Auteur : Umbre77

Titre : La magie d'une fleur

Résumé : Capturé par Voldemort, Harry n'a d'autre choix que d'accepter sa défaite. Mais Draco Malfoy, lui, n'a aucune envie de mourir ! Quitte à changer le passé pour se sauver !

Note de l'auteur : J'ai une migraine d'enfer… Vraiment. Ce qui fait qu'exceptionnellement, je suis désolée, mais je ne réponds pas au RAR avant la publication. Quand ça ira mieux (demain, j'espère), je vous répondrais. Un grand merci à tous pour votre avis, bien que je n'en ai suivi réellement qu'un qui a su me remémorer pourquoi j'avais pris la voie du HPSS et DMRB… Car oui, ça reste mon choix, navrée pour les fans d'HPDM. Si vous en voulez un… Vous n'avez qu'à l'écrire, tiens !

Sur ce, mes petites souris, je vous dis à dans un mois, c'est-à-dire le 15 janvier 2011 ! De bonnes fêtes à vous d'avance !

Chapitre 22 : Trahison

Les oiseaux pépiaient ici et là, inconscients de l'importance de l'instant se déroulant dans la forêt interdite. Draco lui-même se trouvait extrêmement détendu, pour quelqu'un qui faisait face à Voldemort. Debout sur une pierre mousseuse, richement vêtu, le mage noir le regardait de ses yeux légèrement rougis. Il n'était pas encore totalement inhumain… Peut-être tous les horcruxes n'étaient-ils pas fait ? Sa peau était si pâle qu'elle en paraissait translucide. Draco pouvait presque voir certains réseaux veineux et artériels, en transparence sur sa peau. Il se demanda vaguement si, sans sa chemise, le cœur de la créature lui faisant face serait visible. Un frisson imperceptible lui échappa à cette pensée.

Le silence entre eux se prolongeait, malgré l'invitation à poursuivre de Draco. Voldemort semblait le jauger de la tête aux pieds.

« Vous êtes différents de Lucius, dit-il alors. Mais… ces différences ne sont dues qu'à un changement de couleur de cheveux, de peau et un tatouage… Je peux le voir… Ce sont des potions pour les deux premiers, qui vous ont donné cette apparence… »

Draco eut un frisson. Le mage noir était-il capable de voir par delà son déguisement ?

« Vous êtes plus musclé que votre frère également… »

Cette fois, la stupeur de Draco fut totale. Son frère ? Nom de Merlin, comment Voldemort pouvait-il être au courant de ça ?

« Quelqu'un a du découvrir notre futur mensonge, à Lucius et moi, afin de me faire entrer dans la famille Malfoy… quelqu'un qui, manifestement, connaît mes habitudes. Mais qui ? Un élève qui nous aurait espionnés ? Un membre de l'ordre ? Lequel ? Les Prewett nous sont fidèles… il est autant possible de voir un Weasley nous trahir que d'avoir deux sexes… Eugène Potter ? Non, il déteste Voldemort. Maugrey ? Impossible. Caradoc ? Hagrid ! Il est bavard… Mais il ignore pour mon lien de parenté avec Lucius… En fait, à pars Lucius, Narcissa, Dumbledore, Ash, Fixe et moi, personne ne… »

« Je vous que vous vous posez des questions sur la personne responsable de cette fuite d'informations, dit Voldemort, marchant légèrement sur sa pierre. C'est votre frère en personne, Lucius, qui me l'a dit… »

Draco sentit un froid sombre l'envahir. Son père ! Qu'avait-il fait à son père ? Narcissa ne les avait pas contactés… Peut-être n'avait-il pas disparu depuis…

« Je dois dire, je ne m'attendais pas à ce que Lucius Malfoy m'accueille chez lui à bras ouvert… »

Chez lui ? Mais alors, Narcissa était peut-être morte, tout simplement…

« Nous avons eu une longue discussion autour d'une tasse de thé et, entre deux transactions financières, j'ai posé quelques questions à votre sujet… »

Transactions… financières ? Draco serra d'avantage les dents. Non… Non, ça n'était pas possible…

« Ah, je pense que vous venez d'apprendre une douloureuse vérité… J'en suis navré, monsieur Malfoy… Mais si, Lucius et moi avons… quelques affaires communes, dirons-nous. »

La rage qui envahit Draco était… indescriptible. Il eut la soudaine envie de transplaner directement au manoir Malfoy pour aller étrangler Lucius. Enfoiré ! Comment osait-il faire une chose pareille ? Comment osait-il jouer ainsi double jeu ? Les trahissait-il ainsi depuis longtemps ? Quel autre secret son père avait-il divulgué ? Lui qui se montrait avenant et totalement intégré face à l'ordre, pour ensuite cirer les chaussures de Voldemort ?

Un craquement se fit entendre autour de Draco, les oiseaux crièrent et s'envolèrent vivement alors qu'un arbre, derrière lui, se fendait depuis la base jusqu'au sommet avant de s'effondrer dans un bruit tonitruant. Face à lui, le mage noir sembla étonné, mais sourit ensuite d'un air amusé.

« Allons, ne soyez pas si choqué… Votre frère sait utiliser les cartes qui lui sont données, tout simplement. Et puis, Malfoy ne veut-il pas dire Mauvaise foi ? Il porte simplement très bien son nom… Je ne m'étonne pas qu'un bâtard ait du mal à comprendre cette perspective… »

Draco n'écoutait plus, réfléchissant à toute vitesse. Manifestement, Lucius ne les avait pas totalement trahis, car il avait présenté Draco comme son frère bâtard et non comme son fils venu du futur… Mais qu'en était-il de Harry ? Et de la lutte pour récupérer les horcruxes ? Certes, Lucius n'était pas au courant, mais il était intelligent et il pouvait avoir moyenné cette information, signalant que Harry et Draco faisaient quelque chose de secret, comportant des missions secrètes au nombre de 7…

« Mais je ne suis pas là pour discuter uniquement de votre frère, n'est-ce pas ? Aussi utile me soit-il, je vous préférais largement à mes côtés, tout bâtard que vous êtes… »

Draco fronça les sourcils. Qu'est-ce qu'il lui racontait, le serpent ?

« Comment ça ? dit-il.

