Auteur : Umbre77

Titre : La magie d'une fleur

Résumé : Capturé par Voldemort, Harry n'a d'autre choix que d'accepter sa défaite. Mais Draco Malfoy, lui, n'a aucune envie de mourir ! Quitte à changer le passé pour se sauver !

Note de l'auteur : Yo mes petits pandas! Comment allez-vous? Je suis personnellement assez épuisée par mon travail! La rentrée a été difficile avec un changement d'horaire pénible, mais je m'accroche! Que ne ferait-on pas pour gagner des sousous? loll

Bref! Je vous livre ici l'un de mes chapitres préférés, où on apprend un peu qui est Regulus! J'espère qu'il vous plaira autant qu'à moi et je vous dis à dans un mois, le 12 février! Bisous à tous!

Chapitre 23 : Chantage et Fraternité

La colère. C'était un sentiment que Regulus connaissait bien. Il avait l'impression d'être en colère sans arrêt. Contre ses parents, contre Sirius, contre ses camarades de classe, contre ses professeurs… et contre Drake Manfred et aussi Ash Promise, parfois. Il avait l'habitude de jongler avec ce sentiment qu'il trouvait parfois trop familier. Mais jamais il ne s'était senti aussi furieux que ce jour-là.

Déjà une demi-heure avant, il avait hésité à se rendre au rendez-vous étrange de Drake Manfred. Ce dernier avait déplacé sa consultation habituelle, la reportant au vendredi après-midi plutôt qu'au lundi. Et Regulus n'y avait rien vu de dangereux ou d'étrange. Il se serait probablement méfié s'il avait appris que Ash Promise avait échangé les rendez-vous de Sirius et de James Potter, propulsant ainsi la consultation de son frère au même moment que la sienne. Mais voilà, Regulus n'avait de contact qu'avec un seul élève qui, soit l'ignorait, soit avait tu l'information volontairement. Dans tous les cas, lorsqu'il fit face à Drake, Ash et Sirius dans le bureau de l'homme qu'il aimait, il se sentit trahi. Qu'est-ce que ces foutus psychologues avaient encore projeté ?

Il avait déjà en lui une telle rancune envers Drake pour cette humiliation dans la cabane de Hagrid. Ce « Gamin » et ce « Conduis-toi comme un homme ». Jamais il ne s'était senti aussi petit et enfant. Et il désirait tellement que Drake le voit comme un adulte et non comme un adolescent un peu désespéré. Mais il y avait réfléchi toute la soirée, c'était probablement ce qu'il était aux yeux de son amour secret : un gamin à problème. Il devait ressentir pour lui beaucoup de pitié, mais sans doute aucune amitié. Cette réalisation avait plongé Regulus dans un profond désespoir.

Ainsi, même ça, cet amour déjà si difficile à admettre de par son caractère interdit, même ça lui était inatteignable. Il était né dans une famille où il n'avait été que le second avant d'être propulsé au rang de seul héritier, lui insufflant une pression intolérable. Et à l'école, il était juste le frère du blagueur Gryffondor… Il était invisible aux yeux des professeurs, des élèves… Et le seul homme qui le voyait, le seul homme dont il voulait l'attention… ne ressentait pour lui qu'un intérêt professionnel et un peu de pitié ! Oui, Regulus avait passé une très mauvaise semaine à maudire sa foutue bonne étoile qui était censée veiller sur lui et non le couvrir de malheur.

Mais alors qu'il faisait face à trois sources de rage réunies, il sentit une part de lui-même renoncer. A quoi bon être en colère ? A quoi bon se révolter contre le mauvais sort ? Il ne pouvait rien y faire, de toute façon ! Sa vie était pourrie et le serait éternellement. Il n'aurait jamais de chance, que ce soit en amour ou autre part. Alors il baissa juste les bras et se laissa tomber dans un des fauteuils, sans regarder personne.

« Je n'ai qu'à me taire et attendre que ça passe. Ils ne peuvent pas me retenir ici pendant des heures. Quand ça sera fini, j'irai me coucher et je ne bougerai plus de là jusqu'à demain matin. Ça tombe bien, c'est le week-end, demain, il y a… »

Il cessa de penser pendant un instant. Le week-end, il y avait normalement les rendez-vous avec Drake Manfred. Et s'il se réjouissait normalement d'y aller, ce ne fut pas le cas, cette fois-ci. A quoi bon, de toute façon ? Il n'était rien d'autre qu'un élève à problème, à ses yeux.

« Cette fois, je n'irais pas… »

Cette pensée lui serra le cœur, mais il décida que ça valait mieux. Passer sa journée dans son lit le tentait bien plus que toute autre activité.

« Bon, dit Ash, éloignant ses pensées du moment. Maintenant que nous sommes enfin tous réunis, si nous discutions ?

- De quoi ? demanda Sirius, l'air revêche. Pourquoi exactement Regulus est-il là ? »

Il y eut un petit silence. Regulus ne voulait pas lever la tête pour voir ce qu'il se passait. Il les savait assis autour de lui. Sirius était juste à côté, dans un autre fauteuil et Ash était en face de lui. Quant à Drake…

« Quelle importance ? »

Il soupira profondément en regardant le bout de ses chaussures. Elles avaient besoin d'être un peu cirées, tiens…

« Nous avons jugé qu'il était temps que vous discutiez un peu, tous les deux…

- Je n'ai rien à lui dire ! » interrompit Sirius avec mépris.

C'était douloureux. Regulus s'en étonna. Il ne pensait pas souffrir encore du rejet de son frère, mais au fond, il avait toujours l'impression d'être le petit garçon qui tentait d'attirer sur lui l'attention de son aîné. Sirius n'avait jamais voulu jouer avec lui, sauf pendant sa toute petite enfance. Au fur et à mesure des années, un fossé immense s'était creusé entre eux et ils n'avaient plus jamais été proches, surtout lorsque Sirius était entré à Poudlard. Regulus avait toujours cru qu'il s'y était fait. Manifestement, vu la douleur qu'il avait brutalement ressenti, il s'était fourvoyé en lui-même.

« Sirius, dit Ash, agacé. Pourrais-tu faire un effort ? N'avons-nous pas discuté de ta maîtrise de toi, il y a deux semaines ?

- J'emmerde ma maîtrise, je n'ai rien à lui dire, de toute façon ! »

Regulus soupira à nouveau profondément. Quel temps perdu ! Ces deux idiots avaient vraiment cru qu'ils pourraient les rabibocher ? Mais Sirius n'avait jamais voulu de lui. Il l'avait probablement toujours vu comme une gêne. Comme le petit frère qui lui piquait ses jouets, qui volait l'attention de leur parent… Juste une gêne.

« Drake pense la même chose, j'en suis sûr… J'ai été si stupide de me mettre à pleurer devant lui, comme un gamin ! Je ne le ferais plus jamais ! »

« C'est du temps perdu, dit-il soudainement, d'une voix un peu morne. Nous n'avons rien à nous dire de toute façon. »

Il se leva, toujours sans regarder personne et se dirigea vers la sortie.

« Reviens t'asseoir, Regulus, dit Drake, lui parlant pour la première fois.

- Je n'ai pas envie, répondit-il en continuant de marcher vers la porte. C'est du temps perdu, je l'ai dit. J'ai mieux à faire… »

Mais quand il prit la poignée de porte en main et qu'il voulut la tourner, celle-ci ne bougea pas. Bien entendu ! Il était enfermé.

