Auteur : Umbre77
Titre : La magie d'une fleur
Résumé : Capturé par Voldemort, Harry n'a d'autre choix que d'accepter sa défaite. Mais Draco Malfoy, lui, n'a aucune envie de mourir ! Quitte à changer le passé pour se sauver !
Note de l'auteur : Et bien, le temps a passé depuis ma dernière publication… Je vais finir par perdre tout le monde si je ne me mets pas un bon coup de fouet pour écrire ! Enfin, tant que j'ai mes irréductibles lecteurs, je ne vais pas me plaindre, n'est-ce pas ? Mais je me pose la question : Peut-être devrais-je vous faire un résumé des chapitres précédents, afin que vous le relisiez avant de lire… ? ça intéresse quelqu'un ? Si oui, je m'y attellerai pour le prochain chapitre. En espérant vous le poster le mois prochain… est-ce que je me permets de vous donner une date de publication ou est-ce perdu d'avance ? Telle est la question !
Allez, j'ose ! Au mieux, vous l'aurez pour le 24 mars. Au pire… je fais de mon mieux, je vous le jure ! loll
Personnages :
Pas besoin de vous présenter les personnages principaux, je me contente donc des secondaires, ceux que je ne cite pas assez que pour s'en rappeler :
Les professeurs :
Potion = Horace Slughorn
Défense = Caradoc Dearborn
Sortilège = Madame Stand
Botanique = Hélène Stewart
Infirmière = Eloïse Addisse
Membres de l'ordre :
Arthur et Molly Weasley, Lucius et Narcissa Malfoy, Maugrey Fol'œil, Caradoc Dearborn, Fabian et Gideon Prewett, Dorcas Meadow, Benjy Fenwick, Edgar et Sarah Bones, Eugène et Phils Potter (décédée), Hagrid, McGonagall, Dumbledore et, bien entendu, Ash et Drake.
Je vous rappelle qu'Ash est officiellement l'héritier Sadrah tandis que Draco est désigné comme le fils bâtard d'Abraxas Malfoy et porte donc à nouveau son vrai nom.
Chapitre 28 : Mort annoncée
L'apparition d'une aurore boréale en début du mois de juillet rendit les moldus presque fou. Ils se mirent à déblatérer sur une potentielle fin du monde, proclamèrent un réchauffement planétaire et tentèrent de trouver un responsable au phénomène étrange qui avait secoué toute l'Angleterre.
Bien entendu, du côté du monde magique, on chercha le responsable mais la signature magique d'Harry étant absente, on ne le trouva pas. La mort de Caradoc Dearborn et l'incendie extraordinaire d'un hectare de terre à la côte ne furent manifestement pas lié à l'évènement, bien que les sorciers aient eu connaissance d'un phénomène magique. Ils laissèrent aux moldus le soin de trouver une explication aux deux cents trente et un cadavres calcinés – et les responsables, pour certains magazines, n'étaient autre que les extraterrestres ! – et enterrèrent tranquillement le professeur de défense contre les Forces du Mal.
Bien entendu, certains grattes papiers du ministère de la magie tentèrent d'entrevoir Harry afin de lui demander « son opinion sur les étranges phénomènes de début juillet », mais Draco joua son rôle de secrétaire à la perfection et refoula les curieux avec brio, prétextant une maladie quelconque.
La raison était tout autre, bien entendu. Depuis leur retour du sauvetage, Harry n'avait pas quitté sa chambre, si ce n'est pour les obsèques ou pour rejoindre la salle d'entraînement. Dix jours déjà s'étaient écoulés et l'ancien Serpentard se désespérait de faire sortir son ami de ses quartiers. Fabian avait bien entendu essayé mais il s'était vu répondre poliment qu'un besoin de solitude s'était imposé et qu'il apprécierait de ne plus être dérangé !
Pour ne pas penser à son meilleur ami qui se morfondait dans ses appartements, Draco passait son temps entre les affaires Sadrah et les adolescents présents dans le manoir. A la demande de Sirius – et d'Eugène Potter – James avait été intégré aux défenses et pouvait donc leur rendre visite quand il le voulait. Heureusement, le jeune homme limitait ses allées et venues, mais pas suffisamment que pour laisser Drake totalement libre. Investi par Harry de la mission de protection de Severus, il s'assurait que les maraudeurs ne dépassaient pas les bornes avec le futur maître en potion, bien que discrètement. Très vite, il se rendit compte qu'il n'avait pas grand-chose à faire : Sirius avait semble-t-il pris très au sérieux la remarque d'Harry au début de l'été et, si James désirait ennuyer Severus, il ne faisait en tout cas pas la moindre tentative. La perspective d'une punition orchestrée par Harry était-elle à ce point horrible ou avaient-ils acquis une certaine maturité ? Draco était bien incapable de le dire.
Un autre élément se chargeait, bien malgré lui, de distraire Draco. Regulus Black était un sale petit con entêté qui ne savait manifestement pas s'occuper de ses journées et poursuivre Draco partout semblait être une distraction hautement appréciable. Le jeune psychologue ne savait pas combien de fois il avait du sortir son « amoureux transi » de son bureau, lui ordonnant de le laisser travailler avec un peu de sécheresse. Dire qu'il n'aimerait pas passer du temps avec Regulus serait un pur mensonge. Mais il savait qu'il ne serait pas capable de résister longtemps si le jeune homme persistait à le persécuter de ses avances ! Heureusement, Severus était une bonne distraction et le tenait à distance au moins quatre heures par jour !
L'inquiétude de Draco n'était rien comparée à celle que pouvait ressentir Harry. Ce dernier, sans arrêt renfermé dans sa chambre – qui vu sa grandeur, était une prison plus que confortable – ne faisait que tourner en rond, ruminer et réfléchir. Voldemort ne semblait pas avoir découvert le rôle des elfes de maison mais il était suffisamment conscient de la présence d'un espion que pour rendre ses réunions plus sibyllines. Son piège avait été rudement mené et si Harry n'avait pas eu la capacité de convoqué des constellations, ils ne s'en seraient jamais sorti !
