Auteur : Umbre77
Titre : La magie d'une fleur
Résumé : Capturé par Voldemort, Harry n'a d'autre choix que d'accepter sa défaite. Mais Draco Malfoy, lui, n'a aucune envie de mourir ! Quitte à changer le passé pour se sauver !
Note de l'auteur : J'ai mal aux doigts d'avoir tapé frénétiquement toute la journée afin de terminer ce chapitre. Pourtant, je n'ai pas fait tant de page… ah, si, quand même… Mais bref ! Je suis actuellement en train de répondre à vos reviews. Si par malheur, vous n'avez pas de réponse, c'est simplement que je n'ai pas encore eu le temps ou que je suis allée me couchée ! lol
J'espère que vous ne m'avez pas tous oublié ! N'hésitez pas à relire le petit rappel des personnages juste en dessous… ou à relire toute l'histoire ! lolll
Ce chapitre n'a pas été corrigé. J'ai préféré vous le donner tout de suite étant donné l'horrible attente que je vous ai fais subir ! Je ne peux pas vous promettre que ça n'arrivera plus car je n'ai toujours pas de chapitre d'avance ! Mais j'ai deux points positifs. En un : j'ai programmé les deux chapitres suivants et sachant ce qu'il s'y passe, j'ai très envie de les écrire !
En deux… Je suis en vacances dans CINQ JOURS ! Mais je dois aussi avancer Alpha donc… Nous verrons bien, ne crions pas victoire trop tôt, d'accord ?
Sur ce, j'espère sincèrement qu'il me reste encore quelques lecteurs, je vous souhaite de bien déguster ces 35 pages et je vous dis à bientôt pour de nouvelles aventures de nos héros préférés !
Bisous à tous et toutes !
Personnages :
Pas besoin de vous présenter les personnages principaux, je me contente donc des secondaires, ceux que je ne cite pas assez que pour s'en rappeler :
Les professeurs :
Potion = Horace Slughorn
Défense = Caradoc Dearborn
Sortilège = Madame Stand
Botanique = Hélène Stewart
Infirmière = Eloïse Addisse
Membres de l'ordre :
Arthur et Molly Weasley, Lucius et Narcissa Malfoy, Maugrey Fol'œil, Caradoc Dearborn, Fabian et Gideon Prewett, Dorcas Meadow, Benjy Fenwick, Edgar et Sarah Bones, Eugène et Phils Potter (décédée), Hagrid, McGonagall, Dumbledore et, bien entendu, Ash et Drake.
Je vous rappelle qu'Ash est officiellement l'héritier Sadrah tandis que Draco est désigné comme le fils bâtard d'Abraxas Malfoy et porte donc à nouveau son vrai nom.
Chapitre 27 : Piège morbide
Dès lors qu'il accepta sa relation avec Fabian, Harry eut l'impression de ne plus avoir une seconde à lui. Entre les rares consultations, les longs cours de rattrapage qui se multipliaient à l'approche des examens, les duels avec Severus, les réunions de l'Ordre et ses sorties avec Fabian, il ne savait plus où donner de la tête. Oh, il avait cherché à alléger son horaire mais le seul moyen était de stopper ses rendez-vous hebdomadaire avec Severus et cela lui paraissait inenvisageable. Fabian s'était étonné également de son refus catégorique de supprimer ou reporter son activité du samedi après-midi mais Harry s'était justifié par un vague « C'est un bon entraînement pour moi ».
De son côté, Draco semblait s'amuser de sa confusion et de ses tentatives pour se débrouiller avec toutes ses obligations. Il était nettement plus libre qu'Harry. La plupart de ses consultations étaient finies. Seules celles de Severus, Regulus et de Henry, un élève de Serdaigle, continuaient. Les autres élèves, préoccupés par l'approche des examens, étaient trop nerveux que pour « perdre leur temps en conversation ». Il passait la majorité de sa semaine à s'entraîner, préparer les cours qu'il donnait en soirée ou le samedi.
Deux semaines seulement s'étaient écoulées depuis le début des leçons de Regulus en potion et Draco devait admettre qu'il s'en délectait. Il jouait un petit jeu dangereux mais délicieux qui consistait à troubler le garçon par de vagues gestes qui les rendaient fou tous les deux mais auxquels Draco refusait de céder. Il apprenait également le caractère du garçon qui, s'il était timide et réservé la majorité du temps, lui démontrait également parfois une pointe d'impétuosité qui lui plaisait. Mais Regulus était encore trop effrayé par la possibilité d'être rejeté ou abandonné par celui qu'il aimait manifestement bien plus que Draco ne l'avait soupçonné. L'air de rien, Regulus l'interrogeait discrètement, glissant ici ou là une question à laquelle le blond répondait distraitement, jusqu'à ce qu'il s'aperçoive du petit jeu du plus jeune. Il avait alors pris la décision de se livrer tout en gardant le principal sous silence : s'il devait révéler à Regulus qui il était, il préférait le faire hors des murs de l'école !
En préparation de l'arrivée des adolescents au manoir Sadrah, Ash leur avait déjà emprunté à chacun un cheveu utile à l'annulation des barrières. Il avait également fait préparer trois chambres, non sans leur demander la couleur dans laquelle ils aimeraient dormir. Si Sirius avait plaisanté un long moment en débitant des couleurs sans queue ni tête, Severus avait répondu un rapide « mauve » indifférent, Regulus avait réfléchi longuement avant de dire un vert hésitant et Sirius avait finalement décidé que l'abricot était une teinte acceptable.
Les examens furent l'occasion pour Harry et Draco pour servir de surveillant lors des Aspics et Buses, ce qu'Harry détesta. Déambuler dans les rangées en feintant de s'intéresser à une éventuelle tricherie des élèves lui semblait plus soporifique que d'écouter ce cher Slughorn spéculer sur l'avenir prometteur de ses élèves favoris. Il était bien plus préoccuper par l'absence de réponse d'Augustus que pour réellement surveiller ou écouter. L'homme avait répondu positivement à leur demande d'espionnage et s'était lancé dans l'enquête presque aussitôt. Malheureusement, depuis dix jours déjà, aucune lettre ni signe de vie quelconque. Harry s'en inquiétait ce qui agaçait Draco qui le poussait alors à « Aller se relaxer chez Fabian ».
Et il devait admettre que le jeune Prewett était tout à fait efficace sur ce point. Envahissant, déterminé et surtout obsédé, Fabian n'hésitait pas à l'inviter, continuellement. C'était soit des soirées chez lui ou des après-midi cinéma qui se prolongeait chez le jeune homme, dans le quartier de Soho où ils se baladaient tranquillement. Draco était curieux et ne cessait d'inonder Harry de question.
« On est allé voir Jaws.
-Euh… Mâchoire ? demanda Draco, sceptique.
-Oui, le titre n'est pas très approprié. Les français ont appelé ça « les dents de la mer». C'est bien plus proche, je trouve.
-Vous allez voir d'étrange spectacle, si tu veux mon avis. En plus, la mer n'a pas de dents ! »
Harry avait levé les yeux au ciel et tenté d'expliquer la métaphore à un Draco définitivement obtus face aux technologies. Ce qui n'était pas le cas de Fabian qui s'amusait à lui faire écouter les plus grands chanteurs moldus ainsi que regarder les films les plus connus. A sa façon, Harry était heureux de ces activités car il n'avait pas pu les pratiquer étant enfant et avait l'impression de se rattraper et de faire un pied de nez aux Dursley qui l'en avaient privé.
Et bien entendu, il y avait le sexe. C'était un domaine dans lequel il se sentait totalement instable et il n'osait jamais rien faire, contrairement à Fabian qui aimait prendre les devants sans aucune pudeur. Voir Harry embarrassé et hésitant semblait grandement amusé son amant qui se faisait un plaisir de lui enseigner ce qu'il avait évité jusqu'à présent.
Mais Harry n'avait pas encore osé franchir le dernier cap, celui qui leur conférait une intimité qu'il ne se sentait pas prêt à partager. Cela demandait un investissement trop grand et ses sentiments pour Fabian, bien qu'emmêler de désir, ne semblaient pas vouloir dépasser la simple camaraderie. Il s'en désolait car le jeune homme, par des gestes trop tendre, démontrait de plus en plus son attachement et sa joie à partager des moments avec lui, même s'ils n'étaient jamais allés aussi loin que Fabian le souhaitait.
Harry savait qu'il devrait mettre un terme à cette relation mais la partie égoïste, celle qui se délectait des caresses, des baisers et du plaisir incroyable qu'il en ressentait, ne voulait pas stopper cette exploration physique. Il ne disait donc rien, priant mentalement pour que soit il se mette à ressentir quelque chose pour Fabian, soit il trouvât le courage pour arrêter cette relation en douceur. Il avait malheureusement de plus en plus l'impression de s'enfoncer dans cette stupide comédie de relation et en venait presque à souhaiter qu'un étranger quelconque vienne mettre un terme à tout cela !
« Vous devriez rompre, lui dit Severus, un samedi après-midi. Si vous ne ressentez pas de sentiments amoureux pour lui, ce serait injuste de poursuivre. Plus vous attendez et plus il va se faire des idées. »
Harry devait admettre que ces mots étaient justes, mais chaque fois qu'il partait retrouver Fabian, chaque fois qu'il le voyait sourire en le regardant, il oubliait ce qu'il devait lui dire. Au fond, il l'appréciait vraiment. Fabian avait ce quelque chose que tous les Weasley qu'il avait connu avaient également. Parler avec lui, s'amuser ensembles, boire un verre dans son canapé un peu trop vieux était agréable. Jusqu'à présent, il n'avait vécu que pour Draco. Le fait de se faire un ami – un ami avec lequel il se déshabillait et prenait du plaisir, mais bon – lui semblait si délectable qu'il n'avait pas envie de tout arrêter.
Et puis… il y avait le plaisir. Harry pouvait sentir à partir de quel moment la relation amicale se transformait en relation sexuelle. Ils passaient souvent la soirée dans le salon devant la télévision ou à discuter, côte à côte. Puis, soudainement, quelque chose dans l'air semblait changer, augmentant la pression qui les entourait. Harry était conscient de ressentir l'angoisse soudaine de Fabian. Le jeune homme semblait toujours craindre qu'Harry le repousse alors qu'en fait, il n'attendait que ça. Et c'était toujours dans le but de l'apaiser qu'il posait sa main sur la cuisse ferme du jeune Prewett, ce dernier souriant aussitôt d'un air ravi. Tant qu'Harry n'avait pas fait ce geste, il semblait toujours prêt à disparaître dans le sol d'inquiétude. Mais dès que la main se levait et se posait sur sa cuisse, Fabian prenait tellement d'assurance que même s'il n'en avait pas eu envie, Harry n'avait plus qu'à supporter le talent lascif du jeune homme.
« Et quel talent… », pensa Harry un soir, alors qu'il regardait le corps nu et tremblant de plaisir de Fabian, couché à côté de lui dans le lit défait.
Aussi amicaux que soient ses sentiments, il aimait le toucher, le regarder et l'entendre. Et même si son silence était plus qu'injuste, il ne pouvait pas se résoudre à le quitter. Les mots de Draco, ceux lui conseillant de profiter un peu de la vie, l'avaient plus que convaincu !
« A quoi tu penses ? demanda Fabian qui le fixait, le visage appuyé contre ses bras croisés sous son menton.
-Tu es beau, répondit simplement Harry, détendu.
-Moins que toi, lui signala le jeune homme en se tournant vers lui, peu gêner de révéler son corps entièrement nu. Ton corps est vraiment… magnifique. »
Il tendit une main pour la passer sur le bras musclé puis se rapprocha encore pour se coller à lui. Harry soupira d'aise en sentant la chaleur corporelle de Fabian et la douceur de sa peau. Oui, c'était injuste de poursuivre une relation pour laquelle il ne pressentait aucun avenir… Mais l'avenir, c'était son problème. Et tant pis si c'était une erreur… il se sentait capable de l'assumer.
oOo
Regulus Black était un adolescent contrarié. Par sa famille, par les élèves, par les professeurs, par les nuages, par les oiseaux qui pépiaient, par l'herbe trop verte, par le sol trop inégal, par le nombre d'escaliers dans Poudlard, par les elfes de maison qui distribuaient plus de cruche de jus de citrouille que d'eau, par le chocolat chaud du matin, par le bord décousu d'une manche de ses robes de sorcier, par le pot presque vide de cire pour baguette, par les rideaux à baldaquin de son lit qui ne fermaient pas assez bien…
Il était contrarié par absolument tout. Et il le montrait brillamment. En tirant la tête. En bousculant allègrement tous les élèves qu'il croisait (du moment qu'ils soient plus petit que lui). En s'adressant froidement à ses professeurs. En claquant les portes. En niant les carafes de jus de citrouille ou de chocolat chaud… Oui, quand Regulus Black était contrarié, il le montrait toujours ! Et sa tactique, pour faire comprendre à Drake Malfoy qu'il était contrarié consistait à ne rien dire. Du tout.
Et ce fut sa tactique, ce jour là. Ils avaient encore une de ses horribles séances psychologiques auxquelles Regulus s'obstinait à aller, malgré ses examens. C'était l'excuse parfaite pour avoir Drake Malfoy rien que pour lui. Sauf que cet idiot s'obstinait à jouer les psys. Et que ce n'était pas ce qu'il voulait. Non, lui voulait une conversation. Voir une séance de pelotage. Ou qu'il l'étende sur ce maudit bureau qui les séparait et le baise jusqu'à en perdre la raison. Mais il ne voulait pas d'une barrière professionnelle entre eux. Ça le rendait absolument fou ! Alors il décida de ne rien dire. Du tout.
« Es-tu en train de bouder, Regulus ? » demanda Drake, face à lui.
Bouder ! Bouder ? Mais pour qui le prenait-il ? Pour un gosse ? Il ne boudait pas. Il le punissait !