« Très adulte, dit-il en cessant d'essayer d'ouvrir la porte et en se retournant. Non, vraiment, c'est super mature, ça. »

Il les regarda avec mépris et colère. Sa dépression avait déserté pour laisser place au sentiment habituel. Alors, lui devait se conduire comme un grand, mais eux pouvaient agir en gamins et l'enfermer dans une pièce avec son frère ? Où était la justice là-dedans ?

« J'en ai vraiment marre ! Je vais juste m'asseoir et m'enfermer dans ma petite bulle. Je n'aurais jamais du la quitter, de toute façon ! Tout ça, c'est de la faute de Drake. C'est lui qui m'a fait croire que je n'étais pas obligé de vivre ainsi. Pff ! Des foutaises ! »

Il avait l'impression d'étouffer. Étouffer de silence, de retenue, mais il savait que parler, se révolter, ne servait à rien. Quand il le faisait, c'était toujours pire, car personne ne l'écoutait. Et l'indifférence était tellement plus douloureuse ! Alors il retourna se laisser tomber dans son fauteuil et se contenta de croiser bras et jambes pour ensuite regarder par la fenêtre. Il entendit vaguement des mots autour de lui mais se contentait de rester fermé à toute communication. Vraiment très confortable, cette bulle. A force d'y être enfermé, il avait fini par assimiler les conversations autour de lui comme un bruit de fond sonore sans importance. Tant qu'on ne lui parlait pas directement, en tout cas.

« Regulus ? dit Ash, le faisant sursauter. Est-ce que tu nous écoutes ? »

Il regarda l'homme aux cheveux blancs et noirs avec froideur.

« Non. »

La réponse était cinglante, mais il ressentait pour lui une haine viscérale. Pour la façon dont il était avec Drake. Il était le seul homme que son psychologue semblait considérer comme son égal. Forcément, ils avaient le même âge, pas une différence de… de quoi, d'ailleurs ? Il ignorait totalement l'âge de Drake !

« Regulus, intervint Drake, l'air agacé. Si nous faisons ça, c'est pour t'aider alors tu pourrais…

- J'ai pas demandé votre aide », répliqua-t-il avec tout autant de froideur.

Et il décocha à Drake Manfred son regard le plus haineux et colérique. Vraiment, il le détestait. Il le détestait de le rejeter alors qu'il avait espéré que peut-être, oui, peut-être, quelqu'un pourrait l'aimer un peu. Que quelqu'un pourrait faire attention à lui. Mais non, il n'était qu'un patient, hein ?

Face à lui, Drake avait froncé les sourcils et le regardait d'un air ennuyé. Ah ! Voilà ce qu'il lui inspirait, alors ? Vraiment, de mieux en mieux !

« On est vendredi soir et je suis fatigué, dit-il en le regardant. J'aimerais retourner dans mon dortoir alors déverrouillez juste cette putain de porte et laissez-moi rentrer. »

Le silence accueillit sa phrase.

« Je suis d'accord avec lui, intervint Sirius. Sérieux, Ash, je n'ai aucune envie de discuter avec mon frère… »

Malgré lui, Regulus resserra la poigne de ses mains sur ses bras. Forcément… Il n'avait jamais voulu de lui de toute façon. Personne, en fait !

« …C'est ridicule et inutile !

- Pour ça, Sirius, c'est à nous d'en juger, intervint Ash. Et non, ça n'est pas inutile et ridicule, pas lorsqu'on regarde la douleur qui habite en ce moment ton petit frère face à ton indifférence ! »

Sur ses mots, Regulus releva la tête, fusillant des yeux Ash tandis que Sirius lui jetait un coup d'œil étonné.

« Je n'ai pas mal, siffla Regulus. Je suis juste fatigué !

- Et tu n'as pas du tout serré les dents quand Sirius a dit qu'il ne voulait pas discuter avec toi. Tu n'as pas du tout été blessé !, dit Drake.

- J'en ai rien à foutre de lui, dit Regulus d'une voix vide. C'est comme s'il n'existait pas. Il n'a jamais existé. »

Regulus se savait cruel. C'était les mots que leur mère avait dit à son frère, quand il avait claqué la porte. Et il savait que Sirius avait du en être blessé. Lui l'aurait été. Mais il voulait juste fuir cet endroit. De toute façon, il n'avait plus rien à y faire. Il ne voulait plus jamais y revenir, dans ce foutu bureau où il avait cru, l'espace d'un instant, qu'il pourrait avoir un ami, faute de mieux.

« Que des foutaises. Je suis juste son travail ! »

Il serra les dents encore plus fort. Il avait l'envie irrépressible de pleurer, mais il ne voulait pas le faire. Pas encore une fois !

« Regulus, c'est ridicule, dit Drake. Tu m'as dit que tu aimais ton frère et que tu regrettais que les choses se soient produites de cette façon entre vous !

- Vous croyez vraiment tous les bobards que je vous sors, manifestement, répliqua-t-il, furieux qu'il ose révéler ses confessions.

- Mais ça n'en était pas ! dit Drake. Pourquoi refuses-tu une occasion d'enfin parler avec lui ? Je pensais que c'était ce que tu attendais ! Tu n'en as pas assez, de ta bulle ?

- Et qui l'a créée, cette bulle ? s'écria soudain Regulus, incapable de résister à sa colère. Qui l'a créée, hein ? Qui m'a obligé à vivre ainsi pendant des années ? Et je devrais juste l'en remercier ? Lui pardonner ? Lui parler comme si je n'avais attendu que ça pendant des années ? Vous foutez pas de moi ! Je ne veux pas lui parler, je le déteste et je veux sortir d'ici ! Vous n'avez pas le droit de m'enfermer ici, le directeur ne le tolérait pas ! »

Il se leva à nouveau, se dirigeant vers la porte. Bon sang, c'était insupportable. Il avait entendu Sirius hoqueter lorsqu'il avait explosé de rage, mais il n'avait pas osé regarder son frère. S'il le faisait, il serait capable de pleurer encore et il ne le voulait pas.

« Laissez-moi sortir, dit-il en s'approchant de la porte.

- Regulus, tenta vaguement Ash.

- Laissez-moi sortir ! » cria-t-il en le regardant, décidé.

L'homme soupira. Il leva la main et Regulus sentit parfaitement le sort le frôler pour toucher la porte. Dès qu'il entendit le cliquetis révélateur, il l'ouvrit et s'enfuit. Qu'importe qu'on le qualifie de lâche, il voulait juste partir de là et craquer quelque part, là où personne ne le verrait et ne l'ennuierait. Ah, quand bien même le ferait-il en plein dans la Grande Salle, de toute façon, personne ne le verrait. Il était le garçon invisible, celui à qui on ne prêtait nulle attention !

Alors il trouva refuge dans son dortoir. C'était le meilleur endroit. Il se jeta dans son lit avec force, poussant un petit soupir satisfait quand il retrouva son lit. Là, il était en sécurité. Personne pour lui parler, personne pour essayer de le forcer à se réconcilier avec un frère qui ne voulait pas de lui. Non, il n'y avait personne. Et c'était justement ça, le problème. En fait, ce n'était pas ce qu'il voulait. Il le savait, mais… c'était plus facile de rejeter tout le monde. Ça faisait moins mal que quand c'était l'inverse.

« Regulus ? »

Le concerné se tendit. Qu'est-ce qu'il fichait là, lui ?

« Quoi ? dit-il, grognant plus qu'autre chose.

- Tu vas bien ? Tu avais l'air… euh…

- J'avais l'air de quoi, Snape ? »

Il se redressa dans son lit pour le regarder avec colère.

