Tell me who you really are…

And I'll tell you who I really am.

Le cercle des reviewers anonymes :

Artmis : Hey ! :D Merci beaucoup ! Oh bah je suis pas très douée pour écrire des trucs plein d'actions alors je me contente de ce genre de rythme plus calme ! Heureuse que ça te paraisse intéressant, j'espère que ça continuera à te plaire :)
Ah oui j'aime beaucoup cette comédie musicale, les paroles sont vraiment bien foutues en plus ! Indila je connais beaucoup moins cela dit !
Merci pour ta review !
A bientôt !

Note :

Helloooo there ! Me revoilà avec le troisième chapitre de cette ficlet bizarre mais qui semble vous plaire ! Je suis super contente, vraiment ! Les chapitres sont plus longs comme d'habitude, celui-ci fait 9 pages word :)

Merci beaucoup pour l'accueil, ça me motive à me bouger pour publier plus vite !

Correction assurée par les géniales Ijiini et mlle-lys27 :D

Bonne lecture !


Chapitre Troisième

Je fus réveillé par des bruits de conversation autour de moi et j'émergeai juste pour être plongé dans les chuchotements de quelques membres de l'Ordre déjà levés. Aussitôt, Karen me fondit dessus et ne me laissa pas le temps de m'éveiller.

– Vous avez pu en tirer quelque chose ? demanda-t-elle.

– Non, il refuse de parler pour le moment.

– Vous devez le faire parler par n'importe quel moyen, me contrecarra-t-elle immédiatement.

– Vous ne m'apprenez rien mais si vous pensez vraiment que le Seigneur des Ténèbres va livrer ses plus noirs secrets en une nuit, vous vous méprenez.

– Je dois savoir que vous serez prêt à nous laisser le tuer si nécessaire.

– Evidemment, confirmai-je, le ton sec. Mais ça ne presse pas. Son armée est sans-dessus-dessous et le ministère, du moins la partie encore incorruptible, pourra gérer cela, suggérai-je. Pour le moment nous le tenons à l'abri. Le manoir est protégé. Il est entravé. Même si cela prend des années, il parlera.

– Nous ne pouvons laisser ce criminel en vie si longtemps. Vous me parlez de temps mais nous n'en avons pas.

– Grindelwald est resté en vie, emprisonné à Nurmengard, jusqu'à son assassinat de la main même de Voldemort. Dumbledore a plaidé en sa faveur parce qu'il détenait des informations, lui rappelai-je doucement.

– Il ne les a jamais délivrées, vous n'êtes pas sans le savoir, articula-t-elle, l'air agacé.

– Parce que le seul à qui il a toujours voulu parler était Dumbledore et que ce dernier s'y est toujours refusé. Afin que les informations de Grindelwald meurent avec lui. Ce qu'il a caché dans ce monde et découvert sur la magie ne devait en aucun cas être rendu public.

– Si Voldemort meurt tranquillement de vieillesse dans une centaine d'année, parce que vous savez que c'est le minimum qu'il vivra avec sa jeunesse retrouvée, le monde sorcier ne nous le pardonnera pas. Pire encore s'il s'avère qu'il a en effet des Horcruxes dans la nature et que ceux-ci prennent le relais à sa mort, argua-t-elle avec véhémence.

– Il parlera avant. Nous n'avons pas le choix. Comme vous venez de le dire, nous avons les cent prochaines années pour le faire parler ou trouver les Horcruxes par nous-mêmes. Je suis certain qu'avec le temps je peux m'infiltrer dans sa tête et savoir s'il ment ou non, rétorquai-je en modulant ma voix pour calmer les décibels que je sentais grimper.

– Et lui dans la vôtre, vous le savez, il l'a déjà fait ! Nous jouons avec le feu !

– Nous jouons avec la paix ! Elle sera installée, dès lors que les Mangemorts restants sauront qu'il a été fait prisonnier ! Ses fidèles seront dispersés. Si nous le tuons maintenant nous courrons à notre perte, tentai-je de lui expliquer, me pinçant l'arête du nez. Ecoutez, Karen, s'il vous plait… Nous avons eu assez de perte. Peut-être que vous avez raison… peut-être que nous reportons juste la guerre parce que Voldemort reviendra. Mais le pays est déjà à genou. Je suis à genou. Reconstruisons-nous. Nous avons des années pour prévoir son retour et préparer la future génération à l'endiguer. Peut-être même serai-je encore là.

– J'ai un fils, Monsieur Potter. Je refuse qu'il mène les batailles que j'ai refusé de mener.

