Note : Salut les filles (qui ne m'ont pas abandonné, j'espère ) ! Et en coup de vent, je vous livre le chapitre 6 de Money Talk. Désolée de ne pouvoir répondre à toutes les reviews mais je vous remercie de tout cœur, je promets de me rattraper pour le chapitre 7. :)
Bonne lecture !
~o0IMS0o~
Car tout a un prix
Voici celui de l'Inquiétude
~o0IMS0o~
Chapitre 6 :
Ce furent quelques rires qui me réveillèrent. Tout près. Ceux d'une femme… Et d'un homme. Ou un gloussement de dinde accompagné d'un rire grave, séducteur. Peut être une autre infirmière ou une petite interne en train de flirter ouvertement avec un des médecins ? C'était une pratique plutôt courante dans les hôpitaux et je redoutai vraiment cette chose vicieuse, une fois que je ferais mon internat, à mon tour… Des bruits courraient selon lesquels se refuser à son supérieur signerait l'arrêt de mort de sa carrière. D'accord, j'avais été une fille, disons, assez facile à un moment donné, vous direz sans doute qu'il n'y avait pas de quoi en faire une tarte… Mais je n'étais franchement pas motivée pour me taper un vieux.
Qu'est ce que je me raconte encore ?
Gardant toujours les yeux fermés, j'essayai de bouger mon corps mais ce fut vachement douloureux. J'avais la sensation de m'être brisée la nuque, le dos et le cul aussi au passage, tant la surface sur laquelle j'étais couchée était dure et inconfortable…
Euh… Attendez.
Couchée ?
J'ouvris instantanément mes yeux et sursautai dans la foulée, surprise par ma position.
« Tiens, bonjour la marmotte. » Roucoula un ténor que je reconnus sans mal, me figeant sur place. Edward était près de moi. Beaucoup trop près.
Je m'écartai de lui d'un bond et dans mon mouvement, je sentis un lourd tissu, chaud et doux, me glisser sur le bras : quelqu'un avait apparemment eu la gentillesse de me mettre une couverture et moi, je ne me rappelai même pas de m'être assoupie. Je me retournai sur ma droite, très consciente de la présence d'Edward, et laissai trainer mes yeux ses genoux. Genoux sur lesquels –j'en étais sûre- ma tête avait reposé, à peine quelques secondes plus tôt. Oh, merveilleux ! Il portait un putain de jean' brut, bien râpeux… Je parie que les striures du tissu étaient maintenant magnifiquement imprimées sur ma joue façon panini. Juste… Merveilleux ! Il ne manquait plus que la légère trace de bave au coin de la bouche et l'on y était, à Mortification-land.
Ayant un cerveau et des réflexes aussi rapides au démarrage qu'un Pentium 4 cependant, mon regard s'attarda impunément sur le teeshirt noir à col V d'Edward. Cet habit du diable qui, aussi simple que provocateur, dévoilait une partie de son torse dans un contraste tranchant plutôt fabuleux… Je fixai, presque fascinée, la façon dont le fin tissu laissait suggérer les pectoraux fermes et les abdominaux bien dessinés de mon voisin alors que ses manches courtes moulaient à la perfection ses biceps finement musclés. Edward n'était ni bodybuildé ni gringalet, mais son corps semblait fluide, élancé et puissant, rappelant presque celui d'un grand fauve. Ses muscles étaient discrets mais l'on ne pouvait les ignorer lorsqu'ils se bandaient sous sa peau comme le faisaient ceux de ses avant bras.
Je restai ainsi pendant je ne sus combien de temps, à contempler son bras avec un intérêt presque malsain avant de réaliser soudainement ce que j'étais en train de faire. Je détournai timidement le regard.
Et un bon réveil en force pour Bella, un !
« Tu as l'air perdue. » Fit remarquer Edward sans se délester de son petit sourire condescendant mais je n'en rougis pas car j'étais consciente que ma petite séance de matage matinal n'aurait jamais pu être discrète.
« Le mal du pays, sans doute. » Marmottai-je.
« Admirer le paysage est un bon remède, alors. »
Comme par reflexe, je regardai furtivement vers son avant bras, puis son torse avant de revenir sur son visage –qui n'était certainement pas la partie la plus moche de son anatomie.
« Ça dépends. Tout finit par se ressembler sous la grisaille de Forks. » Feignis je avec ennui.
Il pouffa moqueusement mais ne releva pas, préférant se murer dans un silence apaisant.
Je secouai la tête avant de regarder tout autour de moi. Je reconnus sans mal les couloirs du premier étage avec ses bancs en bois peint sur l'un desquels je devais être installée en ce moment même. Qu'est ce que nous foutions ici ?
Comme s'il avait lu dans mes pensées, Edward expliqua.
« Nous sommes au premier. Charlie a été affecté à une chambre. »
« Il s'est réveillé ? Quand ça ? »
« Il y a quelques heures. Les médecins disent qu'il va s'en remettre sans séquelles. » Répondit il.
A cette nouvelle, mon cœur s'emballa… De joie, je le savais, car il n'y avait pas d'autres émotions possibles dans cette circonstance. Cela pouvait paraitre étrange, surtout lorsqu'on savait que je n'avais presque pas entretenu le contact avec mon père mais je me contentai juste de savourer le soulagement du moment.
« Je vais aller le voir. » M'enthousiasmai je comme une gamine, me levant abruptement.
Aïe, ma tête ! J'eus un instant l'impression d'avoir une enclume à la place du cerveau et la sensation désagréable s'accentua lorsqu'Edward me retint par le poignet avec une force choquante. Je lui lançai un regard perdu.
« Je ne crois pas que ce soit une bonne idée. »
« Ah oui ? Pourquoi ? »
« Il a de la visite. » Expliqua t il tout en desserrant légèrement sa prise.
« Quel genre de visite? »
« Eh bien… Du genre… Euh… De la visite ? » Baragouina t il. « Nous ferions mieux d'aller prendre un petit déjeuner à la cafétéria en attendant. »
Je roulai des yeux et soupirai, rageuse. Ma bonne humeur venait de partir en fumée. Je n'étais certainement pas venue jusqu'à Forks pour manger quelques toasts rassis et boire un café infecte en sa compagnie… Peut être n'en avait il pas conscience ?
« Tu veux que je te fasse ma version de la petite garce à peine réveillée et déjà en mode fille à papa, Edward ? Je peux t'assurer que le mélange n'est pas fameux. »
Etonnamment, il me lâcha tout de suite et se contenta juste ensuite d'hausser rapidement les épaules, l'air de dire ''à ta guise, je t'aurais prévenu'' mais je m'en fichai.
