5

Le Gardien

Jane fut réveillée par un véritable tintamarre. Elle émergea difficilement de son sommeil qui avait été particulièrement profond. Elle avait espéré fort en s'endormant, pouvoir s'éveiller à nouveau dans son lit, mais elle savait bien que cela n'arriverait pas. Lili avait déjà quitté sa couche et la jeune fille fut surprise qu'elle ne l'ait pas réveillé. Elle ignorait qu'elle heure il était, mais elle sentait qu'elle avait beaucoup dormi. Elle se redressa, mais ne se leva pas immédiatement. Le souvenir d'avoir fais d'horribles cauchemars durant la nuit lui revinrent en mémoire. Elle finissait par mourir ici, seule, sans que personne ne se soucie de sa personne.

Pourquoi le sort s'acharnait-il sur sa pauvre existence ? Elle devait bien avoir fais quelque chose pour mériter une vie aussi misérable ?
Ces pensées ne firent qu'accentuer son mal-être. Elle se sentait comme une coquille vide, encaissant les coups sans jamais se plaindre. Elle essayait de se souvenir de ses parents, pour savoir si un jour elle avait vraiment été aimé. Seulement, l'horreur la frappa en plein cœur. Elle ne parvenait plus à se rappeler leur visage, ni la couleur de leurs cheveux, ni celle de leurs yeux et encore moins de leurs noms. Une intime conviction encore plus horrible lui intimait que ce n'était le Pays Imaginaire qui en était responsable, mais sa négligence. Elle les avait oubliés et cela depuis bien longtemps.

Jane se sentit très mal. Un étau se forma autour de son cœur, accompagné par la désagréable sensation d'étouffer. Elle se leva promptement et sortit en trombe de la tante. Personne ne fit attention à elle. Comme toujours, elle demeurait invisible aux yeux des gens. Les habitants vaquaient à leurs occupations quotidiennes, sans remarquer la jeune fille au visage très pâle qui semblait défaillir. Prise d'une terrible envie de hurler, l'adolescente marcha d'un pas vif à l'écart du village pour se mettre finalement à courir à travers la plaine, éclairé par quelques rayons de soleil qui parvenaient à percer les nuages. Le vent frais sur sa peau la saisit, tandis que son cœur menaçait d'éclater à chaque foulée. Mais elle avait besoin de ressentir ce genre de chose pour se sentir vivante. Car elle avait l'abominable sensation de regarder sa vie s'écouler en simple spectatrice. Comme si celle-ci ne lui appartenait pas et qu'elle n'avait aucune place dans ce monde.

Elle aurait aimé pleurer à chaude larme pour étancher sa peine. Seulement, elle n'y parvenait pas. Les émotions semblaient bloquées en elle, destinées à la faire souffrir indéfiniment. Elle passa entre les hauts sapins, dont les branches lui giflèrent le visage et égratignèrent ses genoux. Mais la douleur physique n'était pas comparable à celle qui la rongeait intérieurement.

Elle cessa net sa course, car le vide immense et infinie s'imposa finalement à elle. Jane venait d'atteindre le bord d'une falaise où les vagues venaient mourir sur les rochers en contrebas. Ce gouffre béant semblait presque lui tendre les bras, sous ce ciel grisâtre se mariant parfaitement avec sa mélancolie.

La respiration haletante et le visage couvert d'une pellicule de sueur, la jeune fille s'approcha un peu plus près du précipice. Elle put voir les récifs aussi tranchants que des lames de rasoirs jaillir de la mer agitée. Un seul faux pas et elle sombrerait dans le néant où sa place se trouvait peut-être.

Son cœur cognait violemment dans sa poitrine, faisant battre le sang à ses tempes douloureuses. Elle se sentait complètement perdue, désorientée et le pouvoir du Pays Imaginaire usait de son charme. Elle commençait à oublier des détails, telles que la couleur des murs de sa chambre, le numéro de la demeure de sa tante, le nom des stations de métro qu'elle connaissait pourtant bien mieux que ceux de ses professeurs. Ses souvenirs semblaient glisser lentement vers l'oubli et Jane sentait le vide grandir en elle. Si elle sautait, peut-être que la sensation de chute lui rendrait la mémoire. On raconte souvent qu'avant de mourir, les gens voient leur vie défiler devant leurs yeux. Ainsi elle pourrait enfin revoir le visage de ses parents et elle se rappellerait ce qu'elle ressentait en leur présence. Elle pourrait à nouveau se sentir vivante, si elle le fut bien un jour.

