Comme convenu, le lendemain, Charles déposa Jane en bas de mon immeuble. C'est avec un pincement au cœur que je rendis mes clés, et pris la direction de Longbourn.
Heureuse de rentrer à la maison Lizzie ?
hmmm
Elle fut largement refroidit par ma réponse, elle me scruta d'un regard inquiet et me lança :
Tu es bizarre Lizzie … Tout va bien ?
Je ne sais pas Jane … Je ne suis plus sûre de rien !
Ma voix tremblait légèrement, et je fis tout mon possible pour retenir mes larmes.
Lizzie, qu'est ce qui se passe ? me dit- elle tendrement. Elle me caressa délicatement la main, m'incitant ainsi à continuer mon récit.
Lady Catherine est passée me voir hier soir.
La femme de l'aéroport ?
Oui … Elle a voulu connaître les détails de ma relation avec Will... Mais je t'avouerai que moi-même je ne saurais définir la nature de notre relation. Entre mes examens et le déménagement nous ne sommes plus vus depuis son retour de Paris … Je suis quoi pour lui ?
Il est timide Lizzie ! Tu t'attendais à quoi ? Une déclaration enflammée par sms : je te kiffe grave t'es trop bonne ?
Jane je suis sérieuse !
Laisse-lui un peu de temps
Du temps pour quoi ?
Ma voix trembla, et des larmes coulèrent doucement le long de ma joue. Je détournai le regard pour éviter celui de Jane. Je puisais dans mes dernières forces et d'un seul souffle lui dit :
Il est fiancé Jane. Il est fiancé à la fille de Lady Catherine.
Elle n'ajouta rien de plus, me serra fermement la main et me dit :
Ça va aller Lizzie, je suis là. Je me charge de tout.
Jane ? Non, ça va ne t'en fais pas. Je lui parlerai en arrivant !
Laisse moi, tu n'es pas toujours obligée de tout faire toute seule. Je me charge de Will et du volant. Repose toi, papa et maman se feront un sang d'encre s'ils te voient dans cet état.
J'obéis docilement, le visage plein de larme et de reconnaissance. Je n'avais jamais vu ma sœur ainsi, sure d'elle, forte et déterminé. Elle avait toujours été une figure féminine, douce et fragile à mes yeux … Je n'aurais jamais cru qu'un jour viendrait où ce serait moi qui devrais compter sur elle.
Dors me dit-elle.
Merci Jane !
Jane me laissa dormir pendant tout le trajet en voiture, et ne me réveilla que lorsque nous fûmes arrivées à destination.
Notre maison était une simple maison de campagne, une maison en granit, pierres apparentes, les volets bleus. Une petite bâtisse perchée sur la falaise au bord de la mer. Depuis toujours, Jane disait qu'elle se marierait ici juste au bout du jardin, avec vue sur la mer. J'aurai voulu que ce jour ne vienne pas aussi vite.
A la vue de notre maison, une bouffée de bonheur me pris. Plus rien ne me rendit plus heureuse que les jacassements de ma mère et le sourire amusé de mon père.
Depuis toujours cette union relevait d'un mystère voir d'un miracle pour moi. Je me souviens encore de ma mère qui criait et nous courait après pendant que mon père se cachait derrière son journal et ses boules quièces. Rien n'allait pour ma mère, et n'importe quoi ferait l'affaire pour mon père … Pourvu que tout se déroule dans le silence.
Ils nous embrassèrent chaleureusement et dès le seuil de la porte ma mère se mit à caqueter dans tous les sens, et le mariage par ci, le plan de table par là, Elizabeth tient toi droite, Ne mange pas ça tu vas grossir, etc. Jane passa discrètement un coup de fil à Charles afin de s'assurer que son cher et tendre était toujours en vie.
A son plus grand bonheur, Il ne tarda pas à arriver. Ma mère en véritable « présidente du Fan club de Charles Bingley », se jeta sur lui et le complimenta à n'en plus finir. Cela me fit sourire, son comportement avec Charles me rappelait étrangement celui de Caroline avec Darcy. Charles répondit poliment, mais ne su comment réagir face à ce flot de paroles. Ma sœur mon père et moi, échangions des regards complices, décidément amusés par cette situation.
File à l'aide de ton bien aimé Jane ! Si maman continue comme ça il est fort probable qu'il décide d'annuler le mariage !
Ma sœur offusquée par ma remarque, mais tout de même inquiète par cette éventualité se lança à la rescousse de son futur époux ! Caroline, clairement perturbée par cette agitation osa à peine sortir de la voiture.
Charles présenta tout de même Caroline à mes parents : ma mère la scruta de la tête au pied et dit gaiement : « il semble que ton époux ait hérité de tous les bons gènes de la famille Jane ! »
Caroline rouge de honte, ne dit plus rien, pendant que tous nous tentions de réprimer notre fou rire.
Qui est ce charmant jeune homme ? lança mon père en regardant Darcy
FitzWilliam Darcy, le témoin et le meilleur ami de Charles papa. Dis-je précipitamment
Darcy fronça les sourcils, puis se tourna vers mon père afin de le saluer.
Enchanté de faire votre connaissance M. Bennet. Et voici ma sœur Georgiana.
Georgie je ne savais pas que tu venais aussi ! Ca me fait tellement plaisir de te revoir !