« Je dirais bouleversé, dit le garçon. Ta consultation s'est mal passée ? »

Il haussa les épaules avec indifférence.

« Tu as dit à Drake que tu étais amoureux de lui et il a mal réagi ? »

Regulus ricana. Vraiment.

« J'ai pas besoin de le lui dire, je sais déjà comment il réagira face à ça, dit-il en se recroquevillant sur lui-même. Non, je suis tombé dans un piège, en fait. Sirius et Ash Promise étaient invité à ma consultation, apparemment. »

Severus grimaça. Il vouait à son frère une haine compréhensible, vu les sales coups que lui faisait sans arrêt Sirius.

« Mauvaise surprise, en effet. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »

Severus était curieux. Parfois trop. Mais Regulus était bien trop content que quelqu'un lui parle pour refuser de lui répondre.

« Ils ont voulu nous réconcilier, dit-il. Mais Sirius ne voulait pas me parler… et je ne voulais pas non plus. Alors j'ai hurlé jusqu'à ce qu'ils me laissent partir ! »

Severus grimaça en l'entendant. Il resta un moment silencieux puis demanda :

« Pourquoi tu ne voulais pas lui parler ? »

Regulus haussa les épaules. Pourquoi ? Parce que Sirius n'en avait jamais rien eu à foutre de lui. Parce que son frère ne l'aimait pas et que ça lui faisait déjà bien assez mal comme ça. Il n'avait pas besoin de l'entendre le dire clairement, ça se voyait assez dans son rejet des années précédentes.

« A quoi bon ? demanda-t-il. Il n'y a jamais eu de lien entre nous. C'est inutile d'essayer de nous réconcilier, car on ne s'est jamais entendu. Sirius m'a toujours détesté. »

Il fixa la couverture verte de son lit et soupira.

« J'aimerais bien être tout seul, ok ? »

Severus hocha de la tête et tourna les talons. Il s'arrêta sur le pas de la porte et le regarda.

« C'est bientôt l'heure de manger…

- J'ai pas faim. »

Severus acquiesça et sortit. Regulus le regarda faire et soupira. Il se sentait seul et déprimé. Et il détestait cette sensation. Mais rien ne pouvait la faire passer, si ce n'était dormir. Alors il se releva et se déshabilla. Il ne prit pas la peine d'enfiler son pyjama. De toute façon, quelle importance ? Être nu était agréable aussi. Se couchant, il ouvrit le tiroir de sa commode privée. A l'intérieur, les fioles de potion de sommeil s'entrechoquèrent. Son stock commençait à s'épuiser. C'était une bonne chose que l'année touche à sa fin. Il pourrait aller en racheter pour sa dernière année à Poudlard.

« Et au diable ce que je peux devenir après… Je ferais ce que mère attend et… et je m'en fous, je veux pas y penser ! »

Il enleva le bouchon de liège qui fermait l'une des fioles et avala son contenu sans autre forme de procès. Il ne fallut pas longtemps avant que la sensation habituelle ne se fasse sentir. Ce furent d'abord ses membres qui s'alourdirent. Puis sa tête devint légère. Et enfin, il sombra dans un sommeil sans rêve.

oOo

Prendre une potion à seulement 17 heures n'était pas sa meilleure idée. Il savait qu'il ne ferait pas une nuit complète, mais il l'avait espéré. Ouvrant un œil sur l'espace ténébreux de son dortoir, il entendit parfaitement les respirations alourdies et les ronflements de ses camarades de classe. Comme il les enviait… Le corps endolori, il se redressa. Une furieuse envie d'uriner l'empêchait de rester couché. Prenant sa baguette, il jeta un coup d'œil à sa montre. Seulement quatre heures du matin. Flûte alors.

Il se leva et attrapa sa chemise et son pantalon qu'il enfila. Puis il se traîna jusqu'à la salle de bain. L'expression de son visage lui fit un peu peur. Il avait l'air si vide et pâle. Mais il avait toujours été ainsi, de toute façon. Alors quelle importance ? Soupirant, il ouvrit la vanne d'eau froide d'un des robinets et s'aspergea d'eau. Elle eut le mérite de lui donner le sentiment d'être un peu moins sale et insignifiant. Il aimait la sensation de l'eau froide. Elle le faisait se sentir vivant. L'eau chaude l'engourdissait et il n'aimait pas ça. Satisfait, il se rendit aux toilettes, raison de sa présence dans la salle de bain à quatre heures du matin. Puis il se lava les mains, comme on le lui avait appris, fixant son regard éteint.

Quand il eut terminé, l'idée de retourner dans son lit lui donna un frisson d'angoisse et il préféra descendre dans la salle commune. A une heure pareille, elle aurait du être vide. Mais elle ne l'était pas. Il y avait quelques élèves de septième année. Et pas les plus charmants. Mais Regulus savait qu'ils ne feraient pas attention à lui. Ils ne le faisaient plus depuis un moment déjà. Il alla donc s'asseoir dans un coin, ignorant ses cheveux un peu humide et sa chemise ouverte. Affalé dans son siège, il regardait l'âtre éloigné d'un œil terne.

Qu'allait-il faire le lendemain ? Allait-il aller à la séance de sport avec Drake ? Quel intérêt, de toute façon ?

« Black… Tu t'es pissé dessus pendant la nuit ? »

Il sursauta. Qui osait lui parler ? Relevant la tête, il croisa le regard malsain de Rodolphus Lestrange.

« Désolé, je fais pas partie de ta catégorie », dit-il d'une voix cinglante.

Les autres septièmes ricanèrent alors que Rodolphus plissait les yeux d'un air furieux.

« Je vais t'apprendre, moi, sale petit… », commença-t-il en voulant sortir sa baguette.

Mais son mouvement fut arrêté par un de ses camarades. Evan Rosier. Regulus le fixa. Le garçon le détaillait avec intérêt. De tous, Rosier était sans doute le garçon le plus intéressant. Grand, mince, un peu musclé, il avait des cheveux bruns coupés court avec style.

« En quelle année es-tu, déjà ? dit-il d'une voix sèche.

- Sixième, répliqua Regulus. Pourquoi ? »

Rosier esquissa un sourire et s'installa à ses côtés avec douceur, Regulus fronçant les sourcils.

« Dis voir, Black, lui dit-il. Tu as déjà pensé à ton avenir ? »

Regulus haussa un sourcil. Son avenir… Sans doute serait-il aussi vide et misérable qu'actuellement. Sa mère avait des projets pour lui. Il n'avait pas besoin d'y penser.

« Non, dit-il. Pourquoi, tu veux me demander en mariage ? »

Les autres rirent et Rosier esquissa un sourire.

« Pas exactement, lui répondit le garçon en le détaillant. Mais je connais quelqu'un qui pourrait te proposer quelque chose, si tu veux. Quelque chose d'intéressant. Un rôle important. »

Regulus fronça les sourcils. Un rôle important ? Pour lui ? Ah ! La bonne blague.

« Tu n'as pas l'air de me croire, lui dit Rosier en se rapprochant légèrement de lui. Que dirais-tu de le rencontrer ? Demain ? »

Regulus hésita. Le lendemain était son rendez-vous avec Drake. Certes, il voulait ne pas y aller. Mais le vouloir et le faire était deux choses différentes…

« Ouais, ben ça lui fera les pieds de poiroter à t'attendre ! »

Regulus haussa les épaules.

« Ouais, pourquoi pas, dit-il. Quand ? »

Rosier eut un sourire tout en se redressant. Il se pencha sur lui et posa un index sur son bras droit dénudé.

