Chapitre IV
Camus et Aiolia marchaient depuis la veille. Le pauvre garçon était exténué du long voyage et n'attendait qu'une seule chose : arriver au Sanctuaire.
Le Chevalier le regarda. Il souria, devinant le souhait du jeune homme à côté de lui. Il est vrai qu'Aiolia méritait un peu de repos heureusement que le Sanctuaire n'était plus très loin.
Aiolia marchait la tête basse, fatigué. Il scrutait la terre boueuse dans laquelle il essayait de ne pas tomber. Soudain, le jeune homme aperçut un pavé, puis un autre. Les pierres blanches formaient un chemin Aiolia leva la tête pour voir où il menait.
Ce n'était pourtant « que » l'entrée du Sanctuaire !
Les pavés entouraient une allée de graviers blancs, qui ressemblaient à du sable. L'allée était bordée de magnifiques bosquets de roses rouges écarlates.
Le chemin menait à une place aussi blanche que l'allée. Au centre de la place, une fontaine laissait voir des jets d'eaux clairs, cristallines et transparentes. La place semblait être celle d'un petit village, mais celui-ci était très différent de Rodorio.
C'était un village grec traditionnel. Les maisons étaient faites de grès de couleur claire, des oliviers et des bosquets de roses parsemaient les places et les coins de rues, des petits caniveaux apportaient l'eau de la fontaine à travers le village.
Cet air traditionnel ne faisait pas tout. Aiolia put remarquer des éléments modernes, s'accordant très bien avec le décor tels que les quelques lampadaires de style londonien, les portails en fer blancs et les magnifiques « skylines » de certaines maisons.
En effet, quelques maisons se détachaient par leur style résolument moderne. L'ensemble des habitations était dans les tons blancs, acier et bois. Les feuillages ajoutaient une teinte de vert et les toges des habitants ajoutaient des teintes rouge bordeaux et bleu ciel à cette palette de couleurs que formait le petit village.
« J'ai remarqué chez toi une certaine tendance à baver » fit remarquer Camus, le sourire aux lèvres.
Aiolia rigola à la remarque. C'était vrai qu'il bavait souvent, mais seulement devant les belles choses ! Il accepta le morceau de soie que lui tendait le Chevalier du Verseau et reprit sa contemplation du magnifique paysage qui s'offrait à lui.
La petite agglomération était située aux pieds d'une colline, une sorte de montagne à vaches. Plusieurs grands bâtiments se distinguaient facilement au loin. Dix-sept, pour être plus précis.
Trois de ces bâtiments étaient des arènes, elles se trouvaient au centre du village. On pouvait entendre quelques cris en sortir, des combats y avaient lieu tous les jours. Tout comme les autres grands bâtiments, elles étaient d'un style gréco-romain antique et le lierre grimpait aisément jusqu'à leur sommet donnant une touche de verdure aux parois blanches.
Les quatorze autres bâtiments serpentaient sur les pentes de la colline. Treize d'entre eux étaient des palais, des temples alors que le dernier, au sommet de la montagne, semblait être une gigantesque statue représentant une femme avec un bouclier et une chouette sur l'épaule.
Aiolia reconnut les douze maisons du Zodiaque, qui, comme l'avait précisé Camus, étaient habitée par les douze Chevaliers d'Or. Le treizième temple, entre la maison des Poissons et la statues d'Athéna au sommet, était habité par le Grand Pope le représentant de la déesse et commandant des armées. Il était aussi utilisé en tant que bibliothèque, réfectoire et de lieu de rassemblement.
Les quatorze temples semblaient, comme les arènes, être de style gréco-romain. Ils ressemblaient à l'Acropole d'Athènes.
Mais comme les maisons du petit village, ils avaient un penchant moderne, se caractérisant par de longues baies vitrées, permettant sûrement de voir de magnifique panorama et de faire entrer une quantité importante de lumière. Ils étaient faits de blocs de grès, de bois sombres, de vitres titanesques, de fers blancs et de verdures.
Certains temples, appelés « maisons », avaient des particularités. Par exemples la maison des Poissons, qui était entourée d'un magnifique champ de roses écarlates, donnant un reflet rouge à la colline verte. De la maison du Verseau se dégageait une atmosphère glaciale alors que de celle du Lion, une chaleur douce et agréable s'évadait.