J'avais fait de la route en venant ici, je n'allais certainement pas reculer devant… Quelques visiteurs impromptus.
Je tournai donc les talons et après un petit tour au toilette pour réarranger ma mauvaise mine (entre autre), j'avançai dans les couloirs, à la recherche la chambre de mon père. Heureusement pour moi, les murs de cet étage étaient presque tous entièrement en verres, tous stores ouverts, alors je n'eus pas beaucoup de mal à le repérer… Ou plutôt, à le repérer, lui, Sue et Leah.
Je restai quelque peu mitigée devant la scène alors que je me tenais contre le chambranle de la porte.
Leah et Sue tenaient chacune des mains de mon père, Sue étant assise à même le petit lit aux éternelles parures bleues claires et blanches, et Leah s'adossant sur le même oreiller que Charlie. Eh bien, apparemment, je n'avais pas ma place ici, ni une espace infime où m'asseoir ni ma part de main à tenir. Excellent début de parcours.
« Hey ! Bella ! » S'exclama Charlie avec sa voix râpeuse lorsqu'il remarqua enfin ma présence.
« Salut tout le monde. » Dis je avec maladresse.
Sue me sourit plus par formalité qu'autre chose et Leah m'offrit un discret hochement de tête. Leah Clearwater, la fille de Sue, était plus jeune que moi, même si son physique tendait à prouver le contraire. C'était une fille élancée, au visage dur et à la peau tannée qui, à ma connaissance, semblait avoir développé une affection toute particulière pour les débardeurs encrassés d'huile-moteur et les shorts en jeans déchirés. Ses fins cheveux noirs, raides comme la justice et coupés au carré, ne rendaient pas beaucoup service à son visage anguleux et naturellement hostile mais elle pouvait quand même être qualifiée de jolie. Enfin, si on aimait le genre. Quant à Sue… Eh bien, disons qu'à vu de nez, c'était Leah avec vingt cinq ans et quinze kilos de plus.
Mais alors que je m'avançai vers ce tableau de famille parfaite et unie, je me demandai furtivement ce qu'il fallait que je fasse, ce qu'il fallait que je dise, que ce soit à mon père ou à ces deux femmes. Je n'y avais jamais pensé, en fait, dans les feux de l'action, mais là… De quoi est ce que l'on pouvait parler ? Du beau temps et de la pluie ? Je ne pense pas. Et pourtant, je savais que je devais dire quelque chose mais les mots me firent cruellement défauts. Cette constatation des plus dépitant me fit ralentir lorsque je fus au milieu de la pièce… Et finalement, lorsque je voulus me rapprocher un peu plus, j'eus nettement l'impression de ne pas en avoir le droit. Techniquement, parce qu'il n'y avait pas assez de place pour moi.
Devais je dire à Leah de lâcher la main de Charlie pour que je puisse la tenir à mon tour ?
Demander à Sue de se pousser pour me faire de la place ?
Leur ordonner de sortir d'ici sur le champ ?
Le dilemme sembla se résoudre de lui-même lorsque Charlie, les yeux fixés sur moi, lâcha la main de sa belle fille qui se redressa silencieusement avant d'aller se reculer dans un coin de la pièce. Un sourire de soulagement et de joie inexplicable faillit alors poindre aux coins de mes lèvres, me faisant à nouveau avancer.
Mais en fait, il n'avait pas lâché la main de Leah pour prendre la mienne. Non. Il en avait juste profité pour attraper une enveloppe en papier kraft sur sa table de nuit avant de me la tendre cérémonieusement.
« Tiens. Remets donc ça à ta mère. Ce sont les papiers pour la vente de ses terrains… J'ai l'impression que son avocat passe son temps à m'esquiver chaque fois que j'appelle ! » Grommela t il.
Pas de bonjour. Pas de formalités. Rien.
Une boule se forma au creux de ma gorge et sans le vouloir, mes épaules s'affaissèrent au détour d'un soupir silencieux… Mais je ne bronchai pas.
A quoi est ce que je m'attendais, honnêtement ?
J'acquiesçai et pris l'enveloppe sans relever les yeux, mes doigts tremblant légèrement.
« Oui, je… Lorsque tu dis l'avocat de maman, tu parles de Marcus Hermann ? » Eludai je en retournant l'enveloppe brune dans mes mains, la trouvant soudainement fascinante.
« Oui, cette crapule ! Il n'a retourné aucun de mes appels et m'a même raccroché au nez une fois. Il n'y a pas d'école pour les bonnes manières en Californie ? »
J'en eus un rire amer. J'avais passé presque toute mon adolescence en Californie… L'école secondaire. Avait il une idée de ce qu'il sous entendait ? La boule dans ma gorge grossit un peu plus et je fus irritée de constater que mes yeux commencèrent à me piquer.
« Oh, tu sais, elle a un nouvel avocat. » Dis-je rapidement pour m'occuper les pensées.
« Ah oui, qui ça ? »
« Un certain Jason Jenks mais… Ce ne sera pas nécessaire de l'appeler. Je vais lui remettre… Euh… ça. A mon retour. »
« Jason Jenks ? » Intervint Sue pour la première fois et je relevai enfin le regard vers son visage bronzé aux joues proéminentes. « Comme dans Jason Jenks, l'avocat le plus réputé de Seattle ? »
Son ton effaré était proche de l'hystérie mais je m'en foutais royalement. Je me contentai juste d'hocher affirmativement la tête, la gorge serrée. Stupides émotions!
« Eh bien voilà qui est… Surprenant ! » Souffla mon père et il me sembla tout d'un coup désemparé.
Durant un court moment, il se terra dans un calme olympien, mystérieusement pensif tandis que Sue essayait de deviner ce que cela voulait dire pour lui en le fixant avec insistance. Charlie resta impassible mais moi, cependant, je n'étais pas dupe : je pouvais voir sa moue tordue sous sa moustache, signe que les rouages de son cerveau était en train de tourner à vive allure : il établissait une tactique pour parer à la nouvelle arme de ma mère.