Je baissai la tête, soupirant largement.

– Alors vous préférez qu'il meure maintenant plutôt qu'il vive et se batte plus tard ? C'est un sursis certes, mais un sursis qu'il faudra exploiter pour une future victoire. Cela ne m'enchante pas, croyez-moi. Mais c'est la solution la moins risquée. Je vous promets de faire le maximum, lui dis-je, plus sincère que jamais.

Il y eut un silence au cours duquel elle sembla presque flancher. Et je crus un instant qu'enfin nous pourrions nous entendre sur quelque chose. Puis son regard se durcit et je fermai les yeux un instant, défait.

– Torturez-le, dit-elle soudain. Vous savez son passé. Vous connaissez ses faiblesses.

– Ce n'est pas aussi simple, c'est loin de l'être, marmonnai-je en me passant une main lasse sur le visage.

– C'est simple. Snape a laissé un tas de potions aux effets dévastateurs. L'endoloris a fait ses preuves également.

Je me relevai d'un bond. Les autres commençaient à discuter entre eux, attendant que je réponse alors que j'entamai les cent pas dans la pièce, mes mains fourrageant nerveusement dans mes cheveux. J'avais tellement conscience de là où elle voulait amener la conversation… Et je ne voulais pas.

– Nous avons le temps, je refuse d'en arriver à ces extrémités tant que je ne sais pas ce qu'il veut. J'aime autant qu'il ne se ferme pas tout de suite. Je veux d'abord tout tenter, de la manière le plus saine possible. Je refuse de devenir comme lui.

– Alors usez de Légilimencie, votre lien peut vous permettre de le pousser à bout mentalement ! répliqua-t-elle immédiatement.

– Je n'userai pas de torture sur lui ! aboyai-je d'une voix forte, faisant taire toutes les personnes présentes. Vous ne me transformerez pas en monstre. Il n'a jamais pu réussir, vous n'y parviendrez pas non plus. Mes limites se situent ici, Karen, veillez bien à ne pas les franchir à nouveau !

– Vous êtes le seul à pouvoir…

– Je ne suis pas une arme, Karen ! Pas aujourd'hui, ni demain ! répliquai-je aussitôt, d'une voix polaire, mes yeux plantés dans les siens.

Je crus qu'elle allait m'égorger de ses mains et elle jeta un coup d'œil aux alentours, appréciant les réactions muettes des membres de l'Ordre. Neville me posa une main sur l'épaule et je me calmai un peu. Karen quitta la pièce, la démarche droite et sèche.

– Harry, peut-être qu'elle a raison, intervint Ron. Si c'était la seule solution est-ce que tu le ferais ?

– Non.

Ron sembla presque agacé de ma réponse.

– Si j'avais le lien que tu as avec lui, je ne rechignerai pas à l'exploiter.

– Ron…, murmura Hermione, horrifiée.

– Sauf que tu ne l'as pas. Tu ne sais pas ce que sait ! Si je rentre dans sa tête, je lui ouvre la mienne. Un tas d'informations, de cicatrices qu'il n'a plus qu'à rouvrir de quelques mots acérés !

Je me tus, mais ne pus empêcher la remarque pleine de venin qui se faufila de mon cerveau jusqu'à mes lèvres :

– Tu sais, Ron, si j'avais été à ta place pendant la mission avec Remus, je ne l'aurai pas laissé se sacrifier pour couvrir vos erreurs et vous protéger. Et j'aurai eu la décence de ramener son corps, crachai-je avec une hargne que je ne me connaissais pas.

Voilà. C'était lâché. Ce que je n'avais jamais osé dire, l'accusation muette. J'étais injuste quelque part, je le savais. Mais si… Bon sang s'ils n'avaient pas tant insisté pour l'accompagner.

Hermione porta une main à ses lèvres et s'enfuit de la salle en courant, les larmes aux yeux. Elle suintait une telle culpabilité…Je n'arrivais même pas à me sentir désolé pour elle. Si on m'avait laissé accompagner Remus, j'aurais été certain de mourir avec lui ou de nous voir survivre tous les deux. Nous nous étions bien trop entraînés ensembles pour que l'un s'en sorte et pas l'autre. Nous serions morts tous les deux ou aurions fui ensembles.

– Tu ne peux pas dire ça, Harry, dit Ron, les poings serrés, fixant le pas de la porte où Hermione avait disparu.

