Sherlock était assis sous un arrêt de bus. Ses yeux baissés vers le sol, il semblait perdu dans ses pensées. Il n'avait plus la force de marcher et de se diriger vers Baker Street. Les genoux près de sa poitrine le protégeait du vent froid qui battaient en un soir d'automne.
Il ne pleurait pas. Mais il s'en fichait. C'était plutôt bien, non ? Il était content de n'avoir pas faibli. Oui...enfin c'est ce qu'il croyait.
Une main se posa sur son épaule le faisant frisonner. Il releva la tête croisant le regard de son meilleur ami. John.
"- Allez Sherlock, partons, dit-il doucement.
Le détective ne protesta pas. Il suivit son colocataire qui interpella un taxi vide leur permettant de prendre place.
Pendant tout le long du chemin qui les mena jusqu'à leur domicile, Sherlock resta silencieux observant le défilé des magasins et batiments de Londres. John était inhabituellement gêné par son silence.
"- Est ce que tout va bien ? interrogea John qui regrettait cette horrible question qui devait normalement pas se poser en une telle situation.
Sherlock ne réagit que trente secondes après.
"- quoi ?...Bien sur que je vais bien...Je vais parfaitement bien..."
Dans le fond, John n'en était pas convaincu.
Arrivé à Baker Street, Sherlock s'affala sur le canapé. John n'osait pas lui parler de peur que ce dernier le prenne mal. Il savait que son ami surdoué n'était pas du genre à exprimer ses émotions aussi facilement. Il était très difficile pour lui de connaitre les états d'âme de son colocataire : il ignorait quand Sherlock était content, triste, inquiet, douteux...
Pourtant, la mort de Mycroft ne devait pas laisser paraitre le détective indifférent. Même John avait du mal à croire que l'homme qui avait réussi à l'approcher rien que par des coups de fil de cabine téléphonique ne vivait plus sur terre ; que l'homme qui apportait son parapluie à chacune de ses visites ne viendrait plus lui demander des nouvelles de son petit frère ; que l'homme qu'il croyait immortel, qu'il croyait intouchable avait perdu la vie.
La porte d'entrée qui claqua tout à coup rappela au médecin que Mme Hudson, leur attendrissante logeuse, n'était pas au courant du drame. Il se précipita alors au rez de chaussée laissant Sherlock, seul.
"- Ah, John ! S'écria-t-elle en le voyant, vous pouvez m'aider ?
- Bien sur, accepta-t-il jugeant préférable de discuter chez elle que devant le paillasson.
Elle venait de rentrer des courses et John s'occupa de un ou deux paquets tandis qu'elle ouvrait la porte qui menait à chez elle.
"- Comment va Sherlock ? Je n'ai pas pu le voir aujourd'hui, j'imagine que il est toujours préoccupé par ses enquêtes...
- Justement, intervint John quand ils retrouvèrent dans la cuisine, je dois vous informer d'une mauvaise nouvelle qui je pense dois l'affliger...
- Qu'en est il ?
- C'est à propos de Mycroft, vous vous en souvenez ?
- Mais oui, bien sur, se rappela-t-elle, il m'a demandé de préparer des aliments équilibrés pour Sherlock...et de veiller à sa santé"
Pour ça, John ne le savait même pas.
"- Je me souviens qu'il était venu et qu'un de ses hommes a failli y est passé dans mes poubelles...
- Oui..."Déglutit John. Ces souvenirs ont ramené en lui une tristesse profonde pour le grand Holmes.
"- Qu'y a-t-il ? Voulut savoir la logeuse dont le visage exprimait de la crainte.
- Mycroft...Mycroft Holmes...est mort, il y a quelques heures de cela.
- Oh, mon dieu, je suis si désolé, se lamenta-t-elle en mettant sa main devant sa bouche, comment va Sherlock ?
- Il m'a dit qu'il allait bien...mais je n'en suis pas aussi certain.
- Pauvre Mycroft, sanglota-t-elle, mourir si jeune, et Sherlock qui n'a plus de frère...Oh..."
Elle s'excusa auprès de John et alla chercher un mouchoir. Elle revint en reniflant.
"- Si vous voulez ou s'il veut quelque chose, dites le moi...
- Oui, c'est promis."