Cette évidence plus qu'autre chose l'énervait au plus haut point. Six ans d'entraînement continuel l'avaient rendu plus fort. Il s'était formé à travailler en harmonie avec Draco mais tous ces efforts semblaient désuets face au terrible piège que le mage noir leur avait préparé. Et il savait que ce n'était que le premier d'une longue série ! Il y aurait d'autres combats, d'autres affrontements dangereux dans lequel il devrait impliquer d'autres personnes qu'il ne pouvait pas abandonner. La mort de Caradoc lui restait en travers de la gorge. Il ne cessait de revoir à quel moment il avait fait une erreur pour laisser un allié être tué de façon aussi abjecte. Mais quel que soit l'angle de vue, il ne voyait pas comment il aurait pu le sauver…
Au moins, l'enfant avait été tiré d'affaire. Il avait été confié à une tante éloignée qui avait rapidement décidé que l'Angleterre n'était plus assez sûre et avait bouclé ses valises pour rejoindre de la famille en Islande. Harry avait insisté pour les y accompagner, afin de s'assurer de leur sécurité, mais la femme avait refusé, arguant que l'anonymat serait alors compromis et préférant sincèrement voyagé seule avec son neveu. Ils avaient disparu à bord d'un avion et Harry n'avait plus eu de nouvelles. Il espérait d'ailleurs ne jamais en avoir !
Draco insistait auprès de lui pour qu'il sorte de sa tanière et il le faisait, mais uniquement le soir, quand personne ne pouvait le voir. Il rejoignait alors la salle de sport aménagée au sous-sol ou la salle d'audio-visuelle, proche du grand salon du rez-de-chaussée. On y accédait en faisant coulisser un mur trompe l'œil qui donnait l'impression de donner sur le jardin. Harry adorait cette peinture et en découvrant la pièce cachée derrière, il avait tout de suite décidé d'en faire un repaire moldu. Il y avait installé de confortables canapés, la plus grande télévision qu'il ait pu trouver et plusieurs étagères qu'il avait remplis de cassettes vidéo. Le magnétoscope était habilement dissimulé dans un petit meuble supportant l'appareil high-tech, pour l'époque ! Il avait également un tourne-disque et une collection impressionnante de trente-trois tours qu'il avait achetée grâce à la fortune Sadrah. Les CD ne devaient être inventés et commercialisés que dans les années 80 mais Harry avait tout de même aménagé une place pour une futur radio et des CDs. La place laissait un vide, mais cela lui était égal.
Souvent, au beau milieu de la nuit, il lui arrivait de descendre dans cette pièce où il s'installait confortablement devant la cheminée, un verre d'alcool en main. Harry n'aimait pas particulièrement l'alcool, mais comme le disait Draco, un petit verre de temps en temps n'était pas mauvais… Et il en consommait donc souvent, les nuits où la présence de son ami ne suffisait pas à l'apaiser. Ce fut la raison pour laquelle il se retrouva sur son canapé, quinze jours après le début des vacances d'été, les yeux fixés sur l'âtre, un verre de Cointreau en main. Les notes délicates de Chopin se déversaient dans la petite pièce aux hautes fenêtres à guillotines. Le temps était radieux pour ce début juillet et Harry avait ouvert la fenêtre sur l'extérieur, profitant de la brise légère qui faisait remuer les rideaux bordeaux.
Il avait les yeux clos et la musique diffusait ses notes parfois douces ou violentes mais ça ne l'empêcha pas de percevoir les pas hésitants de Severus dans l'embrasure de la porte. Il reconnaissait sa démarche – presque sournoise, d'une discrétion stupéfiante – parmi celle de tous ses invités. Harry ne se tourna pas mais attendit simplement que le jeune homme s'annonce par une parole quelconque qui finit par venir, au bout d'un très long moment.
« Vous buvez… »
C'était une constatation, toute simple. Mais il y avait dans ces deux mots une telle profondeur qu'Harry ne put s'empêcher de se tourner vers lui pour le découvrir, en robe de chambre, juste derrière lui.
« Juste un verre, répondit Harry. Jamais plus. »
Severus ne répondit rien. Il fixa ses yeux sur le verre à demi plein, l'air pensif.
« Est-ce que c'est bon ? demanda-t-il en contournant le canapé pour aller s'asseoir dans un fauteuil.
-Pas vraiment, avoua Harry. Ça a un goût… et bien, dégoûtant à la première gorgée. Ensuite, je ne sais pas. On dirait presque que ça insensibilise mes papilles gustatives car je ne ressens qu'une vague sensation…
-Alors pourquoi en boire ? »
Harry contempla un instant le verre d'alcool, fixant le liquide transparent miroitant dans le verre.
« Ça me détend, avoua-t-il. Un verre est suffisant.
-La camomille fonctionne mieux, répliqua Severus.
-Sans doute, oui, répondit Harry en le regardant à nouveau. Vous êtes contre l'alcool…
-Mon père boit.
-Ah. »
La conversation s'arrêta là et Harry reprit la contemplation du verre, sans toutefois oser le porter à ses lèvres à nouveau. Severus le fixait, attendant manifestement quelque chose.
« Pourquoi ne dormez-vous pas ? questionna Harry, réalisant qu'il était près de deux heures du matin et que le jeune homme n'aurait pas du être là.
-J'avais soif, répondit Severus. Et quand je suis descendu pour prendre de quoi boire, j'ai entendu de la musique.
-Mais ça ne s'entend pas à l'étage, n'est-ce pas ? s'enquit Harry.
-Non, juste au rez-de-chaussée. »
Harry soupira de soulagement. Il n'avait pas envie de réveiller toute la maison égoïstement, juste parce qu'il n'était pas capable de dormir.
« Pourquoi ne dormez-vous pas ? » demanda Severus, reprenant la question d'Harry.
Ce dernier soupira. Voilà qui était une excellente question. Pourquoi ne dormait-il pas ? Pourquoi restait-il obstinément figé sur le dernier affrontement entre Voldemort et lui ?
« Je l'ignore, dit-il pensivement. Ma dernière bataille… disons qu'elle me reste en travers de la gorge. »
Il regarda le feu brûlant dans la cheminée puis se tourna vers lui.
« On vous a raconté ce qu'il s'y était passé ?
-Pas en détail, répondit Severus. Jusque que le professeur Dearborn est mort là-bas et qu'il y avait des inferi… »
Harry grimaça en se rappelant des deux cents cadavres courant vers eux pour les tuer. Il se tourna vers lui, pris une inspiration et se mit à lui raconter. La musique de Chopin, soudain devenue violente, n'aurait pas pu être meilleure pour accompagner son récit et il voyait les yeux de Severus s'écarquiller au fur et à mesure de son récit.
