Hello, tout le monde ! =)
Ici Momo (comme d'habitude, note xD) avec, eh bah... Le quarantième chapitre de la fanfic, déjà... J'ai pas des masses de choses à dire, en fait, à ce sujet. Merci à Darling Sue pour son commentaire anonyme, au passage, et puis... Je dédie ce chapitre à Blackparadize, pour une raison toute particulière que j'expliquerai à la fin o/ *bam*
En espérant que vous apprécierez, hm :3
Chapitre 40 : Il paraît que les propositions ont toutes du bon
« Hello, Rox'... Je sais que je suis qu'un connard de travelo, mais... Tu veux sortir avec moi ? »
A l'instant même où le blond adolescent lut ces mots-là, ces mots précisément, devant lui, sur l'écran de son iPhone, il sentit son cœur s'arrêter de battre et ses joues s'enflammer – comme ça, d'un seul coup. Avec autant de force et de spontanéité que s'il s'était pris un énorme coup de maillet en pleine gueule. Quoi ? Mais bordel, quoi ? C'était quoi, ça, exactement ? Sans comprendre, sans piger quoi que ce soit, sans même lire vraiment le message sur son téléphone, il laissa ses yeux voleter de haut en bas, de bas en haut, et survoler les phrases, les mots, les lettres sans parvenir à les associer, à leur donner un sens véritable – mais quoi, quoi, quoi, à la fin ? Mais... Il lut, relut, tenta d'assimiler, d'enregistrer, de ne pas oublier ni effacer – mais... Il rêvait, là, non, il cauchemardait, enfin, il était ailleurs, ou bien Axel, cette espèce d'enfoiré de travelo d'Axel, venait-il vraiment réellement sincèrement de lui demander de sortir avec lui ?
Un nouveau regard pour l'écran de son portable lui apprit qu'il ne rêvait ne cauchemardait pas, mais que c'était bien la putain de réalité, là, et sur le coup, il sut pas quoi faire, pas que répondre, pas comment réagir ni même qu'en penser. C'est alors qu'il réalisa, d'un seul coup, comme ça – sans s'en rendre compte, il s'était mis à trembler.
Merde, quoi. Merde, merde et re-merde ; okay, d'accord, c'était vrai, il savait qu'Axel l'aimait, ça datait pas d'hier, quoique presque, mais quand même, il s'y était un peu fait, mais là, mais là, le lui demander aussi directement, non, qu'il lui fasse quasiment une déclaration en bonne et due forme, c'était, c'était... Comme il savait pas quoi faire, il passa ses deux bras, l'iPhone avec, sous son coussin et y enfouit, y cacha son visage – c'était trop pour lui, décidément. Il savait pas quoi faire, il savait pas quoi dire, il savait pas quoi répondre à un truc pareil ; parce qu'il pouvait pas dire oui, décidément, il pouvait pas accepter, mais s'il disait non, s'il refusait, Axel serait triste et-
Et voilà qu'il se retrouvait à regarder son écran, encore une fois, à relire le message, encore une fois, et à rougir comme un idiot, encore une fois, lorsque soudain il remarqua un détail qui lui avait échappé jusque là – l'heure. La date et l'heure de l'envoi, affichées tout en haut. Il tressaillit ; bordel ! Cet imbécile, cet enfoiré de rouquin lui avait envoyé ça plus de cinquante minutes auparavant, merde, quoi ! Pris d'un vague de panique, il sentit sa respiration s'accélérer, son souffle se couper vaguement, par moments – eh merde, eh merde, il devait répondre, là, et vite, ne pas le laisser dans l'expectative, lui renvoyer trois mots, n'importe quoi, le plus vite possible, mais merde, mais merde, mais quoi ?
Oui, non, oui, non, oui, non ; sortir avec Axel, il le voulait ou pas ? Ça l'intéressait ou pas ? Il en avait envie ou pas ? Il savait pas. Putain. Il savait juste pas. Et ses doigts tremblotaient au fur et à mesure qu'il tapait difficilement quelques lettres, presqu'au hasard sur son écran – et puis, finalement, il parvint à quelque chose mais ne sut pas si, sur le coup, c'était vraiment une bonne chose, que d'avoir écrit ça.
