Auteur : Umbre77

Titre : La magie d'une fleur

Résumé : Capturé par Voldemort, Harry n'a d'autre choix que d'accepter sa défaite. Mais Draco Malfoy, lui, n'a aucune envie de mourir ! Quitte à changer le passé pour se sauver !

Note de l'auteur : J'ai beaucoup de choses à vous dire, aujourd'hui. Tout d'abord et oui, me voilà avec le chapitre 25 ! Vous aviez peur de ne pas l'avoir, hein ? Je me suis appliquée à le finir au plus vite, mais je n'ai écris les mots « A suivre » que le jour même ou je devais publier le mois dernier. Pourquoi ne pas l'avoir posté, dans ce cas ? Et bien, parce que je n'avais pas encore la version corrigée ! Et ma correctrice est une personne ayant une vie sociale (un concept étrange, je sais ! loll Mais vous devez vous y faire). Et j'avais dors et déjà décidé de vous livrer ce chapitre le mois suivant. J'espérais, en reculant d'un mois, avoir la bonne nouvelle d'un autre chapitre préparé.

Malheureusement, ce n'est pas le cas. La fatigue, une certaine dépression (entièrement due à la fatigue, je vous rassure) ne m'ont pas donné envie. Actuellement, je vais mieux. Sans doute l'arrivé des bons jours. Mais je suis toujours fatiguée. Enfin, j'essaye de me reposer et ça semble porter ses fruits. J'espère donc finir le chapitre 26 rapidement mais je ne promets rien. Ce sera donc soit le mois prochain, soit deux mois plus tard… Je sais… je suis cruelle.

Ensuite, je tenais à rappeler que le recueil Cœur de Cristal sera vendu par le stand maskot à la Japan Expo où je serais présente, le dimanche 03 juillet, toute la journée. Vous n'êtes pas obligé d'acheter pour venir me dire coucou, mais vous êtes obligé de réserver pour avoir le recueil et nous bouclerons définitivement les commandes… en mai, je crois ? (comment ça, j'ai une mauvaise mémoire ? Ben ouais, désolé, je suis crevée ! loll).

Enfin, pour terminer, j'ai remarqué que le temps n'aidait pas à se rappeler des nombreux personnages créés ou seulement cités dans les tomes mais exploités dans cette histoire. C'est pourquoi je vous offre un petit récapitulatif nécessaire que j'ai également du établir à mon intérêt, j'avoue ! Vous le trouverez juste après cette looongue note. J'espère sincèrement vous retrouver le mois prochain et je vous dis un GRAND merci pour votre compréhension !

Personnages :

Pas besoin de vous présenter les personnages principaux, je me contente donc des secondaires, ceux que je ne cite pas assez que pour s'en rappeler :

Les professeurs :

Potion = Horace Slughorn

Défense = Caradoc Dearborn

Sortilège = Madame Stand

Botanique = Hélène Stewart

Infirmière = Eloïse Addisse

Membres de l'ordre :

Arthur et Molly Weasley, Lucius et Narcissa Malfoy, Maugrey Fol'œil, Caradoc Dearborn, Fabian et Gideon Prewett, Dorcas Meadow, Benjy Fenwick, Edgar et Sarah Bones, Eugène et Phils Potter, Hagrid, McGonagall, Dumbledore et, bien entendu, Ash et Drake.

Je vous rappelle qu'Ash est officiellement l'héritier Sadrah tandis que Draco est désigné comme le fils bâtard d'Abraxas Malfoy et porte donc à nouveau son vrai nom.

Si par le grand des hasards, un point vous semble être important d'être mentionné à chaque début de chapitre (le physique des deux héros que vous auriez oublié et vous avez la flemme d'aller relire), n'hésitez pas à me demander une description que j'ajouterai aussi à ce petit récapitulatif. Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture, mes petit iguanes !

Chapitre 25 : Paix morbide

La vieille maison de Square Grimmaurd était… inchangée. Harry avait cru, l'espace d'un instant, que la présence de personnes vivantes à l'intérieur la rendrait plus vivante, plus lumineuse mais, quand un Kreattur ronchon lui ouvrit la porte, il constata que non. Il y avait toujours les têtes coupées d'elfe de maison, les murs sombres et angoissants, les ténèbres étouffantes… La maison était à la hauteur du futur QG de l'Ordre.

« Enfin, elle ne le sera pas, maintenant que j'ai un manoir ! »

Harry n'avait pas encore soumis son désir à l'Ordre mais il comptait bien le faire à la prochaine réunion. Utiliser sans arrêt la maison Prewett n'était pas une bonne idée, surtout maintenant que Voldemort les savait membres actifs de l'Ordre.

« Sale engeance, marmonnait Kreattur avec dégoût en le laissant entrer dans le couloir.

- Tu as le bonjour de Regulus », lui répondit Harry avec indifférence.

Étrangement, le petit elfe en sembla un instant ému. Mais il reprit son air boudeur et quitta le couloir sans l'inviter à le suivre. Du reste, Harry savait qu'il n'en avait pas le droit tant qu'aucune indication ne lui était donnée. Il resta donc planté là, à attendre un signe d'invitation. Quelques minutes plus tard, l'elfe revint et lui ordonna presque de le suivre au salon où « les maîtres vous attendent ». Harry inspira et expira profondément.

Avril touchait déjà à sa fin. Il avait attendu un mois pour exécuter cette visite capitale, afin de laisser le temps au scandale Malfoy de s'apaiser. A présent, il pouvait porter le coup fatal à la famille Black. Enfin, façon de parler.

Quand il entra dans le salon, Harry frissonna presque de dégoût. La demeure était réellement terrifiante. Comment deux petits garçons avaient-ils pu vivre et grandir sainement dans un univers aussi terrifiant, sans en ressortir avec des phobies et des névroses, cela lui échappait totalement. A noter que c'était un garçon dormant dans un placard sous l'escalier qui le pensait…

Wilburga Black était assise dans un fauteuil, l'air royal. Harry la reconnut sans mal. Il avait trop souvent subit les hurlements de son futur portrait pour ignorer son visage coléreux. Dans le froncement de ses sourcils, il reconnut celui de Regulus. Voilà sans doute de qui il tenait son tempérament explosif… Un coup d'œil au père de Regulus et Sirius le statufia. L'homme était beau, sans conteste. Il semblait s'ennuyer profondément, bien qu'il regardât Harry avec une pointe d'intérêt.

Sous l'invitation froide de la maîtresse de maison, Harry s'avança dans le cercle intimiste provoqué par la disposition des canapés. Avec beaucoup de déférence, Harry s'inclina face à elle puis face à son époux.

« Madame, dit-il avec respect. Monsieur. Je ne peux que vous exprimer ma reconnaissance d'avoir acceptés de me recevoir. »

La phrase sortit difficilement. Il détestait les convenances sorcières et les manipulait tantôt avec aisance, tantôt maladroitement. Malheureusement pour lui, ce fut cette fois la seconde situation qui se présenta.

« Venez-en au fait, monsieur, cingla la voix de Wilburga, tranchante. Je n'ai guère de temps à vous consacrer, tout Sadrah que vous êtes. »

Harry inspira. Par son impolitesse, Wilburga venait de commettre un grave affront auquel Harry répondit avec politesse.

« Comme il vous plaira Madame. Je suis ici pour m'entretenir avec vous de vos deux fils.

- Je n'ai pas de fils », répondit Wilburga avec dégoût.

Voilà donc qui révélait sa décision concernant Regulus. Harry était persuadé que s'il allait regarder l'arbre généalogique, Regulus aurait également été brûlé.

« Sans vouloir me montrer irrespectueux, madame, il me semble que vous en avez deux, Sirius Orion et Regulus Arcturus, tous deux à Poudlard, l'un à Gryffondor et l'autre à Serpentard.

- Et tous deux reniés, répondit Wilburga.

- Je vois, répondit simplement Harry. Je craignais et espérais un peu cette situation en me présentant, je l'avoue. Je suppose que le bannissement de Regulus vous vient d'une lettre précédemment envoyée.

- Vous supposez bien. Mais ça ne m'étonne guère d'un pédéraste ami d'un autre homme déviant. »

Harry haussa un sourcil. Depuis quand était-il gay officiellement ? Il ignorait lui-même sa propre orientation et cette femme l'affirmait pourtant !

« Être amis avec Drake Malfoy ne fait pas de moi un homosexuel, madame, dit-il avec froideur. Bien que je ne réprime pas ce genre d'orientation, je vous serais grès de ne pas supposer la mienne. »

Madame Black serra les dents. Elle venait probablement de se rappeler qu'il était dangereux de mettre l'héritier Sadrah sur sa liste noire. Sans compter les Malfoy ! Crispée, elle se racla la gorge et s'excusa du bout des lèvres.

« Je n'en ai que faire en vérité. Je me présente ici en tant que protecteur de vos deux fils, reniés ou non. Et j'aimerais savoir quelles sont vos intentions vis-à-vis d'eux.

- Ne plus jamais les revoir. Les tuer serait mieux encore, mais je ne peux tout avoir dans la vie. »

Harry retint la brusque nausée qui lui obstruait la gorge. Cette femme était immonde.

« Vous n'avez donc nullement l'intention de perturber le cours de leur vie. Voilà qui est nettement appréciable. C'était là l'unique raison de ma présence. Je désirais également vous avertir concernant les intentions de Drake Malfoy.

- Je ne veux rien savoir concernant ce bâtard attardé. »

Harry fronça les sourcils. Il inspira et expira doucement puis dit :

« Drake apprécie énormément Regulus, mais ils n'entretiennent aucune relation charnelle, je puis vous l'assurer. Je sais qu'une lettre vous a été envoyé car un camarade de classe, à l'esprit revanchard, a avoué avoir porté à votre attention l'homosexualité de votre fils et probablement colporté des rumeurs honteuses concernant ses relations avec mon collègue. Sachant pertinemment qu'il ne pouvait se présenter à vous et en ressortir vivant, je me fais le porte-parole de Drake Malfoy. Ses intentions concernant Regulus sont honnêtes. Il lui apprend à se défendre et à se battre et je suis sûr que vous comprendrez l'importance de tels savoirs par les temps troublés actuels. Ils sont amis. Proches, certes, car Drake est parvenu à sortir votre fils de l'enfermement social dans lequel il s'était volontairement enfoncé. Mais cela s'arrête là. Étant bisexuel pour l'un et gay pour l'autre, il est maintenant possible qu'ils entretiennent une relation, un jour, si leur cœur leur en dit, mais ils n'en ont actuellement aucune intention l'un envers l'autre. Je sais que cette lettre disait le contraire et il m'est apparu rapidement qu'il était important de vous informer de la vérité.

- Mais Regulus demeure perverti, siffla Wilburga. Je n'ai que faire des hommes qu'il glisse dans son lit. Il n'est désormais plus mon enfant ! Et quoi que vous en disiez, je refuse qu'il remette un pied dans cette maison pour la salir avec sa souillure ! »

Harry hocha de la tête.

« Fort bien, dit-il. Je l'en avertirais à mon retour. Je vous demanderai juste de remplir ces papiers et de les renvoyer au plus vite à l'école. Ils permettront d'émanciper une bonne fois pour toute vos fils. Cela coupera officiellement les liens qui vous unissent…»

Il fit glisser les deux formulaires, l'un au nom de Sirius, l'autre au nom de Regulus, sur la table. Wilburga siffla avec agacement et détourna la tête. Elle signifiait ainsi la fin de la conversation et Harry n'en était pas satisfait. Il ignorait encore quelles étaient ses intentions vis-à-vis de Drake.

« Et vous, Monsieur Black ?

