Chapitre 6 – Une revenante

Dans le village voisin, les dégâts causés par la violente tempête demandaient pas mal de mobilisation de la part de tous. Harold et Gueulfor apportaient une grande aide au maréchal-ferrant. Ils étaient épuisés, courbaturé, et chaque instant de pause et de calme étaient savourés. Lors d'un moment de pause bien mérité, Harold se trouver sur son lieu de travail en train de manger son repas. Krokmou et Maximus se trouvaient juste à coté de lui, occupés à se rassasier et à se rafraîchir. Gueulfor, qui c'était absenté un instant, venait de revenir. Avec un soupir, il s'asseyait et entamait lentement son repas. Son attitude intrigué le jeune homme.

- Qu'est-ce qui t'arrive ?

- D'après mon pote, on va devoir rester un peu plus longtemps que prévu. Deux des ouvriers ce sont péter la jambe en chutant du toit de l'église.

- Comment ça ce fait ?

- À cause de la toiture qu'on croyait encore intact. Faudra la rechanger totalement par précaution.

- Génial... moi qui avais hâte de vite rentrer pour retrouver Adrianne... faudra qu'on reste encore plus longtemps...

- Désolé.

- Et combien de jour faudra rester en plus ?

- Je dirais... 3-4 jours. Moins, peut-être.

- Donc plus d'une semaine d'absence. Pff... J'espère au moins que tout va bien pour elle...

- C'est normal que tu t'inquiètes pour elle Harold. C'est ta future femme après tout.

- Y'a pas que pour cette raison. Elle n'a pas vraiment d'ami au village. Et les seuls personnes de son âge la détestent et lui font d'horribles farces. Mais ils ont exprimé leur regret devant mon père et moi, avant qu'elle ne revienne des bois. Si seulement elle pouvait s'entendre avec eux...

- Bah qui sait ? C'est peut-être déjà le cas en ce moment.

- Je n'en sais rien... même que je lui ai transmis le message, elle n'avait pas l'air convaincue. Et sans doute pas prête à les écouter, ni leur pardonner.

- Moi je suis sure que si Harold. Et la connaissant, elle a dû aller les voir pour te montrer sa bonne foi. Elle a confiance en toi. Si tu lui as dit qu'ils regrettent, alors elle te croit. Et à notre retour, je suis convaincu qu'on la reverra toute joyeuse avec plein de bonne nouvelle à nous raconter !

- J'espère que tu as raison. Comme elle n'allait pas bien, je n'avais pas trop envie de partir. Mais j'ai un travail et des responsabilités. J'ai dû faire un choix. Et puis... mon père veillera sur elle.

- Tu peux compter sur lui Harold. En cas de pépin, Stoik saura quoi faire. Et pas seulement pour elle, mais aussi... pour le village.

- Pourquoi tu dis ça d'un ton inquiet ?

- Parce que d'après les autres villageois, ou du moins d'après une voyante qu'ils jugent complètement marteau, la tempête qu'ils ont subie ici risquerait de revenir dans quelques jours. Soit ici, soit ailleurs. Et y'a qu'a prier pour qu'elle ne s'abatte pas sur le nôtre.

- Ouais, y a qu'a espérait...

- Mais ne t'en fais pas Harold. Tout ira bien. Et puis, tu sais... ce n'est que des suppositions d'une vieille dame qui peut voir dans une bouboule en verre. Mais personnellement, je n'y crois pas trop. Elle n'a pas su prédire que deux gars aller tomber du toit !

- Mouais, si on veut... Allez, bon appétit.

- Toi aussi.

Harold tâchait de mettre ses inquiétudes de coté pour pouvoir finir agréablement son repas avant de reprendre le travail. Il espérait sincèrement que son mentor ait raison.

oO*Oo

Les jours passaient à leur rythme. Les travaux au village voisin avançaient progressivement et chacun des villageois donnaient le meilleur d'eux-mêmes. Voir l'avancement des travaux rassurer Harold et Gueulfor. Avec de la chance, ils seront rentré avant. Mais ça n'empêcher pas le jeune forgeron de compter les jours qui le séparait de sa belle, ni de se faire du souci à son sujet. Par chance, le travail qui avait à faire lui permettait de ne pas y penser. Sauf lors des pauses et de son sommeil.