Il avait marqué qu'il savait pas – simplement. « Je sais pas. » Et pas d'emmerdes, après ça, pour sûr ; le travelo, en recevant ça, saurait pas non plus qu'en penser, et avec un peu de chance, il se tairait, et si ça se trouve il dormait déjà, de toute façon, et il ne lui répondrait pas, il se tairait seulement, ça irait bien, et Roxas ne prenait aucun risque, de toute façon, hein ? Ouais. Sûrement. En balançant qu'il savait pas il criait que peut-être mais personne ne pouvait prouver qu'il s'engageait à quoi que ce soit, en attendant.
« Je sais pas... »
Le message qu'il avait sans trop le vouloir réellement décoré de points de suspension s'échappa sitôt qu'il appuya sur le bouton d'envoi, et sans aucun doute fila-t-il aussitôt en direction de l'appartement d'Axel – mais à ce moment-là, ça n'avait déjà plus trop d'importance. Le seul fait d'avoir réussi à répondre rassurait Roxas, quelque part, lui rappelait que c'était bon, que ça allait, qu'il pouvait parler au rouquin sans pour autant s'engager à quoi que ce soit ; alors, dans son lit, doucement, il esquissa un sourire, et se blottit entre les draps confortables, son portable toujours en main. Son cœur, dans sa poitrine, battait toujours, un peu moins vite, un peu moins fort, et bien vite il sentit son propre souffle ralentir, s'assagir comme son esprit glissait vers l'ailleurs, au loin dans un autre monde qu'on appelait généralement celui des rêves – manque de bol, son putain d'iPhone le réveilla, le fit sursauter, tressaillit, reculer, s'asseoir, et bousilla tous les efforts qu'il avait faits pour rester jusqu'alors un peu calme.
L'écran de l'appareil annonçait un nouveau message d'une certaine personne, d'un certain garçon dont il s'efforçait, sans savoir pourquoi, de ne pas trop prononcer le nom – et bordel, il avait répondu vite, mais putain, s'il avait répondu si vite, au fond, peut-être que, enfin, c'était parce que... Le blond fronça les sourcils, sans oser trop le penser vraiment ; et puis, en même temps, il pouvait pas s'empêcher de penser, de songer, de soupçonner, d'espérer, de souhaiter que, si Axel lui avait répondu aussi rapidement, c'était parce qu'il était resté éveillé tout du long et qu'il avait attendu un message de lui, jusqu'à maintenant. Parce qu'au fond, il s'était tant inquiété de connaître sa réponse, et il avait tellement peur de se prendre encore des insultes dans la gueule que ça l'avait empêché de dormir – et d'accord, c'était débile, et égoïste, comme réflexion, mais quelque part, ça lui faisait du bien de se dire que peut-être-
Une douce chaleur s'installa timidement dans sa poitrine, alors : que peut-être, Axel tenait à lui. L'appréciait vraiment, autant qu'il le disait. Le chérissait, même. L'adorait. L'aimait d'un amour fou qui le brûlait jusqu'à l'intérieur, comme le disaient si souvent les films et les romans – Roxas, au fond, s'en sentait un peu fier, et un peu embarrassé à la fois. Alors, histoire de faire disparaître en vitesse ce dernier sentiment, il ouvrit le message à l'écran et le lut, tout de suite.
« S'il te plaît ? »
D'un seul coup, ses joues reprirent la couleur de pêche qu'elles avaient à peine quittée et il n'enfouit que plus encore son visage entre ses couvertures. C'était quoi cette blague, sérieux ? Il savait pas s'il rougissait de colère, de honte, de haine ou d'autre chose d'ailleurs, mais en tout cas il rougissait et, pour le gêner à ce point, ce sale rouquin méritait une fois de plus d'être appelé connard ; cependant, cette fois-ci, il ne parvint pas à l'insulter, même en l'esprit. Et merde, c'était bizarre, ça – c'était pas un truc dont il avait l'habitude, et il cligna rapidement des yeux comme pour oublier le SMS, mais lorsqu'il les rouvrit le texte était encore là et putain, il savait pas quoi répondre.