- Je partage l'opinion de mon épouse, répliqua l'homme d'une voix éthérée. Et j'apprécierais que vous partiez. Nous n'avons nul grief contre vous et contre la famille Malfoy, mais je pense nécessaire de ne pas vous fréquenter outre mesure. Surtout dans les temps actuels. »

Forcément. Même neutre, la famille Black approuvait Voldemort. Que son ennemi déclaré soit dans leur demeure ne devait pas être des plus confortables pour leur position sociale. Harry hocha donc simplement de la tête.

« Je prends note de votre demande, Monsieur. Je vous remercie tous les deux de votre sollicitude et vous souhaite une bonne fin de journée. »

Il ne termina pas la phrase rituelle d'au revoir à un membre de famille pur. Demander que la magie soit avec eux lui paraissait difficile étant donné leurs accointances avec le mage noir. A la place, il tourna les talons, satisfait. Wilburga et Orion Black n'attaqueraient pas Drake ni lui-même. L'époux l'en avait averti clairement. Tant que Drake se tenait bien avec Regulus jusqu'à sa majorité et sa sortie de Poudlard, tout irait bien.

oOo

Rentrer à Poudlard ne lui avait pas pris plus de cinq minutes, balade dans Pré-Au-Lard incluse. Il n'avait pas, à proprement parler, couru mais marché à une vitesse proche en tout cas. Il avait envie de rentrer et la pluie qui s'abattait encore sur Poudlard pénétrait trop aisément le petit pull et la robe de sorcier qu'il portait. Une fois à l'abri du hall, Harry n'hésita pas à envoyer son patronus chercher Draco, mais également toute la bande incluse dans le sauvetage de Regulus.

Il regarda avec un peu de nostalgie le petit rouge-gorge s'envoler. Ça avait été un choc terrible pour Harry, lorsqu'il avait constaté que la forme de son animagus avait changée. Fixe avait souri en constatant sa stupéfaction.

« L'espoir de chacun change en grandissant, Harry… C'est assez mignon de votre part, d'avoir comme patronus la forme animagus de l'autre… »

Aucun n'avait répondu face à ce commentaire. Ce n'était pas nécessaire.

Marchant d'un pas tranquille dans les couloirs pour rejoindre son bureau, lieu du rendez-vous, Harry songea à son étrange conversation avec Wilburga Black.

« Être amis avec Drake Malfoy ne fait pas de moi un homosexuel, madame. Bien que je ne réprime pas ce genre d'orientation, je vous serais grès de ne pas supposer la mienne. »

Mais quelle était exactement son orientation sexuelle ? Jusqu'à présent, Harry n'avait jamais osé réellement se poser la question. Il était tant attiré par les femmes que par les hommes. Du moins, il lui semblait qu'il supporterait une relation entre homme, du moment qu'il soit épris de ce dernier. Mais avait-il été amoureux de Charlie ? Il lui semblait que non. Alors quoi ? L'alcool ? Aurait-elle eu un pouvoir assez puissant que pour le pervertir, au point qu'il se laisse embrasser, caresser et déshabiller par le jeune homme ?

Il se souvenait avec une certaine netteté de l'évènement. Tant des mains larges et douces passant sous sa chemise et caressant son ventre, passant parfois entre ses cuisses, jusqu'à ce qu'il dénoue son pantalon pour se faufiler directement dans son caleçon. A ce moment là, Harry s'était un peu débattu, gêné mais, dès que la main de Charlie s'était enroulée autour de son sexe, il avait perdu toute notion de bien et de mal. Puis Ron était arrivé… et il l'avait insulté copieusement, lui reprochant d'être malhonnête avec Ginny…

Harry avait eu du mal à comprendre en quoi il avait été malhonnête. C'était plutôt Charlie qui l'avait été, à profiter de son état d'ébriété alors qu'il savait pertinemment que Harry était avec sa sœur… Mais avec le recul, Harry savait que même saoul, il n'aurait jamais du céder… Mais voilà, Charlie était attirant, convainquant et, il devait l'avouer, il n'avait demandé qu'à être convaincu !

Actuellement, Harry ne pensait pas réellement à se caser, car il avait Draco, il avait la guerre. Mais le premier avait Regulus… Et même si Draco ne serait pas avec ce dernier avant plus d'un an, le fait était qu'un jour où l'autre, il devrait bien perdre son repère le plus important et demeurer seul. La guerre, elle, se terminerait. Du moins, il le souhaitait de tout son cœur. Mais quand,... ça c'était une autre histoire.

Perdu dans ses pensées, Harry pénétra dans son bureau avec un soupir ennuyé. Il bougea vaguement le poignet et la fenêtre s'ouvrit. Plusieurs sièges apparurent devant son bureau où il s'installa confortablement. Sans trop de surprise, un service à thé apparut et Harry ferma les yeux, savourant l'odeur du thé. Ce n'était pas vraiment le moment de s'interroger sur sa sexualité ou sur une éventuelle vie de couple. Il n'avait pas vraiment du temps pour ça. Il devait d'abord vaincre Voldemort. Et puis, s'il devait rencontrer quelqu'un, homme ou femme, il aviserait à ce moment là…

« Je suppose que ce genre de pensée fait de moi un bisexuel… Ce n'est pas parce que je l'admets que je dois pour autant sauter sur tout ce qui porte jupe et pantalon… Draco peut se moquer de moi autant qu'il le désir, mon manque de sexualité ne signifie rien. Je crois ? »

Il fut distrait de ses pensées par un choc contre sa porte. Sursautant, il invita la personne à entrer. Sans surprise, il s'agissait de Draco. Ce dernier lui sourit, entra et referma la porte.

« Alors ? demanda-t-il.

- Attends que les autres soient là, dit-il. Du thé ? »

Draco approuvant, il s'empressa de le servir avec lassitude. Il se sentait fatigué. L'année avait été épuisante, avec tous ces combats, ces révélations, ces secrets… Et il savait que l'été ne serait pas plus reposant, au contraire. Voldemort aurait sous la main de nouvelles recrues, de nouvelles possibilités d'attaques… Il devait se tenir alerte mais ce n'était pas évident. Harry aurait donné toute sa fortune pour un peu de repos.

« Tu vas bien, Harry ? demanda Draco, le sortant à nouveau de ses songes.

- Un peu fatigué, répondit-il. Disons que je serais content de voir la fin de l'année arriver, bien que je sois conscient que ce ne sera pas reposant pour autant… Malheureusement. »

Draco hocha de la tête. Doucement, il se leva de son siège pour s'approcher de lui et passer une main sur son front.

« Tu n'as pas l'air en forme, lui dit-il en s'asseyant sur l'accoudoir de son siège, entourant ses épaules d'un bras rassurant. Il n'y a aucun problème, n'est-ce pas ?

- Aucun, répondit Harry en se lovant contre lui avec satisfaction. Je crois que j'ai juste un petit coup de fatigue… ça fait 13 ans, presque 14 que je lutte contre Voldemort et même si nous avons eu quelques moments de repos, je ne serais pas contre un autre de ces instants…

- Je sais, répondit Draco. Tu t'angoisses trop. Je t'ai entendu marmonner pendant une heure la nuit dernière. »

Délicatement, Draco releva son visage vers le sien et passa un doigt tendre entre ses yeux puis sous ceux-ci.

« Tu t'angoisse vraiment trop, dit-il en se penchant pour l'embrasser sur le front. Je sais que nous ignorons ce que Voldemort prépare actuellement, mais ça ne sert à rien de cogiter inutilement. Dobby et l'escouade d'elfe sont aux aguets… On ne peut qu'attendre. »

Harry approuva tout en serrant la taille de Draco dans ses bras, fermant les yeux. Le sous-entendu de Rosier, l'étrange interrogatoire de Lucius, tout cela rendait Harry légèrement paranoïaque, à raison. Il savait quand Voldemort préparait quelque chose et était persuadé que c'était encore le cas, actuellement. Pour cela, Harry regrettait de ne plus avoir de connexion avec le mage noir. Une potion de sommeil et il aurait peut-être pu s'en informer… Mais le lien avait été détruit si ce n'est par le changement d'époque, au moins par la destruction de l'horcruxe dans son corps…

Blottit contre son ami, Harry entendit à peine le choc contre la porte et celle-ci s'ouvrir. Il sentit pourtant Draco se tendre et ouvrit les yeux pour tomber sur les expressions stupéfaites des Gryffondor de septième année, de Severus et de Regulus.

« Enfin, dit-il en lâchant Draco, baillant ensuite. Nous avons failli attendre. Asseyez-vous… »

Manifestement, les adolescents étaient surpris de les trouver si proches. Harry jeta un œil à Regulus et constata avec amusement que ce dernier tentait de réfréner sa jalousie maladive. Pauvre garçon ! Lui aussi aurait été jaloux dans une situation inverse, qu'importe qu'il n'y ait aucune raison de l'être.

D'un mouvement, il referma hermétiquement la porte et insonorisa son bureau.

« Drake, sers-les en thé, dit-il en se redressant convenablement dans son siège. Bon, comme prévu, je me suis rendu dans la famille Black aujourd'hui. Et après… discussion, il s'avère sans surprise que Regulus est renié. Je n'ai pas parlé d'argent, mais je pense que nous avons bien fait de donner ordre aux gobelins de geler ton compte jusqu'à ta majorité. Tout comme Sirius, tu auras droit à l'argent que ta famille a déposé dessus chaque année. En ce qui concerne Drake, ils m'ont… clairement fait comprendre qu'ils ne porteraient aucune plainte contre lui. Cela tient essentiellement du poids qu'à la réputation des Malfoy et des Sadrah unis. »

L'ensemble des adolescents approuva. S'attaquer à une telle alliance, dans un contexte de guerre aussi fort et même en dehors, pouvait signifier l'exclusion définitive des Black. Et Wilburga n'était pas assez folle pour le faire. Le silence régna ensuite pendant un long moment et Draco regarda son meilleur ami bailler derrière sa main en grimaçant.

« Donc, dit Harry en se frottant un œil d'un air fatigué, pour résumer, je pense que vos parents vous laisseront tranquilles tant que vous n'allez pas les défier d'une façon ou d'une autre. Cela ne change rien au fait que, tant que vous n'êtes pas majeur, aucun rapprochement physique ne doit être réalisé entre vous et Drake, précisa-t-il en regardant Regulus. Le mieux serait d'attendre la fin de vos études, Regulus, mais je comprendrai si vous n'en aviez pas la force. Ainsi… Au moins, votre anniversaire. Si je ne me trompe, vous êtes né le 30 août, non ? Ce n'est pas si long. Ne donnez pas d'armes aux mains de votre mère. Même si elle ne manifeste aucune envie de nous attaquer, quelqu'un pourrait l'influencer ».

Le jeune homme hocha de la tête, non sans regarder Draco avec une certaine timidité. Mais le second psychologue ne le regardait pas, concentré sur la fatigue de son frère. Il tendit la main et, sous l'œil étonné des personnes présentes, la posa sur le front de Harry, écartant un peu la tresse qui se détacha automatiquement et retomba derrière la tête de Harry, provoquant un sifflement agacé chez ce dernier.

« Je n'ai pas de fièvre, dit-il en éloignant la main de Draco.

- Tu as une tête de déterré !

- Mais je vais bien !

- Tu as dormi combien de temps, cette nuit ? »

Harry grimaça à cette question. Il avait passé de longues heures à se retourner, la présence de Draco ne parvenant pas à le relaxer face à la dangereuse mission l'attendant. Il avait pourtant bien essayé de dormir, mais il était si angoissé, pour Sirius, Regulus et même Draco, qu'il avait le sommeil étonnement agité.

« Je me rattraperais ce soir !

- Tu sais bien que non, répliqua Draco.

- Bon, alors demain soir ! Arrête de jouer les gardes malades, je vais bien !

