Chapitre 12 – Alliance

L'un venait d'ouvrir les yeux tandis que l'autre avait ce qu'elle avait toujours souhaité. Au bout de toutes ces années, c'était dans la vengeance et la mort qu'Astrid et Gaspard venaient de s'ouvrir et de s'offrir l'un à l'autre. À présent, ils étaient plus qu'unis par un simple baiser et des mots doux. Terminant tous deux de se rhabiller, c'est avec étonnement qu'ils écoutaient l'orage gronder de plus en plus fort.

- La vache...

- Mouais. Ça doit être la tempête dehors ! Vu ce qu'on entend !

- Qu'est-ce qu'on fait ? On applique quand même notre idée ?

- C'est le seul moyen pour pouvoir bâtir ma nouvelle vie à tes côtés. Alors allons-y.

oO*Oo

La peur. Avec le cœur brisé, c'est ce qu'Adrianne ressentait le plus en ce moment même. Ne détachant pas son regard apeuré de la chute d'eau et de la mare qui montait de plus en plus, elle était tétanisé.

- Oh non... c'est pas vrai... murmurait-elle

- L'orage a dû aggraver le temps et faire monter le niveau de la rivière. Résultat, ça déborde...

Adrianne ne lui répondait pas, trop tétanisée pour répliquer. Et à quoi bon lui répondre ? Il l'avait renié de sa vie. Tous ses rêves étaient brisés et c'était plus qu'une question de temps avant que la loi de la nature ne lui ôte la vie. L'eau glaciale et boueuse arrivait à présent au niveau de ses cuisses. La gorge serrer et frigorifier, elle restait assise sur son rocher, le regard perdu dans le vide. Harold regardait le niveau de l'eau ainsi que la sortie avec beaucoup plus de calme. Ayant une idée, il la partageait avec elle.

- Écoute, je viens d'avoir une idée. Si l'eau monte jusqu'en haut, il y a une chance pour qu'elle atteigne la sortie, et nous aussi. Le niveau de l'eau nous portera tout simplement vers la sortie, et... oh ? Tu m'écoutes ?

Elle était immobile, toujours assise et ne disait rien. La peur venait de la figer sur place.

- Hé ! Adrianne ! Lève-toi, on va s'en sortir.

- ...

- Adrianne, lève-toi s'il te plaît.

- ...

- Oh ! Tu m'entends ?!

- ...

À bout de nerfs et commettant certainement l'ultime erreur de la soirée, il lui donnait une gifle pour la faire réagir. C'était plus qu'une question de minutes avant que le trou soit submergé et il n'y avait pas de temps à perdre ! Sauf que la jeune fille venait de recevoir comme un électrochoc et fixait Harold avec horreur, la main sur sa joue, tout en retrouvant l'énergie de lui faire des reproches.

- Non mais ça va pas ?! Qu'est-ce qui te prend ?!

- Excuse-moi mais... comme tu ne réagissais pas, j'ai...

- Ce n'est pas une raison pour me faire ce qu'ils m'ont fait ! J'ai reçu je ne sais combien de coup au visage ! Les douleurs avaient enfin fini par se calmer, et toi, tu fais comme eux !

- J'ai dit que j'étais désolé ! Je te jure que je ne voulais pas...

- Désolé ? Encore ?! Et tu ne voulais pas non plus me faire mal la ? La bonne blague ! J'ai l'impression qu'il ne manquait que ça à ta colère envers moi ! J'aurais vraiment tout vécu ce soir ! Mais je n'avais certainement pas besoin que tu me mets en plus une claque ! Tu crois que je n'ai pas déjà assez souffert ?!

- Adrianne... excuse-moi, je... s'excusait-il en approchant gentiment ses bras pour la calmer

- NE ME TOUCHE PAS ! S'écartait-elle en larmes

Se collant contre le mur le plus proche, elle fixait avec tristesse et crainte Harold qui ne savait plus quoi faire, ni quoi dire. Cette fois aussi, il n'avait pas pensé à mal en la giflant mais pour elle, c'était la goutte de trop.