« Est-ce ta façon de me montrer que tu es mature ? Parce que c'est une très mauvaise tactique… »
Regulus serra les dents et les lèvres, bras croisés. Il ne parlerait pas. Qu'importe les provocations. Il ne dirait pas un mot à cet enfoiré de psychologue professionnel.
« Je vois, dit Drake. Sois, restons ici en silence, si c'est ce que tu veux pour notre dernière séance ensembles… »
Regulus sentit ses lèvres s'écarter pour parler mais il les rabattit aussitôt. Il savait que c'était leur dernière séance. Et c'était justement ça, qui le contrariait le plus. C'était leur dernière heure en tête à tête. Après, ce serait terminé. Oh, certes, ils habiteraient dans la même maison ! Mais ça n'empêchait pas qu'ils ne seraient plus jamais seuls ! Il y aurait Severus et son air indifférent, Ash Sadrah et son foutu sourire indulgent et son foutu frère qui, soudainement, avait décidé de se mêler de sa vie et ne cessait de l'embarrasser en lui posant d'horribles questions sur sa relation avec Drake.
Et puis d'ailleurs, quelle relation ? Il n'y avait aucune relation. Non, rien. Monsieur s'était épanché sur une attirance qu'il avait pour lui. Il l'avait serré dans ses bras, embrassé… Et puis plus rien. Une vague conversation le jour où il avait signé ce fichu contrat, des cours de potions – et uniquement des cours – le samedi… mais rien d'autre ! Comme si Drake lui avait donné de quoi calmer son stupide petit cœur d'adolescent pour ensuite s'en désintéressé comme d'un vulgaire parterre de fleur protéger pour l'hiver. Qu'il aille se faire foutre ! Il ne desserrait pas les dents. Sinon, il allait encore s'humilier. Passer pour une pauvre chose amoureuse et désespérée d'avoir un signe encourageant d'un homme qui, manifestement, ne se préoccupait pas de lui. Et bien soit ! Il ne se préoccuperait pas de lui non plus. Qu'il aille en enfer !
« Regulus, souffla Draco. Cesse ça. C'est agaçant. »
Le jeune homme se contenta de le fusiller des yeux, plus fermé que jamais. Drake soupira profondément. Un soupir d'ennui. Qui lui donna, au choix, l'envie de lui balancer son encrier au visage ou de quitter le bureau sur le champ. Mais il resta solidement assis sur sa chaise. A fixer la montre sur le cou de Drake. A attendre que leur dernière heure en tête à tête soit terminée. Jusqu'à l'année prochaine. Ses yeux le piquèrent désagréablement et il battit si vivement des paupières qu'il ne distingua rien pendant deux secondes. Il ne pleurait pas. Pas devant Drake, en tout cas…
« Tes ennuis ne se règleront jamais si tu t'obstines à les affronter en silence, Regulus, s'énerva Drake, face à lui. Tu dois parler. T'exprimer. Hurle, si tu veux. Mais rester là, dans un mutisme puérile, ça ne va pas faire avancer les choses ! »
Comme s'il voulait que les choses avancent !
« Et je ne sais pas lire dans les pensées ! Alors si tu me réponds quelque chose dans ta tête, je ne sais pas ce que c'est. Parle, non d'un chien ! »
Regulus éleva un sourcil provocateur. Drake semblait perdre sa patience légendaire. Amusant.
« Ce n'est pas drôle, Regulus ! »
Ah, ben si, il savait lire dans les pensées, finalement…
« J'ai parfois vraiment envie de te secouer de toutes mes forces, tu sais ? Ce que tu peux être agaçant ! »
Drake se leva brutalement et fit les cents pas derrière son maudit bureau. Regulus baissa les yeux sur la petite montre à gousset posée sur le bureau. Encore dix minutes et il quitterait la séance. Leur dernière séance en tête à tête. Il soupira. Puis releva les yeux pour regarder Drake, abandonnant son air boudeur pour exprimer, l'espace d'un instant, le chagrin qu'il ressentait. Il ne voulait pas que ça s'arrête. Il ne voulait pas être juste un patient… Il voulait encore qu'il le prenne dans ses bras… Mais rien. Juste ce professionnalisme…
Drake marchait de long en large. Ses cheveux aux couleurs variées bougeaient par les mouvements rapides de son corps. Et il serrait les poings, l'air contrarié. Quand il s'arrêta pour lui faire face à nouveau, Regulus avait reprit son air furieux.
« Qu'est-ce que tu veux, exactement, Regulus ? s'énerva Drake. Dis-le-moi une bonne fois. Qu'est-ce que tu veux ? »
Ce qu'il voulait ? Il voulait savoir pourquoi Drake s'obstinait à donner à leur relation un aspect professionnel ! Est-ce qu'il pensait vraiment ce qu'il lui avait dit, dans ses appartements ? Ou n'était-ce qu'une manière détourné de l'éloigner de Rosier et de ses manigances ? Ou d'apaiser son esprit un peu trop amoureux ? Bien sûr, s'il était honnête, Regulus savait pourquoi Drake agissait ainsi. Parce qu'ils se devaient d'être prudents. Parce que même si elle l'avait abandonné sans rechigner, Wilburga Black pouvait encore venir les séparer définitivement. Mais mince ! Ne pouvait-il pas, par ses mots, lui montrer qu'il tenait un peu à lui ? Plus que ça, en tout cas ? Non, il restait assis derrière son bureau, à le regarder de ses magnifiques yeux argentés, sans rien dire de plus que le nécessaire… Alors que c'était leur dernière chance d'être en tête à tête…
« Regulus, dit Drake d'un air plus doux. S'il te plait ? Tu avais dit que tu comprenais… »
Regulus fronça les sourcils. Drake venait-il de faire le rapprochement ?
« Penses-tu que j'apprécie ce genre de… relation ? demanda le psychologue en contournant son bureau, au grand étonnement de l'adolescent. S'il te plaît, Regulus. »
Il s'approcha de lui mais s'arrêta à une distance raisonnable. C'était tout de même un mieux. Il n'y avait plus de bureau pour les séparer.
« Ces séances sont personnelles, murmura Regulus, parlant pour la première fois. Je ne dis pas que vous devez vous jeter sur moi… Mais au moins, on pourrait parler… comme deux personnes normales ? Pas comme un psychologue et son patient ? C'est trop vous demander ? »
Drake soupira. Il s'approcha encore et Regulus eut l'impression que son corps répondait à sa proximité. Son bras gauche, le plus proche de Drake, fut parcouru d'un million de fourmillement.
« Non, ce n'est pas trop, murmura Drake. Mais te parler normalement me demande un contrôle que je n'ai plus. »
Regulus écarquilla les yeux et leva le visage si vite sur Drake qu'il eut presque mal aux cervicales. L'homme était encore plus proche de lui et le regardait d'un air à la fois torturé et résolu.
« Ce sera encore pire quand tu vivras dans la même maison que moi, dit Drake en le fixant, sans cligner des yeux, comme hypnotisé par lui. Garder cette distance est nécessaire, mais ça me bouffe autant que toi, n'en doute pas. Et te voir bouder – parce que c'est ce que tu fais – est encore pire ! Pourrais-tu juste… te comporter encore un peu comme un simple patient ?
-Quand nous vivrons sous le même toit, ce sera pire pour moi ! s'entêta Regulus. On ne sera plus jamais seul !
-Que Merlin m'en préserve, non, c'est vrai, dit Drake. Et crois-moi, c'est mieux.
-Pas pour moi !
-Ne sois pas égoïste, Regulus.
-Parce que vouloir passer du temps avec la personne que j'aime, c'est être égoïste ? Et bien oui, je le suis, et alors ? Si tu n'es pas capable de comprendre ça, et bien soit, pourquoi est-ce que je me fatigue à être amoureux de toi ? »
Il se leva, furieux. Il fallait qu'il parte vite avant de dire des choses encore pires. Avant d'entendre des choses qui le blesseraient encore plus.
« Attend ! s'exclama Drake en l'attrapant vivement par le bras. Attends et écoute ! »
Regulus se débattit, mais les bras de Drake l'enlacèrent et il cessa de bouger, la respiration coupée.
« Si tu crois que je n'ai pas envie d'être avec toi, tu te trompes, lui souffla Drake à l'oreille. Largement. J'ai toujours envie d'être avec toi. De te toucher. De te parler. De t'embrasser. Bordel, Regulus, j'ai tellement envie de toi. »
Le garçon haleta à ces mots, ses joues s'empourprant brutalement. Merlin que ces mots étaient grisants.
« Et si j'étais encore un adolescent, je cèderai largement à cette envie. Je serai égoïste, j'enverrai le monde se faire foutre et je te ferai l'amour, encore et encore. Je serai seul avec toi, sans arrêt. Mais je ne suis pas un adolescent. »
Il le lâcha brutalement et Regulus eut envie de le supplier de l'étreindre encore. A la place, il se tourna pour lui faire face, ne cachant rien de la douleur qu'il ressentait, pour une fois. Une main se tendit et caressa tendrement sa joue.
« Je suis un adulte, poursuivit Drake. Je suis la personne qui est censée être responsable. Alors je ne cèderai pas, Regulus. Pas maintenant. Je me suis battu pour obtenir cette vie. J'ai souffert pour l'avoir. Et je ne veux rien gâcher parce que je ne suis pas capable de me contrôler. Pas cette fois. Pas encore. Alors même si c'est dur. Mais si nous en souffrons. Nous attendrons. Encore un an.
-Je ne te demande pas de tout lâcher, dit Regulus. Je veux juste… on pourrait quand même parler ensembles, non ?
-C'est ce que j'essaye de faire ! C'est toi qui t'enferme dans un mutisme stupide !
-Tu n'essayes pas de me parler, lui dit Regulus. Tu joues au psy. Je ne veux pas d'un psy !
-Mais j'en suis un ! lui signala Drake. Et c'est ce que je suis censé être pour toi, actuellement.
-Et bien ce n'est pas ce que je veux ! Je veux que tu sois toi ! »
Pour une raison qu'il ne comprit pas, Regulus eut l'impression que Drake était profondément touché par ce qu'il venait de lui hurler. Il le fixait étrangement, d'une manière indéfinissable mais comme imprégnée d'une reconnaissance presque débordante. Il se retrouva à nouveau dans ses bras, sans raison mais il savoura la sensation. Ce n'était que la quatrième fois qu'il le serrait de cette façon mais encore une fois, Regulus eut envie que ça ne s'arrête jamais. Malheureusement, Draco l'écarta à nouveau, mais ce fut pour appuyer son front contre le sien.
« Que je sois moi, murmura-t-il. Fais attention à ce que tu souhaites, Regulus… Je pourrais te surprendre et j'ignore totalement si tu apprécieras ou non…
-J'apprécierai ! certifia Regulus.
-Attends de savoir qui je suis avant d'affirmer cela, répliqua tendrement Drake. Ah, que Merlin me pardonne. Si on t'interroge, dis que c'est une thérapie par le câlin.
-Une thérapie par le… ? »
Regulus perdit toute envie de parler lorsqu'il se retrouva à nouveau fermement enlacé par un Drake soudainement tendre. Il caressait lentement son dos, comme pour le consoler ou pour… le câliner ? Regulus esquissa un sourire.
« Est-ce que ça existe vraiment, ce genre de thérapie ? chuchota-t-il.
-Franchement ? Je suis sûr qu'Ash peut prouver que oui ! »
Regulus rit en l'entendant. Et il n'avait pas l'intention de ne pas en profiter !
« Est-ce que je pourrais encore avoir cette thérapie pendant les vacances ? »
Un long soupir lui répondit.
« Je suppose que je peux t'en prescrire une après chaque cours de potion que je te donnerai…
-Cours de potion ? demanda Regulus en s'écartant pour le regarder avec joie. Mais je croyais que ce serait Severus qui…
-Idiot, répondit Drake en l'enlaçant à nouveau. Tu crois vraiment que je vais rater l'occasion de t'avoir un peu pour moi tout seul, pendant deux mois ? Le fais que nous devons garder des relations classiques jusqu'à ta sortie de Poudlard ne veut pas dire que je ne peux pas te donner des cours de potion !
-Ni des thérapies par le câlin ? se moqua Regulus.
-Si ça ne te convient pas, on peut aussi arrêter… »
Drake fit mine de s'éloigner.
« Non ! s'écria Regulus en le serrant de toutes ses forces. Ça me va très bien. Même si…
-Si ? demanda Drake, lui caressant tranquillement les cheveux.
-Euh… ça va être dur de juste se contenter de ça. »
Il sentit Drake rire contre lui et le son lui chatouilla étrangement le cœur.
« Et bien, souffrons ensembles, dans ce cas, dit-il. Au moins, nous partagerons quelque chose jusqu'à ton diplôme. Mais c'est le seul compromis que je puisse faire, pour l'instant. »
Regulus soupira.
« Bon, dit-il. Si c'est le seul compromis… Je m'en contenterai. »
oOo
Harry était en train de manger tranquillement dans son bureau – encore – lorsque Draco entra, l'air étrangement rêveur. Relevant la tête et interrompant la dégustation de sa salade au fromage de chèvre, le brun le fixa pendant un moment alors que l'ancien Serpentard, l'air presque guilleret, allait s'asseoir juste en face de lui, posant les pieds sur son bureau.
« Enlève tes pieds de mon bureau…
-Mhmm », répondit Draco, sans bouger.
Harry le considéra pendant un long moment, sans dire le moindre mot. Puis il soupira longuement, reposa ses couverts, leva la main droite et…
« Argh, Ash, mais qu'est-ce qui te prend ! hurla Draco en se levant d'un bon, trempé de la tête aux pieds.
