Chapitre 9 – Recherches

Le lendemain, tout le monde au village débutait sa journée comme à son habitude. Personne ne semblait avoir remarqué quoi que ce soit d'inhabituel ou de douteux durant la nuit.

La vieille Lucienne avait dormi jusqu'à très tard dans la matinée et ne semblait pas avoir entendu Adrianne rentrer, exprimer sa colère et encore moins partir par la fenêtre. Passant devant la chambre de la jeune fille, l'idée d'aller frapper et d'aller la voir ne lui effleurait pas l'esprit.

- Je ne vais pas la réveiller. Le mariage approche, je vais plutôt la laisser dormir. Elle en a bien besoin. Souriait-elle en descendait l'escalier.

La vieille dame s'affairait à ses petites affaires quotidiennes, laissant les heures s'écoulaient sans se douter de quoi que ce soit. Mais quand viens au moins le début d'après-midi, un sentiment étrange l'envahissait.

- Étrange quand même. Je veux bien qu'une personne dorme et qu'elle est besoin de sommeil, mais de là à dormir jusqu'à cette heure...

Curieuse et inquiète, elle remontait prudemment l'escalier jusqu'à la chambre de la future mariée, pour frapper à la porte avec douceur.

- Adrianne ? Tu es réveillée ?

Pas de réponse. Son sentiment d'inquiétude s'intensifiait, et c'est avec hésitation qu'elle se risquer à vouloir entrer.

- Adrianne, ce n'est pas que je ne veuille pas te laisser dormir même si tu en as besoin, mais... hein ? Qu'est-ce que... ? Adrianne ?

Elle constatait que la porte était fermée. Insistant encore un peu en continuant de l'appeler et de frapper à la porte, elle commençait vraiment à s'inquiétait en entendant aucune réponse aucun bruit à l'intérieur. Et comme elle ne pouvait pas rentrer de l'extérieur, il n'y avait qu'une solution. Voir un parent proche. Et le seul qui restait au village était Stoik.

Se rendant prudemment jusqu'à la mairie, puis jusqu'au bureau de Stoik, c'est avec un sourire qu'il accueillait la petite dame.

- Aaah ! Lucienne ! Comment vas-tu ? J'espère que ta jambe te fait moins souffrir ?

- Stoik, j'ai un souci.

- Un souci ? De quel genre ?

- C'est Adrianne.

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Je ne sais pas si je dois m'inquiéter mais... elle s'est enfermé dans sa chambre et ne répond à aucun de mes appels. Et je n'entends aucun bruit !

- Étrange en effet. Depuis quand elle est dedans ?

- Depuis hier soir je pense, je ne l'ai pas entendu rentrer. De plus, on ne peut fermer la chambre que de l'intérieur. Et ça m'inquiète Stoik ! Ce n'est pas son genre de faire ça ! Comme je ne peux rien faire de plus et que vous êtes son seul parent proche présent, j'ai pensé que vous pourriez venir la voir ?

- Tu as bien fait. Allons-y.

De retour chez elle, elle emmenait le maire jusqu'à l'étage pour le laisser faire une tentative.

- Adrianne ? C'est moi, Stoik. Ouvre s'il te plaît. Lucienne s'inquiète pour toi. Demandait-il avec calme et patience.

Il laissait quelques secondes passaient avant de froncer le regard et de renouveler son appel.

- Adrianne ? Répond et ouvre cette porte s'il te plaît.

Encore une fois, pas de retour. Trouvant cela vraiment curieux, il collait son oreille contre la porte en l'appelant encore une fois.

- Adrianne ?

- Vous voyez Stoik ! D'habitude, je ne suis pas obligé d'en arriver là pour qu'elle me réponde ou qu'elle sorte !

- C'est curieux en effet. Je n'entends rien en plus !

- J'ai un mauvais pressentiment...

- Moi aussi. Lucienne... reculez, s'il vous plait.

Elle comprenait son intention et reculé légèrement tandis que Stoik enfonçait la porte a l'aide de ses gros bras musclé. Résultat, la porte était sortie de ses gonds et le bois avait craqué, rendant la porte inutilisable.

- Oops.

- Quelle force monsieur le maire... complimentait-elle tout de même avec un sourire.