- C'est ça ! », se moqua l'ancien Serpentard.

Harry lui lança un regard prodigieusement agacé qui fit grimacer son ami.

« Bon, très bien, tu vas bien ! répondit Draco. La preuve, tu vas aller faire une chouette petite sieste. Maintenant !

- Mais je n'ai pas besoin de sieste et puis je n'ai pas fini de parler avec Regulus et Sirius ! Il y a des choses à voir, des détails à discuter et…

- Et tu pourras en parler avec Sirius pendant vos consultations de la semaine prochaine !

- Mais j'aimerais aussi en parler avec Regulus !

- Tu me feras un résumé et je lui dirais l'important. Va te coucher !

- Ne me donne pas d'ordre !

- Je ne te donne pas d'ordre, j'essaye de te raisonner !

- Si tu m'en donnes !

- Non !

- Si je te dis !

- Arrête de faire l'enfant ! s'impatienta Draco.

- C'est toi qui fait l'enfant !

- Ce n'est pas moi qui refuse d'admettre que je suis épuisé !

- C'est normal tu ne l'es pas !

- Mais toi oui !

- Non !

- Si je te dis !

- Mais non, je me connais quand même ! »

Assis face aux deux psychologues, les Gryffondors et Serpentards regardaient la dispute se livrant devant eux, un air sceptique sur le visage. Autant les deux hommes semblaient se disputer, autant ils semblaient savourer ce moment, comme si cela leur rappelait des instants heureux qui leur manquaient. Un peu de nostalgie brillait dans leurs yeux alors qu'ils se battaient l'un contre l'autre.

« Ash, ne m'oblige pas à te séquestrer ce soir pour t'obliger à dormir !

-Tu ne peux pas faire ça, la… séance de ce soir est capitale et tu le sais ! »

Draco leva les yeux au ciel en l'entendant. Nerveusement, il glissa un doigt sur la cicatrice de Harry, nettement visible depuis que la tresse s'était dénouée.

« S'il te plaît, dit-il calmement. Essaye de dormir un peu. Tu t'inquiète trop. Regulus et Sirius sont en sécurité maintenant. Les autres détails peuvent être réglés plus tard… Nous ne sommes pas à un jour prêt. »

Harry eut une moue agacée en l'entendant, l'air clairement boudeur et hésitant. Il finit pourtant par soupirer et relâcher ses épaules, montrant par là à Draco qu'il avait gagné.

« D'accord ! Je vais tenter de dormir un peu… Mais… euh… »

Il gigota, jetant un petit coup d'œil aux adolescents présents, hésitant à demander une chose que Draco savait essentielle.

« T'inquiète, dit-il. Messieurs, Mademoiselle, je pense que le principal a été abordé. Ash et moi aurons besoin de vous parler, Sirius, Regulus, au sujet de ce que vous allez faire ensuite.

- On a cru comprendre, dit Sirius, moqueur. On va laisser Ash à sa sieste, c'est ça ? »

Le concerné rougit en hochant de la tête. La voix de Sirius était clairement ironique et cela le gênait : le garçon avait manifestement envie de le comparer à un bébé.

« De toute façon, tant que tout va bien, renchérit James. C'est vrai que tu as besoin de te reposer, Ash… Tu as des cernes énormes ! »

Harry grimaça mais sourit.

« Merci d'insister, James. Mon geôlier ne va s'en montrer que plus persuasif, maintenant. »

James répondit par un rire alors que Remus, Peter et Lily se dirigeaient déjà vers la sortie. Severus resta un petit moment assis à les regarder d'un air pensif avant de se lever lentement.

« Il faudrait qu'on parle nous aussi, dit-il en regardant Ash. Samedi prochain ? »

Bien qu'étonné par la réclamation de son élève particulier, Harry hocha de la tête.

« Pas de problème, dit-il. Tu peux même venir me trouver en soirée, si c'est urgent. Pas ce soir car j'ai quelque chose de prévu, mais demain, si tu veux.

- D'accord. Je peux venir vers quelle heure ?

- Les cours particuliers se termineront vers vingt heures… Le couvre-feu est une heure plus tard, ce sera suffisant ?

- Bien assez, dit Severus. A demain. »

Il resta un instant immobile à les regarder puis sortit brutalement de la pièce, bousculant Lily au passage, plongé dans ses pensées.

« Bon ben… Merci alors, dit Regulus, manifestement mal à l'aise. Et… À bientôt. »

Il lança à Draco un regard presque égaré. Manifestement, le pauvre adolescent ne savait pas trop comment agir, maintenant que ses sentiments étaient révélés et que Draco avait admis être « attiré » par lui.

« Nous nous verrons demain, répondit Draco. A la séance. Bonne soirée, Regulus. »

Harry se retint péniblement de ne pas rire ou lever les yeux au ciel. Le jeune Serpentard avait rougi aux derniers mots, sans doute parce que Draco avait parlé comme s'il lui demandait de se déshabiller. Il quitta la pièce d'un air à la fois excité et gêné. Sirius se contenta de secouer la tête en regardant son frère et le suivit sans plus de commentaire, refermant la porte derrière eux.

« Bon… Tu viens dormir, maintenant ? Et je te préviens, je te donne une potion de sommeil si tu ne le fais pas !

- D'accord, d'accord… On va chez moi, je préfère ! »

Ils se levèrent de la chaise et quittèrent le bureau. Il n'y avait déjà plus personne dans le couloir mais ils ne s'en étonnèrent pas. C'était dimanche et les élèves devaient profiter de ce jour pour se reposer ou travailler. Bien que la seconde proposition leur sembla plus évidente : les BUSEs et les ASPICs approchaient… Les cinquièmes et septièmes années devaient déjà être à pied d'œuvre pour réussir. Harry avait entendu dire que Lily, au grand désespoir de James, s'enterrait dans les révisions avec une ardeur digne de Hermione.

Soudain nostalgique, Harry poussa un lourd soupir en entrant dans son appartement, sentant la fatigue l'envahir avec plus de force. Il bailla et détacha sa robe de sorcier qu'il enleva pour la poser sur le dossier du canapé, restant simplement habillé d'un pantalon noir et d'un t-shirt sans manche.

« Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Draco, en l'imitant.

- Rien, répondit Harry, une moue aux lèvres. Je viens juste de repenser à Hermione… »

Draco ne releva pas. En sept ans, ils avaient chacun eu leur période de nostalgie, de remord et de tristesse. Ils en auraient encore, toute leur vie probablement. Si au début, ils tentaient de se réconforter par des mots, ils savaient à présent que rien ne pouvait les soulager de la perte définitive de leur vie passée. A la place, il attrapa la main de Harry et l'entraîna jusqu'à la chambre de ce dernier. Il le poussa dans son lit, s'empara tour à tour de son pied gauche et du droit pour lui enlever ses chaussures, se déchaussa également, alla fermer les rideaux puis s'étendit aux côtés de son ami, l'attrapant pour le serrer contre lui en une étreinte réconfortante. Harry poussa un soupir appréciateur et se blottit contre lui sans remord.

« Je suis content que Sirius et Regulus ne craignent rien, murmura-t-il.

- Dors, répondit Draco.

- Il faut qu'ils viennent vivre au QG, continua Harry, indifférent à la demande de son ami. Ils ne peuvent pas vivre dans une maison, seuls. Ils ont 16 et 17 ans, c'est la porte ouverte aux attaques ou aux irresponsabilités… Je comptais leur proposer de venir chez nous… au manoir Sadrah… »

Draco ne répondit pas tout de suite, caressant ses cheveux d'un air distrait. Puis il murmura :

« Tu dois en parler aux autres d'abord. Proposer le manoir comme QG pour commencer et ensuite, expliquer la situation… Tu comptes faire ça ce soir ? »

Harry hocha de la tête contre son torse. Ils avaient fini récemment d'installer sur le manoir de solides protections magiques. Assez fortes pour résister à un assaut de dix géants… Harry était somme toute assez fier de lui, sur ce coup, même si Draco lui avait lancé des regards réprobateurs en le voyant dépenser son énergie magique sans précaution. Il avait surtout grimacé en constatant les pièges dissimulés ici et là. Bien entendu, ils étaient protégés : seule une personne habitant en elle l'envie de tuer serait attaquée par les constellations dessinées sur le sol… mais tout de même ! Quelque chose lui disait que tous les pièges installés étaient à double tranchant, même pour eux ! Sans compter les buissons, les petites statues décoratives… et même les fleurs !

« Oui, répondit Harry, sentant une douce somnolence s'emparer de lui. Ça ne te dérange pas si Regulus vient vivre avec nous ? »

Draco ne répondit pas. Objectivement, il savait que c'était dangereux. Mais son égoïsme répondit pour lui.

« Non. »

Harry sourit, le visage enfouit contre son torse.

« Bon… Je le proposerai ce soir, alors. »

Et il s'endormit enfin, laissant Draco seul avec une conscience fort peu active.

oOo

Les réunions de l'Ordre étaient fréquentes. En général, ils y prévoyaient les actions de Voldemort, parlaient des dernières attaques ou anticipaient des défenses de famille. Sauf que depuis près d'un mois, le célèbre mage noir du Royaume-Uni se montrait dangereusement tranquille.

« Trop tranquille », disait sombrement Harry, approuvé fermement par Maugrey Fol-Œil.

Depuis la dernière attaque ouverte contre Draco, Voldemort n'avait plus rien tenté. Quant à Dobby, il se présentait face à Harry avec un air attristé révélateur : il n'avait rien.

« Le serpent prévoit quelque chose, Monsieur, mais aucun elfe ne sait. Il se montre très prudent, parle par énigme. Il parle de barrière et de maille, de convois et de marchandises… Aucun elfe ne comprend ! »

Harry en était à la fois troublé et angoissé, ce qui impliquait des insomnies contre lesquelles Draco ne pouvait rien faire. Du reste, lui aussi, parfois, se réveillait pendant la nuit, dérangé par une crainte qu'il ne pouvait qu'accueillir, faute de pouvoir la chasser avec des raisonnements logiques : contre Voldemort, rien n'avait de sens !

L'arrivée du nouveau QG tombait à pic : fournir à l'Ordre un endroit sécurisé était une très grande avancée. Quoi qu'il arrive, n'importe quel membre de l'Ordre pourrait transplaner dans le territoire mais ne pourrait en aucun cas être suivi ! Il en allait de même si une des personnes alliées décidait de les trahir : une intention funeste et le parc, mais aussi le manoir, s'occuperait d'elle. Les sortilèges et invocations de Harry étaient sans pitié : personne ne pourrait blesser qui que ce soit par la magie dans le nouveau QG. Il était ouvert mais fermé !

La maison de Gideon était située dans la périphérie de Londres et même si Harry n'avait rien contre cette maison, il craignait une attaque massive qui risquerait de tuer des personnes innocentes. C'est la raison pour laquelle il tenait tant à proposer le manoir Sadrah. Il était, en outre, un membre reconnu de l'Ordre. Ce ne serait donc pas surprenant qu'il fasse de sa demeure leur QG. Trop évident ? Peut-être. Mais Harry réservait aux mangemorts un accueil mortel, s'ils se décidaient à passer à l'attaque !

Comme d'habitude, ils arrivèrent en retard. Harry avait convoqué Dobby avant de partir de Poudlard, afin de s'assurer qu'il n'y avait aucune nouvelle du camp adverse. Malheureusement, rien. Quelque chose était en marche, quelque chose de gros et il était concerné, mais c'était tout. Était-ce en relation avec les objets acquis par Voldemort lors de la transaction de Lucius ? Dobby n'avait entendu parler de rien.

Tout le monde était là, même Dumbledore, lorsqu'ils entrèrent, légèrement essoufflés.