-Tu étais sur un nuage, lui répondit simplement son ami en reprenant son repas. Rien de tel qu'un peu d'eau froide pour te réveiller…
-Froide ? s'égosilla presque Draco. Elle est gelée ! Espèce de monstre ! »
Il se sécha rapidement, l'air outré. Puis il se rassit sur la chaise, appelant presque cruellement Tweet.
« Monsieur ? dit l'elfe en apparaissant.
-Apporte-moi à manger, dit-il.
-Ne lui apporte rien, contredit Harry. Pas tant qu'il n'aura pas dit les mots magiques…
-Est-ce que tu te moques de moi ? dit Draco, l'air dégoûté. C'est un elfe de… Bon, d'accord, d'accord, range-moi tes sorts d'eau gelée ! S'il te plait, Tweet ? »
L'elfe jeta un œil désappointé à son véritable maître et disparut rapidement au hochement de tête d'Harry. Il reparut une seconde plus tard et donna à Draco un plat similaire à celui de son maître pour disparaître à nouveau.
« Et donc ? demanda sournoisement Harry. Que s'est-il passé avec Regulus pour que tu aies un regard si… énamouré ?
-As-tu enfin réussi à baiser avec Fabian ? contre-attaqua sadiquement Draco.
-D'accord, n'en parlons pas, dit sèchement Harry. Je veux juste t'aider, tu le sais ?
-Mais moi aussi, très cher, je veux juste t'aider à perdre ton pucelage…
-Ferme là Malfoy !
-Si tu le souhaite, Potter. »
Ils mangèrent pendant un moment en silence.
« Il m'a demandé d'être moi, murmura soudainement Draco. Il n'a pas idée de ce que veulent dire ses paroles, mais… il m'a demandé d'être moi. »
Harry le fixait et il esquissa un sourire en voyant l'air ravi de Draco.
« C'est ce que tu attendais comme preuve ? demanda-t-il doucement.
-Je ne sais pas, répondit honnêtement Draco. En partie, oui, je crois. Mais il ne sait pas la profondeur de ses mots. Et… j'ai encore quelque doute sur… les chances de cet amour. »
Harry haussa un sourcil interrogateur.
« Il me désirs physiquement, c'est un fait, expliqua Draco. Mais Regulus n'a que seize ans. Presque dix-sept. Et il a encore tant de choses à vivre…
-Toi aussi, fit remarquer Harry. Tu n'as que sept ans de plus que lui, tu sais ? Tu n'as que 24 ans. Tu peux encore changer d'amour… »
Draco secoua la tête.
« Je ne sais pas, dit-il. Je suis sorti et j'ai couché avec plusieurs personnes, par le passé, mais je n'ai jamais ressenti ce que j'ai pour Regulus.
-C'est-à-dire ? demanda Harry en piquant négligemment dans sa salade.
-L'envie de le protéger, répondit Draco. De le tenir éloigner de tout danger, sauf de moi. J'ai envie d'être le centre de sa vie. J'ai envie… de tellement de choses le concernant… Je suppose qu'on peut appeler ça un coup de foudre. J'ai adoré voir son air boudeur dès notre première rencontre… Mais c'est encore un adolescent. Un adolescent fragile. J'ai peur de n'être pour lui qu'un fantasme d'homme attentif à ses besoins. Il n'a jamais eu de relation amoureuse…. Il n'a jamais eu la moindre relation, d'ailleurs. Comment savoir que je ne suis pas qu'une passade ? Qu'une fois qu'il aura des amis, une vie… je ne serai plus que le premier amour qu'on range au fond de sa mémoire ? »
Harry regarda Draco qui avait cessé de manger, l'air soucieux. Il soupira.
« Je ne saurai pas te le dire, lui répondit Harry. Tu me l'as dis toi-même, en amour, il n'y a pas de certitude. Je pense que tu dois juste… oser ? Tenter ? Et dis-toi qu'on oublie jamais son premier amour, il parait. Il ne pourra pas juste te ranger dans un coin de son esprit, tu seras toujours là. Et puis… tu l'as dis également : nous sommes là pour vivre. Alors vis cette histoire et vois ce qu'il arrive. De toute façon, même s'il était un adolescent adoré et adulé, votre relation aurait pu commencer et se finir. Tu n'en sais rien.
-Je sais, dit Draco. Je crois que nous avons un peu trop pris l'habitude de manipuler le destin. Ne pas savoir ce qu'il va se passer me rend fou.
-Je ressens la même chose au sujet d'Augustus, dit sombrement Harry. Nous n'avons toujours pas de ses nouvelles. »
Draco grimaça. Augustus Poiret était devenu l'obsession d'Harry.
« Et avec Fabian ? demanda-t-il. Sérieusement, cette fois, Harry ?
-Que veux-tu que je te dise ? Je l'apprécie. On passe de bons moments ensembles… Mais… je ne sais pas. Je me sens toujours égoïste et monstrueux. Je crois qu'il tombe amoureux de moi et je… je ne sais pas. Je crois que je pourrais l'aimer. Si je me laissais aller. Mais j'ai tellement… peur ?
-Peur qu'il meurt lui aussi ? souffla Draco.
-Oui, avoua Harry. J'ai tellement peur que tout ce qu'il s'est passé avant recommence. Qu'à nouveau, toutes les personnes autour de moi soient tuées, sans que je ne puisse l'en empêcher. Je ne supporterai pas de l'aimer pour le voir mourir. »
Draco soupira. Bien sûr. Il savait déjà qu'Harry avait été traumatisé par les morts passés. Et il savait qu'un jour, ils devraient faire face à ce traumatisme. Mais il n'imaginait pas que ce serait dans ce genre de condition.
« Tu es dans le même cas que moi, dit-il sérieusement. On ne peut pas savoir si on essaye pas, Harry. Crois-tu que tes amis apprécieraient de savoir que tu es traumatisé par eux ? Que tu n'oses pas t'attacher à cause d'eux ?
-Je m'attache ! répondit vivement Harry. Je suis attaché à toi. Et… à Severus, aussi ? »
Draco haussa un sourcil, surpris. Severus ?
« Parce qu'il a survécu, comprit soudainement l'ancien Serpentard. Tu t'autorises à t'attacher à Severus parce qu'il a survécu et qu'inconsciemment, tu sais qu'il est encore capable de le faire. Penses-y, Harry. Que représente Severus, pour toi ?
-L'espoir, dit automatiquement le brun.
-Voilà, sourit Draco. Severus Snape nous a sauvés. Il t'a donné l'espoir. Et tu l'as projeté sur ce Severus que tu rencontres. C'est pour ça que tu te permets de t'attacher à lui. Tu le sais fort. Tu le sais capable de vivre. Comme l'autre. Tu as mis des espoirs en lui. »
Harry l'écoutait d'un air sérieux et pensif. Manifestement, il était d'accord avec ce que Draco disait. Mais un léger trouble se lisait dans ses yeux. Il se secoua et soupira.
« Je crois que j'aime beaucoup Fabian, dit-il finalement. Mais je ne sais pas si… si j'arriverai à passer outre ma peur…
-Je sais, lui répondit Draco. Bienvenu au club, d'ailleurs. Celui des idiots venu du futur qui n'osent pas se laisser vivre ! »
Harry sourit en l'entendant.
« J'ai un mauvais pressentiment, Drake, dit-il. Pour Augustus…
-Tu veux aller là-bas ? demanda son frère. Voir si on peut avoir de ses nouvelles ? Les vacances sont dans quatre jours…
-Oui, interrompit Harry. Je crois qu'on doit aller nous-mêmes enquêter. Nous n'aurions jamais du laisser Augustus partir là-bas seul… »
Draco ne répondit pas. Ça ne servait à rien. Il était de toute façon d'accord.
oOo
Il n'était pas rare que l'ordre se réunisse en urgence. A de nombreuses reprises, les informations de Dobby avaient précipité un comité d'urgence. Mais c'était la première fois qu'il n'y avait officiellement pas de vie à sauver. Installer autour de la large table en cercle, les membres de l'ordre regardaient tous un Ash Sadrah aussi sérieux que possible. Il était debout et, vêtu d'une robe somme toute classique. Toutefois, son air grave et la couleur sombre lui donnait un air un peu dangereux.
« Je suis navré de vous avoir convoqué en urgence, dit-il d'une voix calme. Mais j'ai de sérieuses raisons d'être inquiet par l'absence totale d'Augustus Poiret…
-Encore ? demanda Alastor, l'air agacé. Sadrah, nous en avons parlé dix fois, c'est une mission d'infiltration, pas un communiqué de presse…
-Cela fait déjà plus de dix jours, coupa Harry, agacé. Infiltration ou non, nous aurions déjà du avoir de ses nouvelles. Or, rien. Pas le moindre hibou, ni une étincelle magique. Pensez ce que vous voulez, Maugrey mais j'estime que c'est suffisamment alarmant ! »
Un soupir franchit les lèvres du vénérable auror.
« Je suis d'accord avec lui, intervint Draco, bras croisé, l'air pensif. Infiltration ou non, Augustus aurait déjà du nous faire au moins deux comptes rendus. C'est ce qui était convenu. Hors, nous n'avons eu aucune nouvelle. D'une manière ou d'une autre, je pense qu'Augustus a été soit arrêté, soit tué… Mais nous ne pouvons pas rester ici les bras croisés s'il est toujours vivant…
-Tué ? s'inquiéta Narcissa, aux côtés de Draco. Mais… N'est-ce pas une impression un peu…
-C'est une hypothèse à envisager, interrompit le jeune homme en regardant tranquillement sa mère. Quoi qu'il se passe dans les pays scandinaves et en Afrique du Nord, le fait est que le conflit est brutal, magique et dissimulé. Ça peut être les mangemorts comme ça peut venir d'une autre menace, mais j'en doute fortement. »
Le silence accueillit ses mots et ce fut presque naturellement que tous se tournèrent vers Albus Dumbledore, étrangement silencieux.
« Albus ? interrogea McGonagall, à ses côtés. Qu'en pensez-vous ? »
Le vieil homme les dévisagea tour à tour puis regarda longuement Ash.
« Je pense qu'ils ont raison, dit-il. Augustus est un homme prudent et nous avions convenu lui et moi qu'il nous ferait le plus de rapport possible. Hors, nous n'en avons eu aucun… Que penses-tu faire, Ash ?
-Aller sur place, répondit le jeune psychologue. Drake et moi. Sous couvert d'une visite de routine à mes notaires sur place. Ce sera tout à fait justifié. Mais après la fin de l'année scolaire, soit dans cinq jours.
-Mais l'année se termine dans trois jours, signala Hagrid.
-Oui, mais je dois installer les garçons qui viennent vivre ici. Je crois également savoir qu'Eugène voulait que j'intègre James aux protections, ce que je dois faire à sa sortie…
-Pourquoi ne pas envoyer quelqu'un d'autre, alors ? demanda Caradoc. Je veux bien y aller, tu sais ?
-Non, je préfère me déplacer moi-même, répondit Harry. Envoyer Augustus était une mauvaise idée… Ce n'est pas un manque de confiance, Caradoc, mais… je m'en voudrais de te voir disparaître, toi aussi. En outre, le temps de préparer officiellement ce voyage, l'année sera finie et j'aurai installé les jeunes…
-Mais le rendre officiel ne serait-il pas trop… dangereux ? demanda Lucius, attentif. Je veux dire, s'il s'agissait d'un piège pour t'attirer là-bas, justement ?
-Personne ne savait qu'Augustus avait été envoyé par nous, fit remarquer Draco. Je ne crois pas que la visite d'un homme d'affaire dans un des pays où il a une entreprise soit suspecte.
-Mais en sachant qu'Ash est un des adversaires principaux de Tu-Sais-Qui, la raison de sa visite paraîtra évidente !
-Sauf si… »
Tous se tournèrent vers Drake dont le sourire un peu moqueur donna des sueurs froides à Harry.
« Sauf si.. ? demanda Sarah Bones, interrogatrice.
-Sauf si le secrétaire particulier d'Ash Sadrah se déplace avec son petit singe de compagnie ?
-Rah, grogna Harry d'un air outré. Comment oses-tu?
-Je ne fais que penser à ta sécurité, Ash, se moqua Draco.
-Et la tienne ? Tout le monde sait que nous sommes proches et la moitié pense que nous sommes amants (il leva les yeux au ciel à ces mots). Tu serais une cible de choix, ça a déjà été prouvé !
-Mais mon petit singe adoré sera là pour me défendre, Ash…
-Va au diable, maudit moineau ! »
Draco leva les yeux au ciel.
« Vous êtes un animagus ailé ? intervint McGonagall. Intéressant… »
Elle le regardait d'une manière étrange et Draco eut, l'espace d'une seconde, la vision d'un chat tentant de l'attraper pour le dévorer. Il frémit et remua un peu, feintant de se redresser sur sa chaise.
« Bref, dit le jeune homme. Je pense que c'est une bonne idée, Ash… Tu seras là, caché… Ce serait plus pratique pour enquêter, personne ne fera attention à un petit singe !
-Je suis assez d'accord, intervint Eugène Potter. Il a raison, Ash, qu'importe que cela soit humiliant. Aucun de nos ennemis ne sait que vous êtes un animagus singe… Ce serait un coup de théâtre.
-Il est intéressant de signaler également qu'un singe a tendance à ne pas attirer l'attention, signala Lucius. L'espionnage serait donc plus facile pour vous…
-Tout dépend de l'endroit où est le singe, signala Harry. Je doute de passer inaperçu en soirée mondaine !
-Sauf que vous serez en Afrique, intervint Narcissa. Je pense également que ce serait un bon plan. »
Harry marmonna quelque chose d'incompréhensible puis soupira.
« Bon, si vous êtes tous décidé à m'humilier, je ne vais pas vous en empêcher ! »
Des ricanements lui répondirent et il leva les yeux au ciel. Il soupira ensuite, reprenant son sérieux.