Elle leva les yeux vers le ciel, sentant l'appel séduisant qu'il lui lançait. Un pas de plus et elle pourrait enfin mettre un terme à sa douleur. Cependant, une voix qu'elle méprisait, la ramena sur terre et Jane se sentit violemment happer par la réalité.

« Je ne crois pas que ce soit la meilleure solution pour apprendre à voler », lui lança Lili de sa voix dédaigneuse.

L'adolescente décrocha enfin les yeux du vide et se tourna vers la princesse, dont les longs cheveux noirs ondulaient dans l'air du vent, lui conférant une aura mystique. La jeune fille se sentit envoûtée, malgré elle, par cette beauté sauvage.

« La chute risque d'être fatale, poursuivit-elle en plongeant son regard profond dans les yeux gris-mauve de Jane.

— Peut-être que cela résoudrait tout un tas de problème, lui répondit cette dernière.

— Détrompes-toi. Et puis si jamais tu ratais le récif, les vagues t'emporteraient avec elles et tu mourrais noyée dans d'atroces souffrances. Je ne pense pas que tu veuilles souffrir ? »

Jane regarda tour à tour Lili, puis le vide. Ce serait pourtant si facile...

« Je souffre déjà, ajouta-t-elle, le cœur en lambeau.

— Jane, c'est le Pays Imaginaire qui fait ressurgir tous tes maux. Mais tu dois combattre cette folie passagère, sinon elle t'emportera.

— Qu'est-ce que ça peut te faire, je sais que tu ne m'aimes pas.

— Je n'ai jamais dis cela, s'exclama Lili piquée au vif.

— Tu n'as pas eu besoin de le dire, je l'ai bien compris à la façon que tu as eu de me regarder. Comme si je n'étais qu'une pauvre petite fille perdue, seulement je ne suis plus une gamine et tu n'es pas beaucoup plus âgée que moi !

— Écoute, soupira l'indienne. Je ne te déteste pas, mais les apparences sont souvent trompeuses dans ce monde. Je suis bien plus âgée que j'en ai l'air et quand on a vécu aussi longtemps que moi, on a tendance à ne plus se soucier de ce que peuvent penser les gens de notre attitudes.

— Eh bien, pourtant tu devrais », répondit Jane qui ne trouvait pas son excuse justifiable.

Elle avait beau avoir vécu milles vies, ce n'était pas une raison pour la mépriser comme elle l'avait fait.

« Ça éviterait de se méprendre, poursuivit-elle. Car tout semblait vouloir dire que je n'étais pas la bienvenue ici.

— Il ne s'agit pas de cela, seulement Peter ne me le pardonnerait jamais si tu venais à mourir aussi bêtement. »

Jane lu dans le regard de la princesse qu'elle venait de lui révéler un fait important, qu'elle n'aurait jamais dû mentionner. Elle comprit que sa personne avait de l'importance aux yeux du célèbre Peter Pan. Mais pour quelle raison ?

« Aller, viens ! Tu verras ensuite que tout ceci n'était qu'un des effets du Pays Imaginaire », insista l'indienne en lui tendant la main.

Même si son ton pouvait encore se montrer froid, l'adolescente pressentait que Lili souhaitait vraiment qu'elle la suive. Sa main tendue vers elle se voulait finalement amicale. Cependant, son cœur était toujours tiraillé entre deux eaux. Sauter et se souvenir, reculer et oublier.

« Je ne veux pas oublier, lui dit-elle alors les yeux à nouveau remplit de tristesse.

— Tu n'oublieras pas si tu ne le veux pas, il faut simplement que tu le désire et alors les souvenirs reviendront. »

Jane hésita, son regard allant de Lili à la mer déchaînée. Elle ne savait plus ce qui était juste ou non. Qu'elle décision prendre. Un nuage s'écarta alors révélant un petit coin de ciel bleu se reflétant sur l'océan qui prit une teinte aigue-marine. L'adolescente ressentit un courant électrique lui parcourir l'échine. Cette couleur lui rappelait quelque chose. Un regard furtif, un visage imprimé au plus profond d'elle-même.

A cet instant, Jane reprit contenance et prit conscience de l'horreur de la situation. Elle s'écarta vivement du précipice et se tourna ver Lili, apeurée. Comment avait-elle pu une seule seconde envisagée de sauter et mettre ainsi fin à ses jours ? Elle avait mal, certes, mais pas au point de vouloir en mourir.

