Chapitre 11 – Ultime blessure

Elle savait par quoi il était passé avant d'atterrir ici. Elle avait conscience du danger, mais elle était tellement heureuse de le savoir en vie qu'elle n'arrivait pas à le lâcher. Harold ressentait d'un coté la même chose, mais il n'avait toujours pas dit un mot, ni changer d'expression et n'avait pas enlacé Adrianne de la même manière qu'elle.

- Oh Harold... t'est bien là, t'est vivant... oh si tu savais comme je suis contente de te voir ! L'enlaçait-elle trop fort, sans le faire exprès

- AIE ! hurlait-il à pleine voix

- Oh pardon ! Je... je ne l'ai pas fait exprès ! Jsuis tellement heureuse aussi... ça va ? S'excusait-elle en reculant un peu

- Ouais, ouais. Ça va. Lui répondait-il sèchement en se levant pour faire quelques pas

Adrianne craignait que quelque chose n'aille pas, ce qui expliquerait l'attitude d'Harold. Inquiète, elle se levait à son tour de son rocher

- Harold ? Qu'est-ce qui... ooh...

À bout de forces, elle s'effondrait à moitié au sol, ses mains pataugeant dans la boue. Respirant profondément, elle se ressaisissait alors qu'Harold s'approchait d'elle pour l'aider à se relever.

- Merci...

- De rien.

- Ça va tes blessures ?

- Je survivrais.

- Ah...

Ses yeux croisaient son regard avant de se posait sur ces lèvres. Elle avait du mal à ne pas vouloir s'en emparer, croyant ne plus jamais échanger un baiser avec lui. Pour effacer cette crainte, elle s'approchait doucement de lui, mais Harold esquivait l'approche en reculant légèrement la tête avec un regard sévèrement contrarié.

- Harold ?

Elle essayait de nouveau sans succès. Il c'était encore reculé.

- Pourquoi tu...

- Parce que je n'ai pas envie. Retourne t'asseoir, ça vaut mieux.

- Mais...

- T'est affaiblie. Reste assise.

Elle cédait à cet ordre qui n'avait rien de gentil et de compatissant. Elle ne le quittait pas du regard alors qu'il prenait ses distances en s'asseyant sur un autre niveau en hauteur, dos tourné. Mais la jeune fille continuait de l'appeler, la boule au ventre, en voyant qu'il ne lui répondait pas.

- Harold ? Reste près de moi, s'il te plaît... je ne veux pas être loin de toi encore plus longtemps... Harold ? Qu'est-ce qui y'a ? Pourquoi tu ne veux pas me regarder... ? Harold… ? HAROLD ! ARRÊTE D'ÊTRE SILENCIEUX! DIS-MOI QUELQUE CHOSE ! hurlait-elle en panique, les larmes aux yeux

- J'ai du mal à vouloir te regarder pour l'instant Adrianne.

- Mais... pourquoi ? C'est à cause de mes blessures que tu refuses de me regarder? Je sais que je ne suis pas jolie à voir et que mes blessures cicatriseront vite, mais...

- Non. C'est parce que je ne te reconnais pas.

- Q... quoi ? Je ne comprends pas...

- Où est passé la fille ravissante, fragile et en peine que j'ai laissée au village et qui m'a fait la promesse d'être prudente, et pour qui je me suis fait du mouron à chaque instant?

- Harold...

- Et par ton manque de prudence, regarde ce que tu es devenu et où on en est ! reprochait-il

- Ce n'est pas ma faute Harold...c'est celle de...

- Killian ? Alvin ? Astrid peut être ? Qu'importe. C'est toi qui n'as pas su te montrer assez prudente alors que tu m'avais promis de l'être. Et tout ça en devenant un peu trop amie et proche avec un étranger qui t'a menti depuis le départ !

- Harold... je... j'étais malheureuse ! Les autres se sont payé ma tête une fois de plus et Killian... m'apporter ce que je n'avais pas ! C'est tout !

- Ce que tu n'avais pas ? Vraiment ? Mais précise un peu... il t'a apporté ce que tu n'avais pas tout court ? Ou ce que moi je n'ai pas su ou que je n'aurais pas pu t'apporter ?