Mes parents, du temps de leur heureux mariage et leur glorieuse jeunesse, avaient acheté un établissement viticole sis à Port Angeles ainsi qu'un terrain d'une dimension plutôt importante sur Sappho. Ils avaient aussi beaucoup investi dans des entreprises/industries naissantes du coin, développant ainsi rapidement quelques à-côtés non négligeables. Il fallait aussi ajouter à ça le fait que mes grands parents avaient été plutôt blindés de leur vivant : les Swan et les Hadley avaient alors bonne réputation sur Forks. Leur élégance, leur classe… Leur fortune. Et Charlie et Renée avaient su en profiter un maximum. En fait, on aurait pu croire que leur mariage précoce n'avait été qu'un banal prétexte pour que les vieux se sentent obligés de payer leurs factures, les aider à terminer leurs études et soutenir leur foyer aussi souvent que faire se pouvait. Parce qu'ils étaient encore ''jeunes et fragiles''. Moi, je pensais plutôt à ''viles et calculateurs''. Mais d'après les rares photos souvenirs que j'ai pu voir du luxe dans lequel ils avaient baigné, leurs petits manèges avaient plutôt bien porté leurs fruits. Cela n'avait duré qu'un temps, cela dit. Encore heureux qu'ils aient eu la bonne idée d'investir sur du long terme, vu comment le vent s'était mis à tourner ensuite…
Simples hypothèses.
Mesquines hypothèses mais hypothèses quand même.
Ni Renée ni Charlie ne s'était jamais épanché sur le sujet et je devais avouer que moi non plus, je n'avais pas cherché à poser la question… Alors, oui, peut être était-ce un peu tiré par les cheveux de penser que leur mariage n'avait été qu'une vilaine farce pour aspirer le fric de Papy et Mamie… Je voulais pas savoir. Ou plutôt, je ne voulais pas avoir à leur demander. J'avais déjà de quoi me donner la migraine avec encore et toujours cette même putain de guerre d'intérêts qui les déchirait.
Le problème semblait pourtant simple : grand-mère Swan, qui était décédé trois années plus tôt, avait nommé 'la femme et les enfants' de Charlie, propriétaires d'un leur seconde maison de campagne (certainement pas la plus grande de toutes) qui se trouvait sur la baie de Clallam… Et bien sûr, Charlie n'était pas d'accord, défendant son territoire avec la férocité d'une dragonne à son nid, touts griffes dehors.
Mais c'était la seule information que j'avais pu glaner à ce sujet après que Marcus ait fait des allées et venues incessantes à la maison, du temps où nous étions encore à San Diego, parlotant au téléphone avec un énième notaire pour trouver quelque chose qui ferait pencher la balance du côté de ma mère. Enfin… Le sujet était encore en plein débat et Charlie tenait à récupérer tout ses biens. Il comptait même utiliser l'argent qu'il avait reçu en héritage pour racheter la part du terrain de Renée sur Sappho ainsi que celle qu'elle avait sur le Harlinger Winery. Renée était sur le point de céder pour le terrain mais trainait à longueur de journées pour les paperasses… D'où l'enveloppe que je tenais entre les mains.
« Attends… Le meilleur avocat de Seattle ? Comment ça Seattle ? »
La voix incrédule et bourrue de Charlie me tira de ma rêverie et je relevai à nouveau les yeux vers lui.
Il sembla, pour le coup, totalement égaré, bloquant misérablement sur le mot Seattle.
Et je préférais penser que c'était du à l'accident, au stress post-traumatique, une légère désorientation ou je ne sais pas quelle autre merde dans le genre. Parce que, soyons logiques, il ne pouvait sérieusement pas ne pas savoir que je vivais à Seattle, n'est ce pas ?
« Oui. Nous vivons à Belltown, tu te rappelles ? » Rappelai je.
« Ah oui ?… Oh ! Oui, oui, bien sûr. »
Je me rembrunis.
D'après sa tête, c'était clair qu'il n'en savait foutrement rien. Et quelle putain de claque c'était pour moi ! Depuis plus de trois mois, mon père se trouvait à moins de deux cent kilomètres de chez moi et j'avais cru que si nous ne nous voyions pas, c'était parce qu'il était très occupé. Comme moi. Mais en fait, c'était parce qu'il avait foutrement oublié que j'habitais tout près.
« Leah, ma chérie, passe moi le verre d'eau s'il te plait. » S'esquiva t il puis il poursuivit : « Hum… Alors, Bells ?... Euh… Qu'est ce que tu fabriques si tôt à Forks ? Je croyais que tu avais cours. »
Est-ce qu'il était foutrement sérieux ?
Fallait il qu'il soit mourant pour que je vienne lui rendre une ultime visite? Apparemment, non, car même dans ce cas là, je n'étais pas censée être là ! C'était dans des moments d'ingratitude comme celui là que j'en arrivai à féliciter mentalement Renée de l'avoir quitté, même si au demeurant, elle ne valait pas vraiment mieux.
Je vis d'un coin de l'œil la petite Leah s'activer, versant de l'eau dans un grand verre avec une grande ferveur avec de le lui tendre avec encore plus de dévotion.
« Hum. Non. On est samedi, tu sais. Et puis, c'était un voyage déjà prévu avec… Edward… Tu sais, le… Gars qui est venu avec moi. » Mentis je comme une arracheuse de dent.
Ou comment essuyer pitoyablement une autre claque. Mais sincèrement, qu'auriez vous dit, à ma place ?
« Mais l'agent Richards a appelé alors on a décidé de… Venir te rendre visite d'abord. » Ajoutai je pour la crédibilité. Il était inutile de lui préciser l'ordre des choses, ni comment j'avais rempli mon sac avec les premiers vêtements qui m'étaient tombés sous la main.
« Oh, un petit weekend en amoureux ? C'est cool pour vous. » Dit il avec une indifférence blessante. « Vous comptez visiter le parc ? »
« Oui. »
Pourquoi se donner la peine de démentir, de toute manière ? Il s'en fiche comme d'une guigne et je le savais bien !
« Je vois. Cet Edward a l'air d'être un type bien. »
« Je sais. » Mentis je de plus bel.
Mais je supposais –et espérais- que je ne mentais qu'à moitié… Il devait bien y avoir une part de bonté quelque part en Edward pour avoir proposé à Carlisle de m'accompagner jusqu'ici, n'est ce pas ?
« Hum… Quel est son nom de famille déjà ? Cornell ou quelque chose dans le genre ? Où est-il d'ailleurs ? Nous n'avons échangé que très peu de mots tout à l'heure. » Bougonna Charlie et je lui adressai un regard noir.
Foutrement la meilleure partie de la journée !