Adrianne s'ouvrait progressivement à la bande de la taverne, et se lier vraiment d'amitié avec Killian. Elle continuait d'aller passer quelque moment de la journée avec l'homme des bois, puis le soir, elle allait s'amuser avec eux avant de rentrer chez elle, épuisée, mais heureuse. Les habitants du village avaient remarqué son nouveau comportement et leur avis étaient différents. D'un côté, beaucoup d'entre eux étaient contents du résultat et de revoir la jeune fille sourire et de nouveau elle-même. Et de l'autre, certaines personnes la trouvaient trop vagabonde, absente, mystérieuse et avaient peur qu'elle ne tourne mal en fréquentant un établissement pareil.

Le lendemain de sa première soirée avec le groupe, elle c'était hâtée de vite rejoindre Killian pour tout lui raconter sur le déroulement de la soirée. Elle l'avait retrouvé comme d'habitude, au même endroit. L'archer était content du résultat, ne se gênant pas pour lui rappeler qu'il avait eu raison et qu'elle avait bien fait de l'écouter.

Après avoir passé la matinée avec lui et ne pouvant passer cette fois la journée à ses cotés, elle était rentré au village parce qu'elle avait plusieurs chose à faire. Elle devait retourner voir les couturières pour voir le résultat final de sa robe et l'essayait une dernière fois. Elle était ravie du résultat et n'avait pu contenir ses larmes de joie. En se contemplant dans le miroir, et pour la première fois depuis des mois, elle était heureuse de se voir ainsi, sans plus sentir une seule pensée négative. Elles ne faisaient plus de cauchemars, elle n'était plus persécutée par les autres. Elle se sentait revivre, de nouveau elle-même. Heureuse.

Après ses essayages, elle c'était rendue à la mairie pour discuter avec Stoik au sujet de l'avancement des préparatifs. Comme c'était rare qu'ils ne soient rien que tous les deux, il y avait un petit malaise, mais qui était vite oublié quand Stoik commençait à énumérer les points importants. Mais au bout d'un moment, ça devenait long et elle ne prenait plus trop gout à la conversation.

- Qu'est-ce que tu en dis si on procède comme ça ?

- Hum ? de quoi ? fit-elle distraite

- Pour la disposition des tables voyons !

- Ah. Oui oui ça ira. Je vous fais confiance.

- Qu'est-ce que tu as ? S'inquiétait-il

- Rien Stoik. C'est juste... que ce n'est pas pareil sans Harold. Il devrait être là avec nous pour parler de tout ça. Je n'ai pas envie de prendre toutes les décisions pour la cérémonie... je veux qu'il me dise ce qu'il veut, ce qu'il ne veut pas... je veux son opinion pour tout.

- C'est tout à fait normal je peux comprendre. Mais là, il aide des gens dans le besoin. Moi aussi j'aimerais qu'il partage ses avis pour le mariage. Mais c'est la semaine prochaine que vous vous marié. Et comme il sera revenu bien avant et qu'il restera sans aucun doute des tas de choses à confirmer, il pourra donner ses avis.

- Hum hum...

- Après, voit cette situation comme un moyen de l'impressionner. De lui faire une surprise. De lui montrer que tu es capable de gérer parfaitement ces choses-là sans lui.

- Je sais, je sais... est ce que ce sera tout pour aujourd'hui ?

- Euh... oui je pense, j'ai fait le tour de ma liste. Mais tant que tu es là, j'aimerais te parler d'un tout autre sujet.

- Lequel ?

- Celui de ta nouvelle amitié avec Rustik et les autres. Rassures-toi, je ne suis pas là pour te blâmer. Au contraire, je suis très content de voir que ça s'est arrangé entre vous tous, mais prend garde quand même Adrianne. D'accord ? Formulait-il avec un sourire

- D'accord. Bon. Je vais y aller.

- Entendu. Et souviens-toi que si tu as besoin...