- Ne me touche pas... ne me touche plus Harold... j'ai supporté chaque coup et chaque souffrance que ces brutes m'ont fait vivre... et tout ça avec courage pour ne pas leur donner le plaisir d'avoir totalement gagné ! Moi toi... aussi difficile et fou que ça puisse être, j'aurais pu réussir à te pardonner ce que tu as fait... et j'aurais pu comprendre les raisons qui t'ont poussé à briser notre engagement... mais pas le fait que tu lève la main sur moi comme ils l'ont fait ! Sanglotait-elle

- Je suis désolé ! Je... je ne voulais vraiment pas te faire du mal...

- C'est trop tard... tu m'en as déjà trop fait... Toi qui es si gentil, si doux... je n'aurais jamais cru que tu me fasses du mal de cette manière. Au lieu de me gifler, tu aurais pu me secouer les épaules, claquer des doigts ou autre chose !

- Adrianne... s'approchait-il encore une fois

- NE M'APPROCHE PAS ! RESTE OU TU ES !

Harold obéissait. Vu son état, ça ne servait à rien d'insister. Sauf que l'eau atteignait à présent le niveau de leur abdomen. S'ils continuaient de se disputer inutilement, le plan risqué de tomber à l'eau.

- Et pour ta gouverne, la peur de mourir noyé ne m'a pas rendu sourde ! J'avais bien entendu ton idée de se laisser porter vers la sortie à l'aide de l'eau. Mais une fois dehors, ne te soucie plus de moi et vole au secours de ton père.

- Arrête de croire ce que j'ai dit par accident, je t'en prie... suppliait-il

- Je crois ce que je veux maintenant. Et ça ne te concerne plus.

- Oh que si. Parce que je t'aime toujours !

- Hum… Bizarrement je ne te crois pas là. C'est marrant non ?

L'eau atteignait à présent le niveau de leur poitrine. Agacé de tout ça, Harold s'avançait d'un pas décidé vers la jeune fille pour la saisir par les épaules. Adrianne ne bougeait plus et ne le repoussait même pas ce coup-ci. Et en plus de ne rien dire, elle le fixait sans émotions, comme si elle n'avait plus d'âme.

- Adrianne. Écoute-moi bien. On va sortir d'ici tous les deux. On sauvera mon père, et je compte toujours faire de toi ma femme parce que malgré ce que j'ai dit à cause de la colère, c'est ce que j'ai toujours souhaité et c'est ce que je souhaite toujours, même à deux doigts de la noyade. Et pour preuve, je compte bien... affirmait-il en farfouillant sa poche pour y prendre sa bague

- Sortir d'ici ? Dans ce cas, take this ! fit une voix en hauteur en leur lançant une corde

Levant tous les deux le regard vers la sortie en se faisant éblouir par le peu de lumière qui s'offrait à eux, ils pouvaient distinguer un visage familier qu'Adrianne reconnaissait aussitôt.

- Killian ! S'exclamait-elle avec surprise

Ils ne s'attendaient vraiment pas à le voir ici ! Surtout pas après tout ce qu'il avait fait ! Fini la tristesse dans sa voix et l'état de zombie. Adrianne ressentait tellement de fureur contre tout le monde qu'elle n'hésitait pas à hausser la voix contre lui, même dans un moment délicat.

- Qu'est-ce que tu fiches ici espèce de traître ?! Comment tu oses te montrer après tout ce que tu as fait?! Tu devrais pas être déjà loin avec ta belle somme d'argent si convoitée ?! Vociférait-elle

- Si. Mais si je suis là, c'est pour tenter de me faire pardonner. Aller ! Grimper !

- Pourquoi on devrait accepter ton aide d'ailleurs?! On peut très bien sortir d'ici tout seul !

- Adrianne... soupirait-il

- Et qui me dit que ce n'est pas encore un de vos sales tours ?! Hein ?! Vous avez peut-être changé d'avis et décider de nous faire sortir pour mieux nous exécutez ?!

