Hello tout le monde ! =)

Ici Momo, comme d'habitude quoi. Chapitre 38, enfin. C'est surtout centré sur Axel et Roxas, cette fois, alors j'espère que ça vous plaira =) (Un peu de romance, enfiiin *bam*)

Valà valà, j'ai rien d'autre à dire... Ah, si. Vous savez, depuis peu, sur FFnet, on peu ajouter une image avec chaque fanfiction... Eh bien, j'ai ajouté la couverture qu'aura cette histoire une fois que je l'aurai faite imprimer 8D Doonc, vous pouvez maintenant observer la superbe couverture (juste l'avant, toutefois xP) que m'a faite Kurozaya que j'aime, et j'espère qu'elle vous plaît autant qu'à moi. x3

(En bonus, y'a même mon vrai nom, dessus. N'est-ce pas merveilleux ? Je perds mon anonymaaat *sort* De toute façon, je sais même pas si vous arrivez à lire... Huhu.)

Comme on me l'a demandé plusieurs fois déjà, voici un lien pour voir la couverture en grande (très grande) taille : http[]:/[]/uprapide.c[]om/images/invite/covermomo_1[].png Enlevez les 4 "[]" et appréciez ! o/


Chapitre 38 : Il paraît que les robes ne vont pas qu'aux filles

Plus il le regardait, plus il l'observait, moins Roxas parvenait à se persuader que ce visage qu'il voyait, reflété dans la glace du miroir à sa main, était réellement, pour de vrai le sien – il s'était maquillé différemment, déjà, quoique, pas forcément, mais en tout cas, ça lui donnait un drôle d'air, et le bleu de son regard était teinté de mille choses qu'il n'y avait jamais vues auparavant ; en réalité, ça le faisait flipper.

De lire tout ça rien que sur sa gueule, justement parce que bordel, si les gens pouvaient deviner à sa tronche ce qu'il songeait et ressentait, eh bien, il était vachement, vachement dans la merde. Haine, colère, rage habituelles s'en étaient allées, et c'était bien ça le pire – car à la place qu'elles avaient laissée résidaient maintenant d'autres trucs, d'autres putains d'émotions indescriptibles, mêlées toutes d'hésitation et d'angoisse, et son cœur battait, battait fort au creux de son torse, comme il tâchait de se promettre, de se jurer sur sa vie son honneur sa mère Axel et plein d'autres gens de ne pas, non, surtout pas réfléchir aux causes, aux raisons de ce qu'il était en train de foutre, là, maintenant.

Il devait le faire, il allait le faire et c'était tout – le reste, mieux valait simplement ne pas y penser. Ne pas même y songer. Y réfléchir, non ; l'ignorer, l'oublier, l'enterrer, et le tuer pour de bon, une fois pour toutes. Interdiction formelle ne serait-ce que d'envisager la moindre possibilité de réponse à l'abominable question qu'était ce « pourquoi », intimement trop lié aux émotions qu'il s'efforçait de fuir et d'effacer.
De toute manière, ça ferait que l'emmerder, il en était sûr et certain – enfin, du moins, il croyait bien.

Un nouveau coup d'œil stressé au miroir lui fit réaliser que c'était peut-être le temps de vérifier, là. Genre ; s'observer encore une fois, se mater dans la glace, checker le moindre recoin de son apparence et être sûr, certain, plus que ça que c'était vraiment bon de chez bon, cette fois – que y'aurait pas de couille, pas d'emmerde, pas même de petite coquille dans ce qui allait se passer, et que tout se passerait justement pile poil comme il l'avait si bien planifié.
Alors, il prit son courage à deux mains, inspira et releva le miroir, regarda.

La robe toute blanche différait tant des fringues noires qu'il portait d'habitude que, sur le coup, comme à chaque fois d'ailleurs – parce qu'il était pas con, non plus, depuis le temps qu'il préparait son coup, il avait répété, ressassé, réécrit redessiné, mais toujours c'était pareil et il pouvait pas, non, il arrivait pas à s'observer dans cette robe-là sans se sentir automatiquement bizarre, étrange, anormal – ça lui fit peur, presque mal, et il cligna des yeux jusqu'à ce qu'il trouve enfin le courage de regarder vraiment.