-N'y avez-vous jamais songé ? demanda le mage noir, semblant brutalement… attractif. A me rejoindre ? Je pourrais vous apporter des avantages que votre situation illégitime vous oblige à perdre définitivement… »

Draco resta un instant interrogateur avant de comprendre. L'héritage Malfoy… Voldemort était tout bonnement en train de proposer le meurtre de Lucius et Narcissa, afin de le laisser seul héritier de cette fortune colossale qu'était l'héritage Malfoy… Sans compter la légitimité du nom apporté par leur décès… Le manoir… les filiales étrangères… et tout ce qu'il avait perdu, en remontant le temps…

« Je vois, dit-il. Mais Lucius ne serait-il pas déjà assez utile pour vos dessins ?

-Oh, Lucius m'est utile, pour certaines affaires financières. Je vous l'ai dit, nous avons quelques points communs. Mais pour le reste, cela s'arrête là. Il a refusé d'adhérer à ma cause, préférant rester auprès de ce vieux fou de Dumbledore… Mais je suis certain que vous percevrez facilement les avantages à me rejoindre, contrairement à votre frère… »

Draco frémit… Alors c'était juste ça ? Quelques affaires sombres et illégales que son père traitait et qui avait amené Voldemort, en tant que simple partenaire financier, sans plus ? Si tel était le cas, il pourrait peut-être lui pardonner, non sans lui avoir lancé un doloris quelconque… Mais en attendant, il avait une proposition inattendue à gérer.

« Donc… vous me proposer d'assassiner mon frère et de vous rejoindre… de faire sans doute double jeu auprès de Dumbledore, de Ash, afin de vous renseigner sur leurs éventuels conciliabules vous concernant ?

-Et bien, je n'en espère pas tant de votre part, mais… si vous vous proposez… »

Draco eut un ricanement. Trahir Dumbledore pourrait être envisageable. Il n'avait jamais apprécié sa façon de se mêler de ses affaires… Mais trahir Ash…

« Snape a dit que tu pourrais m'aider à sortir d'ici ? »

« Une trêve ? Je pense qu'on pourrait carrément appeler ça un traité de paix. »

« Je le sais. Tu es un frère à mes yeux, à présent. Aussi étrange que cela puisse paraître, tu es vraiment un membre de ma petite famille. Au même stade que l'ont été Ron et Hermione. Ne me déçois pas. »

« Je t'aime énormément, à présent. »

Même pas en rêve !

« Qu'est-ce qui a pu vous faire penser que l'héritage Malfoy m'importait plus que Ash ? demanda-t-il, moqueur. Qu'est-ce qui a pu vous faire penser que je serais prêt à vous rejoindre ? Ash n'a-t-il pas déjà été assez clair, lors de votre dernière rencontre ? Nous sommes là pour vous éliminer. Pas juste lui. Nous deux. Il est celui qui vous a affronté le plus directement, pour l'instant, je l'admets ! Mais ne me sous-estimez pas. Je veux votre mort plus encore que n'importe quel héritage. Plus que tout au monde ! »

Voldemort haussa un sourcil presque moqueur, un léger sourire apparaissant sur son visage.

« Votre frère vous connaît bien, dit-il. Lucius m'avait prévenu que ce serait ce que vous répondriez… Soit… J'espérais ne pas avoir à en venir là… »

Et brutalement, il attaqua. Draco s'y attendait depuis le début alors il bondit. Ce n'était pas pour rien qu'ils s'étaient préparés physiquement pendant des années ! Ils avaient acquis tous les deux des réflexes et une vitesse que seuls les exercices physiques réguliers pouvaient donner. Sautant derrière un arbre, il inspira un bon coup avant de se lancer dans le combat à son tour. Il allait montrer à Voldemort qu'il valait autant que Harry !

D'un mouvement souple de la main et sans aucune hésitation, il lança plusieurs sortilèges de magie noire qu'il maniait depuis l'âge de 14 ans, grâce à l'entraînement de son père. C'était des sorts connus des mangemorts et donc, de Voldemort, mais il fut heureux de les utiliser, aussi noirs soient-ils. Voldemort réagit vite en dressant un bouclier autour de lui. Les sorts ricochèrent et Draco en évita un en s'aplatissant vivement au sol. Alors même qu'il faisait un mouvement pour se redresser, il sentit une vive douleur à l'épaule et comprit qu'il avait été touché par quelque chose lancé par le mage noir. Il ne regarda pas pour autant et continua d'attaquer vivement. Il n'y avait plus aucun son dans la forêt si ce n'est le bruit des arbres frappés par les sorts, lacéré par eux ou complètement détruit.

Malgré sa concentration, Draco remarqua vite que Voldemort avait un avantage sur lui. Il restait immobile sur sa pierre, lançant sort sur sort, se protégeant de bouclier alors que lui courrait partout. Son corps était en plus engourdi par l'attaque reçue à l'épaule. Nul doute qu'elle était empoisonnée.

« Je ne vais pas tenir éternellement… je ne suis pas comme Ash, j'ai plus l'habitude de protéger que d'attaquer…Il faut que je provoque une diversion pour m'enfuir… Bordel ! »

C'était frustrant. Il se savait aussi doué que Harry, mais il était déçu de ne pas pouvoir tenir aussi bien face à Voldemort. Toutefois, il comprenait qu'il n'y parvienne pas. Il était quelqu'un de plus calme, moins instinctif. Harry ne réfléchissait pas quand il attaquait, il le faisait avec ses tripes, sans réfléchir, juste par sa volonté de vivre et de gagner… Lui avait besoin de réfléchir, d'échafauder des stratégies pour mieux piéger son adversaire… Et ce n'était pas face à un concurrent aussi puissant que Voldemort qu'il pouvait recourir à de tels subterfuges.

« Enfin, pour m'enfuir, je le peux ! »

Et ce fut sans hésitation qu'il lança plusieurs sorts sur le mage noir. Si ce dernier pensa que son but était de le toucher, il se trompa complètement. Pour preuve, il n'avait lancé que des sorts mineurs, voir ridicules. Trois d'entre eux furent annihilé par le bouclier, le quatrième alla toucher un arbre qui s'effondra… Et le cinquième n'atteignit même pas le bouclier, il explosa à mi-chemin, répandant une forte odeur de sang dans l'air. Voldemort en sembla un instant perturbé. Il fronça les sourcils mais s'en désintéressa, préférant attaquer Draco. Ce dernier avait beau bouger, il sentait bien certains sorts l'atteindre. Il poussa un cri lorsque son bras se fit brutalement couper, non loin de sa main gauche. Il tenta de l'ignorer, mais il s'aperçut bien vite qu'il ne parvenait plus à contrôler son membre.

« Ne regarde pas, ça ne sert à rien maintenant, concentre-toi ! »

Mais sa concentration était brisée et tout ce qu'il put faire fut de s'agenouiller et d'ériger le plus puissant bouclier de protection qu'il connaissait.

