Chapitre 3 – L'homme des bois
Vers le milieu de matinée, le réveil n'était pas glorieux pour Adrianne. Elle n'avait cessé de se réveiller toute la nuit pour s'assurer de ne pas refaire des cauchemars. Résultat, une mine affreuse et des grosse cernes de fatigue. C'est sans joie qu'elle se levait de son lit et se préparait avant de descendre prendre son petit déjeuner en compagnie de Lucienne. Elle avait soudainement des yeux légèrement ronds quand elle voyait Adrianne s'asseoir à table.
- Bonjour...
- Bonjour, mais... qu'est-ce que tu as ? Tu es malade ? S'inquiétait-elle
- Non, je ne suis pas malade. J'suis juste... fatiguée.
- À cause de ton cauchemar de cette nuit ? Pas la peine de me le cacher, je t'ai entendu crier.
- Oh non... désolée de vous avoir réveillé. Et que vous ayez entendu...
- Ma puce. Une mariée qui fait des cauchemars ce n'est pas bon du tout. Tu auras une mine affreuse quand le jour viendra.
- Humph...
- Et je sais ce qui marche quand on ne va pas bien. Un bon petit plat de grand-mère.
- Vous donnez pas tant de mal pour...
- Ta-ta ta ta ta ! Inutile de discuter. Un bon repas et tu verras que j'ai raison. Souriait-elle
- D'accord... cédait la jeune fille avec un demi-sourire
- Bien. Alors déjeune copieusement, et après, tu iras m'acheter des légumes frais et de la viande fraîche pour mon ragoût, le temps que j'épluche mes patates.
- D'accord...refaisait-elle
Faire les courses. Aller au marché. Chaque fois qu'elle devait y aller, elle avait cette fichue boule au ventre. Elle déjeunait donc tranquillement, prenant le plus de temps possible pour se donner du courage, puis sortit à contre cœur.
Arrivant sur la place du marché, elle décidait d'aller en premier chercher la viande et de terminait ses courses avec l'aimable vendeur de légumes. Prenant une inspiration, elle se donnait une bonne dose de courage pour y aller, même si par malheur, Ingrid et Kogne étaient déjà là à piailler. Autant les ignoraient et ne pas leur répondre. C'était son but premier. Mais pas elles apparemment.
- Oh ? Bonjour Adrianne !
- Ça va ?
Elle passait devant elle, sans les regarder, ni leur répondre. Elle attendait donc au comptoir que Krane arrive, puisqu'il n'était pas là, surement occupé dans l'arrière-boutique.
- Krane ? L'appelait-elle
- J'ARRIVE DANS DEUX MINUTES! S'exclamait ce dernier
- Hé ? Tu es devenue sourde ? On t'a dit bonjour !
- Insiste pas Ingrid. Regarde sa tête ! Elle n'a pas dû passer une bonne nuit !
- Pauvre Harold. Le jour de leur lune de miel, il n'arrivera pas à dormir à coté d'une épouse qui dort mal à cause des remords.
- Il voudra en trouver une autre ! Hinhin !
- Et surtout qu'ils ne pourront pas faire d'enfant puisqu'elle sera trop fatiguée pour la bagatelle !
- KRANE ! TU VIENS OUI ?! S'exclamait Adrianne avec colère et impatience
- OUAIS J'ARRIVE ! JUSTE LE TEMPS DE FINIR CE QUE JE COMMENCE ! OK ?!
Elle tapotait nerveusement des doigts le comptoir, furieuse et impatiente, luttant pour garder son sang-froid
- Ohooooh ! Voila qu'elle hurle maintenant ?
- Tu crois qu'ont l'à énerver ?
- Je ne sais pas. Mais c'est marrant à voir. Hihihi
- ATTENTION ! ÉCARTEZ-VOUS ! prévenait calmement Krane aux gens qui se trouvaient dehors
Mais en même temps, Adrianne venait de se retourner pour donner une bonne gifle à Ingrid. Le son de la claque était puissant et elle avait la joue en feu. Se massant la joue, elle et la jumelle dévisageaient avec effarement la jeune fille, qui les dévisageait aussi avec fureur.