« Blague à part, dit-il. Il faut programmer cela sérieusement. La famille Sadrah à le monopole de l'exploitation de sang de crabe de feu, en Afrique du Nord, mais l'entreprise est éloignée du secteur concerné. Toutefois, je pourrais prétexter la recherche d'un confort hôtelier pour justifier notre présence dans la ville la plus proche des lieux où les massacres ont été perpétrés…
-Je vois que tu y as murement réfléchi, intervint Dumbledore.
-J'y ai pensé au moins depuis le deuxième jour d'envoi d'Augustus, avoua Harry. Je ne le sentais pas de l'envoyer là-bas seul…
-Raison de plus pour que vous n'y alliez pas également, intervint Fabian. Peut-être qu'une petite équipe devrait vous y accompagner ? »
Harry refusa d'un mouvement de tête.
« Ce serait trop flagrant, dit-il, face à l'air boudeur de son amant. Drake et moi seront déjà deux et nous saurons nous replier efficacement si le danger est trop grand. Deux personnes sont plus faciles à couvrir que toute une équipe. Je sais que Drake sera capable de se sauver à temps alors que si d'autres personnes nous accompagnent, je me sentirai obliger de m'assurer que vous vous en sortiez et…
-Nous sommes tout aussi capable que Drake de nous sauver ! s'agaça Maugrey.
-Je ne dis pas le contraire, Alastor, calma Harry. Mais Drake et moi formons une équipe de combat. Je connais ses réactions par cœur et il connait les miennes. Je n'ai pas besoin de m'inquiéter pour lui. Alors que je ne pourrai être que distrait par vous, qu'importe votre talent en combat. Je suis bien conscient qu'un nombre élevé d'allié est un avantage, dans certaines situations, mais pas dans celle-ci ! La discrétion et la rapidité sont de mises. Nous ne devons avoir aucun doute en ce qui concerne nos actes. Et Drake ne fait naître aucun doute en moi. »
Le silence accueillit ses mots et il régna pendant un très long moment.
« Quel sorte d'entraînement exactement avez-vous suivi ? s'enquit Eugène Potter, l'air soucieux. Je veux dire… je vous ai déjà vu vous battre, tous les deux et… c'est assez inquiétant… et à la fois très impressionnant.
-Merci, dit Draco en esquissant un sourire orgueilleux. C'était un entraînement long et douloureux. Ash et moi avons appris à fonctionner ensembles. Je défends, il attaque. Sans nous soucier de l'autre. Parce que nous savons quels sont nos rôles. Nous fonctionnons en symbiose. Cela nous a pris six ans pour pouvoir agir de cette façon…
- Et malheureusement, ce n'est pas réciproque avec l'un d'entre vous, appuya Harry. Bien qu'il serait intéressant de nous perfectionner dans ce sens…
-Oui, enfin, nous ne sommes pas non plus une unité d'élite, intervint McGonagall, l'air pincée. Que Merlin nous entende, cette guerre se terminera bien un jour ! »
Sa remarque laissa planer un long silence, à nouveau. Se terminer ? Mais quand ? La question semblait planer dans l'air.
« En tout cas, il a perdu du pouvoir, depuis que tu t'es formellement opposé à lui, fit remarquer Arthur Weasley à Harry. Si cet été, tu installes un peu de ton influence au ministère… »
Harry grimaça à cette perspective. Malheureusement, il savait que c'était inévitable.
« Ma mère doit venir, cet été, signala Harry. Pour m'apprendre à utiliser la magie Sadrah. Je ne serai donc pas totalement libre pour aller faire des ronds de jambes. Mais Drake est très doué pour ce genre de chose et il a déjà accepté d'être mon représentant légal.
-Représentant légal ? demanda Gideon Prewett.
-Et bien, c'est une façon polie de me désigner comme son secrétaire particulier. Je suis le gérant de ses affaires…
-Il est naturellement doué, pour cela, signala Harry. Du fait de son éducation toute Malfoyenne… »
Lucius et Narcissa esquissèrent un sourire amusé à la réflexion.
« En gros, tu t'es débarrassé du travail pénible, signala Fabian, amusé.
-Oui, bon, je devrais quand même participer à ces odieuses cérémonies et soirées mondaines ! Donc, non, malheureusement, le plus pénible est encore à ma charge !
-Mais tu seras toujours plus libre que si tu avais tout pour toi. Au moins, ça te donnera des vacances ! »
La remarque de Fabian n'était pas totalement innocente et Harry remarqua avec horreur que Gideon et Molly esquissaient un sourire presque grivois. Manifestement, son amant avait été parler à son frère et à sa sœur de la relation particulière qu'ils entretenaient. Il se retint de grimacer et lui accorda un simple sourire en réponse. Mais lorsqu'il croisa le regard de Draco, il comprit qu'il n'avait fait que grimacer sombrement.
« Bon, si nous avons terminé, intervint Sarah Bones en se levant. Je suis épuisée alors je vais rentrer. »
Tout le monde sembla être d'accord car la majorité des membres de l'ordre se levèrent dans un brouhaha presque joyeux. Harry préféra rester assis. La mission en Afrique du Nord demandait plus de discussion tactique et manifestement, Dumbledore et Maugrey étaient de ce point de vue car ils n'avaient pas bougé. Draco s'était levé mais c'était uniquement pour saluer ses parents, comme après chaque réunion. Les au revoirs fusèrent et, dans le chahut provoqué par les départs, Fabian en profita pour se glisser jusqu'à Harry afin de lui parler discrètement à l'oreille.
« Tu ne pars pas ? demanda le jeune homme, manifestement plein d'espoir.
-Non, Dumbledore et moi devons encore discuter un peu, répondit patiemment Harry. Je peux venir chez toi si tu veux, après ? Enfin, si ça ne finit pas trop tard… »
Fabian eut un air contrarié mais il se contenta finalement d'hausser les épaules.
« Je peux t'attendre dans le salon, si tu veux ? Ainsi, on aura un peu de temps à nous avant de rentrer chacun chez soi ? »
Le ton était très manifestement frustré. Fabian ne comprenait pas pourquoi Harry insistait sans arrêt pour rentrer dormir à Poudlard. Le jeune homme n'avait pas encore eu le courage de lui dire qu'il ne parvenait pas à dormir sans la présence rassurante de Draco à ses côtés. Il savait que c'était un problème sur lequel il devait travailler urgemment : leurs relations amoureuses risquaient de sérieusement en pâtir sinon ! Mais il préférait repousser la tentative aux vacances d'été plutôt qu'à l'année scolaire.
« D'accord, dit Harry. Tweet ! »
L'elfe apparut aussitôt. Il regardait toujours Harry avec une lueur de respect et d'appréciation, ce qui lui changeait agréablement du comportement adorateur de Dobby !
« Monsieur Prewett va rester parmi nous, au salon. Fais ce qu'il te demandera, dans la limite du correct, pour le satisfaire.
-Bien maître. »
Harry grimaça au dernier mot mais ne broncha pas. Ça ne servait à rien de toute façon !
« A tout à l'heure, dit-il à un Fabian impatient dont la main caressait discrètement son dos.
-A tout à l'heure. »
Le jeune homme finit par s'éloigner alors que la pièce se vidait lentement. A la grande surprise d'Harry, Lucius était resté également, sous le regard agacé de Maugrey. Harry soupira. La discussion allait être longue et houleuse ! Voilà qui promettait !
oOo
Personne n'en était venu aux mains et Harry considérait que c'était là une réussite flamboyante, même si Draco et lui avaient du jouer les arbitres quelques fois afin d'apaiser Lucius et Maugrey. L'auror ne cessait de soupçonner l'héritier Malfoy en titre de malveillance et Harry était persuadé que, s'il n'avait pas manifesté sa pleine confiance en Draco, ce dernier aurait eu droit à la même méfiance. Comme quoi, le nom et le passé noir de la famille planait sur eux. Harry lui-même avait quelques doutes concernant Lucius. Il n'oubliait pas le récent marchandage avec Voldemort. Mais il voulait croire que l'homme avait changé, pour l'amour de son futur fils. Draco, lui, le croyait et souriait joyeusement à son père qui était devenu son ami depuis leur retour dans le passé. Ils se disaient au revoir près de la cheminée alors qu'Harry les observait tranquillement, assis à la table de réunion.
Dumbledore et Maugrey étaient déjà reparti et Harry avait oublié que Fabian l'attendait dans le salon. Heureusement, Tweet se permit de venir le lui rappeler. Quittant les deux Malfoy des yeux, Harry se leva rapidement, agacé d'avoir omis la présence de son amant !
Saluant rapidement les deux blonds, il quitta la bibliothèque, traversa le couloir et fit irruption dans le salon des Sadrah. Fabian était installé dans un confortable canapé, près de la cheminée qu'il regardait, songeur. Il sursauta à son entrée et lui décocha un large sourire ravi, malgré son air fatigué.
« Désolé, dit Harry en s'approchant. La réunion a duré…
-De quoi avez-vous parlé si longtemps ? demanda le jeune homme, curieux.
-De mon futur voyage, répondit Harry. Nous avons réglé les derniers détails… »
Fabian s'assombrit presque aussitôt et il ne se gêna pas pour se coller à lui dès qu'Harry s'installa à ses côtés, son bras s'enroulant autour de sa taille avec sensualité. Comme chaque fois qu'il le touchait, Harry sentit sa peau s'enflammer et se sentit aussitôt rougir.
« Je n'aime pas trop ça, avoua le jeune homme contre lui. Que tu partes, seul, avec Drake…
-On saura se défendre, lui dit tranquillement Harry. Et s'il faut, nous prendrons nos formes animagi…
-Je ne doute pas de vos capacités… mais… pourquoi êtes-vous toujours si… si…
-Si ? demanda Harry, curieux.
-Proches ? demanda Fabian. Non, pas proches… On dirait presque que vous êtes dépendants l'un de l'autre… C'est assez… vexant pour moi. Je veux dire… tu as une relation platonique avec lui, mais franchement, j'ai presque l'impression qu'il ne manque que le sexe entre vous pour que vous fassiez un couple ! »
La réflexion mit Harry mal à l'aise. On lui avait déjà fait remarqué que Draco et lui semblaient ensembles, mais jamais de cette façon. Il prit lentement le temps d'y réfléchir avant de répondre, conscient que son silence torturait Fabian.
« Je l'aime, c'est un fait, déclara-t-il sereinement. Mais pas de façon amoureuse. Pourtant, si je devais être honnête, Drake est probablement la personne à laquelle je tiens le plus. Mais c'est plus du à notre passé commun qu'autre chose. Si j'avais du avoir un autre ami à mes côtés… »
Ses mots moururent. Il n'aurait pas pu avoir un autre ami à ses côtés. Ils étaient tous morts ! Et pourtant, il se devait d'y réfléchir. Si cela avait été Ron, Hermione… Neville ? Aurait-il été aussi proche d'eux ? Il savait qu'il tenait plus à Draco qu'à quiconque, même qu'à ses meilleurs amis du passé. Mais il savait aussi que c'était parce qu'il les avait perdu qu'il était devenu si attaché à la présence de Draco auprès de lui. Si un seul de ses amis avait du survivre, il n'aurait pas eu aussi peur de perdre son dernier reperd avec le passé.
« J'ai vu tous ceux que j'aime mourir, souffla Harry avec difficulté. Tous, sans exception et ce n'est pas une plaisanterie. Mes parents, mes meilleurs amis, leur famille… Mon parrain, celui que je considérais comme mon oncle… ils sont tous morts sous mes yeux. Enfin, presque. Disons qu'on s'est arrangé pour que je voie leur mort… et j'en ai été… affecté. »
Il ne pouvait pas dire traumatisé, même s'il savait qu'il l'était.
« Drake est le dernier, souffla-t-il. Si je venais à le perdre, je crois que je deviendrai fou… »
Il avait presque envie d'en pleurer. La simple possibilité que Draco meurt lui tordait le cœur. Il était le symbole de tout ce qu'il avait chéri… de tout ce qu'il lui restait. Sa gorge s'était tordue et il avait du mal à avaler alors que, l'espace d'une seconde, il s'imaginait vivre sans son meilleur ami.
« Comment… je veux dire… tes proches… comment sont-ils…. ?
-Voldemort les a tous tués, répondit sombrement Harry. Tous, sauf Drake. »
Fabian se blottit contre lui, comme pour le consoler mais Harry n'y prêta pas attention. L'envie de voir Draco, de s'assurer qu'il allait bien, l'avait saisi. Pourtant, il savait que s'il quittait la pièce, s'il quittait Fabian, cela risquait sérieusement de transformer leur rapport et il ne voulait pas blesser le jeune homme contre lui.
« Changeons de sujet, dit-il en caressant le dos du jeune homme. Parlons de choses plus… joyeuses, on va dire ! Tu as parlé de nous à ta famille ? »
Fabian rougit.
« En fait, ils m'ont tiré les vers du nez, avoua le jeune homme. Gideon soupçonnait déjà quelque chose et il a fait quelques allusions devant Molly et… et bien, elle est très douée pour interroger quelqu'un ! »
Harry esquissa un sourire. Oh, oui, Molly Weasley était la meilleure pour soutirer des informations, que ce soit sous la menace ou à coup de cajoleries. Il le savait parfaitement !
« Qu'ont-ils dit ?
-Ils sont… heureux ? Molly n'approuve pas vraiment mon orientation, sans doute parce qu'elle sait que je n'aurai jamais… enfin, que je ne serai jamais père en ayant cette vie et une vie sans enfant lui paraît presque… intolérable. Elle est faite pour être une mère et elle adore ça. Alors que je me condamne à ne jamais en avoir la contrarie. Mais elle est contente. Quant à Gideon, il savait déjà que je craquais pour toi alors il a juste été heureux ! »
Harry sourit. Bon, pas de rejet. Tant mieux. Même s'il était surpris que Molly ne l'accepte pas, elle qui avait pourtant l'esprit si ouvert !
