Auteur: Elbée
Rating: M
Warning: Slash HPxDM Lemon UA
Rythme de publication : Un dimanche sur deux
Et voici le cinquième chapitre ! Je m'excuse par avance pour les fautes et erreurs de frappe présentes, j'ai été extrêmement occupée ces derniers temps et je n'ai pas eu beaucoup de temps pour me re-lire :( -heureusement je serais plus tranquille à présent, ouf ! ;)
Comme d'habitude les réponses aux reviews anonymes sont sur ma page profile:) Merci un million de fois à tous ceux qui ont laissé une review sur le dernier chapitre ! =D
J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira ! Comme je l'ai dit dans le chapitre précédent, on exécute un bond de deux mois dans le futur... Ceci pour la bonne raison que je craignais que suivre Draco et Harry pas à pas créerait trop de répétitions, et pourrait se révéler ennuyant à la longue... Donc bref j'espère que vous accrocherez:)
À très bientôt !
Plus Que Du Gris
Chapitre 5 : Complications
2 mois plus tard
Oui, Draco semblait calme et reposé d'extérieur, il paraissait à vrai dire parfaitement serein. Et pourtant, Harry savait que ça n'était qu'une façade. La manière qu'il avait de tapoter du bout de ses doigts le poignet de son autre main et le léger froncement de sourcils sur ses traits étaient des signes que Harry avait appris à repérer. Le vampire était agité et préoccupé mais semblait peu disposé à le lui montrer.
Cela faisait à présent deux mois que Harry et Draco se voyaient régulièrement, et aussi étrange que la situation avait pu être au début, les choses avaient à présent un goût plaisant d'habituel et de confortable, et Harry aurait même pu se laisser aller jusqu'à dire qu'ils formaient désormais une sorte de couple. Sauf que le terme semblait trop inapproprié, et que des histoires de terminologie n'intéressaient ni l'un ni l'autre de toute façon.
Cette nuit là, ils se trouvaient dans le trois pièces de Draco, situé légèrement à l'extérieur du centre-ville, et il était actuellement deux heures du matin. Tard pour Harry, et tôt pour Draco. Harry avait passé toute la journée et une partie de la nuit au garage. Il était sur le point de terminer une moto dont le moteur était un véritable petit bijou. Le temps était passé plus vite qu'il ne l'avait pensé –cela lui arrivait souvent lorsque la mécanique et l'excitation qui en découlait l'avalaient tout entier .
Il venait d'arriver chez Draco une petite heure auparavant et s'était effondré dans le canapé en fibre de lin noir qu'il affectionnait. Le vampire l'avait rejoint, mais semblait lui faire la conversation d'une oreille distraite, comme si son esprit était dirigé vers autre chose.
L'appartement était relativement petit mais propre et bien organisé. L'endroit était tout compte fait à des lieux de l'idée que Harry avait pu se faire d'un repère de vampire. C'était bien là que Draco passait ses journées, lorsqu'il était plongé dans un sommeil de plomb tandis que le soleil suivait sa route immuable et même s'il ne l'avait pas compris la première fois que le vampire lui avait fait visiter les lieux, Harry se rendait à présent compte de l'honneur qui lui avait été fait. Il semblait que pour un vampire, révéler son refuge était une véritable preuve de confiance, puisque c'était lorsqu'ils dormaient qu'ils étaient le plus vulnérable.
-Qu'est-ce qui te préoccupe tant ? » Demanda Harry quand Draco sembla ne pas l'entendre pour la seconde fois, un comble pour un être à l'ouïe supposée supérieure...
-Hmm ? » Fit Draco, ses yeux gris posés sur un point invisible au plancher et ses sourcils légèrement froncés.
Harry soupira légèrement de contrariété et changea de position sur le canapé de manière à faire directement face à Draco qui était assis à côté de lui.
-J'ai dit : qu'est-ce qui te préoccupe ? » Répéta Harry. « Depuis que je suis là tu as l'air de penser à autre chose »
Le blond dû sentir le léger changement de ton dans sa voix, puisque cette fois son attention se focalisa enfin sur son amant.
-Excuse-moi, ça n'est rien... » Fit Draco avec un petit sourire, tentant aussitôt de masquer son trouble, mais Harry gardait tout de même l'impression que ça n'était pas 'rien'.
Le blond lui jeta un coup d'œil et vit dans le regard vert du loup-garou qu'il n'allait pas abandonner l'affaire si facilement. Il eut un faible sourire devant l'entêtement caractéristique qu'il connaissait désormais bien au brun.
-Blaise a donné du fil à retordre à Lord Voldemort la nuit dernière... Je ne doute pas que Blaise saura tirer son épingle du jeu mais... »Commença Draco avant de s'arrêter brusquement. « Enfin comme je te le disais, il ne s'agit que de stupides histoires de territoire et de politique... »
À force de fréquenter Draco, Harry avait vite compris qu'une des différences fondamentales dans la nature des vampires avec celles de loup-garous, était la passion que semblaient avoir les buveurs de sangs pour cette politique nébuleuse dont le but semblait être de poignarder le dos de son voisin pour un avantage quelconque.
Il n'y comprenait à vrai dire pas grand chose, et souvent il laissait parler Draco sans vraiment savoir à quoi il faisait référence. Blaise était un nom qui était revenu plus d'une fois, et en écoutant le blond, Harry s'en était fait du vampire une image de mafioso puissant.
-Lord Voldemort... » Fit Harry, un air pensif, se remémorant une brève conversation qu'ils avaient eu des mois de cela. « C'est un... Hmm... Sang-pur, oui? Et ce Blaise, il en est un aussi ? »
-Non, non... » Répondit Draco d'un air amusé, cet air qu'il avait toujours lorsque Harry révélait sa presque totale ignorance sur le fonctionnement de la société vampire. « Les Sang-purs sont extrêmement rares ils sont les seuls dont la morsure change un humain en vampire... Et ce sont eux qui se trouvent au somment de la pyramide pour ce qui est du contrôle, tu vois ? »
Harry ne voyait pas vraiment, mais hocha la tête tout de même.
-Blaise par contre... » Reprit Draco d'une voix lente comme s'il pesait ses mots avec précaution. « Blaise est ancien, puissant et il a des amis... Mais contrairement à tous ces autres sangsues qui lèchent les bottes de Voldemort, Zabini n'est pas un sang-bleu... Rien de bon pour le Lord, évidement... »
-Un quoi ? »
Draco lui lança un regard surpris comme si le fait que le loup-garou ne connaissait pas le signification de ce terme le surprenait réellement.
-Un sang-bleu... »
-Ce qui veut dire... ? » Pressa Harry qui n'aimait pas rester dans le noir.
Maudit soit les vampires et toutes leurs bizarreries, songea le brun. Sang-pur, sang-bleu... N'importe quoi...
-Un vampire à qui l'honneur de boire le sang de son maître, d'un Sang-Pur a été fait...Ils deviennent plus forts et acquièrent des pouvoirs supérieurs. » Expliqua Draco, une expression sombre se peignant aussitôt sur ses traits. « C'est un honneur, mais en théorie seulement bien-sûr, puisque les Sang-bleus ne deviennent ni plus ni moins les marionnettes du Sang-pur en question...Bellaxtrix, le bras droit du Lord, en est une. »
-Et Voldemort n'est pas content parce qu'il ne peut pas contrôler facilement ce Blaise ? »
Draco le regarda à nouveau et un sourire se forma à nouveau sur ses lèvres pâles.
-C'est bien résumé, oui. » Acquiesça t-il. « Blaise ne porte pas vraiment dans son cœur Lord Voldemort ou ses manières de faire...Et bien-sûr le Lord n'apprécie guère qu'on lui fasse tête. »
-Et toi ? » Demanda Harry, vaguement intéressé, même s'il n'était pas vraiment concerné par tout cela.
Draco l'observa une fraction de seconde d'un regard vif et perçant avant de se détendre à nouveau. Harry ne comprenait rien à leur politique et sa question avait été posé par la curiosité naïve qui l'animait, pas pour le descendre et utiliser contre lui ce qu'il pourrait dire à la première occasion. Il pouvait faire confiance à Harry.
-Lord Voldemort, hé bien... Il est le 'patron' ici... Il n'est pas exactement ma personne préférée mais... Je lui doit une certaine allégeance, que je le veuille ou non : c'est lui qui m'a étreint, il est mon aïeul... »
Harry leva légèrement les sourcils, un peu surpris de savoir que le Lord était son aïeul, même si, se dit-il, ça n'avait en fait rien d'étonnant. Lord Voldemort était, d'après Draco, le seul vampire de Sang-pur de Poudlard, capable de changer un humain...
-Mais tu travailles pour Blaise ? »
Draco eut un petit rire étranglé.
-Évite de raconter ça à tout le monde, d'accord ? »
-Oh » Fit simplement Harry.
-Lord Voldemort le sait, mais ça fait partie du jeu... » Fit tout de même Draco avec un geste de balayage de la main droite, ce qui renforça la confusion de Harry.
Les mœurs des vampires lui étaient incompréhensibles.
Draco pencha la tête sur le côté et le coin de ses lèvres se souleva en un demi sourire, comme pour conclure la conversation. Il n'avait pas vraiment envie d'entrer dans les détails, ou de raconter à Harry ce que le fait d'avoir été étreint par Lord Voldemort impliquait... De devoir lui dire à quel point son aïeul pouvait le soumettre à son pouvoir, ou qu'il était de son devoir d'offrir son sang sans rechigner si le Lord le lui demandait.