« On te fera signe, lui dit-il en caressant sa peau blanche avec nonchalance. Fais de beaux rêves, Black. »

Puis il fit signe aux autres de le suivre, ces derniers souriant avec une lueur de connivence dans le regard. Regulus resta un instant sceptique. Rosier avait eu l'air particulièrement étrange. Ce n'était peut-être pas une bonne idée d'y aller…

« Bah, quelle importance, de toute façon… ma vie ne peut pas être si transformée par un simple rendez-vous ! »

oOo

Il ne s'était pas recouché. Il avait passé le reste de la nuit à hésiter. Y aller, ne pas y aller. Il pouvait simplement sécher le rendez-vous de Drake, pas besoin d'aller avec des septièmes années un peu louches… Ce fut Severus qui le sortit de ses pensées en venant le secouer, au matin.

« Qu'est-ce que tu as fait ? demanda-t-il. Tu t'es vu ? »

Regulus haussa les sourcils et Severus roula des yeux. Il invoqua un miroir et lorsqu'il croisa son regard, il grimaça. Il avait l'air d'agoniser. Pour cause, il n'avait plus dormi et le sommeil imposé par les potions n'était pas le meilleur.

« On dirait que tu t'es pris une cuite, lui dit Severus. Et tu as une de ses dégaines… Va te changer avant que les autres ne se lèvent ! »

Il obéit. De toute façon, ça valait mieux. Un rapide petit tour à la salle de bain le rafraîchit et il changea d'uniforme. Quand il rejoignit Severus, il avait meilleure mine, indubitablement.

« C'est mieux, lui dit celui qu'il considérait presque comme un ami. Tu viens manger ? »

Regulus approuva en silence. Ne pas souper la veille avait été une mauvaise idée. Son estomac l'avait tenu éveillé une bonne partie de la nuit également. Ce fut d'un pas un peu traînant qu'il le suivit dans les couloirs. Aucun des deux ne parlait, mais Severus lui lançait souvent des coups d'œil pensif.

« Tu comptes faire quoi, aujourd'hui ? » demanda-t-il.

Regulus haussa les épaules. S'il savait la réponse ! Il en était toujours à hésiter. Que faire ? Dire oui, non… et dire oui ou non à qui ? Drake ou Rosier ? Il avait tellement envie de se venger de Drake… Mais Rosier avait l'air si étrange…

« Je sais pas encore. Et toi ? Rendez-vous avec Ash ? »

Severus hocha de la tête. Il avait l'air de se réjouir.

« Quelle chance… A ses yeux, Ash n'est qu'un ami… Ils sont amis, je pense… Moi, je ne sais même pas ce que je suis pour Drake. Il passe son temps à me dénigrer, à me traiter de gamin. Il me caresse la joue puis il me rejette comme si je ne valais rien. »

La colère lui crispa les poings et il souffla, tentant de décompresser. Que faire… ? Ils atteignirent la Grande Salle, encore assez vide à une heure si matinale pour un samedi. Automatiquement, les yeux de Regulus se portèrent sur Drake. Il parlait avec Ash, semblant le taquiner. Du moins, l'air un peu boudeur de ce dernier le démontrait. Il était magnifique. Il portait des vêtements un peu plus léger. Il avait l'air de beaucoup s'amuser, souriant à son ami avec tendresse. Regulus soupira. Lui n'aurait jamais ce genre de sourire. Pas de sa part, en tout cas.

« Viens voir, Black, fit une voix sur sa gauche, le faisant sursauter. Tu n'as pas envie de venir avec nous ? »

Il tourna la tête vers Evan Rosier. Il venait d'arriver avec les frères Lestrange et Avery. Regulus sentit Severus se tendre près de lui.

« Regulus, dit-il d'une voix étrange. Si j'étais toi, je ne…

- Tu viens ou pas ? » insista Rosier, coupant Severus.

Regulus hésita. Severus avait l'air inquiet. Et Severus était son seul ami. Du moins, il était ce qui s'en rapprochait le plus.

« Pas maintenant, dit-il. Je vais déjeuner avec Severus. »

Et sur ses mots, il suivit ce dernier jusqu'au bout de la table.

« Depuis quand Rosier te parle-t-il ? demanda Severus, dès qu'ils furent assis et servi.

- Il ne me parle pas vraiment, dit Regulus en haussant les épaules. Je ne sais pas trop ce qu'il me veut, en fait. »

Severus jeta un œil à ses camarades de dortoirs. Ils ne les regardaient pas, heureusement.

« Ne t'approche pas d'eux, lui conseilla-t-il. Ils… ils ne sont pas fiables. »

Regulus haussa les épaules.

« Je n'en avais pas vraiment l'intention, de toute façon », dit-il.

Mais son cœur avait accéléré et il trouva ça étrange. Une pointe d'excitation s'était glissée en lui. Rosier et sa bande seraient-ils dangereux ? Et si oui, pourquoi ? Que lui voulaient-ils ? Voulaient-ils lui faire du mal ? Et qui était cette personne qu'ils voulaient lui présenter ? La curiosité, exacerbée par la méfiance de Severus, se fit plus forte. Regulus tourna son attention vers Severus, mais il le vit en train de fixer les psychologues d'un air inquiet.

« Qu'est-ce qu'il y a ? dit-il en tournant la tête vers eux, les découvrant en train de manger tranquillement.

- Mmm ? Rien. », répondit vite Severus.

Trop vite. Regulus regarda à nouveau Drake. Ce dernier ne leur prêtait pas la moindre attention de même que Ash. Alors quoi ? L'angoisse de la seule personne qu'il considérait comme un ami – ou presque – le fit hésiter. Que devait-il faire, cet après-midi ? Il jeta un coup d'œil à Rosier. Ce dernier le fixait avec un petit air mutin qui lui donna un frisson. Il aurait pu le trouver séduisant si son cœur ne battait pas déjà avec désespoir après un certain psychologue qui se fichait totalement de lui.

Il détourna la tête, reportant son attention sur son petit déjeuner. Qu'allait-il faire ? Severus semblait penser que fréquenter Rosier n'était pas prudent. Il paraissait même inquiet. Mais il n'avait pas envie d'aller voir Drake.

« Je peux tout aussi bien ne voir ni l'un ni l'autre. Pourquoi choisir l'un ou l'autre, ce n'est pas comme s'il n'y avait aucune autre alternative. Je peux tout aussi bien rester dans le dortoir, enroulé dans ma couette et ne rien faire ! »

Son côté paresseux approuva. Mais d'un autre côté, il avait l'impression que s'il choisissait cette optique, il risquait de passer sa vie à dormir. Ce n'était pas vraiment une bonne façon de vivre. Après tout, il n'en avait qu'une, de vie…

« Raison de plus pour ne pas suivre Rosier aveuglément. Il veut me présenter quelqu'un qui pourrait influer sur mon avenir… Un rapport avec Voldemort ? Non, jamais Rosier ne me présenterait à lui… Pas que je doute de son alliance avec le mage noir, j'en suis sûr, mais je doute qu'il emmène quelqu'un dont il ignore l'idéologie rencontrer le mage noir. Pas sans s'assurer que je ne partage pas ses idées. Alors qui ? »

La curiosité était encore là. Mais la crainte aussi. Il savait que Rosier était un mangemort en devenir. Accepter de le suivre, c'était peut-être embrasser le camp de Voldemort. Et il n'en avait aucune envie. Car Voldemort était l'ennemi de Drake. Et que malheureusement, il en était amoureux.