« Bellatrix, marmonna Severus à la fin. Je l'ai connue, vous savez ? Elle est assez… sadique, dans son genre.
-A qui le dites-vous, marmonna Harry.
-Mais comment avez-vous fais pour écrire l'évocation de ces deux constellations ? Je veux dire… J'ai déjà vu à quoi ressemblait une évocation et c'est si… complexe !
-Je les connais toutes par cœur, répondit Harry avec un léger sourire. Ma mère m'a obligé à les mémoriser sur le bout des doigts. C'était une véritable torture car chaque fois que je faisais une erreur, j'étais sévèrement puni… elle m'obligeait à marcher sur les mains pendant une journée si je faisais une erreur, deux s'il y en avait deux, etc. Autant dire que j'ai bien musclé mes bras pendant les mois où j'ai du les étudier. »
Il leva sa main vide devant lui et la regarda avec un sourire presque tendre.
« Par cœur ? s'exclama Severus en le fixant. Mais… c'est possible ? Je veux dire, elles sont si alambiquées, il y a plein de traits, de courbes et l'écriture est si… »
Harry esquissa un sourire en voyant l'ébahissement de son ancien professeur. Voilà une expression presque admirative qu'il n'aurait jamais eue, de l'autre Severus Snape. Il posa son verre sur une table basse, leva la main et fit venir à lui un flacon d'encre, un morceau de parchemin et une plume.
« Je les connais toutes, dit Harry avec un sourire. Allez-y, demandez m'en une ! »
Severus parut réfléchir un instant, pensif.
« Capricorne !dit-il avec un léger sourire.
-Votre signe, n'est-ce pas ? demanda Harry, amusé. Voyons voir ça… »
Il ouvrit le flacon d'encre et trempa sa plume dedans, commençant à tracer plusieurs symboles sur le papier.
« L'astuce principale de l'invocation, c'est de ne pas tracer le cercle en premier, dit-il en dessinant le symbole du capricorne avec soin sur la feuille. Il faut d'abord en faire l'intérieur et aller vers l'extérieur. De cette façon, vous ne risquez pas de souffrir d'un manque d'équilibre ou d'espace. L'espace et l'équilibre est déjà fait et il suffit de fermer le cercle premier pour le compléter. »
Il continua de dessiner avec concentration, allongeant les traits du capricorne, traçant des cercles et des runes qui se rejoignaient toutes en une mosaïque presque complexe mais magnifique. Et tandis qu'il écrivait, il remplissait la page de dessin. Il s'arrêta un moment pour reprendre de l'encre et pour tracer le premier cercle qui fermait le dessin. Là, il fit une pause pour réfléchir.
« Capricorne a un esprit assez libertin, mais l'appeler pour rien n'est pas une très bonne idée, dit-il. Ainsi, je pense qu'il est préférable de ne pas finir. De toute façon, la suite est évidente : il suffit d'écrire en rune ce qu'on veut que capricorne fasse. Puis de tracer un second cercle afin de terminer l'invocation. Et vous aurez le résultat. »
Il reposa la plume et tendit la feuille à Severus.
« Prenez-là. Si un jour, vous avez des ennuis, vous n'aurez qu'à l'appeler.
-Je ne suis pas très doué en runes, avoua Severus en admirant le dessin finement tracé.
- Oh, ce n'est pas si dur, dit Harry en reprenant une feuille. Pour « Aide-moi », vous écrivez ceci. »
Il traça les runes correspondantes.
« Maintenant, il faut savoir qu'une incantation n'aime pas les ordres imprécis. Mieux vaut préciser. Donc, si vous êtes attaqués, le mieux serait de lui demander d'arrêter vos ennemis. Et je vous conseille alors d'écrire ceci. »
Il traça d'autres symboles et écrivit la traduction en dessous.
« Capricorne est une invocation d'attaque, si vous tombez dans le vide, il aura du mal à vous sauver alors mieux vaut l'utiliser pour un cas d'ennemi en surnombre. D'accord ?
-D'accord, dit Severus en prenant la seconde feuille. Merci. C'est… impressionnant, vraiment. »
Harry sourit en le regardant contempler le dessin.
« Alors vous vous y connaissez aussi en rune, dit-il.
-Ma mère, répondit Harry en haussant les épaules. Elle a pris très à cœur notre éducation, à Drake et moi. A notre demande, je dois l'avouer. Elle m'a appris le combat physique, les potions, la médicomagie, la métamorphose, les enchantements, les runes, l'occlumencie, la légilimencie, la botanique et aussi, je l'admets, la magie noire.
-La magie noire ? s'étonna Severus, stupéfait. Vous… vous en faites ?
-En faire… non, pas vraiment, grimaça Harry. La majorité des rituels de vraies magies noires demandent des composants qui me répugnent assez. Les cadavres, le sang, tout ça… ce n'est pas vraiment quelque chose que je tolère. Mais beaucoup de magie considérée comme noire ne l'est pas. Elle est juste très mal utilisée. Mais ça fait partie de l'homme. Par exemple, on pourrait comparer les armes moldues à de la magie noire. Elles sont normalement interdites, parce qu'elles font du mal, mais les autorités compétentes sont pourtant autorisées à s'en servir. Pourtant, une arme à feu, qu'elle soit dans les mains d'un policier ou d'un homme de trente ans banal reste une arme à feu. Elle peut tuer, blesser et elle est dangereuse. Tout dépend de ce qu'on en fait et du point de vue abordé.
-Donc, pour vous… utiliser la magie noire. Enfin, dite noire, n'est pas une mauvaise chose ?
-Pas totalement, répondit Harry, pensif. Prenez le Fourchelangue ! C'est considérez comme de la magie noire, essentiellement parce que deux mages noirs connus l'utilisaient. Mais tous les utilisateurs de Fourchelangue ne sont pas foncièrement mauvais.
-Mais ce n'est pas comme s'il y avait eu de bons sorciers qui parlent le fourchelangue.
-Non, malheureusement. D'un autre côté, on peut s'attendre à ce qu'un bon sorcier le parlant n'aurait pas envie de s'en vanter, étant donné la réputation accompagnant les utilisateurs de ce pouvoir. »
Severus resta un instant pensif et finit par hocher la tête, le lui concédant. Le silence se prolongea pendant un long moment puis, brutalement, Severus parla à nouveau.