- Sale... peste... soufflait la brune avec écœurement
- ÉCARTEZ-VOUS ! hurlait de nouveau Krane en sortant de sa boutique, un seau dans les bras
Et encore une fois, en même temps qu'il venait de crier, Ingrid fronçait le regard et poussait Adrianne sur Krane, et celui-ci ne pouvait empêcher la catastrophe d'arriver.
Dans sa chute, la blonde venait de percuter le seau, que Krane lâchait avec un cri de surprise, et le contenu rougeoyant c'était totalement déversait sur elle.
Nombreux villageois présents plaquaient leur main face au spectacle horrifique. Adrianne était totalement recouverte de sang d'animaux ! Se remettant de cette douche froide macabre, elle regardait le résultat et en était horrifiée. C'était comme dans son cauchemar...
- BON SANG ! Mais... ADRIANNE ! SI JE GUEULE « ATTENTION ! RECULEZ-VOUS ! » C'EST PAS POUR RIEN ! S'exclamait le boucher avec colère
- ...
- Adrianne ? Ça... ça va ? S'inquiétait-il.
- ...
- Hé ? Je... je suis désolé je... j'avais prévenu pourtant ! Et puis... HE !
Elle ne lui avait pas répondu et c'était enfui vers la sortie du village sans se retourner. Tout le monde l'avait suivi du regard, horrifié et désolé de l'incident. Ingrid et Kogne étaient choqués d'avoir vu ça, et Krane s'excusait. Ils jouaient tous les trois divinement bien la comédie car tout le monde tombait dans le panneau. Personne ne se doutait alors que c'était un coup monté de leur part, Krane leur ayant à moitié parlé du plan la veille. Et depuis l'entrée de la taverne, Rustik avait aussi tout vu, et était à la fois écœuré et épaté de l'accomplissement du plan.
oO*Oo
Elle courait droit devant elle, comme une furie. Sachant que si elle franchissait le pont prêt de la forge, Harold et Gueulfor la verraient et s'inquiéterait illico et se lancerait à sa poursuite. Elle prenait donc une autre issue et courait vers la rivière.
« Désolé ». « Désolé ». Il était désolé. Elle n'y croyait pas une seule seconde ! Leurs blagues et leurs coups tordus n'étaient jamais des accidents. Tout était toujours provoqué. Elles les détestaient ! Tous ! Elle était certaine qu'ils jouaient la comédie devant tout le monde, et qu'une fois seule, ils jubileraient du mal qu'ils venaient encore une fois de causer.
Atteignant enfin la rivière, elle s'y jetait sans retenue pour vite faire disparaître tout ce sang qui avait séché, coagulé et collé sur sa peau, ses cheveux et ses vêtements. Progressivement a force de frotter, tout s'en aller. Mais sa robe et son chemisier avaient souffert. Ils étaient foutus.
Une fois propre, elle marchait droit devant elle. Hors de question de rentrer tout de suite au village. Elle voulait plus voir personne. Elle voulait être seule pour un bon moment. Et tant pis pour les courses de Lucienne. Elle lui donnerait une bonne explication en rentrant. Quoi que ce n'était pas nécessaire. Vu le nombre de spectateurs, elle sera mise au courant par du bouche-à-oreille. Et Harold aussi.
Adrianne marchait pendant quelques heures sans s'arrêter, errant parmi les sentiers granuleux, bordées d'arbres si immenses que ça donnait l'illusion d'être minuscule. Il n'y avait pas de bruit, hormis le chant des oiseaux et le son de ses pas sur les sentiers. Elle ne parlait et ne ronchonner même pas. Elle préférait demeurer silencieuse et espérer retrouver son calme en écoutant celui de la forêt. Puis ayant marre de marcher, elle s'asseyait un moment dans le creux d'un gros arbre. Elle restait ainsi et laisser son esprit tourmenté penser à tout et à rien. Elle était blessée, humiliée, inquiète, en colère, triste, frigorifiée, affamée et fatiguée. Fatiguée de tout. Si fatiguée, qu'elle se blottissait contre l'arbre et se laissait bercer par le sommeil, juste pour une petite demi-heure.
