu'il aille chez sa mère, qu'il voie si c'était possible de recommencer à vivre dans cet appart' de merde, qu'il revienne aussi vite que possible si finalement ça marchait pas, qu'il trouve une solution pour Axel, qu'il applique le tout et qu'il se débrouille pour que le rouquin ne devienne pas une meuf, avant toute chose.

Nouveau soupir, encore une fois.

« T'inquiète, ça ira. »

Trois mots à son meilleur pote et déjà il prenait congé – à peine avait-il accepté qu'il pose sa main sur son épaule, et à coup sûr pour un quelconque câlin Vani pouvait aller se faire voir.

Embarquant ses affaires avec lui, il quitta donc l'appartement dont son meilleur pote lui avait tout de même laissé la clé, si jamais, et déboula bientôt dans la rue, encore pas trop bondée à cette heure-ci de la fin d'après-midi. Au-dessus de sa tête, le ciel s'était fardé d'une couche de gris sale et visiblement, il faisait la gueule, lui aussi ; sans cesse, vacillant entre l'éclaircie, le beau soleil cerclé de bleu clair, et l'orage, la pluie un peu partout contre le macadam et dans les cheveux de ces messieurs, les coiffures de ses dames. Sur les parapluies et la chaussée, en même temps.

Lorsqu'il leva les yeux, donc, Roxas eut juste envie de lui dire que bordel, fallait qu'il choisisse, maintenant. Qu'il se dépêche et qu'il choisisse ; parce que le monde, les gens, chacun, tout ça, n'attendrait pas qu'il ait terminé sa crise existentielle de merde pour aller de l'avant et augmenter la vitesse, passer du marcher au courir, jusqu'à finalement le dépasser – aussi, se rendre impossible à rattraper.

Ses pas, un peu à l'arrache à la ramasse, le menèrent tout de fois bel et bien jusqu'à son domicile – et il savait, pourtant, il savait, qu'il avait laissé Vani seul pour ce qui, au fond, n'était sûrement qu'un bel amas de conneries, mais il pouvait pas s'en empêcher, il y arrivait juste pas, fallait que...

Que quoi ?
Qu'il donne une seconde chance à sa mère. A Kévin.
Mais pourquoi ?
Un, deux, trois-quatre. Le temps coulait dans sa tête à la vitesse erratique de ses pensées incohérentes, mélangées. Sans queue, ni tête – l'âne, passé avant le coq, le narguait de l'intelligence qui, tout à coup, lui avait été attribuée.

Il savait pas vraiment, en fait ; juste, l'incroyable impression qu'il devait à tout prix le faire. Juste, le conseil de Cloud, quelque part, l'avis de son frère. Juste, l'attitude de sa mère, encore, leur discussion d'hier. Il soupira – son ton implorant avait eu raison de lui, sûrement, et il s'en voulait un peu d'avoir montré tant de faiblesse à sa vieille folle de génitrice, mais en même temps, il avait comme la putain de conviction qu'il le regretterait, s'il allait pas la voir, là.

A vrai dire, il espérait seulement qu'aujourd'hui, elle n'aurait pas mis la même chose que la veille – la robe, en vérité. Roxas priait de tout son cœur le Dieu auquel il ne croyait pas, pour de vrai ; parce que décidément, ouais, décidément, il fallait qu'elle ait choisi autre chose, cette fois-ci.
Parce qu'il ne supporterait pas le souvenir encore de la fois où, dans un élan de folie, une minute de connerie, il l'avait enfilée, cette saloperie.


Dans ses mains, le calendrier annuel n'avait plus l'air que d'un vulgaire tas de papiers, en vérité.
Peut-être était-ce dû à la manière dont il le tenait ; mais peut-être, aussi, que c'était simplement le regard qu'il lui jetait, un peu désespéré un peu à côté de la plaque, et à a peine Axel s'en était-il emparé que déjà, il était tenté de le reposer. A sa place, sur le meuble, contre le mur, dressé.

