Yo. Coucou tout le monde. Alors, oui, je sais, c'est long, c'est lent, c'est… Terriblement moi mais je ne vais pas me répéter encore et encore sur les excuses. Je bosses sur trop de trucs et du coup, ça part en vrille de partout. Alors désolée à tous, encore une fois.
Donc sans tarder, le nouveau chapitre qui, je l'espère, vous plaira.
~°o0o°~
Money Talk
Car tout a un prix
Voici celui de l'Ennui
Dix heures. Dix longues et tortueuses putains d'heures à errer comme un fantôme à travers tout Quileute Resort et j'étais finalement lasse.
J'avais déjà déjeuné seule autour de la petite table ronde de la salle à manger, zappé un million de fois devant l'énorme écran plasma du salon, commandé une petite collation à seize heures, plongé dans un film Geisha sans en comprendre le sens, fait le tour de la propriété, embêté Paul le Lèche-cul sans arriver à le dérider, appelé Angela pour au moins entretenir une relation saine (et illusoire) avec quelqu'un de la fac, diné toute seule (pour changer) dans le salon, zappé un autre million de fois jusqu'à vingt heure… Et voilà où j'en étais. Allongée sur le canapé gris, blasée et bien abrutie, à fixer les luminaires incrustées dans le plafond comme quelqu'un qui voyait le soleil pour la première fois.
La solitude et ce silence 'yin et yang' commençaient tout doucement à me bouffer le cerveau et le tic tac énervant de la vieille horloge à côté de l'écran plasma ne cessait de me rappeler que cela faisait à présent dix heures que j'étais là, à attendre et appréhender le retour d'Edward. Dix heures perdues.
Qu'est ce qu'Edward pouvait bien foutre dans son bureau pendant dix heures d'affilée ?
N'avait il pas dit qu'il me rejoindrait vers la fin de l'après midi ? A moins qu'il ne soit réglé aux horaires australiennes, l'après midi avait déjà largement (horriblement et très lentement) touché à sa fin, il y a plus de trois heures.
Je soupirai pour la énième fois et me redressai sur mes jambes, frissonnant légèrement à cause de la fraicheur du marbre sous mes pieds nus. J'étais un peu frileuse de nature mais je trouvai ça assez agréable… Ce n'était pas tous les jours que foulais des dallages de plusieurs milliers de dollars. Je ris à cette pensée et commençai de nouveau à errer sans but, allant et venant entre le salon et la salle à manger. Mais je ne m'approchai jamais du lit.
Cela pouvait sembler ridicule, voire stupide, mais l'idée de dormir avec Edward me rendait plutôt anxieuse… J'avais pourtant déjà dormi avec pas mal de mecs -et par là, je veux dire : dormir en toute amitié !- et cela ne m'avait jamais posé problème. Je ne savais pourquoi partager l'espace vital d'Edward me semblait être… Une autre paire de manche.
Etait ce parce qu'il m'avait très vite cernée ? Edward semblait être une de ces personnes érudites et très intuitives… Même si ça me tuait de l'admettre, c'était le genre de mec à avoir souvent raison à propos de tout. Le laisser m'approcher de trop près (comme accepter de partager un lit avec lui) ne pouvait être que néfaste pour moi et mon petit égo.
Je fixai la parure du lit durant cinq bonnes minutes, espérant arriver à dissiper un tant soit peu ce profond malaise qui me tenaillait l'estomac. En vain. Alors je laissai tomber. Du moins, jusqu'à ce que mes yeux baladeurs ne finissent par dévier sur un trépied à étagères qui exposait quelques cadres photos, juste à côté du lit. Une décoration assez discrète mais qui me rendit tout d'un coup très curieuse.
Peut être était ce parce que le cadre qui se trouvait tout en haut du trépied était retourné ?
Fronçant les sourcils, je contournai rapidement le lit et me saisis du cadre : le verre était brisé et la photo à l'intérieur était toute froissée comme si l'on y avait mis un violent coup de poing. Sur le cliché, je reconnus facilement un Carlisle un peu plus jeune avec un petit garçon tout souriant d'environ quatre ou cinq ans perché sur ses épaules. Bien sûr, je reconnus également les yeux verts et les cheveux cuivrés de l'enfant. Edward. Et apparemment, ce dernier avait récemment tenté de détruire ce souvenir. Sous le coup de la colère ? De la rancune ? D'une trop grande peine, peut être ? Cela concordait assez avec la relation plus ou moins houleuse que Carlisle devait désormais entretenir avec ses enfants… Mais alors, pourquoi Edward avait il gardé une photo où ils étaient si complices?
Je regardai l'étagère inférieure, espérant y trouver une quelconque réponse, mais je n'y vis qu'une photo récente qui représentait cette fois ci Edward en charmantes compagnies… Il avait ce petit sourire en coin vissé sur les lèvres et ses longs bras reposaient presque fièrement sur les deux filles dont il était flanqué. A sa droite, il avait une petite brune qui souriait de toutes ses dents et qui s'accrochait à sa taille comme si sa vie en dépendait. C'était une adolescente aux cheveux courts ébouriffés ses grands yeux clairs, son sourire innocent, sa petite taille et son petit menton en pointe lui donnaient des airs de Minimoys mais elle était vraiment ravissante. Et elle était également l'antithèse complète de la blonde sculpturale qui se trouvait sous le bras gauche d'Edward. Car si la brune possédait une beauté presque enfantine et innocente, la blonde, elle, n'évoquait en rien une allure bambine. Engoncée dans une robe blanche moulante, sa silhouette longiligne aux courbes parfaites ferait complexer n'importe quel top model alors que ses longs cheveux blonds aux reflets mordorés, son visage angevin ainsi que son teint éclatant lui donnaient des allures de poupée Barbie. Barbie version femme fatale, s'entend. Bref, je reposai rapidement le cadre avant de commencer mon autodénigrement.
