Chapitre 5 - Un nouveau souffle de vie

Une fois dans les bois, ce qu'elle ressentait était totalement différent de la fois où elle s'y était aventurée à cause de la blague d'Ingrid et Krane. Là, elle était plus détendu, plus attentif à tout ce qui se trouvait autour d'elle. Et elle ne commettrait pas la même erreur. La chance ne marchait qu'une fois dans ces cas-là.

En marchant sur les sentiers, elle ne se fiait qu'à ses souvenirs pour retrouver le chemin qui la mènerait jusqu'au camp. Elle avait décidé de commencer par là. Elle retraçait donc à l'envers le chemin qu'ils avaient emprunté. Et comme la dernière fois, tout était silencieux, paisible. La vie forestière dominait toute la forêt. Adrianne aimait cette qualité de la vie en forêt. Le calme. Elle écoutait avec le sourire les oiseaux qui piailler et volait d'arbre en arbre. En regardant la cime des arbres, elle venait de comprendre pourquoi Killian préférait la vie sauvage à la civilisation. Parce qu'en cet instant, elle-même se sentait plus heureuse ici qu'en ville.

Quittant la route principale, elle arpentait les sentiers moins visibles aux voyageurs. Prenant garde à ne pas faire davantage de bruit afin de ne pas attirer une autre bête colossal, elle continuait sa route, qui la menait jusqu'au cadavre de l'ours. Exprimant une grimace de dégoût vis-à-vis de l'odeur purulente, elle s'y approchait afin d'établir une nouvelle direction à prendre.

Dans ses souvenirs, elle revoyait où l'ours s'était pris la flèche et en déduisait une direction. Sans traîner davantage, elle suivait la direction, espérant trouver ce qu'elle cherchait. Et elle le trouva enfin. Des restes de bûches brûlées, le tas d'herbes qui lui avait servi de couchette, mais aussi les décors environnants. C'était bien là. En revanche, aucun signe de l'archer. Le camp indiquait clairement qu'il n'était pas resté campé ici.

Après tout, s'attendait-elle vraiment à le voir là ? Assis en train de manger du poulet comme hier soir ? À lui sourire en la voyant ? Qu'est-ce qu'elle avait cru ? C'était un vagabond. Et les gens comme lui ne restent jamais en place très longtemps. Elle savait qu'elle ne l'aurait pas revu. Pourtant, lui seul avait réussi à chasser ses émotions néfastes en seulement quelques heures. Elle réalisait alors que son plan était stupide.

- Humph... c'était une idée trop bête. Soupirait-elle

Elle s'apprêtait à faire demi-tour, et rentrer au village afin de reprendre le cours de sa vie. Soudain, elle se stoppa. Elle sentait quelque chose, mais elle ne savait pas vraiment quoi. Ne bougeant plus et restant aux aguets, elle fut soudainement saisie quand elle vit une flèche se plantait dans le tronc de l'arbre qui était le plus proche d'elle. Elle sursautait sur le coup, mais avait ensuite un léger sourire aux lèvres en dirigeant son regard vers lui.

Il était là, l'arc à la main, visible au grand jour. Elle était ravie de le revoir, même si les dernières images de son rêve lui revenaient. Elle se devait de ne pas commettre la même chose, même s'il n'y avait aucune raison de le faire. Et puis de toute façon, elle n'était pas là pour... ça. Killian la regardait sans bouger de là où il était, et elle faisait de même.

- Tu fais tellement de bruit que j'aurais pu te tuer les yeux fermés. Se moquait-il

- Humph. Charmant ! C'est ça les compliments à l'anglaise ? Se moquait-elle en retour

- On en a des meilleurs, je te rassure.

Elle exprimait un léger rire face à son humour assez plaisant. Certes, il avait un drôle d'humour, mais elle arrivait à le prendre du bon côté.

- Puis je savoir ce que tu fais là ? Chercherais-tu à finir accidentellement transpercer d'une flèche ?

- Non. Et puis tu ne m'aurais pas sauvée la veille pour me tuer le lendemain. En réalité, je suis là pour te portais un message.

- Un message ?

- Oui. De la part des villageois et de ma famille. Ils tenaient tous à te remercier de m'avoir sauvée la vie. Et je ne te cache pas qu'ils étaient étonnés de ne pas te voir m'accompagner jusqu'au village. Ils auraient tenus à te remercier en personne. Donc, je le suis venue le faire à leur place.