Sortir avec Axel, hein... Il frémit, rien qu'à l'idée. Bordel, ça voulait dire quoi, sortir avec quelqu'un, déjà ? Les yeux mi-clos, la vue inutile et obstruée de toute façon par les trop longues mèches de ses cheveux blonds, il tenta de se remémorer ce qu'en disaient les autres, genre, ceux qui avait déjà eu un mec ou une nana, comme on disait ; mais en dehors de Vani, il causait pas à des masses de gens, et son meilleur pote n'avait jamais eu personne, lui, ou du moins, il lui en avait pas parlé, et... Et il pouvait se baser que sur lui-même, quoi. Sur lui-même, ses hypothèses personnelles, sa mère aussi, un peu, mais mieux valait pas, et puis la télévision, les films d'action, les rares bouquins qu'il avait ouverts dans sa vie, les histoires pour gamins, et c'était à peu près tout.
Sortir avec quelqu'un, donc. Quand on lui disait ça, il voyait, un peu embarrassé, une fille et un mec, main dans la main ; et après, fallait discuter, se parler quoi, être ensemble, souvent si ce n'est tout le temps, être gentil, être tendre, enlacer, embrasser, apprécier, aimer simplement – mais merde, quoi ! L'image mentale seule, la vision de lui-même et d'Axel, faire tout ça, essayer du moins, suffisait à le faire rougir jusqu'aux oreilles et... Putain, il en était pas capable, quoi. Il pouvait juste pas, là. Réussir à se comporter comme ça, avec Axel en plus, avec cet enfoiré de travelo – parce qu'il allait rester un travelo, sûrement, il allait pas changer ça, et bizarrement, le blond peinait un peu à lui en vouloir, mais il remit la faute sur le dos de sa fatigue grandissante – ; juste, sortir avec lui. Il en avait et n'en aurait ni le courage, ni la force, jamais.
Il frémit de nouveau, cependant, rien qu'à en envisager l'idée – mais putain, c'était pas le genre de frissons désagréables, ceux qui témoignent d'un impossible et intenable froid-dans-le-dos, et le principe même de se sentir presque bien en lisant, relisant et rerelisant cette proposition l'effraya tant qu'il balança son iPhone entre ses coussins ; il lui fallut bien deux, trois minutes pour se calmer. Et puis, seulement, ça alla mieux – un peu. Il soupira. Merde. Il voulait pas accepter, enfin, il croyait, et en même temps, quelque part, ça lui faisait un peu – tellement – plaisir, mais bordel, ils étaient deux mecs, et il était pas gay, enfin, il lui semblait bien, et puis, et puis, et puis, hors de question qu'il fasse juste la meuf de remplacement !
Il secoua violemment la tête, comme pour se sortir de l'esprit cette sale pensée de merde, mais il savait pas quoi répondre, en attendait, pas quoi lui dire, à Axel, et il avait juste envie de lui balancer le premier truc qui lui passerait par la tête, mais il avait peur de faire une connerie, et même en supposant que peut-être, éventuellement, sous conditions, et encore, il finisse par accepter- Non, non, non, il ne voulait pas, merde, qu'on le prenne pour une fille juste parce qu'il sortait avec un gars plus grand que lui.
« Je veux pas faire la fille. »
Putain, il était con. Il avait envoyé ça ; ouais, genre, ça, pour de vrai. Et ça sous-entendait qu'il voulait bien, et ça sous-entendait aussi qu'il voulait pas, mais de toute manière Axel pouvait rien contre ça et... Bordel, il était perdu, là. Complètement paumé, il savait plus où il en était. Et le message qui était parti, et son téléphone qui sûrement bientôt peut-être avec un peu de chance vibrerait à nouveau, et le rouquin qui possédait maintenant le ballon, dans son camp à lui, qui en ferait au final ce qu'il voudrait ; à l'instant même où son iPhone revint à la vie, il s'assit d'un bond, apeuré, et l'amena à hauteur de ses yeux.
Il y remarqua que le travelo l'appelait et hésita à décrocher – mais c'était plus fort que lui, soudain, fallait qu'il sache, ce qu'il avait à lui dire, et qu'il lui parle, aussi. Pas très rassuré, il accepta l'appel mais ne parla pas, jusqu'à ce qu'enfin il entende la voix du rouquin résonner dans le combiné.
« R-Roxas ? Bégaya-t-il à l'autre bout du fil, et même les grésillements de l'appareil ne purent dissimuler son étonnement. C'est quoi cette histoire de fille, exactement ?
– B-Bah, on est deux mecs, bredouilla le blond, alors, heu... Alors, il en faut bien un pour faire comme la fille dans un vrai couple, quoi !