« Ils auraient du tous mourir, chuchota-t-il en relevant les yeux pour les plonger dans ceux d'Harry. Si vous n'aviez pas été là, si vous n'aviez pas été capable d'invoquer des constellations, tout le monde serait mort. Pas seulement le professeur Dearborn, mais aussi les frères Prewett, Lucius Malfoy, Drake et vous. Vous n'avez pas besoin de sans arrêt retourner ce combat dans votre tête, de vous en vouloir pour un évènement sur lequel vous n'aviez aucun poids. C'était un piège et vous avez réussi à sauver pratiquement tout le monde. Personne n'aurait fait mieux. »
Harry le fixa pendant un long moment, incapable de parler. Des mots pareils, dits par cette voix… Bien sûr, ce Severus là n'était pas le sien. Mais ça avait son importance. Et alors que Draco lui avait dit la même chose pendant plusieurs jours, ce furent les paroles de Severus qui lui apportèrent un soulagement sans borne. Il avait fait de son mieux, c'était vrai. Il n'avait pas pu sauver tout le monde. Mais c'était toujours mieux que rien.
Avec un temps de retard, Harry se rendit compte que Severus s'était levé et assis à côté de lui. Se rapprochement soudain le laissa un instant surpris mais il écarta cela de sa tête pour se concentrer sur le jeune homme assis près de lui.
« Vous devriez dormir, lui dit Severus, sans jamais le quitter des yeux. Et reprendre votre vie. Vos amis s'inquiètent beaucoup pour vous. »
Harry hocha lentement la tête, comme hypnotisé par le regard noir si insondable. Il resta un moment immobile, puis, brutalement cligna des yeux en ayant l'impression de sortir d'un charme d'hypnose. Il se sentit fatigué et n'eut tout à coup qu'une seule envie : rejoindre son lit, se rouler en boule et dormir aussi longtemps qu'il le pouvait. Il tourna de nouveau la tête vers Severus qui regardait de nouveau la cheminée et sourit.
« Qu'est-ce que c'était, ça ? demanda-t-il.
-Ça quoi ? demanda Severus en tournant la tête vers lui.
-Ce que vous venez de faire, dit Harry. Est-ce que vous m'avez hypnotisé ou… »
L'air totalement sceptique de Severus le laissa songeur. Est-ce que réellement, le jeune homme n'avait pas eu conscience du pouvoir persuasif de ses mots ? Était-ce un accident ou feintait-il l'innocence ? Harry éloigna ces questions. Il était trop fatigué que pour y penser. Il interrogerait Draco.
« Oubliez ça, lui dit-il en se levant. Nous devrions tous les deux allé dormir. »
Severus approuva et se leva. Ils quittèrent tous les deux la pièce tranquillement, dans un silence tranquille. En un léger mouvement de main, Harry arrêta le tourne disque, éteignit feu et lumière et referma la porte en silence. Ils traversèrent le grand salon et le couloir sans dire un mot puis montèrent les marches menant aux étages. Arrivés aux premiers, ils s'arrêtèrent sur le pallier et se regardèrent.
« Merci pour cette conversation, Severus, dit tranquillement Harry. C'est toujours un grand plaisir de discuter avec vous.
-De rien, répondit le jeune homme. Il faudrait qu'on se voie. Pour la potion de ma mère. Et j'aimerais aussi… si c'était possible… vous la présenter. Qu'elle sache qui est responsable de ma chance. »
Harry resta un instant stupéfait mais il haussa finalement les épaules.
« D'accord, lui dit-il. Je vais regarder dans l'agenda tyrannique de Drake si je peux vous consacrer un jour pour tout cela et je vous le communiquerais. Bonne nuit.
-Bonne nuit. »
Severus se détourna et commença à monter à l'étage suivant mais Harry l'arrêta.
« Oh, Severus, appela-t-il discrètement. Il y a une salle d'entraînement au duel magique, dans le manoir. Est-ce que… ça vous tenterait de m'y rejoindre samedi, après le déjeuner ? »
Le jeune homme lui sourit en réponse.
« D'accord, dit-il. A samedi. »
Et il reprit son ascension. Cette fois, Harry ne l'arrêta pas, bien qu'il eut l'étrange envie, l'espace d'un instant, de le retenir auprès de lui. Il secoua la tête et traversa le couloir pour entrer dans sa chambre. Draco était bien entendu dans son lit, comme chaque nuit depuis l'attaque. Harry n'avait pas quitté une seule fois sa chambre, c'était donc au blond de l'y rejoindre. Traversant la pièce spacieuse, il enleva sa robe de chambre et fit glisser le pantalon de pyjama qu'il portait pour enfin monter sur l'immense matelas, le tout dans le noir. Il s'approcha du corps rassurant étendu et endormi et se blottit contre lui. Naturellement, le bras de Draco vint s'enrouler autour de sa taille et Harry sourit. Quoi qu'ait fait Severus, il se sentait enfin apaiser. Et il ne l'en remercierait jamais assez !
oOo
Quand Draco se réveilla le lendemain, il mit quelques secondes avant de se rendre compte que son meilleur ami était avachi sur lui, manifestement profondément endormi. A cette vue, toutefois, il sourit. Harry avait l'air serein, enfin. Il se pencha sur lui, embrassa son front dépourvu de la tresse habituelle et se leva difficilement pour aller directement à la salle de bain. Heureusement, il avait pris pour habitude de garder des vêtements dans la chambre d'Harry. Il n'eut donc aucune difficulté à s'habiller avant de quitter la pièce d'un pas tranquille.
Aucun son ne se faisait entendre, mais il savait que les adolescents étaient réveillés. Du moins, Severus et Regulus l'étaient, habituellement. Quand il arriva dans l'immense et magnifique cuisine du manoir, pourtant, seul Regulus était levé, à sa grande stupeur.
« Bonjour, dit-il en entrant, faisant sursauter l'adolescent qui buvait tranquillement un verre de jus de citrouille. Severus n'est pas des nôtres ce matin ?
-Apparemment non, dit Regulus. Comme quoi, même lui peut faire la grasse matinée…
-Et pas toi ? demanda Draco en allant s'asseoir en face de lui. Tu as pourtant la réputation d'être un grand dormeur ! »
Regulus rougit en marmonnant quelque chose, l'ancien Serpentard souriant aussitôt.