- Adrianne... le niveau de l'eau... rappelait Harold avec inquiétude en voyant l'eau lui arrivait à la gorge

- Crois ce que tu veux, mais je tiens simplement à vous faire sortir pour empêcher ce crétin poilu d'accomplir la fin de son plan. Maintenant attrapez la corde ! On va vous tirer tous les deux ! Hurry !

- Comment ça tous les deux ? Questionnait-elle avec méfiance

Sans pour autant le voir, elle venait d'entendre le hennissement de son cheval.

- Oh ! KROKMOU ! S'exclamait-elle folle de joie

Le fait d'imaginer son cheval aux côtés d'un traître, c'est que Killian devait être sincère et que Krokmou lui faisait vraiment confiance. Pour le moment, elle remettait ses reproches et sa méfiance de coté.

- Gare à toi si tu te paies ma tête encore une fois ! Menaçait-elle en s'accrochant de son mieux à la corde

Killian hissait Adrianne jusqu'à la sortie et cette dernière, malgré sa rage, savourait le fait d'être enfin à l'extérieur, au contact de la vraie terre. La vie lui était de nouveau accordée, même si elle devait la vivre seul et dans le chagrin. Et par chance, il ne pleuvait plus tellement mais l'orage était fini. Son souffle repris, elle accourait vers son cheval pour le câliner tendrement et savourer gaiement ses retrouvailles. Harold était à son tour tiré d'affaire et Killian se tournait donc vers elle pour lui faire face avec honte.

- Adrianne... je... je sais bien que tu ne voudras pas me croire... mais... je suis désolé pour tout ce que j'ai fait, et je... AIE ! Grimaçait-il en plaquant sa main à son nez

Elle lui avait collé une bonne droite en plein visage sans qu'il s'y attende. Même blessée, affaiblie et affamé, elle avait encore eu la force nécessaire pour le cogner. Et elle en était très satisfaite au point d'en sourire. Harold ricanait discrètement du fait qu'un expert de l'observation n'est pas vu venir cette droite, mais aussi qu'il s'en prenne une pour tout ce qu'il a fait. Et Krokmou semblait aussi s'amuser de cette situation.

- Ça... c'est pour tout le mal que tu as fait... précisait-elle en secouant sa main

- C'est noté... Damn it... Tu cognes fort, dis donc... grimaçait-il en se frottant le nez

- Mais comment ça se fait que t'aies changé d'avis ? S'étonnait Harold en restant assez méfiant

- Disons qu'une personne que je porte en affection m'a fait comprendre ce qui avait de plus important dans la vie à par l'enrichissement et la traîtrise.

- Je suppose que c'est de moi que tu parles ? Ironisait la jeune fille, bras croisés

- De qui d'autre ? Tu es la seule qui ne m'ait jamais compris.

- Hum hum... Et qui me dit que tout ce pour quoi j'étais compatissante n'était en fait que des mensonges ? Qu'est-ce qui y avait de vrai dans tout ça ? Oh et puis peu importe... je m'en moque. Plus rien n'a d'importance. Néanmoins, merci d'avoir fait demi-tour pour nous.

- De rien. Et je comprends ta réaction. Enfin... les vôtres.

- Je pense que sa droite était assez forte pour deux personnes. Mais merci d'avoir agi honorablement cette fois. Remerciait à son tour Harold.

- De rien. C'est vous que je remercie de m'avoir fait comprendre que j'avais fait une grosse erreur. À présent, retournez vite au village prévenir vos proches que...

- ILS N'IRONT NULLE PART !

Pas moyen d'avoir un instant de répit apparemment, vu qu'Astrid et Gaspard venait de débarquer armés de leurs pistolets ! Jamais leur satisfaction d'arriver à leurs fins n'a été si grande apparemment. C'est avec lassitude que les deux habitués écoutaient leurs bourreaux jacassaient, que Krokmou les fixaient avec colère et que Killian menaçait les nouveaux arrivant de deux flèches.

- Et encore une fois, l'anglais a su nous servir.

- Il nous a épargné la tache en vous extirpant de votre bain de boue. Tant mieux... Pour vous achever tous les trois, ce sera plus facile et on n'aura pas eu besoin de se salir !