Il fallait qu'il soit présentable et convaincant. Lui, oui, convaincant habillé en meuf ; et le jupon noir dépassait les rebords, les limites du vêtement qui atteignait tout juste ses genoux, et le nœud foncé assorti paraissait large et lourd dans son dos comme il en cognait le bas à chaque fois que le blond se relevait, bougeait, marchait seulement, et le ruban qui retenait ses cheveux en chignon glissait dans son cou sitôt qu'il tournait la tête et regardait ailleurs, et-

Et merde, à la fin. Il savait même pas si c'était censé ressembler à ça, une vraie fille – enfin, un vrai travesti, plutôt. Dans le genre, encore plus grave, encore plus atteint qu'Axel ; dans le genre, ce qu'il avait prévu d'être une nuit, de paraître à ses yeux, juste dans l'espoir que ça choque le rouquin assez pour le décider à abandonner son idée débile de se faire opérer.

Angoissé, incertain, Roxas sauta du lit et tâcha de se remémorer quel genre de meufs promenaient leurs froufrous dans le magasin pour lolitas où il avait foutu les pieds, une seule fois, histoire de choisir rapidos et d'acheter le truc qu'il portait, là, juste maintenant ; mais il y arrivait pas, se souvenait pas, et c'était la merde parce que sérieux, il savait pas comment il allait faire, maintenant.

Ce n'est qu'alors qu'il remarqua son iPhone toujours en sa main et décida de, bêtement, ne rien planifier de plus – quand au lien qui put se faire dans son esprit à ce moment-là, sûrement qu'il en saurait jamais rien. Enfin, c'était pas comme si c'était important, non plus. C'était plutôt une espèce de conséquence d'un hasard bizarre, et mine de rien ça l'arrangeait bien, quand même – voilà. D'une main, il défit le ruban qui le gênait et laissa retomber ses cheveux, pour une fois bien coiffés, droits et ondulés, sur ses épaules qu'ils effleurèrent à peine ; de l'autre, il épousseta sa robe, sans lâcher son téléphone qu'il décida de garder comme ça, étant donné qu'une robe de meuf n'avait par définition pas de poches, et il se glissa sans bruit en dehors de sa chambre.

A ses pieds, pas de talons, quand même ; juste, d'immenses et longues chaussettes ou bas ou il-savait-pas-comment-ça-s'appelait blanc nacré, achetés au passage, choisis sur le tas, et il lui semblait bien qu'on nommait les horreurs qu'il portait ballerines – enfin, au moins, ça faisait pas de bruit, et c'était toujours ça de pris.

Il ne comprit pas par quelle force il passa, soudain, de sa chambre à la porte, de la porte au couloir et du couloir à l'ascenseur, à l'extérieur ; mais il s'en foutait pas mal, à vrai dire. L'important dans l'histoire c'est qu'il était là, qu'il avançait, qu'il courait même, sans bruit et seul, paumé dans la nuit qui l'entourait, son iPhone éteint et pas trois sous sur lui, à peine la clé de sa piaule dans la main qui ne tenait pas le téléphone, et qu'il partait sans rien vers un truc qui pourrait bien le tuer ou le blesser ou l'affaiblir ou il savait pas quoi d'autre mais putain, putain, putain, il le faisait – il le faisait.

Avec tout le putain de courage et la putain de liberté qu'il avait toujours voulu avoir ; ça prenait juste une autre forme, mais en fin de compte, c'était pas plus mal et bordel, il se sentait... Fou. Taré. Pas bien dans sa tête – mais vivant. Détraqué, dérangé, tout déconné jusqu'à l'os – mais vivant. Vi-vant. Et important, aussi.

Peu de temps après, il arriva au parc, essoufflé, s'arrêta d'un seul coup et se demanda si sa cause était juste, si c'était quand même une bonne idée, toute cette connerie monumentale, cette monumentale connerie qu'il était en train de faire et qu'était sûrement la plus grosse connerie qu'il ait jamais faite de sa vie – mais il avait pris sa décision sur un coup de tête et le même coup de tête lui fit choisir que oui, ça valait le coup.
Si ça pouvait vraiment détourner Axel de son intention, alors oui, bordel, oui, ça valait le coup.

