Bonsoir, peuple de FFnet ! Ici votre concitoyenne Momo qui- bref, ma gueule. xD Voici donc le 39ème chapitre de CCC, en espérant qu'il vous plaira ! xP

J'avoue, j'ai rigolé un peu (machiavéliquement, notez) en lisant certains commentaires, parce que j'ai eu l'impression que vous pensiez que la nuit de Roxas était finie, qu'il était au bout de ses peines, que tout irait bien... Et puis, je me suis sentie un peu méchante, aussi, du coup. Parce qu'il a pas fini d'en baver, en fait =D *bam*

Brefouille. En espérant de tout coeur que ça vous plaira, je remercie chaudement Anonyme et Darling Sue pour leur review et vous souhaite une très bonne lecture ^^


Chapitre 39 : Il paraît que la surprise sait se faire attendre

Lorsqu'enfin l'entrée de son appartement le happa, lorsqu'enfin la lourde porte sur lui se referma, Roxas adressa un regard à son fidèle iPhone, resté dans sa main jusqu'ici, et remarqua qu'il était près de deux heures du matin, déjà. Sans trop savoir pourquoi, il sourit ; et puis, il se laissa glisser, le long de la construction en bois, se laissa tomber, jusqu'à se retrouver assis, et défit mollement ses chaussures qu'il ramassa ensuite, histoire de s'éclipser dans sa chambre, sans faire trop de bruit.

Mais à vrai dire, il n'avait pas vraiment la tête à se soucier de Kévin ou de sa mère ; il venait sans doute d'expérimenter l'heure, non, la demi-heure la plus intense de sa vie, et il en ressortait heureux, trop peut-être, mais heureux, bordel, content, fier de lui, et tellement tellement heureux, il l'avait déjà dit, rien que parce qu'Axel, finalement, ne deviendrait pas une fille.
Il répéta la phrase à voix basse, juste pour s'assurer que c'était pas des conneries, tout ça – mais le rouquin l'avait promis, il deviendrait pas une fille. Il deviendrait pas une fille.

Et au fond, c'était tout ce qu'il lui fallait, à lui.
Un stupide sourire collé à ses lèvres, il s'aventura dans le couloir de l'appartement, et en fait, il avait complètement zappé sa robe, ses bas ou ses collants, son maquillage que ses larmes avaient défait, presque bousillé anéanti annihilé, ses cheveux mi-longs et détachés, ondulés sur ses épaules fines, son déguisement au grand complet.

Il aurait peut-être pas dû, note.
Mais, c'est bien connu ; le bonheur est une sale drogue qui revêt l'aspect du bien pour ne troubler que mieux, et sait faire baisser la garde juste au bon moment, le temps exact d'asséner le coup le plus fatal.

Lorsque pour rejoindre sa chambre il longea le salon, la lumière y était allumée, y tournait encore la télévision – et tout le reste se passa si vite qu'il n'y comprit plus rien.

Un type, grand, maladroit, dans son salon dans sa maison, Kévin – debout, réveillé, à deux heures du mat', et justement, la lumière allumée, la télévision branchée, et l'air suspicieux qu'il lui adressa en premier bientôt revêtit les couleurs de la surprise, de l'horreur, de l'incompréhension comme il appelait son nom, fort ; un deux trois quatre, sa mère qui accourt, effrayée, déboule à son tour dans la pièce et le voit le regarde l'observe l'examine, ne comprend pas – et merde, merde, merde, elle prend peur, s'exclame, recule, blêmit pâlit, le dévisage encore, le reconnaît à peine et crie s'écrie, peut-être qu'elle l'engueule peut-être qu'elle s'engueule elle-même, il ne sait pas personne ne sait mais de nouveau sa tête et son monde tournent et-

Et il a envie de voir Axel, parce qu'avec Axel c'est tellement plus facile de dire les choses, en vérité – ça lui semble, du moins, maintenant que c'est fait.


Dans la cage au milieu du salon, les hamsters d'Axel s'étaient endormis depuis longtemps.

Mais il s'en fichait un peu, à vrai dire. Allongé sur son lit, le portable en main, à ses yeux ne comptait plus rien – plus rien sinon le fait qu'il se sentait jeune, à nouveau, adolescent sûrement, la tête dans les nuages et le cœur où l'amour fait des ravages, Roxas l'image dans sa tête et Roxas le prénom affiché à l'écran du téléphone, maintenant.
Il allait lui envoyer un message et malgré ce qu'il venait de vivre, il ne pouvait s'empêcher de stresser un peu mais en même temps, il était tant, tellement, si heureux.