- Tu as conscience quand même que je me doutais qu'ils exprimeraient de la reconnaissance envers moi, et que ça me suffisait de le deviner ?

- Oui mais... ce n'est pas tout de le deviner. Faut l'entendre aussi. Alors de leur part à tous, et de la mienne à nouveau : merci.

- Et c'est tout ?

- Comment ça ?

- Tu as fait tout ce chemin pour me retrouver... juste pour me transmettre des remerciements ?

- Bah... oui.

- D'accord. Au fait... comment tu es parvenue jusqu'ici ?

- Grâce à mes souvenirs, mon intuition et la logique face aux pistes que j'ai trouvées. Satisfait?

- Oui. Je suis... impressionné. Bravo. Tu ne dois pas être une fille comme les autres. Et ça me plaît, d'un sens.

- Euh... merci.

- Pas de quoi. Bon. Je vais y aller. Merci pour ce message et... au revoir Adrianne. Ravi de t'avoir rencontré.

Il s'en allait lui aussi. Elle ne voulait pas qu'il s'en aille. Du moins pas tout de suite. Il commençait à peine à avancer, qu'elle le retenait avec une autre question.

- Attends ! Dis-moi... comment ça ce fait que tu étais encore là ? Je m'attendais à ne pas te retrouver ici, mais...

- En fait, je compte rester ici quelques jours. Chose que je fais toujours quand je débarque dans une nouvelle forêt. Et ce que je faisais ? Je chassais pour mon repas. Mais avec le vacarme que tu as fait, tu as fait fuir le gibier.

- Oh. Désolée. Donc... tu ne pars pas ?

- Hum... non.

- Mais... tu m'as dit "au revoir" et que t'étais ravi de m'avoir rencontrée ! Je ne comprends pas là.

- J'ai dit ça car je m'attends à ne jamais te revoir. Toi qui as une famille et quelqu'un à aimer, je ne vois pas ce qui pourrait te donnait envie de me revoir.

- Disons que...

- Ah? Parce qu'il y a une raison ?

- Je...

Il attendait patiemment qu'elle lui réponde, sans cesser de la fixer. Elle hésitait à le faire, parce que la raison qu'elle s'apprêtait à lui dire paraissait insensée. Mais vraie à ses yeux.

- Disons que même si j'ai tout ce que quelqu'un peut souhaiter dans sa vie, je suis malheureuse depuis quelques jours. Et je ne sais pas pourquoi ni comment ça ce fait, mais le peu de temps que j'ai passé à tes côtés m'a permis d'oublier cette tristesse.

- Ah bon ?

- Oui.

- Et ton fiancé n'arrive pas à la chasser cette tristesse ? Il ne sait pas s'y prendre ou quoi ?

- Disons qu'il n'est pas au courant de ce que je subis de la part des autres.

- Avec entre autres la blague mêlée au sang sur ta robe ?

- Ça, il le sait. Et d'après lui, les responsables s'en veulent et veulent faire la paix avec moi. Maugréait-elle.

- Humph. Apparemment, ça ne t'enchante pas ! constatait-il

- En effet, parce que j'ai du mal à y croire. Toi qui es extérieur à tout ça, que me conseilles-tu ? Dois-je les croire et accepter de faire la paix avec eux ?

- Essaie. C'est tout ce que je peux te dire. S'ils ne sont pas fiables via leur proposition, tu seras au moins fixé.

- D'accord.

- Bien. Maintenant, je m'en vais chasser.

- D'accord. Quant à moi, je vais... rentrer et essayer. Au revoir Killian. Bonne chasse.

Valait mieux pas insister, ni rien espérer de lui. C'était sa tristesse qui lui faisait ressentir des choses étranges à son sujet. Que pourrait-il faire pour elle ? Il avait raison. Elle avait Harold et elle ne devait pas perdre de vue ce détail. Néanmoins, elle était contente de l'avoir revue encore une fois et de lui avoir transmis le message. Elle allait suivre son conseil et accorder une chance aux autres. Qui sait ce que ça pourrait donner.

- Adrianne ! L'appelait-il soudainement

- Quoi ? fit-elle en se retournant

- Tu as déjà manié l'arc ?