« Mais tu ne vas pas être rejeté par elle, n'est-ce pas ? s'enquit-il.
-Non, non, s'exclama Fabian, amusé. Ma sœur m'aime, qu'importe ce que je suis. Et elle savait que j'étais gay depuis bien longtemps ! C'est juste qu'elle ne comprend pas mon choix de vie, tout en l'acceptant par amour pour moi… »
Harry resta pensif un instant. Ça paraissait à la fois injuste et normal. Mais cela voulait-il dire que Molly ne tolérerait pas l'homosexualité d'un étranger ? Et qu'en était-il de ses propres fils ? Il eut une pensée presque bienveillante pour Charlie avant de s'en détourner aussitôt, gêné de penser de cette façon d'un enfant !
« Depuis combien de temps… enfin… quand as-tu su…
-Que j'étais gay ? demanda Fabian, l'air presque moqueur. Depuis toujours, je crois. Disons que j'ai remarqué que les femmes ne me semblaient pas attirantes vers l'âge de 13 ans et j'ai admis que les hommes étaient excitants juste après ! Sur le coup, je l'ai assez mal vécu. On m'avait enseigné qu'être avec un être magique de sexe masculin était autorisé, mais que l'homosexualité était désapprouvée… Je n'avais donc que deux options : soit je priais pour qu'un vampire, un veela ou un loup-garou soit mon compagnon… soit j'envoyais tout le monde au diable et je suivais mes envies !
-Et tu as envoyé tout le monde au diable ? demanda Harry, surpris.
-Et bien, non… J'ai d'abord commencé à explorer mes envies avec discrétion… puis un jour, Gideon m'a surpris avec mon meilleur ami dans une situation compromettante et l'heure de la discussion difficile avait sonné…
-Quel âge avais-tu ?
-Seize ans, répondit Fabian avec un léger sourire. Mes parents ont paru… déstabilisés. Mais au final, ils l'ont accepté. Enfin, tolérer pour mon père. Le fait que je ne sois pas l'aîné et que Gideon soit bel et bien hétéro a sans doute peser dans la balance… »
Il grimaça mais retrouva son sourire rayonnant.
« C'est la première fois que tu m'interroges sur mon passé ! dit-il d'un air ravi.
-Vraiment ? demanda Harry, surpris. Je… n'avais pas fait attention, désolé.
-Oh, ne t'excuse pas. Tu es quelqu'un de difficile à séduire… j'aime assez ça. »
Il se redressa pour l'embrasser et Harry se laissa faire avec complaisance, notant au passage la remarque. Difficile à séduire ? Mais il lui était tombé dans les bras le premier soir ! Bon, physiquement et pas entièrement mais…
« Oh, Fabian, non, je ne pense pas que ce soit une bonne idée ! dit-il en tentant d'éloigner les mains occupées à détacher sa robe de sorcier.
-Pourquoi ? Marmonna l'homme en picorant sa gorge de baiser. J'ai envie de toi… »
Harry rougit horriblement et remercia le ciel du manque de lumière dans la pièce.
« Parce que je travail demain matin et qu'il est déjà tard !
-Juste un peu…
-Fabian, je suis vraiment fatigué !
-Tu n'en as pas l'air… »
Harry se sentit mal à l'aise. Non, il n'était pas fatigué, c'était un fait. Mais il n'était pas sûr de pouvoir se contenter de simple caresse et il était vraiment tard… Trop que pour passer à une exploration d'une sexualité qui l'effrayait encore. Voyant son manque de réaction, Fabian cessa de le déshabiller et soupira en lui lançant un regard déçu. Culpabilisant, Harry attrapa son visage entre ses mains et l'embrassa avec autant d'ardeur qu'il le put, sans toutefois l'encourager dans son désir.
« Je suis désolé, chuchota-t-il contre sa bouche. J'ai envie de toi, c'est vrai. Mais comme je te l'ai dit, il est très tard et je veux être en forme pour les derniers jours de consultations… Je me rattraperai quand je serai en vacances…
-Vraiment ? demanda Fabian, intéressé.
-Vraiment, promis Harry en souriant. Je ne suis pas certain de pouvoir attendre encore longtemps de toute façon… J'en ai vraiment très envie… »
Son aveu timide sembla ravir son amant dont le large sourire soulagea Harry. Il commençait à vraiment beaucoup apprécié le cadet de la famille Prewett.
Unpeutrop,peut-être?, lui souffla une petite voix horriblement proche de celle du Voldemort de son époque.
Mais Harry la balaya de son esprit pour se pencher à nouveau sur le jeune homme et l'embrasser. Que Voldemort et ses tortures mentales aillent se faire pendre ! Il était bien décidé à profiter de sa nouvelle vie !
oOo
Exceptionnellement, Harry avait demandé à Dumbledore d'autoriser Sirius, Severus et Regulus à ne pas partir en train mais par portoloin. Le directeur lui avait conseillé de s'adresser au ministère pour son projet et, après avoir reçu sans difficulté l'autorisation – et l'objet qu'il avait enchanté lui-même – Harry avait averti les trois adolescents qu'ils partiraient avec lui et si Sirius avait un peu protesté, arguant qu'il voulait faire l'ultime voyage avec ses amis, Regulus et Severus s'étaient contenté de lui demander où ils devaient le retrouver.
Ce fut à Prés-Au-Lard, près de la gare, qu'ils se donnèrent rendez-vous. Dire au revoir à James, Remus, Peter et Lily à cet endroit était le seul compromis que Sirius avait toléré et Harry avait attendu patiemment que son parrain ait terminé ses adieux avant de les rassembler tous les trois.
« Bien, quand nous allons apparaître, vous aller voir la maison tout de suite étant donné que je vous ai déjà inscrit comme membres autorisés dans la mémoire magique du manoir. Mais ne passez pas les grilles tout de suite, attendez que je l'ai fait… au cas où… »
Il fixait particulièrement Sirius qui grimaça, comprenant que son impatience était fort bien connue de son psychologue.
« Prenez chacun un morceau du coussin, il va s'enclencher…. »
Ils se serrèrent tous autour de l'objet, leur malle accrochée dans une main. Il ne fallut attendre que quelques secondes pour que la sensation désagréable du portoloin ne se fasse sentir, les entraînant vers le manoir. Ils apparurent juste devant la grille. Draco était déjà là, tranquillement appuyé contre un des piliers de pierre de l'entrée.
« Enfin ! dit-il, moqueur.
-Il fallait bien que le portoloin s'enclenche ! s'impatienta Harry. Tu as vérifié les protections ?
-Cesse de t'inquiéter, ils sont parfaitement intégré. Venez les garçons, passez la grille !
-Drake, ce n'est pas drôle ! Attendez, ne bougez pas ! »
Harry s'avança rapidement et franchit la grille avec rapidité. Il s'arrêta devant et se tourna vers eux.
« L'un après l'autre, attendez que je vous appelle pour venir. Severus, s'il te plaît. »
Le jeune homme, bien que sceptique, s'avança, trainant sa valise. Harry siffla et leva la main rapidement, le bagage se mettant aussitôt à flotter derrière le jeune homme qui lui adressa un regard reconnaissant. Il passa enfin les deux piliers et rien ne se produisit.
« Bon, dit Harry, en jetant plusieurs coups d'œil autour de lui, sous l'œil amusé de Draco. Sirius ? »
Son parrain s'avança à son tour et passa la barrière, sans que rien ne se produise.
« Tu t'angoisses pour rien ! s'impatienta Draco. Tu sais que tout va bien se passer !
-Si un lion déchiquette Regulus, tu ne seras pas mécontent que je me méfie !
-En l'occurrence, il sera déchiqueté donc…
-Oh, tais-toi ! Regulus, s'il vous plaît ! »
Peu rassuré, l'adolescent s'approcha lui aussi. Ce fut au tour de Draco d'enchanté son bagage, Sirius étant le seul à y avoir pensé.
« Merci ! s'exclama le jeune Serpentard, ravi.
-Avance ! répondit Draco, moqueur. Et ne t'évanouis pas !
-Je n'ai pas peur ! »
Mais il était visible que ses yeux étaient posés sur les lions de lierre un peu plus loin. Quand il franchit la barrière, pourtant, rien ne se produisit non plus.
« Je te l'avais dit, se moqua Draco en les dépassant. Ça a marché avec les membres de l'ordre, pourquoi pas avec eux ?
-On ne peut jamais être entièrement sûr ! répliqua Harry. Les membres de l'ordre peuvent tous utiliser leur baguette ! Regulus, non ! Et Severus et Sirius n'ont pas idée de tous les pièges installés dans le jardin !
-Angoissé ! »
Harry leva les yeux au ciel et se tourna vers les adolescents.
« Bon, allons à la maison. Désolé pour ça, mais j'ai eu la main lourde avec les défenses… Elles n'ont pas réagi à votre entrée, donc, la maison a bien intégré votre aura dans ses murs. Mais je tiens à vous prévenir que si l'un d'entre vous avait de mauvaises intentions un jour, envers l'un des habitants, il risquerait d'être attaqué… Donc, évitez d'avoir envie de vous entretuer… »
Severus lança à Sirius un regard presque défiant et l'animagus le lui rendit avec beaucoup de générosité. Harry souffla en les voyants faire.
« Tant que nous y sommes, j'aimerai vous préciser les règles de la maison…
-Les règles ? s'outragea presque Sirius.
-Elles sont simples, poursuivit Harry en leur indiquant d'avancer et de le suivre. Si vous n'êtes pas membre de l'ordre, je vous prie de ne pas écouter les réunions qui se déroulent dans la bibliothèque du manoir. Des sorts sont présents sur la porte mais ils ne sont pas incasables. Je vous fais confiance pour vous mêlez de vos affaires. La règle suivante est que je ne veux pas entendre parler de disputes puériles, de bagarres d'adolescents ou de blagues dignes d'un enfant de cinq ans ! Si un seul d'entre vous à la mauvaise idée de céder à l'une de ses pulsions adolescentes, je vous prie de vous rappeler que je ne suis pas un professeur, que nous ne sommes pas à Poudlard et que de fait, ma punition ira plus loin que quelques points enlevés dans un sablier. Je suis clair, Sirius ?
-Hé, mais pourquoi moi ? se plaignit le jeune homme.
-Parce que tu es le pire, répliqua sincèrement Harry. Mais la règle s'adresse aussi à Severus… »
Le jeune Serpentard hocha la tête.
« Pas de problème, dit-il sagement.
-Lèche cul, répliqua Sirius.
-Ce genre de réflexions fait partie de ce que je ne veux pas entendre, Sirius, signala Harry. Garde-les pour toi ou mieux, ne le pense même pas ! Nous avons établi tous les deux que tu étais un idiot lors de nos consultations et tu as présenté tes excuses à Severus, ce n'est pas pour recommencer tes enfantillages ! Grandis ! Et Severus, sourire sarcastiquement à ma réprimande n'est pas non plus un comportement adulte. Si vous voulez jubiler, faites-le intérieurement ! »
Si Sirius fut tenté de ricaner, il s'en abstint. Severus, lui, prit un air boudeur mais il sembla se raisonner rapidement pour retrouver une expression plus neutre.
« Bien, maintenant que cela est clair, allons-y, leur dit Harry avec un sourire. Vos chambres vous attendent… »
Ils se mirent en route vers le manoir, en silence ou presque. Sirius se mit rapidement à poser un millier de questions à Harry concernant l'ordre, à savoir s'il pourrait le rejoindre bientôt ainsi que James, si ce dernier pouvait lui rendre visite ou si seul les invités d'Harry pouvaient accéder à la maison, s'il pouvait faire du Quidditch, s'il y avait un elfe de maison, quelles étaient exactement les protections du manoir, que comptait-il faire de ses vacances…
Harry y répondait du mieux qu'il le pouvait mais il était attentif également à Severus qui détaillait attentivement le jardin et à Regulus qui, bien qu'il n'ose pas réellement parler à Draco, ne cessait de lui jeter de petits coups d'œil intéressé. Ils atteignirent finalement la porte d'entrée, Sirius cessa sa diarrhée verbale pour s'extasier en silence. Profitant de l'accalmie, Harry appela Tweet.
« Maître ? demanda l'elfe.
-Tweet, je te présente trois invités. Sirius, Regulus et Severus. Ils habiteront avec nous dorénavant. Mais si l'un d'eux se montre abusif avec toi, n'hésite pas à venir m'en informer afin que je puisse les punir.
-Oui maître. »
Harry sourit face à l'air outré des trois garçons et Harry haussa les épaules.
« Je protège mes elfes, dit-il simplement, comme si c'était une évidence. Venez, je vais d'abord vous montrer vos chambres, que vous puissiez vous débarrasser de vos valises pour la visite de la maison… »
Il indiqua les escaliers et ils montèrent tous. Arrivé au premier étage, Harry s'arrêta.
« C'est mon étage, ainsi que celui de Drake, dit-il. Ma chambre à gauche, la sienne à droite. Les invités sont au deuxième. »
Il reprit son chemin alors que Regulus fixait étrangement le couloir vide. Il se reprit pourtant, sous l'œil presque interrogateur et moqueur de Draco. Quand ils arrivèrent au deuxième, un long couloir s'étendait devant eux, muni de plusieurs portes. De hautes fenêtres éclairaient le chemin, démontrant ainsi plusieurs plaques en or sur les montants.
« Chaque porte affiche le nom de la personne habitant dans la pièce, il n'y a donc pas de confusion possible. Sirius, ta chambre est juste ici, en tout premier ! »
L'animagus s'approcha rapidement de la porte où son nom était noblement gravé. Il ne tarda pas à ouvrir le battant, dévoilant une large chambre au mobilier travailler. Le jeune homme émit aussitôt un glapissement joyeux.