Ça tenait pas en beaucoup de choses, ce qu'il avait à lui dire, quand on y réfléchissait bien ; c'était même l'affaire de quelques mots, seulement, il ne pouvait s'empêcher de craindre un peu, en fait, plus pour la réponse que pour vraiment l'envoi ou la réception de ce fichu SMS. Il soupira et relut ce qu'il avait écrit, une fois, deux fois – et si Roxas l'envoyait chier, hein ? Et si, finalement, la lumière dans ses yeux, c'était que dalle, juste une chimère, un truc issu de son imagination pure ? Et si, et si, tout ce qu'il avait dit, tout ce qu'il avait fait pour lui, c'était animé par rien sinon l'envie qu'il devienne pas une fille, parce que, parce que-

Stop.

Il ferma les yeux, soupira, songea – stop. Fallait qu'il arrête, là. Peut-être que Roxas ne l'aimait pas, au sens où il se jetait pas à ses pieds en mille déclarations passionnées, c'était vrai ; mais connaissant l'énergumène, l'ayant vécu et subi des mois durant, il avait quand même conscience que le fait qu'il se soit laissé aller à ce point, en sa compagnie et juste pour lui, c'était pas rien. Il savait, ouais, il savait que le blond agissait pas comme ça avec tout le monde, et surtout il connaissait le dégoût de l'adolescent pour le travestissement et tout ce qui tournait autour ; alors, alors, au fond, s'il avait été jusqu'à se travestir lui-même, rien que pour dissuader le roux d'accomplir cette idée, eh bien...

Eh bien, peut-être que Roxas l'aimait quand même un peu, au fond, tout au fond de son cœur – et ça, franchement, là, maintenant, Axel avait plus que tout envie et même, besoin de le croire.
Alors, il cessa de réfléchir, ne relut plus même son message et l'envoya, directement, tout de suite, dans l'instant.

« Hello, Rox'... Je sais que je suis qu'un connard de travelo, mais... Tu veux sortir avec moi ? »


Kévin d'un côté, sa mère de l'autre, et incontestablement, là, Roxas était dans la merde – et ça le surprit tellement, de les voir comme ça, et il eut tellement peur, lorsqu'il réalisa, et il voulut tellement, leur parler de tout ça, qu'il ne sentit même pas son iPhone vibrer dans sa main et ressentit rapidement le besoin de, simplement, tout balancer sur la table la commode le meuble la surface plane la plus proche, histoire de pas bousiller ni son portable, ni ses clés, ni rien de ce qu'il tenait.

Ceci fait, seulement, il commença vraiment à les entendre – les hurlements. Ceux de maman.
Ceux de maman redevenue la vieille salope de mère, d'un seul coup ; ceux de maman que soudain il ne considérait même plus comme sa génitrice, du tout – et elle criait, elle criait, il lui sembla qu'elle l'empoigna par les épaules, et il ne comprenait pas, ne saisissait pas un traître mot de ce qu'elle disait, parce que c'était foireux, c'était pourri, ça avait absolument aucun sens et de toute manière qu'est-ce qu'il y pouvait, qu'est-ce qu'il-

« Je savais bien que t'étais gay ! Hurla-t-elle alors. Avoue, bordel, t'aurais dû me le dire, on aurait fait quelque chose, Roxas, est-ce que tu étais vraiment obligé de- »

A son ton, le blond n'arrivait plus même à deviner si elle était en colère ou tout simplement paniquée – mais il ne voyait plus, rien du tout, il avait remis ses mains devant son visage, comme pour se protéger, peut-être d'éventuels claques ou coups, et des yeux il n'avait plus rien à chercher maintenant, plus rien à penser dans l'esprit non plus, tout ce qu'il pouvait faire seulement c'était subir, subir, endurer et attendre, attendre que ça se finisse et que ça passe. Et Kévin, à côté, qui ne bougeait pas, les regardait seulement, perturbé peut-être abasourdi sinon dérangé choqué bouleversé ; mais en même temps, c'était logique, parce que sans aucun doute il s'était pas attendu à se retrouver, à deux heures du matin, face à son éventuel futur beau-fils travesti.

