Quand Lestrade entra dans la dite-salle d'attente, on pouvait voir que le consultant avait prit quartier : Il avait baissé les stores, tiré la prise du distributeur de boissons et avait fini par s'affaler dans le seul canapé. Ses deux mains soutenaient sa tête qui était tournée vers la petite table basse en face du sofa. L'écharpe était mise de travers et le policier fut surpris de le voir dans une position aussi familière dans un lieu si souvent fréquenté à l'origine.
Quand Sherlock aperçut Lestrade, il ne bougea pas et n'adressa pas un regard, ni une phrase. Ses yeux regardaient droit devant, sans rien voir.
"- Sherlock... inspira le policier, je suis désolé."
Pas un mot.
"- Ecoutez, je crois que Sally a été...
- La ferme. Coupa le détective pour la première fois, ça m'est égale; Elle peut dire ce qu'elle veut...
- Mais... Pourquoi tu es..
- Je suis parti parce que je ne voulais pas en entendre d'avantage et que je pensais que de toutes façons c'était de ton boulot..."
Greg baissa la tête ne sachant que penser. Il chercha un autre sujet de conversations pouvant détendre l'atmosphère. Il ne put s'empêcher de demander la raison pour laquelle Sherlock avait fermé les stores et le distributeur.
"- ça m'empêche de réfléchir, se justifia-t-il, arrête l'affaire, tu perds ton temps."
Le lieutenant sursauta.
"- Quoi ?
- L'affaire sur les deux hommes, arrête là.
- Pourquoi ?
- J'ai pu identifier les deux hommes, répondit Sherlock en s'asseyant, ils sont recherchés par les services secrets, ils avaient été autrefois embauché par Moriarty mais ils ont pu fuir à temps. Ils étaient ensuite revenu pour venger leurs patrons. Les services secrets et la CIA les ont suivis.
- Je n'ai reçu aucun message de leur part me disant que je devais laisser l'affaire.
- Si vous avez normalement reçu un mail de la part des services secrets concernant la garde du secret de la dernière affaire de mon frère, vous devriez avoir un deuxième mail sur la demande d'arrêt de cette affaire.
- Comment le savez vous ?
- Mycroft n'est pas le seul à avoir eu quelques relations avec les services secrets, répondit Sherlock en se levant.
Cependant, il vacilla légèrement et retomba sur le canapé.
"- Sherlock ! S'exclama Lestrade horrifié de l'état de son ami.
- C'est bon, j'ai juste trébuché, grogna-t-il en se relevant une seconde fois.
Il se remit sur ses jambes. Pourtant, sa marche était lente et hésitante. Lestrade jugea bon de rester près du détective. Ils sortirent ensemble de la salle devenue sombre et se retrouvèrent dans le couloir lumineux où certains agents parcouraient tels des automobiles pressés d'arriver à destination.
Contre toutes attentes, Sherlock tomba brusquement. Ses jambes se dérobèrent sous lui. Sa vision lui semblaient devenir floue. De justesse, l'inspecteur le rattrapa avant que la tête bouclée ne cogne brutalement le sol. Il soutint le haut de corps de son ami qui avait presque perdu conscience.
"- Sherlock ! Qu'est ce qui vous arrive ? S'inquiéta-t-il.
Il toucha son front et sentit que la température était beaucoup plus hausse que la normale. Ces collègues qui avaient aussi aperçu le malaise du consultant s'étaient empressés de lui venir en aide. L'agitation qu'ils avaient formés en quelques secondes avait fait reprendre connaissance Sherlock qui tenta de se relever. Mais il n'eut pas la force de se remettre sur ses jambes. Sa tête, qui le tournait atrocement, lui paraissait si lourde qu'il n'arrivait plus à la bouger sans éprouver une douleur.
"- Sherlock, tout va bien...on va appeler une ambulance...
- Non, je ne veux...pas...souffla-t-il en saisissant la chemise de Lestrade, je ne...veux...pas...
- Sherlock...tu n'es pas en état de..;
- Je ne veux pas ! Cria-t-il.
Greg crut à un délire maladif. Pourtant, il ordonna,malgré lui, à ces collègues de n'appeler aucune ambulance. Anderson, le légiste policier, intervint alors.
"- On ne peut pas le laisser là ! Protesta-t-il.
- Très bien alors dites-moi, ce que je dois faire, s'énerva Lestrade, dites le moi !
- On doit l'emmener ailleurs ! Il ne va pas rester là, au sol !"
Le médecin avait raison, le lieutenant, avec l'aide d'un autre agent, essayèrent de porter le détective. Cependant, Sherlock se débattit en leur criant que personne ne devait le toucher.
Avec un grand effort, il réussit à se lever malgré les douleurs qui le torturent, depuis ce matin. Il bouscula l'un des agents, cherchant soutien avec le mur, s'accrochant désespérément à rester debout. Greg avait pitié de lui et lui proposa de l'aide qu'il refusa.
Les policiers qui l'entouraient, formèrent un chemin alors qu'il tentait de passer. Sa marche était beaucoup plus lente que tout à l'heure et il devait se tenir avec le mur. Plus il avançait, plus il voyait de plus en plus flou. Il avait chaud. Il avait l'impression que le chauffage avait augmenté en quelques minutes. Il avait l'impression que les murs se resserraient. Il avait l'impression d'étouffer dans une bulle. Il devait partir. Il voulait tellement sortir de cette endroit. Il voulait retourner à Baker Street. Il avança encore et encore sans savoir vraiment où ses jambes et son sens de l'orientation l'emmenaient. Il avança sans vraiment voir où il allait. Vacillant. Hésitant. Trébuchant. Haletant.