En guise d'en-tête trônait le numéro de l'année en cours et la page à laquelle il avait ouvert l'objet était celle du mois prochain ; du coup, une bonne partie, c'est-à-dire plus de la moitié des cases blanches étaient vides – justement, blanches. Le petit nombre en haut le narguait de son trait noir et Axel observa, encore une fois, le carré dont il était question, l'air dépité.

Le marqueur rouge entre ses doigts n'avait pas franchement envie de bouger de là mais allez, fallait bien qu'il le fasse. Il inspira profondément, fermant les yeux comme pour se donner du courage – et tant pis, tant pis s'il passait pour un con, c'étaient pas ses hamsters qui allaient le juger, de toute façon. Heureusement, lorsqu'il les rouvrit, sa main avait obéi ; dans la case désirée, une petite croix couleur sang avait été tracée, et il espéra que ça suffirait parce que, même en cherchant bien, il ne trouva pas la force d'ajouter le terme « opération » en-dessous.

« Bon, ça, c'est fait, dit-il alors, avec soulagement, et il se hâta de remettre le calendrier en place. J'espère que tout ira bien. »

Il soupira, une fois.
Et puis, il réfléchit – il espérait que ça irait bien, hein ? Mais, il était certain, pourtant ; sûr et certain que c'était ce qu'il voulait, ce qu'il fallait, ce qu'il devait à tout prix faire ! Dérangé par ses propres pensées, il passa une main dans ses longs cheveux détachés et secoua la tête, histoire de se remettre les idées à zéro et d'apporter un poil de clarté à son cerveau.

« Allez, on y croit ! Lança-t-il, plus fort, pour lui même, avant de se tourner vers la cage des animaux, dans son salon. Vous allez voir, maman va devenir une vraie femme, bientôt ! »

Il offrit un grand sourire aux deux hamsters trop occupés à se rouler dans les copeaux de leur cage pour l'écouter et, moins d'une minute plus tard, s'assit à leur côté. Ses doigts longs et fins, entre les barreaux de métal glissés, firent un peu de bruit lorsqu'il les remua – manque de bol, il n'attira pas l'attention des bestioles. Un peu frustré, il mordilla sa lèvre inférieure et les regarda s'amuser, entrer dans leur petite maison, en ressortir, se promener – juste un instant.

Et puis, malgré toute l'envie qu'il avait de s'en détacher, il se recentra sur cette histoire d'opération et ressentit le besoin d'attirer ses jambes contre lui, d'enserrer ses genoux – il y résista, toutefois. Ça faisait bizarre, déjà maintenant, de parler de lui comme d'une femme à part entière, et sûrement que ça ferait encore plus bizarre par la suite, quand finalement il en serait une ; bon, sans doute aussi qu'il s'y ferait vite, mais pour l'instant, l'espèce de stress, l'idée de ne pas trop savoir ce qui l'attendait l'angoissait quand même un peu.

« Ça ira beaucoup mieux, ensuite, affirma-t-il alors avec autant de conviction que s'il avait répété, bêtement, un axiome stupide dont il cherchait encore la démonstration. Avec ma mère, déjà... Vous croyez pas ? »

Un couinement fit office de réponse et il ne sut s'il devait l'interpréter comme un oui ou un non. Alors, il décida d'essayer de lister tout ce que lui apporterait cette opération de positif, en fin de compte ; quoique ce soit, qui que ça touche, juste tout ce qui lui ferait du bien.

« Maman sera bien plus contente une fois que je serai une vraie femme, commença-t-il à voix haute. Et puis... J'aurai plus besoin de me travestir, aussi, enfin, on m'appellera plus travesti, quoi ! ... Sans oublier que les gens arrêteront de me regarder de travers. »

Il sourit, l'air heureux.

« C'est vraiment génial. »

La fausse béatitude sur son visage au front crispé, tendu, stressé, sonnait comme une hypocrisie honteuse. Échouée, la tentative de se rassurer – même un peu.