Je passai alors à la photo suivante, entreposée sur la dernière étagère. La photo devait avoir été prise par Edward lui-même vu la disproportion de l'image mais cela n'empêchait pas de voir la ressemblance frappante qu'il y avait entre les deux personnes qui y étaient représentées. Les mêmes cheveux couleurs miel, les mêmes yeux verts et surtout, le même sourire sincère (pour une fois qu'Edward n'affichait pas son sourire habituellement tordu, à moitié hautain, à moitié amusé). Le cliché semblait spontané et démontrait une complicité indéniable et plutôt singulière entre Edward et… Serait ce donc elle, Esmée ? La mère d'Edward ? Elle paraissait vraiment jeune… Je m'emparai du cadre afin de l'examiner de plus près et fus surprise de constater que toute une ribambelle de photos suivit le mouvement, ayant probablement été entassée en dessous du cadre.
Je me saisis de la pile, feuilletant rapidement les clichés il y en avait moins pour une vingtaine, représentant toujours les mêmes personnes mais sur différents paysages. Sortie en montagne, balades en forêt, arrêt au centre commercial et même quelques poses avec le Père Noel… Ce ne fut que lorsqu'il y eut un gros plan sur le visage de Barbie que je remarquai, choquée, qu'elle ressemblait trait pour trait à Carlisle. Elle devait être… Rose. Rosalie ou un truc dans le genre. La fille aînée de Carlisle. Donc la petite brune était forcément Alice.
Voir la famille d'Edward aussi unie et heureuse me ficha une nouvelle boule dans la gorge. Je n'avais pas vraiment besoin de me rendre compte que, malgré le divorce de ses parents, Edward, lui, s'en sortait mieux que bien toute sa famille semblait tenir à lui. Et ensemble, ils donnaient vraiment l'impression d'être une de ces familles qui se retrouvaient dans un chalet d'hiver à Aspen pour les vacances de Noël, à rire copieusement autour d'un bon feu tout en dégustant des s'mores ou en jouant à des jeux de société stupides… Ils étaient un peu la version magnifiée des Simpson.
Ce n'était pas de la jalousie. Oh, c'était beaucoup plus que ça. Voilà pourquoi je rangeai bien sagement toutes les photos à leur place avant de m'en éloigner définitivement.
Je n'aimais pas envier la famille des autres… Mais c'était inévitable. Et ça m'énervait toujours.
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Il était plus de vingt deux heures lorsque je sortis de la salle de bain après une longue douche chaude et relaxante… Et toujours pas d'Edward à l'horizon ! Bon… Peut être devrais je songer à aller me coucher seule ? Bonne idée !
Je me mis à farfouiller dans mon petit bagage, à la recherche d'un pyjama potentiel, et enfilai sans tarder un vieux teeshirt à l'effigie des Beattles au dessus d'un pantalon de yoga blanc que j'avais eu la présence d'esprit de fourrer dans mon sac. Un coup de maitre qui méritait même des applaudissements si vous voulez mon avis parce que depuis que je squattais chez Carlisle, j'avais pris la très mauvaise habitude d'emprunter les anciens teeshirts de foot et les sweatshirts d'Edward pour dormir. Pas que je sois accro à lui ou autre mais ses vêtements étaient définitivement plus confortables que les miens. J'avais d'ailleurs eu un peu peur d'avoir pu empaqueter par inadvertance un de ses teeshirts mais finalement, il n'en fut rien : je n'avais retrouvé dans mon sac que mes propres affaires en pêlemêle. Une aubaine !
Je ne me voyais franchement pas en train d'expliquer à Edward comment son teeshirt -ou pire, son boxer !- aurait pu atterrir dans mes bagages.
«Oh, ça… Ce n'est rien, Edward, je porte tout le temps tes vêtements pour dormir parce que je trouve qu'ils sont très confortables et qu'ils sentent plutôt bon mais ne vas surtout pas penser que je fais une fixette sur toi c'est tout à fait normal. »
What. The. Fuck ?
Il me prendrait pour une détraquée. Ou alors, son égo prendrait une telle dimension que le bungalow en exploserait.
Je rangeai mon sac dans la petite penderie puis, je vins m'affaler sur le lit sans trop y penser, la tête presque vidée. Du moins, c'est ce que j'aurais aimé mais ce n'était pas vraiment gagné : passer la journée à ne rien faire d'intéressant me poussait inéluctablement ressasser ma matinée ratée une bonne dizaine de fois, m'affligeant encore et encore une perpétuelle rétrospection qui se résumait à une seule question pénible : Pourquoi ?
Pourquoi est ce que c'est arrivé ? Pourquoi mes parents ne s'aimaient plus ? Pourquoi avaient ils divorcés ? Etait ce à cause de moi ? Il s'aimait bien avant de me mettre au monde, n'est ce pas ? Alors pourquoi ma mère courrait après les bourges pendant que mon père paradait avec sa nouvelle famille ? Dans les films que j'ai vus, dans les livres que j'ai lus… Tout démontrait qu'aimer son enfant était quelque chose de naturelle, facile et ce, même si les parents étaient séparés. Il y avait du grabuge au début, bien sûr, mais à la fin, tout le monde se réconciliait… Pour moi, cela ferait maintenant vingt ans de grabuges… Et aucun changement apparent à l'horizon.
J'entendis la sonnerie de mon téléphone résonner depuis le salon (certainement coincé entre les coussins du canapé) et je me relevai du lit, trainant des pieds.
Le nom de Carlisle s'affichait sur l'écran du cellulaire.
«Tiens ! Papa Cullen ! » Raillai je d'entrée.
« Bella ? Est-ce que tu as bu ? » S'enquit tout de suite la voix sérieuse de Carlisle.