« Et merde, ma vie est-elle censée juste tourner autour de ce connard insensible ? »

Il se savait injuste avec le psychologue. Mais il ne parvenait pas à se montrer conciliant. Après tout, il l'avait repoussé. Mais ses mots et son comportement avaient été étranges et incompréhensibles, dans la cabane. Quand il pensait à la façon dont Drake l'avait enlacé, la façon dont sa main avait caressé ses cheveux… la douceur de la peau de son torse contre lui, la chaleur de son corps…

Regulus poussa un petit son plaintif alors qu'il se crispait sur sa chaise, serrant brutalement les cuisses pour calmer son excitation naissante. Comme si c'était le moment, tiens ! Face à lui, Severus avait relevé la tête et le regardait d'un air interrogateur.

« C'est rien, dit Regulus, les joues brutalement rougies.

- Rien ? Comme si j'allais te croire, lui répondit Severus, un air moqueur au visage. Arrête de mater et mange ! »

Regulus rougit d'avantage mais obéit. Il jeta pourtant un autre coup d'œil au psychologue. Ce dernier discutait avec le professeur Dearborn tandis que Ash Sadrah regardait les tables des élèves avec un air contemplatif. Soupirant, Regulus revint à son déjeuner. Son muffin lui semblait peser des tonnes et chaque bouchée déchirait son œsophage. Il n'avait plus d'appétit depuis le rejet brutal de la cabane. Il repoussa son assiette, tournant de nouveau la tête vers Rosier. Ce dernier continuait de le fixer. Il lui fit un mouvement de tête évocateur. Regulus soupira et approuva. De toute façon, ça n'allait pas le tuer.

« Je retourne au dortoir, dit-il à Severus.

- Tu n'as rien mangé, lui signala son camarade.

- Pas faim », répondit Regulus en se levant.

Severus fronça les sourcils lorsqu'il vit que Rosier et sa bande imitait Regulus.

« Regulus, dit-il d'une voix couvrant clairement un avertissement. Je ne sais pas ce qu'il se passe avec la bande, mais ne t'approche pas d'eux sans être sûr de ce que tu veux ! »

Le garçon le regarda avec hésitation puis hocha de la tête. Même si l'avertissement était étrange, Regulus sentit son cœur s'emballer. Severus avait l'air sincèrement inquiet pour lui et c'était agréable. Quelqu'un se souciait de sa personne. Ce n'était pas Drake, mais c'était si bon quand même.

« T'inquiète, lui répondit-il en lui souriant avec affection. Je ne vais pas les suivre. »

Fort de cette décision, il quitta la Grande Salle sans s'émouvoir du sourire de Severus et sans remarquer l'air étonné mais ravi de Ash et Drake.

oOo

Décider de ne pas les suivre et ne pas le faire étaient deux choses différentes. A peine sorti de la Grande Salle, Rosier l'avait abordé et entraîné dans un couloir relativement désert.

« Alors ? dit-il. Tu viens avec nous ou pas ?

- Non, désolé, lui répondit Regulus. J'ai quelque chose de prévu cet après-midi. »

Il ne savait toujours pas s'il voulait aller au rendez-vous quotidien de Drake. Il n'en voyait pas l'utilité, puisqu'il savait à présent qu'il n'était qu'un travail pour le psychologue. Sans doute l'avait-il convié à ces séances parce qu'il s'ennuyait à regarder Ash et Severus s'entraîner. Quelle autre raison ? Il regarda Rosier qui le considérait avec un air un peu boudeur.

« Quoi ? Ton rendez-vous avec le psy ? »

Regulus fronça les sourcils. Bien sûr, ce n'était un secret pour personne qu'il entretenait avec Drake des séances de sport régulièrement. Mais la façon dont Rosier en parlait était presque… grossière.

« Entre autre », répondit Regulus, espérant ainsi donner l'impression qu'il était très occupé.

Rosier ricana et s'approcha si près de lui que Regulus en fut gêné. Physiquement parlant, personne n'avait été aussi proche de lui à part Drake. Et sentir le corps du garçon contre le sien le mettait mal à l'aise. Le regard de Rosier le dérangeait.

« Qu'est-ce que vous faites ensemble, exactement ? demanda le plus âgé en le plaquant contre un mur. Est-ce que vous baisez ? »

Regulus écarquilla les yeux. Quoi ? Quoi ? Comment osait-il sous-entendre une chose pareille ?

« Quoi ? dit-il, la voix coléreuse. Je ne vois pas ce qui a pu te faire croire que Manfred et moi avions une telle…

- Tu crois peut-être que tes camarades de dortoirs sont sourds ? le coupa Rosier. Ils t'entendent, la nuit… quand tu crois que tout le monde dort. »

Il resta un instant silencieux puis se rapprocha de lui, enfouissant son visage contre sa gorge. Sa bouche se plaqua contre son oreille et il chuchota d'une voix plaintive :

« Oh, Drake… Si bon… Continue… Touche-moi, embrasse-moi, prend-moi… Oui, oui, oui… Drake, je t'aime… »

Regulus eut l'impression que son corps se gelait alors que son visage, lui, entrait en irruption. Bon sang ! Lui qui croyait avoir été discret ! Lui qui croyait qu'il avait su se contenir vocalement. Pas tant que ça, manifestement.

« Je… je, tenta-t-il de se défendre.

- Tu quoi ? demanda Rosier en s'écartant pour le regarder dans les yeux. Il t'excite, hein ? Je peux le comprendre, il est assez bien foutu… et son petit air d'aristo supérieur… ça donne envie. Bien que je préfère largement Ash Sadrah… Il a l'air tellement innocent. J'adorerais l'attacher quelque part et le soumettre… »

Regulus déglutit péniblement. Rosier était-il un malade ?

« Je n'ai pas ce genre d'envie ! dit-il, tentant de le repousser.

- C'est ça, se moqua Rosier en résistant et en se plaquant contre lui à nouveau. Et tu ne te masturbes pas chaque soir en pensant à lui… Je me demande ce qu'il en penserait, tiens… »

Regulus frissonna. Tout sauf ça. Il pensait bien que Drake avait compris son attirance, mais il ne voulait pas qu'il sache ce qu'il faisait chaque nuit en pensant à lui. Il le mépriserait ! Et il préférait encore son indifférence à son mépris !

« Il s'en fichera complètement, tenta-t-il désespérément.

- Tu crois ? demanda Rosier. Peut-être… ou peut-être qu'il sera dégoûté que la sale petite pédale se branle en pensant à lui. Si tu ne fais que te branler… Tu te sers de ta baguette, peut-être aussi ? Ou de tes doigts ? »

Regulus rougit plus encore. Il n'avait jamais… ou peut-être avec un doigt curieux, quelques fois… surtout récemment, mais jamais il n'avait poussé ses fantasmes si loin.

« Non, je ne…

- A d'autres, Black, ricana Rosier. Tu n'es pas obligé de faire ça tout seul, tu sais ? Je peux t'aider… »

Et sur ses mots, il fit voyager une main curieuse le long de son ventre. Regulus se gela de la tête aux pieds. Hors de question ! Presque brutalement, il repoussa le septième année, reculant dans le couloir.

« Même pas en rêve ! dit-il, dégoûté.