– Oh, vraiment ? Je ne peux pas essayer de comprendre comment Remus a pu mourir en se sacrifiant pour vous mais toi tu as le droit de me demander de sacrifier ma santé mentale pour le plus Grand Bien ? Tu m'excuseras, Ron, mais je me permets de le faire ! Ce… caprice que vous avez fait pour y aller avec lui parce que vous ne vouliez plus juste servir de larbins au sein de l'Ordre. Si au moins vous aviez reçu un entraînement… ! Mais non, vous vous êtes proposés alors que j'aurai dû y aller avec lui.

Cette fois, je me tournai vers Karen.

– Et vous ! Ne croyez pas un instant que j'ai oublié ce que vous avez fait ! Vous avez préféré envoyer deux jeunes sorciers inexpérimentés sur le terrain alors que moi, son partenaire d'entraînement, m'étais proposé ! Sa mort est sur votre conscience, soyez-en certaine.

Elle me toisa, plissant les yeux.

– De quoi m'accusez-vous exactement, Monsieur Potter ? lança-t-elle, la voix trop calme.

– Oh je n'accuse de rien, je me contente de soulever quelques détails que j'ai du mal à comprendre.

– C'était une erreur de jugement de ma part, je m'en suis déjà excusée.

– Vos excuses sont du venin, lui lançai-je avec dégoût.

Ses fichues excuses ne ramèneraient jamais Remus. Ses excuses n'avaient été qu'un mensonge.

Je jetai un œil à Ron qui avait baissé la tête en signe d'excuse, mais je sentais que j'entendrais encore cette remarque sur le fait de m'envoyer droit dans l'esprit de Tom. Il ne changerait pas d'avis et avait apparemment traduit à voix haute ce que tous pensaient tout bas. J'étais sacrifiable. Pour le plus grand bien. Et il y a encore un an, j'aurai sans doute accédé à leur requête. Mais pas aujourd'hui. Pas quand nous avions enfin le temps qui nous manquait et une solution pour que tout soit arrêté sans que je ne meure. C'était égoïste, j'en avais conscience. Mais je n'arrivais pas à penser autrement. Pas quand je pouvais vivre quand même et ne pas accomplir cette foutue prophétie qui me condamnait de manière presque certaine.

Leur insistance à me voir le tuer était… dérangeante. Comme si je n'avais pas déjà assez de sang sur les mains. Comme si tout le monde n'avait pas déjà assez sali son âme. La prise de Neville se renforça et je croisai le regard de Ginny qui semblait profondément chamboulée. Elle m'adressa un petit sourire et je sus qu'elle me soutiendrait. Notre histoire n'avait jamais pu marcher et aucun de nous n'en avait tenu rancune à l'autre. J'étais resté en bons termes avec elle. Plus qu'en bons termes quand on constatait que j'arrivais davantage à rester avec elle qu'avec mes deux meilleurs amis. Je savais que j'étais injuste avec eux mais je n'arrivais pas à comprendre comment la mort de Remus avait pu être possible. Les envoyer sans entraînement avait été incroyablement stupide.

Luna était prostrée dans son coin avec George qui lui parlait à voix basse. Le jeune homme s'était assombri et je me rendis compte à quel point nous étions tous plus morts que vifs. Les pertes que nous avions subies étaient trop lourdes à porter. Molly et Arthur était restés au Terrier avec Charlie. Bill avait regagné la France avec Fleur pour y chercher une aide quelconque. Maugrey était mort, Tonks aussi, brisant le cœur de Remus. Andromeda avait écopé d'un double deuil et avait hérité de leur enfant à élever. Elle s'était naturellement retirée de l'Ordre, ne se sentant plus apte à combattre.

Parfois j'avais envié les morts. Eux ne devaient pas vivre avec l'absence pesante qu'ils laissaient comme seul réminiscence de leur passage dans nos vies. Il m'arrivait même de tant penser à eux que je doutais qu'ils aient un jour été réels. Leur mort m'apparaissait si ancrée dans mes pensées que me souvenir d'eux vivants était comme une illusion mélancolique au tranchant fatal. Souvent, c'était même moi que je croyais mort. Comme si je n'étais déjà plus qu'une ombre.

Je quittai la pièce brutalement, ne supportant plus leur silence.

