Chapitre 4 – Excuses
Killian s'était rendu à un endroit bien précis de la forêt. Au lac de la clairière, où Harold et Adrianne construiraient leur vie de famille. Adossé à un arbre, il attendait patiemment et discrètement l'arrivée de quelqu'un. Et pour passer le temps, il regardait avec attention la maisonnette. Il trouvait ça curieux de voir une petite maison dans un lieu si isolé et loin du village. En cas de danger, pas pratique pour chercher du secours.
Son attention se portait ensuite sur l'approche de trois personnes. Ils avançaient vers lui sans torches pour s'éclairer. L'archer ne pouvait compter que sur la lueur de la lune pour voir leur visage. C'était Alvin, Gaspard, et Sauvage. En les voyants, il ne les saluait pas avec une grande joie.
- Gentlemans.
- Parle français, on ne pige rien ! grommelait l'ex-shérif
- Ouais. Langage de barbare, on ne comprend rien ! ajoutait son fils
- Pff. Bon, vous vouliez me voir, donc je suis là.
- C'est bien. Tu respectes les engagements du contrat. Qu'as-tu à m'apprendre ?
- Une bonne chose. Rassures-toi.
- Tant mieux. Parce que venir ici tous les soirs dans l'espoir d'avoir une bonne nouvelle ne m'arrangeaient absolument pas ! Être discret, entre discret, attendre, attendre, je veux de l'action moi !
- Je n'en doute pas. Dans ce cas, soit heureux. J'ai rencontré tout à fait par hasard la jeune fille dont il est question pour ton plan.
- Magnifique ! Voila enfin une bonne nouvelle ! S'enthousiasmait-il
- C'est bien Adrianne que tu as vue? demandait Gaspard.
- Exact. Une fille... charmante, je dirais. Mais je ne vois pas pourquoi vous voulez que je...
- Ça ne te regarde pas ! Si tu veux ton fric, pose pas de question et fait ce qu'on te dit.
- D'accord. Et maintenant que j'ai fait sa connaissance, je fais quoi ?
- Fait en sorte qu'elle ait plus envie de passer du temps avec toi dans la forêt, plutôt que de rester au village.
- Parce que d'après ce qu'a vu Sauvage, elle subirait pas mal de choses venant de toute la bande.
Killian ne comprenait vraiment pas pourquoi il en voulait à ce point à cette fille. Bon d'accord, ils lui avaient parlé de leur mésaventure d'il y a quelques mois, et de comment ils c'étaient retrouvé au bagne. Et voulant de nouveau être libre, Killian les avait rejoints pour fournir un coup de main en échange d'argent. Mais l'archer avait retenu que grâce à cette fille, ils avaient pu garder la vie sauve. Ne devaient-ils pas être plutôt reconnaissants d'être encore en vie, même s'ils avaient dû endurer le bagne ? Ne souhaitant pas en discuter vu que ça semblait inutile, Killian enchaînait la discussion sur un détail embêtant.
- Et comment je l'attire vers moi si je dois rester caché dans la forêt comme vous ? Hum ? Je vous signale qu'elle est fiancée. Elle ne voudra pas le délaisser pour passer du temps avec un étranger! Ricanait-il à moitié
- Sauf si l'étranger arrivé à divertir son esprit tourmenté et à lui faire faire des choses qu'elle n'a jamais faite.
- Ah ouais ? Comme quoi ? Coudre ? Faire à manger ? Des trucs de filles ?
- Hin. Détrompes-toi. De toutes les filles du village, Adrianne est celle qui aime et qui sait faire des trucs d'homme. Comme monter à cheval, grimper aux arbres, et plein d'autres trucs.
- Really ?! Ce n'est pas banal pour une fille, dis donc ! S'enthousiasmait-il impressionné
- Et comme tu parles une autre langue et que tu manies l'arc, apprends-lui ! Ça devrait lui plaire. J'en suis certain. Ajoutait Gaspard
- Okay. Donc... je n'ai plu qu'à attendre qu'elle débarque en forêt et à faire le guet en attendant qu'elle arrive ?
- Oh je la connais. Elle ne tardera pas à revenir. D'ailleurs... comment était-elle à tes côtés ?