Mais Roxas paumait tous ses moyens, là. Petit à petit. Bordel. Sa mère gueulait et – bordel. Il savait pas quoi répondre, pas quoi faire, pas quoi dire pour qu'elle le laisse tranquille, simplement ; parce qu'il savait, maintenant, il savait, merde, qu'elle le croyait gay et travelo et pédé et lopette et tout ce qu'il avait un jour dit à Axel, juste parce que là il portait cette saloperie de robe de merde, mais il avait pas envie de lui en parler, pas envie de la mettre au courant, de lui causer du pourquoi du comment, de lui expliquer ce qu'il venait de faire et puis- Et puis, lui-même, ça le faisait chier, de savoir qu'il avait fait tout ça pour Axel !

Il comprenait pas. Il comprenait pas, il comprenait juste pas et il arrivait pas à s'expliquer pourquoi ; pourquoi ses mains tremblaient, soudain ? Pourquoi sa tête lui faisait mal, subitement ? Pourquoi son cœur s'était-il mis à battre aussi fort, tout à coup ?

Et puis, avant même qu'il ne s'en doute, ne s'en prévienne, ne s'y prépare, il la sentit – la claque.
Pas sur lui, toutefois.
A l'instant même où ça frappa, où le son retentit, dur et ferme et dur et douloureux, les cris s'arrêtèrent et le silence reprit sa place, doucement. Le laisser s'installer, c'était comme appliquer un coton imbibé de désinfectant sur la plaie fraîche faite en tombant ; alors, Roxas le laissa faire, même si ça picotait un peu, et il retira ses doigts, regarda observa, vit sa mère porter une main à sa joue et Kévin la dévisager l'air grave, juste avant d'attraper son poignet – avec force, mais pas violence, fermement, pas brusquement.

« Lili..., souffla-t-il, geignit-il plus qu'il ne dit vraiment. Ma chérie... S'il te plaît. Arrête de lui crier dessus. »

Abasourdie, la mère du blond ne bougea plus, n'osa plus même le regarder et détourna la tête, les yeux, l'esprit – les mèches dorées rebondirent sur ses épaules fines et, à cet instant précis, Roxas réalisa que ses joues à lui, jusqu'à son menton, sûrement son col et ses doigts aussi, étaient mouillées trempées inondées des larmes légères qu'il avait retenues, rembarrées, laissées couler face à Axel et qui, maintenant, semblait refuser pour toujours de rester enfermées.

Mais Kévin – Kévin. Kévin avait parlé, Kévin avait retenu maman, l'avait empêchée, de quoi il ne savait pas, et maintenant elle ne hurlait pas, ne l'engueulait plus, et d'un seul coup Roxas sentit la main de l'adulte doucement rencontrer son crâne, ses cheveux blonds trop longs, doucement timidement, et il eut même pas le courage, encore moins la force de simplement l'envoyer chier. De toute façon, il était même pas sûr d'en avoir vachement envie.

« Heu, ahem, écoute..., il commença alors, mais visiblement il savait pas trop comment s'y prendre, et la mère de l'adolescent parut pas trop motivée à l'aider pour autant. Bah, s'te plaît... Déjà... Je te juge pas, d'accord ? Mais... S'te plaît... Je pense que... C-Ce serait bien qu'on discute, tu crois pas ? »

Roxas ne répondit pas.
Son éventuel futur beau-père avait choisi ses mots avec soin, et bizarrement, quelque part au fond, ça lui faisait du bien, un peu. Maman, elle, s'était tue, de son côté ; et maintenant, il ne tenait plus qu'à lui d'accepter, d'être d'accord, enfin, de leur parler, de leur raconter peut-être, ou peut-être pas – rien qu'à la pensée d'évoquer Axel, de leur causer de lui, il se sentait putain de mal et putain de gêné –, mais à coup sûr, de tout régler, s'il en avait le courage. Et s'il le faisait pas, eh bien... S'il le faisait pas, il serait dans la merde, et voilà tout, parce que sa mère le penserait gay, sa mère serait persuadée qu'il s'était fait tous les quartiers infréquentables de la ville en une nuit aussi, et plus jamais rien ne serait pareil, plus jamais rien n'irait en s'améliorant et tout finirait tout droit, en plein dans le mur dur et douloureux qui leur tendait les bras.