- Ah, se moqua Rosier en le regardant avec un sourire. La petite tapette n'est pas tentée par une expérience. Allons, je suis sûr que tu en crèves d'envie. Qu'il te baise, non ? A moins que tu n'aies l'effronterie d'espérer qu'il te laisse dominer. Vu sa fierté, je ne crois pas, tu sais. »

Regulus déglutit. Il n'avait pas cette effronterie. En fait, il rêvait de la situation inverse, mais il ne le dirait jamais à Rosier.

« Bordel, Rosier, qu'est-ce que ça peut te foutre ? En quoi mes putains de désirs te regardent ? Je n'ai nulle envie d'en parler avec toi alors dégage !

- Tu préfères en parler avec ta mère ? demanda le garçon, sournois. Ou avec Manfred ? »

Regulus sentit la nausée lui serrer la gorge. Rosier se rapprocha à nouveau de lui et le serra contre son corps à nouveau.

« Et donc, dit-il, sa bouche près de son oreille, sa main le pelotant de façon perverse. Cet après-midi, tu nous accompagnes, n'est-ce pas ? Sinon, je crois qu'une petite lettre à Madame Black sera envoyée… voir une autre à Manfred. Que penses-tu d'une beuglante dans la Grande Salle, pour que tout le monde sache… »

Regulus sentit vaguement son estomac se crisper si fort qu'il crut qu'il n'en avait plus. Le sol vacilla et il trembla. Non, ça ne devait surtout pas arriver. Que toute l'école sache ce qu'il faisait la nuit… chaque nuit…

« Je pourrais demander à un de tes amis de t'enregistrer… Et alors, tout le monde verrait et entendrait… Oooh, Drake, plus fort, s'il te plait.. Enfonce-toi, oui ! »

Regulus faillit vomir à cette perspective.

« Je suis sûr qu'il adorerait, lui siffla perfidement le plus âgé. T'en penses quoi, Black ? »

Regulus secoua la tête de gauche à droite, horrifié. Surtout pas. Surtout pas ! Il ne pourrait pas supporter son dégoût.

« Alors je te dis à cet après-midi, d'accord ? On se retrouve à quatorze heures près des grilles. Soit à l'heure ! »

Le corps et la main perfide disparurent et Regulus sentit ses jambes flageoler. Il s'effondra contre le mur le plus proche. Coincé. Il était totalement coincé. Et le pire, c'était qu'il s'était mis dans cette situation tout seul ! Comme quoi, même quand la vie était désespérante, ça pouvait toujours devenir pire !

« Maintenant, ma vie est vraiment un cauchemar ! »

oOo

Il avait passé le reste de la matinée dans sa chambre à essayer de trouver une solution, mais il n'en voyait aucune. A part tout confesser à Drake, assumer le soudain déshéritement de sa mère et les commentaires humiliants de toute l'école à l'écoute de lui en train de se masturber. Sauf qu'il n'avait pas encore été enregistré, donc, ça pouvait encore être évité. Il lui suffisait de ne plus le faire…

Mais dans tous les cas, Rosier gagnait. Soit il l'accompagnait et il vivrait probablement quelque chose d'horrible… soit il affrontait l'humiliation publique et le rejet.

« Pas comme si je n'avais pas déjà vécu ça pendant six ans… mais ce sera pire, alors… bien pire ! »

Regulus savait que personne ne lui ferait du mal s'il était un veela ou un vampire ou si Drake l'avait été… Mais ça n'était pas le cas. Il était simplement gay… Et l'homosexualité n'était pas tolérée sans raison magique…

« Qu'est-ce que je dois faire ? Qu'est-ce que je dois faire ? Qu'est-ce que je dois faire ? »

La question tournait en boucle dans sa tête et il ne savait pas quelle réponse apporter. Il était coincé. Même en parler à Severus lui semblait impossible. Son camarade avait été compréhensif, vis-à-vis de son homosexualité, mais il réagirait probablement moins bien lorsque Regulus lui parlerait de ce qu'il faisait la nuit…

« Je ne peux en parler à personne… Merde, je suis totalement coincé ! »

Le désespoir se fit presque étouffant. Péniblement, il sortit de son lit pour marcher de long en large dans son dortoir. Tout était de la faute de ses camarades de chambre. Ils avaient ouvert leur putain de grande gueule. Ils avaient parlé de ce qu'ils avaient entendu ! Bon sang, en faite, l'école pouvait très bien être au courant. Si les Serpentard de sixième et septième années le savaient, d'autres pouvaient être au courant. Bon dieu… Severus le savait peut-être aussi…

Regulus sentit la peur s'accentuer et il eut du mal à respirer. Il était vraiment en train d'étouffer. Tout bougeait autour de lui et il avait l'impression que la pièce manquait d'air. Il n'y avait pas assez d'air dans la pièce ! Et sa cravate lui enserrait la gorge.

« Je dois sortir d'ici. Je dois être dehors, j'ai besoin d'air ! »

Presque désespérément, il quitta son dortoir d'un pas vif. Il eut bien conscience que son pas était un peu trop rapide pour un garçon convenable. Il ne prêta aucune attention aux regards de ses camarades, que cela soit Rosier et son air conspirateur ou Severus et son air soucieux. Il sortit de la salle commune comme une fusée, tentant de remonter des cachots avant de succomber à son manque d'oxygène. Une partie de son cerveau lui criait qu'il faisait une crise d'angoisse, mais il ne s'en préoccupa pas. Quand il atteignit enfin le couloir principal, il bouscula quelques élèves avant de se propulser dehors en gémissant presque plaintivement.

Il n'y avait pas assez d'air dehors non plus. Il allait mourir par asphyxie s'il continuait.

« Tu es dehors, bien sûr qu'il y a de l'air, Regulus. Tu es juste en train de faire une foutue crise de panique ! Calme-toi ! »

Mais il ne parvenait pas. Il était coincé, cerné, il ne pouvait pas échapper à Rosier et ça le terrifiait. Conscient que n'importe quel quidam pouvait le surprendre à agoniser devant l'école, il se précipita vers le lac auprès duquel il s'abandonna, sous couvert de quelques sapins qui lui donnèrent l'illusion d'être caché. Dès qu'il se sentit protéger, il arracha sa cravate verte et argent et détacha les boutons supérieurs de sa chemise, pensant que peut-être, il respirait mieux sans pression le long de sa gorge. Espoir déçu, ça ne s'améliorait pas. Plus il respirait vite, plus il avait l'impression de ne pas avoir d'air. Un sanglot s'échappa de sa gorge avec désespoir.

« De l'air… pitié de l'air… »

Il couinait misérablement et il se haïssait d'être aussi ridicule. Et pourquoi personne n'était là pour l'aider ? Il aurait du aller à l'infirmerie. Ça aurait été plus efficace. Mais il n'avait plus le courage de remettre sa cravate et de refermer sa chemise. Et traverser le parc et le château dans une telle tenue n'était pas envisageable.

« Et puis quoi, quelle importance ? Tout le monde s'en fiche de la tenue dans laquelle je suis, je… »

« Black ? »

Regulus sursauta. Alors celle-là, c'était la pire. Une Gryffondor ! Et pas la moindre, la foutue petite amie du meilleur ami de son cher connard de grand frère. Vraiment, parfait !

« Qu'est-ce qui t'arrive ? Mon dieu, Black ! »

Elle se précipita vers lui. Regulus la sentit s'agenouiller près de lui et il perçut sa main contre son torse. Il voulut la repousser, mais elle s'acharna et il était si faible qu'il se laissa faire. La main douce et un peu chaude se posa sur son cœur qui battait si vite qu'il en avait mal. Puis une autre vint sur son front.