« Tu es prête à me suivre maintenant ? » lui demanda l'indienne, en reprenant son air suffisant.

Décidément, cette dernière la déroutait. Lili n'était pas une grande sentimentale et Jane ne devait pas s'attendre à ce qu'elle la réconforte dans les moments difficiles. Même si elle souhaitait qu'elle reste en vie, c'était pour Peter, pas pour Jane.

L'adolescente acquiesça simplement et ensemble elles repartirent vers le village. Mais en traversant la forêt de sapin, Lili s'arrêta devant l'un deux, l'inquiétude se lisant sur ses traits. L'arbre était immense et pourtant il semblait sans vie. Sa couleur était grisâtre et son tronc semblait s'effilocher. Il avait perdu toutes ses épines et menaçait presque de se déraciner.

« Que lui est-il arrivé ? interrogea la jeune fille, surprise et curieuse.

— Il est en train de mourir, répondit Lili. Depuis que Peter a disparu, le Pays Imaginaire se détraque, mais c'est la première fois que je vois ça de façon si brutale.

— Et si Peter ne revient pas, qu'arrivera-t-il ?

— Eh bien, Black Hooker prendra le contrôle de l'île et nous traquera sans relâche. S'il ne parvient pas à nous tuer, nous finirons de toute manière par mourir comme cet arbre. Le Pays Imaginaire a besoin de Peter, car il en est le gardien. »

Jane fronça les sourcils, intriguée. Elle n'avait jamais entendu parler de cette histoire. Mais après tout, Peter avait vécu d'innombrables aventures au Pays Imaginaires et l'histoire qu'on se plaisait à lui raconter le soir avant de s'endormir, n'était qu'une des nombreuses fables que le garçon qui ne voulait pas grandir avait vécu.

« Alors, tu es prêtes ? lui demanda finalement l'indienne.

— Prête à quoi ?

— Apprendre à voler, tiens. Rash t'attend au campement.

— Je croyais que tu ne voulais pas que je reste ici et que tu pensais Rash idiot ?

— En effet, tu dois rentrer chez toi car c'est plus sûr ainsi et le seul moyen, c'est de voler. Donc l'aide des garçons perdus nous serra nécessaire, peu importe que nous soyons d'accord. »

Lili mit un terme à leur conversation en emboîtant le pas à l'adolescente. Celle-ci la suivit sans rien ajouter, mais elle n'était pas prête d'en rester là. La princesse savait des choses qu'elle ne voulait pas lui révéler. Seulement, Jane voulait en connaître les raisons, ainsi qu'en apprendre plus sur cette histoire de gardien.

Malheureusement, pour le moment elle devait apprendre à voler et ses premiers essais furent un véritable désastre. Rash l'avait reconduite dans leur camp, accompagné de Lili qui ne cessait de lancer des regards lourd de reproche à la jeune fille, dès qu'elle se relevait de la marre de boue dans laquelle elle venait de se vautrer en beauté. Tandis que le garçon perdu lui répétait sans cesse d'avoir des pensées heureuses. Mais ça vie n'était qu'une succession de malheurs et de tragédies, comment pourrait-elle avoir ne serait-ce qu'une pensée heureuse ?

A la fin de la journée, son corps meurtri et courbaturé la maintenait à peine sur debout. Après s'être débarrassée de toute la boue séchée dans la rivière près du camp, elle enfila les vêtements qu'on avait bien voulu lui prêter. Il s'agissait d'un vieux pantalon en lin blanc un peu rapiécée et d'une chemise assortie. Elle coiffa ses cheveux bruns qui lui arrivaient en dessous des oreilles avec ses doigts avant de rejoindre le campement. Les garçons étaient réunis autour d'une large table où des plats fumant s'entassaient. L'odeur alléchante qui s'en dégageait fit gargouiller son estomac affamé.

Jane prit place et se servit à manger en même temps que ses camarades. Elle se demandait où les garçons perdues avaient pu trouver autant de nourritures, mais se garda de leur demander. Elle sentait que la réponse ne lui plairait pas. Elle se contenta de manger jusqu'à ce que son ventre lui somme d'arrêter, au risque de rendre tout ce qu'elle avait englouti. Seulement, c'était sans doute la première fois qu'elle pouvait jouir d'autant de nourriture et si elle devait rentrer chez elle, mieux valait en profiter.