« Et puis, y'a Roxas, aussi. Peut-être qu'il m'aimera mieux en fille ? »

Foutaises.
Roxas l'aimait pas en travelo et ne l'aimerait sûrement pas plus en nana – il l'aimait pas et c'était tout, voilà. En plus, il le lui avait dit, même gueulé dessus, que cette opération c'était de la connerie ; et puis, il avait insulté sa mère, et...

« Je suppose que ça marchera pas comme ça, hein... »

Il avait murmuré, presque soufflé ces quelques mots, et sûrement ses hamsters ne l'avaient-ils même pas entendu – mais c'était pas grave. Il s'en foutait un peu, en fin de compte. Que ses animaux, que quelqu'un l'écoute ou ne l'écoute pas. De toute manière, ça ne changeait rien ; il avait choisi de la faire, cette fichue opération, il avait décidé de conserver ses liens avec sa mère, et de laisser tomber, d'arrêter de s'accrocher à Roxas, parce que de toute manière, des mecs dans le monde, y'en avait des tonnes d'autres, et il suivrait sa décision jusqu'au bout.
Du moins, il espérait.

« Vous en pensez quoi, vous ? »

Pas de réponse. Évidemment.

« Allez, je suis sûr que tout se passera bien ! »

Une fois de plus, il remua ses doigts entre les barreaux de la cage, et l'un des petits hamsters vint se frotter contre le bout de son ongle. Il sourit. Quel bonheur que d'avoir ces petites bêtes près de lui, franchement ; la situation avait beau lui sembler désespérée, quasiment paumée tellement son cœur était agressé, toutes les vingt secondes, par les pires doutes de la terre, eh bien, ces deux petites boules de poils savaient quand même le rendre heureux – même en lui bouffant les doigts.

Alors, il repensa à Roxas. Ses cheveux blonds en bataille. Ses beaux et grands yeux bleus, pleins d'innocence et de violence à la fois. La douceur de sa peau contre la noirceur de son apparence. Il avait un côté boule de poils féroce, lui aussi, mine de rien ; plus ça avançait, et plus le rouquin le voyait comme un petit animal, dont il fallait s'approcher en silence, et apprendre à apprivoiser, avec persévérance, sans jamais craindre la morsure ou le coup de poing...

Il soupira, lassé de réfléchir.
Sans aucun doute sa belle tentative de se réconforter n'avait-elle pas fonctionné aussi bien que prévu, et sans aucun doute oublier le blond serait-il plus difficile qu'il ne l'avait cru.


Le miroir était un objet magique à ses yeux en ce qu'il parvenait à le reproduire tout entier, sans perdre un détail de son apparence – bon, il apparaissait juste à l'envers sur l'écran transparent, mais c'était déjà ça, quoi.
Le seul souci, en vrai, résidait dans le fait que ce miroir-là, Roxas l'aimait pas ; genre, vraiment pas du tout. Il avait son histoire, en même temps, aussi. Ce foutu miroir de merde, là, au milieu du couloir. Celui devant lequel il fallait passer lorsqu'on sortait de la douche, si on cherchait à arriver dans sa chambre – celui dans lequel il devait bien se regarder, forcément, à chaque fois qu'il faisait le trajet en question.
Celui face auquel il avait fait la pire connerie de sa vie, aussi, accessoirement.

Son cœur battait fort maintenant qu'il s'y regardait, à vrai dire ; et putain, ça le troublait tellement qu'il trouvait même pas le courage d'en détourner la tête. D'arrêter de regarder, de se concentrer ailleurs, sur autre chose, plus loin – de partir, aussi, de bouger, de quitter, de se barrer, de retourner dans sa chambre ou devant la télé. Il aurait dû, pourtant ; il aurait dû, s'il avait pas été con, mais il le faisait pas, en bon abruti qu'il était, et il se faisait du mal tout seul, à ce souvenir comme ça d'événements qu'il aurait dû juste effacer de sa mémoire.