Mon regard se posta instinctivement sur le petit bar privé, bien garni, au coin de la cuisine. « Non, mais ce serait une bonne idée… Ce n'est pas l'alcool qu'il manque ici, on dirait. »
Il bougonna en réponse quelque chose d'inintelligible où je ne compris que les mots « alcool », « jeune » et « irresponsable ». Je flairais la morale à des kilomètres à la ronde.
« Alors, ça va, Carlisle ? Tout se passe bien à l'hôpital ? » Eludai je en souriant vaguement.
« Hum. On peut dire. J'ai parlé à Edward tout à l'heure. Il m'a raconté ce qu'il s'est passé avec Charlie. »
Mon léger sourire se fana aussitôt.
« Edward ne sait rien de ce qu'il s'est passé avec Charlie. » Marmonnai je.
« Ah ? Il avait pourtant l'air très au courant. »
« Eh bien, peut être qu'il a juste une imagination galopante, il n'était pas là lorsque j'ai revu Charlie et sa famille mais quoi qu'il en soit, je vais bien… »
«Tu en es sûre ? » Fit il après une petite pause.
« Certaine. »
« Tu as quand même traversé la ville à pied, Bella, ce n'est pas ce que… »
« Mais puisque je te dis que je vais bien ! » Coupai je plus abruptement que je ne l'aurais voulu.
Un silence pesant s'ensuivit et je devinai le soupir silencieux ainsi que l'expression lasse de Carlisle. Mais ce sujet là était clos et il l'avait compris.
« J'ai parlé avec Renée, aujourd'hui. » M'annonça t il de but en blanc.
Mes mâchoires se contractèrent malgré moi, faisant grincer mes dents… A défaut de ne pouvoir retourner le couteau portant le nom de Charlie dans ma plaie, Carlisle s'amusait-il à m'en planter un autre portant celui de Renée ? Parce que si je m'en souviens bien, la dernière fois que j'avais vu Renée, elle avait vraiment l'air de se foutre de moi. Alors pourquoi me parler d'elle ? Pour me rappeler que cela faisait maintenant sept jours que je ne l'avais plus revu et qu'elle ne se donnait aucun mal pour essayer de maintenir un minimum de contact avec moi ? Pour que je sois consciente qu'elle a préféré les Jenks à sa propre fille et ce, juste après que son amant ait levé la main sur moi ?
J'avais compris, merci.
Je mordis ma langue lorsque ma vision commença à se brouiller. Je n'avais pas craqué une seule seconde depuis hier soir, ni sous la panique, ni sous la déception, ni sous le… Chagrin. Hors de question donc que je craque maintenant et certainement pas pour ma dépravée de mère !
« Bella ? Tu es toujours là ? »
« Oui, je… Oui, tu as parlé à Renée et alors ? » Me repris je, assez refroidie.
« Quoi ? Comment ça, et alors ? Tu ne veux pas de ses nouvelles ? »
Oui.
Peut être.
Non.
Qu'elle aille se faire voir !
« T'a-t-elle posé des questions sur moi ? »
« Eh bien, je… »
« A-t-elle cherché aborder le sujet avec toi? »
« Non, mais… »
« Alors je ne veux pas savoir ! » Décrétai je.
« Elle compte quitter Jenks. » Lâcha t il.
Et l'information me fit l'effet d'une bombe, anéantissant mes réflexions. En une seconde, mes pensées se bousculèrent de manière quasi-chaotique.
J'ouvris la bouche, puis la refermai sans parvenir à émettre le moindre son, totalement prise au dépourvue.
« Je… »
« C'est terminé, Bella. Elle va le quitter… Et déménager. » Ajouta Carlisle d'une voix plus sombre.
Mais j'occultai brièvement ces détails car j'avais bien du mal à assimiler ce qu'il était en train de me dire… Je refusai tout simplement d'y croire. C'était de Renée dont on parlait. Pas Mère Teresa.
« A-A-Attends… Qu'est ce que tu veux dire par ''elle compte quitter Jenks'' ? Tu veux dire qu'elle ne fait encore qu'y songer après cet… Après tout ce qu'il s'est passé, la dernière fois ? Est ce que ça veut dire qu'elle hésite encore à larguer ce psychopathe ? Ben voyons ! Pourquoi ça ne m'étonne pas ! »
« Bella… »
« Et puis, comment ça, elle déménage ? C'est encore une de ses trips post rupture, c'est ça ? Et elle compte aller où, cette fois ? Encore un peu plus au nord ? Au Canada, peut être ? » Crachai je. « Excellent ! » M'exclamai je plus fort que prévu et d'un ton beaucoup plus irrité. « Qu'elle y aille donc, au Canada ou même chez les Esquimaux, puisqu'on y est, je m'en contrefiche ! Mais la prochaine fois que tu la verras, tu peux lui dire de m'oublier si elle compte encore sur moi pour la suivre comme un gentil chien-chien jusqu'au bout du monde et surtout, SURTOUT, fais lui bien comprendre que si elle a des nouvelles aussi merdiques à m'annoncer, qu'elle le fasse elle-même ! Elle connait mon putain de numéro ! »
Un silence radio me répondit à l'autre bout du fil. J'entendis un profond soupir puis, un sanglot étouffé. Je sentis aussitôt mon sang se glacer dans mes veines. Merde !
Merde. Merde. Merde. Merde.
« Je… Car-… Carlisle… Qui est avec toi ? » M'enquis je, tremblante.
A nouveau, j'entendis le même son déchirant. Des pleurs… Et pas n'importe lesquels.
« Parle lui. » Intima Carlisle et je sus qu'il ne s'adressait pas à moi.
Merde, non !