– Heu... Tu en as beaucoup, des préjugés comme ça ? »
Gêné, il se sentit rougir et bénit le ciel qu'Axel ne soit pas à ses côtés, en cet instant même. Et puis, de toute manière, cet abruti n'avait qu'à être content qu'il envisage déjà la possibilité d'accepter sa proposition, au lieu de se foutre de sa gueule, hein ! Sérieux, ça le faisait chier, ça – il essayait d'être sympa, alors qu'il flippait, qu'il pigeait pas, il tentait de faire un effort, et ce connard arrivait encore à lui téléphoner sans rien comprendre, comme pour l'embrouiller encore plus.
Force était de reconnaître, toutefois, qu'après les émotions de la soirée, si fortes et si dérangeantes parfois, le simple fait d'entendre la voix du roux, douce et rassurante, lui faisait un bien juste pas possible. Il était fâché, d'accord, bouleversé, okay, vachement paumé, toujours vrai, mais en un rien de temps, ça s'effaça, ça alla mieux, et il comprit pas trop pourquoi, d'ailleurs.
« T'en fais pas, reprit soudain l'autre, le ton assuré, presque blasé, personne fera la fille... Ou en tout cas, surtout pas toi. »
A l'autre bout du fil, il rigola – dans sa chambre, Roxas ne put s'empêcher de faire de même. Il sut jamais pourquoi, pour quelle raison ; mais il saurait jamais, sûrement, et pour une fois, il laissa tomber la question, l'oublia. L'abandonna. L'effaça. Et Axel, de son côté, repartait doucement sur d'autres sujets, vers d'autres conversations, des choses plus agréables, pas forcément plus intéressantes, qui rimaient pas toujours à quelque chose – lançant un gag de temps en temps, il le faisait rire, soudain un rapide compliment, le faisait rougir, lui disait hé, j'suis content, le faisait sourire, et ça allait mieux. Tout allait tellement, tellement mieux, maintenant ; et, au fond de lui, le blond ne put s'empêcher de songer que, si là, Axel le lui demandait, encore une fois – dis voir, tu veux sortir avec moi ? –, eh bien...
Il dirait oui.
« Hé, Roxas ?
– O-Oui ? »
Le travesti avait balancé ça à l'instant même où l'adolescent avait eu la pire des pensées, et son cœur venait de louper un battement, là.
« Mon portable a quasiment plus de batterie, en fait. »
Il retint difficilement un long, long soupir de soulagement – ou bien, de découragement ?
« Alors, bon... J'en profite pour te le dire, avant de raccrocher... Je t'aime. Tu t'en souviendras, hein ?
– Attends ! »
Sa réponse avait fusé – il savait pas pourquoi.
Mais Axel s'était tu, maintenant – il savait pas pourquoi, non plus.
Et lui, son cœur battait, battait, battait – mais ça, il savait pourquoi. Merde.
Le silence qui s'installa entre eux deux était désagréable, dérangeant, et ne le fit que stresser, angoisser encore plus, tout embarrassé qu'il était ; mais il avait stoppé le roux, lui avait dit d'attendre, de ne pas partir, de ne pas s'en aller maintenant, et fallait qu'il trouve un truc, là, tout de suite – c'était urgent. Il ouvrit la bouche, n'arriva pas à parler, échoua lamentablement : y'avait comme un truc dans sa gorge, dans son torse, qui bloquait jusqu'à sa respiration et... Il savait pas, il savait pas, il savait pas...
Il ferma les yeux mais lorsqu'il ne voyait pas c'était à Axel qu'il pensait, les moments qu'eux deux avaient partagés qu'il se repassait, les scènes où l'autre lui avait parlé, l'avait aidé, réconforté, apprécié, enlacé qu'il se rappelait – et merde, à la fin, quoi. Le pire, dans tout ça, c'était que, bah, il trouvait même pas ce bordel si chiant que ça, putain...