« Désolé, dit Draco en replaçant ses cheveux et en allant immédiatement saluer ses parents puis les autres membres de l'Ordre. Nous avons du interroger notre espion avant de venir. »

Maugrey leva les yeux au ciel. Il détestait ignorer qui était le fameux espion des deux meilleurs amis mais Harry était bien décidé à garder l'elfe de maison caché : personne ne risquait ainsi de le trahir. Machinalement, Harry dit bonjour à tout le monde avant d'aller s'asseoir. Presque aussitôt, une tasse de thé apparut devant lui.

« Cannelle ? dit-il en regardant Fabian, responsable de la boisson.

- Et orange… Drake m'a dit que tu aimais ça…

- Oui, c'est vrai. Merci. »

Il porta le breuvage à ses lèvres et en bus avec plaisir. C'était Fixe qui lui avait fait découvrir le goût exquis de ce thé, alors qu'il n'appréciait pas réellement cette boisson, à la base. Quand Draco eut fini de serrer la main de tout le monde et se fut installé à sa place, la réunion commença. Tout le monde se redressa dans son siège et prit un air grave qui aurait presque fait rire Harry.

« Rien de nouveau, dit-il. Toujours des mots énigmatiques. La seule certitude est qu'il prépare réellement quelque chose et que j'en suis la cible. »

Certains membres de l'ordre froncèrent les sourcils face à son détachement évident.

« Il est fort probable que Drake sera également visé et il essayera sûrement d'attirer quelques personnes avec moi… Mais quand, comment, nous l'ignorons. Il parle de marchandises, d'arrivée imminente… Mais rien de clair et d'explicite.

- Il doit savoir que l'espion le surveille, dit Maugrey. Merci à ce cher Lucius… »

Le concerné leva les yeux au ciel. Sa trahison n'était pas restée silencieuse et l'Auror, revanchard et méfiant, ne cessait de lui reprocher constamment son acte.

« Il suffit, Alastor, intervint Dumbledore. Nous avons déjà suffisamment débattu à ce sujet : Lucius a gagné de précieux et dangereux objets en divulguant ces quelques informations. Je ne vais pas dire qu'il nous a sauvés, mais il nous a ôté une bonne épine du pied. En outre, il n'a rien dit de vraiment répréhensible. »

En réponse, l'Auror se contenta de maugréer, agacé, tandis que Lucius le fusillait du regard. Sa trahison, certes minime, n'avait toujours pas été pardonnée par tout le monde et en particulier par Harry qui l'ignorait superbement.

« J'aimerai que nous changions de QG, attaqua soudainement Harry, faisant sursauter tout le monde et attirant l'attention sur lui. Sans vouloir t'offenser, Gideon, ta maison est très bien, mais elle est trop entourée. Après les révélations de Lucius, je crains que Voldemort ne se décide à nous attaquer et s'il s'en prend à cette maison, quand nous sommes là, cela peut rapidement tourner au massacre et je ne parle pas pour nous mais pour tes voisins. C'est la raison pour laquelle j'aimerais que nous déménagions. Drake et moi venons de terminer les protections sur le manoir Sadrah et si vous êtes d'accord, j'aimerais en faire le QG.

- Mais… n'est-ce pas trop évident ? demanda Eugène, concerné.

- Si, clairement, répondit Harry. Mais même si cela est évident, croyez-moi lorsque je vous affirme que personne de saint d'esprit n'attaquera ce manoir ! Pas avec les protections que j'ai placées dessus. »

Il eut un sourire presque sournois alors que Draco levait les yeux au ciel face à son air malicieux.

« Je suis d'accord, répondit Draco. Quiconque mettra un pied avec de mauvaises intentions sur nos terres risque bien de se faire tuer avant d'avoir réalisé ce qu'il lui arrivait ! »

Certains membres de l'Ordre haussèrent un sourcil alors que Dumbledore esquissait un vague sourire.

« Tu n'as tout de même pas appelé un dragon, Ash ?

- Non, quand même pas, répondit le susnommé. Mais ce que j'ai placé chez moi pourrait bien être pire qu'un dragon ! »

McGonagall sembla presque aussitôt très intéressée et Harry se contenta de faire apparaître une pile de parchemin qu'il distribua à chaque membre d'un geste de la main évasif.

« La liste des protections », dit-il, amusé.

Tout le monde se pencha aussitôt sur le feuillet et, si certains semblaient stupéfaits, d'autres se concertaient avec hésitation, quelques « Mais c'est quoi, ce sort ? » se faisant entendre.

« Et bien, tu n'as pas lésiné, en effet, dit Dumbledore. Je n'ai rien contre ta requête. La maison de Gidéon est pratique, confortable et accueillante, mais je suis d'accord pour dire qu'elle est trop exposée et entourée. S'ils se décident à nous attaquer, les conséquences pourraient être dramatiques pour les voisins les plus proches… »

Satisfait, Harry se tourna vers les autres membres qui, aussitôt, approuvèrent.

« Ce n'est qu'un lieu, après tout, dit Narcissa en détruisant la liste qui brûla aussitôt, vite imitée par l'ensemble des membres. S'il est protégé, je n'y vois aucun inconvénient.

- Malfoy saura y rentrer ? demanda Maugrey, moqueur. Certains sorts pourraient bien l'attaquer…

- Il y entrera, répondit Harry, amusé. Sauf s'il a envie de vous tuer… »

L'Auror esquissa un sourire moqueur en l'entendant, comprenant la réprimande sous-entendue. Harry n'était peut-être pas content, mais il n'allait pas tolérer des disputes inutiles au sein du groupe.

« Bien, si vous êtes tous d'accord, je propose que la prochaine réunion se fasse au manoir Sadrah. »

Un hochement de tête général satisfit Harry qui sourit légèrement, lançant un regard victorieux à Draco qui lui fit les gros yeux, lui indiquant par la même occasion qu'il avait encore quelque chose à dire.

« Au sujet du manoir, dit-il, faisant sursauter tout le monde. Il se peut que j'y héberge provisoirement un futur membre de l'Ordre et son frère…

- Qui ? s'étonna Dumbledore.

- Sirius Black et son frère, Regulus.

- Black ? s'écria presque Maugrey. C'est une plaisanterie !

- Du calme, Alastor, intervint Eugène. Je connais très bien Sirius. C'est un très bon garçon. Turbulent, plaisantin, mais un bon garçon. Il a fugué de chez lui depuis plus d'un an, déjà. Il est toujours le bienvenu chez moi, d'ailleurs. Il veut partir ?

- Son frère, Regulus, a eu quelques… problèmes avec sa mère. Il a été banni, lui aussi. Et Sirius veut le prendre sous son aile à sa sortie de Poudlard. Je suppose qu'il ne veut pas vous l'imposer. Bref, je prévoyais de les inviter à venir chez moi. Je ne crois pas me tromper en affirmant que James et Sirius comptent rejoindre l'Ordre ?

- Tu ne peux pas être plus dans le vrai ! James n'a que cette idée en tête ! J'ai dû lui rappeler que prévoir son avenir en faisant des études supérieures n'étaient pas une option mais une obligation. Quant à Sirius, je ne suis pas son père, mais il a eu droit au même son de cloche !

- Une autre génération va donc nous rejoindre, intervint Fabian, souriant. C'est agréable de se sentir soutenu. Personnellement, ça ne me dérange pas. Tant qu'ils n'espionnent pas nos conversations et qu'ils ne nous gênent pas…

- Je ne pense pas qu'ils le feront, intervint Draco. Sirius veut faire partie de l'Ordre et je sais qu'il nous rejoindra. Quant à Regulus, il n'est question de rien tant qu'il n'a pas fini ses études et j'ignore ce qu'il décidera à ce moment là. Mais les mettre en sécurité est une bonne chose… Regulus a déjà été approché pour devenir mangemort. Mieux vaut le garder loin des mauvaises influences ! »

L'ensemble des membres de l'Ordre approuva ces mots et Harry se détendit considérablement à côté de Draco. Le plus simple était fait.

« Regulus Black a donc été approché pour rejoindre les rangs des mangemorts, intervint Caradoc, faisant sursauter Harry. Comment ont-ils procédés ? »

Le jeune homme hésita quelques secondes. Il jeta un œil à Draco qui hocha imperceptiblement de la tête.

« Ce sont des élèves de Serpentard qui ont tenté de l'obliger à les accompagner à une réunion secrète, en dehors de l'école… »

Un brouhaha accompagna cette révélation pour le moins gênante : des étudiants recrutaient, au sein même de l'école, les nouveaux pions de Voldemort.

« Ils ont tenté de l'obliger ? répéta Maugrey, sceptique. Comment ?

- Ils avaient découvert l'homosexualité de Regulus, expliqua Draco.

- Son homosexualité ? s'exclama McGonagall. Voilà qui n'a pas du plaire à Madame Black…

-C 'était le sujet même du chantage, intervint Harry. Finalement, désespéré, Regulus a fini par décider de tout avouer à sa mère… Enfin, l'apprenti mangemort l'a fait, mais Regulus en avait l'intention de toute façon. A présent, il est en cours d'émancipation et sa mère ne veut plus entendre parler de lui… »

Le silence accueillit cette réflexion.

« Et les élèves qui le faisaient chanter ?

- On les laisse tranquille, expliqua Dumbledore. D'abord, aucun d'entre eux ne portent la marque. Ensuite, Regulus n'est pas venu me demander d'aide officiellement, il n'a dénoncé personne… Je ne peux donc rien faire.

- Alors on va juste les laisser partir sans intervenir ? demanda Gideon. En sachant pourtant qu'ils sont des… des futurs mangemorts ?

- Aucune preuve ne vient corroborer ces faits. Regulus pourrait témoigner, mais cela mettrait en avant une partie de sa vie qu'il ne doit pas avoir envie de hurler sur les toits… »

Un silence pesant s'installa, emmêlé d'amertume.

« S'ajoute à cela qu'ils sont majeurs, poursuivit Dumbledore. J'ai une autorité directoriale sur eux, mais je ne peux pas aller plus loin dans leur vie, outre le cadre scolaire. Sauf s'ils me le demandent, bien entendu…

- Et les mettre en consultation avec Drake ou Ash ? demanda Eugène. Il me semblait que certains élèves sensibles leur avaient été assignés afin de les… détourner ?

- L'année est presque terminée, signala Harry. Avec le peu de temps qu'il nous reste, nous ne pouvons pas les influencer à ce point. Surtout qu'ils sont déjà en dernière année. Nous pouvons prendre certains élèves de sixième année en charge en supposant, par rapport à leurs affinités avec les septièmes, qu'ils deviendront des mangemorts, mais malheureusement, il est déjà trop tard pour les plus vieux.

-Combien sont-ils ? demanda Lucius. Quels sont leurs noms ? Je peux peut-être utiliser ma position pour les influencer un minimum… »

Maugrey ricana mais ne fit aucun commentaire, au grand soulagement de Harry.

« Je vais te faire une liste », répondit Draco.

Il invoqua plume, encre et parchemin et se mit au travail aussitôt. Certains membres de l'Ordre discutaient entre eux tandis qu'il rédigeait les quelques noms des septièmes années de Serpentard.

« Il y en a sûrement d'autres, dans d'autre maison, intervint Harry. Mais pour l'instant, nous ne connaissons que les Serpentard.

- Dans d'autres maisons ? s'outra Minerva. Je ne crois pas qu'il y en ait dans la mienne… »

Le visage de Harry s'assombrit.

« Si j'étais vous, je ne me fierais pas aux couleurs des écussons », répondit-il évasivement.