« Je suis pas gay, fit alors le blond, aussi sèchement qu'il le put. J'veux bien d-discuter mais... J'suis pas gay... »

Sa dernière affirmation avait plus le ton d'une plainte que d'autre chose mais Kévin ne releva pas et la mère, elle avait pas dû noter – tant mieux, à part ça. Sauf qu'il savait pas trop quoi faire, maintenant, quoi ; fallait qu'il leur dise, qu'il leur explique, certes, mais par où commencer, que dire exactement, de quoi parler ? Merde à la fin ! Il savait pas, il savait pas, il avait jamais su et il sursauta lorsque Kévin l'attira jusqu'au canapé, il tressaillit lorsqu'il réalisa que putain, il avait même pas réagi s'était pas défendu s'était laissé complètement faire, comme un con, et maintenant la main du type s'était posée sur son épaule, sans qu'il remarque – putain !

Maman, de son côté, était restée à l'écart et le regardait de loin. Elle avait des putains de questions à poser, ça se lisait dans son regard et limite ça l'arrangeait, mine de rien ; alors, il releva le bleu dans le bleu d'en face et l'incita, il espéra du moins, l'incita à commencer, à parler en premier et surtout, surtout, surtout, à se démerder. A lui faciliter la vie, pour une fois, et à lui parler, qu'il puisse répondre, expliquer s'expliquer, et tout boucler, une bonne fois pour toutes...

« Qu'est-ce que tu fais habillé comme ça ? Demanda-t-elle alors, sèchement et tout de go, mais sa froideur avait quelque chose de l'inquiétude et, sans que Roxas pige trop pourquoi, ça lui fit chaud au cœur. Enfin, je veux dire... Chéri, rassure-moi, tu es bien, j'veux dire, tu es bien dans ta peau ? »

Il sursauta à cette question et ne répondit pas tout de suite – mais bordel, c'était quoi ça aussi, hein, ce ramassis de conneries, et il baissa les yeux, putain de merde, il savait pas quoi dire, et ses mains resserraient leur poing sur le tissu blanc de la jolie robe, et soudain il pensa à Axel, à ses questions, sa mère à lui, l'opération-

« Si elle dit ça, continua Kévin, un peu plus assuré qu'auparavant, c'est que, tu vois... Écoute, Roxas, on a pas trop envie que tu te sentes mal, nous. Et Lili, enfin, ta mère, j'crois qu'elle pense que... Si t'aurais préféré être une fille... »

Il n'osa pas finir sa phrase. Maman ne la reprit pas, ne poursuivit pas – cependant, Roxas comprit. Merde, c'était logique. Habillé en fille, maquillé en fille, transformé en fille, des pieds à la tête, alors forcément se posait la question ; et si lui aussi, il était pas bien dans son corps et dans sa tête ? Et si finalement, il se sentait pas assez garçon pour en rester un, et si en fait, il s'aimait pas comme ça et se préférait belle, jolie, au féminin plus qu'au masculin ?

C'était pas le cas – putain de merde, c'était pas le cas, mais en même temps, c'était tellement putain de logique que sa mère en vienne à penser ça qu'au final, il put juste trembler, trembler encore, comme un enfoiré, et ne parvint pas à répondre.

Et puis, soudain, il sentit une main contre son front, au-dessus de ses yeux fermés, puis deux doigts longs, qui tendrement le recoiffaient. Maman. A genoux – devant lui. Et les yeux bleus, les grands yeux bleus comme les siens, ouverts sur lui, pleins d'incompréhension de questions mais aussi, d'un peu d'inquiétude, et d'un gramme de tendresse ; la main de Kévin, à son épaule, appuya légèrement plus fort.

« C'est ma faute, finit par avouer maman, l'air triste, et elle regarda en bas. J'suis désolée, Roxas... C'est ma faute, si tu te sens aussi mal. K-Kév' avait raison, au final...
– C-C'est pas vrai ! »

Il s'était soudain exclamé mais bordel, il comprenait même pas pourquoi-

« Écoute, maman, écoute, s'te plaît, c'est pas ce que tu crois, j'te jure, en fait ça a rien à voir, je suis très bien en garçon, j'm'aime bien comme ça, mais c'est Axel tu vois, c'est de sa faute à ce con, parce qu'il fait jamais rien comment je veux et il m'écoute pas et pourtant il est amoureux d'moi et je savais pas comment lui faire comprendre et je savais pas quoi lui dire et j'ai trouvé que ça et... »

Il marqua une pause, histoire de reprendre son souffle, mais maman le regardait de travers, maintenant, et elle avait pas dû tout comprendre. Parce que c'était pas clair, c'était pas clair, son histoire, et ça allait prendre du temps, bordel, beaucoup trop de temps pour tout raconter, parce que ça remontait à beaucoup trop loin et il savait pas, genre pas du tout par où commencer, il en était dans une impasse un putain de cul-de-sac et merde, ça le faisait chier, que dire que faire que dire que faire là ?

