La légende de Pan
3
Le Pays Imaginaire
Il faisait nuit noire quand la fenêtre s'ouvrit lentement et qu'une petite lueur entra dans la chambre pour en faire le tour, faisant tomber quelques livres aux passages, mais la jeune fille dormait si profondément qu'elle n'entendit rien. Son esprit voyageait à des lieux de Londres, là où les enfants se rendent durant leur rêve. Cependant, Jane n'en était plus vraiment une et pourtant elle survolait le lagon des sirènes, passait au dessus du village des indiens et enfin apercevait au loin un sombre bateau pirate, dont l'écumes des vagues s'éclataient contre la coque.
Tous les enfants rêvaient du Pays Imaginaires, c'était un lieu de prédilection où tout leur était possible. Ils n'en avaient pas peur, car les mères prenaient soin d'allumer des veilleuses pour que les enfants retrouvent le chemin de la maison. Ainsi, ils finissaient toujours par se réveiller chez soi, à l'abri des pirates et de Peter Pan.
Mais Jane n'avait plus de mère, de ce fait elle prenait le risque de ne pas retrouver le chemin du retour chaque fois qu'elle s'y aventurait. Cela se faisait inconsciemment. Elle se sentait irrémédiablement attiré vers ce monde à la fois merveilleux et effrayant.
Le visage d'un garçon surgit soudainement à la fenêtre et fut très vite éclairé par la lueur volant autour de lui. Il se trouvait que c'était une fée aux long cheveux bruns et à la robe bleu, faites d'un assortiment de pétales. Elle était entrée la première pour s'assurer que l'habitante dormait profondément. Son ami pénétra dans la chambre lorsqu'elle lui assura que la voie était libre et ce dernier manqua de glisser sur un livre en posant ses pieds nus sur le sol.
Jane était fâchée avec l'ordre. Le parquet était toujours jonché de livres, de crayons, de chaussettes... Enfin, d'un désordre telle que sa tante ne mettait pas beaucoup les pieds dans cette pièce, sauf pour lui hurler dessus.
Il parvint à reprendre son équilibre et s'approcha ensuite de la jeune fille endormie. Il échangea avec sa fée un regard malicieux et remplit d'espoir comme pour dire « c'est elle, nous l'avons trouvé ! ».
Le garçon s'apprêtait à la réveiller doucement, quand un grincement provenant de l'escalier, suivit d'un second l'alerta. La petite fée partit se cacher au sommet de l'armoire, tandis que son ami vola pour se fondre dans les ombres du plafond. A nouveau, le plancher craqua.
Jane émergea de son rêve, l'esprit embrouillée. Mais lorsqu'elle entendit plus distinctement le bruit du bois grincer, signe que quelqu'un se trouvait dans le couloir, elle prit peur.
Elle tendit l'oreille, un nouveau crissement retentit et il ne s'agissait pas de sa tante. Elle connaissait le bruit de ses pas par coeur. Seulement, si ce n'était pas cette vieille folle qui se dirigeait vers sa chambre, c'était que quelqu'un avait pénétré la maison.
L'image de l'homme au manteau beige lui revint en mémoire et elle bondit de sous les draps pour se cacher sous son lit, où un bazars monstre était entassé. Elle sentait son coeur battre à tout rompre, si bien qu'elle eut peur qu'on ne l'entende. Elle reconnut le bruit de la poignée qu'on actionne et la porte, dont les gongs mal huilés, couinèrent légèrement. De sa cachette, elle aperçut une paire de grosse bottes dans l'encadrement de la porte.
Prise de panique, elle plaqua ses mains sur sa bouche pour étouffer le bruit de sa respiration haletante. Elle n'avait jamais eu aussi peur de toute sa vie. Sa mésaventure d'aujourd'hui n'était pas comparable à l'angoisse actuelle, qui emplissait ses veines et se rependait dans tout son être pour la paralyser.
L'intrus pénétra finalement dans la chambre et s'approcha du lit. Jane crut que son coeur allait exploser tant il battait fort, menaçant de sortir de sa poitrine. Elle commençait à se sentir asphyxier sous sa cachette remplis de poussière, qui vinrent lui chatouiller dangereusement les narines.
L'homme, au vu de la taille de ses chaussures, fit un tour sur lui même. Voyant que la pièce était vide, il s'apprêtait à partir. Seulement, la jeune fille sentait qu'elle ne tenais plus. Alors que l'étranger allait quitter la chambre, elle éternua bruyamment en se cognant brutalement la tête contre le sommier. Ce dernier fit volte face et marcha d'un pas vif en direction du lit.