Sa question l'étonner un peu, mais en le voyant lui sourire, elle comprenait que c'était une invitation à rester avec lui un instant. C'était avec joie qu'elle faisait demi-tour pour aller le rejoindre.

- Apparemment non. devinait-il. Bien. Dans ce cas, première leçon. Prends ça et montre-moi comment tu t'en sors.

Prenant avec plaisir l'arc et la flèche, elle la positionnait correctement et brandissait l'arc en position de tir. Trouvant ça un peu dure à manier, elle grimaçait légèrement en essayant de trouver la bonne méthode pour tirer. Puis à court de force, elle lâchait la flèche qui s'enfonça dans le sol plutôt que sur l'arbre devant elle.

- Mince... j'suis nulle.

- Pour une débutante, il peut y avoir pire. Mais ne te décourage pas. Remets-toi en position de tir et laisse-moi t'aider.

- D'accord.

Elle refaisait la même chose et resté là, l'arme en joue. Killian s'approchait d'elle, attrapant ses mains pour mieux les positionner.

- Alors déjà, t'est trop tendu. Abaisse ton bras, voilà... et détend tes mains. Tu dois te sentir à l'aise et ne pas t'agrippait a l'arc comme si tu t'agrippais à une branche pour grimper aux arbres.

- D'accord.

- Ensuite, colle cette main-là contre ta joue. Utilise ta bouche comme point d'encrage. Comme ça, regarde.

Killian faisait remonter sa main vers son visage pour la coller contre sa joue. Adrianne se sentait déjà plus a l'aise avec l'arc et se retenait de rire à cause des plumes qui lui chatouiller le coin des lèvres.

- Bien. Alors pour tirer, c'est simple. Détend toi... ramène toujours la corde doucement vers ta joue... garde tes deux yeux ouverts. Relâche ta respiration... et... relâche !

Adrianne avait bien suivi à la lettre tout ce qu'il lui avait conseillé, et sa récompense était de voir que sa flèche s'était plantée cette fois dans l'arbre.

- J'ai réussi... soufflait-elle, les yeux ronds

- Pas mal du tout. Tu vois ? De l'entrainement et tu sauras vite maîtriser l'art de l'archerie

- Dois-je comprendre que tu souhaites encore m'apprendre ?

- Pourquoi pas. Et tu ne me vouvoie plus maintenant ?

- Ce n'est pas toi qui m'as fait comprendre que ça te rendait vieux d'entendre ce mot?

Il souriait davantage, amusé de sa repartie. La jeune fille lui tendait ensuite son arc.

- Pourquoi tu me le rends ?

- Parce que c'est le tien !

- Et comment tu comptes chasser sans arc ? Hum ?

- Euh... tu veux... que je chasse ?

- Oui. Pourquoi ? t'a jamais fait ça ?

- Non.

- Dans ce cas, par ici, miss ! L'invitait-il à le suivre

- Okay. Souriait-elle

Arpentant ensemble les sentiers terreux, il l'emmenait là où il était sur de trouver du gibier facile à chasser. Et pour rendre la route plus agréable, elle lui demander comment on disait tel ou tel mot dans sa langue. Tout ce qui les entourait y passer ! Les arbres, les feuilles, les champignons, le soleil, les rochers, l'herbe, l'eau, l'arc, les flèches, et même les formules de politesse les plus utilisés comme bonjours, au revoir, à demain, etc. Killian était ravi d'enseigner sa langue à quelqu'un qui éprouvait de la curiosité, et Adrianne était ravie d'apprendre quelque chose de nouveau. Et grâce à ça, elle n'était plus triste ni contrariée.

oO*Oo

Au fin fond de leur terrier gigantesque, un père et un fils menaient leur existence et leur retour incognito, comme si la forêt ignorée qu'ils étaient de retour. Ils entamaient un repas fait à partir des vivres apportés par Sauvage et parlait calmement du plan. Enfin, c'était plutôt Gaspard qui harcelait son père de questions.

- Dis-moi un truc.

- Quoi encore ?

- Dès qu'elle sera ici, tu feras quoi d'elle ?

- Précise.

- En attendant qu'il la rejoigne, tu la laisseras mariner dans le piège? Tu t'en prendras à elle ici?