« On te laisse t'installer, Sirius, lui dit Harry avec un sourire amusé. On se retrouve dans dix minutes à l'escalier.
-D'accord !
-Drake, je te laisse indiquer sa chambre à Regulus, je suis sûr que tu sais où elle est !
-Je t'emmerde, Sadrah ! »
Harry sourit presque avec moquerie alors qu'il montrait à Severus de le suivre jusqu'au fond du couloir, trois portes plus loin que la chambre de Regulus.
« J'ai pensé à vous installer loin de Sirius, dit-il au jeune homme le suivant. Je pense que cela vaut mieux.
-Merci, répondit Severus en le suivant, ses yeux fixant rapidement la porte ouvragée.
-Allez-y, entrez… »
Sans attendre, le Serpentard tourna la poignée d'or pour ouvrir la porte. Celle-ci révéla une chambre similaire à celle de Sirius, si on excluait une porte en plus (il y en avait trois, l'une menait à une petite salle de bain très étroite, la deuxième à un placard et la troisième eut aussitôt toute son attention).
« C'est une porte magique, expliqua Harry alors que Severus posait sa malle au pied de son lit à baldaquin paré de draps lilas. Elle vous permet d'accéder au laboratoire de potion directement. Il se trouve au sous-sol. Bien sûr, je vous montrerais le chemin à pied, mais… j'ai pensé que cela pourrait vous intéresser…
-Ça m'intéresse, s'exclama Severus, l'air ravi. Mais que veux dire la lumière verte dans l'œillet au milieu… »
Il désigna la petite lumière brillant dans un petit œil en verre au milieu de la porte.
« La lumière vous indique que le laboratoire est vide. Si elle devient rouge, c'est qu'il y a quelqu'un dedans. Je sais qu'il est tout particulièrement dangereux d'entrer sans prévenir dans un laboratoire de potion. Alors j'ai installé ce système sur la porte. Il est également présent sur celle au sous-sol.
-Ingénieux, complimenta Severus. Est-ce que…
-Plus tard, sourit Harry, conscient de sa question. Visitons d'abord les pièces communes, ensuite, nous irons au laboratoire, je vous le promets. Vous en aurez l'entier accès !
-Vraiment ? demanda Severus, étonné. Mais… enfin, je ne voudrai pas abusé, je…
-Vous n'abusez pas, Severus, le calma Harry. Vous allez bientôt commencer votre maîtrise en potion, il est normal que vous ayez accès à un laboratoire. Venez, allons retrouver les autres. Votre chambre vous plaît ?
-Oui, beaucoup, répondit Severus en quittant la pièce, non sans avoir lancé un regard appréciateur aux fenêtres à guillotine. Je ne savais pas que j'aurai ma propre salle de bain…
-La maison en a plusieurs, mais j'avoue avoir demandé à Tweet de modifié les placards pour que vous en ayez tous une… Encore une fois, je préfère éviter que Sirius et vous vous retrouviez dans une pièce seuls, surtout une salle de bain ! »
Severus eut une expression interrogative mais il ne posa pas la question qui lui avait traversé l'esprit.
« Merci, dit-il simplement.
-De rien », lui répondit Harry avec nonchalance, soupirant devant le couloir vide.
Manifestement, Drake avait eu la bonne idée de suivre Regulus dans sa chambre et il n'appréciait pas l'initiative… Mais bon, c'était leur couple, ils avançaient à leur rythme ! Quant à Sirius… il préférait ne pas savoir ce qu'il faisait ! Une impression de tiraillement le stoppa et, se retournant, il découvrit que Severus avait presque timidement attrapé l'arrière de sa robe pour le retenir.
« Euh… Pourquoi ? demanda le jeune homme en le lâchant précipitamment. Pourquoi est-ce que vous… faites tout ça ? »
Harry haussa un sourcil interrogateur.
« Fait quoi ? demanda-t-il.
-Tout ça ! dit Severus en désignant sa chambre de la main. M'héberger, me faire une salle de bain, m'installer loin de Black pour mon confort… Vous me donnez même accès à votre laboratoire personnel ! C'est… Enfin, pourquoi ? »
Harry ne sut que répondre. Lui dire qu'il avait une dette éternelle envers un autre lui n'était pas envisageable. Et quant à lui avouer qu'il avait, en quelque sorte, tout au fond de lui, l'envie presque viscérale de l'aider… Il avait déjà du mal à l'admettre lui-même. Alors il se mordilla la lèvre, priant désespérément pour avoir une idée quelconque. Finalement, croisant le regard noir et interrogateur, il finit par céder à la facilité.
« Je ne sais pas, souffla-t-il. Je crois que j'en ai envie, tout simplement. Vous êtes… particulier. »
Ce fut le moment que choisi Draco pour ressortir de la chambre d'un Regulus le suivant avec une moue boudeuse sur les lèvres et Harry les en aurait presque remercié. Il se tourna vers eux rapidement et leur sourit.
« J'ai cru que vous ne sortiriez jamais », dit-il, moqueur.
Regulus rougit vivement alors que Draco levait les yeux au ciel.
« Sirius, lui, n'est pas encore sorti, alors ne viens pas avec tes petites remarques perverses ! Bien que je suppose qu'il y a une amélioration ! Tu fais des remarques perverses ! Fabian est définitivement un bon professeur ! »
Une touche d'embarras embrasa le visage d'Harry qui se détourna précipitamment, sous le ricanement de Draco.
« Bon, continuons la visite ! cingla Harry en avançant dans le couloir.
Sirius sortit à ce moment là de sa chambre, un large sourire aux lèvres. Mais au même moment, Dobby apparut juste devant Harry, ce dernier s'assombrissant.
« Attaque ! criait le petit elfe. Attaque dans le nord ! Une famille née de Moldu. Ce soir ! »
Harry soupira. Forcément. Ça faisait trop longtemps que pour durer.
« Va prévenir Dumbledore. Dis-lui de rassembler tout le monde ici. Des précisions sur l'heure ?
-Non, Maître Sadrah. Juste qu'ils doivent tous mourir et souffrir. »
Harry soupira.
« Bon, alors va, qu'Albus se dépêche ! »
Dobby disparut et Harry se tourna vers les plus jeunes.
« Désolé, la visite sera pour un autre jour. Tweet ! »
L'elfe apparut à nouveau.
« Veille sur nos nouveaux invités. Montre-leur les pièces à vivre lorsque nous serons partis. Vous avez faim ? »
Il y eut quelques timides hochements de tête.
« Bon, alors allez tous en cuisine. Tu veux bien leur préparer un dîner, Tweet ? L'ordre va venir… »
Le petit elfe sembla s'assombrir. Sans doute avait-il entendu ce que Dobby avait dit.
« Bien maître. Je m'occupe des jeunes invités. »
Harry lui fit un sourire reconnaissant. Du coin de l'œil, il vit Regulus regarder Draco avec inquiétude. Ce dernier avait le visage fermé. Il savait ce qu'ils avaient à faire.
« Allons nous changer, dit l'ancien Serpentard avec sérieux. Ne faites pas de grabuge, tous les trois. »
Et sans plus attendre, ils quittèrent le couloir. Ce ne fut qu'une fugace impression, mais Harry sentit, l'espace d'une seconde, une main qui avait frôlé la sienne, alors qu'il s'éloignait des trois adolescents.
oOo
Ils en avaient l'habitude, depuis le début de l'année. Se réunir en urgence, établir qui faisait partie de l'équipe de secours. Harry et Draco participaient toujours. Harry se portait volontaire et Draco le suivait pour le protéger. Lucius venait de fait, sous l'œil suppliant de Narcissa. Cette dernière voulait venir, mais son mari n'était pas souvent d'accord. Ce soir là, il se félicita plusieurs fois de lui avoir ordonné de rester au manoir.
Caradoc Dearborn venait toujours. Il était un bon combattant, du fait de son poste d'enseignant en Défense contre les Forces du Mal. Les frères Prewett n'étaient pas les derniers à se proposer et depuis le début de sa relation avec Harry, Fabian refusait toujours de rester en replis. Maugrey aimait l'action et accompagnait toujours. C'était la première vague. Ils ne voulaient pas y aller en trop grand nombre, pour tromper l'ennemi et parce que ce n'était pas toujours nécessaire. Mais si l'ennemi était trop fort, alors ils envoyaient un message instantané à Dumbledore qui, avec le reste de l'ordre, les rejoignait. Jusqu'à présent, ça avait été un bon plan. Mais un plan remarqué.
Ce soir là, Harry avait un mauvais pressentiment. C'était toujours en fin d'année que les pires évènements arrivaient et il en avait fait vaguement part à Draco. Ce dernier lui avait simplement dit qu'ils n'étaient pas seuls. Mais ça ne le rassura pas. Avec le temps, Harry avait appris que ses mauvais pressentiments étaient rarement erronés.
Ils transplanèrent en début de soirée pour arriver devant une petite maison de brique, sur la côte. S'il n'y avait pas eu autant de brouillard, il était à parier qu'ils auraient vu l'île de Wight juste en face d'eux. Mais ils n'entendaient que le son des vagues qui se fracassaient contre les falaises, plus loin.
« Quelle purée de pois ! s'exclama Fabian. On ne voit rien ! »
Et c'était le cas. Ils apercevaient la maison, à cinq cent mètres, mais rien d'autre.
« C'est un terrain très isolé », fit remarquer Maugrey.
Harry grimaça discrètement. C'était exactement ce qu'il pensait mais il avait espéré que c'était juste sa propre paranoïa qui voyait là une situation dangereuse. Manifestement, l'Auror était de cet avis et il lança un regard presqu'angoissé à Draco.
« Il n'y a pas un son, poursuivit ce dernier. Pas de cri, pas de marque des ténèbres… et c'est bien trop silencieux… »
Personne ne releva. Ils scannaient tous les environs, cherchant une trace de vie. Mais il n'y avait qu'une vaste prairie, la maison et le bruit des vagues.
« Quelqu'un ! s'exclama Lucius. Quelqu'un sort de la maison. »
Une silhouette indistincte venait en effet de sortir par la porte d'entrée. Un rayon de lumière avait capté leur attention. La personne était une femme, ils pouvaient tous le constater de part son apparence et sa robe. Une robe qui, étrangement, de part sa découpe, fut familière à Harry. Il sentit son estomac se tordre et ses yeux se remplir de larmes. Pas de joie ni de peine. Mais de terreur. Il n'avait pas été confronté à elle depuis son horrible éclat de rire, après qu'elle ait envouté Ginny pour l'obliger à tuer sa famille. Ou ce qu'il en restait. Mais il n'avait pas oublié sa démarche, ni sa silhouette, ni sa voix, ni même les vêtements qu'elle portait toujours ou sa coiffure. Il la connaissait par cœur et la rage emmêlée de terreur qui l'envahissait était presque suffocante.
« Bellatrix », éructa-t-il, faisant sursauter les membres qui l'accompagnaient.
Certains, en voyant son visage déformé de haine, eurent un mouvement de recul. Draco, lui, s'approcha de lui et posa une main sur son épaule, dans une vaine tentative d'apaisement. Mais Harry la sentit à peine. Il réalisa en un clin d'œil plusieurs choses. En premier lieu, la famille était morte. Il n'y avait plus personne à secourir et il le savait. En second lieu, il réalisa que s'il tuait la femme devant lui, bons nombres de malheur seraient à jamais supprimer de la ligne du temps. Les parents de Neville ne deviendraient jamais fous. Sirius ne passerait jamais le voile. Ginny ne tuerait jamais toute sa famille. Hermione ne serait pas torturée par cette folle. Il les vengerait tous, même si techniquement, toutes ses personnes n'avaient pas encore subi le préjudice qu'il reprochait à cette folle. Il voulait la tuer. Mais pas sans la faire souffrir avant !
Comme dans un flash, il se souvint de sa cinquième année et de ce jour où il avait essayé de lancer un doloris à cette créature et n'y était pas parvenu. Il savait à présent qu'il y arriverait. Oh oui, il y arriverait. Des dizaines et des dizaines de fois ! Et il y avait des sorts, à présent, de magie noire, la plus noire qu'il connaisse, qu'il pouvait utiliser sur elle. Il pouvait la détruire. Il pouvait l'exploser en petits morceaux en l'obligeant à vivre malgré tout. Il pouvait et voulait lui faire subir ça.
Mais tandis qu'il s'apprêtait à se ruer en avant pour tuer cette femme, une immense gerbe de flamme embrasa la maison. Dans son entièreté. Et de sombres hurlements se firent entendre alors que du sol à la pointe du toit, le feu ravageait la demeure.
« Merlin tout puissant ! s'exclama Caradoc. Il y a des gens vivants dans la maison ! »
Ils s'avancèrent tous, comme s'ils pouvaient encore les sauver. Comme s'ils avaient une chance de détruire le feu – un feu daemon, Harry le savait – et de tirer les pauvres gens qui étaient là-dedans. Non, la famille entière ! Mais il n'y en avait pas, comme le prouva le toit qui s'effondra brutalement, une gerbe de flamme explosant autour des décombres.
« Bienvenu, ordre de Dumbledore, dit la voix de Bellatrix, une jeune Bellatrix dont le sourire fou donna des frissons de rage à Harry. Je vous attendais. »
Elle s'était arrêtée à dix mètres d'eux et ils n'avançaient plus non plus, suspendu à ses paroles. Consciente qu'elle avait toute leur attention, Bellatrix écarta théâtralement les bras.
« Vous arrivez un peu tard pour la famille Winchester. Ils sont cuits. Si je puis dire. »
Elle éclata de rire et Harry sentit à nouveau les larmes de rage envahir ses yeux et flouer un peu sa vision.