Si ça, ce n'était pas une manière efficace pour me congédier, alors c'est que je ne m'y connaissais pas ! Il s'intéressait aux inconnus plus qu'à sa propre fille… Okay. Est-ce que l'accident l'avait privé de tout sens de priorité ? Non. Il avait toujours été aussi indifférent envers moi, à croire qu'il avait été accidenté tout le long de sa putain de vie.
Alors pourquoi est ce que cela me blessait autant ? Pourquoi maintenant alors que j'en avais déjà la foutue habitude, de son indifférence ?
Encore une fois, la réplique sanglante resta en travers de ma gorge et je répondis en bonne et due forme à sa question. Et aux autres questions semblables qui suivirent parce qu'Edward Cullen semblait être un sujet bien plus intéressant sous toutes les coutures.
A cet instant, je crus sincèrement qu'il ne pouvait rien arriver de pire… Rien de pire que moi, extenuée par mon voyage et mes inquiétudes, tenant une enveloppe brune dans mes mains, plantée comme une idiote devant mon père, à parler de mon petit ami qui se trouvait être le fils de l'ex amant de ma mère et qui, en fait… N'était pas vraiment mon petit ami.
Rien ne pouvait m'arriver de pire.
Eh bien, j'avais foutrement tort.
« Hey ! Papa ! Ça y est, Embry m'a laissé conduire le camion en partant, j'peux enfin… »
Mes mâchoires se contractèrent involontairement et mes poings se serrèrent. Mes yeux se fermèrent, sachant qu'ils lanceraient des éclairs si jamais ils restaient braqués sur Charlie.
Papa.
Seth Clearwater venait d'appeler mon père 'papa'. Et ce dernier lui souriait comme s'il était le plus heureux des hommes, ne remarquant pas ma réaction.
« Bien joué, fiston ! » Commenta t il avec une lueur de fierté qui me dérouta.
Je me sentis tout d'un coup terriblement mal à l'aise et pour la première fois depuis des années, Sue me dévisagea avec une pointe d'inquiétude, comme si elle était consciente de ce qu'il se passait dans ma tête. Ses yeux noirs me scrutaient, comme si… Comme si elle comprenait ? Compatissait ?
Non. Non, impossible !
Aurait-elle compris ma peine qu'elle m'aurait laissé seule avec Charlie au lieu de faire étalage de sa nouvelle famille harmonieusement merdique sous mon nez !
« Ouais. Hum. Salut Bella. »
La voix de Seth me tira de mes réflexions coléreuses et j'acquiesçai faiblement, lui offrant un sourire misérable avant de me retourner vers Charlie. Qui m'ignora de nouveau.
Je mordis ma langue jusqu'au sang pour m'empêcher d'émettre une remarque désobligeante. Je savais que je n'aurais jamais raison, même auprès des plus compatissantes des bonnes sœurs. Je parie d'ailleurs que malgré leur haute propension pour la tolérance et la sollicitude, ces personnes de l'église devaient bien, de temps à autres, être agacées que Dieu exauce les prières des autres tout en ignorant les leurs.
Euh…
Venais je vraiment de faire une référence religieuse ?
Hum. On dirait bien.
Je secouai nerveusement la tête.
La situation présente me faisait me dire n'importe quoi… Je serais vraiment capable de prendre n'importe quelle référence rien que pour justifier mes pensées égoïstes. Car si moi, j'avais passé vingt ans à en baver face à la mauvaise humeur de Charlie, à assister aux déboires de Renée, sans jamais connaitre un foyer où il faisait bon vivre, Leah et Seth, eux, avaient aujourd'hui une famille unie. Une famille ! Pire : une famille qui avait grandi en parasitant la mienne.
Comment voulez vous que je les vois autrement que comme des arrivistes ? Comment voulez vous que je tolère ces gosses alors que Charlie n'avait même pas l'air de vouloir me cadrer avec eux ? Comment voulez vous que je sois enchantée de les voir là, enlacés et complices, autour de mon père alors que moi, je devais squatter chez un de mes professeurs pour ne pas être totalement seule?
Comment voulez vous que j'encaisse tout en souriant alors que l'intruse malfamée, indésirable et perturbatrice, c'était moi ?
Seulement moi.
Cette pensée me rendit nauséeuse et toutes les émotions que j'avais essayé de retenir durant le discours misérable de Charlie remontèrent enfin à la surface.
Car enfin, je réalisai : personne ne veut de moi. Je n'avais ma place nulle part.
« Bien, je… Je pense que je devrais… Y aller. Au revoir. »
Sue se tourna brusquement vers moi mais Charlie était bien trop occupé à parler avec Seth et Leah pour m'avoir entendu. Au final, ma 'belle-mère' avait été la seule à m'avoir entendu mais avant qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit, je fis volteface et désertai rapidement les lieux.
J'ignorai royalement les regards réprobateurs des quelques médecins que je croisai sur ma route alors que je commençai à courir à travers les couloirs froids de l'hôpital, trébuchant par moment à cause de mes propres pieds.
Moi-même, j'ignorais pourquoi je m'étais mise à courir ainsi ni où je comptais aller. Mais, embrouillée derrière mes rideaux de larmes, j'avais juste l'impression… D'en avoir grandement besoin.
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Ce ne fut que lorsque l'air frais matinal de Forks eut raison de mes poumons et de ma peau sensible que mes pieds consentirent enfin à s'immobiliser, me laissant pantelante et ruisselante de sueur. Mes larmes s'étaient taries et c'était tant mieux. Ce qui n'était pas très génial par contre, c'était l'état dans lequel mon corps se retrouvait… Au sommet de l'essoufflement, je ne sentais déjà plus mes jambes et un point de côté m'obligea à courber mon corps en deux, me faisant grimacer de douleur et de fatigue. Je déglutis difficilement, chose qui déchira presque ma gorge asséchée. Ce n'était un secret pour personne : je n'avais jamais été une grande sportive et si mon marathon improvisé m'avait fait du bien mentalement parlant, mon corps, lui, était en train d'en faire les frais. Je ne savais absolument pas où est ce que je comptais aller comme ça… Ni ce que je comptais faire lorsque je m'arrêterais. Ni même les raisons qui m'avaient poussé à courir comme une dératée à travers tout Forks. Je n'avais aucune explication valable pour tout ça. Mais qui s'en fichait, honnêtement ?