Son cœur battait de toutes ses forces dans sa poitrine mais avant même qu'il n'ait réalisé ce qu'il faisait, il parlait, causait, débitait, mot sur parole et parole sur mot, ses phrases s'enchaînant aussi vite qu'elles le pouvaient ; et il racontait, enfin, il essayait, reprenait chaque point au début, et refusait de manquer quoi que ce soit mais se trompait, recommençait sans cesse, y arrivait, parlait et parlait encore – sans arrêt. Maman écoutait, toutefois, Kévin écoutait, lui aussi, et bordel, ça faisait du bien de voir qu'ils n'interrompaient pas, qu'ils faisaient attention seulement, et que petit à petit ils comprenaient – Roxas espérait – ils saisissaient les enjeux de ce qu'il avait juste fait, là, et ils tentaient, visiblement, ils tentaient de tout piger et de se mettre dans sa tête pour rien louper ; ça lui faisait plaisir, merde.

Lui qui parlait jamais, lui qui causait jamais, avait jamais papoté avec sa mère, et encore moins avec son abruti de copain, ne les trouvait soudain plus si abrutis que ça ; parce qu'ils écoutaient, parce qu'ils étaient là. Et que ça faisait du bien. Et que c'était ce qu'il fallait, et qu'il n'avait besoin de rien d'autre, là. La main que maman avait gentiment glissée dans la sienne le rassurait et l'encourageait, à toujours raconter plus loin – la paume de Kévin contre son épaule le calmait, le rassérénait et enrayait les pleurs lorsqu'ils essayaient de traverser sa gorge, de s'écouler partout et de tout foutre en l'air, tout.

Et puis, soudain, il arriva à la fin – il eut expliqué, dit, raconté, tout ce qu'il avait à détailler. Axel, sa rencontre avec Axel, ce qu'il s'était passé après, leurs engueulades perpétuelles, le dégoût qui ne le repoussait plus autant qu'auparavant, et cette foutue, foutue histoire d'opération qui lui prenait la tête, les refus les disputes encore, jusqu'à finalement son idée, sa décision, cette nuit-même et leur discussion, pour finir par l'abandon, l'oubli total de l'opération et la promesse que ça irait bien, que ça irait mieux, enfin.

Lorsqu'il se tut, toutefois, maman ne trouva rien à dire. Elle paraissait... Choquée, abasourdie, mais compréhensive, quoiqu'un peu agressive, et sûrement qu'elle ne savait pas trop quoi penser ; heureusement, une fois de plus, Kévin prit la parole, et même si c'était une sacrée merde avec les mots, fallait avouer qu'il savait quand même s'y prendre, dans certains cas.

« Écoute, Roxas..., tenta-t-il alors, un peu gêné. Je... »

Maladroitement, il glissa sa main de son épaule à son crâne et perdit ses doigts dans la chevelure blonde. Roxas ne releva pas – il n'avait pas le cœur à ça, de toute façon. L'attente d'une réponse digne de ce nom le serrait fort dans la poitrine et il stressait, fallait dire – il stressait, parce qu'il savait pas, il avait pas la moindre idée de ce qu'il allait se prendre dans la gueule, là.

« Je pense que c'est pas un problème, lâcha finalement le copain de maman, tout d'une traite. Je veux dire, hm, cet Axel, tu... Tu l'aimes bien, non ? »

Sur le coup, le blond ne sut juste pas quoi dire – s'il aimait bien Axel ? S'il l'aimait bien ? S'il l'aim-

« Si c'est un ami cher, j'pense que... Que t'as bien fait. »

Il sursauta – c'était maman qui venait de parler, là. D'un mouvement rapide, il se tourna vers elle, et remarqua qu'elle essayait de lui sourire, doucement ; et il comprit pas trop pourquoi, mais ça lui fit plaisir, quelque part, un peu, ça le toucha. Kévin, de son côté, descendit la main jusque dans son dos et lui administra une petite, légère, gentille tape amicale, qui dessina aussitôt l'ébauche d'un sourire sur les lèvres du garçon.