« Inutile, dit Voldemort, toujours immobile sur son rocher. Ce petit bouclier ne tiendra pas dix minutes ! »

Et il le harcela de sort. Draco gémit en le regardant faire. Dix minutes… Ce serait peut-être suffisant… L'odeur de sang avait du se répandre dans toute la forêt, maintenant, mais il ignorait à quelle distance se trouvait le nid… Harry y avait été, pendant ses années d'école, mais lui, jamais ! Il ne pouvait qu'espérer qu'elles se laisseraient appâter. Baissant les yeux sur sa main gauche, il sentit la nausée l'envahir. Sa main ne tenait presque plus à la chaire que par quelques lambeaux et il perdait énormément de sang.

« Non, pas ma main ! Tout sauf ça ! »

La panique s'insinua en lui. Draco se savait beau et appréciait son physique. Être brutalement amputé serait pour lui la pire des choses ! Les dents serrées, il souffla pour tenter de reprendre contenance. Ce fut sans hésitation qu'il porta sa main droite pour recoller la gauche à son bras. Il siffla de douleur alors qu'il marmonnait le seul sort de couture qu'il connaissait. Ce fut douloureux – et horrible de voir des fils épais apparaître et percer son bras et sa main pour ensuite rassembler le tout – mais c'était le mieux qu'il pouvait faire étant donné la situation.

Face à lui, Voldemort continuait de lancer des sortilèges et Draco pouvait voir son bouclier se fendre peu à peu. Celui-ci, teinté de lumière bleue, ressemblait à un miroir sur lequel quelqu'un aurait donné plusieurs coups. Il dut s'éloigner d'une légère percée réalisée par un sort tout particulièrement puissant, échappant de peu à un doloris vicieux. Ce dernier lui aurait fait perdre le maintien du bouclier, bien que de plus en plus mince…

Il leva les yeux vers le mage noir, le cœur battant et écarquilla les yeux de stupeur. Un sourire victorieux apparut sur ses lèvres. Enfin ! Elles en avaient mis du temps, ces sales bêtes ! En voyant son sourire, Voldemort s'arrêta.

« Vous êtes suffisamment blessé que pour vous ranger de mon côté, Malfoy ? demanda-t-il.

-Non, répondit Draco. J'accueille simplement les renforts ! »

Voldemort fronça les sourcils et se retourna. Draco ne pouvait voir son expression, mais il rit en le voyant sauter de son rocher – et se rapprocher inconsciemment de lui – de crainte. Sans hésiter, Draco leva la main et lança le seul sort qu'il était encore capable d'utiliser avec ses blessures. Plusieurs flèches foncèrent vers le mage noir et l'atteignirent directement au dos. L'homme poussa un cri de rage et se tourna vers lui. Il voulut passer à l'attaque, mais Draco n'avait pas attendu. Rester là, face à un mage noir et des araignées géantes affamées n'était pas une bonne idée. Il avait profité du dos tourné de Voldemort pour stopper son bouclier et se transformer dans sa forme animagus. En quelques mouvements d'ailes, il fut à l'abri au sommet d'un arbre. Voler lui paraissait pourtant horriblement difficile, à cause de ses blessures.

Il regarda vaguement vers le sol. Sans surprise, Voldemort regardait partout autour de lui.

« Nous nous retrouverons, Monsieur Malfoy, croyez-le bien ! »

Et sans plus tarder, il transplana alors que plusieurs araignées sautaient sur lui. Draco soupira. Il avait été pitoyable, mais au moins, il l'avait blessé.

« Et maintenant, je me tire avant de devenir le dessert ! »

Il décolla et s'éloigna aussi vite qu'il le pouvait de l'endroit. Il eut une vague pensée pour sa besace remplie d'herbes rares… Bah, il avait déjà un stock énorme, il n'allait pas pleurer pour quelques pousses !

Il n'était pas si loin de Poudlard que ça et il fut heureux de voir le parc se profiler. C'était un dimanche et donc, il y avait de nombreux élèves s'amusant dans le parc. Aucun n'avait apparemment prêté attention au combat qui s'était livré, à quelques mètres d'eux.

« Heureux sont les innocents ! », pensa-t-il.

Il sentit clairement qu'il ne pouvait pas voler loin et s'écrasa pitoyablement sur le sol. Non loin, quelques élèves avaient suivi le mouvement. Draco fut surpris de reconnaître la voix d'un de ses élèves en consultation.

« Ben ça… Qu'est-ce qu'il a, cet oiseau ? »

Il leva péniblement la tête vers le visage juvénile du Serdaigle de 12 ans. Quel était son nom, déjà… Il ne parvenait plus à se souvenir… Il avait tellement mal, aussi…

« Il est en miette, cet oiseau ! dit un des camarades de son patient. Regarde, son aile gauche… on dirait qu'elle a été découpée… et il a des coupures partout ! On devrait l'achever ! »

Draco se redressa péniblement. Il devait se retransformer et il le savait, mais il ne voulait pas le faire face à ses jeunes élèves. Tournant la tête à gauche et à droite, il fut presque soulager de voir Regulus et Severus, à dix mètres de là. Ils discutaient ensembles, sans aucune animosité. Les cours du samedi les avaient rapprochés et, s'ils n'étaient pas encore amis, ça devrait se faire, avec le temps. Incapable de voler, il se mit à sautiller dans leur direction.

« Hé ! fit son patient de Serdaigle. Regarde, tu lui as fait peur en disant qu'il fallait l'achever ! Reviens !

-Laisse le tomber, il va crever », dit l'autre Serdaigle.

Draco souhaita presque que son patient ne l'écoute pas et le suive. Ce garçon avait de sérieux problèmes avec certains membres de sa famille et qu'il décide d'aider une créature et y parvienne serait positif… mais dans le cas actuel, il ne valait mieux pas. Il fut donc soulagé en n'entendant aucun pas derrière lui alors qu'il se rapprochait de Regulus et Severus. Les deux concernés ne remarquèrent pas tout de suite sa présence, trop pris par leur conversation.

« Je veux dire… si ma mère apprend ça, je vais me faire buter !

-J'imagine, disait Severus, regardant le ciel d'un air distrait. Alors ne lui dis pas… De toute façon, tant que tu n'oseras pas en parler à Drake et que tu ne sauras pas ce qu'il en pense, à quoi ça sert de projeter de le révéler à ta mère ?

-Ben… quelle que soit la réponse de Drake, je… »

Regulus était rouge pivoine. Il baissa les yeux sur ses mains serrées sur ses genoux et inspira.