- Et maintenant, il va nous faire le plaisir de se tirer et de pointer ses flèches ailleurs !

- Pas temps que vous les menacerez de vos armes bruyantes !

- Les dieux sont contre nous, c'est pas vrai... soupirait Harold.

- Ouais. Et vu que j'en ai plus que marre, ça tombe bien ! Alors autant en finir. Hé ! Astrid ! Vas-y, fais-toi plaisir ! Tire ! ordonnait-elle

- De quoi ?! S'étonnait Killian

- Non mais... qu'est-ce qui te prend ?! Tu es folle ou quoi?! S'exclamait Harold totalement abasourdie

Tout le monde s'était tu. Même Gaspard et Astrid. Harold avait-il l'intention d'enchaîner tous les faux pas ? En la traitant de folle, la reconquérir était loin d'être gagné. Adrianne pincée ces lèvres en adressant un regard glacial à Harold.

- Si j'étais toi, j'éviterais de parler et de me traiter à nouveau de folle, parce que je saurais à qui adressait ma prochaine droite !

- Euh... il se passe quoi là ? Ça se fritte ? Se marrait Gaspard

- Une dispute préconjugale peut être. Faisait de même Astrid

- Qu'est-ce que ça peut vous faire qu'on se dispute ?! À cause de vous, j'ai vraiment tout perdu ! Alors tirez-moi une balle dans la tête, qu'on en finisse !

Est-ce que c'était de l'inconscience ? De la bravoure ? Difficile à dire. Eux-mêmes étonnés de son attitude, ils ne lui tirer même pas dessus en la voyant les défier du regard, bras sur les hanches et visiblement sure d'elle et impatiente.

- Bon ? Vous comptez attendre encore longtemps ? Aller ! Qu'on en finisse ! Insistait-elle

- C'est quoi ce plan ? S'étonnait Astrid

- Vous me haïssez ! Vous m'en voulez pour tout ! Vous voulez en finir avec moi ! Alors je vous en prie ! Allez-y, qu'on passe tous à autre chose. Ajoutait-elle avec indifférence

- Bon. Je ne sais pas à quoi tu joues, mais très bien. Je me ferais cet honneur. Un dernier mot Adrianne ? demandait-elle en levant la gâchette vers sa cible

- Plutôt une question.

- Laquelle ?

- Vous êtes ensemble tous les deux ? demandait-elle avec plus d'intérêt que le sort de sa propre vie

- Hein ? Euh... Je...

Voir Astrid devenir toute confuse et rougissante était le but d'Adrianne. Depuis leur arriver, elle devait être la seule à avoir remarqué quelque chose de différent. Et cette différence était peut-être la solution pour que ce conflit entre eux s'arrête.

- Non mais sérieux ? Vous êtes ensemble ?! Enfin ?! Mais c'est génial ! Souriait-elle ravie

- En quoi ça te rend heureuse ? T'est sur le point de perdre la vie et ton cher Harold aussi! Sans compter l'anglais et ce maudit canasson ! Intervenait Gaspard tout aussi surpris que sa compagne

- Pour info, c'est Killian mon prénom, espèce de mal élevé ! Et on ne parle pas comme ça des chevaux ! Surtout celui-là ! protestait sévèrement Killian en guise de soutien à Krokmou qui montrer sa colère.

- Chut vous deux ! Alors pour te répondre... En quoi ça me rend heureuse ? Euh... si je ne me trompe, vous vous êtes mis ensemble par le biais de vos retrouvailles et de vos envies de vengeance mutuelle à nos égards, non ?

- Pas faux. Mais quand bien même, tu...

- Je sais, tu me tueras dans peu de temps. Mais est-ce que je peux ajouter une dernière chose ?

- Quoi encore ?

- Je suis vraiment, mais vraiment heureuse pour vous.

- Non mais tu plaisantes là ?! On ta torturé, séquestré, tabassé et j'en passe ! Et tu nous dis avec un grand sourire que tu es contente pour nous ?