Je soupirai, mon souffle reprenant déjà un rythme plus calme, et relevai enfin mon buste, regardant autour de moi. Je fus surprise de constater que j'étais arrivée devant le vieux parc de Forks, juste à quelque mètre de l'école secondaire. L'endroit était verdoyant et silencieux, le seul son qui vint troubler le calme mortuaire qui y régnait fut les couinements sinistres de la vieille balançoire en fer rouillé, toujours debout malgré les années. Je ne me rappelais pas vraiment d'avoir passé du temps ici, je n'avais pas beaucoup fréquenté le parc durant mes pauvres et trop rares journées dans cette bourgade sans intérêt et pourtant, je vins m'affaler sur la balançoire branlante comme si c'était tout à fait naturel. Les armatures toutes rouillées protestèrent contre mon poids mais je me contentai juste de l'ignorer, tout comme j'ignorai le froid mordant que dégageait les chaines entres mes mains. Ce n'était que des détails futiles. Mais avais-je vraiment envie de penser aux choses importantes ?
Non. Oui. Peut être. Je n'en sais rien.
La vision des Clearwater en train d'évoluer sans aucune honte autour de mon père m'avait vraiment poussé à une prise de conscience très désagréable et je n'étais pas sûre de m'en être totalement remise. Je leur en voulais beaucoup pour ça d'ailleurs.
Je les détestais… Mais en même temps, je savais que ce n'était que temporaire. De toute façon, avais-je vraiment le droit de les haïr comme ça? C'était un peu gratuit selon moi, même si j'étais la victime dans ce cas de figure, ce n'était pas vraiment leur faute.
Non, la personne que je devrais détester, c'était mon père.
Alors je m'y appliquai. A fond.
Réveillant volontairement les mauvais souvenirs que je gardais de lui, je serrai les dents.
« Bella, pourrais tu prendre un de tes médicaments pour ton allergie en rentrant, j'ai décidé d'acheter un chien ! »
« Bella, mange ! Ta mère va croire que je ne t'offres jamais rien de bon ! »
« Bella ! Qu'est ce que c'est que cette histoire entre ta mère et cet autre homme… Euh. Phil ? »
« Bella ? Nom d'un chien, tu es tellement maigre et pâle que je te reconnais plus ! Tu devrais prendre exemple sur Leah ! Elle, elle est magnifique ! »
« Bella, parle à Leah si tu as un problème, je n'aime pas la tête que tu fais ! »
« Tu ne te trouves pas un peu ingrate, Bella ? Je te signale que j'ai quand même eu l'obligeance de t'héberger et de te nourrir pendant tes deux mois de vacances alors que j'ai du travail ! Je n'ai pas que ça à faire, te distraire ! »
En fait, son comportement n'était pas sans rappeler celui de Renée, même si cette dernière compensait le sien sur l'argent, ce qui n'était pas très pédagogue. Charlie, lui, était pingre comme une vieille hippie.
Pas un pour relever l'autre.
C'était à se demander si Renée et lui ne s'étaient pas pris de pitié en m'appelant Isabella Swan et non pas « Erreur-de-calcul-monstrueuse » à ma naissance… Remarque, tout aurait été clair depuis le début s'ils m'avaient nommée ainsi et je n'aurais pas eu à ramer autant avant de comprendre. Mais les faits sont là et ils étaient… Toujours aussi insupportables.
« Bella, enfin ! » S'écria une voix qui me fit sursauter, m'arrachant brutalement de mes réflexions.
Edward Cullen se dirigeait droit vers moi, à peine à quelques pas de la balançoire… S'il ne m'avait pas hélé, je ne l'aurais sûrement pas vu venir. Et pourtant, sa Vanquish était garée juste devant le parc, foutrement déplacée pour l'endroit, attirant l'attention de tous les passants.
« Bella, je peux savoir ce qu'il t'a pris ? »
Je levai mes yeux vers les siens, les sourcils froncés. Son regard de jade était voilé par une colère incompréhensible mais paradoxalement, il arborait une expression étrange que je ne compris pas tout de suite…
Une petite minute… Est-ce qu'il venait tout juste de me gronder, à l'instant ?
« Euh, quoi ? »
« Qu'est ce qu'il t'a pris de t'enfuir comme ça ? Je t'ai cherché partout ! » M'expliqua t il d'un ton mauvais qui ne concordait pas avec son visage détendu.
Et ce fut là que je remarquai… Sous son air bougon, cette expression étrange : du soulagement. Est-ce qu'il avait été… Inquiet ? Pour moi ?
« Désolée. » Murmurai-je, assez troublée.
« Oh oui, tu peux l'être ! As-tu une idée du temps que j'ai passé à t'attendre à l'hôpital, comme un con ? Ce n'est qu'après plus d'une heure que Sue est venue me voir pour demander où tu étais partie… Tu aurais quand même pu me prévenir ! »
« Ça va ! » Râlai-je. « Ce n'est pas comme si j'allais me perdre à Forks non plus! »
« Je m'en fiche, Bella ! Mais j'aimerais qu'à l'avenir, t'arrêtes de te comporter comme une putain de gamine ! » Cracha t il.
Ma bouche en tomba de stupéfaction !
« Gamine ? Gamine ! Ce n'est pas moi qui suis gamine, c'est toi qui as décidé tout seul de venir à ma recherche ! Ça ne t'as pas traversé l'esprit une seule seconde que j'avais peut être envie de repartir seule ? » M'énervai je.
« De faire ta capricieuse, tu veux dire? Et puis d'abord, tu comptais aller où comme ça ? Sans tes affaires et sans argent, hein ? »
« Pas tes oignons, Edward, je ne t'ai rien demandé. » Marmonnai-je.
« Vraiment, Bella ? » Reprit il d'une voix doucereuse. Dangereuse. Instinctivement, j'eus un mouvement de recul. « Tu le prends comme ça ? C'est comme ça que tu remercies les gens qui essayent de t'aider ? »
Je cillai puis baissai les yeux, ne pouvant soutenir son regard empli de colère et de dégout plus longtemps. J'avais l'impression de revenir à notre première rencontre qui, au demeurant, n'était pas si loin que ça. Il avait alors la même expression que ce jour là… Ce mélange de hargne et de tension inexplicable. Etait ce sa tête habituelle lorsqu'il était énervé ou c'était juste pour moi ?
Il soupira. Mais alors vraiment profondément.
« Lorsque Carlisle m'a parlé de ton… Caractère de merde… J'ignorais que c'était parce que tu étais particulièrement stupide ! » Rajouta t il sur un ton légèrement malsain.
J'écarquillai les yeux, accusant le coup et me levai abruptement de la balançoire. Il me dominait de deux bonnes têtes mais je m'en fichai.