Tout comme son ignorance sur les lycanthropes avaient été incommode par le passé, le manque de connaissance de Harry sur ceux de sa race était parfois ennuyant.
Il vit Harry jeter un coup d'œil à sa montre et nota le petit soupir fatigué qui franchit ses lèvres.
-Je ne vais pas tarder... » Fit Harry, à contrecœur semblait-il.
-Quoi, déjà ? » Demanda le vampire qui n'avait pas vu le temps passer.
La différence de leur cycle de sommeil était parfois pesante, même si la faute n'incombait ni à l'un ni à l'autre.
-Remus et Sirius sont un peu bizarres en ce moment... » Répondit Harry, une lueur morose dans ses yeux vert feuille. « Comme s'ils se doutent de quelque chose, je ne sais pas... »
Et c'était vrai. Depuis quelques semaines, il avait remarqué que ses deux parrains semblaient l'observer plus que d'ordinaire, et déjà ils lui avaient posé des questions sur où il allait si tard chaque nuit. Harry s'était cependant montré réservé et avait été toujours prudent. Il ne leur avait pas mis au courant de son licenciement du Moonbeam, ce qui lui fournissait une excuse en or pour expliquer ses épisodes nocturnes et les heures tardives auxquelles il rentrait parfois.
Néanmoins, il savait que Remus et Sirius étaient loin d'être idiot, et il ne voulait pas leur fournir matière à réflexion, aussi rentrer maintenant paraissait être plus sage, même si ça ne l'enchantait pas plus que Draco.
Lui et le vampire s'étaient tout de suite mis d'accord sur le fait que l'embryon de relation qu'ils avaient alors commencé à partager il y avait deux mois de cela devait absolument rester secret. Divulguer la chose n'aurait de toute façon rien engendré de bon, autant pour l'un que pour l'autre. Cela était bien entendu plus difficile pour Harry qui vivait sous le toit de deux parrains inquisiteurs que pour Draco qui vivait seul.
Harry se tourna à nouveau vers Draco et eut un regard attendri devant l'évidente contrariété qu'affichait le vampire blond. Il leva sa main et toucha du bout de ses doigts la joue de son lié. Sa peau pâle pareille à de la porcelaine était froide mais lisse, et bien que Harry sut que ça n'était sûrement pas une idée des plus brillantes, sa main s'aventura vers sa mâchoire, caressant doucement, appréciant la douceur sous ses doigts.
Parfois, comme en cet instant le côté irréel que ce lien fortuit avait donné à sa vie le surprenait encore. Le regard de Draco s'assombrissait déjà d'une teinte carmine et Harry put apercevoir deux perles pointues sur sa lèvres inférieure... Tout chez le vampire était diffèrent de lui qui était un loup-garou ils étaient membres de deux espèces qui se méprisaient cordialement, et pourtant Harry ne pouvait plus s'imaginer sans Draco.
Et alors que le blond se rapprochait de lui, une lueur interrogatrice dans le regard et une certaine expression d'adoration sur son visage, Harry ne put trouver une seule raison valable de penser qu'il avait tort de se sentir ainsi.
Le brun fit glisser sa main sur la nuque du vampire et fit jouer ses doigts dans les cheveux incroyablement blonds qui tombaient en mèches soyeuses sur la base du cou de son lié. Une légère pression sur sa nuque et un regard d'accord silencieux suffirent à faire comprendre au blond qu'il avait le droit de prendre ce qu'il désirait. Non pas que Harry le lui aurait jamais refusé. Mais même après tout ce temps, Draco semblait toujours mettre un point d'honneur à s'assurer que Harry y consentit.
Draco se pencha davantage et déposa un baiser papillon sur les lèvres du jeune loup-garou avant d'embrasser le pouls carotidien du brun, arrachant un soupir content de celui-ci.
Draco lécha avec une tendresse indéniable la partie du cou de Harry qu'il s'apprêtait à mordre, fermant les yeux sous la double sensation de la peau sous ses lèvres et de la main qui était retournée dans ses cheveux.
Décidé à prendre son temps et à rendre l'acte le plus agréable possible pour Harry, Draco ne se hâta pas de percer la peau et se mit simplement à le taquiner en le mordillant suffisamment pour que le brun se mette à s'agiter sous lui, impatient, mais pas assez fort pour le faire saigner.
Bientôt, à force de sucions et autres attentions, la peau du cou du loup-garou fut bientôt rouge, tout comme l'étaient ses joues qui semblaient brûler d'une envie mal contenue. Draco ne put réprimer un sourire en coin satisfait en voyant le délicieux tableau qu'offrait à présent le lycanthrope, s'attirant le regard horripilé de ce dernier.
-Enfoiré... » Murmura t-il, le souffle court et son expression d'envie atténuant grandement l'insulte envers le vampire qui sourit tout à fait cette fois comme pour confirmer l'accusation.
Draco savait à quel point Harry était sensible à sa morsure, ce qui lui était d'autant plus exaltant qu'il savait le brun insensible à son aura de par sa nature lycanthrope.
Sa patience avait néanmoins ses propres limites, et la nuit était déjà suffisamment avancée pour qu'une sérieuse soif se fasse sentir dans le fond de sa gorge. Il ne buvait pas tous les soirs au cou de Harry, soucieux de sa santé, même si la jalousie que montrait ce dernier lorsque le sujet était évoqué était plus qu'exquise.
Le sang de Harry demeurait néanmoins unique en son genre, le remplissant de vitalité plus qu'aucun autre sang et le laissant à bout de souffle à chaque fois qu'il s'en abreuvait et les nuits où il s'abreuvait à cette gorge qu'il avait apprit à chérir contre toute attente lui étaient particulièrement précieuses. S'il n'avait su de par Pansy que les vampires étaient incapable d'éprouver le sentiment pur qu'était l'amour, Draco aurait pensé qu'il était entrain de s'éprendre sérieusement de l'autre adolescent.
Se montrant enfin clément et de toute façon incapable d'attendre d'avantage, Draco ouvrit enfin ses mâchoires et referma sa bouche sur la carotide du brun, ses crocs effilés s'enfonçant dans la chaire aussi facilement qu'un couteau glisse dans du beurre, savourant la délicieuse sensation que lui provoquait la prise ferme sur le cou chaud. La réaction de Harry fut instantanée :
-Aaaah D-Draco... » Fit-il d'une voix tremblante, la main plongée dans les cheveux blonds se crispant inconsciemment.
Perdu dans l'extase qui suivait invariablement la morsure de Draco, Harry se s'aperçut même pas que sa respiration s'était faite saccadé et que des sons décousus de sens s'échappait à intervalles irrégulières de sa bouche entrouverte.
S'il avait cru que l'intensité du plaisir lié à la morsure décroîtrait au bout d'un temps, les choses avaient au contraire pris une toute autre tournure, et Harry aurait été prêt à mettre sa main au feu que son cou avait au contraire gagné en sensibilité depuis toute cette histoire, comme si les tissus de sa peau devenaient un peu plus réceptifs à chaque fois qu'ils cicatrisaient. La zone de morsure de chaque côté de son cou était devenait incroyablement délicate et, Draco l'avait déjà bien remarqué, une caresse bien placée suffisait souvent à émoustiller le jeune loup-garou.
Une des ambitions secrètes de Draco était de faire jouir Harry simplement à l'aide de ses crocs. Mais cela semblait être une expérience d'un autre soir, déjà Harry, qui semblait pourtant complètement plongé dans une sorte d'ivresse béate, avait placé son corps de manière à ne pas se laisser tenter. Il était sérieux quand il avait dit qu'il devait partir bientôt, réalisa Draco sans pouvoir s'empêcher de se sentir déçu. S'il l'avait voulu il aurait certes sûrement pu parvenir à ses fins, mais Harry aurait des ennuis avec sa famille...
Ah depuis quand s'était-il donc transformé en une telle guimauve ? Songea Draco avec dérision, buvant toujours lentement le sang délicieux du brun qui gémissait faiblement de plaisir. Jamais, oh jamais avant ne s'était-il soucié de la personne qui lui fournissait son sang. Mais avec Harry les choses étaient si différentes qu'établir une comparaison semblait presque hors-propos.
Draco ferma les yeux, concentrant tous ses sens sur le goût chaud et la texture épaisse du sang qui s'échappait de la carotide du brun pour emplir sa bouche avide. Chaque gorgée l'emplissait d'une plénitude bénie, et la sensation d'être connecté à Harry d'une manière si unique et profonde le faisait frémir de ce sentiment d'accomplissement propre à sa nature prédatrice.
Sa main gauche berçait doucement l'autre côté du cou de Harry, caressant la peau comme pour le calmer. Draco s'arrêta après quelques minutes, s'attirant comme de coutume un soupire frustré, et entreprit de nettoyer la blessure, d'une lenteur délibérée, recueillant les quelques perles rouges qui coulaient paresseusement jusqu'à ce que le sang coagulasse suffisamment pour qu'il puisse relever la tête et embrasser le loup-garou.
Ils échangèrent un baiser avec une lenteur sensuelle. Harry s'était peu à peu habitué, par la force des chose, au goût de son sang dans la bouche de Draco, et même si le liquide en lui-même n'avait pas de saveur particulière, ce qu'il représentait ne manquait jamais de l'exciter, réveillant en lui une drôle de sensation primaire.