« Après tout, j'voudrais pas non plus que..., reprit alors sa mère. Que tu fasses ça, quoi... Et j'serais bien reconnaissante au pote qui t'en empêcherait et... Et personne devrait faire ce genre d'opération, enfin, pas pour les raisons qu'il a ce mec, alors... T'as bien fait, Roxas. Et... »

Elle s'arrêta en pleine phrase, mais Roxas ne remarqua pas ses yeux capter ceux de son petit ami, s'y perdre, y chercher de l'aide, l'y demander l'y trouver.

« Et si jamais il y a plus que ça entre Axel et toi, c'est pas un problème non plus, d'accord ? »

La voix de Kévin s'était faite plus calme, plus assurée, plus rassurée et plus rassurante ; le cœur du blond manqua un battement. Plus que ça entre Axel et lui – plus que quoi, exactement ? Que de l'amitié forte, comme avait dit sa mère ? Si c'était plus qu'un ami cher ? S'il l'aimait plus que bien ? S'il l'aimait plus que bien, hein ? Le nœud dans sa poitrine, prolongé jusqu'au bas de sa gorge, s'était desserré peu auparavant mais reprenait de sa force et de sa douleur, maintenant ; parce qu'il savait pas, enfin, il savait pas, ce qu'il ressentait pour Axel, lui, il était complètement à la ramasse de toute façon et il savait rien, il savait juste qu'il le voulait pas en fille parce qu'en garçon ça allait très bien – et c'était tout, bordel !

Et puis, soudain, il réfléchit – à ce qu'avait dit maman, à ce qu'elle venait de balancer. Et il réalisa. Il comprit. D'un seul coup, comme ça. « C'est pas un problème » ; ouais, c'était ça, c'était pas un problème. Qu'il aime bien Axel, qu'il ne l'aime pas, qu'il le déteste ou qu'il l'adore, ça regardait que lui et puis, et puis, c'était pas un problème – garçon ou fille, de toute façon, ça changeait rien, et il était mieux tel qu'il était, point barre retour à la ligne, ce genre-là lui allait bien, il avait pas besoin d'autre chose, et si Roxas l'aimait bien eh bien ce serait comme ça qu'il l'apprécierait, pas autrement. Et ce, peu importe le niveau d'affection qu'il lui portait réellement.

Sitôt qu'il eut cette pensée en tête, ça alla mieux, bizarrement.

Et il se croyait plus là, d'un seul coup, il avait l'impression d'être loin et de suivre la scène en différé ; mais ça allait mieux, ça irait encore mieux, et maman essuya quelques larmes qu'il n'avait pas senties couler contre sa joue, maman l'enlaça doucement et tendrement, maman lui murmura à l'oreille quelques mots qu'il ne comprit pas mais qui lui firent du bien – maman lui fit savoir qu'elle était là, pour une fois. Kévin, quant à lui, restait sur le côté, mais au fond, ça suffisait, on avait pas besoin de lui plus que ça ; et Roxas était content, là. Genre, vraiment content. Heureux. Satisfait. La tension retombait, un peu d'eau salée trempait ses joues qui avaient décidément souffert, cette soirée, maman qu'il n'avait pas vue partir revint bientôt armée de démaquillant et Kévin lui prit la main, et d'un seul coup il remarqua réalisa comprit ces deux-là tout autour de lui, centrés sur lui, rien que pour lui ; wow.
Maman et son petit copain s'occupaient de lui comme s'ils avaient été ses vrais parents et bordel, ce que ça pouvait faire du bien.

« Par contre, sors plus jamais aussi tard dans la nuit, hein..., recommanda soudain maman, l'air sérieux, comme elle promenait sur son visage un coton imbibé de lotion rose pâle. Ça m'a un peu inquiétée de te voir revenir comme ça, j'dois dire. »

Sur le coup, automatiquement, il s'attendit à se faire engueuler ; il n'en fut rien. Bien au contraire. Avant même qu'il ne pige le quart de ce qu'il se passait, les boucles blondes de sa mère se balançaient le long de ses tempes au rythme de son rire léger, soulagé, et elle avait déposé sur son front un tendre baiser – abasourdi, complètement hors-sujet même, il sut pas quoi dire et resta comme un abruti, la bouche entrouverte, jusqu'à ce qu'elle reprenne la parole, et il se sentit con.