Dites moi que c'est un cauchemar… Dites-moi qu'elle n'était pas là. Je n'avais vraiment aucune envie de lui parler. Pas maintenant. Pas alors que…
« Bella… » S'éleva une voix cassée que je reconnaitrais entre mille.
Je fermai les yeux, excédée et soudainement lasse. Pourquoi Carlisle m'obligeait il à parler avec ma mère s'il savait que j'en avais eu pour mon grade avec Charlie ? Voulait il que je fasse une overdose d'hypocrisie et de faux semblant ?
« Bella, ma chérie, je suis tellement désolée… » Pleura Renée, des trémolos secouant sa voix.
Je pressai violemment mes paupières pour éviter de me laisser submerger par sa voix repentante.
Ne pas oublier son silence et sa passivité… Son indifférence.
« Désolée de quoi ? » Fis je, sèche et monocorde.
Elle hoqueta de surprise et peut être aussi de douleur. C'était bas de ma part mais elle devait savoir… Je lui en voulais. Beaucoup. Non, en fait, je lui en voulais à mort. Un simple « désolée » et quelques larmes… C'était loin d'être suffisant.
« Tu es désolée de quoi, Renée ? » Répétai je en insistant bien sur son prénom. « De m'avoir laissé tomber alors que j'avais besoin de toi ? De m'avoir fichu dehors alors que tu sais que je n'avais nulle part où aller ? D'avoir insisté à fréquenter ce pédophile après notre dispute ? Je t'avais prévenu ! Je t'avais prévenu et tu ne m'as même pas accordé le bénéfice du doute ! »
« Je sais, je… J'aurais du t'écouter. Je suis tellement désolée. »
« Ouais… Facile de dire ça maintenant que tu lui as soutiré suffisamment de fric. » Assénai je.
Je l'entendis renifler encore plus bruyamment et son souffle se perturba de sanglots interminables. Elle semblait sincèrement blessée et c'était… Presque déchirant. Presque. Car j'avais des doutes… Pleurait-elle pour de vrai ? Pleurait-elle à cause de Jenks ? Pleurait-elle à cause de moi ?
Pour moi ?
« Bella, je… S'il te plait… Pardonne moi. Je te le jure… Ma chérie, je te le jure que je ne savais pas que tu le prendrais comme ça ! »
« Ah oui ? Et tu voulais que je le prenne comment ? » M'emportai je. « Que je saute de joie et que je t'encourage à te lancer en te proposant d'être ta demoiselle d'honneur ? Que j'aille faire les boutiques avec toi pour trouver ta robe idéale ? Je suis désolée mais j'ai vu clair en Jenks dès notre première rencontre, c'était tellement évident qu'il faisait une fixation perverse sur moi et toi, qu'est ce que tu as fait ? »
« S'il te plait, Bella… » Implora t elle.
« Tu l'as laissé lever la main sur moi ! » Poursuivis je, le souffle de plus en plus saccadé. « Il m'a frappé et toi, contre toute attente, tu es allée accourir au chevet de son fils, pas vers ta propre fille, SON fils ! »
« Bella… »
« Tu m'as ignoré pendant une semaine, m'as laissé prendre mes affaires sans rien dire pour ensuite me confier à une personne qui n'est même pas de ma famille… Une semaine, Renée ! Et là, tu as le culot de me présenter tes petites excuses par téléphone? »
« Je… »
« Non ! Ne te fatigue pas ! Et surtout ne me fatigues pas ! J'ai déjà eu ma dose avec Charlie alors fais ce que tu as à faire, on en reparlera lorsque tout ça sera vraiment terminée. Je… Je verrais toute cette histoire plus tard. Beaucoup plus tard. »
« Bell-… Je… Puis je au moins te voir, à ton retour ? » Supplia t elle d'une voix complètement brisée et je me sentis vraiment mal de lui parler de cette façon. Je ne faisais aucun effort pour faciliter le dialogue, j'en avais bien conscience. Mais je voulais juste… Lui faire comprendre à quel point cela pouvait faire mal.
« Ce sera beaucoup trop tôt. » Décrétai je sèchement avant de lui raccrocher au nez.
Une larme solitaire mais surtout involontaire dévala ma joue alors que mon cœur battait la chamade. C'était dit. J'ai été clair, j'ai dit tout ce que j'avais sur le cœur, je l'ai envoyé baladé et pourtant, je ne me sentais pas mieux. J'avais été ignoble avec elle.
Mais pas autant qu'elle durant toutes ces années. Me soufflèrent ma colère et mon orgueil.
Oui. Mais non. Ce n'était pas un malheureux concours pour le Prix de la personne la plus ignoble sur terre, non plus. C'était juste… Renée qui venait de s'excuser pour ses dernières frasques. Avais-je tort de ne pas lui pardonner tout de suite ? Avais je le droit de la faire poireauter alors que de mon côté, je n'avais plus aucune famille ? Je fis tourner et retourner mon cellulaire entre mes doigts, hésitant vaguement à rappeler… Si je fais ça… Est-ce que nos relations changeraient pour de bon ? Et si la réponse était non, combien de temps l'accalmie durerait? Jusqu'à ce qu'elle rencontre un nouvel amant plein aux as ? Jusqu'à ce qu'elle décide à nouveau que je passe au second plan au profit des hommes de sa vie ?
La porte principale du logis claqua brusquement sur ses gonds et je sursautai, perdant le fil de mes tergiversations internes. Un Edward échevelé et légèrement pâle fit irruption dans le salon avant de se figer subitement devant moi. Les sourcils froncés, il me jaugea longuement d'un œil critique.
« Ça ne va pas ? » Demanda t il d'un ton ni doux ni poli. Juste une inquiétude brute à la limite de l'exaspération.
« Euh… Je… Mauvaise soirée. » Marmottai je en commençant un geste futile pour lui désigner mon téléphone.