Mais par son manque de sommeil, elle c'était totalement endormie. Et quand elle ouvrait les yeux, pas mal d'heures s'étaient écoulés ! Voyant d'après la position du soleil qu'il était environ 5 heures de l'après-midi, elle se relevait et retourner vite au village. De plus, la faim et la soif se faisaient sentir. Il fallait donc faire vite. Au pire des cas, elle pourrait se nourrir de baies sauvages, mais ça retarderait son retour et causerait un problème si elle se perdait dans le noir.
Mais la nuit tombait à une vitesse hallucinante. Les arbres étaient tellement hauts et touffus que le chemin pour en sortir était difficile à trouver. Et sans clarté, elle commençait à se perdre, déviant malgré elle vers une autre partie de la forêt qu'elle ne reconnaissait pas, alors qu'elle était sure d'avoir marché droit devant elle tout à l'heure.
La panique montait progressivement en elle. Il n'y avait personne aux alentours, et les seuls bruits qu'elle entendait étaient ceux des animaux et de la vie nocturne. Elle ne savait plus où aller! Elle avait froid, car même que c'était le printemps, les nuits étaient encore fraîche. Elle avait également de plus en plus faim et n'arrivait plus à réfléchir.
- C'est pas vrai... c'est pas vrai ! Mais qu'est-ce qui m'a pris de m'endormir ?! Voila le résultat ! J'ai froid, je suis perdue, et j'ai faim... la maintenant je voudrais bien un bon ragoût bien chaud de Lucienne... rho la la... ils doivent tous s'inquiétaient ! Et Harold... oh misère ... il faut vite que je regagne le village avant de...
GROOOOOAW
- Oh oh...
Un frisson parcourait son échine dorsale, et des sueurs froides s'écoulaient sur son visage. Elle n'osait plus bouger, reconnaissant le genre de cri qu'elle venait d'entendre. Celui d'un ours. Elle en était certaine. Se retournant prudemment et avec discrétion, elle voyait en fait l'animal, qui était à peine plus loin d'elle. Espérant de tout cœur qu'il ne l'ai pas vu pour ne pas finir comme repas, elle reculait tout doucement, encore et encore. Mais l'ours tournait la tête vers elle et avançait d'un pas. Adrianne, sur le coup de la peur, reculait encore mais trébuchait sur une grosse racine, la faisaient tomber à terre. De plus, elle venait de se cogner la tête contre un gros caillou. Grimaçant, elle portait la main à son front et pouvait voir un liquide rouge et puant sur ses doigts. Elle saignait, mais légèrement. Mais ça n'allait pas arranger les choses avec cet ours.
La bête continuait de s'avancer vers elle en beuglant. Morte de trouille, elle levait ses bras vers son visage pour se protéger, et poussait un cri de terreur. Mais elle entendit un sifflement étrange, puis l'ours qui beuglait étrangement avant de s'effondrer sur le sol, et puis plus rien. Le souffle court, Adrianne se risquait à regarder la créature et était étonné, mais soulagée aussi de le voir à terre. Elle avait eu chaud.
Autre chose qui l'étonnait, c'était de voir une flèche plantée dans la gorge de l'animal. Elle se levait prudemment pour aller voir ça de plus prêt. Mais sous le coup de la peur, de la faim, de la fatigue et de sa blessure qui était plus profonde qu'elle ne le croyait, elle venait de s'évanouir.
C'est alors qu'un homme vêtu d'habits sombre et encapuchonné, se rapprochait de sa cible. Avec un sourire, il enlevait la flèche de la chair de l'ours et adressait un regard neutre à la jeune fille. Rangeant son arc et sa flèche, il la prenait dans ses bras, et l'emmenait dans une autre direction de la forêt.
oO*Oo
Adrianne se réveiller à peine une heure plus tard, moins frigorifié qu'avant. Ayant du mal à ouvrir les yeux, elle était étonnée de voir de la lumière. Plus précisément celle d'un feu de camp. Clignant des yeux afin de rétablir sa vue, elle se redressait sur la couchette d'herbe sur laquelle elle était posée, puis poussait un cri de surprise en voyant un homme assis par terre, face à elle, de l'autre côté du feu.