La journée fut infructueuse. Karen insista pour descendre avec moi aux cachots et le résultat fut seulement de supporter pendant une heure durant le mutisme d'un Tom Riddle semblant se délecter de la colère de la femme. Même ses yeux bleus froids comme la glace n'arrivaient pas à masquer sa rage. J'étais resté très calme, me contentant de l'écouter poser des questions, en posant quand elle me le demandait. Il ne répondait qu'à moi et ignorait avec un dédain incroyable les questions de Lloyd. Il éludait les miennes bien sûr, mais au moins faisait-il l'effort de délier sa langue. J'aurai pu en être satisfait si cela ne signifiait pas que Karen allait me forcer à faire des choses que je ne tenais absolument pas à faire.

Elle insista d'ailleurs pour que je ne lui amène aucun repas le midi. J'eus beau protester, elle ne voulut rien savoir et je capitulai. Si c'était-là sa seule condition pour me laisser mener à bien ma… conversation de ce soir, alors ce n'était pas trop demander.

Pour autant, je ne pouvais simplement pas le laisser mourir de faim dans mes cachots. Je devais le maintenir en vie au moins jusqu'à ce qu'il parle. J'attendis que tout le monde soit couché pour descendre, ne souhaitant ni être dérangé pendant, ni être pressé de questions après. Nous avions convenus que chacune de mes conversations avec lui serait l'objet d'un débriefing avec l'Ordre au complet qui m'indiquerait ensuite quelle orientation je devais donner au dialogue. J'étais persuadé que les choses ne se feraient jamais ainsi. Et ils n'auraient aucun moyen de vérifier que je disais la vérité.

Je m'étonnais encore une fois des protections que je sentis affaiblie. Je ne me souvenais pas y avoir touché d'une quelconque manière. Je fronçai les sourcils. Mon sort avait peut-être raté et sa puissance était descendante. Il faudrait que je songe à le revoir. Mais c'était étrange et je ne pris aucunement le temps de les raffermir. S'il avait voulu nous tuer tous, nul doute qu'aucune entrave ne l'en aurait empêché.

Je doutais cependant qu'il puisse sortir du Manoir impunément et cette protection suffisait à me rassurer. Cette demeure était un héritage de mes parents que j'avais pu recevoir à mes dix-sept ans, protégé au moins autant que Poudlard si ce n'était davantage. J'y avais élu domicile, estimant que vivre à Square Grimmaurd était trop difficile. J'avais insisté un long moment avant que Remus et Tonks acceptent d'y vivre avec moi et c'était sous mon toit que la jeune femme avait mis au monde leur fils.

Je passai la porte des cachots sur les coups de minuit et Tom était simplement allongé sur son lit, comme la veille, les yeux clos. Je savais que je détesterai le moment où il les ouvrirait. Le moment où je devrais prendre sur moi pour ne pas l'égorger sur le champ. Je signalai inutilement ma présence en abattant sèchement une assiette sur la table, avec une fourchette en bois. L'Ordre ayant décrété qu'une véritable fourchette aurait été trop dangereuse. Oui… Enfin l'homme en lui-même était dangereux et si Voldemort me tuait à coups de fourchette au moins je finirai ma vie en riant. C'était absurde et il sembla penser la même chose en se levant et en la voyant.

– Ce n'est pas de mon fait, me défendis-je vaguement, un peu mal à l'aise.

Il s'installa sur sa chaise avec une élégance presque dérangeante. Je l'observai faire, scrutant la moindre de ses expressions. Il ne vérifia même pas si le plat était empoisonné, se contentant d'une œillade un peu arrogante. Je haussai un sourcil pour toute réponse. Si j'avais voulu le tuer je l'aurai déjà fait. Et certainement pas avec du poison.

Il mangea en silence et je l'observai faire, les bras croisés, bien installé dans ma chaise. Lorsqu'il eut terminé, il releva enfin la tête vers moi après plusieurs longues minutes sans me regarder une seule fois.

Son regard se fit perçant et j'eus la désagréable impression qu'il me sondait bien plus que je ne le voulais. Ses yeux détaillèrent mon contour sans jamais se fixer sur mon corps. Il émit un « Mmh » concentré avant de sourire. Il cligna des yeux et son regard perdit en intensité, se posant à nouveau sur moi.

– Vous avez tué… beaucoup. Plus que moi. J'ai rarement vu âme plus abîmée que la vôtre, c'est surprenant venant du Leader de la Lumière, dit-il avec tout le sérieux du monde.

Il avait raison. Et, ça, ça me tuait. Là où lui ne se salissait que peu les mains et faisait faire le sale boulot à ses fidèles, moi, j'avais tué plus que de raison. Plus que je pensais devoir le faire dans cette guerre. A mon tableau de chasse, plus d'une quinzaine de noms. Au sien, bien moins.