- Euh... merci. Et euh... Désolé. Je vous dédommagerai pour la porte. Bon. Où en... oh ?

Stoik était surpris de ne voir personne dans la pièce et encore moins dans le lit. Mais ce qui l'étonnait le plus, ainsi que la vieille dame, c'était de voir la robe d'Adrianne au sol.

- Qu'est-ce que ça veut dire... qu'est-ce que ça fait par terre sans sa propriétaire à l'intérieur? murmurait-il en s'abaissant, la robe dans ses mains

- Euh... Stoik ?

- Quoi ? Vous avez trouvé quelque chose ?

- Oui. Les vêtements de mon défunt mari ne sont plus dans son armoire... Répondait-elle en montrant l'armoire vide.

- Mais alors... ça voudrait dire que... non. Je ne peux pas le croire... Elle aurait donc...

- J'en ai bien peur. Confirmait-elle

- Et de ce fait, elle se serait sauvée par la fenêtre. Ce qui explique que la chambre était fermée et qu'Adrianne n'était plus là. Reste à savoir ce qui s'est passé hier soir et pourquoi elle aurait revêtit des vêtements d'homme, ce que je trouve très... bizarre, pour finalement se sauver sans rien dire et de cette façon.

- Vous allez faire quoi ?

- Voir les jeunes à la taverne. Et selon ce qu'ils me disent, je verrais bien. Quant à vous, restez ici au cas où elle reviendrait. Je vous tiendrai informé, ne vous en faite pas.

- Entendu.

Stoik se rendait sans plus attendre à l'établissement de Rustik le plus naturellement et calme possible. Mais intérieurement, ça le rendait furax d'imaginer que Rustik et sa bande soient de nouveau responsables d'un accident qui aurait poussé sa future belle fille à agir ainsi. Dès qu'il était entré et que Rustik soit dans son champ de vision, il exprimait directement un ordre.

- Rustik ? Faut qu'on parle.

- Maintenant ? Au cas où vous ne le voyez pas monsieur le maire, j'ai des clients assoiffés qui ne tarderont pas à me réclamer une autre...

- Demande tout de suite à Ingrid de te remplacer. Le coupait-il sèchement

- Bon... très bien. Ingrid ? Viens me remplacer ! L'appelait-il

- J'arrive ! répondait-elle à l'autre bout de la salle

Une fois seul avec Rustik à l'arrière de la salle, Stoik allait directement au but de sa visite.

- Je vais être direct. Où est Adrianne ?

- Qui ? Ah. Elle ? Eh bien... comment dire... euh... Bon. Je ne vais pas vous mentir Stoik. Comme vous avez dû le savoir, on a tous fait un geste envers elle. Au début, on s'entendait bien, mais progressivement, on sait tous rendus compte que ça ne collerait pas.

- Ça ne collerait pas ? répétait-il étonner mais septique

- Pff... Je vais être franc Stoik. Adrianne nous gonfle ! On n'arrive vraiment pas à la supportez ! Et Dieu sait si on a essayé ! Se défendait-il avec sincérité

Rustik se devait de mentir de façon convaincante. Il ne pouvait pas dire que la vraie raison de cette attitude envers sa belle-fille était due au retour secret d'Astrid.

- Vous l'avez vu quand pour la dernière fois ?

- Hier soir. Elle est venue ici pour nous voir mais... comme personne ne voulait lui dire la vérité, on a... pff... commit une autre farce moins méchante.

- Moins méchante ? Qu'est-ce que vous entendez par là ?

- Genre un seau d'eau froide sur la tête avec quelques éclats de rire et des moqueries. C'est tout. On ne voulait pas en arriver là, mais... on ne savait pas quoi faire d'autre.

- Ah vraiment ?

- Oui.

- Non mais vous avez quel âge ?! Un seau de sang, puis un seau d'eau glacée ! Il vous est pas venue à l'esprit que lui dire la vérité en face de façon civilisée pouvez faire beaucoup moins mal que ce que vous avez fait ?! Quand est-ce que vous allez mûrir et vous comportez de façon responsable ?!

- On est désolé Stoik, mais...

- Vous pouvez être désolé bande d'imbéciles ! Par votre faute, elle s'est sauvée et on ne sait pas ou elle est ! Et le pire, c'est qu'on ne sait pas depuis quand elle est partie! Si ça se trouve, elle est déjà loin du village !