- Souriante, confiante, curieuse... tout l'inverse de la plupart des gens qui aurait été dans sa situation après avoir été perdue et trouver par un étranger. Curieuse fille quand même.
- Une peste de première surtout. Te fit pas à ses doux airs et ses sourires, c'est que du vent !
- Mais pourtant, elle...
- T'est pas la pour la défendre, mais pour faire ce qu'on te dit si tu veux ton argent afin de commencer ta nouvelle vie, l'Anglais. D'accord ?
- D'accord. Maugréait-il
- Bon aller. Retournons à la planque, et restons-y, vu que la machine est en route. Et toi, n'oublie pas. Quand tu auras atteint ton but avec elle, amène là où tu sais et fait ce qu'il faut pour la suite. Et reviens demain, ici, à la même heure pour faire ton rapport à Sauvage. Pigé ?
Killian préférait hochait la tête plutôt que de lui répondre verbalement. Puis chacun d'eux retourner vers là où ils devaient aller, dans le silence le plus total.
oO*Oo
Elle marchait dans la forêt, scrutant le moindre recoin à la recherche de Killian. Elle marchait dans une direction bien précise de la forêt, sans pour autant savoir pourquoi qu'elle devait aller justement là-bas. C'était une intuition. Une intuition capable de lui indiquer la route avec confiance.
Elle le retrouvait comme elle le pensait, là où ils avaient bivouaqué la veille. Quand elle le vit, elle ne pouvait s'empêcher de sourire. Elle avait eu raison de faire confiance à son instinct. Mais quand Killian se retournait vers elle, il était quelque peu surpris.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Comment tu m'as retrouvé ?
- Je ne sais pas. Je... j'ai fait confiance à mon instinct.
- Mais pourquoi ?
- Parce que je ne veux plus rester dans ce village où je passe chaque instant à angoisser qu'un nouveau tour encore plus cruel me tombe dessus.
- Et qu'est-ce que tu veux que je fasse ?
- Laisse-moi t'accompagner dans tes voyages. Emmène-moi avec toi. Non... enlève-moi.
- Je ne peux pas. Il y a trop de danger et je ne suis pas ce genre d'homme qui enlève à un autre celle qu'il aime !
- Vu que c'est moi qui te le demande, ou est le problème Killian ?
Étonné de cette requête, il avançait lentement vers elle, ses yeux bleus et son regard froncé ne cessant de fixer celui de la jeune fille qui le regardait s'approcher avec un léger sourire. Il se tenait debout, l'un face à l'autre sans se quitter du regard, sans aucun sentiment de crainte pour elle.
- Tu te rends comptes que, si tu me suis... ça veux dire jamais revenir ici. Précisa-t-il
- Je le sais.
Elle souriait encore. Son attitude le laissait perplexe. Si bien qu'il la regardait encore un instant sans prononcer un mot. Ce silence fit perdre patience à la blonde, mais elle s'en amuser.
- Tu comptes attendre la nuit pour m'enlever ?
- Pourquoi pas ? Tu ne saurais pas te montrer patiente ?
- Non. Souriait-elle encore
Sans qu'il ne contrôle ses gestes, il lui attrapait son visage à deux mains et lui volait un baiser légèrement brutal, qu'elle rendait à la perfection. Plus intense encore que ceux qu'elle échange avec Harold. Killian rompait le contact avant d'ajouter ceci.
- Malheureusement, je ne peux pas.
- Et pourquoi ça ?
- Parce que nous sommes dans ton rêve Adrianne. Et si je t'enlève comme tu le souhaites, on n'ira pas loin quand tu te seras réveillé
- Mais... mais non, je ne suis pas en train de rêver là !
- Ah oui ? Alors pourquoi tu n'arrives plus à me toucher ?
- Je... non ! protestait-elle en essayant vainement de lui attraper la main
- C'est parce que tu te réveilles Adrianne. La nuit est finie, et faut te lever.
- Non ! Killian !
- See you soon ! Souriait-il avec un petit salut de la main
Dans un léger sursaut, l'endormie venait en effet de se réveiller. C'était donc un rêve... Pourtant, ça lui avait paru aussi vrai et perceptible que la réalité ! Le fait qu'elle rêve de lui et qu'elle fasse ce genre de rêve la rendait totalement perplexe !