Effacer.
Oublier.
Ouais.
Plus facile à dire qu'à faire, en vérité – surtout lorsque sa débile de mère avait mis la même robe qu'hier. Il la détestait pour ça, même si au fond elle pouvait pas vraiment savoir en quoi cette robe-ci le dérangeait. Enfin, heureusement, elle était partie, maintenant ; avec son Kévin, un peu d'argent, et direction la pizzeria, parce que vraisemblablement elle avait l'intention de leur faire manger quelque chose de convenable, ce soir-là. C'était pas plus mal, note ; ça changerait de ses abominables petits plats, tout bonnement incomestibles et à coup sûr dangereux pour la santé.

Maintenant qu'il y réfléchissait, c'était vrai que, dans le temps, c'était toujours papa qui cuisinait. Mais quand même, sa génitrice n'avait jamais eu le moindre scrupule à l'empoisonner, sitôt que son père et son frère s'en étaient allés ; alors pourquoi, bordel, pourquoi est-ce que là, soudain, sans raison, elle décidait de prendre soin de lui ? Et d'ailleurs, on pouvait même pas appeler ça s'occuper de lui – ça consistait juste à aller chercher des pizzas, son imbécile de mec au bras, et à revenir le nourrir.

L'espace d'un instant, il se prit à songer que c'était peut-être parce qu'elle espérait qu'il reste, après cet essai d'une, deux nuits qu'il lui avait accordé – mais il chassa vite fait cette idée qu'il jugea complètement débile et, dès lors qu'il n'eut plus rien à penser, automatiquement, il se recentra sur son apparence dans le miroir.

Il avait pas changé, lui, au moins. Toujours la même gueule d'ange, toujours les mêmes foutus cheveux blonds, les mêmes yeux de merde, et le maquillage qui par chance rattrapait un peu la catastrophe de son physique ; mais en dehors de ça, il pouvait rien faire pour avoir l'air plus présentable, et ça le faisait bien chier. Il soupira, et voulut se détacher enfin du miroir – il essaya, et se planta comme une merde, toutefois.

Le miroir. Son corps. La robe. Lui-même, travesti – comme une fille. C'était étrange, de s'en souvenir comme ça, mais l'effet que ça lui faisait était encore plus louche, sans doute ; après tout, ça l'embêtait pas tant que ça. C'était juste bizarre. Dégueulasse. Un peu dégoûtant sur les bords, anormal, inhabituel, limite inacceptable – mais il se souvenait à merveille de l'horrible malaise qui l'avait pris la première fois qu'il s'était trouvé là et à coup sûr, simplement s'en souvenir, c'était pas comparable.
Pour voir si son mental avait vraiment évolué depuis, il aurait fallu qu'il réessaie la robe de maman, en fait, mais d'une il en avait pas franchement envie et de deux, mine de rien, il avait quand même un peu peur de ce qu'il pourrait découvrir.

Et puis, soudain, la clé tourna dans la serrure – tiens, maman l'avait enfermé en se cassant ? – et la porte s'ouvrit en grand. Presque aussitôt, l'agréable odeur de la pizza chaude se répandit dans l'appartement, et il entendit vaguement sa mère hurler un truc comme quoi fallait qu'il vienne bouffer ; okay, okay, il hurla en retour, et sans plus attendre, il se ramena.

Il avait faim, sérieux, mais voir sa mère avec la robe rouge et horrible lui coupa l'appétit, d'un seul coup. S'il la portait, là, dans cet instant, elle lui serrerait tellement les côtes et le ventre qu'il pourrait pas s'asseoir sans qu'elle ne remonte sur ses cuisses, et qu'il pourrait pas manger sans en étirer le tissu – rah, putain, ça craignait, quand même. S'il la portait, là, il oserait pas non plus faire une tache dessus parce que ça devait coûter vachement cher, cette merde ; et comme Kévin lui casait sous les yeux une tranche de pizza fumante, lui, il pouvait quasiment sentir le tissu doux contre sa peau, les froufrou qui la chatouillaient, et l'effroyable impression de faire quelque chose de mal, de devenir quelque chose de mal, rien qu'en enfilant ce machin...