- Je sais, Stoik. Je sais. Merci encore de vous inquiéter pour moi, c'est très gentil mais je n'ai besoin de rien pour l'instant. Sauf qu'Harold revienne vite. Bonne journée à vous. Souriait-elle avant de partir.

- Toi aussi. À bientôt.

Sortant de la mairie, elle rentrait chez elle pour aller déjeuner avec Lucienne. Elle était restée avec elle tout le reste de la journée, avant d'aller retrouver ses nouveaux amis à la tomber de la nuit.

Le lendemain après midi, Adrianne était parti rejoindre Killian, comme c'était prévu. Marchant tranquillement dans les bois, protégés du soleil grâce aux immenses arbres et à leurs feuillages qui commençaient à s'ouvrir, Killian lui parlait cette fois de son pays. Ils lui racontaient tout ce qu'il y avait à dire sur l'Angleterre, de la nourriture, des traditions, des paysages, des bâtiments et de toutes autres choses qui pourraient intéresser la jeune fille. Adrianne buvait ses paroles, totalement captivée par ses récits.

- Incroyable... ça doit être merveilleux à voir ! Maintenant que tu m'en as parlé, je ne peux m'empêcher de vouloir voir ce lieu pour de vrai. Voir depuis ces hautes falaises le coucher de soleil se refléter sur le vaste océan... disait-elle d'une voix rêveuse

- Tu peux voir ces choses ici Adrianne. Dans les villes portuaires, c'est possible.

- Oui, mais c'est surement très différent !

- Tout est pareil partout. De l'océan au coucher de soAAAAAAAAAAAH !

- KILLIAN ! S'exclamait-elle surprise

Killian venait de se prendre les pieds dans un piège ! Résultat, il était suspendu par les pieds. Voulant saisir sa dague pour couper la corde, cette dernière venait de glisser de son fourreau pour tomber au sol, sans qu'elle tombe sur Adrianne et sans que son propriétaire ait le temps de la rattraper

- Aah ! Damn it ! grommelait-il

- Ça va ? S'inquiétait-elle, même si c'était un peu drôle à voir.

- Yes ! Je suis juste suspendu à un piège que j'ai installé pour attraper une bête et dont j'ai oublié l'existence et la position exacte à force de te parler de mon pays !

- Dis que c'est de ma faute ? reprochait-elle

- Un peu !

- Rha la la... dans ce cas, je vais me faire pardonner. Souriait-elle

- What ?

- Je viens te sauver ! Bouge pas !

S'emparant de la dague en premier, elle entreprenait ensuite d'escalader l'arbre pour atteindre la branche à laquelle Killian était suspendu. Même à l'envers, il gardait son calme et regarder la blonde grimper de branche en branche avec aisance, ce qui l'impressionner. Arrivée à la branche, elle s'y agripper afin de s'avancer vers le milieu et de couper la corde. Penchant la tête, elle s'adressait à lui avec le sourire et une pointe d'humour.

- Ready ?

- Not really.

- Bon bah... good luck ! Ricanait-elle à moitié

À force de le côtoyer, elle commençait à savoir prononcer assez facilement quelques mots. Adrianne était du genre à apprendre très vite. Elle coupait alors la corde et regarder Killian chuter vers le sol, serrant les dents en le voyant affaler par terre et rager dans sa propre langue natale.

- Ça va en bas? Souriait-elle

- Je suis obligé de te répondre ? grommelait-il

- Hihi, c'est bon je descends ! Tu pourras mieux me râler dessus !

Elle refaisait le même principe mais à l'envers, sauf que la branche, qui n'était pas très épaisse, commençait à craquer. Elle l'avait entendu et avait cessé tout mouvement. Sentant l'inquiétude venir, elle se mettait à réfléchir. Si elle bougeait encore, la branche céderait. Et comme elle se trouvait à une petite hauteur, il y avait un risque qu'elle se blesse si elle tombait. Posant son regard sur Killian qui semblait aussi inquiet, une idée lui vint alors en tête

- Killian !

- Quoi ?

- Rattrape-moi !