- Mais qu'est-ce qui te prend ?! Sanglotait-elle, effarée de son attitude

- Ce qui me prend... c'est de voir qu'on ne peut pas te faire confiance malgré tes promesses! Et de constater que tu es vraiment naïve au point de nous avoir tous mis en danger!

- Harold... arrête je t'en prie... j'ai passé deux jours toute seule dans le froid et la crainte de ne jamais te revoir... alors s'il te plait, si on doit mourir dans ce trou, fait en sorte que notre dernier instant ne se passe pas dans une dispute... suppliait-elle en larmes

Harold ne répondait pas et prenait soin de ne pas la regarder. Il avait le cœur déchiré. Il avait tort de lui parler ainsi, de lui reprocher tout ce qui venait de se passer, mais c'était plus fort que lui. Et d'un côté, il n'avait pas tort. Si elle avait su montrer plus de méfiance, ils n'en seraient pas là. Et les dernières paroles d'Alvin à son sujet le perturbaient. Adrianne détournait à présent son regard et lui tournait le dos également, et ne cessait de pleurer.

- Qu'est-ce qui s'est passé exactement pendant mon absence avec Killian ?

- Quoi... tu insinues que je t'ai trompé ? rétorquait-elle blessée

- C'est une possibilité, vu qu'Alvin m'a dit que vous aviez fait des choses pas très nettes dans la forêt. De quoi me faire poser pas mal de questions. Rétorquait-il sèchement.

- De quoi ?! Et tu préfère le croire lui plutôt que moi ?! Mais… c'est un monstre Harold ! Il a tout fait pour nous mettre dans cette situation et te monter contre moi !

- Sauf qu'à la base, c'est la tienne de faute.

- Est-ce que ce sera la dernière chose que tu comptes me dire avant qu'on s'en aille de ce monde ? La dernière chose que tu comptes ressentir pour moi c'est du mépris et de la méfiance ?!

- T'est mal placé pour parler de méfiance ! Humph... Encore faut-il que tu sache ce que ce mot veut dire. Rétorquait-il avec sarcasme

- Mais je... d'accord. Tu veux savoir ce qui s'est passé ? Rien ! Il n'y a rien eut entre lui et moi ! Absolument rien ! Juste une amitié que je croyais sincère ! Durant ton absence, je suis retournée dans les bois pour le trouver et transmettre vos remerciements pour la nuit où il m'a ramené. Je l'ai retrouvé, et depuis, j'ai passé quelques moments avec lui et il m'a appris beaucoup de choses ! Comme savoir tirer à l'arc, parler sa langue natale, chassé, et plein d'autres choses ! Je m'étais fait un ami et je me sentais moins seule et triste! Mais mon cœur était toujours tourné vers toi Harold ! Est-ce que tu me crois au moins ?

- Oui. affirmait-il d'une manière un peu sèche

- On ne dirait pas... sanglotait-elle pas rassurée

- Et tes cheveux ? Et ta tenue ? C'est lui qui t'a dit de te travestir ?

- Ma tenue... c'était un défi de sa part pour juger mon côté intrépide. Mais aussi à cause de la bande de Rustik quand ils m'ont balancé un seau d'eau glacée. Folle de rage, je suis rentrée, j'ai mis les vêtements du défunt mari de Lucienne et je suis partie de chez elle pour aller vivre dans notre clairière en attendant ton retour... mais avant, j'étais aller voir Killian...

- Encore lui. Marmonnait-il en rogne

- ... pour lui montrer que je n'étais pas une dégonflée ! Terminait-elle exaspéré. Mais j'étais loin de me doutais qu'il me trahirait et m'emmènerai à Alvin. Ils m'ont tous les trois torturée, blessée, battue… j'ai tenu bon depuis tout ce temps... pour finalement me faire réprimander par la seule personne qui me reste au monde et dont je me suis accroché pour rester en vie... Et pour mes cheveux... c'est Astrid qui les a sauvagement taillé pour se venger d'avoir perdu sa beauté... voilà... Tu sais tout...

- Hum hum. Fit-il pour conclure la discussion

- Et si tu ne me crois toujours pas, alors je ne dirai plus rien et je te laisserais dans ton coin... Mais sache... que je t'aime, et que je n'ai jamais cessé de...