« Carlisle t'a d-… Non ! Putain de… Non ! Là, tu abuses ! Que tu m'engueules, je veux bien mais il est hors de question que je te laisse m'insulter en plus, Edward ! Et puis, de toute façon, pourquoi tu me fais la morale ? Tu m'as foutrement retrouvée, non ?»
J'avais élevé la voix sans le faire exprès et c'était étrangement libérateur. Jusqu'à ce qu'il ne vocifère à son tour : « Eh bien, peut être que tu as besoin de te faire remonter les bretelles, de temps en temps. Parce que d'après ce que j'ai cru comprendre, tu vis dans un monde de laxisme aberrant. »
« Je te demande pardon ? » Aboyai je.
« Tu m'as bien compris, Isabella ! »
« Non mais tu te prends pour qui, Edward Cullen ? »
« Pour quelqu'un de sensé et de responsable. Mais je suppose que dans ton petit monde, ça ne veut pas dire grand-chose ! » Ironisa t il.
« Au risque de me répéter Edward, je ne t'ai rien demandé. Alors arrête d'être aussi névrosé, t'es pas mon père ! »
« Vu que tu n'en as plus, faut bien que quelqu'un s'y colle, non ? »
J'écarquillai les yeux…
Ses derniers mots… Méchamment hurlés à ma figure… Ses mots m'atteignirent de plein fouet comme une lance en plein cœur, me coupant soudainement le souffle.
Comment était ce possible que la vérité que je refusais d'admettre depuis des heures sorte tout droit de sa bouche et que cela fasse aussi mal, bon sang ? Comment cela se faisait il que ces mots sonnent aussi justes tout en étant blessants ?
Edward et moi, ne nous connaissons pas, réalisai-je. Et pourtant, ses mots et sa colère m'atteignaient comme s'ils étaient ceux d'un ami proche. Comme si son avis était… Important ?
Non. C'était complètement stupide. Pourquoi l'avis d'Edward m'importerait?
« C'était bas, Edward. » Arrivai-je à souffler au bout d'un moment, regardant le sol.
« C'était juste la vérité. » Grommela t il, un peu plus calmement.
« Etais tu obligé de me dire ça comme ça ? »
« Tu avais l'air d'avoir besoin de l'entendre de cette façon. »
« Foutaise ! » Crachai-je.
« Le plus tôt tu l'admettras, Bella… »
« Admettre QUOI ? » Éructai-je.
« Admettre que tu as perdu ton temps en venant ici. Tu le sais, n'est ce pas ?»
J'en eus un rire presque amer. Bien sûr que je le savais. Mais lui… Qu'en savait il, au fond ? N'était ce pas trop présomptueux de sa part de me faire la morale sur quelque chose qu'il ne connait visiblement pas ?
« Ne t'aventure pas sur terrain là, Edward. » L'avertis je. « Tu ne sais pas de quoi tu parles. »
« C'est ce que tu crois ? »
« C'est ce que je sais. » Conclus-je.
Un silence lourd et pédant s'abattit entre nous alors que nous nous fusillions mutuellement du regard. Il avait l'air plus impassible qu'au début de notre conversation mais mes entrailles bouillonnaient toujours de rage. Contre lui. Contre moi. Contre ce qu'il venait de se passer.
« Ecoute… Isabella, j'aimerais… »
« Je me fous de ce que tu aimerais ! » Le coupai je.
Il m'adressa un regard noir, bordé par une certaine lassitude, puis soupira. Encore. Il ferma les yeux, se pinçant l'arête du nez… Comme s'il essayait vainement de se calmer face à la situation la plus merdique au monde.
Moi, je le regardai faire, sans piper mot, plantée comme un piquet devant lui.
Le ton était donné de toute façon…
Je ne savais pas pourquoi j'avais eu envie de lui crier dessus mais il m'avait offert un bel exutoire en me titillant ainsi, je n'allais certainement pas m'en priver. Je serais même prête à recommencer s'il m'en donnait à nouveau l'occasion.
Il se contenta cependant de me fixer dans le blanc de l'œil avec un regard dur, comme s'il était en train de me jauger. Il paraissait calme, à vu de nez, mais ses pouces tournant à l'intérieur de ses paumes trahissaient aisément son animosité.
« Monte dans la voiture. » Ordonna t il au bout d'un moment.
Mes yeux dérivèrent automatiquement vers la voiture en question.
C'est vrai que j'aimerais bien refaire une balade à bord de la Vanquish… Mais j'avais l'impression que l'ambiance n'était pas tellement propice pour une virée agréable.
« Pour quoi faire ? »
« Monte. Dans. La voiture. » Répéta t il.
« Ou sinon quoi ? » Contrai-je. Pur esprit de contradiction, je suppose.
« Cette discussion est close, Isabella, alors je te ferais monter dans cette putain de voiture à ma façon s'il le faut. »
Pour toute réponse, je croisai juste les bras devant ma poitrine, le défiant de faire quelque chose.
J'ignorais alors à quel point il pouvait être rapide et fort. Et imbécile. Jusqu'à ce qu'il ne m'attrape et ne me jette sur son épaule avec une facilité déconcertante.
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Nous ralliâmes La Push dans le silence le plus complet... J'étais toujours mortifiée de la manière dont Edward m'avait obligé à le suivre. Le pire, c'était qu'il y avait eu quelques témoins mais qu'aucun n'avait relevé, souriant de manière narquoise… C'était à se demander s'il n'avait pas rallié tout Forks pour être complice de mon enlèvement. J'en étais rouge de honte et de colère.
Les yeux d'Edward restèrent totalement concentrés sur la route encore humide et couverte de brume, tandis que les miens vaquèrent à scruter l'épaisse forêt qui brodait la nationale. Cela ne dura pas bien longtemps, bien sûr, car le trajet était quand même court mais le silence était assez lourd pour m'agacer.
Heureusement, le paysage réussit à me distraire suffisamment pour m'éviter d'exploser : nous étions en train de longer une côte donnant sur une vue spectaculaire de First Beach. Je n'avais que très rarement eu l'occasion de visiter la réserve naturelle de La Push… La dernière fois que j'étais venue ici remontait à mathusalem, je n'avais donc que de très vagues souvenirs de cet endroit… J'avais beaucoup entendu parler de la beauté des lieux, bien sûr, puisque Charlie s'y rendait souvent pour une partie de pêche avec ses amis indiens. Selon ses dires, il y avait de grands lagons impressionnant dans les forêts. Durant mes étés à Forks, cela aurait pu constituer une activité intéressante mais il ne fallait pas trop rêver non plus. Mon père ne m'aurait jamais amené nulle part avec lui… Habituée à la vie luxueuse avec Renée, je représentai trop de dépenses et trop de caprices selon lui pour être capable d'admirer la nature dans toute sa splendeur. N'importe quoi !