- Je ne sais pas. J'avoue que... pas mal d'idées me vienne en tête et je ne sais pas lesquelles mettre en pratique.

- Comme quoi ?

- Alors... je pourrais très bien la laisser dans le piège sans boire ni manger, ou alors l'attacher dans une cage suspendue avec une grosse bête affamée, lui infliger des entailles profondes avec tout pleins de rats autour d'elle, ou encore... lui donner le nombre équivalent de baffe pour chaque coup de fouet que j'ai eu, ce qui fait un sacré nombre ! Et pour être franc, j'ai arrêté de compter au bout de... nan je déconne.

- Bah c'est déjà pas mal ce que tu as trouvé.

- Et toi fils ? Tu feras quoi quand on l'aura attrapé ?

- Moi ? Je n'en sais rien. Je verrais bien quand je la reverrais.

- Et la souiller avant qu'elle soit mariée? Ça ne te dit rien ?

- Hum... peut-être. Même si elle mourra avant son mariage.

- Bien vu. Héhé.

- Et Harold ? On en fait quoi ?

- Alors déjà... j'aimerais beaucoup que grâce à l'autre imbécile on l'attrape elle en premier. Puis j'aimerais beaucoup rendre fou cette larve. Tu imagines à quel point il deviendrait fou en la cherchant partout ? Alors qu'elle serait sous ces pieds ? Et puis on s'arrangerait pour qu'il arrive jusqu'à elle, et qu'il la rejoigne, proche de la mort.

- Les enterrés tous deux vivant. Ça, ce serait une idée.

- Quand je te dis qu'on a la panoplie de choix. Le plus dur, c'est de choisir la meilleure possibilité et d'être patient. Mais je sais que je trouverais la solution parfaite. Et rester enfermé au calme m'aide beaucoup.

Gaspard hochait la tête avec compréhension avant de poursuivre son repas. Son père lui donnait vraiment envie de se venger pour tout ce qui s'était passé à cause d'elle, mais aussi pour toutes les fois où elle l'avait humilié et rejeté. Mais aussi pour cette vie de honte sur le navire marchand. Et repenser à ces quelques mois de galère le faisait repensait à Astrid.

- Dis...

- Roh, quoi encore ?! Je peux bouffer en paix oui?!

- Est-ce que... tu penses encore à Astrid ?

- Par moments. Pourquoi tu viens me parler d'elle ? demandait-il sur un ton sec

- Parce que je sais que si elle était encore là, elle aurait partagé avec nous ses idées de vengeance. Et je sais qu'elles auraient été nombreuses !

- Ouais, bah manque de bol pour elle, elle ne pourra pas les mettre en pratique puisqu'elle c'est jeter à la flotte. Alors en son nom et pour sa mémoire, on lui dédiera une vengeance, mais pour l'heure laisse-moi finir mon repas en paix!

- Mais...

- Y'a pas de mais ! Si elle tenait tant que ça à se venger, elle n'avait qu'a pas s'offrir en casse-dalle aux poissons ! Alors tant pis pour elle, et tant mieux pour nous ! Ok ?!

- Ok.

Un instant de calme avant qu'Alvin ne reprenne la parole, affublé d'un mauvais sourire.

- Bon après... si tu as une idée de ce qu'elle aurait voulu lui faire, énonce les moi. Combinées aux nôtres, ça pourrait être amusant.

- Prends note, il risque d'y en avoir plus que nous.

- J'écoute.

oO*Oo

Pour les deux chasseurs, l'heure du repas s'était faite attendre, car le jeune étranger avait laissé à Adrianne la tache de chasser le dîner. Et malgré tous les bons conseils et la bonne volonté, ce n'était pas facile ! Une fois c'était la discrétion qui avait échoué, une autrefois parce qu'elle avait éternué et une autre parce qu'elle avait visé à côté ! Killian s'en amusait et ne perdait pas patience. La dernière tentative était la bonne, en touchant de plein fouet un cerf. Par la suite, et pas tellement enchantée de le faire elle-même, il lui montrait comment trancher correctement l'animal afin de se nourrir de sa chair. Autour d'un feu de bois, ils se régalaient de leur butin de chasse. Adrianne se sentait bien. Vivante. Elle avait juste besoin d'un renouveau pour oublier le reste. Et peut-être qu'a force de rester avec lui, Killian déciderait de rester ici et de s'installer au village. Cette possibilité de ne pas perdre son nouvel ami l'enthousiasmait. Le reste de l'après-midi passait à grande vitesse, si bien que le fait de rentrer au village était difficile pour la jeune fille. Si bien qu'arriver aux abords du village, Killian l'avait remarqué.