- ARRÊTE ! TAIS-TOI ! Je...

En se retournant vers elle, il ne pouvait pas s'empêcher de ressentir de la peine et d'avoir un pincement au cœur en la voyant en larmes, une main sur la bouche et si choqué de l'entendre hurlait comme ça. D'un ton plus calme, il terminait sa phrase.

- Écoute, je suis sincèrement désolé de tout ce qui t'ai arrivé depuis le début. Je n'aurais pas dû m'emporter et douter de toi. Mais je ne sais pas pourquoi, je ne peux pas m'empêcher de ressentir de la colère à ton égard ! Il faut juste le temps que… que je digère tout ça et que mes douleurs passent. Ça ira mieux après.

- Mais je peux quand même t'approcher et te parler ?

- Je préfère que tu ne me dises rien, ni que tu t'approches de moi.

- Je vois. Dans ce cas... à plus tard...

Vexée et abattue, elle se retournait pour sangloter la tête contre ses jambes. Durant sa solitude, elle avait imaginé tellement de retrouvaille romantique et heureuse, mais elle n'aurait jamais cru que ça se passerait dans les reproches, les cris et les larmes. Harold la regardait un court instant avant de sortir la bague de sa poche et de se retourner aussi, les lèvres serrées.

oO*Oo

Alvin avait atteint le port et rejoint le navire caché de Mildiou. Prévenu de son arrivée et ayant eu un descriptif de son physique de bourrin, l'équipage le laissait avancer vers la cabine du capitaine avec des regards méfiant et des armes sorties. Dans la cabine, Mildiou était confortablement assis en train de dîner. Ses yeux vitreux se posaient alors sur l'invité et lui adressait un sourire en coin.

- Alors ? Est-ce que nous sommes prêts ?

- Je n'attends plus que vous Capitaine.

- À la bonne heure. Mais en attendant, joint toi à moi et discutons plus précisément de cette partie de plan... l'invitait-il joyeusement

- Avec plaisir... souriait-il en prenant place

oO*Oo

Dans leur planque, Gaspard et Astrid étaient tous deux installés l'un loin de l'autre dans le silence le plus total. Gaspard mangé un morceau et Astrid jouait avec sa dague tout en l'affûtant. Gaspard la regardait faire sans rien dire, mais la blonde commençait à sentir qu'il la regardait avec insistance.

- Quoi ?

- Tu as vraiment changé.

- Et alors ? Qu'est-ce que ça peut te faire ?

- Rien. Je constate que l'Astrid du passé n'existe plus.

- Oh ? Tu vas la regretter ? Se moquait-elle

- Non.

- D'façon, c'est trop tard. Et je ne suis pas mécontente d'avoir changé.

- Pareil.

- Hein ?

- La fille que tu es devenue... elle me plaît plus que l'ancienne fille que tu étais.

- Sans blague ? Plus qu'Adrianne à l'époque où tu lui courais après ? Tss. La bonne blague !

- Et si je te réponds oui, qu'est ce que ça te fait ?

- Tu mériterais mon point dans la figure pour oser te payer ma tête !

- Je ne me moque pas de toi Astrid. C'est la vérité.

- Ah ouais ? Et qu'est-ce que tu préfère le plus maintenant chez moi ? Ma coiffure ? Mon teint ? Ma façon de parler ?

- Le fait que tu sois dangereuse. Souriait-il

- Allons bon. T'a sifflait trop de pinard mon gars.

- J'étais fou d'Adrianne parce qu'elle était loin d'être une fille nunuche. J'aimais l'idée d'avoir une épouse intrépide qui n'avait peur de rien.

Astrid levait les yeux au ciel devant son discours absurde et reprenait l'affûtage de sa dague. Gaspard se levait de sa chaise pour s'avancer vers elle et poursuivre sa déclaration.

- Mais toi, tu as osé tellement de chose plus sombre, comme porté des vêtements d'homme qui te vont à ravir.

- Pff.

- Tu manipules les armes, tu lances des menaces de mort, tu jubiles devant la souffrance, tu ne sembles avoir peur de rien...