L'adrénaline due à la folie de son geste retomba vite, toutefois, lorsqu'il réalisa qu'Axel était toujours pas là ; mais il se prit pas la tête pour si peu, cette fois, et se tapit dans l'ombre, priant pour que personne le voie. Dans sa tête, il répétait encore les mille phrases auxquelles il avait pensé ces derniers jours, celles qu'il était censé ressortir tout de go une fois que le rouquin se pointerait ; mais il trouvait pas les mots, et son cœur battait si vite, et il savait pas où il en était, mais ce putain de sourire sur sa gueule voulait pas s'en aller et Axel n'arrivait pas, mais s'il savait pas finalement, s'il avait pas eu le SMS, ou s'il voulait pas, s'il était trop fâché, merde, s'il refusait de le voir, bordel, il allait faire quoi ?

Pris d'un soudain accès de panique, il alluma en vitesse son iPhone, seulement pour remarquer qu'il avait reçu aucun message en retour, et la putain d'angoisse aussitôt prit de l'ampleur, s'intensifia.

Ce n'est qu'alors qu'enfin, enfin, il entendit un bruit de pas et releva la tête.
Les mèches rouges dans la nuit ne trompaient pas mais ça le rassura pas, bien au contraire – et là où il avait voulu, non, il s'était promis de foncer vers lui, et de lui gueuler dessus, directement, avec force et assurance, sûr de lui, eh bien, tout ce qu'il réussit à faire, c'est bredouiller bêtement son nom, comme le grand con qu'il était, et quand le travelo tourna la tête dans sa direction il le trouva plus si travelo que ça, finalement.

« Axel, je... »

Il avait bredouillé les deux premiers mots qui lui étaient passés par la tête et maintenant Axel le regardait, effaré, sans rien piger de ce qui se passait, carrément choqué par l'apparence de Roxas qu'il avait sûrement même pas reconnu, fringué comme ça ; alors, avant qu'il ne puisse dire un mot, un seul putain de mot qui lui aurait fait perdre ses moyens et son honneur et ses mots et tout ce qu'il pouvait bien posséder, le blond s'avança et, en guise de salut, lui balança un immense coup de poing dans le ventre.

« Enfoiré ! Cria-t-il presque, et sans qu'il pige trop pourquoi sa main rejoignit son torse, le tissu de la robe blanche, au niveau de son cœur. T-Te voir en meuf, bordel, ça m'ferait, ça m'ferait au moins aussi bizarre que ç-ça, merde, mais tu vas piger à la fin, connard ? »

Abasourdi, le rouquin ne parvint même pas à réagir – et Roxas sentit son cœur louper trois battements, sa respiration sursauter, quelques putains de larmes naître au coin de ses paupières, et Roxas voulut continuer cependant, hurler encore, l'engueuler pour ne pas avoir à écouter sa réponse, et Roxas poursuivit le jugement qu'il menait, fonça dans le tas encore une fois, sauf que là ses mots n'avaient pas de sens et ses phrases voulaient rien dire et c'était la merde, merde, un putain de surplus de sentiments dans tous les sens qui lui faisait perdre l'esprit et la raison et le peu de conscience et bordel, à la fin.

« Les filles c'est pas des mecs et les mecs c'est pas des filles, reprit-il, et bordel pourquoi tu comprends rien, mais tu piges vraiment que dalle, tu peux juste pas faire ça, c'est dégueulasse et r'garde-moi, r'garde-moi j'te dis, j'suis horrible comme ça t'entends, hor-rible, merde, c'est juste pas naturel, c'est que d'la putain de connerie, merde ! »

Il hurlait, tempêtait et vociférait même pas fort mais avec tellement de passion et d'emportement qu'il entendit même pas Axel appeler son nom, une fois deux fois trois fois, et qu'il vit même pas la lumière à l'autre bout du parc, qu'il entendit pas les pas se rapprocher, qu'il réalisa pas qu'ils étaient pas tout seuls – et puis, tout à coup, deux bras puissants entourèrent ses épaules et l'attirèrent contre le torse du roux, et il se sentit attrapé, capturé, vaincu, défait, bousillé, déprimé, fatigué, presque mort-
Contre lui, il réalisa soudain qu'Axel tremblait, mine de rien.

