6
La deuxième étoile à droite
Le plan pour retrouver Peter pouvait paraissait simple à l'entendre. Les garçons perdus avaient déjà fouillé l'île et personne n'avait aperçut leur chef. Ni les sirènes, ni les indiens et ni les pirates. Sinon, ces derniers s'agiteraient déjà dans toute l'île pour le capturer. Depuis la disparition du gardien du Pays Imaginaire, les forbans semblaient avoir délaissé leur activité favorite, qui se trouvait être la chasse aux garçons perdus et la capture de leur chef.
Il ne restait donc qu'un seul et unique endroit où ce dernier pouvait se trouver. L'Autre-Monde, comme se plaisaient à l'appeler les habitants de l'île. Celui d'où venait Jane. Rash tenait cette information des fées et il ne pouvait en être autrement. Seulement, le problème demeurait toujours le même, Jane devait apprendre à voler si elle désirait retourner à Londres pour retrouver Peter. Et cela, la plongeait dans un grand désespoir.
Comment pouvait-elle y parvenir ? Même les garçons perdus ni parvenaient plus sans la présence de leur chef et les fées refusaient de l'aider, même pour sauver Peter. Elle ne pouvait finalement compter que sur elle-même.
Rash insista alors pour qu'elle reprenne l'entraînement, persuadée qu'elle finirait par y parvenir à force de persévérance. La jeune fille, qui ne voulait pas les décevoir, se convaincue et retenta le coup. Maintenant qu'elle savait où elle voulait vivre, peut-être que cela l'aiderait à avoir des pensées heureuses.
Seulement, ce ne fut pas le cas. Jane se vautra encore une fois dans la boue à plusieurs reprises et sentit la colère mêlée à la frustration l'envahir, lorsque Lili soupira à sa quinzième tentative, en proposant de capturer une fée pour l'obliger à leur donner un peu de poussière. Rash refusa, sachant que les fées leur déclareraient la guerre si ils osaient agir de la sorte et le petit peuple avait beau paraître inoffensif, il valait mieux ne pas déclencher leur colère. Jane leur demanda finalement de la laisser seule. Elle avait besoin de réfléchir à tout cela.
Comment pouvait-on avoir des pensées heures, quand toute son existence n'avait été qu'une succession de malheurs ? Ne cessait-elle de penser.
Elle ressentait la douleur refaire surface et lui percer le cœur. Elle était toujours parvenue plus ou moins à se préserver de ce mal-être en se réfugiant dans sa bulle. Seulement, aujourd'hui, celle-ci avait éclatée et elle se retrouvait mise à nue. Les blessures qu'elle s'était évertuée à refouler se retrouvaient mises à vif et pour couronner le tout, l'accablaient terriblement.
Pourtant, elle avait bien été heureuse avec ses parents. Elle le savait. Elle le sentait au fond de sa chair. Malheureusement, il lui était impossible de se souvenir de cette époque si lointaine. Elle soupira et regarda le ciel toujours recouvert par des nuages grisâtres qui reflétaient parfaitement sa mélancolie. Elle rêvait tant de revoir le bleu du ciel et la clarté du soleil pour l'aider à chasser ses pensées si sombres.
C'est alors qu'en formulant ces songes, un souvenir lui revint en mémoire. Un regard aigue-marine qui la transperça. Jane eut un drôle de sentiment et un frisson lui parcouru l'échine. Ces yeux lui en rappelèrent d'autres, plus doux, plus clair, qui la couvaient d'un air affectueux et bienveillant. Des flashes lui apparurent, sans qu'elle ne parvienne à déterminer si son imagination lui jouait des tours ou si ce regard appartenait bien à quelqu'un qu'elle avait connu. Une mélodie lointaine se rappela à elle et la fit se sentir toute drôle.
Jane se mit d'abord à marmonner cette berceuse, tandis que des bribes de paroles lui revinrent brièvement en mémoire.
The second Star to the right...
La deuxième étoile à droite
Shines in the night for you...
Brille dans le ciel pour toi...
To tell you that the dreams you plan,
Pour te dire que les rêves que tu projettes,
Really can come true.
Peuvent se réaliser.
C'est tout ce dont elle parvenait à se souvenir, mais ce fut suffisant pour faire éclore une étincelle en elle. Une toute petite flamme, pareil à un scintillement. Jane s'y accrocha aussi fort qu'elle le put et se redressa vivement. Elle savait ce qu'elle devait faire pour y parvenir. Alors elle prit ses jambes à son cou et se mit à courir de plus en plus vite, son instinct guidant ses pas. Elle traversa la forêt, laissant la flamme l'envahir, puis termina sa course au bord de la falaise. Elle entendit Rash et Lili, qui l'avaient suivi, lui crier de ne pas sauter.