« Tu fais une crise d'angoisse ? s'étonna la Gryffondor. Attends… »

Elle prit son sac et farfouilla dedans. Puis elle en sortit un bête sac en papier qu'elle lui tendit.

« Respire là-dedans. Lentement. Fais-le ! »

Il obéit péniblement, tentant de reprendre contact avec la réalité. Il sentait que la fille lui caressait le dos en cercle concentrique et, peu à peu, il se calma. A la place, il se mit à pleurer comme un gamin, plongeant la Gryffondor dans une perplexité compréhensible.

« Bon sang, qu'est-ce qu'on t'a fait ? dit-elle d'un air soucieux. Est-ce que tu te sens mieux ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Quelqu'un t'a fait du mal ? Black… Regulus ? »

Il sursauta à l'emploi de son prénom et secoua la tête de gauche à droite. Comme s'il allait se confier à elle ! Elle le prenait pour qui ? Il n'était pas désespéré à ce point.

« Bon, j'ai compris, je ne suis pas vraiment la bonne personne… Tu veux que j'aille chercher quelqu'un ? »

Il secoua si vivement la tête de gauche à droite qu'elle l'apaisa en l'assurant qu'elle ne bougerait pas d'un poil.

« Tu vas mieux ? »

Au bout d'un moment, il écarta le sac. Non, ça n'allait pas mieux. Il respirait, certes, mais il avait toujours l'impression d'être piégé, cerné, prisonnier. Rosier le tenait. Il ne pouvait rien faire, il n'y avait aucune solution. Il ne pouvait pas avouer à Drake ce qu'il faisait la nuit en pensant à lui, c'était trop honteux, trop douloureux. Son dégoût serait trop douloureux. Même si Ash lui avait assuré la bisexualité du psychologue, Regulus ne voyait pas comment Drake pourrait être flatté de ce qu'il faisait la nuit… Et sa mère… Elle le tuerait pour ça. Il était cerné, il n'y avait aucune échappatoire. Il était totalement sous le joug du garçon. Il pourrait lui faire faire n'importe quoi…

Son angoisse remonta et il se remit à pleurer, hors de contrôle. Près de lui, la Gryffondor se mordait la lèvre, inquiète.

« Regulus, calme-toi », supplia-t-elle presque.

Elle l'avait entouré de ses bras et le serrait contre elle, apitoyée. Parce qu'il était pitoyable, il le savait, mais il n'arrivait pas à s'arrêter. Il était tellement désespéré. Il préférait mourir que de vivre une telle situation !

« Je suis coincé, gémit-il malgré lui. Je suis totalement coincé. Je veux mourir ! »

Contre lui, la jeune fille se raidit, déstabilisée. Regulus n'arrivait pas à se calmer et elle semblait réellement paniquée. Il la sentit bouger mais était incapable de voir ce qu'elle faisait.

« Ne dis pas ça, il y a toujours une solution, tu verras.

-Non, non, il n'y en a pas, dit-il, terrifié. Il me tient ! Il me tient ! »

Il recommençait à avoir du mal à respirer et elle le remarqua très vite, plaquant à nouveau le sac contre son nez. Regulus avait beau tenter de se remettre, il n'y parvenait pas. Rosier et son comportement le terrifiait. Avouer la vérité n'était pas envisageable. Quel que soit le chemin, il était incapable de l'emprunter.

« Mais je n'ai pas le choix. Je vais devoir lui obéir. »

Quelques minutes s'écoulèrent pendant lesquelles il tenta de reprendre le contrôle, respirant toujours dans le sac, soutenu par une Gryffondor dont il ignorait le nom. Puis il les entendit. Les pas précipités venant dans leur direction. Il entendit un hoquet près de lui et la jeune fille se détendit.

« Il fait une crise d'angoisse, dit-elle. Je n'arrive pas à le calmer, je ne sais pas quoi faire… »

Regulus voulut lever les yeux, mais il en était incapable. Il ne voyait pratiquement rien, de toute façon.

« Franchement, dit une voix qu'il connaissait trop bien. Pourquoi tu te mets dans des états pareils ? »

Regulus ne répondit pas. Comme s'il allait lui répondre. Et comment cette petite conne de Gryffondor avait-elle pu les appeler, elle n'avait pas bougé de là ?

« Laisse-le-moi. »

La fille s'éloigna et un autre corps vint le maintenir et l'aider à respirer dans le sac. Regulus voulut s'écarter, mais un bras ferme l'en empêcha.

« Tu peux y aller, Lily, merci. A tout à l'heure, James. »

Il y eut une nette hésitation chez les deux autres avant qu'ils ne s'éloignent. Regulus tremblait de la tête aux pieds, incapable de parler.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda l'autre d'un air bourru.

- Qu'est-ce que ça peut te foutre ? répondit Regulus d'une petite voix, hoquetant.

- Pas grand-chose, répondit son frère. Mais je ne t'ai jamais vu dans un état pareil, alors je suis en droit de m'interroger. C'est maman ? »

Regulus se tendit mais hocha négativement de la tête.

« Alors quoi ? Un Serpentard ? »

Cette fois, tout son corps se gela et Sirius soupira.

« J'en déduis que oui. »

Il y eut un long silence à nouveau pendant lequel Regulus respira dans le sac avec plus de force. Sirius ne disait rien, manifestement mal à l'aise. Regulus hésita un instant puis se décida. Sirius le méprisait déjà. Ça ne pourrait pas être pire.

« Je suis gay », dit-il d'une voix cassée.

Sirius se tendit contre lui. Puis il dit un simple « Ah », mal à l'aise.

« Et je suis amoureux de quelqu'un », avoua encore Regulus.

Sirius ne répondit rien et Regulus sentit sa panique grandir un peu plus.

« Mais un Serpentard l'a découvert… et il menace… il menace de tout dire. A tout le monde ! »

Sirius soupira contre lui.

« Et alors ? dit-il.

- Il va me mépriser, chuchota Regulus. Et mère va me tuer… »

Sirius ne nia pas. C'était la vérité, ils le savaient tous les deux.

« T'as pas besoin de maman pour vivre, Reg… T'es assez grand…

- Je n'ai personne, siffla Regulus, son corps se calmant peu à peu. Si je suis mis dehors, je ne saurais pas où aller, moi ! Et il n'y a pas que maman… Les autres élèves… ils vont me mépriser encore plus ! »

Sirius gigota contre lui. Regulus leva la tête vers celui qui était son grand frère et croisa son regard chargé d'inquiétude. Il eut l'impression que tout se figea d'avantage en lui. C'était la première fois qu'il le voyait avec une telle expression envers lui.

« L'autre Serpentard… celui qui sait, dit-il. Il veut m'emmener cet après-midi. Il dit que si je le suis à un rendez-vous, il ne dira rien aux autres. Sinon, il a dit qu'il préviendrait… celui que j'aime. Et maman. Et toute l'école. Il a dit qu'il m'enregistrerait quand je… quand je… »

Il rougit. Sirius fronça les sourcils.

« Et qu'il le diffuserait dans la Grande Salle, devant tout le monde ! »

Son angoisse remonta et Sirius dut le remarquer car il ramena le sac près de sa bouche et le serra contre lui.

« Et ce serait si mal ? demanda-t-il. Que celui que tu aimes sache ?

- Il va me détester, répondit Regulus. Je peux supporter la haine et le mépris de tout le monde, mais pas de lui… Il est déjà tellement indifférent vis-à-vis de moi, je ne saurais pas supporter ça en plus. »

Sirius soupira encore. Au bout d'un moment, il marmonna.