« Mais ne vous en faites pas. Vous avez tout de même des gens qui vous attendent. Je suis certaine que vous apprécierez la surprise. Personnellement, je la déguste. Et je vous remercie aussi d'avoir eu la gentillesse d'entrer dans le cercle… »
Harry fronça les sourcils. Le cercle ? Quel cercle ? Mais au même moment, Bellatrix leva les mains et les frappa l'une contre l'autre. Aussitôt, il y eut comme un tintement de cloche et plusieurs choses se produisirent. Il y eut derrière eux un flash de lumière qui sembla se propager en cercle autour d'eux. Un cercle qui commençait dix mètres seulement derrière eux mais s'étendait à au moins un kilomètre de distance. Le feu de la maison s'éteignit brutalement, comme s'il avait été soufflé par un dieu quelconque. Il ne restait que des ruines de la maison. Mais le plus important n'était pas vraiment ce qu'il en restait. Non, aucun des membres de l'ordre ne fit attention aux décombres. A la place, ils regardèrent ce qu'il y avait derrière. Ce que le feu leur avait dissimulé.
Il y avait bien cinquante personnes. Cinquante silhouettes d'êtres humains, debout derrière la maison. Et accroché à une potence, il y avait une petite cage d'où s'échappait de terribles pleurs. Et les cinquante hommes dont ils ne voyaient pas le visage entouraient la potence et tendaient les mains vers la petite cage qu'ils poussaient, frôlaient, essayaient de faire tomber. Et chaque fois que la cage était ballotée, l'enfant qui était dedans hurlait de toutes ses forces.
« C'est Jack, dit sournoisement Bellatrix. Jack Winchester. Le petit dernier. Il a deux ans. »
Elle sourit avec une pointe de tendresse.
« Il a la peau très tendre, vous voyez. Alors, mes petits inferi ont très envie de le manger.
-Oh mon dieu, murmura Gideon, près d'Harry.
-Oui, je vois que vous avez compris, dit Bellatrix. Bien sûr, vous pouvez toujours aller les affronter. Et tenter de le sauver. Je ne vous en empêcherai pas. »
Elle souriait alors que le petit garçon hurlait, encore et encore. Les inferi ne faisaient pas le moindre bruit. Certains se bousculaient et essayaient de grimper sur les autres pour atteindre l'enfant.
« Ils ne vous ont pas encore remarqué, chuchota Bellatrix, comme si elle leur faisait une confidence. Vous pouvez encore fuir et laisser le petit Jack se faire manger. Je ne le dirai à personne. Ce sera notre petit secret…
-Espèce de… »
Harry avait levé la main et avait tenté de lui lancer un sort. Le pire qu'il connaissait. Mais rien ne se produisit. Bellatrix eut un ricanement affecté.
« Ah, j'ai oublié de vous le dire… La magie ne fonctionne pas dans le cercle d'or. Elle a été bannie. Enfin, sauf autour de la potence. Sinon, mes petits inferi adorés ne pourraient pas vivre, vous comprenez ? Donc… Comme je vous l'ai dis, vous pouvez toujours partir. Il suffit de sortir de la chaîne… Oui, la chaîne, Lucius… Tu te souviens d'elle, n'est-ce pas ? Mon maître t'est très reconnaissant de la lui avoir laissée. Elle est très… pratique. »
Personne ne fusilla Lucius du regard. A la place, ils continuaient de regarder l'horrible spectacle devant eux, indécis. Sur combien de mètre le cercle de magie entourant les inferi était-il réparti ? S'ils s'approchaient, pourraient-ils lancer des sorts afin de sauver l'enfant ou pas ? Telles étaient les questions qu'ils se posaient.
Un long sanglot désespéré finit par convaincre Harry qui, calmement, se mit à avancer. Draco lui emboîta automatiquement le pas, sachant pertinemment que son ami n'allait pas rester là sans rien faire. Ce n'était peut-être qu'une seule vie, mais il n'allait pas l'abandonner pour autant.
« Un plan ? chuchota Draco.
-Aucun, répondit Harry.
-Est-ce que tu comptes… la sortir ? »
Harry resta silencieux.
« Même si je le voulais, ça ne marcherait pas sans magie. Il faudrait que je sois sur l'échafaud pour pouvoir le faire et les tuer tous d'un seul coup. Enfin, les rendre immobile. Alors je ne crois pas que ce soit possible. »
Ils s'approchaient de Bellatrix et Harry la fixait sombrement. Il n'avait pas peur d'elle. Il savait que s'il ne pouvait pas faire de magie, alors elle non plus. Derrière eux, l'ordre avançait prudemment. Harry finit par s'arrêter à côté d'elle et scanna son visage bien plus jeune que dans son souvenir.
« Un jour, je vous tuerai, dit-il d'une voix étrangement calme. Je vous ferai tellement de mal que vous me supplierez de vous tuer. Et croyez bien que je ne vous obéirai pas. Vous êtes sauvée pour cette fois… mais vous n'aurez pas autant de chance la prochaine fois que nous nous croiserons. En attendant ce jour, je vous conseille de profiter du temps qu'il vous reste à vivre. »
Et il continua d'avancer, Draco esquissant un sourire amusé. Bellatrix ne prononça pas le moindre mot. A la place, elle les laissa tous passer, l'air presque moqueuse.
« Que comptes-tu faire ? demanda Fabian à Harry, l'air inquiet. Il n'y a aucun moyen de le sauver !
-Il y a toujours un moyen, dit froidement Harry. On ne peut pas le laisser là sous prétexte que nous avons peur !
-On devrait peut-être aller appeler de l'aide, proposa Caradoc à ses côtés. Sortir du cercle et appeler les autres…
-Parce que tu crois qu'il est possible de sortir du cercle ? demanda Draco. Non, ce serait trop simple. Elle a fait semblant de nous laisser le choix. Il y a probablement autant d'Inferi qui nous attendent dehors. »
Le silence régna un instant alors que l'horreur de la situation envahissait les autres membres de l'ordre.
« Comment… ? commença Lucius.
-Les inferi devant nous sont des arabes et des africains, dit sombrement Harry. Ce sont les disparus sur lesquels Augustus est allé enquêter… Et selon une vague estimation, ils sont plus de deux cents à être mort. Donc, les cinquante devant nous ne sont que le quart des inferi. Les autres doivent attendre dehors. Le plus simple est de tuer ceux que nous voyons devant nous et de transplaner, si possible avec le gosse. Si vous avez une autre solution, je suis preneur. »
Personne ne parla. Le groupe passa près de la maison d'où s'échappaient des volutes de vapeur. Il y avait des objets encore entier mais noircis de crasse. En y regardant bien, Harry crut reconnaître une forme humaine dans les décombres. Il s'en détourna avec dégoût. Ça ne servait à rien d'y penser ! Finalement, ils s'arrêtèrent à cinq mètres des Inferi.
« Il faut essayer, dit Harry. Voyons… »
Il réfléchit un long moment à un sort capable de faire mal aux inferi et leva la main. Rien ne se passa.
« Je vois », dit-il.
Regardant autour de lui, il débusqua une pierre. Il la soupesa un instant puis la balança dans la masse d'homme devant lui. L'un d'eux fut touché mais n'y prêta pas attention. Grimaçant, Harry s'abaissa, prit une autre pierre et la lança à nouveau. Cette fois, l'homme touché tourna vers eux son regard mort. Draco eut un frisson en pensant à Regulus. Au Regulus de son monde qui avait du être tué par les choses qui lui faisait face.
Mais pas cette fois, Merlin m'en est témoin. Personne ne lui fera du mal !
Il regarda la chose grogner et hésiter. Une autre pierre lancée par Harry le décida. Il gronda et s'avança. Il parcourut un mètre avant de s'effondrer, redevenant un simple cadavre sans vie.
« Un… un mètre ! s'exclama Fabian. C'est du suicide ! On ne pourra jamais sauver le gosse avec un mètre d'amplitude ! Ils vont se jeter sur nous pour nous tuer !
-On pourrait peut-être utiliser la méthode d'Ash ? Proposa Lucius. Les attirer tous ici et…
-Non, ça prendrait trop de temps, dit Harry en évaluant la situation. Le gosse ne va pas tenir plus longtemps. »
Le petit garçon ne les avait pas encore vus. Il fixait les cadavres en pleurant de toutes ses forces. Harry pouvait voir son petit visage déformé par la terreur. Lentement, Harry fit le tour du cercle. Il soupira et grimaça.
« A quoi tu penses ? demanda Draco. Te jeter dans le tas ?
-Oui, avoua Harry. Tu as un plan ? »
Draco fronça les sourcils.
« Il n'y a que le feu pour détruire habilement les inferi… On pourrait lancer un feu daemon, mais le gosse mourrait aussi. Et tu veux le sauver bien entendu…
-On ne peut pas le laisser là ! s'exclama Harry, horrifié.
-Non, je sais, dit Draco. Je sais que tu ne le veux pas, Harry, mais…
-Non, je t'interdis de dire ça, d'accord ?
-Mais tu le sais, lui dit le blond. Il y a des sacrifices dans chaque guerre. C'est un piège et il est finement mené. Rien ne nous dit que le transplanage est possible dans le cercle. »
Harry fronça les sourcils. Il n'y avait pas pensé.
« Alors quoi ? demanda Harry. On le laisse là. On se casse hors du cercle de la chaîne, on transplane et c'est tout ? C'est ce que tu me proposes ?
-C'est ce que la logique voudrait qu'on fasse, dit froidement Draco. Mais je te connais, tu préfères encore te jeter là-dedans plutôt que de laisser ce gosse. Donc, je n'ai pas le choix et je me jette avec toi.
-Vous n'êtes pas sérieux ? demanda Maugrey.
-C'est toi qui ne l'est pas, Alastor ! dit Caradoc. On ne peut pas laisser cet enfant là ! Tu voudrais qu'on te laisse, toi ?
-On a aucune chance ! dit Fabian, réaliste.
-Mais il faut quand même essayer !, insista Caradoc. Je reste avec Ash et Drake ! »
Les autres membres grimacèrent. Pendant ce temps, Draco et Harry fixaient le cercle.
« Il n'en a plus pour longtemps, dit Draco en désignant un groupe d'Inferi qui s'escaladaient les uns et les autres pour atteindre l'enfant terrifié. J'ai peut-être une idée mais elle est folle.
-Je t'écoute, lui dit Harry, concentré.
-On ne sait pas si on peut transplaner dans le cercle alors le mieux est d'essayer. Qui est volontaire pour aller chercher de l'aide ?
-J'irai, intervint Lucius.
-Bien, dit Draco. Si tu n'y arrives pas, tu devras continuer à te battre avec nous. Le mieux est que nous fassions un cercle autour d'eux et qu'on se lance dedans. Le feu est ce qui combat le mieux les inferi alors nous devrions lancer des sortilèges de crémation, des boules de feu ou des flèches enflammées… Tout ce qui pourra les faire cramer. Ash, ce n'est pas valable pour toi. Je veux que tu te transformes en singe. Saute de tête en tête, monte sur la potence. Si on ne peut pas transplaner, il faut qu'on se sorte de là. Tu sais qui appeler, n'est-ce pas ? »
Harry fronça les sourcils. Qui appeler ?
« Une constellation ? dit-il. Laquelle ?
-Je te dirai bien le dragon, mais sa grandeur ne passera pas dans le cercle et il tuerait tout le monde… Il nous faut une constellation de voyage !
-Le Navire Argo ? demanda Harry, stupéfait. Mais… ça ne passera pas dans le cercle, Drake, il est énorme ! Et rien que le dessin va me prendre une heure !
-Tu as une meilleure idée ?
-Je ne peux pas simplement le dessiner pendant que vous vous battez contre ces choses ! Et tu veux que je le dessine sur une poutre en bois ? C'est un espace trop petit !
-Dessine d'abord le lion et envoie-le-nous. Il aidera, c'est un signe de feu ! Fait le Navire ensuite !
-Mais vous avez le temps de mourir dix fois ! Et encore une fois, je ne peux pas dessiner le navire Argo sur une poutre, Drake ! Il y a trop de détail, trop de possibilité d'erreur ! Je ne l'ai fais qu'une fois et ça m'a prit troismètres !
-Alors tu proposes qui, hein ? Qui pour transporter tout le monde loin de ce foutoir mortel ? »
Harry laissa son esprit vagabonder aussi vite que possible.
« Dépêche-toi, Ash, le pressa Draco.
-Euh… Pégase ! dit-il.
-Un cheval pour huit personnes ? Intéressant…
-La grande Ourse avec ! insista Harry. Si j'y inclus la version chariot, Pégase pourrait nous tirer tous dedans !
-Oui, c'est connu, Pégase obéit toujours sagement, lui fit remarquer Draco.
-Merde, Drake, c'est impossible de faire le Navire Argo sur une poutre !
-Et bien essaye ou on meurt tous ! Allez, maintenant, on y va. Tu te transformes dès que tu peux, c'est parti !
-Drake, non, je ne suis pas pour ce plan, il y a trop de possibilité d'échec !
-C'est ça où laisser mourir le gosse, tu préfères quoi ? »
Harry fut incapable de répondre. Il soupira puis hocha la tête.
« Bien, n'oubliez pas, les sorts de feu. Faites un cercle, il faut une amplitude d'attaque. Ash ne compte pas dans le cercle, tu te mets près de la potence pour sauter dessus. Envoie-nous le lion dès que tu peux. Fais-le à l'extrémité de la poutre pour avoir de la place pour Argo. Allez en route ! »
Il ne leur fallut qu'une seconde pour se placer.