Une masse lui tomba dessus lourdement avant qu'il ne se baisse pour s'emparer de la jeune fille. L'homme tenta de se débattre, seulement, il s'écroula finalement au sol, inerte. Jane demeura interdite, ne sachant pas s'il était mort ou simplement assommé. Puis, une nouvelle paire de jambe apparut dans la pièce, mais beaucoup plus maigre, suivit d'un petit tintement étrange, semblable à une petite clochette.
Consciente qu'elle était découverte, Jane s'extirpa de sa cachette en trombe et découvrit un enfant âgé d'une dizaine d'années, accompagné d'une petite chose volante et scintillante. Celle-ci s'approcha d'elle et la jeune fille put découvrir un tout petit visage qui lui souriait grandement.
Ne croyant pas ce qu'elle voyait, Jane recula vivement et glissa sur un livre étalée par terre. Dans sa chute, elle se cogna violemment la tête contre le rebord de son lit et perdit conscience sans même s'en rendre compte.
« Génial ! soupira le garçon, je t'avais dis de ne pas lui faire peur ! »
La petite fée se tourna vers son ami et le foudroya du regard, vexée. Les fées ne pouvaient ressentir qu'un seul sentiment à la fois, car elles étaient bien trop petites pour contenir plusieurs émotions en même temps. C'est pourquoi, elles passaient souvent d'un état d'âme à un autre instantanément et pouvaient parfois faire des dégâts considérables. Elles n'étaient pas méchantes, simplement elles ne pouvaient pas faire la part des choses.
« Moi qui espérait la convaincre de nous suivre, on va devoir l'emmener sans son accord. »
La fée haussa les épaules et lui fit comprendre que c'était toujours mieux que rien. Et puis que si elle avait refusé, au moins maintenant ils étaient sûr de pouvoir l'emmener à présent.
Une douleur lancinante battait à ses temps et à l'arrière de son crâne. C'était comme si un marteau s'amusait à cogner dans sa pauvre tête, meurtrie. Jane battit des paupières à plusieurs reprises pour émerger d'un lourd sommeil comateux. Elle se souvenait d'avoir fait un horrible cauchemars où un homme était entré dans sa chambre pour l'enlever, mais qu'une fée l'avait abattu. Une chose complètement insolites.
Une si petite personne ne peut pas faire le poids face à un molosse comme celui qui s'est effrondré, se disait-elle.
Lorsqu'elle parvint enfin à ouvrir les yeux, une étrange sensation l'envahit. Celle que l'on ressentait quand on passait la nuit dans un autre endroit que notre habituelle petit nid douillet, mais que l'on avait momentanément oublié ce détail et que notre esprit cherchait à se souvenir de la façon dont on s'était retrouvé là.
Seulement, Jane était certaine de s'être assoupie dans son propre lit. Dans un sursaut elle se redressa vivement, faisant vibrer le marteau dans sa tête. Elle posa ses mains sur ses tempes pour tenter de calmer la douleur, puis observa le lieu dans lequel elle se trouvait. Il s'agissait d'une petite cabane en bois au sol couvert de feuilles. Une petite lucarne sur le toit était recouverte d'une persienne, ne laissant filtrer que quelques rayons de lumières.
Instinctivement, elle se pinça le dos de la main pour vérifier qu'elle ne dormait plus, mais la douleur dans son crâne lui rappelait qu'elle était belle et bien éveillée.
Son coeur se mit à palpiter. Elle prit conscience que ce qu'elle pensait n'être qu'un cauchemar–, avait bien eu lieu. Seulement qui de l'homme ou de la fée l'avait enlevé ?
La pire situation était l'homme. Bien qu'elle n'ai aperçu que ses bottes, il ne semblait pas venu pour faire gentiment connaissance avec elle au beau milieu de la nuit.
Tandis que la fée pouvait paraître plus rassurante, mais encore. Jane avait lu suffisamment d'histoires pour savoir que toutes les fées ne sont pas forcément bienfaitrices. Il fallait qu'elle en est le cœur net et pour cela sortir de cet endroit était la seule solution. Mais elle avait terriblement peur de ce qu'elle découvrirait dehors.
Elle prit alors une grande inspiration, rassemblant le peu de courage qu'elle possédait et se dirigea à quatre pattes vers la sortie. On ne pouvait pas se tenir debout dans la petite cabane qui ne pouvait accueillir que deux enfants, maximum.