- C'est bon ? T'a fini ?

- Tu es devenu glaciale, ce qui met ta beauté et ta personnalité en valeur, et ça ne me laisse pas de marbre.

- T'essaie de me dire quoi là ? Que je te plais maintenant ?

- Absolument.

- Fait gaffe à ce que tu dis, parce que ça pourrait très bien être tes dernières paroles ! Le menaçait-elle de son arme

- Tes menaces ne me font pas peur Astrid. Au contraire… ça m'excite.

- Non mais t'est malade ou quoi ?

- Non. Je tombe de nouveau amoureux. C'est tout.

- Dernier avertissement. Retourne t'asseoir et picoler !

- Et si je refuse ? Tu me tailles la gorge ? La provoquait-il avec confiance et amusement

Sans prévenir, elle venait de se lever pour lui faire une prise de combat et le mettre à terre, s'asseyant sur lui à califourchon, couteau sous la gorge avec une étincelle de folie dans ses yeux.

- Et là ? Tu as peur où t'est encore en plein délire?

- Ni l'un, ni l'autre. Je me rends compte à présent que j'ai vraiment eu tort de m'acharner à vouloir aimer Adrianne, alors que celle que je veux est devant moi.

- Arrête. Tu ne m'aime pas Gaspard ! Tu ne m'as jamais aimé et ça changera ja...

Gaspard avait attendu qu'elle baisse sa garde pour échanger les rôles et lui arrachait un baiser sauvage. Allongée sur le sol et désemparée, elle lâchait sa dague pour approfondir ce vrai baiser qu'elle avait toujours attendu de lui.

- Alors ? Convaincue du contraire ? En s'extirpant de ses lèvres rougies

- On va dire que oui, même si je vais avoir besoin d'une autre preuve.

- Laquelle ?

- L'idée de laisser Harold et Adrianne croupir dans ce trou est pour moi une idée complètement débile ! Donc si tu m'aimes, tue-la pour moi et je tuerais Harold sous ses yeux et pour ton plus grand plaisir. D'accord ?

- Accorder ma belle. Mais avant, laisse-moi t'offrir davantage qu'un baiser, puisqu'on a tout le temps devant nous ainsi qu'un peu d'intimité.

- Offre bien tentante en effet. Ça nous laissera le temps d'avoir de l'inspiration afin de trouver le meilleur moyen de leur ôter la vie assez rapidement...

- Entendu... murmurait-il avant de lui voler un autre baiser.

oO*Oo

La pluie avait recommençait à tomber depuis un bon moment. Et cette fois, l'orage allait par tarder à être de la partie. Une pluie diluvienne s'abattait fortement sur tout le village et la forêt.

Killian était déjà bien loin de la forêt, mais au moment où il s'apprêtait à la quitter, quelque chose l'empêchait de continuer. Il ressentait de la culpabilité. Et pour la première fois de sa vie, il regrettait ce qu'il venait de faire. Alors qu'est ce qui l'empêchait de faire demi-tour et de réparer ses erreurs ? Alvin ? S'il le croisait, il pourrait en venir à bout grâce à ses flèches. Le fait de recroiser le regard d'Adrianne et de subit son courroux ? Peut-être. Mais pour lui, rien de toute cette histoire n'avait de sens, et les deux amoureux ne méritaient pas de mourir de cette manière. Et avec cette pluie qui n'allait pas tarder à faire monter le niveau de la rivière voisine, c'était bien trop cruel. D'un pas décisif, il rebroussait chemin, faisant un léger détour utile, en espérant ne pas arriver trop tard.

oO*Oo

Dans leur tombeau, Adrianne et Harold ne s'échangeaient toujours pas un mot. La blonde avait presque fini de pleurer et lancer quelques regards furtifs et emplis d'espoir envers Harold qui ne la regardait malheureusement pas. Au final, elle reportait son attention sur autre chose, et particulièrement sur la pluie qui s'écoulait de nouveau par l'interstice. Ayant très soif, elle se levait avec prudence pour se rafraîchir et enlever la saleté sur ses mains et son visage avant de s'abreuver. Appréciant tout particulièrement la pluie en cet instant, elle avançait d'un pas pour se mettre sous l'eau et rafraîchir ses cheveux. Le reste de ses larmes se mêlait à l'eau et ça l'arrangeait.