« Chut, chuut, Roxas, il murmura au beau milieu de ses cheveux blonds, s'il te plaît, tais-toi, on est pas seuls, y'a des gens là-bas et s'il te plaît, s'il te plaît je t'en supplie, tais-toi, laisse-moi deux secondes et laisse-moi t'expliquer, s'il te plaît... »

De l'autre côté du terrain vague, les faces de babouin avaient réagi à leur engueulade discussion autre chose et l'adolescent, pigeant d'un seul coup à quel point il avait été con de causer aussi fort, ne put s'empêcher d'enfouir son visage contre le roux, juste deux secondes, le temps d'oublier à quel point il avait honte – ça suffit pas, toutefois. Axel tressaillait contre lui et sa voix était faible et son ton sonnait inégal et son cœur battait comme un malade.

Il n'eut pas besoin de parler, cependant, pour que son pote capte que la réponse était oui et qu'il pouvait lui expliquer, maintenant, que c'était même à son tour de parler, et qu'il fallait qu'ils en discutent, sans quoi ça allait faire mal et leur faire mal, bientôt.

« Maman a horreur des garçons, murmura Axel, et Roxas sentit qu'il avait paumé quelques doigts entre ses mèches dorées. Elle voulait que je sois une fille à la base, d'où mon prénom qu'elle a jamais voulu changer d'ailleurs, et puis… J'sais pas, c'est bizarre, ça doit avoir un truc à voir avec... Mon père tu vois, et puis elle est pas bien mais j'ai toujours tellement voulu lui faire plaisir, elle m'a éduqué comme ça, et je suis mieux en fille, j'suis plus sûr de moi tu comprends, mais... Mais je sais plus où j'en suis, merde... »

Le blond eut envie de le frapper – il savait pas pourquoi, juste comme ça. Parce qu'il le méritait, sûrement. Mais les mots du travelo lui arrivaient par intermittences bizarres irrégulières et il comprenait pas tout tellement ce qu'il ressentait obstruait à la fois sa vue et sa tête et son ouïe et son cœur ; la douleur, immense, le bonheur, infime, et le compromis à trouver au beau milieu alors que lui non plus, merde, lui non plus, il savait plus où il en était, c'était impossible et ça craignait grave et il allait devoir se rendre à l'évidence, là, il savait juste pas quoi faire.

« E-Elle a toujours beaucoup souffert à cause des hommes, alors j'ai toujours cru que c'était normal, enfin, tu vois, qu'elle ait peur de moi aussi, ou bien, je sais pas trop, je- »

Un coup de poing placé droit entre ses côtes l'empêcha de parler plus et, du même mouvement, il s'éloigna du blond qui releva aussitôt sur lui un regard bourré non pas de haine, mais de pure et simple colère – et c'était pas du mépris, non, c'était pas de la moquerie non plus, en fait, c'était juste de la colère pure et dure, le sentiment d'injustice désagréable dans sa poitrine et tout ce qui allait avec, là.

« Ta mère, c'est qu'une putain d'égoïste de merde ! Recommença alors le blond, plein d'encore plus de rage qu'auparavant. Elle souffre en meuf mais ça l'emmerde pas que t'en sois une aussi, c'est ça ? Genre, elle s'en fout que toi tu puisses avoir mal ? J'l'avais dit, merde, j'l'avais dit, c'est qu'une pute ! »

Aussitôt, il songea à regretter l'insulte qu'il venait de balancer – mais aussitôt, il se dit que finalement non, y'avait juste pas de raison, quoi. Certes, ça avait fait un foin pas possible la dernière fois qu'il avait osé parler ainsi de la mère d'Axel ; mais là, mais là, mais là...