- Stoik, je...

- En tout cas mon gaillard, je peux vous jurer que si jamais on ne la retrouve pas avant le retour d'Harold, vous aller tous passez un sale quart d'heure et vous regretterez vraiment ce que vous avez fait ! Alors maintenant, est-ce que tu as une information importante à me fournir ? Où aurait-elle pu aller ?

- Je peux vous jurer que je ne sais pas où elle est, Stoik. Tout ce qu'on sait, c'est que ces derniers jours, elle se rendait beaucoup en forêt. Mais pourquoi, ça, on n'en sait rien.

- Merci. Si tu as de nouvelles infos, envoie-moi quelqu'un pour me les donner. Compris ? ordonnait-il sévèrement

- Compris. Déglutissait-il

Stoik se rendait de nouveau à la mairie, laissant Rustik dans un état songeur. Astrid avait-elle réussi à avoir ce qu'elle voulait ? Ce qui expliquerait pourquoi elle n'était pas revenue ? Ou alors était-ce pour une autre raison qu'Adrianne était partie ? Peut-être pour rejoindre Harold ? Qui sait. Retrouvant son allure naturelle sans montrer sa contrariété pour la conversation qu'il venait d'avoir, il s'en retournait à son travail. Bien entendu, Ingrid le questionnait discrètement.

- Il voulait quoi ?

- Adrianne est introuvable. J'ai dû dire ce qu'on a fait hier soir sans évoquer tu sais qui.

- Aie aie aie... j'espère que ça va pas nous retomber dessus...

- Faut espérait que non. Il m'a clairement dit que si on ne la retrouve pas avant le retour d'Harold, on va prendre cher. Très cher.

- Rustik...

- Mais tout ira bien si on la boucle. Alors sourit naturellement et retourne en salle

- D'accord... mais... Rustik ?

- Hum ?

- Tu crois vraiment qu'elle est... déjà... enfin, t'a compris ? demandait-elle avec une pointe d'inquiétude

- Je sais. Mais ça ne nous concerne plus. Maintenant, va.

La brune hochait la tête et retournait à son travail, ainsi que Rustik. Et sans que personne ne se doute de quoi que ce soit, la taverne venait de vite retrouver son ambiance habituelle.

De son coté, le maire se préparer pour faire une recherche en forêt. Avant de passer prendre son cheval à la mairie, il passait d'abord à la forge prendre deux trois choses utile au cas où. Et puis au fond de lui, Stoik avait le sentiment qu'il devait se rendre en premier là-bas. Une intuition sans doute. Peut-être se trouver-t-elle ici, cachée ? Mais en rentrant à l'intérieur, il poussait un léger soupir déçu en ne voyant personne.

- Non mais qu'est ce que je croyais ?

Prenant ce qu'il était venu chercher, son regard se poser sur la lettre et la bague laisser sur la table. Avec curiosité, il prenait entre ses gros doigts l'objet délicat pour le regarder de plus prêt. Il le reconnaissait immédiatement, et avec crainte, il s'emparait de la lettre pour la lire. À la fin de sa lecture, son visage exprimait un tel sentiment de tristesse qu'il était obligé de s'asseoir pour faire le point et prendre une décision.

- Bon sang... qu'est-ce que je vais faire... qu'est-ce que je vais bien pouvoir dire à Harold quand il va rentrer et qu'il verra ça... ? En attendant, je n'ai pas d'autre choix que de garder tout ça pour moi, de ne rien dire et d'aller la chercher. J'espère la retrouver assez vite, sinon Harold m'en voudra à jamais d'avoir échoué...

Stoik soupirait longuement avant de se ressaisir et de partir à la recherche de la jeune fille dans les bois.

oO*Oo

Adrianne était réveillée bien avant l'heure où Lucienne avait tambouriné à sa porte. Depuis l'heure du midi en fait. Et ce n'était pas la lueur du soleil, ni les bruits de la forêt, ni un rat ou une autre bestiole qui l'avait réveillé, mais les gargouillis de son estomac. Son dernier repas remontait à la veille vers midi, et depuis, elle n'avait rien avalé et la faim se faisait sentir. Et davantage à cause de son état...