N'attendant pas une réponse de sa part, elle lâchait prise et Killian la rattrapa de justesse dans ses bras. Sous l'effet de la vitesse, leurs deux fronts se cognèrent l'un contre l'autre, avant qu'ils ne s'affalent sur le sol herbeux. Ils se séparaient à cause de la douleur du choc, sauf qu'en plus, Adrianne saignait du nez. Se redressant pour s'asseoir, elle grimaçait à cause du sang et de la douleur.

- Oh super...

- You're okay ?

- Oui, ça va. Je saigne c'est tout. répondait-elle d'une voix neutre

- Tiens.

Il lui tendait un bout de chiffon pour qu'elle éponge son nez. De son autre main, elle frottait son front pour faire passer la douleur. Elle remarquait aussi qu'il la regardait avec étonnement.

- Quoi ?

- Tu m'as fait confiance.

- Euh... oui, et alors ?

- Comment tu savais que j'allais te rattraper à temps ?

- Parce que j'ai confiance en toi, tout simplement. Bon maintenant... je saigne un peu et j'ai le front qui me lance, mais sinon ça va. Souriait-elle

- Tu ne devrais pas me faire confiance, Adrianne...

- Ah bon ? Et pourquoi ?

- Parce que tu ne me connais pas ! Qui te dit que j'aurais su te rattraper comme il faut ? Que tu n'aurais rien eut de grave si j'avais échoué ?

- Je vais me répéter, mais c'est parce que je te fais confiance et aussi parce que tu es un ami. Et j'ai confiance en mes amis.

- But...

- Roh ça va Killian ! Après tout, toi aussi tu m'as fait confiance quand j'ai grimpé pour aller te détacher, non ? Souriait-elle

- Oui mais... tu as raison. Désolé. Je suis seul depuis un moment. J'ai oublié ce que c'était la confiance envers les autres. Merci de me le rappeler. Souriait-il en retour

- De rien !

- Okay. Ça va ton nez ?

- J'ai eu pire, t'en fais pas. La dernière fois que j'ai saigné du nez, j'avais vraiment mal parce qu'Alvin m'avait donné une baffe bien violente en pleine figure. Résultat, j'ai fini à terre, en pleure, et je saignais de la bouche et du nez.

- Alvin... murmurait-il

Il venait de se rappeler de lui, de ses manières, son horrible attitude, son langage et de son plan. Et maintenant qu'elle venait de lui donner et prouver sa confiance, il se rendait compte que l'étape suivante serait pour la prochaine fois. Cette idée ne l'enchantait pas, et il en fronçait le regard. Mais elle ne semblait pas l'avoir remarqué puisqu'elle enchaînait ses explications.

- Oui. C'était l'ancien shérif du village. Suite à un coup monté contre moi et ma famille, moi et Harold, on a découvert à temps que c'était lui le coupable. Le maire s'apprêtait à le faire pendre, mais par... bonté, j'ai supposé l'idée qu'ont l'envoie au bagne. Et comme son fils à tenter de tuer Harold, et que leur complice, Astrid, c'est fait prendre aussi, ils ont subi le même sort.

- Pourquoi tu as fait ça ? Je veux dire... dans quel véritable but ?

- Parce que je ne voulais pas qu'ils meurent. Je ne voulais pas qu'ont soit comme eux. C'est vrai que ma famille aurait été vengée, mais ça n'aurait pas servi à grand-chose. Je voulais plutôt... qu'ils regrettent tous les trois ce qu'ils ont fait, et que le bagne les aide pour ça.

- Et tu crois que c'est le cas ?

- Je ne sais pas. Personne ne sait ce qu'ils sont devenus. Mais j'espère que ma décision de les avoir laissés en vie aura permis ça...

Son regard croisait le sien. Elle remarquait qu'il la regardait bizarre, et automatiquement, le rouge lui montait aux joues.

- Oui je sais, ça peut être nul comme raison après tout ce qu'ils ont fait de mal, mais...

- Non. Pas du tout. C'est noble. Tu es bien plus forte qu'eux, n'ai pas honte de ça.

- Merci Killian. Rougissait-elle

Levant son regard vers la cime des arbres, son regard se posait sur la branche cassé. En jugeant la hauteur entre la branche et le sol, elle exprimait un léger rire.