« C'est… c'est magnifique ! fit Aiolia, subjugué,
_Ravi que le Sanctuaire te plaise, et c'est une bonne chose puisque tu vas y vivre pendant quelques années !
_Comment va-t-on s'organiser ? demanda le jeune homme,
_Tout d'abord, je vais te présenter le chef et les compagnons, puis enfin ton professeur » expliqua Camus.
Le futur Chevalier suivit son guide jusqu'au treizième temple, où se tenait une cérémonie d'accueil en son honneur.
Le Grand Pope les accueillit poliment et prit le jeune homme sous son aile. Aiolia se sentit légèrement écrasé par la force du commandant.
Celui-ci avait à peu près la même carrure que Camus, quoique plus grand. Son regard était rempli de gaieté et de bienveillance. Cet homme possédait de très longs cheveux de dos on aurait pu le confondre avec une femme, mais on voyait qu'il avait des traits virils. Il s'appelait Shion.
« Je te souhaite la bienvenue mon garçon, avez-vous fait bon voyage ? » demanda-t-il en s'adressant au Chevalier du Verseau,
« Oui, le voyage a été calme, répondit Camus
_Bien, les autres vous attendent. Vous devez être fatigués, je ne vous demanderais pas grand-chose. Je voudrais juste que notre futur Lion rencontre de ses compagnons. »
Aiolia regarda Shion, interloqué. Le Grand Pope venait de l'appeler « futur Lion », pourquoi ? Il n'eut pas le temps de lui demander car le représentant de la déesse et le Chevalier du Verseau le dirigèrent vers une grandes salle, au milieu du treizième temple.
Plusieurs personnes les attendaient. Le jeune homme put remarquer facilement leurs statuts : trois d'entre eux étaient des apprentis, les six autres étaient des Chevaliers d'Or.
Ils le regardaient tous. Leurs regards étaient doux mais pourtant, certains avaient des lueurs de jalousie. Aiolia se sentait oppressé mais il ne découragerait pas pour autant ! Lui aussi allait devenir Chevalier !
Tous dévièrent leurs regards lorsque Shion leur adressa la parole :
« Mes chers compagnons, dit-il d'un ton fort, je suis heureux de vous annoncer l'arrivée d'Aiolia, futur chevalier d'Or du Lion. Je vous demanderais de bien vouloir lui souhaiter la bienvenue et un bon séjour parmi nous ! »
Il demanda à Aiolia de venir auprès de lui, sur l'estrade. Le jeune homme s'exécuta, il s'avança vers le Grand Pope, la tête haute, le cœur gonflé de fierté et les jambes tremblantes. Shion passa son bras par-dessus son épaule et présenta notre héros à l'assemblée.
Vers la fin de l'après-midi, le jeune homme redescendit vers le petit village au pied de la montagne, où il avait rendez-vous afin de rencontrer son professeur, Regulus.
La rencontre avec les Chevaliers d'Or lui avait fait chaud au cœur. Il ne put s'empêcher de repenser à Marie et à sa promesse. Le jeune homme aurait tant voulu revoir sa compagne, pour lui annoncer son entrée au Sanctuaire !
Sur les escaliers entre le dixième et le neuvième temple, Aiolia crut halluciner ! Son frère ! Mais que faisait Aioros ici ? Il courut après cet homme et le rattrapit. L'homme qu'il avait devant lui ressemblait tant à son grand frère :
La même carrure forte et haute, les mêmes cheveux bruns foncés courts et ce bandeau rouge sur son front. Ses yeux marron brillaient de la même intensité et cette lueur de combativité.
« Je crois qu'il y a erreur sur la personne » dit l'inconnu alors qu'Aiolia l'eut appelé par le nom d'Aioros.
« Mon nom est Sisyphe, ancien Chevalier d'Or du Sagittaire. Tu es sûrement Aiolia, le prochain Lion » fit l'homme avec un sourire charmeur.
Aialia eut un petit pincement au cœur en pensant à son frère mais cette légère douleur partit rapidement alors qu'il discutait avec l'Ancien Sagittaire.
Sisyphe ressemblait effectivement fort à Aioros, notre héros eut l'agréable sensation que son frère se reflétait à travers l'homme devant lui.