Une pointe de culpabilité s'était glissée en lui. Il avait clairement négligé Peter mais ne pensait pas qu'il soit déjà trop tard. Ce dernier n'avait certainement pas encore été approché, pas alors qu'il était clairement inutile dans l'état actuel. Harry ignorait quand exactement le rat était devenu un mangemort, mais il soupçonnait que l'approche avait été faite après la découverte de la prophétie. Dans le désir de débusquer les Potter, Voldemort avait attrapé celui qu'il estimait le plus faible, le plus lâche et il ne s'était pas trompé. Sans prophétie, – Harry espérait réellement qu'elle ne serait pas faite – Voldemort n'avait aucune raison d'alpaguer le terrifié Peter Pettigrow. Mais il n'en demeurait pas moins un être instable auquel il ne ferait jamais confiance. Sa froideur envers lui, lorsque les garçons de Gryffondor venaient lui rendre visite de temps en temps. Personne ne semblait avoir remarqué sa distance, heureusement.

« Vous sous-entendez que certains de mes Gryffondor pourraient rejoindre ce… ce monstre ?

- Je sous-entends juste que sur l'ensemble des élèves dont vous avez la charge, il vous est impossible de tous les connaître et de tous les suivre avec attention. Que l'un d'eux dissimule ses croyances et vous échappe n'est pas inenvisageable. Vous le savez très bien, Minerva. On ne connait déjà pas ses propres proches, alors comment connaître autant d'enfants ? Ne vous fermez pas à l'éventualité que l'un d'eux soit un mangemort car vous seriez très déçue. On ne peut pas cataloguer tout un groupe de personne comme étant gentil sous prétexte qu'ils portent une couleur représentative d'une qualité qu'ils avaient à 11 ans !

- Vous croyez ? demanda Fabian, intéressé.

- J'en suis certain, répondit Harry. Drake aurait été un parfait Serpentard étant enfant… A présent, je ne saurais pas vraiment où le classer. »

Le concerné esquissa un sourire moqueur en l'entendant.

« Toujours chez les serpents, je peux te l'assurer, Ash, dit-il, l'air sournois. Bien que… il est vrai que je ne suis plus vraiment le même… »

Il haussa les épaules avec distraction alors que les autres continuaient de réfléchir aux mots de Harry.

« J'ai tout de même du mal à imaginer un de mes Gryffondor devenir mangemort. Ils sont si ouverts vis-à-vis des étudiants nés moldus…

- Il peut arriver à quelqu'un de rejoindre Voldemort pour autre chose que la conviction de l'infériorité des moldus, signala Harry.

- Vraiment ? demanda Caradoc. Quelle raison ? »

Harry y réfléchit l'espace d'un instant.

« Le pouvoir, dit Draco à sa place. La puissance qu'il pourrait promettre.

- Le chantage, dit justement Lucius. C'est ainsi qu'ils comptaient joindre Regulus Black, non ?

- L'Imperium, soi-disant, dit Maugrey, l'air maussade.

-La peur, dit Harry. La peur de mourir ou de voir ses proches êtres tués… il y a beaucoup de raison, Minerva. Beaucoup trop… »

L'espace de quelques secondes, ils se turent, à nouveau et McGonagall finit par soupirer d'un air résolu.

« J'imagine, oui, murmura-t-elle. Certains seraient même plus faciles à avoir que d'autres, si on inclut toutes ces méthodes… »

L'horloge murale des Prewett fit sursauter l'ensemble des personnes présentes lorsqu'elle se mit à chanter les vingt-deux heures.

« Déjà ? s'étonna McGonagall. Albus, je dois rentrer, je dois prendre la relève d'Hélène…

- Oui, bien sûr, dit le vieil homme. Je pense de toute façon que nous pouvons suspendre cette réunion. Il n'y a actuellement aucun nouvel élément, je le crains. Je contacterai tout le monde s'il y a le moindre problème. »

Tous hochèrent la tête et se levèrent. Harry resta pourtant tranquillement à sa place, ses yeux fixés sur la liste des défenses du manoir Sadrah.

« Pour la visite, dit-il, attirant l'attention de chacun, je pense que nous pourrions commencer la réunion de la semaine prochaine à 19 heures. Je vous attendrai au manoir Sadrah. »

De nouveaux hochements de tête et de nombreuses exclamations positives accueillirent sa phrase. Chacun était occupé à se dire au revoir lorsque Eugène vint s'asseoir aux côtés de Harry.

« Comment va James actuellement ? »

Harry tourna la tête et lui sourit. Depuis la mort de son épouse, Eugène venait lui poser la même question chaque semaine.

« Bien, répondit-il. Il passe plus de temps avec sa petite amie, pourtant très studieuse, qu'à revoir ses cours, mais je ne m'en plains pas. Je préfère le voir avec Lily qu'occupé à fomenter des mauvais coups avec Sirius. »

Eugène éclata de rire en l'entendant, manifestement ravi.

« Bon, dit-il. Tant mieux, s'il va bien et qu'il flirte. Je préfère le voir ainsi qu'autrement. »

Il resta silencieux un instant, l'air étrangement pensif et chagriné. Harry se sentit obligé de poser une main réconfortante sur son épaule.

« Comment allez-vous, vous ? »

Eugène releva la tête vers lui, l'air reconnaissant.

« La maison est un peu vide, dit-il. Je suppose qu'elle le sera définitivement, maintenant. Sirius va venir vivre au manoir Sadrah et je pense que James passera plus de temps avec lui ou sa petite amie qu'avec son vieux père.

- Vous êtes injuste, Eugène, lui dit Harry. Je suis certain que si vous lui demandiez…

- Non, non, surtout pas, lui répondit l'homme. James doit vivre sa vie, la construire. Il n'a pas besoin d'accompagner la mienne jusqu'à sa fin, je ne lui ferai pas ce cadeau empoisonné. »

Harry hésita un instant puis proposa :

« Vous pouvez venir au manoir Sadrah pendant les vacances, si vous voulez… James serait ravi de vivre là avec Sirius et vous seriez moins seul lorsqu'il vous abandonnera pour passer du temps avec Lily.

- C'est donc, elle, la fameuse petite amie ? dit Eugène, surpris. La Lily ? Celle dont James me parle depuis… au moins le premier jour de sa première année à Poudlard ? »

Harry ne put s'empêcher de rire. Dis ainsi, il comprenait presque pourquoi sa mère qualifiait son père de psychopathe obsessionnel.

« Oui, cette Lily, dit-il. Alors ? Viendrez-vous ?

- Je vais y réfléchir, lui dit Eugène. Vous serez tout le temps au manoir, en été ?

- Autant que je peux, répondit Harry en haussant les épaules. Je crains malheureusement d'être fort occupé par diverses civilités que j'ai laissées de côté, sous prétexte d'avoir un travail prenant…

- Ah, la célébrité des Sadrah vous rattrape.

- Malheureusement, répondit Harry, l'air ennuyé. J'ai déjà au moins dix invitations à des banquets différents, à travers le monde. Et malheureusement, les personnes m'ayant appelé sont intimement liées aux affaires de ma famille, donc…

- Vous n'y couperez pas, lui dit Eugène, amusé. Les Sadrah sont toujours les actionnaires principaux en ingrédients de potion rarissime ?

- Il semblerait, répondit Harry. Nous avons aussi des actions dans l'industrie du chaudron, dans les différents magasins de Quidditch du monde en tant que fournisseur d'arbre de qualité pour la réalisation des balais et j'en passe… Je ne savais pas où je mettais le nez en acceptant d'être adopté par Fixe. »

Eugène lui sourit avec compassion.

« Qu'on dit vos parents biologiques, face à cette adoption ? demanda-t-il.

- Ils sont morts, répondit Harry, étonné qu'Eugène ne se rappelle pas de cette partie de l'histoire.

- Ah, oui, oui, c'est vrai, dit l'homme en balayant l'information de la main. J'avais oublié, excusez-moi. La fatigue m'aura fait omettre ce moment, je suis navré.

- Ce n'est pas grave, dit Harry en l'observant avec attention. Vous avez l'air fatigué, en effet. Vous devriez rentrer dormir.

- Faites-en autant ! lui dit Eugène en se levant. Vous avez une tête à faire peur. »

Harry grimaça mais accepta.

« Je vais rentrer, oui, dit-il en se levant pour aller retrouver Draco qui discutait avec son père.

- Ash ! »

Il s'arrêta et se retourna pour faire face à Fabian qui s'approchait de lui avec un large sourire sur le visage mais une certaine tension dans le corps. Étonné, il salua à nouveau Eugène avant de se rapprocher du jeune homme qui, à son grand dam, ressemblait un peu trop à Charlie Weasley pour son propre bien. Il avait le même sourire, presque, que le jeune homme qu'il avait connu. Et la même forme des yeux. Le fait qu'il ait les cheveux auburn au lieu d'être roux n'empêchait pas Harry de retrouver, dans son visage, celui du frère de son ancien meilleur ami.

« Oui, Fabian ? dit-il, attendant que ce dernier lui dise pourquoi il l'avait appelé.

- Aimes-tu la musique moldue ? dit le jeune homme gêné.

- La musique moldue ? demanda Harry, étonné. Euh… Je n'en écoute pas vraiment, mais oui, je l'apprécie quand j'en entends, pourquoi ?

- Parce que moi, j'adore ! lui dit le jeune homme, rayonnant. Et j'ai des places pour un concert qui doit se dérouler sous peu, à Londres. J'ai pensé que peut-être, tu pourrais… m'accompagner ? »

La tension qui s'était légèrement relâchée dans le corps de Fabian sembla redoubler alors qu'il attendait la réponse de Harry.

« Moi ? s'étonna ce dernier. Mais pourquoi ?

- Et bien, tu es la seule personne ayant à peu près mon âge que je connaisse et qui a déjà été en contact avec des moldus. J'avais pensé inviter mon beau-frère, mais… »

Il jeta un œil à Arthur Weasley qui discutait avec Dumbledore, près de la cheminée, une poignée de poudre de cheminette en main.

« Il est un peu trop… excentrique, quand il s'agit des moldus. J'imagine très mal Drake dans un concert et mon frère ne s'intéresse pas à ce genre de chose. Et puis… Je pense que nous pourrions passer un bon moment tous les deux. Ça te tente ? »

Harry resta un instant muet. Puis il haussa les épaules. Bah, pourquoi pas ?

« Si tu veux, dit-il. Mais je n'ai pas la moindre idée des vêtements que portent les moldus, actuellement…

- Oh, ce n'est pas grave, lui dit Fabian. Donne-moi ta taille, j'irai t'acheter quelque chose… »

Harry hésita.

« Non, j'irai moi-même, dit-il. Je préfère. Quand est la date du concert ?

- Vendredi prochain, lui répondit Fabian. On doit y être pour vingt heures…

- Oh… Et bien, ça devrait aller. J'ai des cours, normalement, mais je pense pouvoir me libérer. Je n'ai que deux élèves, le vendredi et ils n'ont presque plus besoin de moi. Je les préviendrais que je ne serai pas là… On se retrouve là-bas ou…

- Euh… Tu pourrais venir me chercher ? demanda Fabian. Pour 19 heures ? On mangera un morceau en y allant… »

Harry hésita mais finit par acquiescer.

« Super ! s'exclama Fabian. A vendredi, alors ! »

Et il tourna brutalement les talons pour partir rapidement, sous l'œil sceptique de Harry. Pourquoi avait-il la brusque impression qu'il venait de manquer quelque chose ? Haussant les épaules, il se dirigea enfin vers Draco qui venait justement de quitter Lucius.

« Qu'a-t-il dit ? demanda Harry en le regardant.

- Qu'il ne pouvait rien faire pour les Lestrange, mais qu'il essaierait d'intervenir pour Rosier et Nott. Cela dit, rien n'est sûr… »

Harry hocha la tête et se passa une main fatiguée sur le visage.

« Bon, alors rentrons, dit-il. Je suis épuisé, encore… »

Draco esquissa un sourire moqueur.