Seulement, la jeune fille était sûre d'elle. Elle pensait l'avoir trouvée, sa pensée heureuse. Elle s'élança dans le vide en écartant les bras, prête à accueillir ce moment de grâce. Le vent fouetta son visage, faisant virevolter ses cheveux dans tous les sens. Mais elle s'en fichait, elle était convaincue d'y parvenir. Malheureusement, ce souvenir était trop fragile pour être en mesure de lui apporter des ailes. Jane le réalisa bien trop tard. Elle se vit tomber dans la mer et pria pour ne pas s'écraser sur un rocher.
Cependant, lorsque son corps s'enfonça dans l'océan déchainé, l'adolescente crut bien voir sa dernière heure venir. L'eau glacée lui engourdit rapidement les membres, tandis qu'elle eut l'impression que des milliers d'aiguilles lui transperçaient le corps. Ses poumons se comprimèrent à mesure qu'elle sombrait dans les profondeurs de l'océan, puis elle se sentit divaguer et partir, comme si son esprit se détachait complètement de son corps en emportant la douleur avec lui.
Elle se trouvait dans une chambre d'enfant où deux lits étaient disposés l'un à côté de l'autre et des jouets jonchaient le sol. Le clair de lune, illuminait la pièce à travers la fenêtre ouverte, d'une couleur nacré qui donnait l'impression que le lieu était emprunt d'une magie merveilleuse.
Jane se tenait à genou près de la fenêtre et observait le ciel. Elle trouva rapidement ce qu'elle cherchait, la seconde étoile à droite, qui scintillait bien plus que ses consœurs et qui donnait à la petite fille une joie incommensurable. Une ombre se dessina sur le pas de la fenêtre, tandis que les rideaux furent agités par une légère brise au parfum de sève et de gland qui réveilla en Jane un sentiment d'espoir et d'autre chose qu'elle ne parvenait pas à identifier, mais qui était si puissant que son cœur s'emballa dans sa poitrine. La silhouette qui était apparut était flou, seul son regard était perceptible et la percuta de pleins fouet.
Un regard aigue-marine qui la fixait avec une intensité grave et profonde. La jeune fille sentit un froid mordant s'emparer de son corps, si bien qu'elle se mit à grelotter. L'image de la chambre et de cette ombre à la fenêtre disparue et fut vite engloutie par l'obscurité.
L'adolescente sentit l'air sur sa peau mouillée la picoter et surtout la douleur dans sa poitrine la réveiller. Ses poumons étaient en feu et elle toussa plusieurs fois en recrachant l'eau qu'elle avait avalée en se tournant sur le côté. C'est ainsi qu'elle réalisa qu'elle se trouvait allonger par terre, or de l'eau, saine et sauve.
Lorsqu'elle parvint à ouvrir les yeux, elle vu le ciel grisâtre qui recouvrait l'île avec désespoir. Elle sentit une présence toute proche et trouva la force de se redresser. Elle était échouée sur un rocher tout près d'une plage déserte. Cependant, un visage émergeait de l'eau et l'observait de ses yeux violets avec sérieux.
Jane demeura interdite devant cette magnifique créature qu'elle pensait n'appartenir qu'aux légendes.
« C'est toi qui m'a sauvée ? » lui demanda-t-elle.
La sirène la regardait avec une certaine appréhension. Elle acquiesça simplement en réponse à la question de la jeune fille.
« Approche, je ne vais pas te faire de mal », lui assura-t-elle ensuite en comprenant que cette dernière se méfiait d'elle.
La créature approcha lentement, mais demeura à bonne distance du rocher malgré tout, toujours en observant Jane avec une forme de curiosité, mêlée à de l'incompréhension.
« Saurais-tu comment je peux trouver Peter et m'envoler ? » lui demanda-t-elle, désespérée.
La sirène ne répondit pas, mais tendit le doigt vers un endroit dans la forêt immense qui bordait la plage. En regardant de plus prêt, la jeune fille s'aperçut qu'en amont, un arbre gigantesque se dégageait des feuillages épais et semblait scintiller d'une lueur féérique.
Pixie Hollow, songea Jane. L'arbre des fées.
Elle voulut remercier sa sauveuse, mais lorsqu'elle tourna la tête dans sa direction, celle-ci avait disparut.
Jane se rendit sur la plage et s'enfonça dans la forêt en direction du repère des fées. Elle était consciente que se promener seule dans ces bois, pouvait être dangereux. Rash et Lili devaient être fous d'inquiétude, mais elle avait besoin de réponses. Lorsqu'elle arriva enfin à destination, elle admira le tronc épais et majestueux qui se dressait devant elle. Il scintillait d'une lueur doré et des milliers de petites fées s'activaient tout autour et à l'intérieur également.