A cette pensée, un sentiment d'amertume l'envahit, lui laissant un arrière goût amer dans la bouche. Elle observa les enfants réunis autour de la table qui mangeaient et riaient gaiement. Leurs regards étaient emprunt d'une joie et d'une innocence que Jane leur enviait. De nouveau, la douleur se répandit comme un venin dans ses veines pour atteindre son cœur. Ce fut un nouveau coup de poignard dur, froid et cruel qui la transperça.

Les paroles de Rash ne cessaient de venir la hanter. Elle savait au fond d'elle-même qu'il avait entièrement raison. Personne ne l'attendait là-bas. Personne ne viendrait la pleurer, bien au contraire. Sa vieille tante serait enfin débarrasser du fléau qu'elle représentait à ses yeux. Alors pourquoi s'évertuait-elle à vouloir partir ?

Ce monde avait peut-être autre chose à lui offrir, qu'une vie misérable d'orpheline solitaire à Londres. De toute façon, ça ne pouvait être pire. Cette idée ne fit qu'un tour dans sa tête et un vent nouveau l'envahit tout à coup, celui de la résolution.

« Je ne veux pas partir ! » dit-elle à haute voix, assez fort pour que tout le monde l'entende.

Tous les garçons cessèrent de parler et la regardèrent, certains avec surprise, d'autres avec cette lueur d'espoir qu'elle avait déjà remarqué à son arrivé. Seule, Lili qui était toujours présente, afficha une mine déconcertée.

« Comment ça ? s'exclama cette dernière, contrariée.

— A quoi bon retourner à Londres, soupira Jane. Il n'y a rien pour moi là-bas. Je ne manquerais à personne.

— Tu ne peux pas rester ici ! insista l'indienne en se levant, furieuse.

— Et qui va m'en empêcher ? Toi ? J'ai pris ma décision. Je reste.

— Mais...

— Lili ! l'interrompit Rash. Ça ne sert à rien d'insister, elle est libre de choisir.

— Je n'ai pas d'ordre à recevoir de toi, Rash ! lui balança celle-ci, le regard emplit de noirceur. Si Peter était là, tu n'aurais même pas ton mot à dire.

— Oui, mais il n'est pas là !

— Tu fais une grave erreur, Jane », dit-elle finalement à l'adresse de la jeune fille qui s'était également levée, en espérant la faire revenir à la raison.

Mais elle était résignée. Le Pays Imaginaire serait sa nouvelle demeure.

« Au contraire, je crois que c'est la meilleure décision que j'ai jamais prise ».

Les deux jeunes filles se fixèrent longuement, mais Jane ne cilla pas devant le regard froid et impénétrable de la princesse. Même si cette dernière lui paraissait toujours intimidante, elle voulait lui montrer qu'elle était forte et qu'elle n'avait plus peur d'elle.

« Aussi bornée et têtue que lui ! pesta l'indienne en se parlant à elle-même. Je sens que je vais vraiment le regretter. »

Cette réponse eut le don de dessiner un petit sourire sur le visage de Jane. L'un des premiers de sa vie d'orpheline. Elle ne savait pas ce qu'était l'allégresse ni la joie. Si elle l'avait ressenti un jour, elle l'avait oublié depuis longtemps. Mais, ce demi sourire suffit à faire remonter quelque chose, enfouit au plus profond de son âme. Dans un coin si profond et si étouffée par le chagrin et la solitude, qu'elle ne se rendit même pas compte qu'un infime fragment de son passé venait de remonter à la surface.

« Alors tu vas nous aider à retrouver Peter ? demanda ensuite Rash, qui lui aussi avait retrouvé le sourire.

— Eh bien, si je veux rester vivre ici, il va bien falloir », soupira-t-elle, moins enjouée à cette idée.

Tous les garçons perdus se levèrent gaiement et hurlèrent leur joie en poussant le cri triomphal de Peter Pan en signe d'allégeance. Seulement, Jane n'était pas très confiante à l'idée de se lancer peine perdue dans cette quête. Mais sans Peter, le Pays Imaginaire était condamné et elle était certaine de ne plus jamais vouloir retourner à Londres. De ce fait, elle n'avait pas vraiment le choix.

Rash décida qu'ils avaient tous mérité une bonne nuit de sommeil, en particulier Jane dont le corps la faisait souffrir. Ils discuteraient demain du plan à mettre en marche pour retrouver leur chef.