« Allez, mon chéri, souffla-t-elle, va te changer, maintenant. »

La douceur et l'affection qu'il perçut dans sa voix le firent sursauter, tressaillir, un peu trembler.

« Après ça, tu veux venir regarder un peu la télé avec nous, Roxas ? Proposa alors Kévin.
– Heu... Non merci, ça ira... »

Il avait un peu la tête ailleurs et ressentait comme un étrange besoin de rester à l'écart, ce soir-là ; fort heureusement, sa mère et son petit copain plus si débile que ça ne lui en tinrent pas rigueur. Ça le rassura. Plus que ça, même : ça lui fit plaisir. Le rendit heureux. Le poussa à sourire, à rigoler – à se sentir apprécié, choyé peut-être, et avec de la chance, éventuellement aimé.

Et quand sa mère l'enlaça une nouvelle fois, il ne put s'empêcher de se dire qu'au fond, c'était peut-être quand même ça – il était peut-être quand même aimé. Au fond de lui, mine de rien, il l'espérait, un peu.

« Maman t'aime très fort, mon chéri. »

Quoi ?
Moyennement content, sa fierté d'antan d'un seul coup retrouvée, il se dégagea rapidement de l'étreinte de sa mère et la dévisagea une minute ; il rêvait, là, où bien elle venait vraiment de lui parler comme à un bébé ? Comme à un putain de petit bébé de merde, faible et fragile, un truc tout juste bon à se faire écraser ? Putain, qu'il avait été con, sur ce coup-là, mais c'était pas possible, merde – il sentait ses joues brûler, là, le cramer comme jamais, et bordel de merde, il savait pas si c'était la robe, mais il avait vraiment agi comme une saloperie de nana trop frêle et trop émotionnellement fragile, là... Putain, il se détestait, pour ça.

Il pesta et grogna à sa mère qu'elle avait plus jamais de sa vie à l'appeler comme ça, et s'éclipsa rapidement dans sa chambre, sans pour autant réussir à éviter d'entendre les rires dans son dos – mais finalement, il put pas s'empêcher de se dire, peut-être que c'était pas si grave que ça...

Lorsqu'il s'affala sur son lit, en tout cas, ayant attrapé au passage son iPhone et ses clés sur le petit meuble, il lâcha tout ce qu'il tenait et laissa ses mains, ses doigts se perdre entre les draps doux, agréables. Ça lui arracha un sourire ; merde, ça faisait du bien, quoi. Il avait un peu mal à la tête, après tout ce bordel, et il savait plus vraiment où il en était, mais il était sûr et certain de deux choses : la première, c'était qu'Axel n'allait pas devenir une fille, et la seconde, c'était que sa mère et Kévin ne lui en voulaient pas, ne lui en voudraient pas, quoiqu'il ait fait et quoiqu'il fasse.

Et pour le moment, sincèrement, ça suffisait. Quant au reste – Axel, ce qu'il pensait de lui, Axel encore, ce qu'il adviendrait de leur relation, et puis Vani, vaguement, peut-être, s'il en trouvait le temps -, il y réfléchirait demain, simplement.

Assez d'émotions pour la soirée – et au moment même où il prit cette sage décision, il décida d'écouter un peu de musique avant de s'endormir. Il se leva, donc, retira sa robe, la jeta au sol dans la ferme intention de ne plus jamais la remettre, puis il enfila son pyjama ; et, enfin, il rejoignit son lit, s'y glissa, se pelotonna entre les draps tièdes, et attrapa son téléphone d'un côté, de l'autre son casque qu'il avait non loin de là laissé traîner.
A l'instant où il alluma l'écran de son iPhone, il remarqua qu'il avait reçu un SMS d'Axel et, il ne saurait jamais trop pourquoi, décida de le lire.


Et voilà, c'est tout pour le moment o/

A la prochaine donc, pour connaître la réaction de Roxas à la lecture de ce SMS si particulier... *bam* J'espère que ça vous a plus, en tout cas ! =) Sinon, pour la petite info des deux minutes de la fin, j'ai commandé les quelques exemplaires (édition numérotée *ok je sors*) de la version imprimée de ce livre que j'avais prévu de, bah, commander et, si tout se passe bien, je devrais les recevoir... Le 13 août 8D

Je mettrai donc, normalement, les photos du bouquin en même temps que je posterai l'épilogue (mais ceux qui me connaissent savent que je ne tiens jamais mes plans, alors... *bam*)

A la prochaine, j'espère ! x3