Jane ne sut pas vraiment comment se présenter, alors elle se contenta de leur parler simplement.
« Bonjour, dit-elle. J'aimerais que vous m'aidiez à trouver Peter ? »
Seulement, aucunes fées ne semblaient s'intéresser à sa personne. Jane l'ignorait, mais ces dernières étaient très capricieuses et seul Pan parvenait à s'octroyer leur faveur, puisqu'il était leur gardien.
Cependant, Rash était parvenu à en apprivoiser une et Jane parvint à se souvenir de son nom.
« Ondine, si tu es là je viens de la part de Rash ! Je t'en supplie, tu dois m'aider ! »
La jeune fille attendit quelques instants, mais personne ne vint à sa rencontre. Désespérée, elle soupira et se laissa glisser le long d'un tronc tout proche, exténuée. Elle prit sa tête entre ses mains et poussa un profond soupir. Elle sentait qu'elle était à bout de nerf, épuisée moralement par toutes ces interrogations et ces mystères. Depuis qu'elle était orpheline, elle n'avait cessé de se plonger dans des mondes imaginaires à travers des romans d'aventures pour égayer son quotidien morose. Ainsi, elle s'était souvent identifier aux héros de ses livres, forts, vaillants et courageux. Seulement, aujourd'hui, elle n'était plus certaine d'avoir ses qualités. Elle se sentait, faible, apeurée et surtout terriblement seule.
Ses émotions la tiraillait et l'envie de lâcher prise était grande. Mais Jane avait toujours tenu le coup jusque-là. Elle se persuada qu'elle pouvait encore le faire. Il le fallait bien, si elle voulait vivre ici.
La jeune fille releva la tête et respira profondément. Sans même s'en rendre compte, elle se mit à nouveau à marmonner cette litanie qui surgissait du passé. Plus elle passait en boucle l'air dans sa tête et plus il devenait clair. Jusqu'à ce qu'elle se rappelle finalement les mots exacts qui composaient la berceuse que toutes les mères chantaient à leurs enfants avant de s'endormir.
The second Star to the right...
La deuxième étoile à droite
Shines in the night for you...
Brille dans le ciel pour toi...
To tell you that the dreams you plan,
Pour te dire que les rêves que tu projettes,
Really can come true.
Peuvent se réaliser...
The second star to the right
La deuxième étoile à droite
Shines with a light that's rare
Brille d'une lumière rare
And if it's NeverLand you need
Et si c'est le Pays Imaginaire dont tu as besoin
It's light will lead you there...
Sa lumière t'y guidera
Twinkle, twinkle little star
Scintille, scintille petite étoile
So I'll know where you are
Que je sache où tu es
Gleaming in the skies above
Luisante dans le ciel là haut
Lead me to the one who loves me...
Guides-moi vers celui qui m'aime...
And when our journey is through
Et quand notre voyage est terminé
Each time we say Goodnight
Chaque fois que nous disons Bonne nuit
We'll thank the little star that shines
Nous remercions la petite étoile qui brille
The second from the right.
La deuxième étoile à droite.
La jeune fille ressentit une once d'allégresse, mêlée à de la mélancolie. Ce souvenir, si infime soit-il, avait fait remonter à la surface des sensations qu'elle pensait ne jamais retrouver. Celui d'un espoir qu'elle croyait perdu depuis toujours.
Cette chanson sembla attiser la curiosité de l'une des fées qui se mit à scintiller devant Jane en la couvant de son regard interrogateur. La jeune fille reprit ses esprits et plissa les yeux. Elle reconnut immédiatement cette dernière, qui lui avait fichu la peur de sa vie lorsqu'elle l'avait aperçu pour la première fois dans sa chambre. Il s'agissait d'Ondine, avec ses longs cheveux bruns ondoyant autour d'elle.
« Saurais-tu comment je peux trouver Peter ? » interrogea Jane à nouveau.
La fée fit non de la tête avec un air désolé.
« Alors saurais-tu où est passé Clochette ? Peter ne se sépare jamais d'elle, non ? »
Ondine désigna la plage et se mit à tournoyer autour de l'adolescente pour tenter de lui raconter ce que son amie avait fait. Mais Jane qui n'avait jamais discuté avec une fée et eut du mal à la comprendre.
« Clochette est partie ? demanda-t-elle pour qu'Ondine lui confirme ses dires, elle a traversé la mer et ... Elle est partie dans l'Autre-Monde pour trouver Peter ?
La petite créature aillée acquiesça vivement avant de lui faire comprendre qu'elle n'avait plus eu de nouvelle de Clochette depuis ce jour. Tout comme Peter, elle avait disparu.