« Je suis gay ! dit-il avec difficulté. Donc… euh… »

Il se perdait dans ses mots, manifestement très gêné.

« C'est bien que tu oses le dire à voix haute, lui dit Severus. Faudrait en parler avec Drake, cela dit. Je crois qu'il saura mieux t'aider que moi… »

Regulus semblait être torturé par cette simple éventualité. Il tourna la tête vers son camarade Serpentard et le remarqua alors.

« Ben… regarde cet oiseau ! On dirait qu'il vient vers nous… »

Severus tourna la tête dans sa direction à son tour et écarquilla les yeux.

« Sacrément amoché la bestiole… Il a été chopé par un chat, à mon avis… »

Draco gazouilla faiblement. Un chat ! Pire, un serpent ! Péniblement, il battit des ailes pour se poser sur les genoux d'un Severus surpris.

« Euh…, fit le garçon, sceptique. Qu'est-ce que… »

Drake ne le laissa pas poursuivre. Il se rapprocha de lui et donna un coup de bec sur son ventre. Comment lui faire comprendre qu'il devait l'amener à l'intérieur ?

« Il est dans un état pitoyable ! dit Regulus. Attends, viens là ! »

Draco voulut échapper aux mains de son patient, mais le garçon le piégea avec efficacité. Il se retrouva coincé entre les deux paumes chaleureuses de l'adolescent.

« Ben mon pauvre petit… il t'a pas fait de cadeau ! »

Draco sentit un mouvement brutal et pépia avec force.

« Qu'est-ce que tu fais ? demanda Severus.

-On va pas le laisser crever, non ? Je vais l'amener à Hagrid… Il saura sûrement quoi faire ! »

Severus haussa les épaules et se leva à son tour pour le suivre.

« Si tu le dis… »

Ensembles, ils traversèrent le parc en direction de la cabane du garde chasse. Soulagé, Draco s'installa dans les mains douces qui le maintenaient contre un torse chaleureux. La cabane de Hagrid serait bien pour reprendre sa forme humaine.

« Tu crois qu'il va pouvoir faire quelque chose ? demanda Severus. Avec ses énormes mains, il va sûrement faire pire que mieux !

-On le fera pour lui, dit Regulus. Au moins, il saura quels soins lui donner. Tu t'y connais, toi, en oiseau ?

-Non, répondit Severus. Mais j'ai entendu dire qu'ajouter une tête de rouge gorge à une potion de régénérescence musculaire créait un puissant poison qui tuait en moins de trois heures… »

Un long silence s'installa.

« On t'a déjà dit que t'étais barge, parfois ? » demanda Regulus.

Severus eut un ricanement.

« Parfois, oui, dit-il, moqueur. Bah, t'inquiète, je vais d'abord te laisser essayer de le sauver avant de le décapiter…

-Trop aimable, ironisa le garçon.

-Je sais », se moqua Severus.

Draco frotta sa tête plumeuse contre la main qui le maintenait dans ce carcan de chaleur. S'il n'y avait pas eu urgence, il se serait endormi et laissé aller à être chouchouter par le jeune homme qui le tenait. Regulus avait des mains très confortables…

« Et bien… je ne suis pas dans la merde, avec ce garçon… »

Il sentit un mouvement vers le haut et comprit que son porteur gravissait les quelques marches menant à la porte de la cabane.

« Hagrid ? appela-t-il. Vous êtes là ? Merde, Severus, tu pourrais frapper ? »

Un bruit de choc répondit. Puis un mouvement de porte.

« Ah… Black et Snape… Que me vaut le plaisir ? dit la voix forte d'Hagrid.

-On a trouvé un oiseau en très mauvais état, dit Regulus. Alors on se demandait…

-Un oiseau ? s'étonna le garde chasse. Entrez ! »

A nouveau, Regulus se mit en mouvement.

« Je l'ai dans mes mains…

-Une seconde… »

La porte fut fermée puis Draco entendit plusieurs bruits.

« Voilà, pose-le là… »

Il y eut plusieurs mouvements qui lui arrachèrent quelques pépiements et il fut déposé dans une petite boite cotonneuse et confortable.

« Pauvre petit rouge gorge ! dit Hagrid, penché sur lui. Qu'est-ce qui a pu lui faire de telles blessures ? »

Ce fut sans hésiter que Draco sauta hors de la boîte.

« Hé, non, ne bouge pas ! dit le demi-géant. Attrapez-le ! »

Mais alors même que la main de Regulus se posait sur son dos, il y eut un crack et il reprit son apparence humaine. Les trois autres présents poussèrent aussitôt trois cris de stupeur.

« Mon dieu, Drake ! s'exclama Hagrid, remit de sa surprise. Tu es un animagus ?

-Vous ne croyez pas qu'il y a plus important, siffla Draco en désignant ses blessures. Severus, va dans mon appartement et rapporte ici toutes les potions que tu peux pour me soigner. Préviens Ash, aussi… Bordel ! »

Il se coucha sans hésiter sur la table. Sa blessure à l'épaule le brûlait et il ne parvenait toujours pas à bouger sa main gauche. Les fils plantés dans son membre le torturaient tout autant. Les yeux clos, il haletait douloureusement, tentant de rester conscient et de se concentrer.

« Mais qu'est-ce qui t'es arrivé ? demanda Hagrid, horrifié. Qui t'a fait ça ?

-Voldemort », répondit Draco, ouvrant un œil fiévreux.

Hagrid avait blêmi mais ce n'était rien comparé à la réaction de Regulus. Le gamin tremblait de la tête aux pieds et il pleurait, bouleversé.

« Allons, Regulus, lui dit Draco, un sourire crispé sur le visage. Pas de quoi paniquer, je te rassure… Ash et Severus vont soigner ça en moins de trois minutes… »

Il ne le pensait pas et ça s'entendait. Le garçon secoua la tête de gauche à droite, clairement choqué.

« Vous… Vous… vous êtes…

-Dans un très mauvais état, je sais, lui dit Draco. Allons, remets-toi, il ne faut pas flancher. Merci d'avoir décidé d'essayer de me sauver plutôt que de m'achever… Je pensais que Severus le voudrait et je suis heureux que tu ais été avec lui, sinon, j'aurais servi d'ingrédient pour potion… Hagrid, faites-le s'asseoir, je crois qu'il va tourner de l'œil !

-Votre main…, murmura Regulus.