- Pourquoi je plaisanterais ? Alors oui, vous avez agi comme des monstres, mais je ne peux pas m'empêcher de me réjouir de voir un amour prendre enfin vie ! Même dans un moment pareil !

- Adrianne, tais-toi. Ça me gave ce que tu dis. Soupirait Astrid d'un air las

- Non ! Je ne compte pas me taire ! Vous ne vous rendez pas compte de la chance que vous avez ou quoi ?! Astrid, tu as enfin le cœur de l'homme que tu as toujours aimé ! Et toi Gaspard, tu as le cœur d'une femme qui t'apprécie réellement pour ce que tu es ! Vous aller enfin pouvoir construire un avenir sur de nouvelles bases ! Réfléchissez... mettez un terme à cette folie, à cette haine, enfuyez-vous loin d'ici sous une autre identité afin d'être heureux ensemble ! Et dire que si rien de tout ça n'était arrivé depuis le début, vous ne seriez pas ensemble à l'heure qu'il est ! J'ai tort ? Argumentait-elle avec espoir et sincérité

Le doute de mettre fin à sa vie envahissez leurs cœurs. Au fond d'eux, ils savaient qu'elle avait raison, que leur amour n'aurait jamais vu le jour s'ils ne c'étaient pas retrouver dans le même but. C'était le destin qui voulait ça. Et si Adrianne n'avait pas influencé le maire de les laisser en vie lors de leur procès, ils n'auraient jamais eu cette chance. De ce fait, ils lui étaient redevables. Et elle avait raison aussi à ce sujet. Puisqu'ils étaient enfin réunis, pourquoi continuer d'avoir de la haine et de vouloir leur mort ?

- Tu as raison. Mais ça me sidère que tu agisses comme ça envers nous ! Après tout ce qu'ont t'a fait, tu arrives encore à ressentir de la joie pour nous ?

- Je sais que ça doit être choquant. Mais à la base, je ne suis pas du genre à détester. Je préfère voire les gens heureux et me réjouir pour eux. Souriait-elle

- Adrianne... murmurait-elle émue et abasourdie

- Mais si pour votre plus grand bonheur, vous pensez qu'il faut quand même me tuer, alors allez-y. Je ne vous en voudrais pas et je ne viendrai pas vous hanter.

- Je... non, je ne peux pas faire ça... ce... ce ne serait pas juste envers toi... Quand je pense à tout ce qu'ont t'a fait, tu arrives encore à être la gentille fille que tout le monde connaît ? N'importe qui devrait nous détester où nous tuer sur le champ en guise de représailles... mais pas toi ! On se déteste pourtant !

- Je n'ai jamais voulu devenir ton ennemie Astrid. Jamais. Depuis que je vis ici, mes seules préoccupations étaient que ma famille soit heureuse et de me faire des amis. Malheureusement, j'ai eu un souhait sur deux de réaliser. Mais je suis sure qu'on aurait pu devenir amie si on avait réglé le malentendu depuis le départ.

- Comment avoir envie de te tuer après ça... ? Est-ce... tu penses qu'il est trop tard pour oublier la rancœur, tous le mal qu'on ta infligé et qu'on reparte sur un nouveau départ? Demandait-elle avec timidité et des yeux brillants

- Je pense que oui et que rien ne pourrait me faire plus plaisir, Astrid. Souriait-elle

Sous les yeux surpris des garçons et de Krokmou, les anciennes ennemies se souriaient davantage avant de s'enlaçaient comme de vraies amies, mettant enfin un terme à ce conflit. Levant ses yeux vers Gaspard, Adrianne lui adressait un immense sourire bienveillant que le jeune homme lui rendait. La rancœur était finie. Une nouvelle amitié était possible entre eux.

- C'est fantastique... on va bien s'entendre tu verras !

- J'espère ! Et j'ai hâte de te voir remettre une raclée à Krane au bras du fer ! Oh... en parlant de lui et des autres, ne leur en veux pas. C'est moi qui leur ai ordonné d'agir ainsi envers toi cette nuit-là.