« Quelle surprise, lui dit-il. Maintenant que tu n'as plus à t'inquiéter pour les Black, tu te détends enfin, c'est normal. Une bonne nuit de sommeil te fera du bien. »

Ils rentrèrent chacun leur tour à Poudlard, en utilisant la cheminée se retrouvant dans les appartements de Draco, presque aussitôt.

« Au fait, que te voulait Fabian ? demanda Draco alors que Harry se dirigeait vers la salle de bain pour se doucher.

- Quoi ? demanda Harry. Oh, il m'a invité à un concert de musique moldue, vendredi prochain. »

Draco haussa un sourcil curieux avant d'esquisser un sourire moqueur.

« Alors il s'est décidé, marmonna-t-il amusé. Et que lui as-tu dit ? demanda-t-il plus haut.

- J'ai dit oui, pourquoi ? répondit Harry, déjà occupé à se déshabiller dans la salle de bain.

- Pour rien », répondit Draco, presque hilare dans le salon.

Ah, il avait presque envie d'être une petite souris pour assister au rendez-vous du vendredi suivant. Car c'était bien ce que Fabian avait fait : il avait donné rendez-vous à l'homme le plus naïf du monde !

oOo

Severus était quelqu'un d'observateur. Il aimait ça. Regarder les autres, les étudier, les écouter. Les espionner, selon son père. Et peut-être était-il un peu en train d'espionner, parfois, mais il préférait penser qu'il apprenait les autres. Il laissait toujours une oreille trainer dans les couloirs, lorsqu'il se rendait en cours. C'est ainsi qu'il avait réussi à éviter certaines blagues qui lui étaient destinées. Bon, seulement trois en presque sept ans, mais c'était trois terribles farces et il n'était pas peu fier d'avoir évité les embuscades posées par la bande des Gryffondor.

C'était aussi à force d'écouter les conversations et les rumeurs que Severus avait appris la mise en couple de Lily Evans avec James Potter. Il n'y avait pas cru, au premier abord. Jusqu'à ce qu'ils les voient dans la Grande Salle. Jusqu'à ce qu'il remarque leurs regards amoureux, leurs mains enlacées, leurs caresses évasives mais rapprochées… Il en avait tordu la fourchette de son petit déjeuner…

Mais depuis quelques temps, Severus était à l'affut d'autres ragots, d'autres rumeurs. Et elles concernaient toutes Ash Sadrah et Drake Malfoy. Avant même d'avoir lu la Gazette au petit déjeuner, il avait appris l'adoption de son entraîneur en duel et la revendication de son psychologue par son frère, Lucius. Il en avait été stupéfait puis avait presque couru jusqu'à la Grande Salle pour recevoir son exemplaire de la Gazette et découvrir les grands titres faisant cas des deux psychologues. Au fond, Drake n'était pas une surprise. Son visage, ses manières, son éducation hurlaient son appartenance aux Malfoy. Mais Ash… Ash était différent. Bien plus mystérieux. La Gazette avait signalé son origine moldue et Severus ne l'ignorait pas. Il était évident que l'homme avait grandi avec des personnes dépourvues de pouvoir magique, il suffisait de l'écouter parler de choses dites « normales », comme une télévision ou une seringue, pour le comprendre. Mais qui étaient ses parents exactement ? Quel que soit l'article, personne ne mentionnait un monsieur ou une madame Promise.

Et il y avait d'autres mystères entourant Ash Sadrah. Pourquoi était-il si déterminé à vaincre Voldemort ? Pourquoi était-il devenu psychologue ? Quelle était cette étrange relation le reliant à Drake ? N'avait-il pas d'autres amis ? Était-il seul ou non ? Quelle était exactement la vérité sur Ash Promise Sadrah ? Pourquoi avait-il crié « Draco », lorsqu'il avait vu Drake blessé ? Et surtout, surtout… Pourquoi s'intéressait-il tant à lui ?

Car depuis le début de l'année, non, depuis qu'ils avaient commencé les duels, Ash semblait plus intéressé par lui que par toute autre personne. C'était à peine s'il s'était préoccupé de Regulus, à son arrivée lors des séances du samedi. Il l'écoutait, s'enquérait toujours de sa santé avant chaque séance, discutait avec lui de sujets certes désuets mais avec tellement d'intérêt que Severus ne pouvait qu'apprécier ces instants.

Au début, il avait pensé qu'Ash se servait de ces moments là pour renseigner Drake sur lui. Mais il avait constaté , après plusieurs tests, que Drake ne connaissait pas du tout les conversations qu'ils échangeaient ensembles, en son absence.

Une chose, toutefois, étonnait Severus : la facilité déconcertante avec laquelle Ash le mettait à l'aise, alors même qu'il n'évoquait que des sujets sans importance : les cours, la météo, ses perspectives d'avenir… Ce n'était rien de personnel, si l'on excluait leur conversation concernant Lily Evans. C'était depuis ce jour-là que Severus s'était surpris à vouloir en savoir plus sur Ash Sadrah. Mais cet homme était plus mystérieux que le lieu de reproduction des phénix : il ne se livrait pas ou très peu ! À l'exception de cette étrange histoire de chose noire dans son corps qui avait été extraite… Et le flou placé dans cette histoire, avec tellement d'efficacité, rendait Severus encore plus curieux !

« Garde ton horrible nez loin de nos affaires ! »

C'était une phrase qu'il avait souvent entendue. De son père, lorsqu'il défendait sa mère… ou lorsqu'il tentait de découvrir où Lupin disparaissait une fois par mois… Un frisson lui parcourut le dos à cette pensée. Mieux valait l'éloigner, pour l'instant. Un an après, il restait traumatisé par la vue d'un loup-garou furieux et prêt à le déchiqueter en millions de morceau. Mais ça ne l'empêchait pas de vouloir mettre son horrible nez dans les affaires d'Ash Sadrah. Et de Drake Malfoy, par extension.

« Draco ! »

Était-ce un surnom qu'Ash donnait à son meilleur ami ? Ou autre ? Vu l'air contrarié de Drake, Severus savait qu'Ash avait fait une erreur en mentionnant ce nom. Mais quelle erreur ? Il avait bien entendu fait des recherches, sur toutes les personnes susceptible d'être Draco et de ressembler, de prêt ou de loin, à Drake. Mais le dernier porteur de ce nom était mort en 1745. Chose intéressante : c'était également un Malfoy. Était-ce un code entre eux ? S'il en croyait la Gazette, Ash avait été élevé par Abraxas Malfoy, après un certain moment. Peut-être n'était-ce qu'un jeu entre eux… mais alors pourquoi cet air furieux venant de Drake ?

Severus soupira, installé à une table de la bibliothèque, un livre de généalogie sorcière posé devant lui. Il devait arrêter de se prendre ainsi la tête pour une chose qui n'était sans doute pas importante.

« Tu sais ce qu'est ton problème, Snape ? C'est que tu vois des complots et des secrets partout ! »

Il renifla en refermant l'immense encyclopédie pour attraper l'histoire des grandes familles sorcières. Les Sadrah occupaient à eux-seuls près de la moitié du tome S. Étrangement, les Sadrah pur souche n'avaient existé qu'avec son premier membre. Ensuite, chaque nouveau membre de la famille avait été adopté. Était-ce un rite obligatoire ? Ash avait été ajouté, magiquement, dans le livre. Le peu qui y était écrit lui semblait significatif : personne ne savait d'où venait exactement Ash Sadrah.

« Rah, assez ! »

Il referma le livre avec trop de brusquerie. Depuis son bureau à l'entrée, Madame Pince lui lança un regard féroce et Severus leva les yeux au ciel, agacé. Il se redressa dans sa chaise et rassembla la totalité des livres pour ensuite partir les ranger. Trop occupé dans ses recherches sans importance, il en négligeait ses devoirs. Ce n'était pas vraiment une bonne idée, étant donné l'approche des ASPICs. Et sa future maîtrise, juste après…

Un sentiment intense de reconnaissance l'envahit à cette pensée. La maîtrise en potion, si généreusement offerte par Ash.

« Dans le but de m'éloigner de Voldemort… »

Severus avait déjà été abordé pour rejoindre les rangs des mangemorts, à sa grande surprise. Il ne pensait pas faire partie des « élus », étant donné son sang impur. Mais apparemment, son talent en potion suffisait à couvrir sa tare. Mais Severus avait poliment décliné l'ordre d'un très cordial : « J'y penserais ». Depuis, il avait à peine effleuré cette idée pour finalement la faire disparaître : sa maîtrise passait avant. Et puis… il n'avait pas vraiment envie d'être dans le camp opposé à Ash. Non pas qu'il craignait de le décevoir… mais l'affronter, en condition réel, n'était pas vraiment quelque chose qu'il avait envie de faire.

« Presque 8 mois que je me bas contre lui et il n'a pas encore été déstabilisé une seule fois ! »

Rangeant la généalogie avec prudence, il continua de suivre le long couloir de livres jusqu'au fond, près de la haute fenêtre donnant juste sur le parc. Il rangea l'histoire des Familles, lettre S, puis regarda par la fenêtre d'un air morose.

« Je pourrais aussi bien lui poser la question… mais il saurait que je fouine dans sa vie et je n'ai pas vraiment envie de… je ne sais pas, qu'il le sache. »

Pourtant, il était certain qu'Ash lui répondrait. Il savait qu'il parlerait sans hésiter, avec son habituel sourire tranquille et sa voix presque joyeuse… Ce sourire n'était pas réel, Severus le savait. Au début, il avait cru que le psychologue jouait la comédie afin de l'attendrir. Puis il avait constaté que cette expression faciale était en présence constante sur son visage, quel que soit l'interlocuteur : les Gryffondor, les professeurs, Drake, tout le monde ! Était-ce dans le but de les tromper ? Ou le faisait-il inconsciemment ?

« Arrête de te prendre la tête ! », se sermonna-t-il en retournant à sa table pour ranger ses rouleaux de parchemin, plume et encre.

Il finit par quitter la bibliothèque, non sans percevoir le regard perçant de Madame Pince qui le suivait, l'air contrarié. Il devrait se montrer doux avec les livres, la prochaine fois ! Sans quoi, il risquait de se retrouver banni à vie !

« Salut Snape ! »

Il sursauta et leva la tête, une expression à la fois méfiante et surprise devant un Sirius Black semblant presque sympathique.

« Qu'est-ce que tu veux Black ?

-Tout de suite ! s'agaça Sirius. Je venais juste dire bonjour… »

Severus lui lança un regard sceptique qui voulait tout dire. Sirius grimaça en le voyant.

« Comment va Regulus ? dit-il avec sérieux.

-Bien, répondit laconiquement Severus. Il plane sur son gay petit nuage, si je puis dire.

-Je vois, dit Sirius en se grattant l'arrière du crâne. Et c'est tout ? Rien… de spécial avec lui ? Personne ne l'a attaqué ?

-Il se débrouille très bien, t'inquiète pas, lui répondit le Serpentard, comprenant enfin la raison de la présence de Sirius. Quand je l'ai laissé, il était calmement installé dans son lit et il dormait comme un bienheureux. Parce qu'au cas où tu l'ignorerais, ton frère est un fainéant notoire ! Il passe plus de temps à dormir qu'autre chose ! »

Sirius esquissa un sourire en l'entendant.

« Oui, quand on était petit aussi, il aimait paresser », dit-il, amusé.

Il y eut un long moment de silence embarrassé puis Severus leva les yeux au ciel, redressa son sac sur son épaule et croisa les bras d'un air agacé.

« Bon, crache ta pilule, Black ! Qu'est-ce que tu veux ? »

Le Gryffondor eut au moins la décence de paraître gêné.