« La mère d'Ash arrive aujourd'hui, prévint Draco avec un air ravi. C'est quelqu'un d'assez brutal qui aime l'action. Alors évite de trop paresser auprès d'elle, sinon, elle te fera vivre l'enfer !
-Vraiment ? demanda Regulus, étonné.
-Crois-moi, je n'ai pas eu mes muscles en restant sagement assis dans un coin ! Elle m'a torturé par tous les moyens humainement connus. Et même d'autres procédés qui, eux, étaient clairement inhumains ! Mais c'est quelqu'un d'extraordinairement vivant et chaleureux. J'espère que vous vous entendrez bien. »
Regulus hocha la tête tout en continuant de déjeuner et Draco sourit.
« Alors, les leçons de potions avec Severus ? dit-il. Est-ce profitable ?
-Pas vraiment, admit Regulus. C'est un vrai tortionnaire, il n'a aucune patience !
-Il en a, quand on est doué, signala Draco.
-Et bien, je ne le suis pas ! s'agaça le jeune homme. Mais je n'y peux rien, je n'ai plus eu de potion depuis un an et je n'ai jamais été très doué !
-Raison de plus pour t'appliquer. Je voulais également te prévenir que je t'ai inscris aux BUSES de rattrapage de cet été, pour les potions.
-Tu… Tu quoi ? s'étrangla presque Regulus, l'air horrifié. Mais… mais…
-Celle de potion aura lieu le trois août. Alors tu as intérêt à être prêt. Severus te donnera des leçons jusque là et je t'en dispenserai aussi. Inutile de me regarder comme si je te jetais dans la fausse aux dragons, Regulus. Tu veux devenir médicomage, oui ou non ?
-Oui, je le veux ! Mais je ne serai jamais prêt, Drake ! C'est dans quinze jours !
-Dix huit, en vérité, lui dit Draco. Tu as le niveau d'un troisième année. J'ai pu le constater lors du test. Tu n'as plus qu'à rattraper deux ans et je sais que Severus s'y atèle de toutes ses forces. Ecoute-le soigneusement et ça devrait aller…
-Mais il ne fait que me brimer dès que je fais la moindre erreur !
-Vois ça comme des conseils, pas comme des brimades.
-En quoi le fait de me faire traiter de cornichon sans cervelle est un conseil ? »
Draco ne put s'empêcher d'éclater de rire à ces mots. Et bien, les méthodes de Severus pour l'enseignement n'avaient pas changé.
« S'il te hurle de tels mots, c'est parce qu'il a peur que tu fasses tout exploser et que tu tues tout le monde. Soit attentif à ses gestes, à ses mots. Et je ne parle pas de ses insultes, mais bien des conseils qu'il distille sous une belle flopée de sarcasme. Et tu verras, tu évolueras vite. Et étudie. Revois les livres que je t'ai donnés. Ça devrait t'occuper un bon moment de la journée, je pense. Et samedi, nous aurons cours ensembles. J'évaluerai ta progression et je t'apprendrai ce que tu n'as pas saisi avec Severus. D'accord ?
-Mais pourquoi ce n'est pas toi qui m'apprends directement ? s'agaça Regulus.
-Parce que je suis trop occupé, lui répondit Draco. Je te l'ai dit, non ? Je gère l'empire Sadrah et ce n'est pas de tout repos. Je dois jongler avec plus de dix propriétés louées, six multinationales et l'agenda d'Ash. Ce n'est pas vraiment évident.
-Mais pourquoi ce n'est pas Ash qui le fait ? Ce sont ses affaires !
-S'il les gère, il sera ruiné demain. Il n'a aucune notion d'économie et je ne te parle même pas des relations publiques. Il m'a engagé comme secrétaire et à raison. Allons, ne fais pas cette tête. Je t'avais dis que nous ne pourrions pas passer beaucoup de temps ensembles, pendant cet été. »
Regulus lui répondit par cette charmante petite moue boudeuse que Draco adorait. Il rit en le voyant et se leva pour aller près de lui. Aussitôt, le garçon perdit son air contraint pour prendre celui gêné et embarrassé qu'il avait, lorsque Draco s'autorisait un rapprochement physique. Cette timidité le rendait presque aussi fou que son air boudeur.
« Arrête de faire la tête sans arrêt, lui dit l'ancien Serpentard en l'enlaçant tranquillement, ignorant son air presque désespéré. Nous passerons des moments ensembles, je te le promets. »
Sans pouvoir se retenir, Draco enfouit son visage dans la gorge de Regulus, son nez passant près de sa carotide. Son mouvement déclencha un puissant frisson dans le corps du plus jeune et Draco sourit.
« J'aimerai te présenter à mon frère, aussi, chuchota-t-il contre la peau douce et chaude de sa gorge, amusé du petit halètement de Regulus. Je lui ai parlé de toi et… il est impatient de te découvrir.
-Ton.. ton frère ? Tu veux dire…
-Lucius, souffla Draco, une pointe d'amour vibrant à ce nom. Et Narcissa, son épouse. Je les adore. J'espère que vous vous entendrez bien.
-On s'entendra ! », cria presque Regulus, prenant manifestement ça pour un défi.
Draco rit contre sa gorge qu'il embrassa délicatement, le plus jeune hoquetant en le sentant faire.
« Merlin, que c'est agréable, marmonna Draco en continuant de donner de petits baisers contre sa peau. Dommage que Sirius doive bientôt arriver. »
Il se détacha d'un Regulus stupéfait et retourna s'asseoir. A peine avait-il posé ses fesses sur sa chaise que la porte s'ouvrait sur un Sirius à la mine fatiguée, les cheveux ébouriffés.
« Tiens, Snape n'est pas levé, marmonna-t-il en se grattant le crane. Oh, j'ai interrompu quelque chose ? Tu es tout rouge, Regulus !
-Quoi ? Non, non, pas du tout ! balbutia le jeune Black, rougissant encore plus sous l'air hilare de Draco. Qu'est-ce que tu vas imaginer, pervers !
-Dis celui qui se masturbe depuis... Aïe, tu m'as frappé ! Il m'a frappé !, s'exclama Sirius en montrant Regulus à un Draco feintant l'innocence.
-Je n'ai rien vu, biaisa le plus âgé.