- T'inquiète, j'avais compris quand je t'ai revu dans votre planque.

- Et... désolée pour tes cheveux. Je ne pensais qu'à me venger… Et pareils pour les coups... je...

- Oh, ça va repousser. Et ce n'est pas plus mal en fait qu'ils soient coupés. Quand aux baffes, tu n'as pas dû y mettre assez du tien parce que je ne sens presque plus rien et... Ooh... gémissait Adrianne en fléchissant légèrement.

- Qu'est-ce qui y'a ? S'inquiétait Astrid en la soutenant par les épaules.

- J'étais tellement préoccupé par vous deux et par ma joie que j'avais oublié que je meurs de faim... je tiens plus debout, je n'en peux plus...

- Mince c'est vrai... déjà, viens, on va s'asseoir à l'abri de la pluie...

- Et j'ai de quoi manger. Tenez.

S'asseyant tous loin de la mare de boue stagnante et à l'abri de la pluie, Killian offrait ses provisions à Harold et Adrianne qui s'en régalait copieusement. La pauvre n'avait rien mangé depuis deux jours et un simple bout de pain avec un peu de viande sèche était un vrai bonheur pour son estomac.

- Hum... c'est meilleur qu'un escargot cru! Blaguait-elle

- Quoi ?! Tu as mangé un escargot ?! S'exclamait Astrid avec une grimace

- Eurk... grimaçaient Harold et Gaspard

- Bien sur que non, je ne suis pas givrée à ce point-là! Riait-elle sous les rires discrets de Killian

- Ça doit avoir quel gout à votre avis ? interrogeait Gaspard sur le ton de la plaisanterie

- Le gout de l'escargot cru, cherche pas à comprendre. Bon. On fait quoi maintenant qu'on a fait la paix ? demandait Astrid

- On doit retourner au village et sauver mon père. Même si je pense qu'il n'y a pas de raison de s'inquiéter énormément, surtout si Alvin se pointe au village avec un vieux comme escorte.

- L'escorte sera beaucoup plus grande Harold. Et le vieux, ce n'est pas n'importe qui. C'est Mildiou. Un ancien banni du village et le chef d'une bande de pirates déjantés aux envies meurtrières. Expliquait-elle

- Et c'est quoi leur plan à ses deux là ?

- S'en prendre à Stoik puisque c'est lui qui a ordonné leur renvoie commun. Mais ce que je ne comprends pas, c'est le mystère de ces tonneaux... murmurait-elle en pleine réflexion

- Des tonneaux ? De quoi tu parles ?

- Quand Mildiou m'a repêché en mer, je lui ai raconté mon histoire et mon envie de vengeance. Et en apprenant que je venais du village, il a accepté de m'aider, puis on a fait cap vers une ville lointaine. Arrivée la bas, on a chargé le bateau de ces tonneaux et on a fait cap vers le port.

- Tu ne sais pas ce qui y'a dedans ?

- Non. Ils ont refusé de me le dire. Ils ont tout mis dans la cale sur haute surveillance.

- Mais tu n'as pas entendu un détail ou une info que les gardes ou l'équipage auraient laissé passer?

- Non... mais je me rappelle d'un truc. Quand ils sont passés devant moi avec un tonneau, ça sentait le soufre... ou le charbon de bois je crois... Et le pire, c'est que j'ai déjà senti cette odeur à la taverne, mais pas moyen de me rappeler ce que c'est...

- Oh non...

- Quoi ?

- Je sais ce que c'est et ce qu'ils veulent en faire... informait Gaspard avec une certaine crainte

- Et c'est quoi ?

- Il veut raser le village... le contenu de ces tonneaux, c'est de la poudre explosive ! C'est ça !

- Quoi ?! Mais... ôtez la vie d'Harold, d'Adrianne et de Stoik était le plan de base ! Il n'était pas prévu de faire exploser le village ni de tuer d'autres personnes ! ajoutait Astrid abasourdie

- Astrid. Vos hommes, ils sont combien ? l'interrogeait Harold

- Une vingtaine. Tous plus barges les uns que les autres. Ah désolée, je précise.