Il entendit derrière lui, Lestrade et Anderson qui tentaient de le persuader d'appeler une ambulance. Leurs voix lui semblaient si lointaines, si sourds. Puis, une autre voix. Une voix qui venait de devant lui. John ?
Malgré le manque de visibilité de ses yeux, il reconnut la petite silhouette de son ami qui venait à lui.
"- Sherlock ! Tu es complètement fou ! S'écria le docteur John Watson en attrapant ses épaules.
"- John...Je veux rentrer...Je veux rentrer à...Baker Street...murmura-t-il avant que le noir ne s'abatte sur ses yeux.
Le corps du détective consultant se laissa tomber inconscient dans les bras de son meilleur ami.
"-Mycroft ! Cria le petit garçon aux cheveux bouclés.
Il courut vers son frère qui lisait tranquillement sous un arbre. L'été commençait à peine que les deux Holmes profitaient de ce week end familiale pour prendre du repos.
Agé de 7 ans seulement, le jeune garçon qui courait vers son frère ainé sautillait malgré le soleil qui tapait dans leur immense jardin.
"- Myck ! Insista-t-il en se posant devant une grand garçon plutot bien batti.
"- Qu'est ce qu'il y a, petit frère ? Demanda-t-il en levant le nez de son livre.
- Pourquoi ne joues tu pas avec moi ?
- J'aime lire, Locky, alors je ne peux pas jouer avec toi...je n'aime pas tes jeux...
- Pff, ennuyeux...tu lis...Baudelaire ? Qui est ce ?
- Un célèbre auteur français.
- En français ?
- Oui...
- Tu peux m'apprendre ?"
Le petit garçon s'assit à coté de son aîné.
"- Es tu sur que tu veuilles commencer maintenant ? Voulut savoir Mycroft, sceptique.
- Oui, je le veux. Vas-y...! S'impatienta le jeune Locky.
- Bon..."
Le jeune adolescent commença sa leçon jusqu'à qu'enfin leur mère les appelle pour venir dîner.
"- Myck ! Tu recommenceras demain ?
- Mmm ?Si tu veux...Sourit l'ainé en prenant la main de son frère pour se diriger vers la demeure des Holmes.
Le soir, dans la chambre du jeune Locky, Mycroft aida à son jeune frère à se coucher.
"- Tu crois que un jour, je pourrai être pirate ? Questionna Locky.
- POurquoi ? Demanda surpris l'aîné.
- Je veux devenir Pirate ! S'exclama-t-il en se mettant debout sur son lit, j'attaquerai les marchandises et je brandirai mon drapeau avec un crâne pour montrer mon territoire !"
Il fit des gestes comme s'il tenait une épée en combattant un homme imaginaire. Mycroft ne put s'empêcher de rire, ce qui arrêta l'élan du plus jeune.
"- Quoi ? C'est pas bon ?
- Non, ria l'ainé, c'est que je suis sur que tu feras un bon pirate..." Il embrassa le front de son frère. Celui-ci se recoucha puis demanda :
"- Et toi, qu'est ce que tu feras plus tard, Myck ?"
Mycroft hésita à répondre.
"- Eh , bien, je ne sais pas si tu connais ce genre de métier, Locky...
- Dis toujours, je veux savoir !
- Eh, bien, j'espère bien devenir un espion en quelques sortes...entrez dans des services secrets...mais tu me promets de ne pas le dire à Maman ? D'ac ?
- POurquoi tu ne veux pas le dire à Maman ?
- Elle espère que j'entre dans le parlement...Chuchota Mycroft, bon c'est l'heure de se coucher. Allez bonne nuit, Locky.
- Bonne nuit, Myck."
L'ainé éteignit la lumière et sortit de la chambre de son frère.
...
"-Myck..."
Dans le noir de la chambre du jeune adolescent de 14 ans, ce dernier aperçut à travers ses yeux à demi fermé la silhouette de son petit frère, debout en face de lui.
"- Locky ? Mais qu'est ce que tu as ?" Mycroft se frotta les yeux.
- Je ne peux pas dormir...Souffla le petit homme aux cheveux bouclés.
- Tu veux dormir dans mon lit, c'est ça ?"
Le petit Locky hocha timidement la tête. Mycroft soupira et sortit de son lit laissant la place à son cadet. Celui-ci prit place tandis que son ainé alla chercher son fauteuil et le placer en face du lit. Il n'avait pas le choix. Il aurait pu dormir avec son frère mais les deux n'auraient pas pu s'endormir car ils avaient la manie de s'agiter, se réveillant mutuellement. Après avoir vérifié que son petit frère était bien installé, Mycroft s'assit dans le fauteuil.
"- Merci, Myck, entendit-il doucement.
- De rien. Dors maintenant. Je veillerai sur toi, Sherlock."
Je veillerai sur toi...
Sherlock ouvrit les yeux et reconnut sa chambre de Baker Street. A travers les lueurs de la lampe, il aperçut son ami, John assit près de son lit, lisant un livre.
"- John, murmura-t-il.
Le médecin leva la tête et s'approcha de lui pour toucher son front.
"- C'est bon, Sherlock...Tu dois dormir, d'accord ?
- Mais...Commença le détective dont les paupières tentèrent de s'abaisser.
- Chut, souffla John, je veillerai sur toi, Sherlock."
Les muscles de Sherlock se détendirent et il ferma ses yeux complètement, se laissant envahir par le sommeil. _