– Je ne suis pas le Leader de l'Ordre.

– Cette Karen ne l'est pas non plus. C'est un petit animal qui aboie beaucoup mais qui est terrorisé.

Il laissa passer un silence et rebondit sur le sujet Karen tant que celui-ci était abordé :

– Que signifiait ce que vous lui avez dit dans le coffre à Gringotts ? Que sous-entendiez-vous ?

– Oh rien, j'affirmai plutôt. Et ce n'est rien que vous ne vouliez savoir, je peux vous l'assurer.

Je me promis de retenter de poser la question plus tard. Son ton avait été trop ferme et je ne voulais pas qu'il se braque si vite. Je n'eus pas le temps d'ouvrir la bouche que sa voix s'élevait à nouveau, paradoxalement douce et tranchante.

– Dites-moi, Monsieur Potter… Qu'avez-vous ressenti en tuant ?

Mon masque impassible s'effondra en un instant et je blêmis. Il sonda le changement avec un regard appréciateur.

– Rien du tout, répondis-je prudemment.

– Vous mentez, m'asséna-t-il en posant ses coudes sur la table, installant son menton au-dessus de ses mains jointes.

– J'étais… je ne sais pas… écœuré.

– Vous mentez encore.

– J'étais terrifié, chaque fois que je l'ai fait, c'était pour me défendre, affirmai-je avec plus de force.

Voldemort émit un son désapprobateur, un sourire indéchiffrable aux lèvres.

– Trois réponses, trois mensonges. Est-ce que je devrais me taire, Monsieur Potter ? Je suis honnête avec vous ou je vous dis clairement que je ne veux pas répondre. Si nous ne jouons pas selon les mêmes règles, nous allons avoir un désaccord. Alors ? Cette question vous dérange-t-elle au point que vous ne vouliez pas y répondre ?

Je restai figé. J'étais coincé. Si je ne répondais pas, il en tirerait ses conclusions. Si je mentais il se taisait, si j'analysais mes émotions c'était moi que je perdais en chemin.

– J'étais heureux de les tuer, crachai-je. Ça vous va comme ça ?

– Mieux, mais ce n'est pas encore tout.

– Vous vous en contenterez.

– Dites-le. A qui irai-je donc répéter les noirceurs de votre âme ? souffla-t-il. L'ai-je déjà fait ? C'est entre vous et moi.

Je fronçai les sourcils. Peut-être que c'était un jeu pour lui. Il me laissait me dévoiler pour mieux entrer dans ma psyché. Il sentait que je mentais. Je n'avais aucun autre choix que de répondre en espérant pouvoir lui retourner ses interrogations insistantes.

– Très bien. J'ai aimé les tuer. Parce que j'estimais qu'ils le méritaient et qu'en les tuant, eux, c'était un peu de vous que j'exécutais.

– Là, nous détenons un soupçon de vérité. Mais il y a un mot que vous vous refusez, Monsieur Potter. Dites-le.

– Je ne vois pas de quoi vous parlez.

– Oh si, vous voyez parfaitement. Vous l'avez senti courir dans vos veines, dévorer parfois votre humanité et vous l'avez vu dans le reflet que vous renvoyaient les yeux de ceux que la mort a fauché pour vous, souffla-t-il et je me fichais.

Comment… ?

– Comment je le sais ? dit-il, semblant lire mes pensées. J'ai ressenti la même chose.

– Je ne suis pas comme vous.

– Bien sûr que non. Vous connaissez l'encombrement des remords, moi, j'ignore tout de ce que c'est. Dites-le.

Je restai silencieux un moment, le poing serré sur ma cuisse avant de relever mon regard et de planter mes yeux dans les siens.

– Le pouvoir. J'ai ressenti le pouvoir et j'ai… aimé. Sur le coup. Jamais au point de recommencer, jamais sans ressentir de remords la seconde qui suivait.

– Vous voyez, Monsieur Potter, la vérité même toute en nuance, n'est pas si difficile à être mise à nue.

Je me tus, conscient qu'ajouter de l'eau à son moulin en proférant un mensonge me desservirait. Voldemort se cala plus confortablement dans sa chaise, me fixant sans discontinuer, la tête légèrement penchée sur le côté.

– Que voulez-vous contre votre libération ? finis-je par lâcher.

– Ma libération ? Qui a parlé d'être libéré ? demanda-t-il, feignant un étonnement presque parfait.