« Euh… présenter mes excuses, baragouina-t-il, le visage tourné vers le mur, clairement mal à l'aise.

-Tes… tes excuses ? s'exclama Severus, stupéfait.

-Ouais, répondit Sirius, les mains dans les poches.

-Je vois… A quel sujet, exactement ? »

Sirius roula des yeux à son tour.

« Tu le sais très bien ! s'emporta-t-il.

-Mais le dire ne te tuera pas, se moqua Severus. Et puis, quitte à te ridiculiser, fais-le jusqu'au bout !

-Je ne suis pas là pour me ridiculiser ! s'énerva Sirius.

-C'est bien imité, en tout cas. Alors ? J'attends !

-Oh, ça va, va te faire foutre ! Tu pourrais m'être reconnaissant de venir m'excuser, non ?

-T'excuser pour quoi, exactement ? embraya Severus. M'avoir persécuté pendant sept ans ? Ta blague stupide avec Lupin ? Ou autre chose dont j'ignore encore la portée ? »

Sirius serra les dents, l'air à la fois mortifié et agacé.

« Les deux premiers, dit-il.

-Ah, répondit Severus. Je vois. »

Il laissa planer un long moment de silence avant de tourner les talons en disant :

« Reçu mais refusé !

-Quoi ? s'exclama Sirius. Tu ne peux pas faire ça ! »

Il se mit à le suivre, l'air outré.

« Et pourquoi pas ? demanda Severus. Qui dit que je suis obligé de te pardonner, là, comme ça, sous prétexte que tu es tombé sur la tête et que, brutalement, tu décides de t'excuser ? J'ai le droit d'y réfléchir, non ?

-Si tu y réfléchis, ne dis pas que tu les refuses ! »

Severus haussa les épaules, indifférent.

« Bon, alors je vais y réfléchir, Black. Peut-être que je te pardonnerai… ou pas ! »

Sirius leva les yeux au ciel.

« Je m'en fiche, dit-il. Je m'excuse, voilà ! On a été des vrais connards, je le sais ! Désolé ! »

Severus tourna la tête vers lui.

« Est-ce que je dois m'attendre à voir Potter, Lupin et Pettigrow ?

-Je ne sais pas, répondit Sirius en haussant les épaules. J'ai fait ça sans leur en parler…

-Je vois, répondit Severus, l'air légèrement moqueur. Je te dirais plus tard si j'accepte ou non. Salut ! »

Et il préféra partir avant que Sirius n'enchaîne sur autre chose. Merlin, était-il tombé sur la tête ? Pourquoi était-il venu s'excuser, comme ça, sans raison ? Avait-il perdu la tête ? Il aurait dû lui demander pourquoi il venait brutalement lui présenter ses excuses. Ça n'avait aucun sens ! Après sept ans ! Avait-il compris qu'il avait été un véritable connard ? Ou l'avait-il fait parce que Regulus était son ami et qu'il préférait s'assurer d'une bonne relation avec son petit frère ?

« Le simple fait qu'il ait accepté Regulus si facilement est bizarre. Ce n'est peut-être pas Sirius Black ! Et si c'était un mangemort sous polynectar ? Le vrai Sirius est peut-être ficelé quelque part… »

Il secoua la tête. Non, si un mangemort avait pris l'apparence de Black, il ne l'aurait pas ficelé mais tué !

« Moi, c'est ce que je ferai ! En tout cas, il peut toujours courir pour que je lui pardonne ! »

Il se hâta de traverser l'étage pour ensuite redescendre vers celui où vivaient Ash Promise et Drake Manfred. Il était censé retrouver son professeur de duel privé en soirée mais ne savait pas trop quoi faire pour s'occuper. Et il était certain qu'Ash était chez lui, il ne l'avait pas vu quitter Poudlard. Il arriva très vite à l'étage habité par les deux professeurs. Toute l'aile leur appartenait, ce qui leur assurait une certaine tranquillité. Ce fut la raison pour laquelle Severus fut surpris d'entendre des rires féminins venant du bureau de son professeur.

« Oh, allez, monsieur Sadrah ! Vous devez choisir !

-Navré, je ne saurais pas, dit la voix calme et gênée de Harry. Je vous assure !

-Mais il y a bien une de nous que vous trouvez plus jolie que les autres ! »

Un long silence accueillit cette déclaration. Severus fronça les sourcils et s'approcha. La porte du bureau d'Ash Sadrah était grande ouverte et il y était installé, assis derrière son grand bureau, un air embarrassé sur le visage. Trois septièmes années lui faisaient face – deux Gryffondor et une Serdaigle – et le regardaient, impatientes.

« Alors ? demanda une des filles. Dites-nous !

-Euh… ah, Severus ! »

Les trois filles sursautèrent et se retournèrent d'un air maussade vers le jeune homme qui se contenta de hausser un sourcil moqueur.

« Vous êtes pile à l'heure ! s'exclama Harry, ravi. Entrez, entrez. Mesdemoiselles, je suis désolé, mais je crains que cette réponse ne doive être reportée. Je ne saurais de toute façon pas choisir laquelle de vous trois est la plus jolie. Sur ce… mon rendez-vous est arrivé ! »

Boudeuses, les trois jeunes filles protestèrent mais Ash se leva et les poussa jusqu'à l'extérieur avec fermeté, indiquant à Severus d'entrer. Dès qu'il eut fermé la porte, il poussa un long soupir soulagé.

« Que Merlin me préserve de telles horreurs, dit-il en s'essuyant le front, l'air épuisé. Ne peuvent-elles pas me laisser tranquille ?

-Des soupirantes ? s'amusa Severus en le regardant.

-Il semblerait, répondit Ash en retournant s'asseoir à son bureau pour noter quelque chose sur un énorme livre où il plaça un marque page pour ensuite le fermer. Venez, allons dans mes appartements. Drake est chez son frère. Nous y serons tranquilles et ce sera plus confortable que dans mon bureau.

-Pourquoi ne pas y être resté, alors ? demanda Severus. Là, elles n'auraient pas osé vous déranger…

-Je n'ai jamais envie de travailler dans mes appartements, confia Ash. J'ai toujours envie de m'y détendre ou d'y dormir.

-Et vous travailliez sur quoi ?

-Oh, les comptes de la famille, répondit Ash en remuant la main pour ouvrir la porte de son appartement, alors que celle de son bureau se verrouillait derrière Severus. Ennuyeux, longs et compliqués ! Tout ce que j'adore ! »

Ils entrèrent dans l'appartement tout de bleu décoré. Les énormes bibliothèques d'Ash, chargé de livres, attirèrent encore une fois Severus. C'était tellement incroyable de voir tous ces volumes. Il était certain qu'il y en avait plus qu'à sa première visite qui datait pourtant d'une semaine !

« Que sont tous ces livres ? demanda-t-il, dévoré de curiosité.

-Mmm ? demanda Ash, occupé à disposer un service de thé sur sa table basse. Oh, des livres de sorts, métamorphoses, défenses, potions… un peu de tout, en vérité… »

Severus hocha de la tête et s'en approcha avec curiosité. Il fronça légèrement des sourcils en constatant que certains volumes enseignaient les bonnes manières.

« L'art du paraître en haute société ? lut-il en se tournant vers Ash.

-Cadeau de Drake, répondit-il en grimaçant. J'ai été éduqué par des moldus, à la base. Et il juge mon éducation totalement médiocre, maintenant que je suis un ' riche héritier'. Alors il s'évertue à m'apprendre les us et coutumes sorcières. Bien que selon lui, je reste un malotru et un rustaud ! »

Il leva les yeux au ciel alors qu'une assiette de petits gâteaux apparaissait au centre de la table basse. Severus haussa un sourcil et Ash esquissa un sourire.

« Mon elfe de maison est divin, dit-il. Dès lors que j'évoque un service à thé, il m'envoie des gâteaux. J'espère que vous les aimez car il faut tous les manger ! Sinon, il se vexe ! »

Severus s'approcha du canapé où il s'installa. Une tasse lui fut tendue presque aussitôt alors qu'il regardait les petits gâteaux : c'était principalement des cookies accompagnés de quelques macarons.

« Oui, je les aime, dit-il en tendant la main et en se servant avec gourmandise.

-Bon, lui dit Ash en allant s'asseoir en face de lui, sa tasse sur les genoux. Que me vouliez-vous, Severus ?

-Je suis venu plus tôt que l'heure prévue, dit-il. Ce n'est pas grave ?

-Non, vous m'avez sauvé la vie ! répondit l'homme en souriant, la montre sur sa joue se plissant étrangement à cause de la mimique faciale.

-Je voulais parler de ma maîtrise, dit finalement Severus, hésitant.

-Votre maîtrise ? s'enquit Ash. Comptez-vous refuser ?

-Non, non, rassura le Serpentard. Mais il y a… une complication. »

Face à lui, l'homme afficha un air concerné qui rassura inconsciemment Severus. Il savait qu'en venant lui parler, Ash l'écouterait avec plus d'attention et de compassion que Drake. Oh, il avait déjà évoqué ce sujet avec son psychologue. Mais ce dernier était moins empathique que son ami.

« J'ai… j'ai des relations compliquées… avec mon père, commença Severus.

-Mmm, fit Ash en grimaçant. Oui, je sais… »

Severus eut un mouvement furieux de la tête. Drake lui avait parlé de ses confidences ?

« Comment ? dit-il, furieux.

- Ne vous emportez pas, Severus, tempéra Ash. Je l'ai… deviné.

- Deviné ? Vous êtes voyant ? »

Le jeune homme avait inconsciemment croisé les bras, l'air sévère.

« Non, pas du tout, répondit l'homme. Mais vous avez un comportement qui… n'est pas sans me rappeler le mien. »

Severus écarquilla les yeux face à ses mots et Ash haussa les épaules avec indifférence.

« Votre façon de parler de votre père me rappelle ma manière de parler de mon oncle et de ma tante. Les rares fois où vous l'avez évoqué en ma présence, en tout cas… »

Severus resta un instant interdit. Ash Sadrah, enfant battu ? Son air sceptique dut se voir car l'homme en face de lui arbora une expression partagée entre la douleur et la compassion.

« Je n'ai pas admis tout de suite que j'étais maltraité. Je n'ai jamais vraiment cru l'être. Ils n'étaient pas gentils avec moi mais ils n'étaient pas monstrueux pour autant. J'ai bien entendu été frappé de temps en temps. Trop souvent et pour des bêtises trop minimes. Mais je n'étais pas battu. »

Il prit un air pensif alors qu'il réfléchissait à ce qu'il avait vécu.

« Mes parents sont morts lorsque j'avais un an. Mon père était un sorcier pure souche, ma mère une née de moldu. Sa sœur, ma tante, a été très jalouse de ce fait. Et elle a eu peur, aussi. Elle est rapidement devenue anti-sorcier. Son époux était anti-anormalité. Sorcier, homosexuel, travesti, noir, arabe, chinois… tout ce qui n'était pas normal était horrible. Lorsque je leur ai été confié, je n'étais qu'un bébé… Personne ne savait alors ce qui m'attendait et je n'avais pas encore une mémoire assez bonne que pour me rappeler qu'avant, j'avais des parents qui avaient envers moi un tout autre comportement… Alors tout ce qu'ils m'ont fait était normal… »

Il inclina la tête sur le côté et regarda Severus avec une certaine tristesse.

« J'ai dormi pendant dix ans dans un placard sous l'escalier (Severus hoqueta en l'entendant). Je n'avais pas le droit de prononcer le mot magie ou j'y étais enfermé aussitôt pour deux, trois jours. Le plus longtemps était une semaine. Je n'avais pas le droit de manger, de boire, de sortir, de pleurer. Pas le droit de faire du bruit, de poser des questions. « Ne pose pas de question, garçon ! ». C'est ce qu'ils disaient toujours. »

Il esquissa un sourire presque amer alors qu'il fixait Severus.