C'étant retrouvé allongé sur la pierre et non assise, elle prenait son temps pour se lever et se réinstallait confortablement. Ignorant avec le nez plissait son estomac, ainsi que sa soif et ses courbatures, elle jetait un regard à ses blessures. La bonne nouvelle, c'est qu'elles étaient toutes plus ou moins cicatrisées. Le sang avait séché et ça faisait comme des grosses croûtes. Ses yeux lui faisaient moins mal, et en touchant du bout des doigts ses joues, elle grimaçait face à la douleur encore présente mais c'était moins pire qu'hier. Refusant de rester assise et de s'encroûter sur place, elle se lever non sans souffrir et faisait quelques pas. C'était dur de marcher à cause de la douleur et de la faim, mais la jeune fille ne s'avouer pas vaincu. Cherchant du regard de quoi manger ou boire, c'est avec tristesse qu'elle ne voyait rien de comestible à ses pieds. Pas même du feuillage ou une flaque d'eau. Il n'y avait que l'odeur du rat crevé qui se faisait sentir et Adrianne s'empressait d'aller l'enterrer avant de vomir le peu qu'elle avait dans l'estomac.

Après ce travail des plus écœurants, elle jetait de nouveau un regard vers la sortie. En hauteur, elle apercevait de la verdure. Mais pour l'atteindre, fallait escalader de nouveau. Et autant essayer une nouvelle méthode. Trouvant au sol deux bouts de bois épais qui serviraient de pilier et se sentant plus apte à escalader que la veille, elle prenait une profonde inspiration avant d'escalader la paroi. Malheureusement, c'était tout aussi éprouvant. Et inutile. Pour preuve, enfoncer le bout de bois dans le mur de terre n'était pas compliqué, mais se hisser dessus ne servait à rien vu que le pilier s'extirper tout seul du mur dès qu'Adrianne se hisser dessus. Jugeant cette tentative inutile, elle décidait de revenir à sa première méthode et d'escalader le mur à même les mains.

Mais comme la fois précédente, c'est à mi-chemin qu'elle retombait au sol, tout ça parce que le mur se détériorer dès qu'elle s'y agrippait. Retomber à terre après avoir dévalé le mur sur tout le long de son corps n'arrangeait rien à son état. Déjà, elle c'était refait mal en tombant sur son bras et son état émotionnel en avait pris un coup.

- Aie...la poisse... comment je vais faire pour sortir de là moi... et je ne vais pas y arriver dans cet état... tss... c'est sans espoir ! Dès que j'essaie, j'échoue ! Saleté de mur et saleté de piège à la... aie ! Oh, mon bras... grommelait-elle en se remettant sur les pieds tout en maintenant son bras gauche

Le muscle de son bras était froissé et ça la contraignait à ne pas retenter de grimper.

- Génial... si je ne peux pas sortir... y'a qu'à espérait que quelqu'un me cherche et me trouve avant que je... je sois...

Tombant à genoux par terre, elle succombait de nouveau au chagrin face aux tristes pensées qui assaillait son esprit. Elle ne voulait pas mourir dans ce trou. Elle voulait revoir tellement de choses comme le ciel, la forêt, Krokmou mais aussi et surtout Harold qui lui manquait terriblement. Et l'angoisse qu'elle ressentait pour lui n'arranger rien à son chagrin.

- Oh, Harold... je sais que c'est dangereux, mais viens me chercher, j't'en supplie...

oO*Oo

Stoik parcourait toute la forêt au triple galop, scrutant le moindre recoin et restant en permanence en alerte. Ça faisait déjà deux heures qu'il était parti et il était allé partout. De la clairière jusqu'à l'ancienne maison d'Adrianne. En revoyant le tas de ruines et de cendre nettoyé, Stoik revoyait avec un pincement au cœur les souvenirs de cette fameuse nuit, où tout était en flamme et qu'Adrianne s'était sauvée dans les bois.

Le pauvre homme devait malheureusement faire demi-tour et rentrer au village parce qu'il faisait légèrement sombre et il commençait à bien pleuvoir.