« M-Moi aussi, heu... Je... J'ressens un t-truc pour toi... Je crois... Un peu. »
Il enfouit son visage entre ses genoux, qu'il avait ramenés à lui, mais ne put se résoudre à raccrocher, ou même abandonner, et attendit une réponse – gêné, embarrassé, timide et con, con, con comme une lycéenne, mais il avait pas la force, le pouvoir, la volonté seulement de s'en empêcher. Tant pis s'il passait pour un imbécile ; il l'assumerait, cette fois, du moins, il tenterait. Mais bordel, bordel, il comprenait même pas pourquoi il avait balancé ça, merde – il était foutu, là, c'était certain, il allait se faire rembarrer ou engueuler ou trucider ou assassiner ou- Accepter ?
« Roxas ?
– Hm... ?
– Je te le redemande, encore une fois. Est-ce que tu veux sortir avec moi ? »
Et voilà, ça y était – le bordel, à nouveau, dans sa tête et dans son corps. Et la voix d'Axel, au téléphone, calme, rassurante, qui lui donnait confiance ; et l'affection, non, l'émotion qu'il lui portait, mais si, l'affection, l'affection qu'il avait pour lui, toute la tendresse qu'il ressentait à son égard, même s'il passait son temps à lui gueuler dessus, et l'envie, ouais, l'horrible envie, besoin qu'il ne devienne pas une fille...
Il voulait hésiter, à vrai dire, le désirait plus que tout au monde, pour sauver son honneur et le peu de fierté qu'il lui restait, sans aucun doute, mais n'y arrivait pas et, bientôt, abandonna.
« Essayer, souffla-t-il.
– Heu... C'est-à-dire ?
– Je veux bien essayer d-de... Ça, là, j'veux bien essayer, s'tu veux, c'est tout ! »
Axel, à l'autre bout du fil, parut étouffer non sans quelque difficulté un rire, doux et léger, pas même vraiment moqueur, juste amusé, et le silence qui s'ensuivit ne fut plus ni angoissant, ni même gênant, juste agréable. Appréciable, du moins. Les choses, dans la tête du blond, dans celle du rouquin, allaient indiscutablement bien, à merveille même ; et puis, de toute façon, c'était vraiment si grave que ça, que de sortir avec un autre mec ? Ça posait encore vraiment souci, après tout ce qu'il avait fait rien que pour l'autre gars en question ? Même maman l'avait dit, même Kévin l'avait approuvé, même son frère n'en tiendrait sûrement pas rigueur et même Vanitas finirait bien par l'accepter, sûrement – si y'avait plus que ça entre Axel et lui, si finalement ils décidaient de devenir plus qu'amis, eh bien, c'était juste pas un problème, en fin de compte.
« Peut-être qu'un premier rendez-vous te décidera à dire oui pour de bon ? Proposa soudain le travelo, dont le sourire se devinait facilement, même par téléphone. Enfin, seulement si tu veux, hein...
– Oui, accepta alors Roxas, sans même trop réfléchir à ce qu'il disait. Demain, au parc. Comme d'habitude. »
Et tant pis, merde, tant pis de ce qu'on en disait, tant pis de ce qu'il paraissait – il était crevé, certes, c'était une ou deux heures du mat', certes, peut-être la fatigue lui avait-elle fait prendre une décision de merde, certes, mais en l'instant il se sentait putain de bien et c'était tout ce qui comptait. Que ça aille bien, enfin. Qu'il soit heureux, joyeux. Qu'il arrête de se prendre la tête, que ce soit avec sa mère, Kévin ou cet abruti de rouquin ; et son frère, bah, il le voulait comme ça, non ? Et Vanitas, c'était pareil, il lui semblait – ils devraient pas s'opposer à ça, et ils s'y opposeraient pas, d'ailleurs, ils pouvaient juste pas, parce que le blond décida sur-le-champ qu'il ne laisserait plus personne l'emmerder, à partir de maintenant.
Et gare à cet enfoiré de travesti s'il avait ne serait-ce que l'idée d'un jour le tromper, ou pire encore, de le larguer.
Le lendemain, il faisait beau.
Étonnamment beau, même, pour la saison pourrie en laquelle on était alors. A peine levait-on les yeux au ciel qu'on y découvrait, aussitôt, un ravissant paysage digne d'une carte postale, d'ailleurs ; du bleu, partout, uniforme, pas un seul nuage ici perdu, paumé ou égaré, le vent les avait certainement tous chassés et maintenant, il ne soufflait plus que lentement, doucement, entre les cheveux et les habits des gens. C'était beau, en vérité – surprenant, peu habituel, mais beau, agréable à regarder, rassérénant, tranquillisant, tout bêtement.