- Bah voila autre chose, tiens... murmurait-elle en prenant conscience de ça
Prenant le temps de bien se réveiller et de bien revenir à la réalité, elle se rendait à présent compte qu'elle était allongée sur son lit. La soirée lui revenait à présent. Elle c'était affalée sur son lit, sans enlever ses vêtements sales tellement elle était épuisée. Et dans la minute qui suivait, elle était tombée endormie. Et là, elle avait rêvé. Mais pas d'un cauchemar avec une Astrid fantomatique et rancunière. Non là, elle avait rêvé de cet inconnu qui l'avait sauvée.
On ne choisit pas de quoi on rêve. Les rêves sont totalement aléatoires selon ce qu'on vit dans la journée. Sauf que là, elle aurait préféré rêver d'Harold et de partager comme dans son rêve un moment intense avec lui. Mais là, c'était Killian. Fronçant le regard, elle secouait légèrement sa tête en essayant de chasser les images et les sensations intenses dont elle se souvenait encore.
Tout ça était dû à la fatigue. Tout ça n'était qu'un rêve et ne voulait rien dire. Elle aimait Harold de tout son cœur. Donc pas de risque de tomber dans les bras d'un homme qu'elle venait de rencontrer. Et ça ne fera pas comme dans son cauchemar et Krane au sujet du sang. Rien ne se produirait entre eux. Point final.
Debout, elle baissait les yeux et observait sa robe. Le sang avait imprégné les tissus. La robe était foutue. Croisant son reflet dans le grand miroir qui lui permettait de se voir de la tête aux pieds, elle se fixait sans pleurer, sans rien dire. Elle avait juste le regard sévère. Elle admettait que le résultat offrait une vision apocalyptique, mais que ça devait être pire quand le sang sur elle était encore frais.
Se disant que ça ne servirait à rien de la garder, elle l'enlevait à toute vitesse dans le silence le plus absolu. Elle se débarbouillait de la tête aux pieds, ainsi que ces cheveux, puis enfilait des vêtements propres. Un autre chemisier blanc et la même robe de couleur marron claire. Elle adorait cette couleur.
Le feu dans sa cheminée était encore allumé, même si les braises allaient s'éteindre. Elle attrapait au sol sa robe foutue et s'apprêtait à la jeter dans l'antre. Mais au dernier moment, elle ne fit rien. Elle avait envie de faire quelque chose. Un truc tout con. Vraiment stupide.
Sentir sa robe.
En plus, au même moment, elle repensait à Killian. Elle se disait qu'il avait dû la porter dans ses bras pour l'amener jusqu'au petit camp. Et en plus, au retour, il lui avait prêté sa veste. Donc sa robe devait avoir son odeur à lui. Et elle avait envie de la sentir, même si la raison lui disait que ça ne servait à rien ! Que c'était débile ! Et pourtant, elle approchait la robe de son visage et respirer lentement l'odeur, les yeux clos. Mais rien. Elle ne sentait rien. À part une arrière odeur de sang. Hochant les épaules, elle jetait sa robe sur les braises et celles-ci enflammaient avec aisance le morceau de tissu. Assise en tailleur, la jeune fille observait ce spectacle sans aucune émotion faciale.
La pendule indiquait 9 heures. Qu'allait-elle faire de la journée ? Sincèrement, elle n'avait pas du tout envie de sortir. Elle voulait rester là, dans sa chambre, à faire ce qu'elle avait à faire. Jugeant bon d'aérer cette pièce qui devait sentir la mort, elle ouvrait la double fenêtre et s'accoudait aux rebords, puis elle regardait banalement le village s'animait progressivement.
Elle laissait sa tête se poser sur ses bras croisés, tandis que son regard déviait vers la forêt. Les événements de la veille lui revenaient encore en tête. Dire que sans Killian, elle serait certainement encore là-bas, perdue, et dans un sale état. Ou dans un état encore pire. Elle en frissonnait d'effroi.
Les paroles de Stoik et de Gueulfor lui revenaient également en tête. S'il l'avait accompagné jusqu'à l'entrée, il aurait pu se présenter et recevoir les remerciements de tous. Là, il n'en savait rien, et elle trouvait ça injuste, même si elle se doutait qu'il devait s'en douter.
Une nouvelle envie s'emparait d'elle. Elle comptait retourner dans la forêt afin de le retrouver et de lui transmettre les remerciements du maire, du forgeron, d'Harold, ainsi que les siens, encore une fois. Mais était-il encore dans la forêt ? Ou bien était-il déjà parti vers Dieu sait où ? Raison de plus pour passer le temps et s'occuper l'esprit quelques heures.
Pister la trace d'un habitué des bois et de la discrétion. Ça n'allait pas être facile ! Mais ce défi lui redonnait le sourire et de la bonne humeur. Mais cette expédition n'était pas pour tout de suite, puisqu'elle voyait Harold s'approchait de chez elle. La voyant à sa fenêtre, il lui adressait un salut de la main en plus d'un sourire chaleureux. Elle lui rendait son bonjour et descendait vers le rez de chausser pour aller le voir dehors.
- Salut. Souriait-elle
- Salut.
- Ça va mieux ?
- Ouais, si on veut. Mais au fait... qu'est-ce que tu fais là ? T'est pas à la forge ? Non pas que je ne sois pas contente de te voir, mais...
- Je viens t'informer de mon départ.
- Hein ? Ton départ ? S'étonnait-elle
- Ouais. Gueulfor a reçu une lettre venant d'un de ses amis qui exerce le métier de forgeron au village voisin. Il y a eu de gros soucis à cause d'une tempête, et ils ont besoin d'aide pour rebâtir pas mal de chose dans le village.
- Oh non... les pauvres...
- Ce qui fait que je ne serais pas là pour au moins 5 jours.
- 5 jours ?! Mais... bon. Bah dans ce cas... soyez prudent, d'accord ?
- Compte sur nous.
- Et je suppose que tu pars maintenant ?
- Dans 20 minutes. On est prêt, mais... je tenais avant tout à te voir avant que je m'en aille. Je préfère que le trajet soit plus agréable si je t'ai toi dans la tête, plutôt que d'imaginer la liste des choses à faire pour les réparations.
- Ouais c'est sur.
- Mais y'a pas que pour ça Didi. Je...
- Arrête. Je...
Il était temps pour elle de lui formuler une requête qui la rongeait depuis un bon bout de temps à cause de l'état dans lequel les autres la mettaient, mais aussi à cause de tous ses souvenirs qui lui revenaient en mémoire.
- Je voudrais te demander d'arrêter de m'appeler comme ça, s'il te plaît.
- Ah bon ? Mais pourquoi ? Tu aimais pourtant.
- Oui mais... c'est le surnom que maman me donnait quand j'étais toute petite. Et puis... je trouve qu'il appartient au passé. À ma famille. Et maintenant que je vais en bâtir une nouvelle avec toi, je veux oublier le plus gros du passé. Et puis je ne tiens pas à ce qu'on m'appelle comme ça quand je serais aussi vieille que... que Lucienne, tiens. Voilà.
- Euh... bon d'accord. J'arrêterais de t'appeler comme ça.
- Merci Harold. Merci de comprendre. T'est gentil.
- De rien. Et... euh... avant que je m'en aille, je peux avoir un vrai bonjour maintenant ? demandait-il avec un sourire malicieux
- Bien sur. Souriait-elle
Elle s'approchait de lui avec un tendre sourire et lui donnait un baiser. Simple, sans fougue. Des baisers comme ça, c'était quand ils étaient entre eux. Pas dans la rue à la vue de tout le monde. Rompant le lien, elle lui adressait un sourire avant de le serrait dans ses bras.
- Tu vas me manquer Harold...
- Toi aussi. Mais ne t'en fais pas. Je serais vite revenu.
- J'espère... soupirait-elle
- Ma chérie...
Il s'écartait d'elle, inquiet et la regardait droit dans les yeux, ses mains placés sur ses épaules.
- Je sais que tu ne veux pas que j'en parle, mais sache que je suis désolé de ce qui s'est passé hier.
- Harold, non... pas maintenant...
- Laisse-moi finir. Je peux te jurer que ce n'était pas du tout intentionnel. Ils l'ont juré devant mon père ! Et ils sont prêts à te faire leurs excuses. Ça a dû être horrible, je peux l'imaginer. Et je suis désolé de ne pas t'avoir été d'une plus grande aide que celui qui t'a ramené hier soir au village. Si j'avais su ce qui t'était arrivé, j'aurai laissé mon travail en plan pour aller te chercher, et...
- Non. C'est mieux en fait que tu n'aies rien vu et que tu ne m'aies pas suivi. J'avais besoin d'être seule et je ne voulais surtout pas que tu voies l'état dans lequel j'étais. Et c'est plutôt à moi de m'excuser de vous avoir tous inquiéter. Je me suis endormie tellement je... j'étais fatigué d'avoir pleuré a cause d'eux et d'avoir marché. Et si... si cet homme ne m'avait pas trouvée et sauvée la vie, je me serais fait dévorer par cet ours, ou je serais encore perdue dans le foret, affaiblie et dans un sale état. Et vous seriez encore plus inquiet...
- Mais grâce à lui, tu as pu être au village, en sécurité. Je ne remercierai jamais assez cet homme pour m'avoir rendu saine et sauve ma raison de vivre. Dommage que je n'ai pas pu le remercier hier soir.
- Je sais. Mais je pense qu'il devait se douter que vous seriez tous reconnaissant envers lui.
- Dommage quand même. Bon. C'est presque l'heure pour moi de partir. Tu m'accompagnes ?
- Bien sur. Souriait-elle
Main dans la main, ils se rendaient à la forge. Le chariot contenant tout le matériel nécessaire était prêt à partir et le moustachu attendait patiemment le retour d'Harold en compagnie de Stoik. En les voyant, surtout Adrianne, il laissait un vaste sourire s'afficher sur leur visage, puis Gueulfor la serrait dans ses bras. C'était sa façon à lui de dire qu'il était soulagé par rapport à hier soir, mais aussi pour dire au revoir. Surtout que la jeune fille avait toujours eu une place importante dans sa vie. Et elle en avait bien conscience, qu'elle participait sans gène à l'étreinte du vieux forgeron.
C'était à présent l'heure du départ. Gueulfor montait alors dans le chariot, tiré par Maximus et Krokmou, après l'insistance d'Adrianne envers son cheval. Elle avait fourni aux deux forgerons, ainsi qu'au canasson, qu'il serait nécessaire pour l'avancement des travaux, et qu'il valait mieux compter sur des chevaux fort, et digne de confiance. Chacun d'entre eux le comprenait, ainsi que Krokmou. Après avoir dit au revoir à son père, Harold s'apprêtait à monter aussi, mais un sentiment de doute l'empêchait de le faire. Vu ce qui s'était passé envers Adrianne, il craignait quelque chose de pire, même s'il n'y avait pas lieu de s'inquiéter.
- Tu es sure que ça ira ? demandait-il avec inquiétude
- Ne t'en fais pas. Quand tu reviendras, je serais ici, à t'attendre. Alors part sans crainte Harold. le rassurait-elle avec tendresse et confiance
- D'accord. Je t'aime.
- Moi aussi. Souriait-elle
Un dernier baiser, avant que Gueulfor rappelle gentiment à Harold qu'ils devaient y aller. C'était difficile pour eux de se séparer, mais ils n'avaient pas le choix. Gueulfor ordonnait aux chevaux d'avancer et le véhicule avançait enfin. Stoik restait sur place alors qu'elle les suivait au pas de course, avant de se stopper au pont, continuant de regarder Harold qui la regardait aussi, la tête tourner vers elle. Ils échangeaient des signes de mains, des sourires, puis se regarder jusqu'à ce qu'ils ne pouvaient plus se voir.
En cet instant, Adrianne se sentait vraiment, mais vraiment seule. Stoik s'approchait d'elle, devinant quand même qu'elle préférait être seule.
- Écoute Adrianne. Je... je sais que ça risque d'être dur d'attendre son retour, mais si jamais tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas à venir me voir. Je ne vais pas te déranger plus longtemps, surtout que je pense que tu veux être seule, mais... je voulais que tu sache que je suis là pour toi. D'accord ?
Sans qu'elle se retourne, et hochant simplement la tête en guise de réponse, le maire la laisser à présent seule, à contrecœur.
- Euh... Adrianne ? fit une voix plusieurs minutes après
Elle reconnaissait cette voix. Celle d'Ingrid. Travaillant sur son self-contrôle et sur la vague de colère qui montait en elle, elle se retourner vers la brune, qui la regardait avec les jumeaux. Elle se jurait que s'ils tentaient quoi que ce soit de néfaste, elle leur ferait tous les trois payer sans hésitation. Peu importe les conséquences!
- Quoi? lâchait-elle sévèrement avec méfiance
- Euh... Au sujet de l'incident d'hier... on voulait te dire qu'on est tous désolés. Sincèrement. et...
- Ne me prenez pas pour une idiote. Ce n'était pas un accident, mais une farce. Ayez au moins le courage de me le dire. Lâchait-elle avec un regard sévère.
Ingrid fronçait à son tour son regard, ne quittant pas la blonde des yeux.
- Oui. Oui c'était une blague. L'idée de Krane même.
- Merci, sympa ! Ronchonnait-il
- Mais c'était la dernière blague qu'ont t'aurais fait afin de, comme tu nous l'as dit, de tourner la page et d'avancer aussi de notre côté.
- Ah vraiment ?
- Oui. Seulement, on n'avait pas prévu que tu te sauves et que... tu te perdes dans les bois. L'inquiétude d'Harold nous a fait comprendre et regretter ce qu'on a fait, mais... euh...
- On est soulagée de te revoir en fait. Ajoutait Kogne
- Mais nous demande pas pourquoi, on le sait pas nous même. Ajoutait à son tour son frère
- Ah bon. et je suis censée vous croire sur parole? Maugréait Adrianne sans lâchait son regard sévère
- Bon écoute. S'emportait cette fois Ingrid.
Les deux jeunes filles ne se lâchaient pas du regard, aussi sévère et tenace l'un que l'autre. L'une tâcher de rester forte, et l'autre essayait de la convaincre de leur bonne foi.
- Depuis toujours, on ne t'apprécie pas. Et Astrid n'arrangeait pas vraiment les choses à ton sujet. On aimait te pourrir la vie et te balancer des horreurs pour te faire de la peine. Ce qui te serait arrivé il y a quelques mois ne nous auraient pas fait de peine. Mais maintenant que tout à changer et qu'on a prit conscience que tu avais voulu épargner leur vie, on s'en serait voulu s'il t'était arrivé quelque chose dans ces bois. Alors... même si tu ne crois pas du tout, et c'est logique, sache qu'on a discuté entre nous sur ta proposition qu'on soit amis.
- Sans blague. Et alors ?
- Et alors ? Bah on est d'accord, enfin ! ajoutait-elle perplexe de l'entêtement de son interlocutrice
- Et vous me proposez ça le jour où Harold s'en va pour plusieurs jours ?
- Écoute, on...
- Humph. Vous vous êtes dit que ce serait l'idéal pour me faire encore de la peine, sans qu'Harold soit là pour le voir ?
- Tu ne veux pas nous croire c'est ça ?
- Difficile de vous croire, en effet. Surtout que je m'attends à bien pire qu'un seau de sang !
Ingrid ne s'énervait pas pour autant. Elle demeurait bien calme face à la fureur de la future mariée.
- Bon. Je comprends ta réaction. Mais si tu change d'avis, viens nous voir ce soir à la taverne, vers 22h30 heures. Rustik a changé ses horaires pour diverses raisons professionnelles. Et quand les clients sont partis, on se regroupe et on s'éclate entre nous.
- Ouais ! On boit, on rigole et on blague! Concluait Krane
- Je ne bois pas. ajoutait Adrianne sur un ton plus calme
- Tu sais rire ? Tu sais blaguer ?
- Oui.
- Alors viens au moins pour ça ! À moins que tu préfère rester toute seule jusqu'à ce qu'Harold revienne ?
Adrianne ne répondait pas. Elle détournait le regard, les lèvres pincées. Ingrid concluait alors la discussion.
- Bon bah on va te laisser, on nous attend. Donc si tu change d'avis, tu sais quoi faire. Bonne journée.
- Ouais, salut ! ajoutaient amicalement les jumeaux
Elle en était perplexe. Harold devait avoir raison quand il disait qu'ils s'en voulaient. Mais c'était trop beau pour être vrai. Avant de savoir si elle pouvait leur faire confiance, elle préférait faire ce qu'elle avait eu envie de faire plus tôt ce matin. Retrouvez la trace de Killian.
C'est donc d'un pas décisif qu'elle se mettait en route vers la forêt.