Ses sourcils se froncèrent davantage. Il sembla vouloir ajouter quelque chose mais se ravisa, préférant se diriger promptement vers le compartiment cuisine.
J'haussai inutilement les épaules avant de me ré-enfoncer dans le canapé, tentant de remettre de l'ordre dans mes idées. Edward en savait déjà beaucoup sur ma situation merdique, ce n'était pas la peine de l'en informer davantage... Je n'aimais déjà pas beaucoup cette capacité énervante qu'il avait de lire en moi comme dans un livre ouvert.
Quelques minutes plus tard, je l'entendis s'affairer au bar, entrechoquant verres et bouteilles avec des gestes que je devinais trop brusques… Apparemment, je n'étais pas la seule à passer une mauvaise soirée. Il faudrait peut être que je songe à l'accompagner dans sa beuverie… ? Je savais en connaissance de cause que les hommes n'aimaient pas boire seuls. Mais avant que je ne me redresse pour aller le rejoindre, je vis Edward revenir dans le salon, les mains chargées d'un verre tumbler rempli à ras bord d'un liquide clair, d'une bouteille de vodka et de deux shooters. Il me tendit le tumbler.
« Bois ! » Ordonna t il sans vergogne.
J'arquai un sourcil sceptique mais m'emparai néanmoins du verre, intriguée. Edward s'assit à côté de moi, posa les shooters sur la table basse et commença à les remplir pendant que je reniflai ma boisson.
« Bois, Isabella. Je ne l'ai pas empoisonné, tu sais… »
« Pourquoi tu aurais droit aux shooters et moi, un simple jus de pomme ? » Râlai je.
« C'est une vodka pomme. » Rétorqua t il avec flegme.
Je regardai tout d'un coup mon verre avec beaucoup plus d'intérêt… Oh.
Vodka !
« Et si nous trinquions ?! » M'écriai je soudain avec un grand sourire alors qu'Edward s'apprêtait à ingurgiter son premier shot. Il suspendit son geste et me lança un regard torve.
« Toi, tu as déjà bu… » Dit il d'une voix trainante.
« C'est drôle, Carlisle m'a dit la même chose… Mais portons ce toast, veux tu ? A notre voyage particulièrement productif ! Et note bien le sarcasme ! Tu pourras porter un autre toast non moins sarcastique sur les femmes toute à l'heure ! »
Je levai mon verre après mon monologue puis le descendis rapidement, appréciant beaucoup trop le gout doux-amer de mon breuvage pour m'empêcher de l'avaler en quelques gorgées. Une vraie alcoolique !
« Humm… T'as mis quoi là dedans ? » M'enquis je en regardant le fond du verre.
« Secret de fabrication. »
« Ah. Je peux en avoir un autre ? »
« Non. » Ria t il avant d'avaler cul sec son premier shooter. Il ne tressaillit même pas.
« T'es pas marrant ! »
« Et toi, tu ne tiens pas l'alcool ! »
« Ça, tu n'en sais rien ! Et puis, qu'est ce que vous avez tous avec ça ? Je n'ai rien bu à part ta petite décoction… Je ne l'ai même pas senti passer ! » Boudai je.
« Tu veux dire que t'es pas pompette, là ? »
Je roulai des yeux. « Tu veux que je me tienne sur mon pied gauche tout en récitant l'alphabet à l'envers ou t'as un Alcotest ? Je suis juste de bonne humeur, Monsieur l'Officier. »
Ou du moins, j'essaye. Ajoutai-je mentalement.
Edward arqua un sourcil amusé et s'autorisa finalement un fin sourire moqueur.
« Okay, y'a du jus de pomme dans le frigo, sous le bar. » Céda t il.
« Quoi ? »
« Vas chercher le jus de pomme. »
« Et… Euh… C'est tout ? » Bafouillai je un peu perdue.
« C'est de la vodka pomme, tu t'attendais à quoi ? »
« Eh bien, je sais pas, moi, un ingrédient secret ? »
« Chérie, y'a pas de secret, tout est dans la vodka. » Pouffa t-il avant de siffler un autre shot, rejetant sa tête en arrière et faisant tressauter sa pomme d'Adam alors qu'il déglutissait… Il se pourlécha ensuite ses lèvres avant de se resservir une nouvelle rasade.
Ses lèvres… C'est là que toute mon attention était concentrée. Charnues, rouges et surtout, humidifiées par mon alcool préféré.
Je secouai la tête.
Okay, ça suffit, le matage, tu n'es pas encore assez ivre pour penser comme ça…
« Je veux un shooter ! » Décrétai-je.
Il releva les yeux vers moi avec curiosité, me jaugeant un court instant.
« T'as déjà fait ça, avant ? » Se méfia t il.
« Fait quoi ? Me saouler à la vodka ? Oui. Siffler des shooters ? Evidemment. »
« Et parler comme une ivrogne alors que tu prétends être totalement sobre ? »
« Euh, rarement, mais… Contrairement à mon apparence, je ne suis pas un poids plume, Edward, alors envoie la sauce et qu'ça saute ! »
« Tu l'auras voulue. » Sourit il en secouant la tête avant de remplir à ras bord les deux shooters qu'il venait de vider. Nous entrechoquâmes nos verres puis les vidâmes d'une seule traite avant de les claquer contre la table basse. Edward les remplit aussitôt et nous réitérâmes l'expérience. Un étrange mélange d'adrénaline et d'électricité s'insinuait rapidement sous ma peau alors que nous enfilions shooter après shooter. Nous ne parlions pas car nous savions que cela ne servait à rien. Il n'avait pas cherché à avoir des détails sur ma mauvaise soirée et je n'en cherchai pas non plus sur la sienne… Nous étions juste… Deux personnes voulant se détendre à grand renfort de vodka et de… Vodka.