Mais là, c'était juste pas pareil. Pas la même chose, non ; c'était un autre truc, un truc putain de différent, et toute cette foutue différence tenait sans aucun doute à ce que, merde, quoi, il avait donné du sien, cette fois. Vraiment donné du sien. Genre, vraiment vraiment – vachement, à fond. Deux semaines, trois peut-être, en tout cas deux, deux putains de semaines à préparer rien que de quoi mettre son projet à exécution ; l'idée trouvée, il avait dû chercher une robe, se glisser dans des magasins de meufs donc, affronter le regard des meufs en question, mentir au sujet d'une copine qu'il n'avait pas, parfois inventer une quelconque histoire de sœur à qui il aurait voulu offrir un cadeau, et puis en choisir une, de robe, y aller au pif complet sur la taille parce qu'il savait pas comment réussir à l'essayer sans passer pour un enfoiré de travelo, lui aussi, et puis, et puis, les répétitions, seul, dans sa chambre, face au miroir, attacher cette saloperie et enfiler les bas, les collants, les talons qu'il avait fini par abandonner, réfléchir à ce qu'il dirait, ce qu'il ferait, ce que ça donnerait et ce qu'il espérait-

Mais.
Il espérait quoi, exactement ? Pourquoi, hein, vraiment ? Il faisait ça, il s'emmerdait comme ça, mais pour quelle raison, en fin de compte ? Y'avait vraiment un but qu'il poursuivait, derrière toutes ces conneries ? Derrière cette peur qui lui transperçait la poitrine, maintenant, ce stress incommensurable, cette douleur, ce mal-être dangereux, désagréable, horrible à l'intérieur, et il avait mal, mal, mal, mais pourquoi, pour quoi, pour qui ? Pour Axel ? Ou bien, pour lui-même ? Pour les deux, pour aucun, c'était sérieux ?
Oui, c'était sérieux. Sans aucun doute possible, envisageable. C'était sérieux – il était là, à près d'une heure du matin, peut-être deux, vêtu d'une robe maquillé en fille chaussé de ballerines, cheveux détachés ondulés délicats doux dorés, et oui, oui, oui, c'était sérieux.

Il désirait plus que tout qu'Axel abandonne cette connerie d'idée, cette saloperie d'idée de se faire opérer, et la pensée seule de le voir, non, de l'imaginer en fait, plus en travelo mais en trans, plus en lopette mais en femme, plus en tarlouse mais en trans, lui faisait si mal qu'il en avait les larmes aux yeux – presque.

La main du roux sur sa joue lui confirma que le mot « presque » n'avait pas lieu d'être et il hésita entre l'horreur et le désespoir, à l'instant où l'index long récolta sur sa joue l'ombre, légère, d'une larme amère. Merde, il avait mal au cœur, maintenant. Putain, bordel, merde ; il se mordit la lèvre, fort, trop fort même, et ça lui fit encore plus mal, mais merde, à la fin, putain de bordel de merde.

« Roxas... »

La voix d'Axel lui parut loin et il n'osa pas relever les yeux sur le rouquin qui devait le fixer, sûrement – il avait peur, de toute façon, peur et juste pas envie parce que peur de croiser son regard, de lire la haine ou la colère ou la pitié ou la tendresse ou autre chose dans ce vert étrange, captivant, peur de s'y perdre et d'y perdre ses mots qu'il retrouvait déjà quasi pas, peur de plus savoir quoi dire et quoi faire parce que-

La main du roux glissa sur sa joue et la caressa, d'une phalange puis de sa paume, avec un mélange de douceur et d'autre chose qui le fit détourner la tête, les joues rouges et les yeux ailleurs. Il était paumé, merde, il savait plus quoi faire ni où aller et fallait qu'il s'y résolve, fallait qu'il laisse Axel s'en occuper, de tout de tout ça, et qu'il se remette à lui, pour une fois, qu'il... Qu'il... Il savait pas.