Elle savourait intérieurement l'effet que ça faisait, glissant ses doigts dans ses cheveux courts pour les ramener vers l'arrière. Harold n'avait pu s'empêcher de la regarder faire sans rien changer à son état et ses sentiments. Pas même quand il la voyait, même de dos, déboutonner sa chemise et l'abaisser légèrement pour se rafraîchir le haut de son dos et ses épaules. L'eau coulait le long de ses omoplates, rendant luisante sa peau douce et rosée. Mais intérieurement, il trouvait ça assez... non. Très séduisant. Mais à cause des paroles qu'Alvin lui avait dites, même qu'il savait que c'était des mensonges, il ne cessait d'avoir dans sa tête l'image d'Adrianne et de Killian, seuls et intime dans les bois, exerçant la bagatelle presque avec bestialité. Il l'imaginait clairement à moitié déshabillé, ses longs cheveux blonds ébouriffé rebondissant sur sa poitrine, souriant malicieusement à Killian alors qu'ils atteignaient le plaisir ultime, son corps à elle se courbant légèrement vers l'arrière. Cette vision n'avait rien à voir avec les quelques pensées osées qu'il avait eu dans son sommeil, la nuit où Gueulfor l'avait empêché de retourner au village. C'était l'image d'une Adrianne douce, belle, innocente, souriante et timide, avec qui il découvrait les plaisirs de l'amour. Mais ce n'était pas celle de sa vision : une fille méconnaissable en tout point qui ne lui inspirait plus aucune attirance, ni aucun amour, ni aucun désir. Revenant avec colère à la réalité et refoulant malgré tout ça une soudaine envie, il préférait regarder ailleurs et ignorer les manifestations gênantes situées au sud de son corps, les joues brûlantes. Mais Adrianne avait seulement vu qu'il la regardait, en tournant à ce moment-là sa tête vers lui. Avec sarcasme, il lui était difficile de ne pas rétorquait ceci.

- Quoi ? Je suis laide, c'est ça ? T'est choqué ? T'a l'impression de voir un homme prendre une douche ? Tss. Après tout qu'est-ce que j'en ai à faire de ce que tu penses... Tu ne m'aime plus... Grommelait-elle en se rhabillant

- C'est bon ? T'as fini ?

- Oui j'ai fini. Tss.

Elle terminait de se débarbouiller et entendait Harold toussait. Claquant sa langue avec exaspération, elle recueillait de l'eau dans ses mains pour aller lui apporter.

- Tiens. Boit un peu, ça fera du bien.

- Non merci.

- Fait pas ta tête de mule ! À défaut de manger, on peut boire ! Alors boit !

Soupirant à son tour avec exaspération, Harold buvait dans ses mains. Osant en redemander sans être très aimable, Adrianne faisait au final trois fois l'aller-retour jusqu'à ce qu'il soit repu. À genoux et d'humeur très calme, elle tentait de le regarder dans les yeux et d'engager une discussion posée. Mais le hic, c'est qu'il prenait bien la peine de ne pas croiser son regard. Désespérée, son regard se posait alors sur sa main. Elle remarquait qu'il tenait quelque chose dans celle-ci, mais que depuis tout à l'heure, il l'avait gardé refermé sur elle-même.

- Harold ?

- ...

- Tss... Harold ! Insistait-elle exaspérée

- Mais quoi à la fin?!

- Qu'est-ce que tu as dans ta main ? Depuis tout à l'heure tu la gardes fermé.

- Je n'ai rien.

- Ne me prend pas pour une idiote et dis-moi ce que c'est.

- Non.

- Si.

- Non !

- Dans ce cas...

Avec rapidité, elle se jeter sur lui pour le coincer contre le mur afin de réussir à s'emparait de sa main. Malgré ses protestations et ses gémissements douloureux, elle s'en ficher. Étant plus forte que lui à ce jeu-là, c'est avec surprise qu'elle apercevait sa bague de fiançailles.