« C'est pas facile, comme situation, dit-il. Mais une chose est sûre, tu ne dois pas aller là-bas. Tu sais… tu sais vers qui il veut t'emmener, hein ? »

Regulus hocha de la tête, tremblant.

« Et tu le veux ?

- Non ! cria presque Regulus. Je ne veux pas ça, jamais ! »

Sirius sembla se détendre considérablement. Il sourit alors et le rapprocha d'avantage de lui.

« C'est déjà ça, dit-il. Alors reste ici. Tant pis. »

Encore une fois, Regulus hocha négativement de la tête.

« Il va le dire…

- Et alors ? dit Sirius. Il faudra bien que tu le dises un jour ! Tu ne comptes quand même pas te cacher toute ta vie ? Et quant à l'enregistrement de… de quoi, d'ailleurs ? »

Regulus rougit. Non, ça, il ne pouvait pas le dire.

« Est-ce que c'est un enregistrement… intime ? » demanda Sirius, rougissant un peu.

Raide, Regulus approuva.

« Oui, bon, ben il ne l'a pas, si ?

- Non, mais il a dit qu'il l'obtiendrait… que quand… enfin…

- Et bien, ne lui en donne pas l'occasion, dit son frère, gêné. Fais ça discrètement. »

Regulus avait l'impression que son visage était en train de cuire. Sirius avait compris de quoi il s'agissait.

« Mais qu'est-ce que je vais faire ? Maman va me jeter dehors… »

Sirius grimaça. Il soupira puis le regarda avec une petite moue boudeuse.

« Je vais sortir de l'école, en juin, dit-il. Si tu veux… tu peux… venir vivre avec moi. »

Regulus sentit son cœur s'arrêter. Était-il entré dans la quatrième dimension ?

« Pourquoi ? dit-il. Tu me détestes… »

Sirius rougit puis soupira.

« Ce n'est pas vrai, dit-il en détournant la tête. Je ne t'ai jamais détesté Regulus. »

Il y eut un silence tendu puis le garçon le regarda d'un air interrogateur.

« Quand on était petit, tu étais… le chouchou. Alors je suppose que j'ai juste été en colère contre ça. Puis quand on est rentré à Poudlard… tu as été envoyé à Serpentard. Je m'y attendais, parce que techniquement, je suis l'aberration qui n'a pas été dans la bonne maison. Mais je savais aussi que tu allais vivre un enfer à cause de mon comportement. Alors j'ai fais de mon mieux pour… te protéger, je suppose.

- En me jouant des mauvais tours ? demanda Regulus. En me méprisant ?

- Si je m'étais montré affectueux avec toi, les autres t'auraient fait vivre un enfer ! cria presque Sirius. C'était ma seule idée ! »

Regulus resta silencieux. Il comprenait la logique de Sirius. C'était sans doute la meilleure solution, il devait l'admettre. Mais lui expliquer, c'était trop demander ? Plutôt que de le laisser dans une ignorance douloureuse…

« Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? » demanda-t-il avec amertume.

Sirius soupira une nouvelle fois. Qu'est-ce qu'il en savait, sérieux ?

« Je sais pas, dit-il. Je suppose que je suis pas très doué en communication affective. C'est ce que Ash dit… »

Regulus approuva largement les mots du psychologue.

« Alors… je dois juste laisser Rosier faire…

- C'est Rosier ? s'écria Sirius en l'écartant pour le regarder. C'est cet enfoiré qui t'a mis dans cet état ? »

Regulus hocha de la tête avec gêne.

« Le bâtard ! siffla Sirius. Je le savais que c'était qu'un connard ! »

Regulus sourit vaguement face à son air revanchard. Son frère qui était furieux pour lui… Encore une étrange surprise.

« Donc, tu vas m'aider, cette fois ? Vraiment ? Tu… tu ne… m'abandonneras pas ? »

Sirius se crispa et le regarda. Il semblait mal à l'aise, ne sachant trop quoi dire et Regulus commençait à désespérer qu'il réponde.

« Je ne t'ai… jamais vraiment abandonné, chuchota Sirius. J'ai mal pensé, c'est tout. J'ai cru que ce serait plus simple pour toi si je faisais semblant de te détester. Plus simple pour t'intégrer près des Serpentard… plus simple auprès de maman et papa quand j'ai fugué… Mais non, je ne t'abandonnerais plus. Si tu veux mon soutien, tu l'as. Je… Je vais mieux me conduire, cette fois. »

Regulus avait parfaitement conscience qu'il devait avoir l'air d'un poisson hors de l'eau alors qu'il regardait son frère. Ce dernier soupira en le regardant d'un air hésitant.

« Et toi ? dit-il. Tu me détestes… ou pas ? »

Le plus jeune resta silencieux, réfléchissant à sa réponse, bien qu'elle eut envie de sortir d'elle-même, sans son contrôle. Non, il ne le détestait pas. Il avait été déçu, il avait été furieux de son comportement, mais il ne l'avait jamais détesté, qu'importe ses efforts.

« Non, dit-il. Je ne t'ai jamais détesté, je crois. »

Sirius se détendit contre lui et il retrouva son sourire étincelant que Regulus lui avait vu si souvent.

« Il va falloir s'organiser pour la fin de ta scolarité, lui dit Sirius. Savoir ce qu'on va faire pour dissuader Rosier de venir t'embêter. Et ce qu'on va faire pour les empêcher de te piéger. Mais ne te mets plus dans des états pareils. Viens me trouver, la prochaine fois, d'accord ? »

Regulus approuva. Il s'écarta un peu de son frère pour constater que sa chemise était totalement froissée et ouverte. Il avait tellement pleuré qu'il devait avoir le visage barbouillé. Il y avait aussi de la terre sur son pantalon. Il grimaça face à ces constatations.

« Severus va encore m'engueuler parce que je suis mal fagoté, dit-il.

- Snape ?dit Sirius. Tu es ami avec cette m… ce type ? »

Regulus hocha de la tête, souriant.

« Il est mon premier ami », dit-il avec satisfaction.

Sirius marmonna quelque chose au sujet de mauvaises fréquentations, d'influence de psychologue véreux et se redressa, époussetant ses vêtements.

« Tu dois le rejoindre quand, le Rosier, pour qu'il t'emmène à ton rendez-vous ? demanda Sirius.

- A quatorze heures, répondit Regulus. Aux grilles. »

Sirius hocha de la tête en regardant sa montre, cadeau d'un vieil oncle de la famille pour son entrée à Poudlard.

« Bon, dit-il. Je vais m'organiser pour aller lui dire ce que je pense de son enrôlement forcé de mon petit frère et de ce que je lui réserve s'il met son chantage à exécution. Ensuite, tu viens avec moi dans la tour Gryffondor. Or de question que tu restes là où tu es, du moins pour cette nuit. T'as qu'à… inviter Snape. Faut qu'on s'arrange pour organiser ta sécurité jusqu'à la fin de l'année… Et qu'on prépare ta défense pour l'année prochaine. Même si Rosier et compagnie ne sont plus là, y'aura la relève donc, va falloir que tu apprennes à te défendre un peu mieux, ok ? »

Regulus hocha de la tête tout en refermant sa chemise. Il se sentait léger. Heureux. Euphorique. Pour la première fois, son frère allait l'aider. Pour la première fois, il avait l'impression d'avoir une famille qui le soutenait. C'était une sensation agréable et chaleureuse.

« Et c'est même pas grâce à Drake ! »

Il en tirait une étrange satisfaction.

A suivre…