Elle poussa le battant servant de porte et recula vivement en découvrant qu'elle se trouvait percher à des mètres du sol, dans un arbre immense. Ce dernier comprenait des dizaines et des dizaines de petites huttes suspendues, reliées par des petits ponts fais de cordages tressés où des enfants allaient et venaient à leur guise. Certains se balançant d'une corde à une autre, d'autres en empruntant un toboggan taillé dans un vieux tronc pour arriver directement au pied de l'arbre.
Jane se décida à sortir, certaine qu'elle pouvait emprunter le pont qui se dressait devant elle, sans crainte. Elle se mit enfin debout et avança lentement, en observant le décor à la fois effrayée et émerveillée.
De cette hauteur, elle pouvait parfaitement voir le ciel, illuminé par un soleil d'automne, ainsi qu'au loin la mer scintillante et le lagon des sirènes.
Un instant, songea-t-elle. Le lagon des sirènes, je connais bien cet endroit...
« Impossible... », fini-t-elle par se dire à voix haute.
Et pourtant, c'était bien le Pays Imaginaire telle qu'elle le visitait dans ses rêves depuis sa plus tendre enfance. Elle pouvait percevoir la brise tiède sur ses joues et sentir le doux parfum de la sève mêlée à celle de la terre.
Seulement elle ne comprenait pas. Pourquoi l'avait-on emmené ici ?
Elle décida de trouver les réponses et se rendit à la passerelle centrale qui faisait le tour de l'énorme tronc pour descendre de l'arbre. Des garçons faisaient la queue pour emprunter le toboggan. Lorsqu'ils s'aperçurent de sa présence, ils lui lancèrent tous des regards curieux pour certains, stupéfiés pour d'autres. Jane réalisa qu'il n'y avait que des garçons, âgés pour la plupart de huit à douze ans. Elle comprit qu'il ne pouvait s'agir que des Garçons Perdus, mais elle n'aurait jamais songé qu'ils puissent être si nombreux.
« Elle est réveillée ! » cria l'un deux, tout excité.
Ses camarades, situés à des niveaux inférieur, firent passer l'information et on la laissa emprunter le tobogan la première. Elle suivit les instructions scrupuleusement données aux nouveaux qui empruntaient le tunnel, comme ils l'appelaient. Les bras le long du corps, les jambes droites et le regard loin devant.
Jane ne put se retenir de pousser un petit cris lorsqu'elle glissa bien plus vite qu'elle ne l'avait l'imaginé. Mais l'intérieur du tronc était tellement polis que l'on prenait rapidement de la vitesse. Arrivée à l'extrémité, elle vola sur plusieurs mètres avant de retomber sur un énorme tas de feuilles et de mousses qui amortirent sa chute sans encombre et élevèrent les feuillages colorés tout autour d'elle. Lorsqu'elles retombèrent, une main se tendit pour l'aider à se redresser. La jeune fille la saisit et se retrouva debout face à un jeune garçon aux cheveux bruns hirsutes, où des oiseaux auraient pu facilement y faire un nid. Il ne devait pas avoir plus de douze ans, car Jane le dépassait facilement d'une tête.
« Content que tu sois enfin réveillée, lui dit-il avec un large sourire pour se montrer amical. Pas trop mal à la tête ?
— Je... »
L'adolescente ne savait pas quoi lui répondre, tant la situation la déroutait complètement. Elle savait que c'était réel et pourtant elle aurait tout donner pour se réveiller dans son lit.
« Je m'appelle Rash , ajouta-t-il ensuite. Et toi tu es Wendy. »
Elle le regarda tout à coup interloquée.
« Non ! Je m'appelle Jane. Jane, Margaret, Angela Powell. »
Mais aussitôt eut-elle prononcée son nom, que d'autres Garçons Perdus se joignirent à eux et la regardèrent avec une étrange lueur d'espoir dans le regard qu'elle ne comprenait pas.
« Non, tu es Wendy ! insista Rash, en perdant son sourire et en fronçant les sourcils.
— Mais voyons, insista la jeune fille, je sais tout de même qui je suis ! Je crois que tu t'es sans doute trompé de chambre.
— Impossible ! répondit-il avec certitude. C'était bien la bonne adresse, les fées n'oublient jamais un détail comme celui-là. »
Jane était perdue, déjà qu'elle ne comprenait pas grand chose à cette situation, les enfants se mirent à prononcer le nom de Wendy d'abord en chuchotant, puis de plus en plus fort. Comme ci cela allait la pousser à avouer une vérité qui n'était pas vraie.