- Ma bague ! S'exclamait-elle avec des yeux ronds

- Mouais. Ta bague. Murmurait-il

- Dieu merci tu as pu la récupérer ! Gaspard me l'avait arraché de force pour que Killian la dépose à la forge !

- C'est mon père qui l'a trouvée et qui me l'a donné.

- Peu importe, du moment que c'est l'un de vous qui l'avez retrouvé. Ooh comme je suis contente de la revoir ! Rend la moi s'il te plaît... demandait-elle avec un sourire et une joie sincère

La main tendue, elle attendait qu'Harold la lui rende ou la lui repasse au doigt. Mais au lieu de ça, il la gardait dans le creux de sa main qu'il venait de refermer, en évitant encore une fois de la regarder dans les yeux. Adrianne n'aimait pas ça. Ça ne présageait rien de bon.

- Euh... Harold ? Pourquoi tu veux pas me la rendre ? demandait-elle inquiète.

- Parce que je n'ai pas envie.

- Mais... elle est à moi ! protestait-elle avec un nouveau début de sanglot

Harold la regardait sans vraiment le vouloir avec tristesse et colère, les lèvres pincées. Ne supportant pas de la voir dans cet état, ni de ressentir ce qu'il ressentait face à ce nouveau sujet de discorde, il fermait les yeux et détournait à nouveau son regard. Il ne faisait que ça de toute façon !

- Alors... tu... tu ne m'aimes plus c'est ça ?

- C'n'est pas ça. Disons qu'avec tout ça et ce que je ressens en ce moment, je n'ai pas envie de te la donner. Ce n'est pas le lieu ni le moment à mes yeux. Et puis pour être franc, je n'aurais jamais cru la voir ailleurs qu'à ton doigt.

- Mais... mais ce n'est pas moi qui l'ai enlevé Harold !

- Je sais. Mais ça ne change rien à ce que je viens de dire.

- Arrête... Tu dis que tu sais, mais tu n'en pense rien ! Tu refuses de me croire ! Tu sais que je commence à penser et à craindre de mauvaises choses? Reprochait-elle

- Et moi ? Tu sais surtout à quoi je pense là? À me rétablir pour trouver un moyen de vite sortir d'ici afin de sauver ma famille ! Voila à quoi je pense !

- Attend... « Ta famille » ? Pourquoi t'a pas dit « notre famille » ?! Je n'étais pas censée en faire partie en t'épousant ? Ah mais non ! Plus maintenant, puisque tu ne m'aime plus et que tu refuses de me rendre ma bague !

- Et c'est reparti... soupirait-il exaspéré et perdu

- Et puis tu as dit que tu voulais trouver le moyen de vite sortir d'ici ! Ta phrase ne m'incluait même pas ! C'est donc ça ma punition au final? Tu m'abandonnerais dans ce trou ?!

- T'as fini de dire des bêtises ?! « Je » veux dire « Nous » ! Jamais je ne te laisserais ici enfin !

- Ooooh... Monseigneur est trop bon ! Et brave aussi! Il veut réussir à faire ce que moi je n'ai pas réussi à faire avec ma propre famille ! Tss. Tu sais quoi ? Si on arrive à sortir d'ici, t'aura plus à te soucier de moi. Je partirais vivre ma vie de mon coté avec Krokmou, puisque c'est la SEULE famille qui me reste !

- Finalement, je devrais peut-être me trouver quelqu'un d'autre pour partager ma vie. Quelqu'un qui arriverait à comprendre ce que je veux dire sans s'énerver et qui ne déformeraient rien de ce que je lui explique ! Et en qui je peux avoir pleinement confiance quand je m'absente! Surtout si je dois la laisser avec nos futurs enfants et qui ne mettraient personne d'autre en danger !

- Tu me gaves avec ça ! Au fond, à quoi bon se marier ? On se dispute et on va mourir de toute façon ! Et au fond, je n'ai pas tellement envie d'épouser quelqu'un qui ne me croit pas quand je lui dis la stricte vérité ! Bonjour la confiance au bout de 20 ans de mariage! Ça me fait rire, puisqu'on ne tient même pas lors de nos fiançailles !