-Tss, tu n'es pas bon juge. Ash dort encore ?
-Oui, il dormait profondément, ce matin, dit Draco avec un air ravi. Il avait l'air… serein. Peut-être descendra-t-il déjeuner ? »
Mais ils finirent leur petit déjeuner sans voir personne d'autre, pas même Severus, ce qui inquiéta Regulus.
« Je vais aller voir si tout va bien », dit-il en quittant la cuisine d'un pas rapide.
Draco le regarda quitter la pièce avec amusement et reporta son attention sur Sirius.
« Quelque chose de prévu, aujourd'hui ? demanda-t-il au jeune homme.
-Je vais chez James, dit-il. Quand est-ce qu'on va être intronisé ?
-Je verrai ça avec Dumbledore et je t'en ferai part, lui répondit Draco, amusé de son impatience. Mais ne sois pas trop impatient. Ah, la mère d'Ash arrive aujourd'hui, elle sera sûrement déjà là quand tu reviendras, pense à venir lui dire bonjour.
-Ok ! »
Draco quitta la pièce rapidement. Fixe devait arriver dans l'après-midi et il avait hâte de la voir. Harry avait l'air serein dans son sommeil, mais ça ne voulait rien dire ! Pour ce qu'il en savait, son ami pouvait encore être déprimé. Fixe saurait trouver les mots pour le sortir de son renfermement. Le bruit du glas de l'entrée le fit s'arrêter et se retourner vers la porte d'entrée. Tweet apparut dans un pop et après un regard pour Draco, ouvrit la porte. Sans surprise, il s'agissait de Fabian. Draco leva la main pour le saluer, appréciant sa ténacité. Même s'il se faisait rembarrer tous les jours, le jeune Prewett n'abandonnait pas.
« Il est réveillé ? demanda-t-il en confiant sa cape à Tweet qui alla aussitôt la suspendre dans le placard de l'entrée.
-Non, il dormait comme un bébé quand je suis descendu prendre mon petit déjeuné. Monte dans sa chambre, si tu veux. Peut-être qu'il sera heureux de te voir à son réveil. »
A la vue de l'expression clairement sceptique de Fabian, Draco réalisé que si son meilleur ami ne se remuait pas, il serait bientôt à nouveau célibataire. Les constants rejets d'Harry, doublé de son acceptation de Draco, avaient rendu Fabian extrêmement frileux dans leur relation. S'il s'obstinait à venir tous les jours pour le voir, Draco se demandait parfois si ce n'était pas pour mettre les points sur les i une bonne fois pour toute. Et une partie de lui savait que ce serait sans doute le plus simple. Manifestement, Harry n'était pas prêt à une relation de couple ou alors, Fabian n'était pas le bon candidat. Le manque d'attachement de son meilleur ami en était la preuve flagrante. Il restait pourtant neutre, souhaitant se tromper. Il voulait vraiment qu'Harry apprenne à faire confiance à quelqu'un d'autre que lui.
« Monte, lui dit-il avec tranquillité. Si tu es dans sa chambre, il sera bien obligé de te parler. Mais ne le réveille pas. S'il dort encore, je veux dire. Pour une fois qu'il trouve le sommeil, ce serait dommage. »
Fabian soupira mais s'exécuta. Il disparut rapidement au premier étage alors que Regulus descendait les marches, un grimoire sous le bras.
« Severus dort encore, dit-il avec stupéfaction, comme si c'était un évènement impensable. J'ai frappé et je suis entré et il dormait ! Tu le crois, toi ! Lui qui est toujours réveillé à l'aube ! Je me demande ce qu'il a fait hier soir.
-Tu lui demanderas quand il se sera réveillé, lui répondit Draco en montant. Tu vas étudier ?
-Oui, il faut bien. Si je ne le fais pas et qu'il découvre que j'ai profité de son sommeil pour flemmarder, je vais me faire tuer. Et toi ? Les affaires de la famille ?
-Exactement ! »
Ils se sourirent et se séparèrent, Draco montant jusqu'à sa propre chambre pour y prendre du travail qu'il avait abandonné. En passant devant la porte close d'Harry, il fut tenter de coller son oreille au battant mais renonça. Il aurait de toute façon un résumé détaillé plus tard, alors à quoi bon jouer les curieux. Il avait du travail qui l'attendait ! Surtout que, connaissant Fixe, elle voudrait jeter un œil sur tous les registres qu'il tenait afin de s'assurer qu'il gérait les entreprises convenablement. Mieux valait ne pas la décevoir. Sahara ou non, elle était encore capable de l'obliger à faire le tour de la propriété à cloche pied pendant trois heures !
oOo
Harry se réveilla en se sentant bien et reposé. C'était un fait si rare et nouveau qu'il resta un moment étendu dans son lit, les yeux clos et l'esprit libre. Il mit un certain temps à se rappeler de la raison de sa tranquillité d'esprit puis Severus et leur discussion lui revinrent en mémoire et il sourit. Il faudrait qu'il se débrouille pour le remercier. D'une façon discrète et détournée, sinon, le jeune homme ne l'accepterait jamais, mais il le fallait. Il avait l'impression qu'un baume avait été posé sur son esprit et qu'il pouvait de nouveau relever la tête. Il lui devait vraiment beaucoup.
Heureux et soulagé, il ouvrit les yeux, les plissant d'abord à cause de la luminosité et pour permettre au sortilège correctif d'installer la bonne dioptrie sur ses yeux. Quand il constata qu'il voyait le plafond nettement, il se redressa avec lenteur, laissant à son corps le temps de s'habituer au réveil. Il resta pourtant totalement stupéfait en découvrant Fabian, tranquillement assis au pied de son lit.
« F..Fabian ? dit-il, stupéfait. Mais qu'est-ce que tu…
-Drake m'a dit d'entrer. J'ai cru que tu ne te réveillerais jamais. »
Le jeune homme était froid, d'une fureur contenue difficilement et Harry retint sans peine la grimace qu'il eut envie d'arborer en l'entendant parler.
« Je vois, dit-il. Il a bien fait. Je suis content de te voir. »
Harry avait parlé avec honnêteté. Il était conscient d'être allé loin dans son rejet de son jeune amant mais n'avait vraiment pas envie de voir qui que ce soit jusqu'à présent. Il se sentait trop mal par rapport au combat livré dans le nord de l'Angleterre. Mais tout à coup, il se sentait en pleine forme et avait envie de voir tout le monde.