Harry laissa sa tête tomber contre le torse de Draco et ferma les yeux, savourant le contact de la main du vampire qui, déjà, se réchauffait lentement, perdant peu à peu de sa froideur glaciale. C'était un processus toujours aussi fascinant pour Harry qui ne cessait jamais de s'en émerveiller.
Le vampire était toujours soucieux de la quantité de sang qu'il prélevait à Harry, et la grande tolérance de l'anémie du lycanthrope, assurait toujours que le brun fut sur pieds après leurs séances. Présentement, Harry se sentait délicieusement calme et reposé, et l'idée de devoir partir le répugnait, même si, il le savait, il n'avait guère d'autre choix.
L'idée que Sirius et Remus puissent être chez eux à attendre son retour lui donnait plus que jamais l'envie de rester blotti tout la nuit dans les bras du blond, mais vraiment : cela aurait été contre-productif aussi il finit enfin par se redresser avant de déposer un dernier baiser papillon sur les lèvres de son lié.
-Il faut que j'y aille » Décréta t-il d'une voix décidée.
Il jeta un coup d'œil à sa montre et constata avec un petit pincement au cœur qu'il était déjà deux heures trente passées. Il n'arriverait pas à Près-au-Lard avant trois heures pour sûr... Avec un peu de chance ses parrains seraient déjà endormis ou mieux : peut-être étaient-ils partis dans les bois pour une longue ballade nocturne comme les lycanthropes aimaient le faire.
Il quitta l'appartement et fut sur sa moto en un clin d'œil.
L'air qui lui fouetta le visage tout du long du voyage eut le mérite de le réveiller un peu, et lorsqu'il coupa le moteur, arrivant devant chez lui, il se sentait étrangement fébrile.
La lumière du salon était allumée et il ne faisait aucun doute a cette heure tardive que c'était lui qu'on attendait. Il jeta un coup d'œil à la lune dans le ciel dégagé comme pour se donner du courage. Elle serait pleine dans une courte semaine.
Il inspira profondément. Il eut comme l'impression d'avoir été propulsé des années dans le passé, un soir, alors qu'il avait quinze ans et que lui et Ron avaient pris la cuite de leur vie. Un petit sourire passa sur son visage tandis qu'il repensait à l'engueulade qui avait suivi... Oh ça, il n'avait pas été prêt de recommencer...
Il gravit les marches du porche, forçant à détendre sa posture. Il n'avait rien fait de mal. Du moins, ni Remus ni Sirius ne pourraient lui reprocher quoi que ce soit, n'est-ce pas ? Il dirait qu'il avait travaillé au Moonbeam toute la nuit... Ils ne pouvaient pas savoir... si ?
Il fit tourner sa clef dans la serrure, mais celle-ci buta aussitôt, révélant que la porte n'était pas verrouillée. Harry déglutit.
Il poussa la porte d'entrée et ce qui l'attendait n'aurait pas pu être pire.
Remus était assis sur le fauteuil près de la table basse, bras croisés, tandis que Sirius était mi-perché mi-assis sur l'un des tabouret de cuisine, bras croisés également. Tous deux l'observaient d'un air grave et indéniablement contrarié, et Harry sentit qu'il n'allait pas passer le meilleur quart d'heure de sa vie.
-Où étais-tu ? » Claqua la voix de Sirius.
Harry ne put réprimer une grimace. Sirius, qu'il soit sous sa forme humaine ou animale, ne manquait jamais d'impressionner. Cela était d'autant plus vrai lorsqu'il était irrité.
-Au Moonbeam... » Fit Harry, mais sa voix semblait dépourvue de la moindre conviction même à ses propres oreilles.
-Ne mens pas ! » L'interrompit immédiatement Sirius, sa voix aussi sèche qu'un coup de fouet.
Harry ne put empêcher son regard de ciller, et s'il avait été sous sa forme de loup, et aurait plaqué sa queue entre ses jambes, les oreilles rabattues et se serait mis à couiner de malaise, il en était certain.
-Harry, nous avons appelé le Moonbeam, la semaine dernière. » Fit Remus d'une voix froide qui fit l'effet d'un seau d'eau glacé à Harry, son ton faussement calme tout aussi efficace que la colère dans la voix de Sirius. « Ils nous ont appris que tu avais été remercié il y a de ça deux mois maintenant, Harry deux mois. »
Ceci expliquait cela, comprit Harry leur comportement observateur avait à présent tout son sens. Il se sentait pris au piège, mais bien-sûr leur révéler la vérité était hors de question.
-Qu'est-ce que tu fais tous les soirs ? » Demanda Sirius, l'œil scrutateur, ne lâchant pas son filleul du regard une seule seconde comme s'il lisait son âme.
Harry passa une main dans ses cheveux noirs désordonnés, les ébouriffant encore davantage et expira bruyamment, se refusant à concevoir un nouveau mensonge. De toute façon ses parrains sauraient s'il ne disait pas la vérité, et Harry n'avait aucune envie de leur mentir à nouveau, aussi garda t-il le silence, incapable de soutenir leur regard bien longtemps.
-J'espère que tu ne t'es pas associé à des individus douteux, Harry ? »Demanda Sirius. « Je sais qu'à ton âge on peut penser que ce qui rapporte beaucoup est une bonne idée, mais... »
-Non, non ! » Coupa aussitôt Harry sans pour autant poursuivre.
Bon dieu, qu'est-ce que ses parrains avaient bien pu aller chercher pour expliquer son comportement ? Qu'il se prostituait aussi ?
Remus poussa un soupir et Harry lui jeta un coup d'œil. Il avait les yeux fermés et pinçait l'arrête de son nez de sa main droite, comme plongé dans une réflexion qui le contrariait particulièrement.
-Est-ce que c'est à cause d'une humaine, Harry ? » Demanda Remus cette fois si plus doucement.
Harry haussa un sourcil, sans comprendre ce que Remus voulait dire par là au juste.
-Harry, si tu t'es vu lié malgré toi à une humaine, tu devrais nous le dire... » Dit Remus. « Ou même à un humain. Tu sais que tu peux nous faire confiance. »
Harry sentit un rire étranglé se coincer dans sa gorge, et seul un étrange gargouillis franchit ses lèvres. Oh parfait ! La vie était foutrement parfaite ! Merde !
Comment aurait pu t-il jamais envisager leur dire l'aberrante vérité si se lier avec un humain était déjà en soi quelque chose de tabou.
-Non, non... Je ne suis pas lié à une humaine...Ou un humain, je le jure... » Fit Harry dont le malaise était étrangement occulté par une sorte d'hilarité nerveuse intérieure.
La tension restait palpable, mais au bout de quelques minutes, il fut évident que Harry ne comptait pas leur divulguer la moindre information sur ses activités nocturnes récentes. Sirius, passablement irrité mit un terme à la conversation qui tenait davantage de l'interrogatoire selon Harry, en lui ordonnant de filer dans sa chambre, sans oublier de lui confisquer son téléphone au préalable.
Remus semblait lui aussi plutôt contrarié et soutint Sirius, annonçant à Harry qu'il était puni et avait l'interdiction de sortir de sa chambre jusqu'à nouvel ordre.
Il y avait également dans ses yeux une lueur de tristesse et de déception qui mettait Harry mal à l'aise. Pourtant, rien ne pouvait le faire changer d'avis. Il se sentait terriblement mal de ne rien pouvoir dire à ses parrains, mais il savait que l'alternative aurait de toute manière était bien pire.
D'un pas lourd, Harry monta les escalier et regagna sa chambre. Il résista à l'envie puérile de claquer la porte derrière lui, sa frustration grandissante. Il comprenait la raison pour laquelle Remus et Sirius agissaient de la sorte, et même s'il leur en voulait de le punir, il savait en lui-même qu'ils ne faisaient, en fait, que s'inquiéter à son sujet Ils n'avaient aucun moyen de savoir ce qui poussait Harry à se conduire d'une façon aussi mystérieuse.
La chambre de Harry était située sous les combles du chalet, et il avait ainsi pour lui presque tout le deuxième étage qui était d'une surface très satisfaisante, même si les pans coupés du toit au dessus de sa tête faisait perdre un peu d'espace. Le parquet qui couvrait le sol était d'une chaude couleur miel et la pièce avait été décorée dans les tons rouge et or par les soins de Harry avec l'aide de Remus quelques années auparavant, lorsque l'ado qu'était devenu alors le brun avait décidé qu'il était temps qu'il refasse la déco de sa chambre.
Il se laissa tomber sur son lit tout habillé, laissant son regard traîner le long du mur, s'attardant sur son bureau en bazar, sa table de dessin, les vêtements qui traînaient à terre, les divers objets éparpillés partout dans la chambre, et se dit que l'endroit avait besoin d'un peu de rangement. Tant mieux, puni comme il l'était, il aurait tout son temps pour ranger la chambre, songea t-il sarcastiquement.
Il était très tard, et malgré ses sombres pensées il finit par sombrer dans un sommeil sans rêve.
Le brun se réveilla en fin de matinée, quand le soleil qui rayonnait depuis sa fenêtre orientée Est finit par tomber inévitablement sur son lit. Harry regretta de ne pas avoir fermé les rideaux la veille, avant de constater qu'il était déjà dix heures et demi passées et les événements de la veille lui revinrent soudain en tête.
Il poussa un grognement, la mine renfrognée et prit une minute pour habituer convenablement ses yeux à la lumière puissante du soleil matinal dont les rayons lui tombaient directement dessus à présent. Il n'avait jamais vraiment été une personne matinale, et d'ailleurs du temps où il avait encore fréquenté le lycée publique en ville, Poudlard Comprehensive School, il avait accumulé les notes de retards avec pour seule excuse 'panne de réveil'.
Il resta ainsi étendu sur son lit, sachant qu'il n'aurait de toute manière pas grande chose à faire de toute la journée et que l'ennui surviendrait bien assez tôt. Autant profiter un peu.
Il finit tout de même par se hisser de son lit pour aller prendre une douche dans la salle de bain, la seule autre pièce de la maison où il avait le droit d'aller tant qu'il serait puni. Harry n'avait pas été souvent puni de la sorte par le passé, mais il savait que ses parrains ne plaisantaient pas et que les conséquences seraient bien pires s'il décidait de faire le mur et de faire fi de la punition. Il l'avait fait une fois, et n'oublierait jamais les corvées interminables à faire qui s'était rajoutées à sa peine en plus de son interdiction de quitter le chalet pendant toute une semaine un véritable enfer.
Une heure plus tard, propre et les cheveux encore humides, Harry était à nouveau allongé sur son lit à maugréer sur le fait que Sirius lui ait confisqué son téléphone, ne lui laissant aucun moyen de communication avec Draco, quand un petit bruit attira soudain son attention.
Il redressa la tête et tendit l'oreille, et le petit bruit sec se fit entendre à nouveau. Le visage de Harry se fendit d'un sourire, ne connaissant que trop bien le signal sonore.
Un autre gravier entra à nouveau en contact avec sa fenêtre fermée, provoquant un claquement sec sur la vitre.
Il se redressa d'un bond, sachant déjà qui devait l'attendre en bas de la maison et se dépêcha d'ouvrir la fenêtre, le vent glacial de janvier s'engouffrant dans sa chambre et brûlant son visage. Il ne s'était pas trompé.
-Harry ! » S'exclama Ron quand il aperçu enfin la tignasse noire ébouriffée de son meilleure ami, avant qu'un coup de coude dans les côtes de la part de sa petite-amie ne lui rappelle qu'ils étaient sensés se montrer discrets.
-Harry, ça va ? Remus nous a dit que tu n'avais pas le droit de sortir... »Fit Hermione en prenant soin de ne pas trop élever la voix de crainte que le parrain de Harry ne puisse les entendre.
Ce qui était peu aisé d'ailleurs, puisque le brun se trouvait tout de même au second étage. Heureusement les loup-garous, même dans leur forme humaine, possédait une ouïe considérablement plus aiguisée que la normale, ce qui permettait à Harry d'entendre correctement son amie malgré la distance.
-Oui, et cette fois ça ne rigole pas... » Plaisanta Harry sombrement. « Ça m'étonnerait qu'ils me laissent tranquille avant plusieurs jours... »
-Oui Remus était plutôt sec... » Dit Ron.
-Qu'est-ce qu'il s'est passé ? » Demanda Hermione qui semblait vraiment désolée de voir son ami puni.
Harry haussa vaguement les épaules avant de répondre :
-Bof, rien vraiment... » Fit-il peu désireux d'expliquer le problème en détail. « Tu connais mes parrains... Ils m'ont pris la tête pour deux fois rien... »
Hermione resta silencieuse et hocha lentement la tête, même si elle n'était pas dupe. Elle avait bien remarqué que Harry avait été souvent en ville sans raison apparente ces temps-ci, et même si elle ne savait pas pourquoi, elle n'aurait pas été surprise si cela était lié au fait que le brun était désormais privé de sortie. Elle avait à plusieurs reprises demandé à Harry ce qu'il faisait lors de ces descentes à Poudlard, mais comme aujourd'hui, son ami s'était contenté d'une réponse vague qui ne voulait pas dire grand chose.
Elle avait ouvert la bouche et s'apprêtait à ajouter quelque chose quand la voix de Remus qui devait se trouver sur le porche puisque Harry ne pouvait le voir, l'interrompit :
-Ron, Hermione, rentrez chez vous s'il vous plaît. » Dit Remus d'un ton son appel.
Les deux adolescents jetèrent un regard d'excuse avant de partir sans plus tarder. Remus descendit les marches du porche pour entrer dans le champ de vision de son filleul et leva la tête vers la fenêtre de ce dernier.
-Harry, ferme ta fenêtre. » Ordonna t-il d'une voix sévère.
Soupirant de frustration, Harry referma le vélux et grogna un peu plus sur combien sa vie était misérable.
Trois nuits avait déjà passées depuis la dernière fois que Draco avait vu le loup-garou, et il commençait à se demander, non sans anxiété, s'il avait pu arriver quelque chose à Harry.
Mais à vrai dire, même si les choses se calmaient enfin, il avait été plutôt bien occupé ces dernières nuits et n'avait pas eu vraiment le loisir de penser à Harry. Il avait aidé Blaise à régler quelques affaires et avait fait la base besogne qu'il lui confiait généralement, non pas que cela gênait Draco, au contraire.
La tâche avait impliqué quelques chefs de gangs gênants, et même si la mission en elle-même n'avait été guère dangereuse pour le vampire qu'était Draco, le blond avait dans l'idée que s'il avait eut vent de ses actions, Lord Voldemort s'y serait sûrement opposé... et son allégeance allait supposément à son créateur vampirique. Bref, il avait marché sur une corde raide ces dernières nuits, et ses nerfs avaient été mis à rude épreuve.
Il ne parlait pas vraiment à Harry du 'travail' qu'il effectuait pour Blaise, tout comme il avait rapidement essuyé les détails concernant le lien qu'il le liait de force au Sang-Pur de Poudlard, Lord Voldemort, et il se demandait ce que le brun pouvait bien s'imaginer. Savait-il que Draco n'hésitait pas à tuer, et qu'il avait déjà disposé de bien plus d'hommes qu'il ne lui en aurait fallu pour s'abreuver ?
Draco, lui, n'avait pas vraiment de crise de conscience à ce sujet. Il ne méprisait pas les humains, mais ne les protégeait pas particulièrement non plus. S'il était dans ses intérêts ou plutôt ceux de Blaise que certains d'entre eux meurent, hé bien qu'il en fut ainsi. Néanmoins, il doutait que Harry puisse voir les choses du même œil.
Le blond haussa les épaules pour lui-même. Il se trouvait à nouveau dans son appartement. La radio était allumée et un présentateur annonçait les nouvelles mais Draco ne l'écoutait pas, plongé dans ses pensées, et à nouveau il se demanda ce qui avait bien pu arriver à Harry. Généralement il voyait le loup-garou au moins une fois toute les deux nuits...
Il était aux alentours de deux heures du matin, et il se tenait devant la fenêtre à guillotine de son trois-pièces, observant d'un œil distrait les lumières des voitures et les allées et venues des passants dans la rue au dessous de l'immeuble.
Il était certes inattentif, mais même s'il avait été sur ses gardes, rien n'aurait empêché la voix qu'il entendit juste derrière son épaule de lui glacer le sang.
-Hé bien Draco, je vois qu'après tes exploits de la veille tu prends un repos bien mérité. »
La voix bien connue paralysa quasiment Draco qui ne put pas même se retourner, sentant le souffle de l'homme à quelques centimètres de sa nuque. C'était parfaitement calculé, bien-sûr, il jouait avec lui et s'amusait de son effroi.
Lentement, le blond finit par se retourner et regarda Lord Voldemort, croisant brièvement ses yeux rouges sang avant de d'incliner la tête en un bref salut, un signe de soumission, comme il le faisait toujours.
Le Sang-Pur se tenait droit devant lui, son attitude aristocratique et pleine d'un charisme inquiétant lui donnant une image princière. Il était vêtu comme d'ordinaire : un complet noir de la meilleur qualité qui devait coûter les yeux de la tête, avec pour seule touche de couleur une cravate vermeille qui s'accordait d'ailleurs avec la couleur de son regard condescendant et sûr de lui.
Il avait des traits réguliers et un teint pâle qui contrastait avec sa chevelure d'ébène et s'il était plutôt grand, sa présence et l'impression de pouvoir qui irradiait de lui le grandissait encore. Par le passé, il avait dû être un bel homme et un vampire encore plus magnifique, mais son visage était déchiré sur son côté droit d'une énorme cicatrice qui partait de son front et se prolongeait jusqu'à la mâchoire, laissant intact son œil droit par quelque miracle improbable.
Le fait que la cicatrice n'ait jamais pu disparaître prouvait qu'elle avait du être faite par un objet ou un être surnaturel, et vu la manière sauvage dont le visage du Seigneur avait été lacéré, les avis penchaient du côté d'un loup-garou. Mais ni Draco ni personne ne se serait risqué à lui poser la question directement, bien entendu.
-Maître, je ne... » commença Draco, complètement sous le choc de voir le Sang-Pur dans son simple appartement.
Le Lord vivait dans un hôtel particulier, et rendre des visites de bonne grâce à sa progéniture n'était pas une activité qu'on lui connaissait d'ordinaire.
-Suffit, Draco. » L'interrompit le vampire à la chevelure de charbon. « J'ai entendu dire que le désastre de la nuit dernière avec Ramirez te revenait en partie. Une dizaine d'hommes tués et le reste enfui mes agents n'ont rien vu venir, je dois te féliciter, Draco, un bel exploit. » Se moqua le Lord, son ton dur ne cachant rien de ses véritables sentiments. « Dommage que tu gâches tes talents au service de ce traître de Zabini. »
Blaise n'était pas un Sang-bleu et n'avait jamais été au service de Voldemort ne serait-ce qu'une seule journée, mais le Seigneur avait souvent tendance à qualifier de 'traître' tout ceux qui ne se trouvaient pas sous sa coupe.
-Dois-je te rappeler qui tu sers, Draco ? Qui t'a donné l'étreinte ? »Demanda rhétoriquement le vampire défiguré.
-Seigneur, » S'empressa Draco « j'ignorais que l'opération vous causerait le moindre ennuis, je ne voulais que... »
-Suffit, Draco ! »Le coupa t-il à nouveau, récoltant un silence immédiat. « Tu savais parfaitement ce que tu faisais » Ajouta t-il avec un sourire qui semblait sincèrement amusé. « Si jeune et pourtant, tu apprends bien vite... »
Il se tut un instant, observant de son regard perçant le vampire plus jeune. Il avait étreint Draco un peu plus d'un an auparavant, et lorsqu'il le fixait ainsi, de ses yeux vieux de plusieurs siècles, le blond ne pouvait fuir son regard. Souvent, il avait l'impression littérale d'être une simple chose dans les mains de son maître vampirique. Une chose que le Lord pouvait contrôler et modeler à souhait.
-Ce n'est pas à cause de cette bagatelle, cette épine minuscule dans ma main, que je suis venu, jeune enfant. » Dit le Lord, surprenant Draco. « J'ai entendu dire que tu t'étais affilié avec un loup-garou. » Lâcha t-il, son ton à la fois glacé et amusé.
Draco se figea à nouveau malgré lui et tentant de garder une expression neutre sur le visage.
-J'avais peine à le croire mais après être venu ici j'ai ma réponse... » Termina le Lord avec un petit geste qui fit comprendre au plus jeune que l'odeur seule que devait avoir désormais les lieux -et peut-être celle de Draco lui-même- suffisait à le trahir.
En dépit de ses efforts pour demeurer impassible, la mâchoire du blond se crispa. Comment Voldemort avait-il pu avoir vent de ce fait ? Lui et Harry avait pourtant fait preuve d'une grande discrétion, et cet endroit de la ville n'était guère fréquenté par les vampires alors, comment... ? Draco avait vraiment pensé qu'ils avaient été suffisamment prudents, mais peut-être s'était-il tout simplement fourré le doigt dans l'œil. Après tout, cacher quelque chose au Sang-Pur relevait souvent du domaine de l'impossible, tant le nombre important d'informateurs qu'il possédait le rendait virtuellement omniscient.
-Allons, détend-toi donc Draco, je ne suis pas venu pour te réprimander, bien au contraire à vrai dire... » Dit-il avec un sourire qui ne parvint pas à détendre Draco le moins du monde. « Il se trouve qu'un loup-garou sans défense potentiellement à portée de main pourrait s'avérer utile. Nous pourrions utiliser cet animal à des fins pratiques, pour la gloire et la suprématie de notre espèce. N'est-ce pas, Draco ? »
Que pouvait-il dire d'autre à part :
-Oui. »
Le mot lui brûla la bouche plus que de l'acide. Plutôt mourir que de manipuler Harry pour que l'aïeul puisse s'en servir dans un de ses desseins sans intérêt aucun. Mais contredire le Sang-pur aurait était stupide et guère profitable. Il allait devoir jouer serré, mais malgré la jeunesse vampirique de Draco, il était déjà habitué à montrer deux visages et à agir sur deux tableaux à la fois.
Le Lord se tut un instant, et son regard finit par s'assombrir, provoquant un long frisson le long de la colonne vertébrale de Draco qui avait appris à reconnaître cette expression de soif dans les yeux de son aïeul.
Les Sang-purs étant les seuls vampires dont l'héritage vampirique était assez fort et ancien pour transmettre le vampirisme à leurs victimes, créant ainsi un nouvel 'enfant' à chaque fois qu'ils mordaient un humain. Néanmoins, même si le vampirisme était vu comme une malédiction par beaucoup, il était surtout qualifié d'honneur par les Sang-purs, et ceux-ci choisissaient avec soins ceux qui étaient assez méritants pour entrer cette famille fermée.
Aussi il était du devoir des jeunes vampires les plus récemment étreints de nourrir de leur propre sang leur créateur, ce qui permettait également de ne pas voir la naissance de centaines de vampires tous les ans, et bien-sûr Draco avait déjà plus d'une fois offert par obligation son cou au Lord. Cette tradition était également en partie la raison pour laquelle le Sang-pur responsable prenait un soin tout particulier à choisir des hommes et des femmes particulièrement beaux.
Cela faisait plusieurs mois que le Lord n'avait pas fait appel à lui, mais en voyant son regard brillant, le blond sut qu'il n'y échapperait pas, et il se serait sans doute sentit beaucoup plus à l'aise s'il n'avait pas su que l'expérience serait physiquement délicieuse.
Il aurait voulu pouvoir affirmer que le frisson qui le parcouru quand il sentit le souffle du vampire plus âgé dans son cou avait été une réaction de dégoût, et sûrement l'aurait-il fait si quiconque le lui avait demandé mais au fond de lui-même il savait qu'il y avait également un désir et une impatience perverse qui montait en lui.
Il ne pouvait l'empêcher, c'était un conditionnement propre à son espèce, et lutter contre n'aurait rien changé.
Se maudissant pour sa faiblesse, Draco ne put retenir le demi gémissement qui franchit ses lèvres lorsque les pointes aiguisées brisèrent la surface de sa peau avant de s'enfoncer fermement dans sa jugulaire.
Ils se tenaient toujours debout devant la fenêtre et s'il avait pourtant les yeux grand ouverts, il ne voyait plus rien, le regard vitreux et la bouche entre-ouverte. Le plaisir éprouvé le transperçait depuis son cou, le clouant sur place et le laissant dans l'impossibilité de faire quoi que ce soit, pas même de demeurer silencieux.
Il n'aimait pas le vampire que se serva de lui ainsi, en fait il aurait même souhaité le voir détruit, et une petit part de lui éprouvait de la honte devant son comportement qui laissait entrevoir sa nature primaire. Il n'aurait pas dû ressentir ce plaisir intense tandis que Voldemort buvait son sang sans restreinte le fait que ce fut une réaction naturelle n'en faisait pas une situation moralement juste.
Seul Harry avait le droit de lui faire ressentir ces choses. Seulement Harry, Harry, Harry...
Il se répétait le prénom en boucle, comme une litanie salvatrice, tentant désespérément de se raccrocher à la réalité, mais bientôt le prénom répété encore et encore finit par perdre tout son sens pour ne plus être qu'une succession de syllabes sans signification.
Le plaisir provoqué par le morsure du Sang-pur le laissait pantelant et dans un doux nuage de plaisir, l'empêchant de penser.
Et alors qu'il pensait que les choses ne pouvaient sûrement pas être pires qu'elles ne l'étaient déjà, le destin lui prouva qu'il avait tort, et le monde sembla littéralement s'écrouler autour de lui.
Il n'avait pas prêté attention au sourire qui étirait les lèvres du Lord posées sur sa gorge et qui aurait pourtant sans doute dû lui mettre la puce à l'oreille.
C'est un bruit précipité et inopiné de pas sur le plancher qui le fit sortir de l'espèce de transe dans laquelle il se trouvait, quand il se rendit compte au même moment que l'odeur lupine à laquelle il s'était habitué était plus forte qu'elle ne l'avait été quelques minutes auparavant.
Oh non...Fût la seule pensée qui lui vint à l'esprit.
Après trois jours passés enfermé dans sa chambre, Harry avait cru que rien n'aurait pu gâcher cette journée en tant qu'homme à nouveau libre.
Il avait attendu patiemment que Remus et Sirius aillent se coucher, vers onze heures, ne voulant pas prendre le risque qu'une nouvelle descente en ville un peu trop hâtive ne ravive leur mécontentement. Ils étaient toujours insatisfaits quant au mutisme de Harry sur les raisons qui le poussaient à s'absenter sans raison apparente, mais semblaient s'être fait une raison, et paraissaient avoir écarté l'idée que Harry puisse être mêlé à quelque chose de réellement mauvais bien-sûr, peut-être seraient-ils revenus sur leur jugement s'ils avaient sût ce que Harry faisait en ville, ou plutôt qui il fréquentait. Dans tous les cas, Harry ne voulait pas prendre le risque de s'attirer à nouveau leurs foudres, et avaient décidé d'attendre un peu avant de partir.
Les choses auraient peut-être été différentes s'il n'avait pas ignoré la batterie déchargée de son téléphone et avait essayé d'appeler Draco avant qu'il ne se décide à lui rendre visite. Il avait bien remarqué l'impressionnante voiture noire aux vitres fumées garée juste devant le bâtiment où Draco vivait mais n'y avait prêtée guère attention. Seuls les deux hommes massifs dont l'aura criait 'vampire' postés juste à côté du véhicule l'avait fait tiquer.
En montant les escaliers il avait cependant eu un étrange sentiment qui relevait quasiment d'un sixième sens, comme s'il avait la certitude qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas. En découvrant la porte d'entrée de l'appartement de Draco à peine fermée, cette impression s'était confirmée et il avait poussé la porte le plus silencieusement possible, prenant soin de ne pas faire le moindre bruit.
Ses sens sur-développés avaient détecté une aura vampirique qui n'était pas celle de Draco et qui lui semblait étrange pour quelques raisons. Mais avant qu'il n'ait pu réfléchir sur la nature de cette différence d'aura, son ouïe accrue avait perçue quelque chose de bien plus alarmant.
Il s'arrêta net dans l'étroit couloir, son corps comme figé en une statue immuable. Les halètements qui provenaient de la pièce à vivre étaient indéniablement ceux de Draco. Et plus indéniable encore était le fait qu'ils étaient des halètements de passions. Pour avoir été aux premières loges à maintes reprises par le passé, Harry aurait été prêt à y mettre sa main au feu.
Sachant pertinemment qu'il n'allait probablement pas apprécier ce qu'il ne manquerait pas de voir, Harry fit deux pas en avant, parfaitement silencieux, jusqu'à l'encadrement qui donnait sur le séjour, de manière à avoir un aperçu de la scène qui s'y déroulait à l'intérieur.
Son sang se glaça dans ses veines tandis que son cœur tombait à une allure affolante dans un puits sans fond. Ses poings se serrèrent comme de leur propre chef et Harry se trouva incapable de détourner les yeux de la scène qui poignardait sa poitrine.
L'angle de vue n'était pas très bon depuis là où il se trouvait, mais il n'y avait pas besoin d'avoir une quelconque imagination pour comprendre ce qu'il se déroulait dans la pièce.
Draco avait les yeux embrumés par un plaisir qui n'était en rien feint, et son souffle, haletant et précipité, s'échappait d'entre ses lèvres, accompagné de gémissements passionnés qui n'avaient ni queue ni tête.
Dans son cou, le vampire qui faisait dos à Harry avait plongé sa tête, et le loup-garou pouvait deviner facilement de ce qu'il faisait, les légers bruits de déglutitions caractéristiques qu'il entendait de là où il était ne laissant pas grand place pour le moindre doute.
Harry ne pouvait rien voir de l'inconnu si ce n'était ses cheveux noirs – quoique moins sombres que ceux de Harry – , mais de toute façon voir son visage lui importait peu. Dans l'esprit de Harry tout se fit faussement clair, comme s'il considérait subitement tout ce qu'il avait partagé jusque lors avec Draco sous un jour nouveau, et qu'un bandeau métaphorique qui l'aurait aveuglé jusqu'à présent venait enfin de lui être ôté.
Soudain être silencieux était le dernier de ses soucis, et se sentant tout à fait étrange, comme s'il se déplaçait dans un brouillard, Harry fit demi-tour et quitta l'appartement sans un regard en arrière. Il avait l'impression que son cerveau buttait encore et encore contre un obstacle infranchissable, comme le vieux moteur d'une voiture qui tourne en rond sans but, et une partie de lui-même refusait d'accepter la vérité dont il venait d'être le témoin.
Et pourtant, tout était paradoxalement clair comme de l'eau de roche. La réalité heurta Harry de plein front. Embrouillé et perdu, le brun réalisa sur le coup qu'il n'était pas tant en colère contre Draco qu'il l'était envers lui-même.
Il aurait dû s'en douter. Après tout, c'était logique, se dit Harry, toujours dans un étrange brouillard, enfourchant sa moto comme un zombi inconscient de ses propres actions.
Draco était un vampire, qu'est-ce qu'un loup-garou comme Harry pouvait bien lui apporter ? Le blond avait besoin d'un amant de la même race que la sienne, qui pouvait lui donner des plaisirs vampiriques que Harry aurait été bien en peine de seulement imaginer.
Lui, il avait le lien qui le poussait dans les bras du vampire, mais pourquoi donc Draco se serait-il contenté de Harry ? Que le brun y ait cru un instant lui semblait à présent ridicule et pathétique.
Oh Gaïa, il s'en voulait tellement d'avoir cru que tout allait bien dans le meilleur des mondes. Il n'était qu'un pauvre imbécile...
Il roulait à présent à toute vitesse, l'air glacial de l'hiver mordant son visage comme jamais mais il n'en avait cure.
La vérité, quoique cruelle et amère, était désormais parfaitement claire. Tout ce temps... Pendant tout ce temps, Draco s'était joué de lui, moqué de lui... Il n'était pas mieux que ses congénères il l'avait manipulé comme un pion, lui faisant croire qu'il éprouvait quelque chose de sincère pour le lycanthrope... Probablement dans le simple but d'en tirer des avantages de choix : aussi bien son sang que son corps et son cœur, Harry lui avait tout donné. Tout.
Il ne s'aperçut même pas que des larmes de rancœur s'étaient formées dans ses yeux émeraudes, troublant légèrement sa vision tandis qu'il fonçait sur l'autoroute déserte à cette heure avancée dans le vacarme du puissant moteur.
Et le pire résidait sûrement dans le fait que même dans cet état il n'arrivait pas à être totalement en colère contre son lié. Quelque chose lui disait que Draco aurait sans doute pu lui faire les pires immondices que encore et toujours ce fichu lien lui aurait pardonné de bon cœur. Il était condamné.
La lune ovale était haute dans le ciel, et indiquait qu'il devait probablement être un peu avant minuit. En ce instant, Harry ne désirait plus qu'une seule chose : s'élancer sous sa forme de loup dans la forêt et courir, courir jusqu'à en perdre la tête. Peut-être s'il courait suffisamment longtemps il pourrait fuir ses problèmes et oublier. Oublier, oublier, oublier. Tout ce qu'il voulait c'était oublier à quel point sa vie était devenue un merdier total.
Il s'arrêta devant Les Trois Balais, le pub de Mme Rosmerta du clan des Serdaigle, et qui était fermé le jeudi soir. Le village était encore à une bonne dizaine de minutes, et Harry ne voulait pas attendre et prendre le risque que quelqu'un puisse le croiser alors qu'il se trouvait dans un état si perturbé.
Il laissa sa moto derrière le pub et se débarrassa rapidement de ses vêtements sans sourciller malgré le froid mordant de janvier. Son corps se métamorphosa avec une grâce fluide, étirant et déformant ses membres rapidement jusqu'à ce qu'un loup noir aux yeux singulièrement verts ne se trouve à la place de la forme humaine de Harry.
Harry poussa une légère plainte, le regard rivé sur la lune, comme pour l'implorer. Puis il s'élança dans la forêt environnante, le son de son galop se perdant entre les pins touffus.
Lord Voldemort avait retiré ses canines de la gorge du plus jeune et il se redressa avec un ricanement.
Comment Draco ne s'était-il pas aperçu de la présence du loup-garou plus tôt, il l'ignorait. Sans doute était-ce parce qu'il était devenu si habitué à son odeur, déjà présente dans tout son appartement, que la détecter était devenu moins évident. De toute façon, tout cela importait peu. Draco ignorait si les dégâts que la scène qu'avait dû voir Harry et les conclusions qu'il avait pu en tirer allaient pouvoir être réparables.
Le choc l'avait tiré du nuage de plaisir qui avait embrumé son cerveau, le refroidissant avec l'efficacité d'un seau d'eau froide. Mais son cerveau peinait toujours à fonctionner normalement, et il était paralysé, planté debout stupidement, voyant à peine le Lord qui le fixait à présent avec une expression de condescendance et de jubilation malsaine.
Voldemort passa son index sur la commissure de ses lèvres pour y récupérer une perle de sang qui s'était échappée malgré l'expertise du Lord en ce qui concernait l'acte de s'abreuver à une gorge, avant de parler enfin :
-Tu ferais mieux de le rattraper, Draco. Comment pourrions-nous l'utiliser à notre convenance si tu le laisse filer d'entre tes doigts ? »
Draco le regarda d'un œil vitreux, médusé, et ne bougea pas non plus d'un pouce lorsque le Lord fit demi-tour et quitta son appartement, muet et totalement stupéfait par la teneur irréelle et le caractère cauchemardesque qu'avaient pris les événements en l'espace d'une heure à peine.
Lentement, son cerveau assimila et accepta les faits avec difficulté. Draco passa une main sur sa tête, agrippant ses cheveux avec une panique désespérée.
Que faire ? Il voulait, devait, partir à la suite de Harry pour essayer de réparer les dégâts ! Ce qui était en somme exactement ce que voulait le Lord... Et cela en soi contrariait profondément Draco. Mais quel choix avait-il ?
Comme si un être invisible l'avait giflé, le blond se mit soudain en mouvement et prit à peine le temps de fermer la porte d'entrée de chez lui à clef. Il courut jusqu'au garage externe qu'il louait à quelque pâtés de maison de son immeuble et bondit dans la voiture qui y était, résolu à faire au moins une seule chose de bon dans cette foutue soirée. Il avait merdé prodigieusement et il fallait qu'il répare les pots cassés à présent. Tout n'était pas encore perdu, non, non il refusait de le croire.
Il sortit en trombe du garage dont la porte était électrique. Le moteur de la voiture rugissait et Draco conduisait à une vitesse bien trop dangereuse, surtout pour la ville, mais c'était le cadet de ses soucis.
La voiture, une magnifique Audi à la carrosserie noire brillante n'était pas exactement la sienne, mais lui avait été 'prêtée' par Blaise pour ses affaires.
Il fut hors de la ville en un rien de temps et conduisait en direction de la forêt malgré le bon sens qu'il possédait, se fiant uniquement au lien du sang qu'il partageait avec Harry pour lui indiquer le chemin. Le lien du sang était un produit naturel de ses abreuvements à répétitions sur le loup-garou, et il se révélait particulièrement utile en cet instant.
La route déserte n'était désormais plus qu'éclairée par les phares de la voiture et la lune dans le ciel d'encre qui approchait la fin de son cycle. Draco était déjà en terrain interdit et il le savait, rien ne l'autorisait à s'arrêter en fait s'arrêter ici était de la folie pure.
En dépit du bon sens, il décida de vaincre bravement la peur qui le prenait déjà au ventre et arrêta le véhicule sur le bas côté, là où le lien l'attirait. Harry devait probablement être à l'intérieur de la forêt, et la voiture ne pourrait plus l'aider d'avantage. Il fallait qu'il y entre par ses propres moyens.
Il ouvrit la portière, ce qui déclencha un bip sonore qui semblait déplacé dans le silence de mort de la nuit et sortit, frissonnant pour une raison qui n'avait rien à voir avec la température du dehors. Il claqua la portière et verrouilla l'automobile à distance, provoquant un 'clac-clac' satisfaisant.
Désormais seul, dehors dans le silence et la noirceur de la nuit, Draco fut extrêmement tenté de se précipiter à nouveau dans l'intérieur de l'Audi et de prendre ses jambes à son cou.
Il était fou, songea t-il tandis que ses yeux gris plongeaient dans la forêt d'une noirceur impénétrable, les pins serrés les uns contre les autres semblant lui crier 'vas t'en !'. Il devait y avoir des dizaines de loup-garous dans cette forêt, pensa t-il. Des loup-garous qui n'hésiteraient pas une demi-seconde avant de planter leur crocs acérés dans sa gorge. Pourquoi y repenseraient-ils à deux fois ? Le blond n'était pas le bienvenu ici, ce n'était pas sa place.
Un hibou hulula non-loin, et Draco déglutit, toujours figé. Il savait pourquoi il était venu ici.
Décidé, il marcha d'un pas qui se voulait assuré et pénétra dans la forêt, laissant derrière lui la route et ce qui semblait être le moindre bon sens qu'il avait pu posséder un jour.
Cela faisait un bon quart d'heure que Draco suivait le lien qui le tirait dans ce qui semblait être toujours la même direction, et il commençait à craindre que Harry ne fut très loin, ou encore qu'il ne se déplaça bien trop rapidement pour que le vampire puisse espérer le rattraper.
Un bruit insolite le fit s'arrêter net. La nuit noire recelait de petits animaux aptes à provoquer toute sorte de bruits, et il était difficile pour Draco, qui était incroyablement à cran, de faire la part des choses. Cependant, il y avait non loin de lui quelque chose de différent. Quelque chose qui ne lui plaisait pas, mais alors pas du tout.
-Oh merde... » Souffla t-il à haute voix sans même s'en rendre compte.
Pris soudainement d'une vague de panique incontrôlable, le blond fit demi-tour et s'apprêta à fuir l'endroit funeste le plus vite possible. Il n'aurait jamais dû venir ici.
Malgré la noirceur épaisse qui noyait la forêt sous la cime des pins, Draco parvenait à voir autour de lui aisément, aidé sans l'ombre d'un doute par l'excellence vampirique de ses yeux qui parvenaient à utiliser le moindre petit éclat de lumière.
Aussi n'eût-il aucun mal à distinguer la forme de l'animal qui lui faisait désormais face, ses pupilles jaunes braquées sur lui. Quand le loup à la fourrure brune vit que le vampire l'avait aperçu, il retroussa férocement ses babines sur ses gencives roses, découvrant une rangée de crocs mortels tandis qu'un grognement sourd et dangereux s'élevait de son gosier. Il ressemblait à une sorte de bête enragée et l'aura qui se dégageait de la créature ne laissait aucun doute à Draco quant à sa nature et à ses intentions.
Une part de lui-même savait qu'il avait comme supplié le destin de lui attirer des ennuis en entrant dans cette maudite forêt... Il aurait dû s'y attendre, mais il avait secrètement espéré qu'il ne rencontrerait pas de lycanthrope avant qu'il ne trouve Harry. Quelle foutue nuit... Décidément tout allait de travers aujourd'hui...
Il connaissait la réputation des loup-garous, et savait qu'il n'avait pas beaucoup de chances de gagner contre la bête. Alors que la fuite lui apparaissait comme la plus intelligente des choses à faire, un deuxième grognement féroce attira son attention sur sa gauche, et le blond tourna la tête juste à temps pour qu'il esquive la forme bondissante d'un second loup brun. Il avait évité l'attaque d'un seul cheveu, et ses yeux s'exorbitèrent d'épouvante devant l'horreur de la situation dans laquelle il s'était empêtré.
Il fut certain qu'il était absolument perdu quand un nouveau bruit derrière lui attira son regard, et malgré l'idiotie qu'il commettait en tournant le dos aux deux autres loups, Draco ne put s'empêcher de se retourner complètement, assistant avec effroi à l'incroyable spectacle d'un troisième loup, jusque lors quadrupède, dont le corps s'était mis à craquer et à se déformer dans un terrible concert de craquements dos et d'articulations. Bientôt, se tenait devant lui un loup bipède, sorte d'homme massif couvert d'une fourrure grise et pourvu de la queue et de la tête d'un loup. Le loup-garou qui se tenait désormais devant lui sous forme crinos leva ses deux mains – pattes – et poussa un grognement dangereux, comme s'il allait attaquer d'une minute à l'autre.
Entrant en action, et décidé à partir en se battant s'il devait mourir ce soir, Draco poussa un rugissement, évitant l'attaque avec une souplesse inégalée. Il nota que les deux autres loups s'étaient également transformés eux aussi, et il comprit qu'il devait coûte que coûte prendre de la distance de ses assaillants. C'était sa seule chance de survie. Il n'était pas assez fou pour envisager de vaincre les lycanthropes enragés.
Le loup crinos gris abattit sa patte gauche sur Draco qui esquiva du mieux qu'il put, mais la bête était d'une rapidité et d'une force défiant toute concurrence. Il ne toucha pas le vampire de plein fouet, mais atteignit son flanc suffisamment fort pour envoyer le blond valser comme une vulgaire poupée de chiffon sans lui laisser le moindre chance de rétablir son équilibre.
Le dos de Draco s'écrasa violemment contre le tronc d'un pin, et il sentit le goût de son propre sang dans sa bouche. Le goût de la mort, songea t-il furtivement alors qu'un des deux loups bruns était déjà sur lui avant même qu'il n'ait eut le temps de comprendre ce qu'il s'était passé. Ces créatures étaient vraiment dignes des légendes qui racontaient leur puissance...
Plus vite que le cerveau de Draco ne pouvait assimiler l'information, le loup brun leva une des puissante patte, son regard intelligent brillant d'une flamme meurtrière, et Draco comprit qu'il allait mourir.
Ou du moins le pensait-il jusqu'à ce que quelque chose de tout à fait inattendu se produise.
Un éclair noir sembla heurter de plein fouet la bête, laissant Draco paralysé de terreur au pied du pin sur lequel il s'était écrasé. Il n'était ni un lâche ni un faible, mais il était largement dépassé par les événements.
Tout se passa ensuite très vite.
L'éclair noir se révéla être un quatrième loup. Celui-ci, sembla lutter étrangement un instant contre le loup brun qui s'était relevé puis repoussa également les deux autres. Draco était trop stupéfait pour bouger, et regarda la scène avec incrédulité. Ils échangeaient tous d'étranges grognements gutturaux et rauques, et Draco comprit soudain qu'ils parlaient.
Malgré la petite discussion qui semblait avoir lieu, le même loup brun qui avait bien faillit avoir sa peau sauta à nouveau devant lui, grognant d'une férocité sauvage, avant d'être à nouveau repoussé brutalement par le loup noir qui, le comprit enfin Draco, ne pouvait être nul autre que Harry.
Les yeux verts du loup bipède croisèrent le regard du vampire qui semblait toujours être en état de choc.
-Draco... » Fit la créature d'une voix rauque et gutturale qui ne rappelait en rien celle qu'avait Harry lorsqu'il était sous sa forme homidée.
La forme du loup crinos à la fourrure noire changea, craqua et finit par se rétrécir jusqu'à laisser place à la forme humaine du Harry que Draco connaissait.
Le brun se laissa tomber à genoux devant le blond qui se tenait toujours dos à l'arbre, une mince rigole de sang s'échappant d'entre ses lèvres et descendant jusque son menton couvert de terre.
-Idiot... »Murmura Harry, des larmes dans les yeux.
-Harry... » Fit Draco d'une voix faible jetant ses bras autour du cou du brun.
La réaction du loup brun qui semblait avoir vraiment le sang chaud ne se fit pas attendre et il bondit à nouveau juste à côté d'eux avec un grognement dangereux.
-Ron, ça suffit ! » S'exclama Harry avec colère en se redressant, ses yeux lançant des éclairs verts au loup crinos dressé devant lui qui devait bien faire deux mètres cinquante.
L'autre loup brun qui s'était tenu un peu plus à l'écart depuis la venue de Harry s'approcha lentement et émit des sons qui devaient de toute évidence être des mots, bien que Draco ne puisse les comprendre. Leur voix était trop grave et les mots trop déformés pour qu'il puisse comprendre ce qu'ils disaient.
Harry lui, semblait parfaitement comprendre ce dont il était question, puisqu'il dirigea son attention vers son congénère et secoua la tête en signe de dénégation avant de dire :
-Non. Hermione, non ça ira. »
Draco nota avec un brin de surprise que le loup devait être une louve en vérité... Non pas qu'il fut aisé de déterminer la différence pour l'œil inexpérimenté.
-Ron, Hermione, Seamus, s'il vous plaît... » Poursuivit Harry d'un ton las en passant une main nerveuse dans sa chevelure encore plus désordonnée que d'ordinaire. « Laissez-moi m'en charger, ça va. »
Avec une réticence évidente, les trois loups finirent enfin par s'éloigner, laissant derrière eux le couple improbable.
-Draco, ça va ? » Demanda Harry d'un ton inquiet.
Le blond avait toujours l'air d'être en état de choc, ce qui n'avait rien de bien étonnant étant donné qu'il venait de frôler la mort de peu. Le vampire hocha la tête fébrilement et un peu trop précipitamment pour que Harry ne le puisse le croire tout à fait.
Le brun était entièrement nu mais ne semblait pas souffrir du froid.
-Tu dois partir de la forêt. C'était de la pure folie de ta part de venir ici... »
-Sans blague... » Rétorqua Draco avec une sorte de petit rire hystérique. « Mais il fallait que je vienne... Que je t'explique... »
L'expression sur le visage du loup-garou, jusqu'à alors inquiète et avenante, se ferma brusquement comme si un rideau de fer s'était abattu derrière ses paupières.
-Harry, s'il te plaît, écoute-moi... » L'implora t-il.
Le brun ouvrit la bouche comme pour rétorquer quelque chose, mais Draco ne lui laissa pas le temps de dire quoique que ce soit et entreprit de lui tout lui expliquer de A à Z.
Tandis qu'il parlait, Harry se sentit soudain très stupide d'avoir tiré les pires conclusions de ce qu'il avait vu, même s'il n'avait pas vraiment pu savoir c'était surtout la malchance qui avait joué en leur défaveur. Au fur et à mesure que le blond lui expliquait à quel point son aïeul l'utilisait à loisir, Harry commençait à détester de plus en plus ce 'Lord', mais comme le souligna Draco, c'était un code qui faisait parti de la société vampirique, et il n'y avait pas grand chose à faire.
-Je n'ai jamais – jamais! – pensé à t'utiliser, Harry. Je te le jure.» Affirma Draco avec une lueur de véracité dans ses yeux que le meilleur des menteurs aurait été incapable de copier.
Ils étaient toujours à genoux, se faisant face, leurs mains à présent liées, et Harry tira la forme du blond contre lui, passant ses bras autour de ses épaules dans une embrassade rassurante.
Il hocha la tête vivement comme pour montrer à son lié qu'il le croyait, incapable de prononcer le moindre mot, l'émotion s'étant comme momentanément accaparé de ses cordes vocales. Sa main remonta jusqu'à l'arrière du crâne du vampire, le serrant tout contre lui comme s'il avait peur que l'autre ne disparaisse subitement en fumée.
Le lien l'unissait à Draco, mais il n'y avait pas que cela, il en était sûr. Draco était tout pour lui, réalisa t-il. Envisager de continuer sans lui aurait été impossible.
Se rendre compte que toute cette histoire n'avait été qu'un affreux quiproquo lui donnait l'impression de fondre de soulagement comme beurre au soleil, et toute la tension qui l'avait habité durant les dernières heures disparue soudainement pour faire place à un apaisement salvateur.
-Mais tout de même, venir ici était un acte de folie pure... Si je n'étais pas intervenu, je... » Fit Harry avec une pointe de la terreur qu'il avait ressentit encore audible dans sa voix.
-Oui, fais-moi confiance je ne compte pas retenter l'expérience de si tôt... » Dit Draco avec un petit rire étranglé.
Il savait qu'il l'avait échappé bel, et que le fait qu'il soit encore vivant relevait d'un coup de chance inouï.
Ils demeurèrent un instant ainsi, dans les bras l'un de l'autre au pied du pin qui semblait les protéger de sa large ramure. Finalement Harry raccompagna Draco jusqu'à la route pour qu'il puisse rejoindre sa voiture qu'il avait laissé sur le bas-côté.
Harry regarda la belle voiture noire s'éloigner jusqu'à ce qu'elle ne prenne le virage et disparaisse de son champ de vue, puis il leva les yeux vers la lune et son regard se fit sombre et inquiet.
Il donna l'impulsion nécessaire à son organisme pour reprendre sa forme lupus sans même vraiment y penser tant la chose lui venait naturellement. Le cœur lourd d'inquiétude concernant Ron, Hermione et Seamus, Harry galopa à une allure rapide le long de la route jusqu'au Trois Balais pour y retrouver sa moto.
Il revêtit rapidement ses vêtements puis enfourcha sa moto, décidant que ce dont il avait besoin à présent était une bonne nuit de sommeil dans son lit. Beaucoup de choses s'étaient produites cette nuit, et il était inutile qu'il se torture les méninges pour tenter de deviner le cours que les choses allaient prendre seul le temps le lui dirait.
Et du temps, il n'en fallut en fait pas beaucoup.
Avouer à ses amis le lien qui l'unissait avec Draco n'avait pas été mince affaire pour Harry, mais ça avait été nécessaire comment autrement Harry aurait-il pu s'attendre à ce que ses trois amis comprennent, et qui plus était encore, qu'ils épargnent la vie de Draco.
Aussi n'avait-il fait ce difficile aveu que par absolue nécessité. Le jour suivant, les trois jeunes loup-garous lui étaient aussitôt tombés dessus pour exiger des explications. Il s'en souvenait bien-sûr parfaitement Ron qui ne tenait pas en place, Seamus qui avait tout écouté avec des yeux ronds et la bouche grande ouverte, l'air de ne pas pouvoir en croire ses oreilles Hermione quant à elle s'était encore une fois révélé la plus mature d'entre eux tous, et avait écouté Harry calmement, hochant la tête de temps à autres pour l'encourager dans ses explications.
Malgré une réticence certaine et la contrariété compréhensible qu'ils éprouvaient, Harry était parvenu à leur arracher la promesse à tous les trois qu'ils ne dévoileraient pas son secret. Eux non plus ne se faisaient pas trop de doute quand aux conséquences que cette révélation engendrerait – , elles ne seraient pas jolies.
Mais, et Harry aurait dû s'en douter, tout cela n'avait été qu'un bombe à retardement. Il avait tout simplement sur-estimé le temps qu'il avait encore devant lui.
Seamus s'était confié à sa mère en lui faisant promettre au préalable qu'elle ne trahirait pas sa promesse de silence, mais hélas Mme Finnigan n'était pas moins bavarde que son fils, et en entendant l'inconcevable histoire, l'histoire avait fait le tour du village rapidement.
À peine une journée après l'aventure de Draco dans la forêt, le conseil l'avait interrogé sévèrement, et devant les faits irréfutables, Harry avait avoué bravement. Ils s'étaient réunis, et prendre une décision ne leur avait pas pris beaucoup de temps. Ils étaient venus à la conclusion qu'il fallait bannir Harry du village immédiatement. Cela était pour l'instant de manière temporaire jusqu'à ce qu'ils prennent une décision finale, qui pourrait aller jusqu'à son bannissement complet et irrévocable de la meute.
Affronter le regard de déception et d'incompréhension dans les yeux de ses parrains tandis qu'il avait rapidement jeté quelques affaires dans son sac de sport, avait été une véritable épreuve.
Seamus l'avait imploré de pardonner sa bêtise, mais Harry ne lui en voulait pas, si la faute revenait à quelqu'un ce n'était ni à Seamus, ni à Ron ou Hermione ou qui que ce soit d'autre. Elle lui revenait, à lui et à lui seul.
Draco savait qui se trouvait derrière sa porte avant même qu'il ne l'ouvre –le lien du sang était pour cela assez pratique lorsqu'il s'en servait –, mais ce fut l'expression d'intense désespoir peint sur les traits de son amant qui le prit par surprise.
Harry se tenait debout, un sac de sport pendu sur son épaule gauche et il paraissait sur le point de faire une crise de nerf. Il était encore assez tôt pour un vampire – onze heures du soir, Draco s'était réveillé quelques heures auparavant –, et le blond ne s'était pas attendu à voir Harry. Cependant l'expression triste du loup-garou lui fit comprendre instantanément que quelque chose de grave s'était produit.
-Harry, qu'est-ce qu'il... ?
-Est-ce que je peux rester chez toi ? » Le coupa l'autre de but en blanc, son visage conservant cette sombre expression que Draco ne lui connaissait pas. « Juste pour quelques jours. » Ajouta t-il aussitôt, comme s'il s'attendait à ce que le vampire refuse directement. « Enfin, je crois... »
Le vampire s'écarta aussitôt de l'encadrement le la porte pour lui laisser le passage, une pointe d'inquiétude montant en lui également.
-Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »
Harry laissa son sac de sport tomber dans le couloir et jeta un regard en diagonal à Draco.
-Ils savent. »
À suivre...