Ce dernier la regardait avec un léger sourire, même qu'il était occupé de manger quelque chose qui sentait divinement bon. Du lapin ? Ou du poulet ? Difficile à savoir. Elle observait attentivement cet homme avec méfiance. Elle ne le connaissait pas. Il ne faisait pas partie du village. C'était tout bonnement un étranger.
- You're okay ? demandait-il
Malgré son étourdissement, elle constatait qu'il ne parlait pas sa langue. Mais elle ne savait pas quelle langue il parlait. Son coup à la tête l'empêchait surement de réfléchir ou de deviner aisément l'origine de cet homme.
- Euh... pardon ?
- Oops. Sorry. Ça va ?
- Euh... oui je crois mais...
Déjà, ça la rassurait de savoir qu'il la comprenait. Il pourrait donc lui rafraîchir la mémoire et lui fournir quelques explications
- Qu'est-ce qui s'est passé au fait?
- J'ai éliminé l'ours et je t'ai ramené ici pour que tu reprennes des forces.
- Donc... vous m'avez sauvé la vie ? comprenait-elle
- Présenter comme ça, oui.
- Mais... pourquoi ? Vous... vous n'êtes pas du village ! Rien en vous obliger à me venir en aide !
- Tu aurais préféré que je te laisse te faire dévorer ? Ou que je te laisse sur place, au risque que tu te fasses dévorer par d'autres créatures attirées par l'odeur de ton sang? Ou qu'à ton réveil, tu sois ...
- Ça va, ça va... je... je suis désolée, je ne sais plus ce que je dis... c'est, l'émotion sans doute. Je devrais plutôt vous remercier et... pardon. Enfin... merci. Aussi. Bafouillait-elle complètement gênée
- Ce n'est rien. Y'a pas de mal. C'est une réaction normale de quelqu'un qui est perdue et affamée dans les bois.
- Si vous le dites.
Elle portait la main à sa blessure et constatait qu'il l'avait soignée et qu'elle portait un léger bandage. Mais ça faisait quand même encore mal. Autant restait tranquille. D'instinct, ses yeux se posaient sur la nourriture qu'il mangeait. Son ventre grondait fortement, trahissant son envie de manger. L'inconnu affichait un sourire en coin, puis lui lançait gentiment un morceau de viande qu'elle rattrapait en plein vol.
- Tiens. Mange. Ça te fera du bien.
- Euh... merci.
Elle reconnaissait tout de suite ce que c'était. Du poulet. Ne se faisant pas prier, elle le dévorer à toute vitesse. Amusé, il lui balançait un morceau de pain, qu'elle attrapait et engloutissait également. Il faisait de même pour une gourde d'eau.
- Pfou... merci. Remerciait-elle rassasié.
- Je t'en prie. Tu devais être perdue depuis un bon moment pour avoir faim et soif comme ça, non ?
- On peut dire ça.
- Et comment ça se fait ?
- C'est... long, chiant et compliqué à raconter. Et j'en ai pas forcément envie.
- As you wish.
- Hein?
- Désolé. J'ai dit : comme tu veux. Souriait-il
Elle le regardait plus attentivement. Il n'avait pas l'air dangereux malgré sa tenue sombre. Par-dessus une chemise marron foncé, il avait une sorte de plastron noir, assorti à son pantalon et à ses bottes. Il portait en plus une veste à capuche noire, qu'il n'avait pas mi. Ce qui permettait à la jeune fille de bien voir son visage. Cheveux courts en bataille, de couleur châtain, des yeux bleus, une légère barbe et moustache mal rasée, mais qui lui donnait un certain charme. Et encore plus grâce à la lueur orangée du feu. Elle ne ressentait rien de dangereux en lui. Il l'intriguait en fait.
- Vous êtes étranger ?
- Anglais, pour être précis.
- An... Anglais ? Vraiment ? Mais... qu'est ce que vous faites loin de votre pays ? S'étonnait-elle avec curiosité
- Hum... C'est... long, chiant et compliqué à raconter. Répondait-il accompagner d'un clin d'œil
Adrianne venait de comprendre le message. Ou son jeu. Avec un sourire amusé, elle répondait alors à sa précédente question.