Quand John revint auprès de Sherlock, ce dernier était assis dans son fauteuil, les mains jointes, réfléchissant.
Comment pouvait-il être dans son palais mental à réfléchir à il-ne-savait-quoi alors que son ainé venait de mourir. Comment un homme qui avait-été sous le choc près à hurler sur ceux qui touchaient le corps de son défunt frère pouvait se retrouver une heure après dans cette position de calme ? Peut-être que Sherlock cherchait un moyen d'oublier ce drame. Cachait-il ses émotions ? A moins qu'il ne ressentait vraiment rien. Avait-il un jour versé des larmes ? Avait-il éprouvé de la sympathie pour ceux qui perdait des êtres chers lors de ses nombreuses affaires ?
Malgré le souvenir de son ami qui était resté auprès de lui les premières minutes ayant suivi la mort de Mycroft, le soldat essaya de relativiser. Après tout, c'est Sherlock. Pourquoi serait-il étonné de ne pas le voir faiblir devant cette tragédie ? De tout son coeur, John espéra que son colocataire puisse vivre sans éprouver un chagrin immense, jamais il n'avait supporté de voir un ami souffrir de la mort d'un des siens. En guerre, il avait vu beaucoup de ses frères d'armes perdre la vie. Et là, la perte d'un grand homme le ramenait à une réalité. Il avait eu l'habitude des évènements ou moments extraordinaires venant des deux Holmes. Et pourtant la mort ne pouvait guère les épargner.
"- John ?"
L'ancien soldat sursauta. Il remarqua alors qu'il s'était assis dans son fauteuil en face de son ami.
"- Hein ?... Oui ?
- Tu vas bien ? L'interrogea Sherlock à sa grande surprise.
- Oui, c'est seulement que..seulement...Oh, et puis laisse tomber."
Les sourcils du détective froncèrent, incertains. John se leva et se mordit les lèvres. Pourquoi montrait-il autant de tristesses ? Alors que ce n'est pas un membre de sa famille qui avait perdu la vie ?
"- John, me mentir ne servira à rien, lança-t-il comme il avait lancé autrefois "Je ne suis pas un héros".
- Quoi ? Soupira le médecin.
- Il y a quelque chose qui ne va pas, que tu n'oses pas ...me confier..."
John resta silencieux. Pourquoi Sherlock ne voyait-il rien ? Pourquoi il ne comprenait pas ? Comment a-t-il pu chasser de sa tête le corps sans vie de son frère. Curieusement, les yeux de son talentueux ami se dirigèrent vers le sol.
"- C'est à propos de mon frère, n'est ce pas ? Murmura-t-il.
- Ecoute, Sherlock, je ne sais pas si...
- Je ne veux pas que tu éprouves un quelque sentiment de compassion pour moi ou de tristesse vis à vis de cette mort, lâcha Sherlock froidement, il est mort, point barre, on ne peut pas le ramener à la vie et même si on le pouvait...je ne le ferais pas.
- Commment peux tu dire une chose pareille, s'écria John horrifié par ses paroles.
- J'ai beaucoup réfléchi tout à l'heure après que j'eus quitté l'entrepôt...me mortifier sur sa mort ne me servira à rien...ça ne fera que ralentir mon travail, et quand aux autres, vous, les gens ordinaires, je me fiche de ce que vous ressentez pour moi. Il est mort. Un point c'est tout."
Cette fois-ci, John ne laissa pas passer sa colère.
"- Quoi ? Mais c'est quand même ton frère !
- Et alors ? Que se soit Mme Hudson, Lestrade ou toi ? ça changerait quelques choses ?
- et ses dernières paroles, tu te fiches alors ?
- Il a dit ce qu'il avait à dire, répondit Sherlock un ton plus bas.
- Tu sais quoi Sherlock, tu es...l'une des personnes...les plus égoïstes...je crois même que tu es aussi pire que tous les assassins...je me demande même si tu éprouvais à un quelconque sentiment quand ton frère était sur le point de mourir..."
John vit les yeux du détectice s'agrandirent. Il ouvrit la bouche mais aucun son ne traversa ses lèvres qui tremblaient. Cependant, l'ancien soldat ne le vit pas et s'en alla brusquement.
La porte d'une chambre claqua.
Ce n'était que le commencement.