-Rien de grave, tempéra inutilement Draco. Bon dieu, Ash, c'est le moment de te dépêcher… Hagrid, faites-le s'asseoir par Merlin ! »

Regulus était si pâle qu'il ressemblait presque à une statue de neige. Le demi-géant finit par obéir et dirigea le garçon vers une chaise. Le Serpentard obéit sans même réfléchir, se retrouvant assis à une distance raisonnable de la table sur laquelle Draco était couché. Brutalement, la porte s'ouvrit, laissant passer un Ash à l'air terrorisé. Quand il vit son état, il blêmit autant que Regulus.

« Mon dieu, Draco ! » dit-il.

Le blond maudit son ami aussitôt.

« Bordel, Ash », insista-t-il, furieux de l'entendre utiliser son vrai prénom.

Mais Harry s'en fichait. Il s'approcha de lui et, d'un mouvement de main, déchira en pièce tous les pulls et t-shirt qu'il portait, le laissant torse nu. Il eut un sanglot en voyant les nombreuses lacérations ainsi que l'état de sa main.

« Ma main en premier, Ash, dit-il, tentant de lui donner un minimum de conscience.

-Ou… oui, ta main », dit Harry.

Severus suivait avec un sac remplit de potion. Harry se tourna vers lui et le regarda.

« Sers-moi d'assistant, Severus, dit-il. Je veux une potion contre la douleur et une autre qui servira d'anesthésient local. Je sais que Drake a ça dans ses réserves, alors dépêche ! »

Le garçon hocha de la tête et farfouilla dans le grand sac. Il sortit aussitôt deux fioles étiquetées et les tendit à Harry. Les attrapant, ce dernier se pencha sur lui.

« Bois ça ! »

Draco obéit. Il fallut quelques minutes pour que la potion agisse.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda Harry, appliquant l'anesthésient local sur sa main gauche.

-Je suis allé dans la forêt pour prendre des… herbes, dit Draco, sachant pertinemment que Harry le questionnait pour le forcer à se concentrer sur autre chose que les files lentement ôter par son ami. Voldemort y était également. Il m'attendait… Il a voulu me persuader de le suivre, j'ai refusé… ça a dégénéré en combat… »

Il gémit douloureusement. Harry utilisait un sort particulièrement douloureux pour greffer sa propre main à son poignet. Il pouvait sentir une immense brûlure au niveau de sa chaire, mais Harry travaillait consciencieusement, reconnectant d'abord les vaisseaux sanguins après avoir lancé un sortilège d'épuration bactérienne.

« Et lui ? demanda Harry.

-Blessé au dos… Je n'ai pas pu faire mieux, s'excusa presque Draco.

-Tu as extrêmement bien fait, Drake, lui dit son ami. Le simple fait que tu sois vivant le prouve ! »

Draco ferma les yeux en l'entendant. Il poussa un gémissement de douleur.

« Severus, regarde son épaule, je crois qu'il est empoisonné. Donne-lui l'antidote qui correspondra ! »

Draco sentit l'élève s'approcher et plusieurs sorts atterrirent sur sa peau mise à nue. Un peu plus loin, Regulus sanglotait toujours et cela le torturait tout autant que de sentir ses propres chaires fusionner au niveau de sa main et de son poignet gauche.

« Il t'a dit autre chose ? demanda Harry. J'ai presque fini, accroche-toi… »

Draco souffla.

« Il y a… nous devons discuter avec Lucius, dit-il. D'urgence. »

Harry cessa un instant tout mouvement, regardant le visage pâle et en sueur de son frère d'adoption. Il souffla. Il ignorait ce que Draco voulait dire par là, mais il le sentait mal. D'un mouvement de main, il invoqua un bandage curatif qu'il enroula autour de la main lésée.

« J'ai désinfecté, reconnecté le système sanguin, les nerfs et les chaires… Mais tu ferais mieux de ne pas la bouger pendant plusieurs jours… Toutefois… juste pour vérifier, essaye de faire bouger tes doigts… »

Draco souffla alors qu'il se concentrait. A sa grande satisfaction, il sentit clairement son pouce se plier, bien que ce fût extrêmement douloureux.

« C'est bon, tu peux arrêter, lui dit Harry. Ne la sollicite surtout pas, d'accord ? Je te ferais une attelle quand j'aurais terminé avec les autres blessures… »

Draco ne prit même pas la peine de répondre. Il sentit une fiole se présenter à ses lèvres et avala sans hésiter. Antidote… il le sut au goût et à l'odeur. Déglutissant, il ouvrit les yeux pour lancer un regard reconnaissant à Severus, ce dernier s'éloignant ensuite pour aller près de Regulus. Ce dernier pleurait sans s'arrêter et Draco sentit une part de lui se tordre face à ce spectacle. Péniblement, il leva la main droite. Il sentit Harry sourire alors qu'il continuait de soigner les autres blessures sans trop de gravité sur son torse.

« Regulus, s'il te plaît… cesse de pleurer, tout va bien…

-Désolé, dit le garçon, essuyant ses joues qui furent aussitôt mouillées. Je n'y arrive pas… »

Il tentait manifestement de se contrôler mais n'y parvenait pas. Lançant un regard à Harry, ce dernier soupira. Il leva la main et plusieurs pansements vinrent recouvrir ses blessures déjà bien soignées.

« Le plus dur a été fait, dit-il. Appels quand tu as fini…Severus, Hagrid, venez avec moi dehors un instant… »

Si le plus jeune obéit sans hésiter, le garde chasse sembla hésiter. Il sortit pourtant, laissant Draco et Regulus seuls.

« Regulus, appela Draco, le jeune Serpentard relevant la tête. Viens ici, s'il te plait… »

Tremblant, l'adolescent se leva pour s'approcher de la table.

« Je vais bien, lui dit Draco, souriant. Ce sont des blessures impressionnantes, notamment ma main, mais elles sont soignées. Cesses de pleurer, allons. »

Regulus hoqueta, une main attrapant son bras droit.

« Je suis désolé, dit-il. Je n'arrive pas à…

-Je sais », répondit Draco.

Il poussa un gémissement douloureux alors qu'il se redressait sur la table.

« Non, restez… »

Regulus couina vaguement lorsque Draco l'attrapa pour le plaquer contre lui. C'était délicieux, vraiment… de tenir ce corps chaleureux contre le sien. Malgré ses blessures, Draco savoura cette étreinte avec une satisfaction qui le désespéra. Autant se résoudre, il était attiré par ce garçon, qu'il le veuille ou non. Contre lui, Regulus avait enroulé ses bras autour de sa taille et enfoui son visage contre son cou. Il respirait vite et tremblait de la tête aux pieds.