« Mes parents étaient soi-disant des chômeurs bon à rien. Ils étaient morts dans un accident de voiture. C'était le mensonge qu'ils me servaient… Je n'ai appris qu'à onze ans qu'ils étaient sorciers et qu'un mage noir les avaient tués tous les deux… »

Severus fronça les sourcils. Un mage noir ? Mais depuis Grindelwald, il n'y en avait plus eu. A l'exception de Voldemort, mais il venait tout juste d'émerger ! Dans un autre pays, peut-être ? Il faudrait qu'il fasse des recherches !

« Bref… Une nuit, il y a trois ans, je me suis réveillé en pleine nuit à cause d'un horrible cauchemar. J'y avais revu la mort de mon oncle et de ma tante. Et croyez-moi lorsque je vous dis que certains sorciers sont très créatifs, lorsqu'il s'agit de torturer et de tuer des êtres humains ! Je me suis donc réveillé en hurlant et Drake m'a rapidement calmé. Il m'a serré contre lui, m'a caressé les cheveux en me rappelant sans arrêt que j'étais en sécurité, que tout allait bien, que c'était du passé… et pour me distraire des horreurs que j'avais revues, il m'a demandé de me parler de mon oncle et de ma tante. »

Il esquissa un sourire moqueur.

« Je n'ai pas compris pourquoi, plus je racontais, plus Drake était horrifié. Je n'en avais jamais parlé à personne. Si je l'avais fait, ma meilleure amie aurait sans doute appelé la protection de l'enfance et mon meilleur ami m'aurait séquestré chez lui sans possibilité d'évasion ou de libération ! Mais je ne l'avais jamais raconté avant ça… et quand j'ai eu terminé de tout dire… »

Il rit légèrement, amusé.

« Drake a explosé ! Il a dit qu'on devrait décerner une médaille aux sorciers qui avaient tués mon oncle et ma tante car ils le méritaient ! Qu'ils n'avaient pas le droit d'agir de cette façon ! On en a parlé… toute la nuit, je crois ? Et c'est seulement au petit matin que j'ai reconnu avoir été maltraité. Et j'ai pleuré. Longtemps ! Drake ne savait pas trop quoi faire mais Fixe lui a dit de « laisser couler ». Elle avait raison, après ça, je me suis senti bien mieux. Tout ça pour dire que… votre façon de parler de votre père, les quelques rares fois où vous l'avez évoqué, m'ont rappelé ma propre façon de parler de mon oncle et de ma tante. Vous dites lui quand je disais eux. Et vous l'appeler par son prénom. Tobias. Moi, je les appelais par leur nom de famille. Je ne disais jamais Mon oncle, Ma tante. C'était leur donner un trop grand rapprochement. Je ne pense pas me tromper en affirmant que vous ne l'appelez jamais Papa. »

Severus secoua la tête.

« Voulez-vous me parler de lui ? Ou préférez-vous que j'appelle Drake ? Il est votre psychologue et…

- Je lui en ai déjà parlé, interrompit Severus. Dans les grandes lignes. Il a déjà tenté de m'aider mais… je crois qu'il n'y a rien à faire, en fait. »

Il se tut un long moment. La confidence surprenante du plus âgé lui donnait envie de parler. Plus envie qu'il n'en avait jamais eu avec Drake, en tout cas.

« Mon père et ma mère se sont mariés trop jeune, dit-il en passant une main mal à l'aise sur son menton. Ma mère n'a pas jugé bon de l'informer qu'elle était une sorcière. Une sorcière de sang-pur ! C'était une mésalliance terrible pour la famille Prince… vous connaissez les Prince, non ?

- Vaguement, répondit Harry. Je pense en avoir rencontré un, pendant l'une de ses horribles soirées mondaines où Drake m'oblige à aller… »

Severus hocha la tête.

« Oui, ils y vont toujours. Les Prince aiment la bonne société, ils n'en ratent aucune réception… Ma mère aussi les appréciait, mais dès qu'elle s'est mariée à Tobias, elle n'y a plus jamais été invitée. »

Harry hocha de la tête. Il n'était guère surpris. Une fois déshéritée de ses parents, la mère de Severus n'avait plus été la bienvenue dans les hautes sphères.

« Mon père a découvert la vérité lorsque j'ai eu cinq ans. Ça ne serait jamais arrivé si j'avais su me contrôler. Mais j'étais un enfant et j'avais eu peur…

- Vous avez fait de la magie instinctive, murmura Ash, attristé.

- Oui, répondit Severus. Mon père m'avait surpris en poussant un « bouh ». Il voulait juste s'amuser. Mais j'ai eu peur et j'ai… j'ai lancé un sort. Je l'ai jeté contre un mur de toutes mes forces. Après ça, Tobias… a commencé à devenir effrayé. Il me regardait avec crainte. Et ma mère a bien été obligée de lui expliquer.

- Et ça a été pire, devina Ash.

- Bien pire ! dit Severus avec amertume. Il était furieux que ma mère l'ait « trompé », selon lui. Je n'ai jamais compris en quoi c'était une tromperie. Lorsque quelqu'un ne dit pas qu'il est doué pour quelque chose, ce n'est pas une tromperie, c'est juste un choix ! Ma mère avait décidé de ne rien dire concernant son talent en magie, c'était son droit le plus strict ! Mais Tobias ne l'a pas accepté. Il s'est mis à la frapper. Trop. Elle a souvent été à l'hôpital… Et furieux comme j'étais, j'ai tenté de la défendre. Alors j'ai commencé à recevoir mes propres coups, moi aussi. »

Les poings de Severus s'étaient inconsciemment serrés sur sa robe de sorcier alors qu'il racontait, les yeux fixés sur le service à thé sur la table basse.

« Depuis que je suis entré à Poudlard, je me suis spécialisé dans la conception des potions essentiellement pour… pour pouvoir nous soigner. J'ai appris les potions de soin en tout premier. J'en ai même fait des variantes afin d'en combiner, pour les rendre plus efficaces, plus… puissantes. J'en envoie une tous les jours à ma mère. »

Ash l'écoutait avec beaucoup d'attention et Severus souffla pour se détendre. Il s'était crispé de la tête aux pieds pendant qu'il parlait, tétanisant le moindre de ses muscles et une sourde douleur latente s'était installée dans chacun de ses membres, surtout dans les épaules où il avait inconsciemment rentré un peu la tête, comme pour se protéger.

« Les potions sont les seuls actes magiques qu'un mineur peu faire sans être découvert, avoua Severus. Alors pendant les vacances, j'en faisais aussi. Mais… enfin, avec la maîtrise en Australie…

-Vous ne saurez plus fournir de potion à votre mère, déduisit Ash.

-Oui, avoua Severus. En outre… Je suis majeur depuis le mois de mars de l'année dernière. J'ai été jeté dehors, depuis…

-Où avez-vous passé votre été ? s'enquit le psychologue.

-Ma mère m'a payé une chambre au Chaudron Baveur… Elle avait encore quelques économies. Quand elle n'a plus pu payer, j'avais gagné de quoi prendre la relève jusqu'à fin août, en travaillant. »

Ash grimaça en l'entendant.

« Voulez-vous venir vivre chez moi, cet été ? proposa-t-il. Le manoir Sadrah est bien assez grand. Vous serez sous le même toit que Regulus et Sirius, mais je pense que ça devrait bien se passer, non ? »

Severus considéra longtemps la question. Vivre dans le manoir Sadrah ?

« Je n'ai pas dit tout ça pour vous faire pitié, dit-il.

-Je n'ai pas pitié de vous, Severus, vous devriez le savoir, répondit l'homme. Simplement, je sais que vous ne devez plus avoir d'argent et vivre au Chaudron Baveur n'est pas une bonne chose pour vous. Je vous ai déjà dit que je pouvais devenir votre ami si vous le désiriez et je ne changerai pas d'avis à ce sujet. Les amis s'aident, Severus. Venez chez moi cet été. Vous aurez alors tout le loisir de m'apprendre cette potion de soin et j'en enverrai une, chaque jour, à votre mère, pendant vos deux ans d'apprentissage. C'est ce que vous vouliez me demander à la base, non ? »

Severus acquiesça. C'était exactement ça.

« Bien, alors c'est convenu, lui dit Ash. Vous ne prendrez pas le train cet année, je vous ferai transplaner chez moi.

-Est-ce que… je ne gênerai pas ?

-Non, répondit Ash avec assurance. Drake sera aussi content que moi de vous avoir à la maison et je ne parle pas de la réaction de Regulus. Sirius sera peut-être un peu contrarié mais je vais mettre les poings sur les i avec lui…

-En parlant de Black, dit Severus, soudain plus détendu. Est-ce que, d'une manière ou d'une autre... L'avez-vous influencé pour qu'il comprenne qu'il est un vrai con ? »

Ash haussa un sourcil puis sourit.

« Et bien, j'ai tenté de lui faire comprendre qu'il n'était pas des plus sympathique envers vous, en effet… »

Severus esquissa un sourire.

« Et bien, vous êtes doué ! dit-il. Il m'a présenté ses excuses aujourd'hui !

- Vraiment ? s'exclama Ash, manifestement enchanté. Enfin ! Depuis le début de l'année, j'essaye de lui faire comprendre que James et lui ont été de vrais monstres envers vous mais il était si obstiné que je commençais à désespérer.

- Et bien, il a du tomber sur la tête ce matin et comprendre, dit Severus en haussant les épaules. Comment saviez-vous le comportement qu'ils avaient envers moi ? Les autres professeurs vous en ont parlé ?

- Oui, ainsi que le professeur Dumbledore. Je suis au courant de l'horrible plaisanterie de Sirius, lors de votre sixième année. »

Severus se renfrogna à cette mention.

« Il aurait dû être renvoyé, pour ça ! »

À sa grande stupeur, Ash approuva.

« Oui, il aurait dû, dit-il. Une part de moi ne comprendra jamais pourquoi Dumbledore s'est montré si compréhensif envers Sirius. Il a soit une chance terrible, soit un grand talent de persuasion.

- Ou alors, c'est juste complètement dégueulasse et totalement impartial ! »

Ash grimaça en l'entendant mais il ne releva pas.

« Nous ne le saurons jamais, dit-il, raisonnable. En tout cas, j'espère que vous saurez tous les deux coexister sans trop de difficulté cette été. Je n'apprécierai guère de devoir jouer les Aurors !

- Je l'éviterai, ça devrait aider… Mais vous êtes sûr que…

- Certain ! coupa Ash. Vous serez toujours le bienvenu chez moi, Severus. Je puis vous l'assurer. »

Le garçon s'appuya tranquillement dans le canapé, curieusement détendu et agréablement heureux. Il fixa un long moment Ash, une partie de lui continuant de demander « pourquoi est-il si gentil ? » à tue-tête mais il ne posa pas la question. Il n'était pas certain d'avoir la vraie réponse. Et si c'était le cas, il n'était pas prêt à l'entendre et à devoir agir en conséquence. Il préféra donc boire son thé et manger quelques gâteaux en silence, savourant cette nouvelle confiance dont il continuait pourtant de se méfier.

A suivre…

Et je termine en vous remerciant tous pour vos reviews, votre patience et en me navrant encore du manque de possibilité pour les réponses aux reviewers anonymes. Sachez que j'adore chacun de vos messages, même si je ne vous réponds jamais et je vous remercie d'avoir le courage de me poster une note alors que vous savez probablement qu'il n'y aura jamais de réponse ! Un grand merci pour cette attention et pour votre soutien.

PS: ça fait deux jours que j'essaye de poster mais ffnet n'était pas d'accord! Mais ma patience a payé! Enfin! Bonne lecture!