« Roxas..., reprit alors la voix qu'il connaissait si bien, quelque part, un peu au loin, au-delà de ses paupières, de sa vue brouillée embrouillée embuée, et il sentit qu'il allait se remettre à pleurer. Roxas, si ça va pas, tu... Tu... »

Il sentait que le travelo allait balancer un truc important et du coup, il put pas s'empêcher de relever les yeux, relever la tête, le regarder malgré tout ; mais sur ses joues commençaient à couler encore ces putains, putains de larmes à la con, et il savait plus quoi faire pour les cacher, pour qu'Axel ne les voie pas, pour qu'il s'en soucie même pas les oublie les ignore, et sa tête lui tournait tournait tournait comme lorsqu'on a pleuré non-stop pendant deux heures, et le regard du rouquin le dévisageait, son cœur battait battait battait, il sentait que c'était comme dangereux comme horrible comme la fin la fin la f-

« Roxas... Je suis... Tellement, tellement... Désolé... »

Deux mains dans ses cheveux, les longs doigts entre ses mèches, le blond contre la peau les ongles la peau la douceur la peau la couleur douce et chaude, les yeux d'Axel plein d'hésitation d'incompris de questions, les larmes nouveau-nées au bord au coin en-dessus en-dessous ici là partout, et son front presque contre le sien, son regard presque dans le sien – les larmes au bord de ses yeux, aussi, de ses yeux à lui, son maquillage dont il se foutait éperdument, maintenant, et putain d'merde, il avait envie de pleurer, il pleurait, il pleurait, il allait pas s'arrêter, là, c'était la merde et la fin du monde et la merde et il pouvait plus rien faire et la merde et Axel deviendrait une femme et la merde et il avait foiré même en jouant sa dernière carte et la merde et la merde.

Les mains qu'il avait lui-même placées devant ses foutus yeux bourrés de larmes trop salées lui faisaient comme un écran et l'empêchaient de voir, d'examiner, d'apercevoir seulement Axel, de l'observer, et d'essayer même de deviner ce qu'il pouvait bien penser.

Et il réfléchissait plus, merde, il pensait même plus, il arrivait à rien et rien ne voulait plus traverser sa putain de tête, tout ce qu'il savait c'était qu'Axel allait devenir une meuf et l'écoutait pas et continuait à persévérer, et que même le voir en robe l'en détournait pas, qu'au fond si ça se trouve on pouvait rien y faire, que c'était perdu d'avance mais que bordel, il le voulait pas, ça, il le refusait, qu'il devienne un trans, il le préférait, lorsqu'il était travelo, il le préférerait même, s'il était un mec, et il le détestait quand il voulait être femme, mais il l'adorait quand il-

« Espèce de connard ! »

Hurler, pour stopper ses pensées.
L'incohérence dans sa tête se traduisait en ses actions, maintenant. Aïe.

« T'es qu'un enfoiré de travelo de merde, Axel ! Salaud ! Fils de pute ! J'te déteste, bordel, j'te hais, j'te hais, j'te hais ! »

Et il aurait pu le frapper mais il le faisait pas, et il aurait pu crier encore plus fort mais il le faisait pas, et il aurait pu s'en aller mais il le faisait pas, et il aurait pu fuir fuir fuir la douleur le chagrin le malheur mais il le faisait pas, et il aurait pu ignorer oublier abandonner Axel mais il le faisait pas.

Bordel. Putain de merde. Pourquoi, pourquoi, pourquoi fallait-il qu'il s'attache, non, se soit attaché autant à cet enfoiré ? Qu'il refuse comme ça de le laisser s'en aller ? Qu'il n'accepte pas, qu'il l'envoie chier, et qu'il s'oppose à cette connerie d'idée ? Pourquoi il vivait pas sa vie, pourquoi il le laissait pas, pourquoi il s'accrochait encore et encore à lui toujours, pourquoi il cherchait pas trouvait pas quelqu'un d'autre ?

Mais, quelqu'un d'autre – quelqu'un d'autre, pour faire quoi ?

Et puis, sa colère, elle était due à quoi ? Sa tristesse, il la devait à quoi ? Ce bordel indescriptible d'émotions dans sa tête et dans son corps, c'était merci à quoi ? Ses questions, ses pas-de-réponses et son esprit qui tournait, malade de pas savoir, ça venait de quoi ? Ce refus ce rejet total de l'opération, cette engueulade cette discussion pour ou contre, contre ou pour, pourquoi ?