« Je vais bien, lui dit Draco, caressant tendrement ses cheveux alors que son bras gauche reposait sagement dans le dos de son élève. Tout va bien… Tu n'as pas à avoir peur, d'accord ?

-Je sais, répondit Regulus. Je le sais, je suis désolé…

-Ne le sois pas, lui dit Draco, embrassant doucement la chevelure soyeuse. Ça me fait plaisir que tu sois si inquiet pour moi… »

C'était dans un murmure qu'il l'avait avoué. S'il s'était écouté, il aurait embrassé le garçon jusqu'à en étouffer. Mais il ne pouvait pas. Il avait seize ans seulement et appartenait à une famille dangereuse… Qu'importe que le garçon nourrisse des sentiments similaires pour lui, il ne devait rien faire dans l'état actuel des choses.

« Mais putain, dès qu'il a passé ses aspics, je l'attache à mon lit, je le jure ! »

« Tu vas mieux ? demanda Draco, amusé. Moi, ça va, tu sais ? Ash et Severus ont fait du bon travail… »

Regulus frémit contre lui et s'en écarta pour le regarder. Il était si proche… Il suffisait de franchir quelques centimètres… Mais à la place, il leva sa main droite pour la passer sur les joues humides et un peu rouge.

« Tout va bien, Reg… Ne pleure plus. Je te remercie. »

Il farfouilla ensuite dans la poche de son pantalon et en tira un mouchoir qu'il lui tendit.

« Ash ? appela-t-il, conscient que s'il restait seul avec son élève, il allait disjoncter. Tu peux revenir… »

Regulus lui lança un regard abandonné et Draco esquissa un sourire.

« J'ai des choses importantes à faire, gamin, lui dit-il un peu moqueusement. Alors sèche tes larmes et conduits-toi comme un grand garçon. »

C'était bas. Même lui l'admettait. Lui rappeler si mesquinement qu'il n'était qu'un garçon de 16 ans, un enfant par rapport à lui, était réellement cruel et il ne fut pas surpris de voir la colère se dessiner sur les traits de son magnifique visage. Mais il sourit en le voyant s'enfuir d'un pas rageur de la cabane, bousculant Harry au passage. Une moue contrite sur les lèvres, le survivant entra, refermant la porte afin qu'ils soient seuls.

« Tu ne devrais pas être ainsi avec lui, lui dit-il. Je crois qu'il t'aime vraiment, tu sais… »

Draco rit en l'entendant.

« Et forcément, tu l'as vu, n'est-ce pas ? dit-il en se recouchant sur la table. Je l'aime aussi… »

Harry sourit en l'entendant, s'approchant de lui. Il s'assit sur la table près de lui et posa une main douce et apaisante sur son torse.

« Alors pourquoi ne fais-tu rien ?

-Parce qu'il a 16 ans, lui répondit Draco. J'aviserai lorsqu'il sera diplômé, mais en attendant…

-Il risque de ne plus t'aimer…

-Alors c'est qu'il n'en valait pas la peine, coupa Draco. Ecoute, il y a plus important que Regulus, pour l'instant. Voldemort m'a appelé Malfoy. Il savait pour mon lien de parenté…. Devrais-je dire fraternel, avec Lucius. Et il l'a appris de mon père en personne. Il semblerait qu'ils aient quelques affaires communes…

-Quoi ? siffla Harry, furieux. Tu te fous de moi ? Ton père nous…

-Non, coupa Draco. Il ne nous a pas trahit. Je pense qu'ils se sont rencontrés par hasard, lors d'un échange financier commun… et mon père lui a révélé, soit de son propre chef, soit sous imperium, que j'étais son frère. J'ignore s'il a révélé d'autres éléments, mais Voldemort savait ça, en tout cas… »

Harry souffla pour tenter de garder son calme. Il ne manquait plus que ça, tiens !

« Nous sommes lundi soir, lui dit-il. On annule nos cours, tu n'es de toute façon pas en état de les mener… Et nous allons voir Lucius. Ce soir ! »

Draco hocha de la tête.

« Laisse-moi le temps d'aller me changer, lui dit Draco. Ensuite, je…

-Hors de question que tu traverses le château dans cet état… les élèves sauront que tu as été blessé, mais évitons de leur montrer la gravité… Je vais te transporter sous ta forme animagus jusque chez nous… »

Draco approuva doucement. A nouveau, il reprit son apparence animale. Avec délicatesse, Harry le souleva et le blottit contre son torse, dans un creux que formaient son coude et son bras. Draco s'y lova avec douceur. Sans surprise, lorsqu'il sortit de la cabane, il rencontra Severus et Hagrid. Leur offrant un sourire serein, il leva une main pour évincer les questions.

« Tout va bien, leur dit-il. Je ramène Drake à nos appartements… Severus… Hagrid… je suppose que vous n'ignorez pas que tout cela…

-Je ne dirais rien, dit Severus. Pour la forme animagus et le reste… »

Harry lui fit un sourire et approuva avec sympathie.

« Merci. Hagrid, je compte sur vous pour prévenir le directeur. Drake et moi avons une petite visite de courtoisie à faire…

-Une visite ? demanda le demi-géant. A…

-Vous le saurez bien assez tôt, répondit Harry. A plus tard ! »

Sur ces mots, il partit sans regarder derrière lui. Un pépiement de Draco attira son attention et il se tourna vers le Serpentard.

« Ah, Severus ? Vous voulez bien ramener les potions non utilisées et les ranger ? Merci beaucoup ! »

Et sans attendre de réponse, il reprit sa route.

oOo

Ils s'étaient changés avant de transplaner aux portes du manoir Malfoy. Ou plutôt, à la grille. Harry souffla en regardant l'immense propriété s'étendant devant eux.

« Et bien… ceci explique cela, dit-il en lançant à Draco un regard presque évaluateur.

-Je t'emmerde, répondit Draco, en poussant les immenses grilles de sa main valide. Il n'y a rien à dire sur ma maison…

-Maison », ricana Harry, amusé.

Draco soupira en levant les yeux au ciel, s'avançant le long de l'allée fastueusement décorée de buissons fleuris parfaitement taillés.

« Et qu'avons-nous fait, ici ? demanda Harry, amusé. Planté des fleurs, coupé les haies, pendant toute notre enfance ? C'est ce que nous sommes censés raconter ?

-C'est pendant la période de notre adolescence et je te rappelle qu'officiellement, nous avons suivi une formation magique…

-Ah, oui, c'est vrai », dit Harry.