- Je vois. Disons que... j'ai vécu quelque chose d'humiliant aujourd'hui. Ce qui m'a poussé à m'isoler dans la forêt, et tellement que j'étais fatigué d'avoir pleuré, je me suis endormie alors que je voulais simplement m'assoupir quelques minutes. Et comme à mon réveil, il était tard, je me suis hâtait de rentrer avant la nuit, mais j'ai fini par me perdre. La suite, vous la connaissait. Voilà.
- Okay. Depuis de nombreuses années, j'ai dû quitter mon pays pour suivre des gens que je viens de perdre. J'ai appris sans problème la langue d'ici, mais depuis leur disparition, je parcours le pays en m'aventurant dans les bois environnant. Je ne suis pas à l'aise dans la civilisation. Je préfère... vivre à l'état sauvage. Voilà.
- Et vous êtes... tout seul ?
- Ce soir non, puisque tu es là. Rétorqua-t-il avec amusement
- Hin. En effet.
- Et comment tu t'appelles ma jolie?
- Euh... selon la politesse, ce n'est pas les hommes qui doivent se présenter en premier ? Hum ? rétorqua-t-elle tout aussi amusée
- Humph. Pas faux. Je m'appelle Killian.
- Enchantée Killian. Je m'appelle Adrianne.
- Nice to meet you, miss.
- Quoi ?
- Ah. Pardonne-moi, je ne peux m'empêcher de prononcer quelques mots dans ma langue natale. Par nostalgie sans doute. Je ne le ferai plus.
- Non, ça me gène pas du tout! C'est juste que... je ne comprends pas. Souriait-elle
- D'accord. Merci. Nice to meet you, Miss, ça veut dire : ravi de vous rencontrer, mademoiselle.
- Okay. Répondait-elle avec le sourire, sure du sens du mot qu'elle venait de prononcé.
Il semblait ravi d'entendre quelqu'un parler sa langue. Même si c'était que pour un mot. Ils continuaient de manger et de boire dans le silence, qu'Adrianne brisait très vite en interrogeant son sauveur au sujet de l'arc posé à côté de lui.
- Vous maniez l'arc ?
- Oui. Je n'aime pas les armes à feu. Trop bruyant pour chasser le gibier. L'archerie, c'est plus... comment vous dites ici... ?
- Discret ? Furtif ? Sournois ? devinait-elle
- Exactement.
Nouvel échange de sourire, puis c'était au tour de Killian de l'interroger.
- Dis-moi... l'humiliation que tu as vécue, c'est à cause de tout ce sang sur ta robe ?
- Euh... oui.
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Disons que... c'est une farce de très mauvais gout, parce qu'on me déteste.
- Et pourquoi on te déteste ?
- Je...
Elle détournait son regard du sien. Elle n'avait pas la force de lui expliquer la véritable raison. Killian le comprenait et la rassurait en se levant pour éteindre le feu et ranger ses affaires.
- Désolé. Je ne veux pas te forcer à me le dire, puisque ça à l'air de te faire du mal. Et puis tu n'as aucune raison de m'en parler, on se connaît à peine.
- Merci, mais...
- Aller, t'en fais pas. Tu peux te lever ?
- Euh... ou je crois mais... où on va ?
- Je vais te ramener au village.
- Mais vous ne savez pas où c'est !
- Doutes-tu de mes talents pour trouver une destination en pleine nuit dans les bois ?
- Non, mais... désolée.
- Ce n'est rien. Come.
Il lui tendait gentiment la main, qu'elle regardait alternativement avec son regard bleu et son sourire sincère. N'importe qui se méfierait d'un étranger vivant comme un sauvage et maniant l'arc comme un meurtrier, mais pas elle. Elle lui faisait confiance, ce qui l'étonnait. Était-elle stupide ? Ou naïve ? Lui rendant son sourire, elle lui montrait sa confiance, puis ajoutait ceci.