- Quand je pense que tu craignais qu'il m'arrive quelque chose de grave si j'avais atteint le sol ! Vu la hauteur, je n'aurais pas eu grand-chose !

- Si tu le dis. Mais bon. Je dois te dire que ça m'a impressionné de te voir grimper à cet arbre avec aisance malgré le fait que... que tu... euh...

- Que quoi ? Que je sois une fille ?

- Oui. Mais aussi du fait que tu portes une robe et que tes cheveux soient longs et détachés.

- Ah ? Bah ça ne m'a jamais gêné pour grimper aux arbres.

- Et pourtant crois-moi, c'est bien plus simple avec un pantalon. Si les filles intrépides comme toi s'habillaient comme nous, vous ne pourrez plus vous en passer.

- Attend... quoi ?! Une femme avec... des vêtements d'hommes ? Mais... c'est absurde ! On se ferait traiter de démons ou de... de folles et on se serait déjà fait exécutées ! Ce ne serait pas bien vu du tout crois-moi.

- Mais imagine que ce soit possible un jour ?

- Bah ce n'est pas prêt d'arriver ! Ricanait-elle un peu moqueuse

- Dommage. Pour beaucoup de choses, les pantalons sont bien plus pratiques qu'une robe. Pour monter à cheval, courir, grimper aux arbres, chasser ou encore se battre. Les robes... c'est joli, ça apporte un côté séduisant, mais bon. Je vois que ça comme bon côté.

Killian venait d'avoir une idée qui pouvait aider Adrianne pour plus tard. Et il savait comment s'y prendre pour qu'elle accepte de le faire. Lui lançait un défi. Vu qu'elle n'avait pas refusé de manier l'arc et de chasser, elle n'allait pas refuser ce défi.

- Mais toi qui es de nature intrépide, ça m'étonne que tu sois réticente à cette idée ! Et je suis sure que tu n'as jamais essayée d'en porter. Rétorquait-il d'un ton moqueur

- Qui te dit que ce n'est pas déjà le cas ?

- Humph. J'en doute fort.

- Je te dis que si ! Mentait-elle

- Ah oui ? Alors je suppose que quand tu viendras me voir demain, je te verrais habiller comme un homme ?

- Hin. Et mes cheveux alors ? Hum ? Tu veux que je les coupe aussi court que toi tant qu'on y est ?

- Non, quand même pas. Mais une longue tresse, ça serait mieux.

- J'ai horreur des tresses. Rétorquait-elle sèchement

À ses yeux, la tresse symbolisait la coiffure d'Astrid, mais aussi la dernière coiffure que ses petites sœurs, Rose et Violette, lui avait faite le jour du tournoi équestre. Hors de question qu'elle se coiffe comme ça pour le restant de ses jours.

- Très bien, très bien, alors autre chose comme euh... comment vous appelez ça... un chignon ! Ou laisse tes cheveux longs, c'est comme tu veux. Alors ?

- Pff. Très bien. Je viendrais habiller comme un homme.

- Perfect ! Tu verras que tu ne voudras plus t'en passer !

- C'est ce qu'on verra. Bon aller. Il commence à se faire tard et faut que je rentre.

- Tu comptes passer à la taverne ?

- Oui. Aussi bizarre que ça puisse être, je me sens bien avec eux. On rigole bien, on a de bonnes discussions, on s'amuse bien et... je ne ressens plus rien de mauvais envers eux. Tu avais raison de m'encourager à y aller. Grâce à toi et à eux, je me sens... de nouveau heureuse, comme avant.

- Je n'en doute pas. Bon aller, en route.

- Au fait... tiens.

Elle lui avait rendu sa dague avant qu'ils n'empruntent le chemin du retour dans la bonne humeur et de nouvelles histoires.

oO*Oo

La nuit était vite tombée cette nuit là. Le ciel c'était vite retrouvée couvert de nuage gris, rendant la soirée assez froide. À la taverne, le froid de l'extérieur n'atténuer en rien l'ambiance chaleureuse. Et comme personne ne voulait sortir, ils restaient au chaud et consommer davantage. Et pour ceux qui se trouvaient dehors, il n'y avait pas meilleur endroit pour se réchauffer.