Cependant, avant que l'adolescente ne regagne la cabane qu'on lui avait attribuée, elle voulut parler à Lili, seule à seule. Elles se rendirent aux abords du précipice où l'arbre était planté, surplombant la mer et la ville des pirates en contrebas. La lune brillait d'une lueur nacrée et se reflétait sur l'eau en la faisant scintiller comme si des milliers de cristaux rayonnant flottaient à la surface.

Le paysage avait quelque chose de mélancolique. Jane ne parvenait à mettre le doigt sur le sentiment qui l'habitait lorsqu'elle observait ce panorama féerique, mais elle ressentait une étrange nostalgie qui enveloppait son cœur. Comme lorsqu'on écoute une vieille musique qui nous ramène loin dans le passé. Seulement, l'adolescente n'était pas encore en mesure de retrouver le souvenir attaché à ce sentiment.

« De quoi voulais-tu me parler, Jane ? » l'interrogea Lili avec sa froideur habituelle.

L'adolescente commençait à s'y faire, même si elle était agacée de l'entendre prononcée son nom à chaque fois avec un air supérieur.

« Quand nous étions dans la forêt, tu as parlé de Peter en tant que gardien. Mais je n'ai jamais rien entendu à ce sujet, alors je me demandais ce que cela signifiait.

« Je vois. Alors laisse-moi te conseiller une chose. Oublie tout ce que tu sais du Pays Imaginaire, car il est plus vaste et complexe que tu ne l'imagines. Quant à Peter, Lili poussa un long soupir avant de poursuivre. Je vais te raconter ce que je sais. Après tout, tu as bien le droit de savoir. »

L'indienne croisa ses jambes et lissa ses cheveux en les ramenant tous sur le côté droit.

« Peter Pan et James Crochet n'ont pas toujours été des ennemis, raconta-t-elle avec une voix plus suave. A son arrivée au Pays Imaginaire, notre jeune garçon ne portait pas encore le surnom de celui qui s'approprierait ce monde à la fois merveilleux et effrayant. Peter et James se lièrent d'amitiés en unissant leur force pour renverser un terrible pirate, qui faisait régner la terreur sur l'île ; Barbe Noire. À la suite de quoi, ils vécurent de grandes aventures à travers le royaume enchanté et y firent de grandes rencontres qui changèrent leur destin à jamais. C'est lors de l'une de ses aventures, que Peter devint un gardien.

» Le Pays Imaginaire est soumis à des lois, et c'est le Dieu Pan qui est en charge de les faire respecter. Mais lorsqu'on entrave l'une de ces lois, Pan est aussi en mesure de nous punir. La vie éternelle est une bénédiction pour certains et une malédiction pour d'autres. Tout dépend de la façon dont on voit les choses. Peter était lié à ce monde depuis sa naissance et lorsque le moment fut venu, le Dieu Pan lui demanda de devenir le gardien du Pays Imaginaire. Son rôle consistait à adopter tous les garçons non réclamés au bout de trois jours, protéger ce monde des pirates et de tous ceux qui tenteraient de lui nuire, maintenir la paix entre les différents habitants et enfin préserver la poussière de fée. En échange de quoi, il jouirait des joies de l'enfance à jamais. Pour Peter, tout ça ne consistait qu'à un jeu à ses yeux. Il accomplissait son devoir, sans se rendre compte de ce que cela représentait vraiment.

» Mais on raconte qu'un jour, Crochet commit l'irréparable et trahit la confiance de Peter. Il se murmure alors souvent, que ce dernier pour se venger, s'empara du trésor le plus précieux de James en le cachant dans un endroit où jamais il ne pourrait le retrouver. Fou de rage, Crochet se jura de le tuer et s'ensuivit une guerre terrible entre les deux amis, devenus ennemis jurés. Jusqu'à ce qu'un jour James termine dans le ventre d'un crocodile.

» Ceci fait bien sûr partie des nombreuses rumeurs qui entourent l'histoire du légendaire Peter Pan et du Capitaine Crochet. Car personne ne sait vraiment ce qui les avait conduits à se haïr autant. Mais ce que je sais avec certitude, c'est qu'un jour, le passé ressurgira des profondeurs de l'océan pour dévoiler les secrets les plus obscurs de Peter Pan et ainsi faire éclaté la vérité. Et ce jour me semble être enfin arrivé. »

Jane avait écouté l'indienne avec une grande attention, sans jamais oser l'interrompre. Buvant ses paroles avec avidité. Gravant chaque détail de cette histoire dans sa mémoire. Seulement, celle-ci soulevait beaucoup d'interrogations à ses yeux. Qu'avait vraiment fait Crochet et pourquoi ? Et de quelle vérité parlait-elle ? Pourquoi maintenant que Peter avait disparu, elle devait éclater ? Était-ce lié à sa propre venue au Pays Imaginaire ? Jane ne savait plus par où commencer. Toutes ses questions lui donnèrent presque la migraine. Elle sentait que Lili en savait plus qu'elle ne voulait bien lui dire.