« Tu es content de me voir, répéta Fabian. Quel changement. Tu ne disais pas ça, hier. Ni les quinze derniers jours, d'ailleurs. »
Cette fois, Harry grimaça réellement.
« Je suis désolé, dit-il, sincère. Je n'ai pas été facile, je sais, mais… c'était difficile, pour moi… avec le combat et Caradoc…
-C'était difficile pour toi, répéta Fabian, manifestement incapable de se contrôler plus. Et pour moi, tu crois que ça ne l'était pas ? Tu crois que ça a été facile, pour Gideon, Lucius ou Drake ? Ou pour un autre membre de l'ordre ? Tu crois que c'était facile pour un d'entre eux ? Sa mort a été horrible pour tout le monde, Ash, mais personne ne s'est enfermé dans sa chambre en rejetant tout le monde à part toi ! On a tous été triste et affligés. On a tous eu besoin de réconfort. J'avais besoin de toi, mais toi, tout ce que tu voulais, c'était Drake ! »
Harry soupira. Ce n'était pas un réveil idéal, loin de là. La joie qu'il avait ressentie en ouvrant les yeux fondit comme neige au soleil mais il se força à garder la tête haute.
« Je t'ai déjà expliqué ce qui m'était arrivé, dit-il. Je réagis mal face au deuil et je…
-On réagit tous mal face au deuil ! Drake aussi réagit mal mais il n'a repoussé personne pour autant.
-Drake n'a pas vécu…
-Quoi ? Il n'a pas vécu quoi ? La mort de ses proches ? De ses amis ? Et alors, ça rend sa peine moins forte ? Ça rend ma peine moins forte que de ne pas avoir perdu mon frère, ma sœur ou mes parents ?
-Je ne dis pas ça, tempéra Harry. Nous avons juste une manière différente d'aborder ce genre de situation, c'est tout…
-Non, ce n'est pas tout, s'énerva Fabian en se levant. Merde, Ash, on est censé sortir ensemble, non ? Oh, enfin, sortir ensembles en secret, j'oubliais. Personne ne doit savoir qu'on se fréquente, après tout !
-Je t'ai expliqué pourquoi, tenta vaguement Harry.
-Oui, parce que Tu-Sais-Qui pourrait vouloir me tuer à cause de ça. Mais réveille-toi, Ash, Tu-Sais-Qui veut déjà me tuer, du fait que je suis dans l'ordre alors un peu plus un peu moins, ça m'est égale.
-Tu es en colère, je le sais, dit soudainement Harry en se levant, indifférent à sa nudité. Mais ça ne sert à rien de me crier dessus alors que je viens à peine de me réveiller ni de me hurler tout ce qui ne te convient pas dans notre relation. Ce n'est pas de cette façon que les choses avanceront !
-Oh et elles avanceront comment, hein ? Quand je me déciderai à nouveau à me jeter sur toi ? Parce qu'il n'y a que de cette façon que notre couple avance ! Quand je me jette sur toi, que je te dis que tu m'attires, que je t'embrasse et que j'initie tout ! Toi, tu te contentes de subir et de me ralentir quand tu t'aperçois que j'essaye de faire l'amour avec toi ! »
Les joues d'Harry s'empourprèrent légèrement quand il l'entendit dire ses mots. Il ramassa sa robe de chambre qu'il enfila timidement afin d'être plus présentable pour une discussion, aussi animée soit-elle.
« Je t'ai dit que je n'étais pas prêt à ça, tenta-t-il vaguement.
-J'ai surtout l'impression que tu ne veux pas être prêt ! cingla Fabian. Ou peut-être que tu ne veux simplement pas de moi ? »
Harry resta un instant interdit.
« Quoi ? dit-il, surpris. Non, c'est faux, Fabian, je veux de toi, je… Merlin, c'est difficile. »
Il se rassit sur son lit, embarrassé.
« Fabian, merde, je suis vierge, ok ? Je te l'ai dit. Je serai aussi gêné avec n'importe qui d'autre. Je n'ai jamais couché avec une fille, je ne me suis jamais imaginé avec un mec ! Et tu voudrais que je sois prêt du jour au lendemain à partager une relation physique avec toi ? J'ai peur de ça, ok ? J'en ai le droit, non ?
-Mais ça fait des mois qu'on est ensembles, qu'on fait des choses ensembles alors pourquoi…
-Parce que je n'y connais rien ! s'impatienta Harry. Rien du tout ! Je ne sais même pas ce que je suis censé faire, ce que tu attends de moi. Est-ce que je serai au-dessus ou en dessous, comment dois-je bouger mon corps, ou dois-je te toucher ? J'ai peur, bordel ! Ce n'est pas que je n'ai pas envie de toi, c'est faux, j'en meurs d'envie mais j'ai juste peur de… D'être nul ! Et c'est humiliant ! J'ai vingt-quatre ans, bientôt vingt-cinq et je ne sais même pas comment on fait… enfin, comment on couche avec quelqu'un ! C'est vraiment mortifiant, ok ! »
Il se tut, gêné d'avoir osé hurler de telles choses. Si Draco était dans sa chambre, nul doute qu'il avait tout entendu et qu'il devait étouffer de rire. Et il n'osait même pas regarder Fabian.
« Donc… Tu veux être avec moi ? demanda Fabian.
-Je t'ai dis que oui !
-Alors pourquoi est-ce que tu m'as rejeté ? Et je ne te parle pas du sexe, mais de ces quinze derniers jours. Pourquoi n'as-tu jamais demandé à me voir, me fermant la porte de ta chambre. Si tu veux être avec moi, pourquoi n'as-tu pas pensé une seule seconde que je pourrais peut-être te réconforter ? »
Harry ne trouva aucune réponse. Il ne savait pas. Il avait juste voulu se couper de ce monde, ne penser à rien, oublier l'horreur de cette nuit là. Et rester coucher en boule dans son lit avec Draco lui avait semblé une bonne méthode. Ça et l'exercice physique. Mais à aucun moment, il n'avait voulu voir Fabian. Le fait qu'il vienne tous les jours pour le voir, qu'il frappe à sa porte, l'avait même ennuyé. Il aurait voulu que le jeune homme ne soit pas si attaché à lui.