« Ma robe te plaît, mon chéri ? »

Il crut la remarque de sa mère adressée à l'abruti de Kévin, tout d'abord – et puis, le silence qui s'ensuivit, lourd et plein d'attente, de cruel suspense à la con, lui apprit qu'en fin de compte, eh bah, lui aussi, ça se pouvait qu'on l'appelle « mon chéri ». Lorsqu'il réalisa, il frissonna, de dégoût ou d'horreur, et ne sut juste pas quoi répondre. Si la robe lui plaisait, hein ? Si cette chose, cette abomination qu'il avait fait l'erreur fondamentale de mettre, et qu'il regardait précisément parce qu'elle lui avait laissé un putain de mauvais souvenir, une putain de sale sensation – si ça, ça lui plaisait ?
Sincèrement, il en avait pas la moindre idée.

Il maugréa un truc pas très clair que sa mère dut prendre pour une réponse satisfaisante, puisqu'elle arrêta de le faire chier et s'en retourna discuter avec son Kévin, l'ignorant du même coup royalement. Durant leur blabla incessant, toutefois, il sembla au blond que l'abruti de copain chômeur débile avait placé une ou deux remarques à son sujet, lui avait posé une ou deux questions, mais il s'en foutait comme pas possible et quitta bientôt la table, sans prendre la peine de rien débarrasser – qu'ils aillent se faire foutre, hein, après tout.

Il était revenu à son bon vieux quotidien détestable et un truc en lui lui disait, lorsqu'il rejoignit la salle de bain pour échanger ses fidèles verres de contact contre sa paire de lunettes, qu'il allait passer la nuit et que le lendemain, il se barrerait dès qu'il le pourrait. Retournerait chez Vanitas, tout ça. Et adios la vielle, adios son mec, adios les pizzas, adios la robe. Il alluma sa console de jeu avec cette idée en tête, sans se douter une seconde de ce que la nuit finirait par lui apporter.
Les zombies sous ses flingues déquillaient et chaque tête coupée, chaque corps brisé lui apportait un tantinet plus de calme, de sérénité – il inspira, expira fort. Ça allait mieux, maintenant qu'il était seul. Dans sa chambre, à réaliser. Comprendre que demain, il se lèverait non loin de sa mère, de Kévin – qu'il partirait, en même temps ou avant eux, et qu'il reviendrait le soir pour les retrouver dans sa piaule, à lui.

Enfin, il repartirait sûrement, après. Chez Vanitas – là où il était bien. Il en était même certain, en fin de compte ; peu importait que Vani soit bizarre des fois, peu importait qu'il tienne à lui comme c'était pas possible, et peu importait qu'il lui tire des tronches pareilles lorsqu'il s'éloignait de lui, au moins, au moins Vanitas n'avait pas de robe – il n'avait pas la robe. Et puis, sa mère allait bien, de toute façon ; le fait qu'elle le veuille près de lui n'avait été qu'un caprice, un foutu caprice, une fois de plus.

Roxas s'endormit dans l'idée que, dès le lendemain, plus jamais il ne foutrait les pieds ici.

Il détestait cette robe plus que tout au monde – et personne ne pourrait lui faire changer d'avis.
Sauf peut-être le sommeil qui, sans qu'il ne le sache, lui portait conseil, cette nuit.

Il ne le savait pas encore, mais l'idée qu'il aurait, au réveil, ne se laisserait pas réaliser depuis l'appartement de Vani.


Oui, je confirme, le gros est à venir dans le chapitre 37 ^^

En espérant que ça vous a plu =)