Ils marchèrent un long moment en silence, l'immense manoir Malfoy se rapprochant. La nuit était tombée, mais ils distinguaient parfaitement leur route grâce à plusieurs lampions disposés au sol, ceux-ci brillant fortement d'une lumière blanche agréable. Harry avait presque l'impression de suivre un chemin tracé par des étoiles…

« Tu as du avoir une enfance vraiment agréable, ici, dit-il, rêveur.

-Assez, oui, répondit Draco. Plus agréable que la conversation qui s'annonce, en tout cas… »

Harry soupira et s'approcha de lui doucement pour prendre sa main dans la sienne.

« Je suis sûr que Lucius a une bonne explication…

-Et moi, je suis sûr que non, répondit Draco, soupirant. Mon père est un opportuniste. Il a probablement mené une affaire louche avec Voldemort parce qu'elle lui rapporterait de l'argent ou un appui quelconque au ministère. Ne t'attends pas à ce qu'il ait été piégé, Harry ou tu seras déçu. »

L'ancien Gryffondor soupira alors qu'ils atteignaient enfin la porte d'entrée. Avant que Draco ne frappe à la porte, Harry ne put s'empêcher de l'attirer contre lui.

« Peu importe l'opportunisme de ton père, il t'aime, tu sais ? Il ne nous a pas entièrement trahi, du moins je l'espère.

-Je l'espère aussi », répondit Draco.

Il resta un petit moment contre son meilleur ami, satisfait de sentir sa chaleur réconfortante. Il aurait préféré celle de Regulus… Un vague sourire apparut sur son visage à cette pensée. Il était vraiment mal barré avec ce gamin. Inspirant pour se donner du courage, il se détacha de Harry pour frapper à la porte. Il fallut quelques minutes avant qu'un elfe ne vienne leur ouvrir. La petite créature écarquilla les yeux en les voyant.

« Nous désirons nous entretenir avec votre maître, dit Draco avec froideur. Veuillez l'informer que Ash Promise Sadrah et Drake Manfred sont à sa porte. »

L'elfe hocha de la tête et referma la porte. Une minute plus tard, il reparut, ouvrant largement l'entrée de la demeure.

« Le maître vous attends dans le salon, Messieurs. »

Draco approuva et entra noblement. Ça lui faisait étrange d'entrer dans la maison de son enfance comme un invité et non comme un habitant officiel. Il sourit tristement à cette pensée et, sans faire attention à la stupeur de Harry découvrant le hall d'entrée, il se dirigea d'un pas rapide vers le salon où il savait ses parents présents.

Quand il y entra, il les repéra tout de suite. Narcissa était installée dans un fauteuil confortable, devant la cheminée sur laquelle Lucius était appuyé d'une main, contemplant les flammes. Ils sursautèrent lorsqu'il fit irruption dans le salon avec violence. Puis sa mère poussa un cri horrifié alors que Lucius écarquillait les yeux d'horreur face aux nombreux pansements qu'il portait et à l'attelle soutenant sa main gauche.

« Mon dieu, Drake ! dit Narcissa en se levant, tandis que Harry rentrait d'un pas plus calme. Mais que t'est-il…

-Voldemort, coupa Draco en fixant Lucius droit dans les yeux. Voldemort est responsable de cela. »

Lucius figea un instant sous son regard courroucé puis il déglutit et baissa les yeux. Draco serra les dents de rage.

« Pour quel avantage nous as-tu trahi, Lucius ? » cingla Draco, serrant sa main droite de toutes ses forces.

Narcissa tourna la tête en direction de son mari, stupéfaite. Ce dernier fixait le feu d'un air résolu et froid.

« Je suis un homme d'affaire, Drake, lui dit Lucius. Je suis opportuniste, mais je ne suis pas un traître ! Ce que j'ai dit au mage noir n'est…

-Qu'avez-vous dit exactement ? interrompit Harry. L'importance des propos échangés ne peut être jugé que par nous ! »

Lucius s'inclina. Il alla s'asseoir dans un fauteuil et invoqua un service à thé. Un elfe apparut presque immédiatement et entreprit de les servir. A son regard inquiet posé sur Harry, ce dernier comprit que l'elfe savait qui il était. L'initiateur d'une délation que certains elfes faisaient avec inquiétude mais beaucoup de courage.

« Je l'ai rencontré dans un contexte peu recommandable, avoua Lucius. Un sorcier dont je tairais le nom possédait plusieurs artefacts noirs assez dangereux. J'ai décidé de mettre la main dessus, afin de les revendre pour certains, de les conserver pour d'autres. Mais je n'étais pas le seul sur l'affaire. Il était intéressé également et s'est déplacé en personne pour les obtenir. La lutte a été serrée. Il argumentait avec beaucoup de conviction… et beaucoup plus de moyens que prévu. J'ignorais qu'il était si fortuné… Bref, le vendeur a fini par ne plus savoir à qui il désirait céder sa collection. Alors j'ai négocié avec Voldemort…

-Négocié, murmura Harry en fermant les yeux. Et qu'as-tu donné ?

-Tout juste quelques renseignements, répondit Lucius. Rien de bien méchant. Il m'a posé des questions sur le nombre de membre de l'ordre…

-Quoi ? s'exclama Harry. Tu n'as pas…

-Je suis resté vague…

-Mais tu as répondu quand même ! explosa Draco. Pitié, dis-moi que tu n'as pas révélé les noms… »

Lucius souffla péniblement.

« Juste quelques-uns… »

Harry souffla, tentant de garder son calme.

« Quoi d'autres ? demanda-t-il.

-Il m'a demandé si nous avions des espions et j'ai dit que oui. Mais je n'ai pas précisé qui ni quoi. Ainsi, j'ai pensé qu'il pourrait devenir méfiant vis-à-vis de ses mangemorts, mais pas vis-à-vis des elfes…

-Mais encore ? demanda Harry.

-Il m'a… interrogé, sur toi et sur Drake… J'ai juste dit que Drake était mon frère et que tu avais grandi ici pendant ton enfance. Je n'ai rien dit d'autre à votre sujet. J'ai prétendu ne pas avoir eu l'autorisation de beaucoup vous fréquenter… Drake étant le bâtard de mon père, ma mère n'a pas cautionné un rapprochement entre nous… »

Draco tentait vaguement de garder son calme. Les informations données par Lucius n'étaient pas si importantes, mais il savait que n'importe quoi pouvait être dangereux, aux mains de Voldemort. Comment son père, lui si rusé, avait-il pu marchander des informations si importantes pour des banalités ?