- Ah ouais ? Et en parlant du mariage... ta robe de mariée ? Tu comptes mettre une robe ou un pantalon ? Essaie un pantalon blanc avec un voile en dentelle! Ça fera très joli ! Si tu veux, on échange nos costumes ! Ça ferait une belle réception non ? Dans le genre originalité, on serait les premiers au village !

- T'est vraiment con, tu le sais ça? répliquait-elle écœurée

- Ah ouais ? C'est ce que tu penses ?

- Parfaitement !

- Et bien vu que je suis con, autant l'être jusqu'au bout ! Et puisque depuis tant d'années le mariage n'était pas ta priorité et que tu souhaitais surtout être seule, eh bien tu le seras ! JE BRISE L'ENGAGEMENT ! S'exclamait-il complètement furieux et à bout de nerf

Au moment où il venait de s'exclamer, et pour dire de rajouter un effet dramatique à cette révélation qui avait les mêmes effets qu'une claque, l'orage venait de se mettre à gronder. Nullement saisie de ce puissant grondement mais plutôt choqué de ce qu'il venait de lui dire, Adrianne c'était relever et reculer légèrement, sans le lâcher du regard. Aucun son ne sortait de sa bouche si ce n'était le bruit de sa respiration rapide, mais de nouvelles larmes coulaient le long de ses joues rouges et couvertes de bleus, sans qu'elle ne puisse les retenir.

Harold avait dit qu'il brisait l'engagement sur le coup de la colère, mais au fond de lui il ne le pensait pas et ce n'était pas du tout ce qu'il voulait ! Il l'avait cru pour tout ce qu'elle lui avait raconté, et c'est en voyant l'état de choc de la jeune fille qu'il se rendait compte de son erreur et de son emportement.

- Oh non... Adrianne, excuse-moi... je... je ne voulais pas dire ça !

- Mais tu l'as dit quand même... soufflait-elle d'une voix étranglé par son chagrin

- Je ne le pensais pas, jte le jure !

- En général, quand on dit ce genre de chose en jurant que ce n'était pas intentionnel, c'est qu'on le pense sincèrement. Et tes yeux et ta voix ne pouvaient tromper personne... pas même moi...

- Non ! Écoute-moi, je...

- Non. J'écoute plus. J'ai plus la force de rien... Laisse-moi tranquille Harold... je... laisse-moi…

- Adrianne...

- LAISSE-MOI ! hurlait-elle en le repoussant avec toute la colère et la peine qu'elle ressentait

Harold reculait d'un pas et ne bougeait plus et la regardant avec des yeux emplis de tristesse. Il l'avait perdue. Quant à elle, elle le regardait un court avant d'aller s'asseoir dans son coin pour de nouveau pleurer silencieusement. Harold restait debout, sans la quitter du regard, l'esprit accablé de tout ce qui venait de se passer. Lui qui craignait de l'avoir perdue à cause du plan d'Alvin, c'est en fait sa faute à lui s'il venait de la perdre. Et tout ça à cause de son jugement et de ses émotions. Et c'est maintenant qu'il s'en voulait le plus. Il était allé beaucoup trop loin...

Se blâmant intérieurement, il la regardait une dernière fois, ainsi que sa bague avant de la ranger tristement dans sa poche et de retourner s'asseoir à sa place et de sombrer à son tour dans son chagrin. Et comme un effet miroir, tous deux se sentaient plus seuls que jamais.

oO*Oo

L'orage ne cessait de gronder, offrant sans relâche à tout le monde, même aux deux prisonniers, un tintamarre saisissant et de puissant flash de lumière. Et la pluie accrue à cause de l'orage venait de faire monter dangereusement le niveau d'eau de la rivière, ce qui n'était pas arrivé depuis des lustres. La faune se mettait comme elle pouvait à l'abri, tandis que l'eau montait encore et encore, atteignant les rivages et s'étendant dans la forêt, jusqu'à l'entrée d'une prison.

Jusque-là, la pluie qui s'écoulait lentement n'avait pas tellement effrayé les deux occupants. Mais en voyant qu'une mini-cascade venait de prendre place et qu'elle remplissait beaucoup plus rapidement le trou, l'angoisse et la peur les envahissaient tout aussi rapidement.