Car la vodka, c'était ça… Réconfortant, chaleureux, addictif. Le nirvana.
Ce fut au bout de mon septième shot que la température commença sérieusement à monter, m'obligeant à me redresser sur le canapé pour garder mes idées au clair alors qu'une trainée de rougissements intempestifs s'étendait déjà sur mes bras, mes joues et ma poitrine.
Ma tête ne tournait pas encore mais je remarquai aisément que je commençais à sourire bêtement à Edward et que l'alcool descendait de plus en plus facilement. Au bout d'un moment, la vodka parvint finalement à nous délier la langue et… Je crois que nous commencions à rigoler à propos de tout et n'importe quoi. Lui, me charriant sur ma façon de boire et moi, me rebiffant pour un rien.
« Hmm… Bella, Bella, Bella… Tu ne trouves pas que c'est prétentieux de vouloir se faire appeler comme ça ? » Fit il soudainement.
Je lui retournai un regard qui se voulut noir mais j'avais déjà assez de vodka dans le sang pour ne pas m'offusquer.
« Un peu, oui. » Admis je en riant. « Mais c'était une idée de ma mère. Tu sais ? Renée, la reine de la prétention ! Elle devait montrer à tout le monde qu'elle savait créer un putain de beau bébé ! Ce qui n'est pas le cas en passant… »
Je fronçai un peu les sourcils après avoir dit ça… Je n'avais pas un complexe d'Œdipe à cacher face à Edward ?
« Je n'aurais vraiment pas du te dire ça ! » M'esclaffai je.
« Et pourquoi pas ? Les compagnons de voyage se racontent tout, non ?… Leurs déboires, leurs souvenirs, le bon vieux temps… »
« Oui, nnnnon ! Je ne suis pas damnée à porter l'Anneau jusqu'au Mordor, désolée. »
« Ah non ? Tu ne rêves pas d'être ce genre d'héroïne ? »
« Non ! Je préfère être une de ces pouffiasses immortelles, tu vois ! Qui ensorcèle tout le monde avec sa putain de beauté opaline et ses gestes gracieux qui arriveraient à faire flotter un éléphant. Manque de bol, tout ne se résume pas à un joli prénom. »
« Quoi ? Tu veux être immortelle… Comme des vampires ? »
« Non, comme les elfes, Edward, les putains d'elfes ! Ou alors comme Gandalf… Mais sans la barbe. »
« Gandalf n'est pas… Immortel. »
« Il est magicien et il est du bon côté donc il ne peut pas crever, c'est évident ! »
Il éclata de rire et sans raison apparente, je l'imitai, riant encore plus fort. Je ne savais plus trop ce que je racontais… Je devrais vraiment arrêter de boire avant que je ne le regrette.
« Et si l'on faisait un jeu ? » Proposa t il, soudain.
« Un jeu ? » Pouffai je, comme si le mot en lui-même était d'une hilarité pliante. Il me dévisagea d'un air indéchiffrable puis étala un sourire moqueur. Ses yeux verts brillaient de malice et de bien d'autre chose un regard presque calculateur. Une alarme interne se déclencha alors dans ma tête déjà bien embrumée… Comment pouvait-on jouer de ses yeux avec autant de dextérité après avoir bu comme un trou ? Je le dévisageai à mon tour, scrutant ses pupilles et ce fut là que je percutai… Cet enfoiré était encore sobre.
« Je vais pisser ! » M'écriai je en me mettant brusquement sur mes pieds.
Comme je m'y attendais, bien sûr, le sol tangua dangereusement sous moi mais j'arrivai quand même à réajuster mon équilibre, alignant des pas plus ou moins droits vers la salle de bain, sous les rires moqueurs de mon camarade de beuverie. J'avais vraiment besoin de m'éloigner d'Edward et retrouver mes esprits.
Une fois à destination, je ne tardai pas à me passer de grandes giclées d'eau glacée sur le visage afin d'annihiler mon début d'ivresse puis, soufflai un bon coup. Je pris presque peur lorsque j'avisai mon reflet dans le miroir... Mes joues étaient encore roses, comme à chaque fois que je buvais, mais pour le reste, je demeurai pâlichonne, échevelée et surtout fatiguée en témoignaient les grandes cernes violettes qui cerclaient mes yeux… L'alcool ne me réussissait pas beaucoup, c'était un fait. Alors, qu'est ce qu'Edward pouvait bien me vouloir en me faisant boire de la sorte ? Et surtout, que se disait il en me dévisageant à tout bout de champ avec cet air si mystérieux ?
Voulait il du… Sexe ?
Cela me parait assez improbable.
Bon, c'est vrai qu'il avait initialement prévu de partager le lit avec moi et d'accord, il m'avait poussé à boire mais pour autant que je sache, il n'avait tenté aucune approche depuis qu'il était en ma compagnie. Et surtout, puisqu'il semblait si sobre, il avait du se rendre compte que je commençais à être véritablement éméchée. Suffisamment éméchée pour dire des trucs stupides, d'ailleurs.
Comme Gandalf… N'importe quoi !
Bref… S'il avait voulu me sauter, il aurait peut être déjà eu ce qu'il voulait au bout de quelques shooters supplémentaires. Mais au lieu de ça, il continuait de s'amuser à m'écouter débiter des âneries…
Que voulait-il ? Et surtout, quel intérêt trouvait-il dans le fait de boire avec une fille comme moi ?
On toqua contre la porte de la salle de bain.
« Tout va bien là dedans ? » S'enquit la voix étouffée d'Edward.
« Ouais, je… J'arrive ! »
Je jetai un dernier coup d'œil désespéré au miroir avant de me décider à sortir de la salle d'eau. Je tombai immédiatement nez à nez avec un Edward qui me regarda de manière étrange, voire réticente. Il avait l'air… Dégouté ?