Je sortis de mes pensées lorsqu'Edward emprunta un sentier sinueux qui serpentait à travers une forêt plutôt sombre… Cela aurait pu être inquiétant… Sauf que la présence de pavé et de gazon bien entretenu sur le côté prouvait que nous nous apprêtions à rejoindre une grande résidence. Peut être une maison de campagne d'Edward ?
Je me détrompai bien vite en avisant un insigne de bois sculpté où il était écrit :
« The Quileute Resort.
Camping . Restaurant . Bungalows »
Camping déplacé à la clairière pour cause de travaux.
Oh. Ok. Il m'emmenait dans une sorte d'auberge bien coupé du monde et qui, selon ce que je pouvais voir, était encore en plein travaux. Ouais. Nous allons dire que ce n'est pas bizarre du tout.
Nous traversions à la va vite ce que je supposais être l'allée principal de l'établissement et Edward se gara devant une grande maison en bois sombre, paraissant assez ancienne si l'on omettait sa façade triangulaire, totalement vitrée, ainsi que son long porche aux rambardes noires. Cela rappelait à la fois un tipi indien et une maison japonaise traditionnelle, donnant un résultat rustique mais agréablement moderne et classe.
N'attendant aucune indication de la part d'Edward, je sortis précipitamment du véhicule… Et heurtai quelqu'un de plein fouet avec ma portière.
« Oh mon Dieu, je suis désolée ! » M'écriai je.
Ma malheureuse victime était un grand indien aux cheveux noirs coupés à ras, qui tenait à présent en grimaçant, son œil gauche que je venais de bousiller dans mon élan de précipitation.
Eh merde ! J'ai perforé l'œil d'un boy qui avait essayé de me tenir la porte par pure galanterie. Félicitation, Bella. Tu viens de rajouter une malédiction de plus à ton karma.
« Oh. Hum. Ce n'est pas grave. Bienvenue au Quileute Resort. Je m'appelle Paul, pour vous servir, madame. » Psalmodia t il.
« Cela ira, Paul. Elle est avec moi. » Intervint Edward alors que j'allais encore me répandre en excuse.
Le visage dudit Paul se tendit immédiatement à la vue d'Edward.
« Monsieur Cullen ! C'est un plaisir de vous revoir parmi nous. » Salua Paul avec une voix révérencieuse.
« Le plaisir est partagé, Paul. » Répondit Edward, un peu raide. « Des clients pour aujourd'hui ? »
« Seulement quelques randonneurs, Monsieur. »
« Bien. Pourrais-tu garer la voiture devant ma loge et raccompagner Isabella? J'ai des affaires à régler dans mon bureau. »
« Tout de suite, Monsieur Cullen. »
Euh… Okay. Bien. Hum. Monsieur Cullen possédait donc un bureau au Quileute Resort et on lui parlait comme s'il était un genre de grand aristocrate. Disons que ça non plus, ce n'était pas étrange compte tenu du fait que les Quileutes et leurs descendants avaient toujours férocement défendu leur héritage, ne laissant aucun visage pâle implanter gratuitement son business sur leur territoire et encore moins posséder un de leur centre de détente qui portait clairement leur nom.
« Madame ? » Me héla doucement Paul qui me tenait une nouvelle fois la portière pour que je rentre dans l'habitacle.
« Oh. Euh. Oui… Euh… Edward, tu… »
« Oui ? »
« Je… Quand est ce que nous repartons ? » Dis je maladroitement.
Il fronça les sourcils, probablement vexé puis, je décidai d'élaborer : « Je veux dire, j'ai cours après demain, genre, très tôt le matin et le jour où j'ai emménagé chez Carlisle, j'en ai déjà raté certains que je n'ai pas encore bien rattrapés et… »
« Nous repartirons demain matin, si tout se passe bien. » Coupa t il sèchement. « En attendant, tu pourras profiter des services que Quileute Resort t'offrira, tu mettras tout ça sur mon compte. Je te rejoindrai plus tard, dans l'après midi. »
« Oh ? O-Okay. Je… Merci. » Lançai je rapidement puis je lui fis un signe de la main inutile avant de m'engouffrer dans l'habitacle, suivie de Paul dont j'avais presque oublié l'existence.
Paul était aussi silencieux qu'Edward au volant. Je suppose que les employés ne devaient pas faire de conversation avec les clients… Cette clause stupide ne m'étonnerait vraiment pas si c'était ce maniaque d'Edward qui dirigeait ici.
Nous contournâmes l'imposante bâtisse, débouchant sur un grand parking mal entretenu, et nous engageâmes bientôt sur un nouveau sentier en terre qui nous mena droit devant un énorme bungalow aux murs couleur ocre, pourvu d'un toit de chaume et de grandes fenêtres vitrées. Rustique mais moderne. On dirait que c'était le mot d'ordre ici.
« Y-a-t-il des bagages dans le coffre ? » S'enquit Paul alors qu'il coupait le contact.
« Oui, deux sacs. » Fis je les yeux fixés sur la petite chaumière.
Paul se dirigea tout de suite vers le coffre et je pus sortir de la voiture sans heurter quelqu'un. Le devant du bungalow était parsemé de petits galets noirs et était entouré de fleurs sauvages violettes et blanches, délimitant l'allée créée au beau milieu d'un gazon verdoyant… C'était apaisant et l'air pur du littoral revigorait agréablement les poumons.
« Suivez moi, Madame. »
« Oh, ne m'appelez pas 'Madame', ça me vieillit. » Souris-je amicalement (sûrement une montée de bouffée d'air frais mais la garce inamicale ne va pas tarder à revenir). Mais Paul ne se dérida pas pour autant, allant même jusqu'à ignorer ma remarque en gardant son air bougon et austère.
Okay, autant pour moi.
Il me guida à l'intérieur après qu'il eut déverrouillé la porte en verre et je fus totalement… Emerveillée. Comment une petite perle de design dans ce genre pouvait se trouve dans un coin perdu comme le Quileute Resort ? Comment le bungalow pouvait il être encore plus spacieux qu'il en avait l'air ? Et surtout, comment est ce qu'ils ont fait pour installer tout ce luxe ici alors même que les travaux extérieurs n'étaient pas terminés, bon sang ?