- Fantastique ! Voila qu'il pleut ! Et des trombes en plus ! Et je n'ai aucune idée de là où elle peut être ! Si ça se trouve, elle est déjà bien loin, ou alors tout prêt mais en danger. Et la forêt est trop vaste. Tout seul, je risque de ne pas la retrouver. Autant attendre que ça se calme et de poursuivre les recherches avec du renfort. Aller, au village ! YA !

Stoik rentrait donc à toute vitesse sous l'averse. La pluie était violente, glaciale et chaque goutte s'écrasait violemment sur sa peau. Chaque personne qui se trouvait à l'extérieur se hâtait de se mettre à l'abri. Les villageois rentraient chez eux, Killian se mettait à l'abri sous un arbre au vaste feuillage et Alvin, Gaspard, Astrid et Sauvage étaient à l'abri dans la tanière. Quant à Harold, Gueulfor et les autres, ils avaient stoppé les travaux pour se mettre à l'abri et Mildiou et ses hommes restaient au chaud dans le bateau.

Adrianne aussi était à l'abri. Mais pas du froid, ni de la puissante averse qui s'infiltrait dans le piège. Relevant sa tête vers l'interstice, elle voyait de l'eau s'écouler et s'étendre sur le sol. Oubliant le danger que ça représentait et voyant une chance de se rafraîchir et de boire un peu, elle se relevait et se mettait sous la pluie. Rien que de sentir la pluie sur son visage était agréable et la faisait sourire. Elle se massait doucement les joues pour ne pas réveiller ses douleurs et pour enlever le sang séché. Elle faisait pareille pour ses bras moins douloureux, ses mains et ses autres plaies. Une fois propre, elle joignait ses mains pour recueillir de l'eau et boire autant qu'elle le pouvait. À défaut de manger quelque chose, c'était toujours ça de gagner. Repue, elle regardait la sortie avec contrariété, s'enlaçant de ses bras pour se maintenir au chaud. Elle arrivait quand même à voir qu'il faisait bien gris dehors.

- Brr... Au moins j'ai pu boire un peu, je suis propre et mes plaies sont nettoyées, mais j'espère que ça va se calmer... parce que si ça continue, a ce rythme-là. Je risque de finir dans un joli bain de boue... d'ailleurs, ça commence... constatait-elle inquiète

En regardant ses bottes, elle voyait qu'elle pataugeait dans une légère marre de boue qui se former là où l'eau s'écoulait. D'ici là que le trou se remplisse jusqu'au sommet, il faudrait bien plus qu'une averse. Se remettant par prudence en hauteur, elle se tenait chaud comme elle pouvait en pensant à des choses agréables, comme être dans les bras d'Harold ou de l'amour et la chaleur qu'elle ressentait en échangeant un baiser avec lui.

La pluie n'avait pas cessé de tomber avant une bonne heure. L'eau dans le trou avait atteint presque 10 centimètres de hauteur et Adrianne n'avait pas bougé, grelottant comme pas possible. Elle avait même peur de s'endormir et de finir noyer sans s'en rendre compte si jamais il recommençait à pleuvoir. Et la faim était vraiment intense. Tellement qu'en voyant un escargot se promenait sur son rocher, elle l'avait attrapé pour le regarder gesticuler dans le vide.

- Faut que je mange un truc... n'importe quoi... j'ai trop faim...

Se pinçant les lèvres face à son idée, elle approchait l'escargot de son visage et commençait à entrouvrir la bouche, qu'aussitôt elle l'écartait avec une envie folle de vomir.

- Bwaaa... dégueu... je préfère encore rien avaler plutôt que de gober un escargot cru ! Brr... Aller oust, sauves-toi vite d'ici... brr... frissonnait-elle de dégoût en reposant l'animal sur la roche

Elle regardait l'eau stagnante. Apparemment, ça n'avait pas l'air de vouloir vite descendre. L'idée de mourir ici devenait une fatalité dans son esprit. Furieuse, elle pensait instinctivement à Alvin et sa bande

- Les scélérats... ils ont préféré l'idée de me laisser mourir à petit feu dans ce trou plutôt que de m'achever ! Minable. Ils ont dû se dire « ooh ! Ça va être vachement plus drôle de la voir paniquer que de la tuer sur-le-champ ! Qui parie qu'elle mourra en moins de deux jours ? Et puis là, ce sera la nature des coupables ! Pas nous ! Héhéhé ! » Pff... Soupirait-elle écœuré après son horrible imitation d'Alvin