« Rien d'autre ? demanda-t-il d'une voix polaire.

-Non, rien d'autre, répondit Lucius. Il m'a posé d'autre question, mais j'ai refusé d'y répondre.

-Encore heureux ! siffla Harry, furieux. Quelles questions ?

-Il m'a demandé la signification de vos tatouages. Apparemment, ils le perturbent beaucoup. Il m'a aussi demandé si j'avais accès à la bibliothèque des Sadrah… Manifestement, quelque chose l'intéresse, là-dedans… Mais j'ai répondu que non. Et bien entendu, il m'a interrogé sur toi, Ash… Beaucoup. Mais j'ai été très vague. Il m'a demandé qui était tes parents, j'ai répondu que je ne savais pas. Des moldus. Puis il m'a demandé si je connaissais ton niveau réel en magie et j'ai répondu la vérité en disant que non. Ça a parut beaucoup le contrarié. Manifestement, il voit en toi un sérieux danger. Il m'a aussi posé une question étrange…

-Etrange ? Demanda Harry.

-Oui… Il m'a demandé si vous vous intéressiez aux objets appartenant aux fondateurs… »

Harry se tendit en l'entendant. Non d'un chien ! Voldemort se doutait-il déjà qu'ils tentaient de détruire ses horcruxes ?

« Et ? demanda Harry. Qu'as-tu répondu ?

-Que je ne le pensais pas… Que c'était de toute façon des mythes et que vous aviez mieux à faire que de vous inquiéter de bricoles mythologiques… »

Harry soupira, soulagé. Au moins, pour ça, ils étaient encore protéger.

« Il a toutefois repris avec une autre question sur vos tatouages. Que signifiaient les sept chiffres en couleurs ? »

Harry le regarda cette fois avec une telle angoisse que Lucius sursauta.

« Et ? dit-il, haletant presque, les mains crispées sur sa tasse de thé.

-J'ai dit que je l'ignorais, répondit Lucius. Mais il n'a pas eu l'air de me croire beaucoup… »

Harry soupira. Alors il se méfiait quand même ? Il était vrai que Draco et lui n'avait pas été des plus intelligents en placardant directement sur leur visage leur résolution avec les horcruxes… Mais bon… Pour l'instant, Voldemort n'avait que des présomptions. Ils avaient bien fait de ne révéler à personne, sauf à Dumbledore, la réelle signification de leur tatouage.

« Bon… C'est tout ? demanda Draco, toujours froid.

-C'est tout, jura Lucius.

-J'espère au moins que cela en valait la peine ! cingla Draco. Tout ça pour une collection d'artefact de magie noire ? C'est pitoyable !

-Tu crois ? Demanda Lucius. Sais-tu seulement ce qu'était ses objets, Draco ? Si Voldemort les avait eu, crois-moi, cela aurait été dangereux !

-Quels étaient ses objets ? » demanda Harry.

Lucius resta un instant silencieux puis soupira.

« Une armoire à disparaître, énonça-t-il. Mais aussi des paralysants magiques, des mangeurs de magie, des têtes chercheuses... »

Draco avait blêmi tandis que Harry fronçait les sourcils.

« Paralysants ? dit-il. Des mangeurs ? Des Têtes chercheuses ? Qu'est-ce ?

-Des objets hautement dangereux, répondit Draco. Les premiers sont capables de figer tout utilisateur de magie dans un périmètre d'un kilomètre. Une sorte de stupéfix à grande échelle. Ils sont généralement utilisés en même temps que les mangeurs. Ils ont pour but de dévorer la magie des sorciers présents ce qui, soit les tue, soit les transforme en moldus de façon définitive. Et les têtes chercheuses… Mieux vaut qu'il n'en ait pas sous la main, Harry, crois-moi. Elles ont pour mission de trouver et tuer une personne déterminée. Il suffit d'un cheveu, d'une trace magique pour que ces saletés se lancent à la poursuite de quelqu'un. Et il est pratiquement impossible de les détruire… »

Harry fronça les sourcils. Dangereux, tout ça…

« Et c'est tout ? Demanda-t-il. Il n'a rien obtenu ?

-Pas ça, en tout cas, répondit Lucius. Mais il y avait d'autres objets que je ne connaissais pas et pour lesquels il a bataillé ferme. J'ignore leur utilisation. En vérité, je ne savais pas que je négociais pour des têtes chercheuses avant que je ne les analyse ici…

-Tu ne les as pas revendu, n'est-ce pas ? s'inquiéta Draco.

-Me prends-tu pour un fou ? Bien sûr que non ! cingla Lucius. Je les ai gardé ici… J'essaye de les détruire, mais ce n'est pas simple. Je n'ai revendu que les grimoires de magie noire que je possédais déjà… »

Harry soupira. C'était déjà ça… Mais quels étaient les autres objets que Voldemort désirait tant ?

« A quoi ressemblait ses objets ? demanda-t-il.

-Ils étaient variés… Il y avait un miroir argenté, une chaîne en or… Elle paraissait très étrange, presque vivante… Il y avait aussi un œuf, je pense qu'il s'agissait d'un œuf de serpent, mais quant à savoir lequel… »

Harry hocha pensivement de la tête. C'était dans ce genre de situation qu'il aurait apprécié d'avoir son lien avec Voldemort. Un rêve et il aurait pu savoir…

« Rien d'autres ? Demanda Draco.

-Non, répondit Lucius. Mais je sais que ces objets sont dangereux. Vu l'impatience du vendeur de s'en débarrasser… »

Draco hocha pensivement de la tête. Il resta un instant silencieux puis regarda son père droit dans les yeux. Celui-ci soupira.

« Je n'aurais jamais dit d'éléments capitales, tu le sais… J'ai révélé notre soi disant lien de fraternité, mais je ne pensais pas que ce serait grave…

-En fait, ça ne l'est pas, dit Draco. Le nombre de membre de l'ordre, par contre… et des noms ! Lesquels ?

-Les évidents, répondit Lucius. Le mien, celui des Prewett, des Weasley, de Dumbledore… les vôtres, bien entendu… Mais rien d'autres…

-C'est déjà trop, murmura Harry. Mais bon, c'est mieux que rien. Il va falloir dire aux Weasley et au Prewett de se méfier…

-Il n'a pas paru très surpris, signala Lucius. Je pense qu'il le savait déjà. »

Harry hocha de la tête en réponse. Oui, il ne l'ignorait sans doute pas… Mais Voldemort n'était pas idiot, il n'avait pas interrogé Lucius sur ce sujet pour rien…

A suivre…