La jeune fille n'était pas plus avancée et commençait à en avoir assez de courir après des fantômes. Comment Peter Pan avait pu disparaître subitement ? Et pourquoi ? Ça ne pouvait être possible et pourtant...
Jane décida finalement de rentrer au camp, seulement elle ignorait comment rejoindre celui-ci, mais par chance Ondine semblait l'apprécier et se proposa de la raccompagner. Elles s'enfoncèrent dans la forêt aux arbres immenses qui longeait la plage. Des bruits d'oiseaux et d'animaux retentissaient ça et là, mais l'adolescente suivait la fée confiante. Le jour déclinait rapidement et seule la lueur de la petite créature lui permettait de la suivre sans difficulté.
Cependant, après plusieurs heures de marches, Jane était exténuée. Elle n'imaginait pas que l'île puisse être aussi vaste. Dans ses rêves, il lui semblait plus aisé de s'y déplacer. Seulement, elle ne savait pas que lorsque les enfants visitaient le Pays Imaginaire durant leur sommeil, celui-ci avait des limites bien défini. Tandis qu'en réalité, ce monde regorgeait de danger et son royaume s'étendait bien au delà de la mer. Il répondait également à des lois de la nature que le Dieu Pan s'appliquait à faire respecter et que nul ne devait bousculer au risque de déclencher sa colère. Et tout le monde ici-bas, savait combien elle pouvait être terrible.
Après avoir trouvé un endroit où se reposer, Jane s'assit le dos contre un arbre et tenta de faire du feu, consciente qu'elle ne rejoindrait pas le campement des garçons perdus avant le lendemain. Elle devait se reposer pour reprendre sa route à l'aube. Malheureusement, elle ne savait absolument pas confectionner un feu et la nuit arriva plus vite qu'elle ne l'imaginait. Sa seule source de lumière était Ondine qui vint se blottir tout près d'elle pour lui apporter un peu de réconfort. La jeune fille se mit à nouveau à fredonner la berceuse que sa mère lui chantait tous les soirs avant de s'endormir.
Ce souvenir lui réchauffa le cœur. Elle n'avait peut-être pas tout oublié de ses parents. Elle fut convaincue que ses souvenirs étaient toujours là, quelque part, enfouit au fond de son âme. Il fallait seulement qu'elle trouve le moyen de les faire remonter à la surface. Elle lutta le plus longtemps possible contre la fatigue, mais ses paupières se firent de plus en plus lourde et elle finit par céder à la tentation.
Elle fut tirée de ses rêves par le tintement d'Ondine qui s'agitait dans tous les sens pour la réveiller. Jane émit un long bâillement et s'étira comme un chat, avant de lire l'inquiétude sur le visage de sa nouvelle amie. Elle réalisa qu'il faisait toujours nuit et qu'un calme inquiétant régnait en maître dans la forêt.
Jane se figea, la peur s'insinuant dans ses veines. Son corps tout entier tremblait, mais elle était incapable de faire le moindre mouvement. Elle tendit l'oreille, tandis qu'Ondine vint se cacher dans la poche de sa chemise. Le craquement d'une branche la fit sursauter et de grosses goutes de sueurs perlèrent le long de ses tempes. L'air était lourd et chargé d'humidité. Un nouveau bruit la fit se lever dans un bond. Il ne fallait pas qu'elle reste ici. Se forçant à reprendre le contrôle, elle se mit à courir sans se retourner.
Mais la forêt était dense et particulièrement hostile. La jeune fille repoussait les branchages qui lui barraient le chemin en s'égratignant les bras sans se soucier d'avoir mal. Elle pouvait sentir qu'on la traquait comme un animal jusqu'au plus profond de sa chair.
Son souffle saccadé aurait pu la forcer à s'arrêter, mais l'instinct de survie était plus fort et insufflait en elle l'adrénaline suffisante pour lui donner force et courage.
Malheureusement, elle ne connaissait pas aussi bien la forêt que ses traqueurs. Elle manqua de trébucher en se prenant les pieds dans une liane, mais se retint de justesse et vint se cogner contre un large tronc, dont la texture moelleuse la surpris. Seulement, lorsqu'elle sentit une main imposante lui saisir le bras, elle comprit qu'il ne s'agissait pas d'un arbre. Elle releva la tête, apeurée et vit l'horrible visage d'un pirate balafré, qui se mit à rire gras en apercevant son air effarouché.
Elle voulut hurler et se débattre, mais une autre personne dans son dos et lui couvrit la tête d'un sac et la frappa à l'arrière du crâne. Jane sentit à peine la douleur, alors qu'elle sombrait dans les limbes.