- Bon. Le temps nous est compté, donc voila le plan. On fonce tous les cinq au village et on prévient le plus de monde possible du danger. Énonçait-il

Le groupe approuvait le plan, sauf Adrianne, qui n'avait plus prononcé un mot durant toute la conversation mais qui avait cogitait dessus dans son coin.

- On va droit au massacre. On n'est pas des héros. Cinq contres vingt, c'est du suicide ! Surtout si Astrid dit qu'ils sont complètement malades ! Et s'ils ont Alvin de leur côté, nos chances de réussite sont de plus en plus réduite. Analysait-elle le regard perdu dans le vide

- On le sait. Mais les autres ne le savent pas ! Et on ne peut pas les abandonner ! Et toi non plus t'a pas le droit d'abandonner ! lui répondait Harold

- Tu penses sincèrement que tu es en droit de... attends... chuut ! Écoutez... C'est quoi ? demandait-elle en prêtant l'oreille

- On dirait des bruits de sabots... suggérait Killian

- Je reconnais cette manière de galoper... attendez... mais c'est... oh ! Maximus ! S'exclamait Harold aussi ravi qu'Adrianne quand elle avait revu Krokmou

Le cheval et son cavalier étaient de nouveau réunis, mais la bête était agitée aussi bien dans le regard que dans son attitude. Par des simples caresses, Harold essayait de le calmer et de deviner ce qui n'aller pas.

- Tous doux... Qu'est-ce qui se passe ?

- Il semble nous indiquer la direction du village. Répondait Gaspard à la place du cheval

- Regardez le ciel, on voit de la fumée noire s'élever. Et de loin, j'arrive à entendre des explosions. Ajoutait Killian

- Ce qui signifie que ça a commencé. Et qu'il faudra se battre. Comprenait Astrid

- Alors en route. Concluait Adrianne.

- T'a changé d'avis finalement? Pas que je ne sois pas content mais... S'étonnait gentiment Harold

- Considère ça comme un cadeau de mariage. Lui répondait-elle avec sarcasme

L'ambiance entre ces deux la était tendue et personne n'osaient intervenir. Les lèvres pincées, Harold se taisait et la laisser passer. Le visage sévère mais déterminé, elle se dirigeait vers Krokmou et grimper en selle avant de se tourner vers Astrid et Killian.

- Astrid, Killian, venez. À deux ou trois par cheval, on gagnera du temps.

Les deux concernés hochait la tête et grimpait à leur tours. Gaspard faisait de même avec Harold et Maximus. Une fois tout le monde en place, les anciens ennemis fournissaient des armes de défense aux cavaliers, qui donnaient ensuite l'ordre d'avancer et leurs destriers galopaient à toute vitesse vers le village visiblement en flamme.

oO*Oo

Tout c'était passé sans que personne ne s'en rende compte. Après avoir brièvement festoyé et discuter de la dernière phase du plan entre eux, Mildiou avait ordonné à ses hommes de décharger la cale. Une dizaine de ses hommes portaient chacun un tonneau et le reste porté le reste du matériel, ouvrait la marche et couvrait les porteurs avec toute la discrétion qu'ils possédaient. Ils agissaient et se déplacer comme des espions, leur tenue noire les rendant comme invisible dans la sombre forêt.

Comme il faisait nuit et que tout le monde au village dormait, s'infiltrer par le côté opposé au pont d'entrée du village était un jeu d'enfant. Et quoi de mieux comme guide que deux anciens résidents ? Une fois pénétrés dans l'enceinte du village, ils s'éparpillaient telles des fourmis noires, pour disposer par ci, par là les tonneaux. Sans aucune inscription dessus, ils se fondaient parfaitement dans le décor et personne n'irait se poser des questions.

Une fois les tonneaux disposés dans tout le village, un archer caché sur les toits tirait des flèches enflammées sur les tonneaux non disposés à côté des habitations. En peu de temps, un parterre d'arbres sur la grande place du village était en flamme et la panique se propager dans chaque foyer. Comme de petites flammes, chacune des fenêtres s'illuminait d'une douce lueur orangée avant que leurs résidents ne sorte voir ce qui se passer et connaitre l'origine de l'explosion.