Bonjour Lizzie. Bonjour M. Bennet. Dit timidement Georgiana
J'espère que notre présence ne vous importunera pas M. Bennet. Dis Darcy le sourire aux lèvres
Nullement M. Darcy ! Puis je vous appeler William ?
Oui bien sûr, je vous en prie.
Après la fin des mondanités, tout ce petit monde se retrouva dans le salon. Pour une petite tasse de thé. Je me mis sur l'accoudoir du fauteuil de mon père. Ma mère bavassait sur les préparatifs pendant que Charles et Jane l'écoutaient poliment, Georgie regardait ma mère d'un air amusé pendant que mon père me racontait ses dernières péripéties à la pêche. Caroline subjuguée par Darcy ne le lâcha pas du regard. Darcy lui me regardait fixement, comme si sa vie en dépendait. A tel point que mon père me lança :
A en croire son regard il semble que ce M. Darcy ait des choses à te dire.
Je ne pense pas papa, nous ne nous connaissons guère. Je ne vois pas ce qu'il aurait à me dire. Georgie, tu vas dormir avec moi. On file chercher tes valises ?
Georgiana acquiesça et me suivit docilement. Sincèrement heureuse de la retrouver je lançai la conversation:
Je ne savais pas que tu venais ! Ca me fait tellement plaisir de te voir ici ! J'espère que ça ne te dérange pas de partager ta chambre avec moi ... La maison n'est pas très grande. Jane dormira avec Caroline et Charles et Darcy se partageront la chambre d'ami.
Pitié ne me laisse pas dormir avec Caroline! J'ai déjà eu ma dose pendant le trajet …
J'accède à ta requête ! Alors pourquoi ne m'as-tu pas dit que tu venais petite cachotière ?
Mon frère n'a pas voulu me laisser seule à Pemberley, alors Charles et Jane ont insisté pour que je vienne. Tout s'est décidé très vite, alors nous n'avons pu prévenir qui que ce soit. J'espère que ma venue ne dérange personne !
Bien sur que non, nous sommes ravis de t'accueillir chez nous !
Georgie et moi attrapions nos bagages et montâmes dans ma chambre.
C'est ta chambre ?
Oui, pourquoi ?
Elle est rose ! On dirait la chambre de Caroline !
Je ris de bon cœur et lui dit
Oui ma chambre de petite fille, la couleur des murs n'a pas changé depuis ma naissance. Etant donné mes habitudes de garçon manqué, ce fut le seul moyen de ma mère de me rappeler ma condition féminine.
Elle sourit et s'installa timidement sur le lit.
Darcy se présenta bientôt à notre porte et dit gentiment à sa sœur :
Georgie pourrais tu nous laissais seul cinq minutes s'il te plaît.
Oui bien sur Will, amusez vous bien dit-elle d'un ton espiègle, elle s'en alla et pris soin de fermer la porte derrière elle.
Will s'approcha lentement vers moi et d'un air contrarié et me lança
Est-ce une façon de me présenter à tes parents ? Je suis ne suis donc que le « meilleur ami et le témoin de Charles » ? Mademoiselle Bennet serait-elle donc timide ? Dit-il amusé.
Je levai mes yeux vers lui et le fusillai du regard.
Oui c'est tout ce que vous êtes M. Darcy et tout ce que vous ne serez jamais
Désarçonné par ma réponse, il ne su quoi répondre
Vous êtes ici pour soutenir Jane et Charles, aussi, durant votre séjour à Longbourn, leur mariage sera notre seul sujet de conversation. Veuillez ne pas me déranger si cela n'est pas nécessaire.
Will m'attrapa le poignet fermement, m'obligeant ainsi à me tourner vers lui
Avez –vous déjà pensé à vous faire soigner du syndrome de bipolarité dont vous souffrez Miss Bennet ? Je ne comprends pas… Lizzie je suis fatigué ! Je suis fatiguée de ton comportement, de tes remarques et de tes sarcasmes ! Tu as des choses à me reprocher, exprime toi ! Je ne pensais pas que tu étais une lâche qui refuserait tout conflit, affrontement et explication pour se protéger derrière un mur d'ironie et d'indifférence ! Est ce qu'un autre Wickham serait venu ternir mon image ? Tu as si peu confiance en moi …
Sa réaction fut si soudaine et si violente que j'en fus terrassée. Mes jambes tremblaient et des larmes de dépit coulèrent de mes yeux … Piquée au vif, et blessée dans mon égo, je ne voulu en entendre d'avantage et tentai de dégager ma main pour m'en aller.
Darcy lâcha ma main et souffla
Tout est si compliqué avec toi Lizzie …
Jane et Charles ameutées par le bruit, débaroulèrent dans la chambre. Jane me trouva tremblante et au bord des larmes. Elle attrapa Darcy et lui dit sèchement :
Toi tu viens avec moi.
Il fut si surpris de la voir si sèche et si sévère qu'il la suivit docilement comme un petit garçon houspillé par sa maman.
Charles s'occupa de moi, il me chercha une tasse de thé et s'enquit de mon état.
Ça va Lizzie ?
Oui ne t'en fais pas …
Qu'est ce qui s'est passé ? Tout va trop vitre entre vous pour moi, j'en étais encore à l'épisode ou « tout allait bien dans le meilleur des mondes »…
Charles, je suis désole je n'ai pas envie d'en parler, maintenant, plus tard… Je veux rester seule.