« Stop ! hurla Jane, dont le mal de tête était toujours présent. Je ne suis pas celle que vous pensez ! J'ignore pourquoi je suis ici et comment j'y suis arrivé, mais je veux rentrer chez moi !
— Chez toi, dit-il avec une pointe d'ironie que Jane ne comprit pas. Je suis sûr que tu es la personne que nous cherchions, peu importe ton nom. Les fées ne m'auraient pas menées jusqu'à toi si tu n'étais pas en mesure de nous aider.
— Moi, vous aidez ? s'exclama-t-elle encore plus abasourdie par cette histoire rocambolesque. Je ne vois pas comment je pourrais, je ne suis personne.
— Tu sais, tu peux dire ce que tu veux, mais ça ne me fera pas changer d'avis. Je sens que c'est toi. »
Rash l'a regarda avec des yeux remplis d'espoir qui désespérèrent la jeune fille. Elle ne parviendrait pas à le convaincre de la sorte. Il fallait qu'elle comprenne la raison de sa venue ici, peut-être qu'alors, elle pourrait quitter cet endroit.
« Très bien, ajouta Jane en croisant les bras sur sa poitrine. Alors explique-moi pourquoi suis-je ici et qui était cet homme dans ma chambre ? Car je n'ai pas rêvée, vous avez bien assommé quelqu'un avec ta fée la nuit dernière ?
— C'est exact, affirma le garçon. L'homme qui a essayé de t'enlever est un mercenaire à la botte de Black Hooker, un pirate sanguinaire autrefois matelot sur le navire de Barbe Noir. Il essaie de réinstaurer la terreur comme à l'époque de ce vieux fou et il semble y parvenir. Je ne sais pas pourquoi il te cherche, mais je suppose que cela a un lien avec Peter.
— Pan ? » interrogea-t-elle, curieuse.
Depuis qu'elle avait émergé au sein de l'arbre, elle sentait bien qu'il manquait quelque chose à ce décor idyllique. L'être le plus emblématique de ce monde manquait bien évidemment à l'appel et Jane trouvait plus qu'étrange.
Rash acquiesça vivement, mais ne sembla pas vouloir évoquer plus que cela, celui qui était normalement leur chef.
« Mais pourquoi moi ? Je ne comprends toujours pas ce que je fais ici ? insista-t-elle, perdue et incomprise.
— Tu es Wendy !
— Ah non ! Ne recommence pas avec ça !
— Mais il y a forcément un lien ! » poursuivit Rash, qui voulait tant y croire.
Seulement, ça n'avait aucun sens aux yeux de l'adolescente. Wendy ne lui ressemblait pas et puis elle avait deux frères et des parents. Tout ce que Jane n'avait pas. Rash l'avait forcément confondue avec quelqu'un d'autre. Elle tentait de se le persuader, seulement ça n'expliquait pas pourquoi des pirates étaient à sa recherche.
« Si nous sommes au Pays Imaginaire, reprit Jane qui essayait de remettre de l'ordre dans ses idées, où est passé Peter Pan ? Nous sommes bien chez lui, non ? »
Le jeun garçon fit une drôle de grimace, embarrassé. Comme s'il redoutait d'annoncer ce qu'il savait à son invitée, mais il était conscient qu'il devait lui dire la vérité.
« Peter vivait ici, il y a longtemps... Il a disparu depuis... En fait nous ne le savons pas vraiment, ici le temps s'écoule différemment. »
Mais Jane était restée bloqué à « disparu... ».
Comment Peter Pan avait-il pu disparaître ? Jane se souvenait qu'on disait de lui qu'il partait pendants des jours, sans se soucier du sort des Garçons Perdus et revenait quand cela lui chantait. Mais il ne savait jamais vraiment combien de temps il était parti. Pour lui, cela ne s'apparentait qu'à une seule journée, or il pouvait disparaître durant des dizaines de jours. Mais ses acolytes en avaient l'habitude. Seulement, si cette fois ils prétendaient que leur chef avait disparu, alors c'est qu'il s'était passé quelque chose.
« Si nous t'avons amené ici, poursuivit Rash, c'est parce que tu es la seule qui puisse nous aider à le retrouver. »
Jane demeura sans voix. Elle observa son interlocuteur, puis sonda le visage de tous les garçons perdus. Voilà pourquoi il l'a regardait tous avec cette lueur dans les yeux. Cependant, la jeune fille avait bien peur de devoir les décevoir.
« Je ne peux pas vous aider, finit-elle par dire. Je ne suis personne, je n'ai aucun moyen de savoir ce que Peter est devenu. Je ne vois pas pourquoi je le saurais.