Roxas, en arrivant au parc, s'en voulut pour le sourire qui lui collait aux lèvres avec plus de hargne que jamais, mais ne trouva nulle part le courage d'essayer seulement de le faire dégager – alors, il abandonna, et tant pis pour tout le reste. Tant pis, de toute façon, tant pis, il emmerdait tout ce qui existait autour de lui, là ; il était stressé, un peu, et puis aussi, heureux, beaucoup même, et il attendait Axel en espérant qu'il vienne, que la nuit qu'il venait de passer n'avait pas été en vérité qu'un putain de sale mauvais rêve, et qu'il vivait bel et bien l'instant présent, sous le ciel superbe d'une fin d'après-midi tellement, tellement particulière.
C'est-à-dire, la première qu'il allait passer avec le travelo et qu'il pourrait qualifier de « rendez-vous amoureux » en même temps – enfin, son premier rencard tout court, quoi. Il hésitait, à vrai dire, entre le besoin de s'en réjouir et l'envie d'en vomir, mais à coup sûr cette dernière appellation le faisait plutôt pencher du côté dégoût de la balance et il secoua donc la tête, tâchant de ne plus y penser trop. Axel arriverait bientôt, de toute manière.
Il avait hâte, il fallait avouer – oui, lui, hâte, de retrouver cet enfoiré, et c'était tellement surprenant que lui-même, bordel, lui-même avait de la peine à y croire. Et puis, en même temps, y'avait comme un autre putain de sentiment, une autre drôle d'émotion tout en lui, au fond, dans son cœur ; mais plus il cherchait, moins il trouvait ce que c'était, alors, il avait cessé de chercher, d'essayer de trouver. Ça s'approchait un peu de l'espoir, en tout cas, du soulagement, aussi, sans oublier une pointe d'angoisse qui lui donnait tout son côté contradictoire – et il croyait bien que c'était ce qu'on appelait un étrange pressentiment, mais sur le coup, il était pas sûr, et il choisit de lâcher l'affaire, tentant d'ignorer la sensation.
Peine perdue, toutefois ; un SMS d'Axel lui apprit que le rouquin débarquerait bientôt, et comme son cœur s'accélérait le bizarre sentiment s'intensifia. Il sut pas trop qu'en penser, du coup, et il pesta – il pouvait pas se dépêcher, aussi, cet abruti de travelo attardé, cet empaffé de première, qui l'emmerdait à deux heures du mat' pour sortir avec lui et qui, maintenant qu'on lui avait dit oui, n'était même plus foutu de se pointer à l'heure aux rendez-vous qu'on lui donnait ? Bordel !
Bordel – ah, ouais, effectivement, bordel.
Si jusqu'ici, il avait attrapé et conservé la sale habitude d'employer ce mot à peu de choses près à tort et à travers, et d'en affubler en moyenne la moitié des choses qui l'énervaient ou même, l'agaçaient seulement, il dut bien avouer qu'à l'instant même où le rouquin qu'il attendait se pointa au parc, ce mot plus que jamais prit vraiment, vraiment tout son sens, tant et si bien que l'utiliser comme exclamation n'aurait pas paru si impoli, en fin de compte. Et pour cause ; l'Axel qui débarqua sur le terrain vague, cette après-midi-là, n'avait rien à voir avec l'Axel qu'avait rencontré Roxas quelques jours, semaines, mois, années auparavant, sur ce même terrain vague ; non. C'était pas Axel, ça, c'était pas Axel Travelo, pas l'Axel comme il faut, pas celui auquel il était habitué, et à coup sûr par son Axel à lui, celui avec qui il venait d'accepter d'essayer de sortir – et puis, en même temps...
En même temps, ce type-là n'était pas déplaisant pour autant ; justement, genre, vraiment pas.