« Roxas, l'appela alors Axel, tout doucement, comme pour le calmer, mais ça eut l'effet contraire, Roxas, dis-moi ce qui va pas, je-
– Ce qui va pas ? Ce qui va pas ? Mais je vais te dire ce qui va pas, pauvre con ! T'as pas à devenir une meuf, merde ! Fais pas cette opération ! Bordel, Axel, si t'as un neurone qui fonctionne dans ton cerveau de merde, alors écoute, quoi, je t'interdis, t'entends, je t'interdis de faire cette opération à la con ! T'as pas l'droit, t'as pas l'droit de me faire ça ! Et et si tu la fais, eh b-bien v-va te faire f-foutre ! »

La haine, non, la rage lui avait permis de hurler mots simples mais phrases complètes, mais il avait déconné sur la fin et maintenant les sanglots revenaient dans sa voix étranglée, lui faisaient tourner la tête et il savait plus où il était, ce qu'il faisait vraiment – oubliée, la robe, zappé, le maquillage, à la poubelle, ses godasses, et qu'il aille se faire voir, son déguisement, il avait à peine conscience du spectacle pathétique qu'il offrait et il savait juste qu'il engueulait Axel, là, pour pas avoir à le supplier d'abandonner l'idée, en fait.

Mais plus que tout il était sûr et certain qu'il jouait en ce moment même sa toute dernière carte, son tout dernier atout, et si celui-ci ne réussissait pas, si ça foirait juste comme c'était en train de foirer, eh bien...

Axel avait sous les yeux le spectacle le plus surprenant, étonnant, touchant, bouleversant et anormal, insensé, inattendu, bordélique, incompréhensible, ingérable qu'il lui ait jamais été donné de voir.

Roxas, son Roxas, l'homme qu'il aimait dont il rêvait – et ça, enfin, il en avait pas honte, mais bon, c'était pas partagé, et puis, c'était sans espoir, il le savait, mais pourtant, il tremblait là, et en fait, et si, et si, et si ? – le regardait de ces yeux qu'il devinait à peine derrière les mains et qui pourtant le transperçaient d'un bout à l'autre, l'attaquaient l'agressaient le faisaient souffrir comme jamais, et il s'en voulait, il s'en voulait tellement d'avoir osé ne serait-ce que penser à cette idée ; parce que oui, fallait le dire, c'était ça. Quand il voyait le blond comme ça, mal à l'aise, en pleurs, lui toujours si fier, eh bien, Axel pigeait quand même que c'était grave et il avait envie de tout faire, de tout essayer du moins, pour tout arranger, et pour qu'il sourie à nouveau.

« Huh... Axel... Je... Gn... J'veux pas avoir fait ça pour r-rien... Gn... Merde... »

D'un seul coup, déclic – non. Clic, et dé-clic.
Une seule phrase, sur le bon ton, avec les bons gestes, le bon regard ; les mains toujours contre son visage, les yeux toujours bleus embués de larmes, mais le regard qu'il fallait, oui, pile poil le bon, celui qui le visait lui et personne d'autre, qui le touchait lui aussi, qui se plantait dans son cœur, dans sa tête et qui disait pitié, Axel, me laisse pas tomber, pas maintenant, je-

Je.
Je quoi ?
Je suis désolé, peut-être. Je m'en veux. (J'ai essayé, je suis contre, je ne veux pas, j'ai essayé de te faire abandonner oublier, j'ai voulu te détourner) Je suis désolé d'avoir foiré, je m'en veux de m'être planté – et puis, et puis, et si c'était, je te préfère autrement, et si c'était, je te préfère travelo, et si c'était, je te préfère en mec, et si c'était, je t'apprécie quand même, et si c'était, et si c'était, et si c'était-

Trois mots, sept lettres. Les plus prononcées du monde, sûrement. Celles que t'apprends en premier quand tu découvres une nouvelle langue, celles que tu cherches toujours à dire à toutes les occasions, celles qui des fois font sourire et des fois font tellement, tellement mal – putain, il osait même pas les penser, tellement ça lui semblait pas croyable, à mi-chemin entre rêve et réalité.