- Ça, je suis sure que ça veut dire « viens »
- Gagné. Souriait-il
Elle prenait sans crainte sa main, puis tous deux se dirigeaient vers le village. Ne se trouvant plus prêt du feu si réconfortant, Adrianne avait de nouveau froid et se frottait les bras. Killian avait eu la politesse de lui donner sa veste à capuche et de la mettre sur ces épaules.
- Tiens.
- Merci, mais... et vous ?
- J'ai l'habitude d'être dehors. Et de ce fait, j'ai l'habitude du froid de la nuit.
- D'accord. Vous êtes gentil. Merci.
- Vous, vous, vous... hé ! Je suis si vieux que ça ? Riait-il
- Euh... c'est une façon d'être polie.
- Mais quand même ! Tu me donnes quel âge ?
- Je ne sais pas euh... 20... 23 ans ?
- Presque. 25.
- Ah.
Grace à l'aide de Killian, ils ne mettaient pas longtemps pour arriver. Une fois le village en vue, il s'adressait à elle.
- Voilà. T'est arrivé.
- Ouais. Je vois ça. constatait-elle sans plus de joie que ça.
Killian reprenait sa veste et la remettait sur lui, alors qu'elle le regardait faire.
- À présent, rentre vite au chaud et rassure ton fiancé.
- Quoi ? Mais... comment vous savez que je suis...
- Ce n'est pas bien difficile à deviner, vu la bague à ton doigt.
- Oh. Euh...
- Aller, va.
- Mais...
Il retournait en direction de la forêt, la laissant sur place.
- Attendez ! Je...
- ADRIANNE ! Appelait-un des villageois
Reportant son regard vers le village, elle pouvait clairement entendre plusieurs d'entre eux prononcer son nom, avec des torches a la main histoire d'y voir clair. Mais en se retournant vers Killian pour lui dire au revoir ainsi qu'un dernier merci, elle voyait qu'il n'était plus là. Il était de retour dans la forêt. Déçue, elle se rapprochait de l'entrée du village, si bien que de loin, elle reconnaissait la voix de Gueulfor.
- ELLE EST LA !
Et grâce à lui, elle voyait Harold, Stoik, Gueulfor et d'autres personnes courir vers elle. Si ce genre de spectacle avait pu être évité, ça lui aurait fait plaisir. Mais la...
Harold la serrait fermement dans ses bras, extrêmement soulagé de la revoir saine et sauve. Elle en était désolée de l'avoir inquiété. En même temps, ce n'était pas du tout volontaire.
- Bon sang... tu va bien ?!
- Oui, oui, je vais bien. Assurait-elle
- Mais où était tu ? On était mort d'inquiétude! Et... mais qu'est-ce que tu as à la tête ?! Qui t'a soigné ?
- Je me suis juste cogné un peu trop violemment. Et... c'est un voyageur qui m'a soigné et ramener ici.
- Vraiment ? Mais où est-il ? Pourquoi il n'est pas resté pour qu'on le remercie ? S'étonnait Stoik
- Il devait repartir.
- Ah. Bah c'est dommage. Il aurait été bien accueilli. Ajoutait Gueulfor
- Oui, sans doute. Fit-elle
Elle adressait un regard puis un sourire à Harold qui la regardait avec soulagement. Comme elle était blessée, il lui prenait son visage avec prudence.
- Le principal, c'est que tu sois de retour, saine et sauve.
- Hum hum...
- Tu verras. Tout ira bien maintenant. D'accord ?
- D'accord.
Son regard déviait finalement sur la bande de la taverne, qui pour une fois ne la regardait pas méchamment. Ils l'a regardait de manière neutre, avec, si on cherchait bien, une pointe de désolation. Ils devaient apparemment regretter d'être allé si loin. Mais elle n'était pas prête de leur pardonner, ni d'aller vers eux. Ni de les regarder ne serait-ce qu'une minute de plus. Elle était encore trop en colère.
- Enfin... quand je serais au fond de mon lit, là ça ira encore mieux. Maintenant... veuillez m'excuser.
- Euh... Adrianne, au sujet de l'incident avec Krane et Ingrid, sache qu'ils...
- Bonsoir.
Avec froideur, elle venait de conclure la conversation avec sa nouvelle famille, avant de partir chez elle.