« Roxas ! L'appela-t-il joyeusement, s'approchant à grands pas. J'suis trop content que tu sois venu ! »
Genre, il allait pas venir à un rendez-vous du style – mais sur le coup, le blond nota même pas l'affront qu'on venait de lui faire, tellement le rouquin le surprenait, là. Le rouquin. Le roux. Parce que c'était vraiment ça ; le. Le, dans toute sa splendeur : adieu, le jeans trop serré et moche sur ses hanches trop minces, adieu, le t-shirt du rayon femmes de chez Yendi, adieu, le rose et les couleurs flashy, adieu, la saloperie de parapluie – quoique de toute manière, il faisait beau, donc il en aurait pas eu besoin, mais quand même, quoi – ; adieu, adieu, le côté travelo, efféminé, tapette, lopette et compagnie. Adieu aussi, tout ce qu'il avait pu critiquer un jour dans l'apparence de cet homme, et adieu, tout ce dont il s'était moqué – pour la première fois, à vrai dire, il avait l'impression d'avoir affaire au véritable Axel.
Bon, d'accord, il l'avait vu, une fois, en habits d'appartement, ce matin où il s'était pointé chez lui à l'improviste, sans même l'intention formelle de lui rendre vraiment visite, c'était vrai ; mais là... Là, c'était juste pas du tout la même chose.
Axel avait viré ses anciennes fringues, semblait-il, jeté tout ce qui le rapportait encore au travelo qu'il avait été, puis remplacé l'ensemble par quelque chose de beaucoup plus viril, simple, confortable et, simplement, beau. Oui, beau, voilà, il l'avait pensé, et même murmuré si ça se trouvait ; mais c'était vraiment ça, beau, dans sa chemise légère, le col entrouvert, sans cravate ni artifice particulier, pas l'ombre d'une trace de maquillage sur son visage, et les jeans normaux c'était bien aussi, merde, et ses cheveux attachés, en queue de cheval, sur son épaule, lui donnaient un air si particulier, si étrange, tant anormal et pourtant, tellement lui à la fois, que Roxas se retrouva bloqué et en oublia de réfléchir à une réponse potable à lui donner.
« Roxas ? Répéta-t-il, moins assuré que la première fois cependant. Je, heu, je... J'ai pas fait une connerie, j'espère ? »
Lorsque le blond releva les yeux sur ses iris verts, il les trouva soucieux, inquiets, peu rassurés – exactement comme si le roux venait de faire une putain de bêtise alors que non, merde, non, c'était tout le contraire, même. La simple idée de se changer, mieux encore, l'avoir réalisée, cette pensée, et oser débarquer à leur premier rendez-vous ainsi fringué, en tant qu'homme et plus d'hybride bizarroïde, c'était... C'était...
C'était juste l'une des meilleures, si ce n'était la meilleure, de toutes les choses qu'il ait jamais faites, depuis que l'adolescent et lui se connaissaient.
« Ça te va super bien, ne put s'empêcher de souffler Roxas, parce que ça venait du cœur – il le pensait, franchement.
– T-Tu trouves ? »
Il opina du chef et Axel parut heureux – étrangement, ça lui fit du bien, mais il n'en chercha pas la raison, parce que dans l'immédiat, il s'en foutait un peu. Tant mieux, sérieux, tant mieux si le rouquin s'en trouvait content, et si lui-même pouvait en retrouver toute éventuelle bonne humeur perdue, hein !
Soudain, il sentit les bras de l'autre homme glisser autour de ses épaules, l'attirer à lui et l'enlacer – merde. Il avait sursauté, tressailli, tremblé un peu, et c'était pas bon pour lui, ces conneries.
« Rah ! S'exclama-t-il aussitôt. Putain, mais tu f-
– T'es trop mignon, mon Roxas. »
Ce fut la seule réponse, la seule putain de réponse à laquelle il eut droit, avant qu'il ne sente les mains du roux glisser dans ses cheveux où il enfouit son visage, avant qu'il ne se retrouve attrapé, enfermé dans l'étreinte de ses bras plus forts qu'ils n'en avaient l'air, avant qu'il ne sache simplement plus quoi faire, d'ailleurs, sinon fermer les yeux et attendre que ça passe. Que ça passe, ouais – le rythme effréné des battements, des coups, dans sa poitrine et dans sa tête. En silence, il jura.
Bordel – c'était trop, là, c'était plus qu'il ne pouvait en supporter, et toute cette affection, toute cette tendresse, « mon Roxas » et les « je t'aime » d'hier qui faisaient encore rougir, chauffer, brûler ses pauvres joues ; non, merde, il en pouvait plus, il tiendrait pas le coup, il allait fondre sur place à force et-
Et le pire, dans tout ça, c'était sûrement qu'en fait, c'était même pas désagréable, comme sensation. L'air boudeur, il baissa ses grands yeux bleus et les laissa se perdre entre les plis de la chemise douce du rouquin ; manque de bol, moins d'une seconde après, ledit rouquin l'avait un peu éloigné de lui et... Et... Se penchait... Sur lui ?