« On y va à trois, cria Draco. Lancez le sort le plus destructeur possible afin d'en détruire un grand nombre sans toutefois risquer de tuer l'enfant. On y va. Un, deux… TROIS ! »
Ils s'élancèrent tous, Harry en premier. Il sentit sa magie venir au moment où il franchit la barrière. Aussitôt et dans un léger pop, il se transforma et sauta sur le premier inferi qu'il croisa. Il l'escalada et se projeta sur le suivant alors que, derrière lui, un sort de boules de feu multiples enflammait plusieurs des hommes morts-vivants l'entourant. Il n'y prêta pas attention et se jeta de corps en corps pour enfin sauter aussi haut que possible sur la potence qu'il escalada. Le petit garçon le vit et poussa un petit cri mêlé de terreur et de joie. Sans y prêter attention, Harry rejoignit la poutre horizontale où était attaché le petit garçon et reprit forme humaine. Il eut rapidement conscience qu'il ne pourrait pas dessiner sous cette forme. La poutre était trop mince et lui trop grand.
Loin de paniquer, il détacha le flacon d'encre magique qu'il portait à sa ceinture et la lança haut dans le ciel. Il se retransforma et tendit une de ses pattes juste à temps, le flacon atterrissant dans sa petite main. Il lui fallut un peu de temps pour réussir à détacher le bouchon de liège et il n'hésita pas à plonger ses deux petites pattes dedans. Il regarda ensuite ses pattes arrière, évaluant la possibilité de dessiner avec ses quatre membres. Mais il la repoussa aussitôt. Argo demandait trop de précision. Il se dépêcha d'aller à l'extrémité de la poutre, juste au-dessus de la cage du garçonnet qui gigotait. Si prêt de lui, Harry vit son regard terrifié et les larmes qui ruisselaient sur son visage.
Il s'en détourna très vite pour dessiner en petit l'invocation du lion. Sur un si petit espace, il ne pouvait pas lui donner un grand pouvoir. Tout juste assez que pour aider, sans plus. Il fut tout de fois soulagé de voir apparaître un lion de taille normale. Harry avait assez insisté sur le caractère feu que pour lui permettre de s'enflammer entièrement. Gesticulant et criant, il désigna le groupe d'Inferi contre lesquels Draco et les autres se battaient tant bien que mal. Les morts-vivants, en voyant arrivé de la chaire fraîche et plus facile à attraper que l'enfant, s'étaient jetés sur les membres de l'ordre, rendant la défense bien plus difficile. Certains d'entre eux, dont Caradoc et Fabian, avaient été submergés et se défendaient avec beaucoup de difficulté. L'arrivée de Léo leur fut salutaire. Harry aurait bien aimé se joindre à eux où continuer de regarder, mais il savait qu'il devait commencer à dessiner Argo. Lucius étant toujours là, cela voulait dire qu'ils ne pouvaient pas transplaner et qu'ils n'avaient que cette solution pour se sauver. Ce fut sans hésitation qu'il alla replonger ses pattes dans l'encre et qu'il se mit à dessiner, ignorant le petit garçon qui tendait vers lui une de ses petites mains potelées.
En bas, la constellation du lion avait sauvé in extrémis Fabian qui avait failli mourir asphyxié. Draco l'avait rejoint, décidé à le protéger. Si l'amant de son meilleur ami venait à mourir, Merlin savait dans quelle dépression Harry se serait plongé. Les autres semblaient plus ou moins bien se débrouiller, à l'exception de Caradoc qui peinait à repousser ses assaillants.
« Lucius, va aider Caradoc, il ne va pas tenir ! »
Son père, très habile dans l'apparition de cercle de feu, était le moins en difficulté. Les flammes l'entourant le protégeaient divinement bien sans lui porter préjudice. Sous l'ordre crié, l'héritier Malfoy se déplaça lentement vers le pauvre professeur manifestement en difficulté.
Alastor Maugrey était un fou, Draco l'avait toujours su mais il salua mentalement l'idée de géni – et un peu dégoûtante – de l'homme qui, à coup de sortilège d'explosion, tuait plus d'inferi qu'eux. Ils en avaient déjà éliminé plus de la moitié et Léo était d'une aide plus que salutaire. Malheureusement, marcher sur les cadavres enflammés rendait les déplacements presque impossibles ! Ils étaient déstabilisés et vacillaient. Sans compter le bruit des membres craquants sous leur pas. Malheureusement, ils n'avaient pas d'autre choix que de se déplacer.
Un cri de terreur alerta Draco qui tourna la tête en direction de Caradoc. Lucius avait été distrait par un groupe d'Inferi manifestement intelligent et le pauvre professeur n'avait pas pu être secouru. Draco sentit la nausée l'envahir lorsqu'il constata que trois morts-vivants avaient réussi à faire basculer Caradoc au sol. Devenu une proie facile, tous les inferi avaient pivoté vers lui, laissant ainsi les autres hommes plus libres de leur mouvement. L'avantage pour eux fut un désavantage total pour Caradoc qui, bien qu'occupé à lancer des sortilèges désespérés pour tenter de survivre, perdit sa baguette dans un coup donné par l'un des hommes. Désarmé, il n'avait aucune chance et il ne lui fallut que quelques secondes pour mourir.
Au grand écœurement des membres de l'ordre bien vivant, les inferi décidèrent que manger Caradoc était plus intéressant que de se battre. Lucius prit un teint verdâtre alors que le bruit de vêtements déchirés et de mâchoire mastiquant se faisaient entendre.
« Merde, je vais vomir », gémit Gideon, près de Draco.
L'ancien Serpentard ne répondit pas. Tous les inferi étaient réunis au même endroit.
« Expulso ! » rugit-il.
Le sortilège eut l'effet escompté. Il ne restait que quinze inferi et dix d'entre eux furent expulsés dans la zone dépourvue de magie, les rendant ainsi inapte au combat. Les cinq autres s'acharnaient à dévorer le pauvre Caradoc dont le regard mort donna des sueurs froides à Draco qui n'osait lever les yeux vers Harry, priant pour que son ami ait continué son dessin, malgré le chagrin qu'il devait ressentir.
« Expulsez-les hors du champ magique, allez ! » cria Draco.
Lucius et Gideon obéirent aussitôt, mais pas assez vite que pour empêcher Draco de reconnaître un des derniers inferi encore debout. Augustus Poiret avait une longue estafilade dans la gorge, signe que sa mort avait été rapide. Ça ne consola pas le jeune homme qui, même s'il n'avait pas fréquenté l'homme, lui était reconnaissant pour l'hospitalité qu'il leur avait offert, à Harry et lui.
Un grand calme régna dans le pourtour magique lorsque tous les inferi furent soit détruits, soit expulsés. On entendait plus que les halètements de Fabian qui s'était appuyé contre la potence et les pleures désespéré du petit garçon.
« Ash, le dessin avance ? » cria Draco en levant la tête.
Il constata avec soulagement que oui. Le brun n'avait pas pu lui répondre car il avait gardé sa forme de singe. Avec sa longue queue, il tenait le flacon d'encre qu'il approchait fréquemment de ses mains pour les y tremper. Et au-dessus d'eux, semblant flotter sur une onde boréale, la Navire d'Argo apparaissait lentement.
« Merde, Ash, qu'as-tu fais ? s'exclama Draco en regardant l'onde multicolore au-dessus de leur tête.
-Quoi ? demanda Lucius en se tournant vers lui. Qu'est-ce qui cloche ?
-Il a invoqué la couronne boréale ! s'écria Draco, horrifié.
-Et alors ? demanda Gideon, inquiet. C'est mauvais pour nous ?
-Oui et non, répondit Draco. C'est bon car le Navire d'Argo va pouvoir naviguer dessus. Il a fait de la couronne une mer pour le navire. Mais… merde, ça va l'épuiser. Pourquoi est-ce que tu ne t'épargnes jamais un peu, putain ! »
Harry ne lui répondit pas. Si la couronne était entièrement formée, c'était loin d'être le cas du navire dont seul la poupe et la carène étaient dessinées. Il manquait les voiles, l'élément le plus important pour eux.
« Drake ! s'écria soudainement Gideon. Regarde, dans le cercle sans magie ! »
Le blond releva les yeux pour constater avec rage que Bellatrix n'était pas restée inactive face à leur succès. Consciente que son plan primaire ne marchait pas, elle avait manifestement fait appel à certains de ses collègues. Cinq petits groupes de dix étaient occupés à désactiver la chaîne anti-magie qui les entourait afin de laisser place aux inferi, massé près de la chaîne, comme impatient de passer.
« Ils sont plus de deux cents ! s'écria Fabian, manifestement terrifié. On y arrivera jamais !
-Ferme-la ! cria Draco. Putain, Ash, tu as bientôt fini ? »
Il leva les yeux vers le singe qui s'activait aussi vite qu'il le pouvait.
« Putain, pas moyen de savoir… Active-toi, Ash, on va se retrouver submergé, sinon ! Allez ! »
Sur sa poutre, Harry poussa un petit cri désespéré. Lui aussi avait remarqué le manège de Bellatrix. Il n'avait rien perdu de ce qu'il se passait en-dessous de sa poutre, que ce soit la mort de Caradoc ni du début du festin des inferi. Harry s'activait autant qu'il le pouvait mais invoquer la couronne lui avait pris du temps. Il leva ses petits yeux noirs pour constater avec horreur que la chaîne venait d'être retirée. Au même moment, il eut la chance de clôturer une des déclinaisons magiques complexe et une échelle descendit lentement de la carène. Harry agita aussitôt ses petits bras en poussant plusieurs cris et Draco, comprenant, s'approcha de l'échelle brillant d'une curieuse lueur bleutée.
« Gideon, décroche le gamin ! On monte à bord !
-Quoi ? s'écria Fabian. Mais le dessin n'est pas fini…
-La Carène est solide, on peut marcher dessus ! Allez, dépêchez ou on va tous finir comme Caradoc ! »
Cela sembla convaincre tout le monde car après avoir récupérer la cage du garçon un peu plus calme, ils escaladèrent l'échelle de corde. Draco préféra monter en dernier et il s'arrêta à hauteur d'Harry pour constater l'avancée du dessin. Remarquant qu'il n'aurait pas assez de place pour terminer les voiles, Draco effaça le dessin de Leo d'un mouvement de bague.
« Tu veux de l'aide ? », demanda le blond en regardant le singe s'agiter.
Harry secoua sa petite tête et désigna le cadavre de Caradoc.
« D'accord », murmura Draco.
Un sortilège de lévitation fit décoller le corps qui alla rejoindre le reste du groupe sur la carène. Un peu plus loin, les inferi jusqu'à présent immobile au sol s'étaient relevé grâce à la disparition de la chaîne anti-magie. Les mangemorts, quant à eux, avaient transplané afin d'éviter de se faire dévorer par les morts-vivants qui se précipitaient sur le terrain pour tenter d'atteindre les seuls humains présents.
« Dépêches toi, Ash, lui dit Draco. Allez… »
Il voyait le dessin complexe avancer à une vitesse extraordinaire sous les petites mains zélées de l'animal mais savait qu'il restait encore beaucoup à faire. Pourtant, Harry avançait vite. A la vitesse à laquelle il traçait les formes sur le bois de la potence, il aurait déjà du avoir terminé, mais l'inclusion de la couronne et les ordres qu'il lui avait transmis ralentissait la progression du dessin. Le cœur battant la chamade, Draco tira sur l'échelle de corde en-dessous de lui afin de la remonter. Mais il savait que les inferi allaient utiliser la même technique que pour le petit Jack. Mais leur supériorité numérique leur permettait de les atteindre beaucoup plus rapidement.
Le bruit de tissu claquant au-dessus de sa tête fit sursauter Draco. Les voiles étaient apparues et le Navire d'Argo était prêt à appareiller. Pourtant, Harry continuait de faire passer ses petites pattes sur le bois de la potence. Draco suivit le dessin avec attention, tentant de comprendre les symboles qu'Harry écrivait. Il esquissa un sourire en comprenant.
« Pas d'ennui avec le ministère, quoi qu'il arrive, hein ? Allez, saute sur mon épaule, c'est bon ! »
Le petit singe obéit. Il balança le flacon d'encre au sol et sautilla sur son ventre, s'accrochant à ses vêtements pour enfin monter sur son épaule. Son petit corps tremblait alors qu'il enroulait sa queue autour du cou de Draco et qu'il cramponnait ses petites pattes à sa chevelure. L'ancien Serpentard passa une main consolatrice dans son dos puis escalada l'échelle de corde qui finit par disparaître. Quand il sauta sur le bois de la carène, il sentit aussitôt le bateau se mettre en mouvement, voguant sur la couronne boréale.
« C'est mauvais, les moldus vont nous voir ! intervint Alastor, accoudé au bastingage.
-Non, Ash a fait le nécessaire, renseigna Draco. Tout ce qu'ils verront est l'aurore boréale… ça va faire du bruit, c'est un fait, mais c'est toujours mieux que d'être vu par le monde entier ! »
Ses mots apaisèrent l'homme qui se coltina dans un long silence.
« Pourquoi est-ce qu'il reste sous la forme d'un singe ? demanda Fabian qui s'était approché d'eux pour regarder Harry, toujours cramponné à la tête de Draco.
-Il n'a pas la force de se retransformer, dit simplement le blond. Mieux vaut le laisser se reposer. »
Il passa une autre main tendre dans le dos du petit singe qui appuya sa petite tête contre la sienne. Fabian fronça légèrement les sourcils à cette vue mais Draco ne releva pas. Il s'approcha du bastingage et regarda les inferi qui erraient au sol.
« Ne devrait-on pas… les détruire ? demanda Lucius en les regardant. Ils vont causer beaucoup de problèmes, si on les laisse errer ainsi…
-Ne t'inquiète pas, lui dit Draco. Ash a fait le nécessaire. Aucun inferi ne survivra à ce qu'il a écrit sur la potence. »
Personne ne l'interrogea. Ils eurent de toute façon la réponse alors qu'ils s'étaient éloignés de plusieurs kilomètres. Il y eut un énorme souffle de vent et, soudainement, une lumière aveuglante se fit voir. Quand ils regardèrent en direction du champ qu'ils ne pouvaient normalement voir, ce fut pour apercevoir une longue mer de feu.
A suivre…