— Si Peter ne reviens pas, ajouta Rash, Black Hooker mettra cette île à feu et à sang et nous mourrons tous. Le Pays Imaginaire ne peut pas survivre sans Peter. »
Jane se souvenait que Peter Pan était le Pays Imaginaire. Sans lui, les fleurs fanaient, les animaux hibernaient, les indiens se terraient dans leur territoire, les pirates conspiraient contre Peter, mais attendaient son retour pour attaquer. Sans lui, ce monde n'avait pas de sens, ni de raison d'être.
Seulement, l'adolescente ne voyait pas comment elle aurait pu les aider d'une quelconque manière. Elle n'était personne et ses camarades de classe prenaient un malin plaisir à lui rappeler. Son existence entière n'avait pas de sens et si elle désirait lui en donné un, elle devait faire preuve de patience et de raison, même si cela lui en coutait.
Elle se rendait bien compte que tout ceci était réel et pourtant elle refusait d'y prendre part. Malgré qu'une infime partie d'elle-même mourrait d'envie d'explorer ce monde, de ne plus jamais en partir, elle refusait de laisser ce désir l'envahir de peur d'oublier. Car il est bien connu que le Pays Imaginaire efface petit à petit vos souvenirs, en particulier ceux de vos parents. Jane avait déjà bien assez de mal à se souvenir de leur visages, elle ne pouvait pas prendre un tel risque.
« Je ne peux pas vous aidez, je suis désolé, déclara-t-elle. Je ne suis pas celle que vous chercher. Je veux rentrer chez moi !
— Rentrer chez toi ! s'écria Rash, énervée tout à coup. Personne ne t'attends là-bas, cette harpie aura bien fait de vite t'oublier ! »
Jane le regarda avec de grands yeux ébahit.
Comment savait-il pour sa tante ? s'interrogea-t-elle. Le jeune garçon sembla deviner dans son regard la question qu'elle venait de formuler, car il poursuivit
— Qu'est-ce-que tu crois, je t'ai observé. Je n'aurais pas pris le risque de ne pas m'assurer que tu étais celle que nous cherchions.
— Mais puisque je te dis que je ne suis pas Wendy. Si elle a existé un jour, elle est morte depuis bien longtemps ! »
Rash fronça les sourcils, persuader qu'elle avait tort. En réalité, il n'était pas certain qu'il s'agisse de Wendy, mais il était sûr qu'elle était lié à Peter d'une quelconque manière. Sinon pourquoi les fées l'auraient-elles menées jusqu'à elle.
Jane leva les yeux au ciel devant l'obstination du garçon. Elle comprit qu'il ne lâcherait pas l'affaire et qu'elle n'était pas prête de quitter ce monde.
« Si tu veux rentrer, tu devras te débrouiller toute seule, ajouta-t-il.
— Non mais attend, c'est toi qui m'a enlevé et amené ici. Tu n'as pas le droit de me retenir en otage !
— Non, c'est vrai, admit-il. Mais ce n'est pas une question de volonté. C'est simplement que je ne sais pas voler.
— Tu es pourtant venu jusqu'à moi en volant, non ?
— Oui, mais parce qu'Ondine était là. Seulement, elle n'acceptera jamais de t'aider à rentrer, ni aucune fée, je peux te l'assurer. Ce sont elles qui sont venus nous voir pour nous apprendre que Peter avait disparu et que tu pouvais nous aider. Alors tu penses bien qu'elle ne voudront pas que tu nous laisses tomber. Si tu veux partir d'ici, tu vas devoir apprendre à voler par toi-même. »
Jane eut la terrible envie de lui griffer son visage de sauvageon. Comment arriverait-elle à apprendre à voler ? C'était impossible. Elle était condamnée à errer dans ce monde pour toujours. A bout de nerf, elle poussa un rugissement animale avant de tourner les talons et de trouver un endroit où se retrouver seule.
Rash n'essaya pas de la retenir, ni de la poursuivre. Il comprenait qu'elle avait besoin de mettre de l'ordre dans ses idées pour accepter cette situation. Un petit sourire mutin se dessina même sur son tendre visage enfantin. Les garçons perdus quant à eux ne semblaient pas aussi serein. L'un d'eux, qui se nommait Dax, remettait en question les certitudes de leur chef provisoire.
« On sait peut-être trompé, lui dit-il.
— Non, c'est elle, j'en suis certain. Mais laissons là un peu réfléchir à tout ça. Elle finira par revenir. »
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