« Pourquoi Crochet à trahit Peter ? Qu'a-t-il vraiment fait ?

— Je suis désolé, j'ai participé à plusieurs de leurs aventures, mais je ne faisais pas partie de celle-ci. Comme je te l'ai dis personne n'en a jamais entendu parler.

— Et qu'est-ce qui te fais penser que Peter a des secrets ? »

Lili émit un petit rire nerveux.

« Peter est l'être le plus mystérieux que je connaisse. Et pourtant, je le connais depuis bien longtemps, mais il demeure parfois une énigme pour moi. Mon instinct me dit que l'histoire entre Crochet et lui à un lien avec sa disparition et ta venue ici.

— Seulement je ne comprends pas ce que je viens faire dans l'histoire ? s'exclama Jane, pour tenter d'en apprendre plus.

— Tu imagines que je te cache quelque chose, lui répondit la princesse des Picanniny. Je le vois dans ton regard. Mais je suis vraiment désolé, Jane, je n'ai pas beaucoup de réponses à t'apporter.

— En fait, si. Il y a une question à laquelle tu n'as jamais vraiment répondu. Comment savais-tu qui j'étais ? »

La belle indienne scruta son regard un moment, qui lui sembla durer une éternité. Puis elle soupira de nouveau, las de tous ces mystères.

« Les fées m'ont parlées de toi quand je leur ai demandé où était Peter. Elles m'ont ensuite fait jurer de garder le secret et de veiller à ce que tu ne mettes jamais les pieds ici ou Peter serait très furieux.

— Quoi ? Mais pourquoi ? Et comment Peter me connaîtrait-il ?

— Je te jure que c'est tout ce que je sais», lui assura Lili, sincère.

Jane se leva machinalement, désemparée. Que venait-elle faire dans cette histoire ? Elle pensait que c'était une erreur venant de la part de Rash. Elle était persuadée qu'il s'était trompé de fenêtre. Mais les fées ne mentent jamais, lui assura Lili, infligeant bien plus de questions à sa tourmente. Pourtant, elle n'était personne, la succession de malheurs qui avaient détruits sa vie en était la preuve.

« Tu penses que les fées accepteraient de m'aider à comprendre ? demanda-t-elle avec un brin d'espoir.

— J'en doute. J'ai eu beaucoup de mal à leur soutirer cette information. Et si elles apprennent que je les ai trahis, elles refuseront de te dire quoi que ce soit. »

L'adolescente se sentait complètement dépassée et épuisée. Tout ça n'avait absolument pas de sens à ses yeux. Lili lui assura qu'elle les aiderait dans leur quête et lui conseilla d'aller dormir. Elle n'apprendrait rien de plus ce soir. Mais ces révélations avaient éveillé des milliers d'interrogations. Jane se demandait comment elle parviendrait à trouver le sommeil. Cependant, c'est lui qui vint la cueillir alors qu'elle ne faisait que de se répéter en boucle tous les détails de cette histoire.

Elle fut plongée dans de drôles de rêves où la lune ronde et brillante la regardait d'un œil bienveillant, alors que plus bas, sur un bateau pirate, Peter et Crochet se livrait un duel mortel. Le capitaine fut rapidement envoyé par le fond, sous les yeux luisant d'un éclat aigue-marine, perché sur le sommet du mat. Puis, rapidement le décor se transforma pour laisser place à un souvenir déformé par son subconscient et pourtant présent. Une femme d'une grande beauté, berçait Jane dans ses bras et lui chantait une berceuse pour l'endormir. Malheureusement, cette mélodie raisonnait encore trop peu, pour qu'elle s'en souvienne à son réveil.


Alors que pensez-vous de cette histoire de gardien ?

Et à votre avis, que c'est-il réellement passé entre Peter et James ? Des idées ?

Et quel est le rôle de Jane à votre avis ? J'aime bien écouter vos théories ^^