- C'est si éprouvant de rentrer chez toi ?

- Non. C'est juste que... je repense à ceux qui m'ont fait une farce. Et a ce qu'ils m'ont dit pour ce soir. Mentait-elle à moitié.

Pour elle, rentrer signifiait faire face à nouveau à tous ces problèmes et sa peine intérieure. Et pour ne pas lui avouer la vérité, elle lui avait fourni cette excuse qui l'inquiétait aussi.

- Et tu compte faire quoi ? Tu va-y aller ?

- Je n'en sais rien. Je trouve ça... bizarre.

- Essaie. Si ça se trouve ça va bien se passer. Et puis tu me diras le résultat demain ?

- Alors tu... tu acceptes que je revienne te voir ? S'étonnait-elle ravie

- Ais je le choix ?

- Oh je... je ne veux pas m'imposer ! Je... c'est juste que... bafouillait-elle nerveuse

- Tu sauras où me trouver. À demain. Souriait-il avant de faire demi-tour vers les bois

Ravie de savoir qu'elle pourrait le revoir le lendemain, elle se mettait à l'appeler avec un grand sourire

- Killian ?

- What ?

- Euh... good night and… see you... tomorrow !

Il la regardait avec étonnement avant de laisser un sourire ravi s'emparait de son visage. À sa réaction, elle savait que ça lui ferait plaisir. Ils partaient donc chacun de leur côté laissant des émotions différentes envahir leur cœur et leur esprit. Killian était ravi de cette rencontre et de ce qu'il partageait avec elle, mais d'un côté ça lui déplaisait de devoir continuer à lui mentir pour avoir son dut. Sans compter qu'il ne comprenait toujours pas cette envie de vengeance et cette haine qu'Alvin avait envers elle. Se disant que ça le dépassait, il continuait sa route vers les bois.

Quant à Adrianne, elle marchait vers le village avec un sourire sur les lèvres. Elle se disait que... sans cet incident, jamais elle ne l'aurait rencontré. Elle avait hâte qu'Harold rentre pour lui montrer qu'elle allait mieux, qu'elle c'était fait un nouvel ami et qu'il lui apprenait plein de nouvelles choses. Il en serait plus que ravi ! Elle en était convaincue.

Passant le petit pont et l'entrée désert de tout habitant, ce qui était logique vu l'heure, son regard déviait sur la forge. Avec un pincement au cœur, elle se rappelait qu'il n'était parti que ce matin et qu'il lui manquait déjà. Marchant silencieusement parmi les établis, elle frôlait du bout des doigts les outils et tout ce qui passait sur son chemin. Ses pas la conduisaient jusqu'à l'établi de son fiancé et, de nouveau triste et pensive, elle s'asseyait sur le banc. La tête dans le creux de ses mains, elle le revoyait clairement travailler. Elle soupirait en réalisant une chose. Même si Killian lui apportait beaucoup en ce moment, elle ne perdait pas à l'esprit que c'était Harold qui lui avait apporté, qui lui apporte, et qui lui apporterait tout ce dont elle avait besoin. L'amour, la confiance et une famille.

- Tu me manques Harold... Comment je vais faire plusieurs jours sans toi... Si ton voyage dure plus longtemps que prévu, ça va être encore plus dur. Surtout qu'ici, toute une partie de ma tristesse reste fatalement accrochée à moi, sans que j'y peux grand-chose. Heureusement, grâce à ton amour, tu arrives à chasser ma tristesse. Et je me dis que j'ai de la chance de t'avoir dans ma vie. Même si Killian comble ce vide, je sais que c'est temporaire. Il partira et toi, tu reviendras. Mais j'espère te le présenter avant qu'il s'en aille. Je suis sur que vous vous entendriez bien tous les deux. Hin... pour preuve, il me conseille exactement la même chose que toi au sujet d'Ingrid et des autres.