« Est-ce que tu veux vraiment être avec moi, Ash ? demanda calmement Fabian. Ou n'as-tu vraiment accepté d'être avec moi que pour vivre… une expérience ? »
Harry baissa la tête, mal à l'aise et Fabian soupira.
« J'aurai du m'en douter, dit-il. Au fond, c'est ma faute, c'est moi qui t'ai tendu la perche. Et voilà que je me fais battre avec… »
Il rit avec dépit et Harry se sentit affreusement mal en constatant son air attristé.
« Je tombe amoureux de toi, murmura Fabian en le regardant. Mais toi non. Je pense qu'on devrait arrêter là, avant que ce ne soit pire. Que je t'aime réellement et que toi, tu… ne te rendes compte que non. Ça te convient ? »
Harry ouvrit la bouche pour répondre. Est-ce que ça lui convenait ? Il découvrit avec horreur que oui. Pire, même, il s'en sentait soulagé. Comme si Fabian n'avait été qu'un poids. Honteux, il ferma la bouche et acquiesça.
« Je suis désolé, dit-il.
-Ne le sois pas, répondit Fabian. J'aurai du deviné que ce serait impossible. Mais j'ai la mauvaise habitude de me lancer dans les causes perdues. Je vais rentrer. »
Il se leva vivement du lit, prêt à partir mais Harry s'obligea à le rappeler.
« Fabian, dit-il, soucieux. Ça… est-ce qu'on pourrait quand même rester ami ? S'il te plait… »
Le jeune homme le regarda et lui sourit.
« Bien sûr, dit-il. Mais… laisse-moi un peu de temps, d'accord ? Il faut d'abord que… je digère un peu tout ça. »
Il quitta la chambre sans qu'Harry ne sache quoi lui répondre.
oOo
Harry était descendu sur le coup de midi, déclenchant la surprise des habitants de la maison mais il reçut un accueil joyeux. A sa grande surprise, Severus venait de se lever et mangeait tranquillement un toast dans son coin alors que Draco et Regulus partageait un repas plus consistant. Il préféra de loin accompagner le déjeuner de Severus, le steak et les pommes de terre ne le tentant vraiment pas pour un réveil.
« Réveil difficile ? demanda-t-il au futur potioniste en s'installant face à lui.
-Discuter pendant la nuit n'est pas une bonne idée », répliqua Severus.
Harry esquissa un sourire alors que Draco, immobile sur sa chaise, élevait un sourcil curieux. Il ne fit pourtant pas le moindre commentaire et continua de manger.
« Et avec Fabian, Ash ? » interrogea-t-il finalement, au bout d'une bonne dizaine de minutes de silence.
A la grimace de son meilleur ami, l'ancien Serpentard eut sa réponse.
« Ah, dit-il. J'en déduis que c'est terminé.
-Quelle perspicacité, marmonna Harry. Enfin, je suppose que c'est de ma faute. »
Draco ne répondit rien pendant un moment, semblant y réfléchir.
« Ne culpabilise pas, lui dit-il. Je crois de toute façon qu'il était mieux que ça s'arrête avant qu'il y ait trop de casse entre vous.
-Je le crois aussi, répondit Harry. Je suis juste désolé de lui avoir fait de faux espoirs.
-C'est continuer qui aurait été pire, intervint Severus. Il aurait cru avec le temps que vos sentiments étaient partagés alors que ce n'était pas le cas.
-Peut-être… Enfin, je préfère ne plus en parler, si ça ne vous dérange pas ? »
Tout le monde approuva et ils terminèrent leur repas dans un silence tranquille.
« Prêt, Ash ? demanda Draco en se levant alors que Tweet débarrassait les couverts sales du repas.
-Plus que prêt, répondit son ami avec un large sourire. Elle arrive dans deux heures, doit-on discuter des affaires avant ?
-C'est préférable. Même si elle sait que tu m'as affecté à la gestion, elle ne te pardonnerait pas d'être ignorant. En outre, tu as un certain planning social à respecter et j'aimerais que nous voyions ça ensembles avant que tu ne sois trop entreprit par ta mère et son entraînement monstrueux. Tu n'imagines pas combien je suis ravi de ne pas avoir à le suivre ! Je te plains, Ash. Sincèrement !
-Merci de la compassion, se moqua le concerné, moqueur. Mais en attendant, en ayant acquis les pouvoirs de la famille Sadrah, je vais être encore plus puissant…
-Et donc plus visé, signala Draco. Enfin, nous verrons. Tes nouveaux dons n'ont pas encore attiré notre ennemi déclaré, nous n'avons plus qu'à aviser si c'est le cas. Qu'allez-vous faire, les garçons ? »
Regulus grimaça alors que Severus haussait les épaules avec indifférences.
« Potions, répondit le plus âgé. Regulus a beaucoup à apprendre. Même s'il n'y mets pas beaucoup de bonnes volontés !
-Si tu arrêtais de m'insulter dès que je me trompe, je me débrouillerai peut-être mieux !
-Je ne t'insulte pas, je reflète la vérité : tu es un idiot qui ne sais pas additionner deux et deux. Donc, je te le signale. Tu n'as qu'à réparer ça ! Apprends à réfléchir !
-Tu vois pourquoi je veux que ce soit toi qui m'apprennes ! s'exclama Regulus en se tournant vers un Draco mort de rire. Quoi, pourquoi vous riez ? »
Harry, comme Draco, était en train de s'étouffer de rire derrière sa main, pratiquement couché sur la table de la cuisine déjà débarrassée et nettoyée.
« Pour rien, répondit Harry en essuyant une larme de rire. Sois patient, Regulus, Severus est un excellent potioniste mais apparemment mauvais pédagogue. Ignore les insultes et concentre-toi sur le savoir qu'il te transmet. Je sais pertinemment que c'est très difficile, mais sois courageux. Tu y gagneras bien plus en deux semaines de cours avec Severus qu'avec n'importe qui d'autre en trois mois. Sur ce, allez travailler, nous avons du pain sur la planche. Ah, interrompez-vous à quatorze heures. Je veux vous présenter ma mère !
-Ça ne nous laisse qu'une heure d'étude, signala Severus. Juste le temps de commencer un philtre de dégonflage jusqu'à la cinquième étape au moins. On descend, Regulus. »
A l'expression désespérée du plus jeune, les deux adultes ne purent s'empêcher de ricaner à nouveau. