Yo people ! Me revoilà ! (Ouais, ok, c'est pas l'Epiphanie mais c'est quand même quelque chose étant donné mon emploi du temps surchargé.)
Désolée vraiment pour l'attente. Là, aucune excuse n'est valable. Je vais cependant essayer d'être plus présente (régulière, c'est encore à voir.) pour mes prochaines publications car j'ai juste un exam à finir aujourd'hui et je suis toute à vous. Merci à toutes mes revieweuses, anonymes ou pas. Vous n'avez pas idée à quel point cela fait plaisir de lire vos mots. :) Aux anonymes: Claudie, fan de twa et EdwardxBella : Merci merci merci ! xD
Bonne lecture.
Chapitre 4 :
Money Talk. Car tout a un prix.
Voici celui de la Justice.
Je connaissais Carlisle. Sur le bout des doigts. Enfin, je croyais le connaitre.
Eh bien, j'avais foutrement tort.
Je m'écroulai sur le canapé en cuir noir, complètement effarée.
« Carlisle a un putain de fils ! » Marmonnai-je dans ma barbe.
Okay, je fais genre dramatique mais… Bon sang ! Celui là croyait vraiment que je me tapais son père ? Il y avait de quoi devenir livide.
« C'est une réaction assez commune pour une fille ayant couché avec le mauvais Cullen. » Fit remarquer le putain de Fils de Carlisle, toujours debout devant moi.
Je le fusillai du regard. Il avait un foutu sourire en coin sur ses lèvres pleines et une moquerie certaine dans les traits fins et parfaits de son visage opalin. Je notais dans un coin de ma tête que cette expression, bien qu'elle soit plutôt hostile, le rendait ostensiblement plus sexe qu'il ne le devrait. Pas « sexy ». Sexe. Carrément.
Ma fille, reprends toi. C'est pas le moment de faire ta salope !
Je dus secouer la tête pour m'éclaircir les idées avant de lui répondre froidement.
« Tu radotes mais je ne couche pas avec ton père. Merci d'avoir demandé. »
Connard.
« Le déni. Réaction commune. » Répéta il, élargissant son sourire de manière mesquine.
Je serrai violemment mes poings pour m'empêcher de lui sauter à la gorge. Pour lui foutre un coup de poing dans le nez ou pour le violer sur la moquette de son père, au choix. Foutue Expression Hostile.
Reprends-toi.
« Et tu es là pour quoi, je puis savoir ? » Grinçai je.
Il me jaugea une fois de plus des pieds à la tête mais s'attardant cette fois sur mon cou avant de demander : « Tu as quel âge, Isabella ? »
« Réponds à ma question d'abord ! »
« Dix sept ? Dix huit? » Reprit il comme si je ne l'avais pas interrompu.
« Tu te rends compte que je ne te connais même pas ? T'es peut être pas le fils de Carlisle après tout ! »
« Non, tu ne peux pas être aussi jeune, t'es bien trop hargneuse. »
« Je vais t'en montrer moi de la hargne. »
« … Et tu porte mon teeshirt, t'étais au courant ? Ou c'est un genre de fantasme entre vous ? »
« Je… Quoi ? » Bafouillai je, perdant le fil.
« Peu importe. Tu as quel âge ? »
« Je te le dirais quand je connaitrais au moins ton putain de prénom ! »
« Edward. » Répondit-il rapidement. « Et surveille ton langage. Alors ? »
« J'ai vingt ans et y'a aucune putain de loi qui m'empêche de parler comme je veux. »
Il éclata de rire et vint s'affaler près de moi, rejetant sa tête en arrière et fermant les yeux. Sa pomme d'Adam tressauta légèrement alors qu'il déglutissait après son rire et je ne pus m'empêcher de déglutir à mon tour… Mâchoire carrée. Nez parfaitement aquilin. Lèvres pleines et rosées. Il évoquait tout bonnement un seul putain de mot : Sexe. Même son prénom était foutrement approprié pour les gémissements.
Putain. Bella. Reprends-toi.
« T'es de loin la plus jeune de ses amantes. » Reprit-il calmement et… Tristement ?
J'empêchai ma colère d'éclater même si elle emplissait déjà sournoisement chacune de mes expressions.
« Pour la dernière fois, Edward, je ne me tape pas ton papa chéri. » Sifflai je.
Prononcer son nom était facile, presque agréable et bien évidemment… Sexy. Sa tête pivota vers moi et son expression se fit lasse, comme s'il avait entendu cette phrase un bon million de fois.
Je commençai sérieusement à me demander si Carlisle était vraiment le genre d'homme à sauter sur tout ce qui bouge… A quel point est ce que je connaissais Carlisle Cullen ? Ou plutôt, à quel point est ce que je ne le connaissais pas ? Après tout, il a été avec ma frivole de mère !
« Si tu n'es pas son amante alors que fais tu ici ? »
« Peut être que je suis ici pour à peu près la même raison que toi. » Répliquai je sèchement. Il fronça les sourcils et avec exaspération, j'ajoutai : « Carlisle est comme un père pour moi. »
Et un nouveau sourire moqueur étira ses lèvres. « Oh, je vois, il t'a ramassé quelque part, c'est ça ? » Dit il méchamment.
Je vis rouge.
Comment osait-il dire ça ?
Comment osait-il juger ?
Qui était-il pour faire de telles suppositions ?
Que savait-il de ma putain de vie ?
« Ouais, il m'a ramassé chez ma mère qui essayait de me vendre au plus offrant. » Crachai-je en me levant brusquement.
J'avais besoin de quitter la pièce. Peu importe s'il s'apprêtait à se répandre en excuse ou à proférer d'autres remarques sarcastiques, je ne voulais rien savoir, je ne voulais rien entendre, je ne voulais pas en parler. J'avais juste… Besoin de quitter la pièce.
Je remarquai que la machine à la laver ne faisait plus aucun bruit alors je me dirigeai vers la buanderie afin de récupérer mes vêtements mais surtout pour échapper à cette discussion qui n'en était pas une.
Non mais pour qui il se prenait ?
Euh, pour le fils de Carlisle ? Il vit quand même ici, t'as peut être dormi dans son lit la nuit dernière et tu portes ses vêtements…
« Putain, la ferme ! » Me sermonnai-je violemment.
J'enlevai promptement le boxer que j'avais emprunté – ou le boxer de Cullen fils si cela se trouve- et enfilai à la place ma culotte propre puis mon jean, avant d'enlever ce teeshirt de foot trop grand pour moi. Je jetai rapidement mes vêtements d'emprunt dans la machine et lançai un lavage avant de continuer à me rhabiller.
Alors que j'avais juste fini de remonter les bretelles de mon soutien gorge sur mes épaules, la porte de la buanderie s'ouvrit à la volée et je tombai nez à nez avec un Cullen Fils à la mâchoire pendante et aux yeux écarquillés. Parfait. Tout est juste… Merveilleux.
« Quoi ? T'as jamais vu un soutien gorge de ta vie ? » Cinglai je, en engonçant rageusement mes bras dans mon teeshirt.
Apparemment, la pudeur n'avait pas sa place dans mon esprit fraichement énervé. En même temps, pourquoi devrais-je être prude ? J'avais un jean et un soutien gorge bleu foncé plutôt modeste et j'ai déjà été beaucoup moins habillée devant beaucoup plus de monde… A la piscine. (Qu'est ce que vous êtes allés imaginer ?)
Enfin, je pris quand même la peine de lui tourner le dos afin d'enfiler correctement mon haut.
Lorsque je lui refis face, il était toujours là, planté comme un légume, en mode bug-bave-silence-effaré. Je soupirai d'exaspération.
« Qu'est ce que tu veux Edward ? Me faire des excuses ? M'insulter une fois de plus ? Si c'est l'option numéro un : Excuses acceptées, si c'est l'autre : Va te Faire Foutre ! »
Sur ce, je sortis en trombe de la petite pièce, le bousculant légèrement au passage et m'enfermant dans ma nouvelle chambre, claquant la porte derrière moi.
Waouh. Parfois, je m'étonne moi-même.
.
.
.
Je ne sais pas par quel genre de miracle cela fut possible mais au bout de quelques minutes à écouter ses faits et gestes à travers la porte de ma chambre temporaire, j'entendis enfin Cullen Fils déserter les lieux.
Pas que j'ai voulu le chasser de chez lui.
Enfin, si, je voulais qu'il prenne la poudre d'escampette mais il n'était pas vraiment question de le déloger.
Edward Cullen.
Cela faisait à présent plus de trois heures qu'il était parti et j'étais encore là, devant la porte qu'il venait de claquer, complètement béate de la première impression qu'il m'a laissée. Son dédain. Sa voix de velours. Sa colère. Son physique parfait. Son cynisme. Et mon ignorance.
Comment, par le diable, ai-je pu oublier de m'intéresser un peu plus à la vie de Carlisle ? Comment ai-je pu passer à côté d'un truc comme ça ? Quel genre d'amie est ce que je suis, bordel ?
Une amie trop jeune ?
Possible.
Jamais je n'aurais cru ou même imaginé que Carlisle aurait déjà un fils comme Edward. A vu d'œil, son fils semblait nettement plus âgé que moi, plus mature, peut être dans les vingt cinq, vingt six ans. Cela m'était très difficile de songer à un Carlisle marié et père de famille à vingt ans à peine mais cela semblait avoir été le cas.
Néanmoins, j'ai noté qu'Edward Cullen ne ressemblait en rien à son père. Bien sûr, il possédait cette beauté 'Cullenienne' plutôt dérangeante qui pourrait se traduire par un fort charisme (bien que je ne l'admettrais jamais) mais cela en restait là. Il n'avait aucun trait provenant de Carlisle, sa chevelure était cuivrée au lieu de dorée et son regard, d'un vert perçant et dur au lieu du bleu chaleureux et gentil qui m'était si familier. Je devine qu'il a tenu tout ça de sa mère…
Et me revoilà au point de départ : l'histoire de Carlisle…
Quelle était-elle ? Qui a-t-il épousé ou fréquenté avant Renée ? C'était dingue à quel point la question était pertinente. Pourquoi est ce qu'il ne m'en avait jamais parlé ?
Dans tous les cas, je voulais tout savoir maintenant.
Et comme pour mettre l'emphase sur mes pensées, la porte d'entrée s'ouvrit une nouvelle fois mais laissant cette fois ci place à un Cullen plus vieux, plus harassé. Plus amical aussi.
« Enfin, c'est pas trop tôt ! » Soufflai-je, les bras croisés.
Un sourire compatissant se dessina sur son visage angevin alors qu'il prenait la direction du salon, moi sur ses talons.
« Désolé, ma belle, j'ai eu pas mal de complications au boulot. » Dit il d'une voix douce.
Je ricanai. « Et bien, moi aussi, j'ai eu pas mal de complications ici. »
« Ah oui ? Quel genre ? » S'enquit il.
« Oh, j'en sais rien. » Feignis je. « A vu de nez, je dirais que c'était un mètre quatre vingt dix de muscles, de cheveux cuivrés et de cynisme profond. Ça te dit quelque chose ? » Raillai je.
Ses mains se figèrent alors qu'il était en train d'enlever sa blouse blanche et il fronça les sourcils. « Edward est venu ? »
« Ouais, et il avait l'air plutôt en rogne. C'est quoi ce bordel, Carlisle ? Pourquoi tu ne m'as jamais dit que tu avais un fils ? »
« A quelle heure est il venu ? Qu'est ce qu'il t'a dit ? Est-ce qu'il s'est mal comporté avec toi ? Il avait besoin de quelque chose ? » M'interrogea t il, ignorant ma question.
Je roulai des yeux en entendant la franche inquiétude qui faisait trembler sa voix. Mais j'ignorais s'il s'inquiétait pour son fils ou pour moi…
« Tout va bien, Carlisle. » Le rassurai je et j'ajoutai : « Mais la prochaine fois, apprends lui un peu de ton attitude gentleman, je crains que l'on… Ne se soit pas donné une très bonne première impression. »
Carlisle soupira de frustration, balança sa blouse sur le canapé avant de passer mécaniquement sa main dans sa chevelure dorée.
« Il ne t'a pas dit ce qu'il voulait ? »
« Comme s'il m'avait laissé en placer une. » Dis je en roulant des yeux.
Carlisle émit un petit rire fatigué alors qu'il se laissait lourdement retomber sur son fauteuil.
« Désolé pour ça. » Répondit-il faiblement. « Edward est… »
« Je t'en prie, ne… Ne finis surtout pas cette phrase. » Le coupai je avec l'ombre d'un sourire.
Un vrai sourire fendit son visage et je vins m'installer près de lui, sur l'accoudoir.
« Pourquoi tu ne me parles jamais de tes enfants, Carlisle ? » Demandai-je dans un souffle si bas que j'eus l'impression qu'il ne m'entendit pas.
Ses yeux bleu profonds se voilèrent légèrement et je sus qu'il m'avait entendu. Il mit un peu de temps avant de répondre avec un haussement d'épaules. « Tu ne m'as jamais demandé d'en parler, Bella. »
« Oui, eh bien, maintenant, je te le demande. » Boudai je, agacée par moi-même.
« Pourquoi maintenant ? »
« Parce que je ne tiens pas vraiment à ce qu'un autre de tes enfants cachés me traitent de ''p'tite garce''. »
Un énième soupir de lassitude et de frustration franchit les lèvres de Carlisle et il rejeta sa tête en arrière en fermant les yeux comme son fils l'avait fait tout à l'heure. Leurs gestuelles étaient presque les mêmes… Mais ils ne se ressemblaient toujours pas.
« Désolé. » Répéta t il dans un souffle douloureux.
Je pouvais le voir maintenant : Carlisle était un père plutôt torturé. Il ne prenait même plus la peine de défendre son fils, il ne le connaissait que trop bien et ne pouvait que s'excuser pour lui comme si c'était quelque chose de mécanique, habituelle.
« Très bien, nous allons en parler. Tu as déjà déjeuné ? »
« Oui, j'ai pris un sandwich. » Mentis-je vaguement.
J'étais trop curieuse, trop impatiente pour attendre la réponse autour d'un repas inutile. Je voulais la vérité là, maintenant, tout de suite.
« Bien. Alors… Par où dois-je commencer ? » Hésita t il.
« Par le commencement, bien sûr. » Répondis je avec éloquence même si je savais que la question ne m'était pas destinée.
Il ria tout bas.
« Ça risque d'être long. » Me prévint il.
Je m'installai plus confortablement sur le canapé, à côté de son fauteuil, remontant mes pieds nus sur le bord et posant mon menton sur mes genoux pliés. « J'ai tout mon temps. » Souris je.
« Hum… C'est faux. Mais je vais essayer de faire court. »
« Ok. »
Il prit bien son souffle, un semblant de nostalgie peint sur ses traits à peine usés, avant de commencer.
« Hum… Comme tu dois déjà t'en douter, je n'étais pas vraiment plus âgé que toi lorsque je suis devenu père. Ma première femme, Rosemary, et moi nous étions mariés juste après l'école secondaire. C'était encore assez courant à Anchorage, ma ville natale. Nous étions jeunes mais nous savions ce que nous voulions et nous pensions... » Il déglutit péniblement, avalant douloureusement ses propres mots avant de soupirer. « Enfin, peu importe, j'étais déjà admis à UW alors nos parents ont approuvés. Ils nous ont aidé à nous installer à Maywood, une petite bourgade tranquille pas très loin de Seattle. Cela ne m'a pas vraiment plu au début, vu comme je devais faire mes études en ville mais Rosemary voulait un endroit sain pour élever nos enfants. Et c'était le principal. Les enfants. Nous en voulions le plus possible, le plus tôt possible. Seulement… Le problème, c'était… Nous avons découvert qu'elle… Hum. Que nous avions des difficultés à… Procréer. »
Il se tut une nouvelle fois pendant un moment et plusieurs dizaines de questions -dont la question « Et ensuite ? »- me brûlaient les lèvres. Je ne sais pas par quel miracle je suis arrivée à rester tranquille, la bouche hermétiquement close, respectant son voyage dans le passé.
« Nous n'avons jamais baissé les bras cependant et avons essayé toute sorte de traitements afin d'augmenter nos chances. Et après trois ans, elle était enfin enceinte de ma première fille. Rosalie. » Sourit il. Mais son sourire se fana bien assez vite et son regard se durcit. « Nous aurions du nous douter que ce ne serait pas aussi simple. Rosemary… Souffrait d'insuffisance coronaire. Depuis longtemps. Et malheureusement, nous ne l'avons découvert que très tard… Beaucoup trop tard. »
Un silence éloquent et respectueux s'installa entre nous.
Carlisle ne me regardait pas pendant qu'il parlait et je ne cherchais pas non plus ses yeux. J'écoutais. Je comprenais. Je compatissais. Silencieusement.
J'imaginais bien la situation : Carlisle à Seattle pour ses études, sa femme à Maywood l'attendant sagement, leurs parents respectifs jubilant déjà de l'arrivée prochaine de leur petite fille et personne pour se douter qu'il n'y avait pas que la vie qui les attendrait au tournant. L'angoisse, l'anticipation, la joie, le bonheur, l'impatience, la douleur… Et l'affolement des médecins lorsque le cœur de la mère s'arrête brusquement après l'accouchement. On sait qu'une petite bourgade ne possédait pas de dispositifs suffisamment complets pour s'occuper d'un arrêt cardiaque du à l'insuffisance coronaire.
Carlisle effondré. De regret. De culpabilité. De douleur. De joie.
Carlisle veuf et père.
Et il n'avait qu'une vingtaine d'années ?
Il souffla bruyamment, ses yeux n'étaient pas humides, ses traits n'étaient pas accablés et ses gestes n'étaient plus ceux d'un homme dévasté... Il semblait avoir accepté les faits depuis longtemps. Il semblait avoir accepté d'aller de l'avant.
« Ce n'était pas évident d'associer couches, biberons et cours magistraux à vingt deux ans. » Se souvint il avec un sourire nostalgique. « Mais j'ai fait de mon mieux pour ma fille et j'ai même trouvé le temps pour intégrer une sorte de classe pour m'aider à gérer la situation. »
« Une classe pour parents célibataires ? » Intervins je, sceptique. J'avais du mal à imaginer Carlisle en train de chanter, jouer, rigoler avec son bébé dans une classe pour parents. L'image était plutôt incongrue et bon sang, assez drôle.
« Oui. » Ria t il. « C'est là que j'ai rencontré Esmée. Elle avait à peine dix neuf ans et dès le premier cours, je savais qu'elle et moi étions dans le même pétrin. Elle avait presque autant de mal à s'occuper d'Edward que moi, avec ma petite Rosalie. »
Mes yeux s'écarquillèrent. « E-Edward n'est pas… »
« Edward est mon fils. » Interrompit il abruptement et avec une fermeté indiscutable. « Il l'a toujours été et le sera toujours. Seulement… Avec du recul, je trouve qu'il était… Beaucoup trop tôt pour le rencontrer, lui et sa mère. »
« Pourquoi ça ? »
Pour la première fois, il se retourna vers moi et me regarda avec indulgence.
« Les mariages précoces ne finissent pas toujours bien, Bella. »
« Oh. »
Oui, ''Oh''. Mais où avais je la tête ?
Je le savais ça. Je suis l'une de celles qui en avait le plus souffert et qui en souffrait encore. Les mariages précoces ne finissent jamais bien et à mon humble avis, il devrait être interdit par l'Etat de marier deux personnes ayant moins de trente ans.
« Enfin… Je présume que tout arrive pour une bonne raison » Poursuivit il, atone. « J'ai donc épousé Esmée à peine quelques mois plus tard et pour partir sur de bonnes bases, nous avons décidés de ne plus vivre dans l'Etat de Washington. Les parents de Rosemary ont été plus qu'offensés, ils voulaient me prendre Rosalie, me couper d'elle définitivement mais lorsque je leur ai présenté Esmée et son fils… Ils ont mieux accepté la situation. Heureusement, mes parents étaient d'accord et ont même offert leur aide en nous proposant de retourner en Alaska nous installer avec eux. C'était d'autant plus pratique puisqu'Esmée voulait reprendre ses études et que nos emplois du temps étaient déjà assez chargés avec Rose et Edward. J'ai donc continué mes études et fait mon internat à Juneau et c'est ainsi que nous avons pu jongler avec touts nos devoirs durant cinq ans. Après ça, nous avions eu notre fille Alice et notre situation était plus que stable. Nous étions… Heureux. Et amoureux. Enfin… Sauf ces six dernières années qui ne se sont pas très bien passés pour Esmée parce que je… J'ai… »
Une fois de plus, le reste de sa phrase mourut dans sa gorge et son regard s'assombrit considérablement d'une manière inhabituelle. Il passa sa main dans sa chevelure et souffla…
« Je n'ai pas su apprécier le fait d'être juste en famille… Je voulais plus. » Admit il avec culpabilité.
« Que veux-tu dire par 'plus' ? »
Un rictus amer déforma son visage. « Je n'en sais rien. Plus de liberté ? De passion ? De fantaisies ? Peu importe. C'était idiot et j'ai perdu mes enfants et ma femme à cause de mes propres bêtises. Esmée a déjà senti que nous nous éloignions chaque jour l'un de l'autre. Nous travaillions chacun de notre côté mais moi, je partais dès l'aurore et rentrais souvent tard, je ne mangeais jamais à la maison, je n'avais pas de weekend… Je vivais pratiquement à l'hôpital. Esmée n'a jamais rien dit… Jusqu'au jour où elle est tombée sur un des devoirs d'Alice. Elle n'avait alors que douze ans et avait écrit qu'elle n'avait pas de père. Nos disputes ont commencé là et chaque jour, les non-dits durant toutes nos années d'efforts et de sacrifices volaient de toute part. Chacun en voulait à l'autre mais c'était elle qui avait raison sur tous les tableaux et je refusais de l'admettre. Le pire dans l'histoire, c'était… Ma liaison avec une de mes collègues de l'hôpital. Evidemment, cela a mené directement au divorce sans que je puisse y faire quelque chose et… Je n'ai pas revu mes enfants deux années entières. Les pires années de ma vie. Il n'y a pas un seul jour où je… » Son regard triste me transperça de toute part et je posai ma main sur son épaule avant même d'avoir eu le temps de retenir mon geste. J'étais… Choquée. Pas dégoutée. Choquée. Plus qu'abasourdie. Et compatissante.
Etait ce pour ça que son fils s'était immédiatement jeté à la conclusion en me voyant ici ?
Etait ce pour ça qu'il était si hostile en parlant de Carlisle ?
Se pourrait il que leur relation soit aussi merdique que celle que j'entretenais avec Renée ?
Renée !
« Mais… Tu as été avec Renée, il y a trois ans. Tu n'étais pas comme… Pourquoi est ce que tu étais comme ça avec moi ? »
« Comme quoi ? »
« Comme un père ! » M'exclamai je, comme si c'était une évidence. « Et tu dis avoir été amoureux de Renée… C'est tellement… »
« Je sais. Les papiers du divorce venaient d'être signés lorsque j'ai décidé de déménager en Californie. J'étais encore très en colère contre Esmée, je voulais m'éloigner d'elle… La punir en quelque sorte. Ce qui était très stupide en passant car le seul qui méritait punition, c'était moi. Mais j'étais si sûr de pouvoir trouver ce que je cherchais à San Diego et au final, je ne m'étais pas trompé. »
Je fronçai les sourcils, sceptique. « Tu parles de Renée comme si elle avait changé ta vie. »
« Oh, elle a fait bien plus que ça, Bella. »
Ma bouche resta grande ouverte.
Est-ce qu'on parlait vraiment de cette même pétasse nombriliste indécente sans aucun principe moral ? Cette Renée là ?
Alors ça, c'était… Perturbant !
« Ne me regarde pas comme ça, j'étais complètement paumé ! » Plaida t il. Mon regard devait être sacrément accusateur. « Je suis revenu à Seattle dès que Renée m'a quitté. Je n'aurais jamais pensé te retrouver ici et pour être honnête, je me demande même ce à quoi ta mère a pensé en déménageant ici. »
Je roulai des yeux. Je n'étais pas d'humeur à parler de Renée et de ses états d'âme. Il était temps pour moi de tourner cette page de mon histoire. C'est pourquoi je changeai de sujet.
« Donc, tu vis avec Edward ? »
« Au début. Il a été le premier à me contacter. Esmée et les filles sont restées à Anchorage mais Edward voyage beaucoup pour son travail. Il a demandé mon aide lorsqu'il a du déménagé à Seattle. Mais il ne vit pratiquement plus ici maintenant. »
« Ah, cool. »
Cela explique donc la chambre supplémentaire, les vêtements de jeunots et l'ambiance de garçonnière présents dans l'appart'. Cool. Vraiment cool.
Carlisle fronça les sourcils alors qu'il étudiait mon expression. « Tu peux rester autant que tu veux et tu le sais, Bella. »
« Merci. Mais tu aurais vraiment du me prévenir que tu avais un fils comme… Comme Edward. Ou du moins, tu aurais du lui dire qu'il y avait un nouveau locataire ici.»
Une grimace tordit son visage. « Tu as raison. Je suppose qu'il a tout de suite sauté à la pire conclusion ? »
« Il croit que je suis sa nouvelle belle mère. » Dis-je, en roulant des yeux.
« Edward tout craché. Ce n'est pas quelqu'un de très optimiste. » Défendit il. « Enfin, je lui en toucherai sûrement un mot lorsque je le verrais. En attendant, nous allons récupérer tes affaires chez Renée. »
« E-Euh… Comment ça, nous ? Je croyais plutôt que tu y allais ? » M'offusquai je.
« Euh, Bella, je n'y avais pas trop pensé en disant ça mais après réflexion, je me suis rendu compte qu'il était hors de question que je fouille dans tes affaires et que je tombe sur un de tes trucs de fille compromettants. »
« Mais… Et Renée ? Tu crois qu'elle… »
« Je viens de lui parler. Elle est d'accord. »
D'accord ? Comment ça, d'accord ? D'accord pour que je foute le camp ?
« Qu'est ce qu'elle t'a dit exactement ? » M'enquis-je avec un calme étonnant.
Carlisle se renfrogna et je sus qu'elle n'avait pas encore retrouvé son instinct maternel comme par magie. Génial. Je suppose qu'elle se trouve en ce moment même au chevet de ce salopard de James…
« Pas grand-chose. Juste que tu pourrais venir chercher tes affaires quand tu veux. » Répondit il.
« Eh bien… Voilà qui est… Gentil de sa part. »
Gentil ? Gentil, mon cul ! Je savais ce que cela voulait dire et ce que cela impliquait : je n'étais plus la bienvenue chez Renée désormais. Au mieux, je faisais ce que je voulais, je pourrais habiter avec Carlisle ou me prendre un appartement, et au pire… Je devrais retourner chez Charlie et contempler son nouveau bonheur avec sa nouvelle femme, son nouveau fils, sa nouvelle fille, sa nouvelle maison et ça, il en était vraiment, foutrement hors de question. Je préfère encore perdre ma dignité en squattant chez mon professeur d'anatomie humaine, quand bien même cela sonnait presque malsain.
.
.
.
L'appart' de Belltown était resté à peu près le même.
Renée était restée à peu près la même… Toujours à m'ignorer et à perdre son temps avec les mauvaises personnes. Malgré tout, je décidai de ne pas trop perdre mon temps avec les politesses, c'est pourquoi je me dirigeai promptement dans ma chambre pour empaqueter tout ce dont j'aurais besoin. Mes livres de cours, mes vêtements, mes chaussures, quelques effets personnels… Je n'allais pas déménager non plus. Enfin, si, j'allais déménager mais pas vraiment. Je ne fais juste… Que déménager.
Je soupirai une fois que mes valises furent bouclées et m'assis au rebord de mon lit –ou désormais ancien lit, je suppose.
Depuis que j'ai mis les pieds dans ma chambre, j'avais cette sensation désagréable au creux dans mon estomac… Un sentiment que j'abhorrais car je n'étais pas censée la ressentir. Pas lorsque je pouvais enfin quitter cette maudite maison. Pas lorsque Renée était dans la pièce d'à côté et qu'elle n'a même pas pris la peine de venir me voir. Pas lorsqu'elle était en train de me tourner le dos.
Je n'avais pas à ressentir ce vide autour de moi… Pas plus que d'habitude du moins. Qu'était ce comparé à trois mois qu'elle a passé aux bras de ce Phil à Sainte Lucy ? Qu'était ce comparé à toutes ses matinées où elle me traversait du regard? Qu'était ce comparé à toutes ces fois où l'on a déménagé pour elle et seulement pour elle ?
C'est à mon tour à présent et je me dois faire ça bien, sans aucun état d'âme, comme lorsqu'on retire un pansement.
« Tu as fini, Bella ? » S'enquit Carlisle, de l'autre côté de la porte.
« Oui, j'arrive. »
Un nouveau soupir las franchit mes lèvres et je me relevai, prête à y aller. Je rehaussai mon sac de voyage sur mon épaule et pris ma valise pour la trainer derrière moi.
Supprimer les émotions qui n'avaient pas lieu d'être.
Je ne quittai pas un foyer sécurisant, je quittai la bouche des enfers… Je devrais être contente, me sentir libre, soulagée. Même si ce n'était pas le cas. Je me devais bien ça.
« Laisse, je m'en occupe. » Dit Carlisle en récupérant mes affaires.
Je lui passais ma valise avec une morosité inattendue.
Sans aucun état d'âme, Bella. Pense au pansement.
Du coin de l'œil, je remarquai une silhouette fine, habillée d'une robe grise, éclairée par la lumière venant de sa chambre. Son regard était vide d'expression et se posait vaguement sur l'espace réduit qui me séparait de Carlisle.
Allait-elle me regarder partir sans même me dire au revoir ?
« Bella, on y va. » Somma Carlisle et je lui obéis sans hésiter.
Non, elle n'a rien dit.
.
.
.
Nous étions en salle d'attente, dans l'un des immeubles les plus classe de Capitol Hill. Des hommes et des femmes en costume défilèrent devant moi, papiers en main, discutant de manière frénétique et occupée mais avec tant d'élégance. Leurs pas étaient étouffés par l'épaisse moquette noire qui recouvrait le sol et quelques fois, je pouvais apercevoir leurs reflets sur l'aluminium du comptoir ou de l'ascenseur d'en face. Tous les murs du hall étaient lambrissés de bois sombre vernis et quelques tableaux expressifs les ornaient à intervalle régulier, donnant à l'accueil des airs de musées d'art sophistiqués… En bref, je faisais complètement tâche dans le décor.
« Bella, tu sais, on peut faire ça un autre jour. » M'informa Carlisle, son ton légèrement inquiet.
« Non, non, ça va. »
Je lui offris un sourire piteux et il abandonna.
Je voulais en finir une bonne fois pour toute avec cette histoire. Voir un avocat, porter plainte… Bien que je sache déjà qu'il n'y avait pas de justice pour moi, c'était la chose à faire. Enfin, la chose à faire selon Carlisle, alors je le fais, dans l'espoir de pouvoir passer rapidement à autre chose.
« Carlisle, mon vieil ami ! » S'exclama joyeusement un homme aux cheveux grisonnants qui provenait du couloir étriqué sur la droite. Sa voix emplissait le vaste hall et son fort accent du sud sembla presque déplacé.
Le visage de Carlisle se fendit en un sourire brillant et il se leva pour saluer son ami.
« Harper. C'est bon de te revoir. »
« C'est bon te revoir aussi, Carlisle. Et cette charmante damoiselle est certainement Isabella Swan. »
« Oui. Bella, je te présente Harper Whitlock. »
Il m'adressa un sourire chaleureux et j'acquiesçai timidement en lui tendant ma main. « Enchantée, Monsieur Whitlock. »
Il me serra la main et son apparente gentillesse ainsi que son charisme eurent vite raison de mon malaise. Il y avait quelque chose dans son regard clair et accueillant qui avait le don de vous détendre à la minute même où vous entrez en contact avec lui. Son assurance, sa posture, son sourire léger… Ou bien il était naturellement rassurant ou bien il connaissait bien son métier.
« Oh, moi de même, ma chère. Carlisle m'a déjà touché un mot à propos de ton cas et c'est malheureux, je l'avoue, car je connais bien Jason Jenks et son fils. Ceci dit, je connais également ta charmante mère, Renée… Je suppose qu'elle doit avoir du mal à s'en remettre, elle aussi. »
Je baissai les yeux pour ne pas avoir à répondre à une telle… Bévue tandis que Carlisle se balançait d'un pied à l'autre, mal à l'aise à son tour.
« En fait, la situation est plus compliquée que ça, Harper. Je préfèrerais que nous en parlions dans un endroit plus privé. » Rétorqua Carlisle.
Cette fois ci, ledit Harper se saisit l'arête de son nez d'un air contrarié et ce ne fut là que je remarquai qu'il avait son attaché case dans son autre main. Il s'apprêtait à partir, pas à nous recevoir.
« Carlisle, pardonne moi, vraiment mais j'ai bien peur que cela ne soit pas possible aujourd'hui. Je déteste avoir à laisser tomber un client, surtout si c'est toi, mais… »
« Tes gros poissons ont encore fait des siennes ? » Plaisanta Carlisle avec l'ombre d'un sourire.
Monsieur Whitlock sourit en retour mais d'une manière embarrassée. « Cela t'ennuierait il si je te confie à mon fils ? »
« Jasper travaille ici avec toi? »
« Oui et non. Son cabinet est à deux étages plus hauts. » Rétorqua l'avocat en regardant vaguement sa Rolex. « Je sais bien que ce n'est pas convenable de vous congédier comme ça mais je ne peux pas faire autrement. Jasper est un très bon avocat, il débute, bien sûr, mais il a déjà une bonne réputation »
« Oh, il a de qui tenir. » Renchérit Carlisle.
Monsieur Whitlock eut un autre sourire. « Merci, mon ami. Je lui ai déjà demandé de vous recevoir, dans un cas comme aujourd'hui. Il sera heureux de vous recevoir à tout moment. »
« Bien. Nous y allons de ce pas, dans ce cas. »
Nous saluions Monsieur Harper Whitlock une dernière fois et repartions vers l'ascenseur pour monter à l'étage indiqué.
Une fois arrivés devant un nouveau comptoir, une rouquine à l'allure sauvage nous accueillit avec un sourire commercial et nous dirigea vers le bureau de Monsieur Whitlock Junior (pourquoi faut il que les hommes que je connaisse n'aient que des fils ?). Nous arrivions rapidement devant une porte en verre opaque où le nom « Jasper Whitlock » était placardé en lettres argentées.
Quel drôle de nom, vraiment. Les gens du Sud ont vraiment un sens de la modernité des plus archaïques…
Carlisle frappa et un « Entrez » étouffé se fit entendre de l'autre côté de la porte.
Nous entrâmes et je faillis m'étrangler légèrement en le voyant. En avisant son nom, je m'attendais au mieux à un gros geek lunetteux et à l'hygiène douteuse, pas à un… Un… Je n'arrive même pas à trouver le mot juste.
« Monsieur Cullen. Mademoiselle Swan. » Nous salua t il.
J'avais déjà vu un avocat aux cheveux blonds mi-longs (James, beurk.) mais lui… Oh, lui, c'était vraiment quelque chose.
« Jasper. » Répondit Carlisle alors que je me contentai juste d'hocher la tête comme une idiote. « Je crois que ton père t'a déjà parlé de ce qui nous amène ici. »
« Oui, oui, en effet, j'ai eu vent de ce qu'il s'est passé. Assoyez-vous. Vous désirez boire quelque chose ? » Demanda t il poliment. Comme son père, il avait aussi un certain accent mais en beaucoup moins prononcé cependant.
Carlisle m'interrogea du regard et lorsque je fis non de la tête, il répondit : « Non, merci, cela ira. Nous préférons entrer tout de suite dans le vif du sujet. »
Et c'est ce qu'ils firent durant deux bonnes heures avec des termes très techniques que la médiocre élève que je suis n'était pas capable de saisir. Je ne faisais qu'écouter vaguement, préférant prêter plus attention au décor qu'à leur conversation. Plusieurs cadres ornaient les murs de la petite pièce les diplômes de Jasper, sans doute… Il y avait également des coupes, quelques assiettes décoratives, des médailles et étonnement, un semblant de collection de petites voitures sur une étagère en métal forgé. Il ne faisait que débuter dans le métier mais il avait déjà le fétichisme d'un snob… Cool.
Sur son bureau, il y avait des cadres photos, à côté d'une lampe de travail et quelques paperasses… C'était propre mais désorganisé.
Je suppose que les photos étaient de sa famille puisqu'elles étaient tournées vers lui. Et détailler les bibelots posés sur son bureau finit bien sûr par m'amener à le détailler, lui.
Il prêtait une oreille très attentionnée à tout ce que Carlisle disait, une petite ride se formant entre ses yeux alors qu'il prenait quelques notes, posant des questions ça et là à chaque fois que quelque chose l'intriguait. Je remarquai qu'il avait dénoué sa cravate noir et ouvert le premier bouton de sa chemise immaculée, laissant apparaitre plus clairement sa pomme d'Adam saillante… Quelques fois, ses yeux gris laissaient entrevoir une sorte d'excitation et un sourire satisfait se dessinait sur ses lèvres, comme s'il se faisait déjà une joie à coffrer Jenks…
Et ça, combiné à ses cheveux blonds bouclés à la fois fous et pourtant impeccables, le rendait indéniablement séduisant.
Je croisai son regard une ou deux fois et à chaque fois, il m'offrit un sourire de connivence.
« Hum. » Commença Maitre Whitlock une fois les explications de Carlisle terminées. « Cela va être dur de les trainer en justice… Même mon père ne sait pas à quel point Jenks a le bras long. Et quand bien même si l'on arrivait à le coffrer, c'est sûr et certain qu'il ressortira en rien de temps. Rien n'est jamais assez cher pour Jenks. Et le fait qu'il fréquente régulièrement la mère d'Isabella rend les choses encore plus difficiles. Cette plainte peut bien se retourner contre vous, Isabella. »
Je le dévisageais, complètement incrédule. Que pouvait-il encore m'arriver de pire en allant chercher ma justice à part ne pas trouver de justice ? Que la justice se retourne contre moi, bien évidemment !
Je gigotai sur ma chaise, mal à l'aise et me tournai vers Carlisle, à la recherche d'un conseil quelconque. D'une solution définitive à cette merde qui pourrissait ma vie.
Il soupira avec lassitude et psalmodia : « La décision t'appartient, Bella. »
J'acquiesçai silencieusement, reconnaissante, même si cela ne m'aidait pas beaucoup dans mes interrogations intérieures.
Trainer cet enfoiré devant la justice était certainement la chose à faire. Mais Maitre Whitlock ne semblait pas très persuadé que je m'en sortirais gagnante… Jenks avait du pouvoir à Seattle, ce n'était pas pour rien qu'il était facilement le meilleur avocat du coin, et le pire qui puisse lui arriver serait vingt quatre heures de détention. Une détention provisoire encore. Ou alors en cellule. Mais il était plus qu'évident qu'il sortira sous caution avant même que les grilles aient eu le temps de se refermer derrière lui.
En gros, porter plainte était inutile. Mais juste.
Un vrai héro doit il laisser tomber une mission sauvetage juste parce qu'il y avait des gens qui se foutaient de ses bonnes intentions ? Ou parce que le monde était trop cruel pour laisser les choses se passer facilement ? Ou alors que la justice n'avait pas de place dans un environnement aussi hostile ?
Non.
Mais le seul hic, c'est que j'étais très loin d'être une héroïne droite et incorruptible.
«Si je porte plainte… » Commençai je prudemment. « Cela nuira à son statut social, n'est ce pas ? »
Les yeux de Maitre Whitlock se plissèrent vers moi. « Oui, bien évidemment. » Répondit il avec méfiance.
« Il perdra en crédibilité aux yeux de ses clients ? » Continuai je.
« Cela va de soi. » Fit mon avocat, l'air confus. « Mais Jenks est une de ces personnes qui se relèvent rapidement. Je ne vois pas vraiment où vous voulez en venir, Isabella. »
J'acquiesçai vaguement, réfléchissant lentement et pesant soigneusement les mots que je m'apprêtais à dire, de sorte d'éviter toute confusion. Car même moi, j'avais du mal à croire que j'aillais faire ça.
« Je ne… Vous savez que je ne vis plus avec ma mère. » Introduisis je alors que je sentais ma bouche s'assécher. Carlisle se tendit immédiatement tandis que l'avocat acquiesça, me fixant avec curiosité. Je fermai brièvement mes yeux et humidifiai mes lèvres. Je détestai tellement avoir à en arriver là… « Je ne compte pas revenir sous son toit, je… Suis déjà majeure sur tous les plans. Et je sais me débrouiller mais il y a… Hum. Mes études. Et elles vont… Me coûter… Plus de dix mille dollars. Et je n'ai pas… Dix mille dollars»
Le choc frappa les traits de mes deux interlocuteurs, chacun grimaçant sous la soudaine compréhension. Et si je savais que Maitre Whitlock était sincèrement étonné, j'étais sûre que Carlisle, lui, devait se sentir trahi. Car je lui avais promis de me battre pour obtenir justice… En quelque sorte. Et je choisissais tout bêtement la facilité une fois devant le nœud du problème.
Je n'osai croiser aucun de leur regard, trouvant soudainement mes cuticules très fascinantes. Maitre Whitlock tenta vainement d'attirer mon attention en se raclant la gorge et Carlisle posa une main réconfortante sur mon avant-bras. Je ne bronchai pas.
« En êtes vous sûre, Isabella ? » S'enquit mon avocat après quelques minutes de silence gênant.
J'hochai faiblement la tête.
« Bella. » Dis doucement Carlisle. « Ce n'est pas très juste. Tu sais que ce n'est pas l'argent le problème, c'est… »
« Si, Carlisle. L'argent est le problème et ne me sors pas ton grand discours sur le bonheur et le bien être parce qu'à la fin de la journée, si je ne décide pas de faire payer Jenks, je serai une SDF… Fauchée et... Sans avenir. »
« C'est faux. » S'offusqua t il. « C'est faux, Bella. S'il te plait, ne prends pas… Ne prends pas tout de suite la solution facile. Tu mérite tellement plus. Tu mérite… Que justice soit faite. » Dit il sur un de ces tons tellement dramatiques que je dus me retenir pour ne pas ricaner amèrement.
Qu'y a t il de plus pour moi, si ce n'est un peu d'argent obtenu par le biais de ma propre souffrance ? La voilà, votre satanée justice ! Avais-je envie de répondre mais au lieu de ça, je me levai en disant :
« Je veux l'argent. Je veux lui faire cracher le maximum parce que tout ça ne sert à rien sans les compensations qui vont avec. »
Et en disant ça, j'avais l'impression d'être très… Renée.
« Mais cela ne colle pas… Au prestige des Whitlock, je suppose. » Ajoutai je en indiquant de mon pouce les diplômes et les médailles de Jasper.
Carlisle me lança un regard incrédule et je m'apprêtais à sortir lorsque la voix grave de l'avocat s'éleva : « Une semaine ! Une semaine, Isabella et vous aurez votre argent ! »
J'émis un petit sourire, la main sur le poignet. « Bien. »
.
.
.
Carlisle ne me parla pas. Ne me parla plus. Ni pendant le diner, ni durant le petit déjeuner, ni entre ces deux repas. Rien.
Ma décision ne l'enchantait guère et je pouvais le comprendre car il s'était impliqué dans toute cette merde, lui aussi. Il avait été là lorsque ça a commencé. Ou plutôt, lorsque ça a dégénéré. Et il ne pouvait tout bonnement pas… Rester debout, voir les choses et juste laisser couler. Ce serait bien trop… Anti-Carlisle.
Néanmoins, avant de partir au boulot, il déposa un trousseau de clé sur la table, près de mon bol de céréales. « Ma deuxième voiture. T'en auras besoin pour aller en cours. Bonne journée. » Dit il presque froidement avant de déposer un baiser furtif sur ma tempe.
« Merci et… » Il avait déjà claqué la porte derrière lui. « Bonne journée à toi aussi. » Lançai-je dans le vide.
Je soupirai lourdement. Décidément, je savais y faire avec les parents.
Ce n'est que trente minutes plus tard, après avoir fini de me préparer, que je partis presque en courant vers le sous sol de l'immeuble : je n'avais pas pris conscience du facteur espace-temps et si mes calculs sont bons et que j'étais bien à Montlake, j'étais… Officiellement en retard pour mon cours d'infectiologie.
Une fois les escaliers dévalés, j'appuyai à la va vite sur le bouton d'alarme sur la clé de la voiture de Carlisle et une SUV noire, garée à quelques pas de l'escalier de secours, répondit à l'appel. L'immeuble de Carlisle ne faisait peut être pas plus de trois étages – et son appart' avait beau se trouver au premier-, je peux vous assurer que les escaliers, c'est du sport…
Une Volvo SUV donc. Pas tout à fait mon genre, les SUV, si vous voulez tout savoir mais tout à fait le genre de Carlisle. Le gars, il était genre… Complètement maniaque côté prudence.
Je secouai la tête en rigolant alors que j'ajustai mon sac sur mes épaules pour la dernière fois. Chose inutile vu que je le balançai aussitôt sur le siège passager une fois dans la voiture.
La Volvo était confortable, avec un intérieur en cuir pêche. Le tableau de bord et la console principale étaient faits d'une matière très cossue proche du cuir (ou peut être était ce du cuir tout simplement ?) et les parties dures étaient faites d'une imitation de bois très conviviale. J'aimais bien le levier de vitesse en bois verni. Ou en faux bois verni. Sobre et élégant. Cette voiture transpirait la personnalité de Carlisle à chaque petit détail.
Je ne m'éternisai cependant pas, pas en ayant conscience de mon retard monumental.
Je roulai un peu plus vite que je ne le faisais d'habitude, appréciant la fluidité et la souplesse que me procurait la voiture de Carlisle. Les gens n'avaient pas tout à fait tort lorsqu'ils disaient que les Volvo sont les voitures les plus sûres au monde…
Satisfaite de la tenue de route des plus stables et des plus appréciables de ce modèle ci, je me retrouvais vite fait bien fait sur Aurora Avenue, sans que je ne visse les kilomètres passer. Enfin, jusqu'à ce que je remarque une silhouette familière courir le long du trottoir comme si sa vie en dépendait.
Habillée d'un chandail bleu pastel et d'un jean délavé, plombée par son lourd sac à dos, Angela Webber semblait mener un combat épique contre le temps et l'espace, prenant, avec une agilité étonnante, ses fines jambes à son cou. Tout autant que moi, en fait. Mais elle avait encore du chemin à faire avant d'arriver au Pacific University et j'avais plus de places que nécessaire à bord.
J'accélérai un peu, la rattrapai et me garai à quelques mètres devant elle. Je descendis la vitre électrique du côté passager.
« Angela ! » Hélai-je alors qu'elle passait à toute vitesse à côté de la voiture. Je la vis s'arrêter net dans sa course et se retourner toute confuse vers moi. Elle était complètement échevelée, haletante et ahurie mais elle afficha un énorme sourire soulagé lorsque je sortis ma tête par la fenêtre. « Hey, je t'emmène ? »
Elle acquiesça vivement, replaçant une mèche folle dans sa queue de cheval lâche et accourut vers la portière côté passager pour monter tout de suite. Elle parut à la fois incrédule et extrêmement soulagée de m'avoir croisée sur sa route.
« J'espère que je n'ai pas interrompu ton jogging matinal. » Dis je, moqueuse.
« T'inquiète. J'avalais les derniers kilomètres. » Fit-elle d'une voix essoufflée sans pour autant se départir de son sourire.
Je pouffai de rire et me réinsérai dans la circulation. Le calme demeura un moment, seulement perturbé par la respiration lourde de ma voisine et quelques klaxons indignés lorsque je dépassais une voiture de manière inconvenante.
Ouais. La ferme !
« Chouette voiture. » Commenta Angela une fois son souffle retrouvé.
J'hochai la tête. « Ouais. Je l'ai emprunté à… » Carlisle Cullen, notre prof d'Anatomie humaine que toutes les filles trouvent sexy. « Un ami. » Finis-je avec un sourire discret qu'elle me rendit. Elle paraissait toutefois encore un peu fatiguée et… Nerveuse ? « Est-ce que ça va ? » M'inquiétai-je.
« Hum. Ouais. Enfin… Ne te vexe pas, Bella, mais pendant un instant, j'ai cru que t'étais un de ces kidnappeurs avec leurs 4x4 noirs et les cagoules et tout. Tu m'as foutue la trouille de ma vie… »
« C'est pas ma faute si tu regardes beaucoup trop de films, Angela. » Contredis-je avec de faux airs sérieux, la taquinant comme si c'était la chose la plus naturelle au monde, ce qui est étonnant en passant vu comment j'étais asociale. Mais je décidai de ne pas m'attarder pour analyser la situation… J'étais à l'aise avec elle et je n'avais aucune envie de gâcher tout ça à… Me faire de la bile pour des détails.
« Alors… » Commença t elle. « Tu as quoi comme cours, tout à l'heure ? »
Je grimaçai en pensant au cours ennuyeux qui m'attendait. « Infectiologie. Avec… »
« Monsieur Berty et ses états d'âmes. Oh, je te plains ! » Finit elle en rigolant légèrement. Je rigolai moi aussi. Etrange.
« Ouais. Et toi ? »
« Shakespeare ! » Répliqua t elle avec un enthousiasme débordant. J'écarquillai les yeux.
« Tu es inscrite en littérature anglaise? » M'esclaffai-je, à la fois sidérée et émerveillée. J'aurais été lesbienne qu'elle aurait été mon âme sœur. Sauf que non. Je ne suis pas lesbienne.
« C'est ça, moque toi, tu sauras que quatre vingt quinze pourcent médecins sont fans de la littérature anglaise. » S'offusqua t elle. Mais elle souriait toujours.
Je secouai la tête, de gauche à droite, riant. « Je ne me moque pas, je suis inscrite en Art Contemporain ! Et puis, pas la peine d'inventer des stat'. »
Et là, alors qu'il ne semblait y avoir rien de drôle, nous éclatâmes simultanément de rire. Comme si nous étions branchées sur la même longueur d'onde, adoptant naturellement la bonne humeur de l'autre à tout moment. C'était tellement étrange et agréable et un peu flippant et inhabituel… Mais définitivement très grisant.
Souriant et riant, j'oubliai presque tout de la journée foireuse d'hier. Du fils ainé de Carlisle, Edward et de son histoire. De mon passage à Belltown sous les yeux indifférents de ma propre mère. De l'entretien peu productif chez l'avocat Whitlock. De mes intentions purement égoïstes et matérialistes.
J'oubliai presque tout aussi bien les autres étudiants en médecine, jusqu'à ce qu'ils me dévisagent tous d'une manière dégoutée, surtout les filles.
Alors qu'Angela et moi traversions l'allée principale de notre bâtiment, je sentis une lourde tension envahir l'atmosphère et je ne pus m'empêcher de descendre de mon petit nuage.
« Euh… Qu'est ce que j'ai fait encore ? » M'enquis je auprès d'Angela.
Celle-ci fronça les sourcils et prit un air peiné. «Tu n'es peut être pas au courant mais des personnes t'ont vu en compagnie du professeur Cullen au Starbuck. Ou plus particulièrement… Jessica et Lauren t'ont vu en tête à tête avec un prof. » Soupira t elle avant de presser le pas. « Et Mike dit que tu étais avec le professeur hier, à Capitol Hill. »
Oh.
« Quoi ? Mais ils me surveillent ou quoi ? » M'indignai je.
Angela pouffa d'un rire sans joie. « Tu as oublié que ce sont les rois de Pacific University? »
« Et alors ? Qu'est ce que j'en ai à battre ! Nous ne sommes plus au lycée ! »
« En effet mais Pacific est un établissement privé. Et très sélectif. C'est fait pour être pire que le lycée. »
Ah.
Hum.
Ouais. Y'a pas de repos pour les martyrs.
~°o0O0o°~
Voilà, voili, voilu. Je sais, ce n'était pas trop sensat' comme chapitre mais il faut bien quelque chose pour faire la transition.
Eh bien maintenant. Je suis bien curieuse de connaitre vos avis et surtout vos pronostics. Que pensez-vous d'Edward ? XD Ou de Bella ? Ou de Carlisle ? Dites moi tout, que ce soit négatif ou positif, dites moi tout, mes chères.
Au plaisir de vous revoir bientôt.
Areka.