Il discuta avec Sisyphe jusqu'aux arènes. Ils parlaient de tout et de rien, passant par le dîner du soir aux petites amies et conquêtes de leur passé.
Sisyphe présentait quand même une grosse différence avec son frère : lui riait, à gorge déployée alors qu'Aioros était plutôt réservé et froid.
Aiolia ne fit pas la même erreur qu'avec Marie : avant que l'Ancien Sagittaire ne parte, il lui demanda son numéro de téléphone. Ils se reverraient le lendemain soir au neuvième temple pour reprendre leur conversation.
Maintenant qu'il était seul, le jeune homme pouvait se diriger vers sons but initial, à savoir : rencontrer Regulus.
Le pauvre garçon eut bien du mal à trouver son professeur : les trois arènes étaient surchargées et immenses.
Mais lorsqu'il l'eut enfin trouvé, Aiolia tomba de haut ! ! Le même, tout simplement le même ! Un miroir parfait ! Déjà qu'il se tromper en appelant Sisyphe 'Aioros', alors maintenant, il allait se tromper sur son propre prénom !
Regulus voyait bien que son élève avait bien de la peine à se remettre de sa découverte. Eh bien ! On lui avait donné un de ces cas ! Au lieu de l'aider, il se moqua de la faiblesse de son protégé et ricana.
On pouvait l'entendre d'assez loin d'ailleurs, pour preuve : Sisyphe s'était retourné avec un sourire amusé vers les arènes. Est-ce que son frère aurait pu aider son élève ? J'en avais un doute...
De leurs côtés, Aiolia et Regulus étaient pilés de rire. Leur ressemblance avait installé une confiance puis une amitié entre nos deux compères.
Regulus n'était en fait qu'un grand enfant et n'avait trouvé mieux, pour le tout premier entraînement d'Aiolia au sein du Sanctuaire, un duel dans lequel des bâtons faisaient office d'épées.
Son professeur avait beau être âgé, il n'en n'était pas moins agile ! Aiolia avait du mal à toucher Regulus, qui lui, ne se privait pas de le mettre au tapis. Tous les deux riaient de bon cœur et s'amusaient comme des enfants.
Alors que l'élève, allongé sur le sable d'une arène vide, semblait en mauvaise posture devant un Regulus fier et triomphant, quelqu'un dut arrêter leur combat.
Ce quelqu'un n'était qu'autre que le Grand Pope, Shion. Les deux enfants devant lui étaient rouges écarlates tant ils avaient ri. Il les dévisagea avec un sourire au coin des lèvres : il n'aurait jamais pu croire Regulus capable d'une telle chose ! Les regards qu'ils lui adressèrent étaient tellement semblables, à la fois paniqués, énervés, fatigués et honteux que le Grand Pope partit dans une crise de fou rire.
« Eh bien Regulus, le nouveau ne te déplait pas à ce que je vois !, ricana Shion
_Oui en effet, c'est un garçon charmant, fougueux et vif » dit Regulus en regardant Aiolia.
Il aida son élève à se relever. Ce dernier, sans aucune discrétion, bailla, laissant apparaître une dentition blanche épurée, digne d'un fauve.
« Et en plus doté d'un magnifique sourire ! », ajouta Shion, fier d'avoir trouvé une perle telle qu'Aiolia.
Le jeune homme ferma directement sa bouche, honteux. Il avait sommeil et l'avait laissé comprendre. La nuit était tombée depuis déjà un bon moment, en même temps que l'arène s'était vidée peu à peu de ses combattants, mais ni l'élève ni le professeur ne l'avait remarqué. Ils étaient trop occupés de jouer…
Tous les trois quittèrent l'arène pour monter vers le dernier temple, où résidaient les Anciens Chevaliers, dont Regulus et Sisyphe et le Grand Pope. Regulus et Shion laissèrent Aiolia au cinquième palais, celui du Lion.
Trop fatigué pour voir la beauté spectaculaire de la maison, le jeune Lion avança à travers sa nouvelle demeure, à la recherche de sa chambre.
Un peu plus tard, car il faut bien se rendre compte que le temple était clairement gigantesque, tel un labyrinthe moderne lorsqu'il eut trouvé sa chambre, il s'écroula sur son lit.
Il s'endormit relativement vite, car le lendemain on lui avait prévu une journée bien chargée…