Le design intérieur était vraiment loin, à des années lumière même, de l'aspect rustique de la chaumière. La façade arrière, qui représentait en fait la plus grande baie vitrée que j'ai jamais vue pour ce genre de logement, donnait sur une terrasse en bois clairs décorés avec soin par des meubles en fer forgés ainsi que quelques pots de plantes grasses. Le sol à l'intérieur, en marbre couleur sable, lisse et brillant, absorbait toute la lumière apportée par autant d'ouverture, sublimant plus que nécessaire la pièce aux couleurs chaudes. De grandes poutres lambrissées de bois sombre ainsi qu'une cheminée, cassaient le blanc du mur ainsi que celui du plafond tout en faisant office de séparation entre le salon aux meubles carrés dans les tons gris et or et ce que je devinais être la 'salle à manger' qui arborait plutôt des couleurs vives entre le vert et le jaune. L'espace était tellement clair et ouvert et toutes les parties du bungalow étaient en connexion… Seule une petite porte à vitre opaque, à côté du lit king sized au fond à gauche, laissait deviner une pièce isolée (la salle de bain, devinai je) mais sinon, la pièce principale faisait à la fois office de chambre, de salon, de salle à manger et –ô joie- de bar… (Pas que je sois alcoolique mais honnêtement, qui n'aurait pas envie de boire face à un bar privé ?). Pour résumer… C'était carré, simple, propre au possible avec un aspect faussement rustique. Au final, c'était aussi complexe avec ses contrastes de couleurs…
La décoration intérieure était donc incroyable si l'on omettait l'unique petit bémol de l'intimité. Les poutres ne sont pas aussi efficaces que les murs…
Je considérai d'un œil torve le lit king renfoncé dans une alcôve, bien mis en évidence à cause de la couleur bleu intense et singulière de sa parure… Le lit semblait confortable mais surtout il semblait assez grand pour accueillir quatre personnes. Paul vint d'ailleurs y installer nos affaires, mon sac de sport blanc accompagné de celui, noir, d'Edward. Et ma tête se mit à cogiter…
Edward avait bien dit que c'était sa « loge », pas vrai ?
Alors… Cela impliquerait il ce que je pense que cela impliquait ?
« Excusez moi, puis je vous poser une question ? » Fis je, à un Paul qui avait déjà failli prendre congé.
« Oui, bien sûr, madame. »
Je roulai des yeux mais ne relevai pas. « Edward… C'est sa suite personnelle, n'est ce pas ? »
« Oui, elle lui est totalement réservée, madame, à lui et ses… Invités spéciaux. » Répondit il avec méfiance.
Je pouffai de rire. Paul pensait il que j'étais une conquête d'Edward ?
« Ok. Et, est ce qu'il dort dans les autres bungalows lorsqu'il a plusieurs invités ? »
« Eh bien, il lui arrive de réserver d'autres bungalows pour ses autres invités mais lui, reste toujours ici. »
« A-t-il réservé un autre bungalow avant notre arrivée ? »
« Non, madame, il a juste demandé à ce que l'on prépare sa loge et qu'il serait accompagné. »
« Oh. »
Ouais… Cela impliquait définitivement ce que j'avais pensé que cela impliquerait.
« Autre chose, madame ? »
« Oui, si j'ai envie de me restaurer… »
« Vous avez à votre disposition un room service. » Interrompit directement Paul. « Enfin, vous pouvez aussi manger au restaurant. Le combiné est sur la table basse. »
« Hum. Okay. Bien… Vous pouvez… Vous pouvez disposer. »
Le grincheux Paul acquiesça et me tira une sorte de révérence qui me fit rouler des yeux une énième fois avant qu'il ne sorte.
Qui avait besoin de courbettes dans une jungle pareille, sérieusement ?
Le proprio devait être un sacré mégalomane car il était impossible que ce Paul ait pu s'incliner devant moi de bon de cœur ! Il avait été rigide malgré toute la politesse dont il faisait preuve, tout comme lorsqu'il avait parlé à Edward.
Edward…
Edward pourrait facilement être qualifié de mégalo. Après tout, il se trimballait bien une Vanquish pour aller au fin fond d'une cambrousse. Je me demandais d'ailleurs s'il a payé cette voiture par lui-même ou si c'était de la part de Carlisle. Edward était assez jeune tout de même… Mais à ce qu'il semblerait, il possédait déjà des ressources importantes. Et le Quileute Resort aussi, si ça se trouve.
Quelqu'un de sensé et de responsable.
Et de riche. Ajoutai je mentalement.
Mais qu'espérait-il, franchement, en casant la pauvre fille que j'étais dans le même bungalow que lui pendant une nuit entière après qu'il m'ait promené à travers tout l'Etat de Washington ? Le canapé ne semblait pas être fait pour accueillir quelqu'un de son gabarit et je le voyais mal m'y laisser dormir… C'était clair que nous allions dormir dans le même lit. N'était ce pas un peu… Prétentieux de sa part ? Pensait il que je n'aurais aucun problème à partager mon espace vital avec lui ?
N'avait il aucun problème à partager son espace vital avec moi ?
Etrangement, j'espérais que oui car c'était mon cas. Les évènements de ce matin, ma relation de plus en plus dégradée avec Charlie et la rapidité avec laquelle Edward avait vu clair en la situation ne favorisaient en aucun cas une cohabitation, même temporaire, entre Edward et moi. Je n'aimais pas beaucoup la facilité avec laquelle il arrivait à me calculer rien qu'en un seul regard ou à me blesser (inconsciemment ou pas) en une simple phrase. Cette petite escapade était en train de prendre une tournure étrange que je n'appréciais pas forcément et je m'attendais au pire…
Paradoxalement pourtant, -ou était ce mon instinct de femme masochiste ?- je me mis à attendre Edward avec appréhension… Et impatience.
~o0IMS0o~
Voilà. Je pense en avoir dévoilé un peu sur le passé de Charlie et de Renée, je pense. De Bella aussi. Et c'est le fondement de cette histoire. J'aimerais bien savoir ce que vous en pensez. Barbant ? Moyen ? Bien ? Nul à ch*er ? 8D
Oh, pour celles que ça intéresse, je vais mettre le lien illustrant la déco du bungalow sur mon profil (j'avoue que je suis pas douée pour définir un déco aussi compliquée, il y a tellement de tout).
Voila, voila. En espérant vous retrouver (bientôt) pour le chapitre 7 (suite et fin de leur petite escapade à Forks-La Push).
Bises,
Areka.