Le sang de Roxas ne fit qu'un tour : pas le temps de se dire quoi, pas le temps de se demander pourquoi, pas le temps de réfléchir comment, pas le temps d'envisager qui ni où ni quand, il réunit dans ses petits bras tout le courage qu'il lui restait encore, les plaqua rapidement contre le torse de son petit ami, puisque les choses étaient censées en être ainsi, et le repoussa, en arrière, vite, de toutes ses forces.
Axel, surpris, recula d'un pas à mi-chemin entre le pas normal et le petit bond en arrière, puis seulement il le regarda, incrédule, sans comprendre, sans saisir l'essentiel du problème. Alors comme ça, il pigeait pas, hein ? Relevant sur lui une paire d'yeux haineux, le blond le dévisagea, rien qu'une seconde, histoire d'éviter d'être troublé par son visage, sa coiffure ou quoi que ce soit ; parce qu'il allait lui apprendre, là, quand même. Lui apprendre qu'avant de l'embrasser, déjà, fallait peut-être qu'il demande – lui apprendre qu'ensuite, c'était pas parce qu'ils étaient en couple depuis la veille qu'il avait automatiquement le droit de le faire.
« Va te faire foutre ! Cria-t-il alors. Nan mais bordel, t'essayais de faire quoi, là, putain ? Me touche pas, casse-toi ! »
Le rouquin en face de lui l'examina, des pieds à la tête, puis de haut en bas, mais n'osa pas lui parler, ni même ouvrir la bouche. Ce n'est qu'alors qu'il réalisa, Roxas, en fait – qu'il pigea, qu'il comprit, lui, enfin, que merde, ils étaient ensemble, Axel et lui, qu'ils sortaient ensemble et que, il l'avait lui-même dit pensé réfléchi, quand on sortait avec quelqu'un, on était juste pas censé l'engueuler comme il venait de le faire.
« Heu..., bredouilla-t-il alors, s'accrochant désespérément au maigre espoir qu'il lui restait de réussir à se rattraper. D-Désolé, je... »
Heureusement pour lui, Axel n'était pas du genre à prendre mal ce genre de choses – surtout quand ça venait de ce blond garçon, en fait. Presque amusé de sa réaction, d'ailleurs, il lui sourit et, tout aussi facilement, lui pardonna ; il lui en voulait pas, de toute manière, il pouvait pas lui en vouloir, et il avait le sacré sentiment qu'il pourrait jamais lui en vouloir pour quoi que ce soit.
L'ancien travesti soupira – il l'aimait trop, pour ça, de toute façon. Trop, trop, trop au point de les recevoir, les coups de poing les coups de pied, les claques et les baffes dans la gueule, les refus et les insultes, pendant tant de jours de mois d'années ; trop, trop, trop, au point de les accepter, les bévues, les erreurs, les problèmes, les engueulades, les contradictions, et tout ce qui venait avec. Et maintenant qu'il avait enfin l'occasion de prouver à l'adolescent ce qu'il valait, dans le sens où, quand même, ils sortaient ensemble, quoi ; maintenant qu'il pouvait, donc, être un petit ami parfait, et lui montrer à quel point il tenait à lui, à quel point il l'aimait...
Eh bien, pour rien au monde il n'avait l'intention de laisser passer sa chance. Pas même pour sa mère, non ; pas même pour ses fringues, non plus ; pas même pour ce déguisement de femme en lequel il se sentait si bien, toujours pas – et ce, pour la simple et bonne raison que Roxas trouvait que ça lui allait bien, au fond, l'apparence d'un garçon.
Et voilà =) Blackie, je peux enfin te le dire, maintenant : ton commentaire m'a fait mourir de rire, quand j'ai lu "Non, non pour Rox', je le verrais bien répondre (après un inteeeeeense réflexion) un truc du genre "j'sais pas"." Parce que... Eh bien... Comment dire... 8D Voilà quoi *bam*
Bref. =) Merci pour votre lecture, et... A la semaine prochaine pour le chapitre 41 ! ^^