Roxas ne voulait pas avoir fait tout ça pour rien – tout ça quoi ? Tout ça quoi, hein ? C'était simple, merde. La robe, les chaussures, les bas, le maquillage, les cheveux, l'appel, le message, une heure du matin, tous deux au parc et voici qu'il pleurait, oui, Roxas pleurait en lui demandant, plus ou moins explicitement, de ne pas le faire, simplement de ne pas le faire – et à ça, merde, à ça, il pouvait vraiment, vraiment pas dire non.

Une fois de plus, Roxas se retrouva dans ses bras, après ça. Étonnamment, il s'y tut. Y resta. S'y calma, doucement. S'y rasséréna. Oublia les sanglots, effaça les peines, éloigna la tristesse et la colère – et Axel lui-même n'avait plus vraiment conscience de ce qu'il disait, maintenant, mais il lui parlait doucement, murmurait à l'oreille du blond, et lui promettait, lui jurait, sur tout ce qu'il aimait et possédait, que jamais jamais jamais il ne la ferait, cette opération, et ça suffisait, au fond.

En cet instant-même, Roxas était tout ce qui comptait, de toute façon.

Sa mère ? Rien à foutre. Rien. A. Foutre.

« Axel ? »

La petite voix trop timide et trop faible pour être habituelle le tira soudain de sa rêverie et il regarda Roxas, droit dans les cheveux, puis dans les yeux.

« Hm ?
– Je... Je vais y aller, je pense. M-Merci... »

Axel ne répondit pas tout de suite. L'adolescent dans ses bras les quitta, doucement, bien plus tendrement qu'il ne l'avait jamais fait d'ailleurs, et puis s'en éloigna, lentement – pour toute réponse, le rouquin parvint à placer deux mains sur ses joues douces, et orienta son visage en sa direction, cherchant à nouveau les grands yeux bleus.

Lorsqu'il les trouva, ils étaient pleins d'une émotion toute nouvelle et il eut envie de l'embrasser ; il se retint, toutefois. C'était étrange, cette impression qu'il avait, qu'un baiser sur ces lèvres pâles les dénaturerait, les salirait presque, les violerait – il secoua un peu la tête.

« Je ferai pas l'opération, souffla-t-il alors. C'est promis, juré. J'appelle demain pour annuler, d'accord ? »

Les yeux bleus abandonnèrent l'émotion nouvelle pour la joie la plus totale et parfaite, et quelque chose dans la poitrine d'Axel se réchauffa agréablement, qui le fit sourire contre sa propre volonté.

« C'est vrai ? Demanda le blond, plein d'espoir.
– Bien sûr que c'est vrai. Je suis désolé, tellement désolé, si tu savais... »

Roxas s'échappa de son emprise et bredouilla qu'il devait partir – Axel ne le retint pas, mais crut déceler sur son visage un mince sourire et, au fond, c'était amplement suffisant. Ça allait, comme ça, de toute façon ; et peu importait sa mère, peu importait l'opération, il avait décidé d'être comme le blond désirait qu'il soit, et ce, quand bien même cela signifiait rester un garçon.
Il sourit, et laissa à la nuit le soin de les raccompagner, tous deux, jusqu'à leur demeure respective.

De son côté, ce soir-là, Roxas rentra heureux, le cœur léger – pour de vrai.


Et voilà. =)

Ce chapitre fait à peu près 4'900 mots, et les suivants sont aussi relativement longs. J'espère que ça n'embêtera personne ^^" En dehors de ça, ce chapitre-ci finit bien et, j'avoue, j'aurais presque pu finir l'histoire comme ça... Mais non, en fait. =D Rassurez-vous (ou pas), y'a encore quelques embrouilles à venir dans les chapitres suivants. J'espère que ça vous plaira x3

Sinon, eh bien... Encore 5 chapitres, et la fanfiction sera terminée pour de bon, quoi... Au plaisir de vous retrouver la prochaine fois, en tout cas x3 (J'espère :3)

Merci d'avoir lu ! =)