Elle jetait un regard en direction de la taverne. De loin, elle voyait les lumières qui animaient ce lieu. Et d'un air décisif, elle se décider enfin.

- Et tu sais quoi ? Je vais suivre votre conseil. Je pourrais au moins vous dire que j'ai eu le cran d'y aller malgré ce qui s'est passé. Pour ce qui est des conséquences si ça tourne de nouveau très mal, ce ne sera pas de ma faute.

À la taverne, l'ambiance était la même, comme toujours. On riait, on buvait, on mangeait, on s'amusait et on chanter. Et ça pouvait durer des heures, ce n'était pas un souci, tant que ça dégénérer pas. Varek saurait s'en charger. Et c'est incroyable la réaction que tous ces gens pouvaient avoir en même temps, surtout quand une personne pas habituée des lieux fait son entrée. Comme elle s'y attendait, Adrianne avait tous les regards sur elle. Ne faillant point face à tous ces regards, cette médisance et cette curiosité, elle avançait avec fierté et dignité vers le comptoir. En la voyant, Rustik exprimait un air agréablement étonné.

- Tiens ? T'a changé d'avis ?

- Faux croire, sinon je ne serais pas là.

- Héhé. Pas faux. Bon, dans ce cas... LES GARS ! C'est l'heure ! On ferme !

- Quoi ?! Mais ça ne ferme pas à cette heure là d'habitude !

- Je n'ai pas fini ma chope !

- C'est pour elle que tu chasses tes clients ?! Ce n'est pas professionnel ça !

- Ouais ! On ne veut pas rater une bagarre entre filles ! Hé hé !

Bien entendu, elle se rappelait la première fois qu'elle avait mit les pieds dans ce trou à rats. Tout le monde la regarder pareil, Harold c'était fait piéger, on l'avait incité à boire, Astrid en avait profité pour l'embrasser, Gaspard l'avait ennuyé et Harold lui avait collé en pain pour la défendre. Et à part lui, elle se souvenait que personne d'autre ne l'avait défendue ou aidé ce jour-là. Mais cette fois, et à sa grande surprise, Rustik était le premier à le faire.

- Hé ! Ça fait une semaine que j'ai changé les horaires. Et puis c'est l'heure bande d'idiots ! Apprenez à lire l'heure sur la pendule! Et pour info, non, rien n'est en rapport avec Adrianne. Donc finissez vos verres, payer et fichez-moi vite le camp. Et si vous traînez ou protestez, j'appelle Varek !

Ça lui faisait drôle qu'il l'appelle par son prénom et pas par un de ses horribles surnoms. Si Astrid était encore là, elle ne se serait pas gênée pour continuer de le faire ! Et surtout elle serait choquée de voir ce que ses amis faisaient en ce moment. Les derniers clients terminaient et payaient leurs consommations en grommelant, et en un rien de temps, la taverne était vide. Il n'y avait plus qu'elle et le personnel. Sortant de l'arrière pièce, Ingrid et Kogne semblaient contentes de voir la blonde ici.

- Ah ! Génial ! Tu es venue !

- Bah... ouais. Je suis là.

- On comprend que tu es sur tes gardes, mais détend toi, d'accord ? Argumentait la brune en épaulant amicalement Adrianne

- Ouais ! On va passer une bonne soirée tous ensemble, tu verras. Ajoutait Kogne

- D'accord.

Les filles, Krane et Rustik s'installaient donc à une grande table. Les garçons avaient ramené des verres, du vin, de la bière et un jeu de cartes. L'invitée demandait pourquoi Varek ne se joignait pas à eux. Krane lui expliquait que Varek n'était pas à l'aise pour ce genre de chose, et que son physique colossal le gênait en grande partie. Et aussi qu'il préférait faire son travail et rester dans son coin. Lui conseillant de ne pas insistait, Adrianne obéissait, expliquant que c'était dommage pour lui qu'il s'isole au lieu d'être avec des amis.

- Bon aller, commençons ! Alors déjà... qui veut quoi comme boisson ? Comme d'habitude je suppose ? demandait Rustik à l'assemblée

- Ouais. Affirmaient-ils à l'unisson

- Et toi Adrianne ? vin ou bière ?