Un voyageur à l'allure assez maigrichonne venait d'entrer dans le bâtiment. Il portait une cape de voyage noire et épaisse, et son visage était encapuchonné. N'importe qui ne pouvait voir que le bas de son visage, aussi maigre et fin que son corps. Ça devait être un jeune homme. En rentrant, il avait laissé un courant d'air glacé parcourir la vaste salle. Les clients protestaient mais l'étranger semblait totalement indifférent. Allant jusqu'au comptoir, et s'asseyant à deux sièges d'un autre client, Rustik s'adressait à lui.

- Bonsoir. Qu'est-ce que je vous sers ?

- Bière. Répondit-il d'une voix rauque

- Ça marche. Tenez.

- Merci.

- Alors mon gars ? Qu'est-ce qui vous amène par ce temps ?

- Je viens voir une amie, tavernier.

- Ah ? Et qui est-ce ? Peut-être qu'en échange d'une pièce, je pourrais vous dire si je la connais et où la trouver ? proposait-il avec un sourire

- Hin... tu fais payer tes services maintenant ? Ricanait l'étranger

Il avait parlé à voix basse pour pas qu'on l'entende. Sa voix semblait comme un murmure. Un murmure glacial. Intrigué par cette attitude, Rustik faisait presque de même. De toute manière, les clients étaient trop préoccupés à boire leurs propres boissons pour dire de s'intéresser à sa conversation avec un étranger.

- Comment ça maintenant ? Qu'est-ce qui vous permet de...

- Je me permets de dire ça parce que je sais comment tu fonctionne Rustik. Astucieux comme procédé, si on veut remplir davantage ses caisses.

- Mais vous êtes qui à la fin ?

- Tant d'années à me fréquenter, et tu n'es même pas capable de me reconnaître. Remarque ça se comprend, après ce que des mois de misère ont fait de moi.

- Au lieu de parler par énigmes, dis-moi ton nom plutôt. Parce que si toi tu me connais, moi ce n'est pas le cas.

- Mon nom ? Hin. Reste muet, ça vaut mieux. Prévenait-il en dirigeant ses mains vers sa capuche, tout en ayant un petit sourire en coin

- Mieux ? Pff ! Je ne vois pas ce qui... non...

La capuche légèrement dégagée du visage, Rustik venait se croisait le regard de l'étranger et s'en était presque figé de stupeur, ou d'effroi. Ce regard bleu unique, ce sourire en coin... croyant à un mirage, il réalisait que c'était Astrid qui se tenait à son comptoir, et qui lui indiquait silencieusement de rester calme. Continuant de travailler comme à son habitude, Rustik constatait que personne n'avait rien remarqué. Et personne ne les regardaient de toute façon.

- J'n'en reviens pas...

- Je comprends. Ça peut paraître... choquant, quand on si attend pas.

- Tu cherchais Ingrid c'est ça? Chuchotait-il

- Tout à fait.

- Dans ce cas, monte vers la chambre. Je m'occupe de vider les lieux et de t'amener les autres.

- Entendu.

Astrid empruntait les escaliers alors que Rustik s'occuper de faire sortir ses clients. Râlant de nouveau sur le fait de se faire expulser de leurs lieux sacré, Rustik fournissait l'excuse qu'un vieil ami d'enfance venait d'arriver et qu'ils avaient de sérieux comptes à rendre. Et rien que cette raison suffisait à les rendre compréhensif et les faire sortir sans problème. Mais parmi la clientèle, se trouver Sauvage. Son regard demeuré toujours songeur depuis qu'il l'avait posé sur l'étranger. Rien qu'à son odorat, il avait reconnue l'odeur d'Astrid. Pas la peine de le leurrer avec des habits d'hommes. Mais que faire de cette information ? La fournir à Alvin et Gaspard ? Pourquoi pas. En sortant, c'était devenu son objectif premier.

Une fois tout le monde dehors, Rustik fermait les volets et les lumières avant de monter à l'étage en compagnie des filles et de Krane. Gardant le silence face à l'interrogatoire de ces derniers, quel n'était pas leur surprise en la voyant dans la première chambre du couloir, vivante, en chair et en os, mais littéralement différente.