– Vous nous tenez. Soit vous n'avez aucun Horcruxe et nous n'aurons aucun moyen de le savoir ce qui vous assure d'être maintenu en vie. Soit vous en avez et n'attendez qu'une chose : que l'on vous tue pour que vous renaissiez ailleurs.

Il eut un sourire presque joueur et pianota de ses longs doigts pâles sur la table.

– Pour vous remercier de votre honnêteté, bien qu'un peu encouragée, je consens à vous dire une chose et une seulement : je ne vous ai jamais menti. J'ai parfois éludé, détourné, je l'admets… Mais jamais je ne vous ai menti, me dit-il avec une telle sincérité que je m'en trouvai bouche bée, incapable de dire quoi que ce soit.

Je me raclai la gorge et consentis à répondre :

– Ne pas mentir ne signifie pas dire la vérité.

– Vous commencez à comprendre. A vous de voir où se situent les demi-vérités, les vérités dissimulées… Vous voyez, l'honnêteté par l'honnêteté. C'est ce que vous gagnerez si votre comportement me paraît correct.

Je me levai, incapable d'en entendre plus. Il jouait avec moi. Et je marchais… Je marchais consciemment, entendant les pièges et pourtant je m'y précipitais à dessein comme si rien ne pouvait défaire mon envie de décrypter ses mots parés de soie, ses phrases sibyllines et ses inflexions jouées comme une partition à la perfection.

Je quittai la pièce, envoyant ses couverts à la cuisine d'un coup de baguette. Je m'affalai contre le battant de la porte close.

« Je ne vous ai jamais menti »

A l'éclairage de cette nouvelle indication, je me repassai nos conversations. En admettant que ça ne soit pas un mensonge, cela signifiait que tout ce qu'il avait affirmé était vrai et qu'il ne m'avait jamais menti directement. Il avait cependant pu mentir à d'autres. Je songeai à la manière dont il s'était adressé à Lloyd. Lui avait-il menti à elle ? La jugeait-il indigne d'être réceptrice de SA vérité ? Pourtant il m'avait également affirmé avoir encore au moins un Horcruxe dans ce monde. A Karen il avait parlé de plusieurs.

Donc, si je décidais de me fier à son seul code pour décrypter ses paroles il avait bel et bien un Horcruxe restant, mais seulement un. Je fronçai les sourcils. Alors pourquoi ne me parler que d'un seul et signifier à Karen qu'il en existait plusieurs. Il savait clairement quelque chose que j'ignorais et un sentiment étrange me prit.

Je décidai de garder cette conversation pour moi. J'aurai tout le temps de broder quelque chose à dire à l'Ordre. Au moins jusqu'à ce que je tire tout cela au clair. J'avais l'impression désagréable d'être une arme pour chacun des camps et je n'aimais pas ça.

J'eus le malheur de trouver Karen qui m'attendait à la sortie des cachots, elle sonda mon visage et je me recomposai un visage impassible au plus vite, mais trop tard elle avait vu mon trouble. Elle ne me posa aucune question, semblant obtenir les réponses qu'elle souhaitait d'un regard : celle que m'envoyer là-bas était trop risqué et agitait mes nerfs plus que de raison. Elle se détacha du mur et monta à l'étage.

Je ne montai pas tout de suite me coucher, préférant sortir faire un tour sur le domaine paisible. Je profitai autant que le pus de la fraîcheur de la nuit et de son silence qui gagna bientôt mon esprit. Je finis par me laisser tomber dans mon lit plusieurs heures plus tard, la tête vide d'avoir été trop remplie.

A suivre…


Blabla de J' :

Voilà pour ce troisième chapitre ! On rentre un peu plus dans la manipulation je pense ! Donc les conversations sont un peu plus « complexes » et alambiquées haha ! Mais c'était le but d'en arriver là sur leurs discussions !

Aussi, je voulais juste dire que j'ai essayé de pas faire du bashing de Ron et Hermione, d'autant que c'est des persos que j'aime assez ^^ Dans ma fic c'est juste comme ça, Harry est assez isolé, très dur dans leur jugement et en même temps assez juste puisque indirectement Remus est en effet mort par leur faute... Voilà pour ce point-là :)

Je souhaite bon courage à ceux qui révisent leurs exams ! Je compatis très fort !

Je pense que je vais publier cette fic un peu à « l'envie » donc peut-être qu'il y aura plus d'un chap' par semaine. En tout cas il y en aura toujours au moins un/semaine, c'est sûr !

Merci d'avoir lu en tout cas !

A tout vite :D

Lot of love,

Jelyel :)