- Euh, elle ne boit pas Rustik. Si tu as un truc sans alcool, ce... répondait gentiment Ingrid

- Vin, s'il te plaît. Répondait alors la jeune fille

- Hein ? Mais... tu nous as dit que...

- Bah quoi ? Pour un fond de verre, je vais mourir. Argumentait-elle avec un léger sourire

Étonnés, mais quand même ravis, tout le monde trinqué une fois la nouvelle venue servie. Ils se racontaient entre eux la journée, les problèmes rencontrés, les derniers ragots, les nouvelles blaguent a la mode etc. Adrianne participait de son mieux aux conversations tout en buvant son verre de vin. C'était mieux que de la bière, mais fallait quand même y aller doucement. C'était ensuite à son tour de parler. Ne préférant pas parler de Killian, ni de ses aventures dans les bois, elle leur parlait du mariage et de tout ce qui va avec, mais aussi du départ d'Harold et sur les raisons de son départ. Tout le monde l'écoutait attentivement et répondait sans méchanceté. Elle voyait la preuve qu'il y avait une chance pour que ce calvaire s'arrête. Venait enfin le moment de faire un jeu pour se détendre. Ingrid demandait à Adrianne de choisir un truc marrant à faire. Après un temps de réflexion, elle proposait un bras de fer.

- Un bras de fer ?! S'étonnait le boucher

- Ouais. Et comme c'est moi qui en ai eu l'idée, je suis prête à mettre au défi n'importe lequel d'entre vous.

- N'importe qui ? Vraiment ?

- Ouais.

- Booooh... tu ne ferais pas le poids contre moi ! Fanfaronnait prétentieusement Krane

- Ah ouais ? Tu ne dis pas ça parce que tu aurais peur de perdre Krane ? Hum ? demandait-elle avec malice

- Oh ooh ! Elle te provoque ! Fait gaffe ! Se marrait Rustik face à son audace

- Moi je tiens pour elle ! affirmait Ingrid en se mettant derrière Adrianne

- Moi aussi ! L'imitait la jumelle

- Je soutiens Krane au cas où il perdrait. Ricanait légèrement le brun

- Hé ! Bonjour la solidarité !

- Alors Krane ? Tu te décides ? Relançait la concurrente

Les autres se marraient bien de son audace mais aussi de l'état dans lequel se trouver leur ami. Adrianne ne lâchait pas sa cible du regard et n'en décrochait pas son sourire. Si elle avait choisi le boucher, c'est pour le coup du seau de sang et pour toutes les remarques qu'il lui avait fait depuis son arrivée au village. N'ayant pas le choix, le concurrent se mettait en position, grimaçant face au regard déterminé et provoquant de la blonde. Rustik donnait le top et le duel commençait. Ils hallucinaient de voir que Krane n'arriver pas à faire flancher le bras d'Adrianne, malgré le fait qu'il se donnait à fond comme le montrer ses dents serrer, son teint qui changeait de couleur à cause de l'effort et ses grognements. Les encouragements allaient de bon train, jusqu'à ce qu'Adrianne remporte la partie, un sourire amusé et victorieux aux lèvres.

- Ouaiiiis ! bien jouer Adrianne !

- Tu nous as épatés !

- Merci... rougissait-elle

- Je ne savais pas que tu étais douée à ce truc !

- Douée, douée, euh... disons que je sais plutôt comment utiliser la bonne méthode pour par perdre, c'est tout.

- Bah faudra me la dire !

- Hihi. Plus tard, si tu veux.

- Ça va mon vieux ?

- J'ai mal à la main...

- Battu par une fille... Je n'en reviens pas ! Pouffait Ingrid

- Moi non plus !

- Hé ! T'est ma sœur je te rappelle !

- Et alors ? Ça ne veut pas dire que je suis censé te soutenir pour tout !

Les jumeaux se disputaient et se battaient à présent. Adrianne ne pouvait s'empêcher de rigoler discrètement et avec sincérité. Sans que les jumeaux ne se préoccupent des autres, Rustik et Ingrid se tournaient vers elle, lui demandant qui perdrait selon elle. Elle leur répondait Kogne, histoire de donner une chance à Krane. Ils regardaient alors le combat, et intérieurement, pour la première fois, elle se sentait bien en leur compagnie.

Elle ne regrettait pas d'avoir suivi le conseil d'Harold et de Killian.