Grommelant contre eux, elle restait assise, sans bouger, en évitant de penser à son estomac qui rugissait.

oO*Oo

Du coté du village, Stoik avait rassemblé quelques hommes à la mairie. Et en attendant que la pluie s'arrête, ils établissaient un plan à suivre pour les zones de recherche. Quand l'un des hommes venait d'avertir Stoik que le temps s'était calmé, les recherches commençaient aussitôt. Grimpant tous à cheval, et par équipe de deux, ils se dispersaient dans la forêt. L'idée d'averti Harold avait été suggéré, mais Stoik préférait régler cette histoire par lui-même. Il avait clairement précisé qu'Harold se faisait déjà du souci pour elle, pas question de l'inquiétait encore plus. Et s'ils la retrouvaient rapidement, il aurait inquiété son fils pour rien. Les hommes comprenaient et continuer de chercher dans toute la forêt.

Jusqu'au coucher du soleil et même jusque bien plus tard dans la nuit, les recherches n'avaient pas cessé. Épuisés et navrés d'avoir rien trouvé, Stoik ordonnait à contre cœur d'abandonner les recherches pour la nuit, mais qu'ils reprendraient tous au grand jour. Mais le lendemain pour toute la journée, c'était pareil. Rien. Pas le moindre indice ni la moindre personne en vue susceptible de fournir une aide précieuse. Killian demeurait bien caché dans son coin et le trio rester bien caché sous terre, Sauvage les ayant tous informé de l'état d'alerte au village.

Des cavaliers étaient bien passés non loin de là où la jeune fille se trouvait prisonnière, mais par épuisement, elle était incapable d'appeler au secours et de hurler pour signaler sa présence. Et c'est en larmes qu'elle entendait les cavaliers s'éloignait et que sa chance de sortir d'ici c'était envolée. En rage et de plus en plus contrariés, Stoik et ses hommes étaient de retour au village pour se reposer et élaborer un nouveau plan de recherche.

De leur côté, Harold et Gueulfor se préparer pour rentrer chez eux. Malgré son âge mûr, Harold ne cessait de se montrer impatient de pouvoir partir en premier et de revoir sa belle. Une fois le chariot prêt, et sous l'amusement de son mentor, ce dernier l'autorisait à partir avant lui. Avec un immense sourire et chevauchant Krokmou, Harold se rendait au village. Quand un des villageois questionnait le vieux forgeron sur l'état de son apprenti, ce dernier lui répondait tout simplement ceci avec un grand sourire.

- Il est amoureux. C'est tout. En moins de deux heures, il sera de retour auprès de sa belle. Ce n'est pas chou ça ?

Le villageois hochait la tête avec compréhension et un sourire avant de s'en aller, mais pas dans un but honorable. Complice de Sauvage, il était occupé de lui envoyer un pigeon avec un message codé qui signalait « Le marteau va atteindre sa cible sur un éclair noir. » bien sur, Sauvage réceptionnait le volatile sans soucis et se hâtait discrètement de prévenir Killian qu'Harold revenait sur le dos du cheval d'Adrianne. Une fois averti, l'étranger faisait tout son possible pour être prêt à temps.

Sauvage n'allait pas tout de suite prévenir Alvin du retour d'Harold. Il allait plutôt en premier voir Adrianne pour juger de l'état dans lequel elle était. D'après lui, la faim tarderait pas à l'emportez. Satisfait d'avoir quelque bonnes nouvelles à fournir, il s'en allait prévenir Alvin. Ce dernier, ainsi que ses complices, étaient satisfaits de ses nouvelles. Ce n'était plus qu'une question de temps avant que la phase finale n'entre en jeu.

Comme l'avait prédit Gueulfor, Harold n'avait pas plus de deux heures pour rentrer au village. Laissant Krokmou à la forge, il c'était rendu directement chez Lucienne pour faire une surprise à Adrianne. La vieille dame lui ouvrait donc la porte sans savoir que c'était lui qui venait de frapper et se retrouver soudainement assez embarrassée.

- Bien le bonjour madame ! Saluait-il gaiement

- Oh. C'est toi Harold.