Elle avait maigri. Et ça rendait son visage autrefois doux et charmeur, dure et sévère. Ses cheveux si beaux et bien coiffés d'une natte sur le côté, étaient coiffés d'une longue queue-de-cheval tirée vers l'arrière. Fini l'élégance et les belles tenues. Elle portait à présent des bottes noires, un pantalon noir, une chemise blanche, et un plastron rouge qui dissimulé aux yeux de tous qu'elle était une femme. Et en guise d'arme, elle avait un pistolet et une épée.

Peu importe sa nouvelle apparence et folles de joie de la revoir, Ingrid et Kogne lui sautaient au cou, ce qui faisait légèrement sourire Astrid.

- Astrid ! T'est revenue ! S'exclamaient-elles

- Chuuut. Moins fort. Conseilla-t-elle

- Désolée. Mais... comment tu... ?

- C'est une très longue histoire. Mais avant, est-ce que je pourrais... chut ! C'est quoi ça ?

Elle entendait frappait à la porte de la taverne. Et son regard se fronçait instantanément quand elle entendait une voix féminine appeler Rustik et les autres.

- Rustik ? Ingrid ? Ouvrez ! C'est moi, Adrianne !

- Qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'est-ce qu'elle fabrique ici à cette heure à tambouriner à la porte ?! Et pourquoi elle vous appelle d'une voix toute gentille?!

- Euh... tu ne vas pas nous croire. Grimaçait légèrement Krane

- De quoi ?! Qu'est-ce que vous...

En voyant alternativement leur regard, elle comprenait qu'ils avaient commis un affront. Un affront qui la venait de la mettre dans un état de froideur et de dégoût total

- Non... vous êtes devenus amis ? Sérieusement ?! Vous êtes devenus amis avec cette... bouseuse de première ?!

- Elle n'est pas si méchante que ça tu sais.

- Mais ça m'est égal ! Vous n'aviez pas à devenir amis avec elle ! Pas après tout ce qu'elle m'a fait !

- Tu es en vie grâce à elle. Si elle n'avait pas convaincu Stoik, tu serais morte depuis longtemps, six pieds sous terre à te faire bouffer par des vers.

- Ooooh. Parce que je suis en vie je dois lui pardonner, c'est bien ça ?

- D'une part, oui. Écoute. Sa vie va changer et nous avons tous voulu prendre un nouveau départ. Et puis...

- Je m'en fiche ! Si elle, elle a tout le bonheur qu'elle souhaite, moi, j'ai tout perdu ! Regarder ce que je suis devenu ! Obliger de me faire passer pour un homme ! Alors faite que la situation change entre vous et faite la dégager d'ici ! Qu'elle comprenne que c'était encore un mauvais tour.

- Astrid... soupirait Ingrid

- Aller ! Ou je n'hésiterai pas à tous vous tuez si vous abuser de ma patience ! Les menaçait-elle de son épée

Elle venait de leur procurer à chacun un frisson d'effroi. Jamais ils ne l'avaient vu ainsi, ni aussi sérieuse. Se résignant à ne pas vouloir faire souffrir Adrianne, ils allaient tous les quatre à la fenêtre, un seau d'eau glacée à la main. Repérant où elle se trouvait, Rustik déversait sur elle le contenu du sceau. Adrianne exprimait un cri de surprise et d'horreur à cause du choc de température. Elle était complètement trempée et frigorifié. Ne comprenant pas pourquoi elle venait de subir ça, c'est en levant les yeux vers la fenêtre du premier étage qu'elle voyait le groupe se moquer ouvertement d'elle.

Les rires et les sarcasmes étaient de retour. Se sentant trop stupide d'avoir été si naïve, elle rentrait chez elle, indignée et de nouveau blessée. Le groupe continuait de se moquer jusqu'à ce qu'elle soit plus visible, avant de refermer la fenêtre et d'abaisser le rideau.

- Bien. À présent, asseyez-vous. J'ai une longue histoire à vous raconter. Informait Astrid en allumant une bougie.