C'est figer sur place qu'ils assistaient tous à un feu de joie, comme le faisait les commerçants, le groupe de la taverne ainsi que Gueulfor. Et c'est sans méfiance qu'il se faisait tous capturés et immobilisé par les pirates qui les regroupaient tous sur la grande place.

Le maire avait lui aussi entendu ce tintamarre. Et entendre des cris, des explosions et voir du feu n'était pas bon signe. Et comme Harold n'était toujours pas revenu avec Adrianne, il avait un mauvais pressentiment. S'habillant et s'armant de son fusil, c'est à son tour qu'il se faisait piéger dans la mairie par Alvin, Mildiou et deux de leurs hommes.

- Par ma barbe... Alvin ! Mildiou ! S'exclamait-il avec surprise

- Et oui Stoik. Nous revoilà ! Ça te fait plaisir au moins ? Apparemment non vu la tête que tu tires. Ricanait Alvin

- Oooh. Tout ça parce qu'on a mis le feu et qu'on a capturé ses chers concitoyens ? L'imitait le Capitaine

- Vous voulez quoi tous les deux ? les interrogeaient-ils avec rage

- On est là pour toi Stoik. Ce soir, tu payeras pour tes erreurs.

- Et votre public vous attend déjà monsieur le maire. Refusez de nous suivre sans faire d'histoire, et nous ferons exécuter un villageois au hasard.

- Pourquoi pas une villageoise ? S'étonnait Alvin

- Parce que je compte les garder comme esclaves sur mon navire, comme plaisante compagnie ou alors en précieuses marchandises pour mon commerce. Pareil pour les mômes. Voilà pourquoi. Expliquait le vieil homme

- Ah pas bête. Bien, assez discutez. Suis-nous Stoik.

- Les villages voisins sauront ce qui s'est passé ici. Vous ne quitteriez pas la région sans être intercepté.

- On sera déjà loin avant qu'on nous démasque. Aller, avance !

N'ayant pas le choix, Stoik se faisait conduire brutalement vers l'extérieur. Son cœur se resserrait en voyant chaque homme, femmes, enfants, ami, proche dehors, en pyjama, maltraité et pour la plupart terrorisaient. Gueulfor restait calme et tentait de calmer ceux et celles qui étaient proches de lui. Et la douleur ne lui faisait pas peur, lui qui avait déjà perdu un bras et une jambe. Quand les prisonniers apercevaient Stoik, ils l'appelaient à l'aide mais les hommes de Mildiou les maintenaient au calme. Et d'un signe de tête, Stoik encourageait les habitants à obéir.

- CITOYENS ! Je vous rassure, vous n'êtes pas en plein cauchemar. Je suis bien de retour ! Moi, ALVIN ! Le shérif qui vous a toujours défendu, qui a toujours veillé à la sécurité de nos terres et qui a été envoyé injustement au bagne après tant d'années de servitude et de loyauté! Et pourtant... aucun de vous ne m'a soutenu lors du procès ! C'était ça votre façon de me remercier ?! Après tout ce que j'ai fait pour vous ?! Mais aujourd'hui, votre abandon ne m'atteint plus.

- Cette nuit, votre cher maire mourra de nos mains et sa mort servira d'exemple et de leçon pour l'avenir! Plutôt que de les laisser en vie, exécutez les condamnés afin de ne leur donner aucune chance de revenir pour réclamer vengeance ! Mais qu'importe vos erreurs, puisque cette nuit, ce village sera maudits par vos fantômes. concluait Mildiou

- Bien dit mon cher. Et maintenant...

Il sortait son arme, le doigt déjà positionner sur la gâchette. Il se tournait vers Stoik qui ne bougeait pas d'un pouce et dont la bravoure ne quittait pas son regard. Levant son arme vers son visage, il ajoutait ceci avec un sourire vainqueur.

- Que la fête commence...