« Quoi ? »
« Tu as oublié de tirer la chasse. » Fit il avec une voix de reproche.
Edward le maniaque ou l'art de la conversation dans toute sa finesse.
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« Ma mère est décoratrice d'intérieur mais c'est Rose qui fait les designs des meubles et mon entreprise qui s'occupe des détails techniques. Cela marchait plutôt bien en Alaska donc nous avons voulu étendre notre marché jusqu'au Canada... Ça n'a pas été très concluant, disons… Alors nous avons décidé de migrer vers les Etats Unis, il y a deux ans de ça. » Me confia Edward au bout de quelques heures de bavardages inutiles et de quelques shooters supplémentaires. Je crois qu'il commence à être complètement grisé, moi, j'étais juste assez sobre pour suivre le fil de notre conversation… Nous étions tout deux assis sur le lit, nos jambes étendues devant nous, alors que nous entamions un paquet d'Oreo. Edward devenait moins maniaque et plus loquace lorsqu'il était saoul et… J'aimais bien.
« Carlisle m'a dit que… Tes sœurs et ta mère sont restées à Anchorage. » Relançai je.
« Oui. Et non. Nous voyageons tous beaucoup, ces temps ci je reste à Seattle seulement parce que nous songeons à y implanter une filiale mais sinon, mes sœurs et ma mère vont et viennent entre l'Alaska et la Californie. Alice vient d'entrer en première année de fac, à San Diego. Stylisme. Mais nous considérons toujours Anchorage comme notre maison. On y retourne aussi souvent que possible. »
Edward était donc un bourreau de travail… Pas étonnant qu'il ait déjà une carrière aussi épanouie.
« Et… Comment as-tu obtenu le Quileute Resort ? »
« Oh, ça… J'avais un ami à la fac, un Quileute. Jacob Black. Il est très vite devenu très proche de ma famille et il lui arrivait de nous inviter à La Push de temps à autres. Il a hérité du Quileute Resort mais les Black n'avaient plus vraiment les moyens pour entretenir le centre qui tombait en ruine alors… Il nous l'a vendu… Mais pourquoi est ce que tu veux savoir tout ça ? »
Je lui souris doucement. « Curiosité ? »
« Hum. Dis plutôt que t'es complètement cuite. » Ricana t il, me faisant face.
« Seulement si tu admets que tu l'es aussi. » Souris je.
« Oui, Bella, je plane carrément. Et toi ? »
« Pareil. Mais c'était la meilleure chose qui aurait pu m'arriver, ce soir. » Dis je, sincère.
« Ah… Mauvaise soirée, hein ? »
« Si tu savais comme ta phrase sonne comme un doux euphémisme… »
« A ce point ? »
« A ce point. »
« Et je peux en connaitre la raison ? Enfin je veux dire… Tu poses des tas de questions sur moi, je me dois d'en faire de même… »
J'aurais du savoir que même ivre, les mecs comme Edward demeuraient foutrement perspicace. J'en soupirai.
« Depuis que nous sommes ici, j'ai l'impression que tu n'as pas besoin de me poser des questions, tu devines les réponses assez facilement alors… Devine encore. » M'irritai je.
Il sourit bêtement puis se fit pensif. Il n'était pas dupe et je le savais. Restait seulement à savoir s'il allait encore formuler les choses de façon abrupte.
« Tu sais, Carlisle m'a aussi beaucoup parlé de ta mère. Renée. » Lâcha t il en me dardant de son regard intense.
Mon souffle se bloqua dans ma gorge et je me rembrunis instantanément tandis que je détournais le regard.
Bien sûr. A livre ouvert.
« Elle a appelé. » Admis je de mauvaise foi.
« Et je suppose que cela ne t'a pas beaucoup enchanté qu'elle… Cherche à se faire pardonner par téléphone… »
« As-tu vraiment besoin de supposer, Edward ? » Dis je avec véhémence.
« C'est un sujet sensible pour tout le monde, la politesse veut juste que je suppose au lieu d'imposer. » Rétorqua t il tranquillement.
« La politesse ? » Répétai je, désabusée.
« Oui. Enfin, non. Enfin… Bon, d'accord, j'admets, j'ai triché… J'ai appelé Carlisle avant qu'il ne passe son coup de fil… » Avoua t il.
« Je… Quoi ? »
« J'ai demandé à Carlisle de contacter ta mère pour que vous puissiez parler. »
Ma bouche s'ouvrit et se referma silencieusement comme celle d'un poisson rouge sortie de l'eau. Dire que j'étais prise au dépourvu m'apparaissait un peu léger. J'étais… Complètement sonnée. De quoi Monsieur se mêlait il ?
« Premièrement, Edward, tu ferais mieux de te mêler de ce qui te regarde ! Et deuxièmement… »
« … Et deuxièmement, tu devrais lui pardonner, Isabella. » Ajouta t il, me coupant l'herbe sous le pied. « Plus vite tu le feras, mieux ce sera pour toi… Et pour ta situation. »
« Et qu'est ce que tu en sais ? »
« Beaucoup plus que tu ne le crois… » Souffla t il.
« Voilà une réponse bien convaincante. » Raillai-je.
« Tu devras pourtant t'en contenter. Je pense que j'ai épuisé mon lot de paroles pour ce soir… Ou pour ce matin, en l'occurrence. » Ajouta t il en avisant le réveil électronique qui affichait déjà trois heures trente du matin.
Cela faisait tellement cliché mais je n'avais pas vu le temps filer en sa compagnie. Je n'avais pas sommeil non plus et pourtant, l'alcool me terrassait toujours aussi rapidement que l'effet d'un doigt malhabile sur un château de carte. Discuter avec lui stimuler mes neurones, il faut croire…
Après un dernier tour dans la salle de bain, Edward se glissa sous la couette, enfonça sa tête dans son oreiller en plume et murmura un 'bonne nuit' à peine audible… mais que j'avais quand même entendu.