- Oui, c'est moi. Euh... est ce qu'Adrianne est là ? À moins qu'elle soit sortie faire une course ? Si c'est le cas, puis-je l'attendre à l'intérieur ? Je voudrais lui faire une surprise et je...

Il remarquait que Lucienne n'était pas comme d'habitude. Ce qui lui mettait la puce à l'oreille.

- Euh... il y a un souci ?

- C'est que... comment dire... je ne sais même pas si je dois te le dire Harold mais... euh...

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Va voir ton père mon garçon. Il... saura mieux te le dire que moi.

Il avait un mauvais pressentiment. Comme il y a quelques mois durant l'enquête au sujet de l'incendie et des accusations montés contre Adrianne. Inquiet, Harold ne traînait pas pour se rendre à la mairie, et étonné de voir pas mal de monde dans le bureau de son père tout autour d'une carte, il signalait sa présence en frappant à la porte restée grande ouverte. Tous les regards se tourner vers lui, et son père semblait surpris de le voir ici.

- Harold ! Tu es déjà de retour ?

- Oui. Et pas au bon moment j'ai l'impression. Je viens de voir Lucienne et elle n'était pas dans son état normal.

- Qu'est-ce qu'elle t'a dit ?

- Rien justement. Ce qui m'inquiète encore plus. Elle m'a juste dit d'aller te voir parce que tu serais le mieux placé pour me dire ce qui se passe, alors je t'écoute, mais réponds d'abord à ma question. Où est Adrianne ?

Son père soupirait longuement avant de demander à ses hommes de les laisser seuls. Une fois seul et la porte refermé, Stoik relevait sa tête pour regarder son fils sans faillir.

- Assied toi fils.

- Tu ne me referas pas le même coup que l'autre fois papa.

- Cette fois, c'est vraiment nécessaire. Conseillait-il gentiment

Harold exécutait l'ordre alors que son père reprenait la parole avec tout le courage possible.

- Je ne vais pas tourner autour du pot Harold. Adrianne est partie.

- Quoi ? Comment ça « partie » ?!

- Disons qu'à cause d'une autre blague de Rustik et de sa bande, elle se serait enfuie de chez Lucienne dans la nuit pour aller vers la forêt. Depuis deux jours on patrouille dans toute la forêt, mais on n'a rien trouvé. Pas le moindre indice... malgré la seule indication que j'ai trouvée de sa part. Expliquait-il avec peine

- De quelle indication tu parles ? S'inquiétait-il de plus en plus

- Je parle de ceci. Je l'ai trouvé à la forge. Mais je te préviens, tu risques d'être bouleversé.

Le regard peiné, il lui donnait la lettre ainsi que la bague de fiançailles. En la voyant dans le creux de sa main, Harold avait la gorge serré, le cœur lourd et angoissait davantage quand il ouvrait la lettre pour la lire. Durant sa lecture, il avait exprimé un hoquet de surprise lié à des larmes de chagrin.

« Harold.

Quand tu liras cette lettre, tu seras de retour, mais moi, je serais bien loin du village, à l'abri dans la forêt, si ce n'est déjà bien au-delà. Je ne supporte plus cette vie, ni ce que les autres me font subir, ni leur cruauté. Je préfère une vie solitaire et sauvage, plutôt que de subir cet enfer et de vivre dans le mensonge, ainsi que dans une vie que je ne désire plus. J'ai compris que le mariage n'était pas du tout fait pour moi. De plus, je n'attire que des ennuis, de la honte et du mépris, et je préfère t'épargner d'avoir une telle épouse comme fardeau. Tout aurait été plus simple si tu ne m'étais pas venu en aide il y a quelques mois. Je te rends ta bague, signe que j'ai pris ma décision. La gardé serait trop dure. J'espère que tu pourras me pardonner et que trouvera le vrai bonheur auprès d'une autre.

Celle qui t'aimera pour toujours,

Adrianne. »

Une larme s'écrasait lourdement sur la feuille de papier. Harold serrait fortement le papier et la bague dans sa main, portant l'autre contre sa bouche. Stoik ne disait rien, parce qu'il ne savait pas quoi dire. Son fils pleurait silencieusement, le regard incompris, et ne trouvait rien d'autre à dire que ça, tout en fixant le vide.

- Elle m'a quitté...