Une minute plus tard, son souffle apaisé et régulier commença à rythmer le silence de la nuit et je fus complètement dépitée lorsque je réalisai que toute la soirée, j'avais été pendue à ses lèvres, buvant avidement ses paroles et guettant ses moindre faits et gestes avec une fascination malsaine.
Pathétique.
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Dormir avec Edward s'était révélée plus facile que je ne l'aurais cru, finalement… C'était tranquille, rassurant, presque naturel…
Oui, mais alors pourquoi as-tu toujours les yeux grands ouverts, une heure après qu'il se soit assoupi ?
Là, j'avoue que je sèche complètement, chère conscience à deux balles. Peut être pourrais tu la mettre un peu en veilleuse pour que je dorme enfin réellement ?
Je soupirai et me retournai pour la énième fois, me remettant sur le dos. Je contemplai la baie vitrée d'un regard vide tout en maudissant silencieusement Edward d'être parvenu à s'endormir aussi rapidement et aussi profondément.
Je trouvai ça tellement injuste que je ne pus m'empêcher de lui faire part de mon agacement en collant mes pieds frigorifiés contre les siens. Je n'avais alors pas conscience à quel point ce geste pouvait être intime… Edward grogna mais ne réagit pas outre mesure. Aussi, je décidai de réitérer.
« Arrête ça, Bella. » Grommela t il contre son oreiller.
« Oups, je t'ai réveillé ? » Ricanai je.
Aucune réponse à part son souffle toujours apaisé. Il n'était pas du tout réveillé. Je fronçai les sourcils : Edward s'était endormi ivre et fatigué mais il se souvenait tout de même qu'il dormait à mes côtés. D'accord… On va dire que ce n'est pas bizarre du tout. Dans les livres, dans les films ou même peut être dans la vraie vie, c'est souvent dans des moments comme celle-ci qu'un homme révèle ses plus noirs secrets, à savoir à quelle femme il pense dès lors que quelqu'un le touche dans son sommeil. Je ne sais pas si je devais être flattée ou non que le subconscient d'Edward me reconnaisse aussi facilement… Nous ne nous connaissions que depuis une semaine.
Sur cette pensée, je sombrai enfin dans un sommeil sans rêve que je devinai déjà beaucoup trop bref pour mon propre bien.
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La lumière du jour filtra doucement à travers mes paupières et je soupirai doucement tout en étirant discrètement mes jambes. Contrairement à ce que j'avais pu imaginé, je ne me réveillais pas avec une gueule de bois atroce. Enfin, pas si atroce que ça. Au contraire, j'étais bien, là, sous l'étau confortable de la couette et…
« Peux tu me dire pourquoi tu es collée contre moi ? »
… Collée contre le corps chaud d'Edward.
Décontractée. Ne pas afficher un air coupable.
« Hum. La nuit a été assez fraiche ? » Me défendis je contre son torse.
« Tu n'avais qu'à monter le thermostat ! » Répondit il sèchement avant de se dégager du lit en s'arrachant littéralement de moi. « Allez, habille toi, on a de la route à faire. »
Hé, les nerfs ! Ce n'était pas si grave, si ? Je ne voulais qu'un peu de chaleur. Ce n'était comme si je lui avais coupé les couilles, putain !
« Tu te prends la tête parce que tu es germophobe ou parce que tu refuses d'admettre que t'aimais bien ça ? »
… Et moi, je raconte n'importe quoi !
Il s'arrêta à mi chemin de la salle de bain et fit volteface, incrédule.
Pourquoi est ce que c'est sorti bordel ?
« Qu'est ce que c'est censé vouloir dire ? » Grinça t il.
« C'est censé vouloir dire que tu as eu les bras autour de ma taille et ton nez dans mes cheveux toute la nuit. » Lançai je, audacieuse.
Et mon audace paya vu sa réaction de poisson rouge…
« Oui, je voulais un peu de chaleur mais je n'avais pas vraiment prévu que tu serais du genre à te blottir, Edward… »
« Je ne me blottis pas ! » Nia t il trop vite.
« A d'autres ! »
« Je ne me blottis pas, Isabella. »
« Mais oui, bien sûr. »
« Je… »
« … Ne me blottis pas… Blablabla. Je parie que tu as encore un ourson peluche ou doudou que tu te trimballes partout lorsque tu pars en voyage d'affaire. »
Je ne le pensai pas. C'était juste pour le charrier. Mais il blêmit considérablement avant de rougir de manière… Intempestive.
Oh.
« Tu en as un ! » M'écriai je en pointant un doigt vers lui, incrédule.
Il tourna brusquement les talons. « Fais tes bagages, on pars d'ici. » Grogna t il, vexé.
Peut être aurais je du lui dire que ce n'était pas grave, que c'était mignon et que j'ai moi-même bien aimé me blottir contre son torse chaud, au lieu de rire à m'en élimer la corde vocale…
~°o0o°~
Voilà, voili, voilu, je m'excuse pour les éventuelles fautes, je suis épuisée. Enfin, j'espère qu'il n'y en a pas. Bella me fait un peu pensé à moi, penser à des détails pour éviter le sujet principal, genre, on dort sur un torse sexy mais tout d'un coup, il a un doudou ! :p Pratique pour ne pas dire de bêtises.
Voila, donc vos avis ?
En fait, j'espérais faire un outtake lorsque leur relation sera un peu plus 'avancée' et ce sera bien sûr, en POV Edward.
Sinon, l'accélération niveau temps, ce sera pour le prochain chapitre encore… Donc je vais encore plancher.
Merci de m'avoir lu.
A bientôt,
Areka.
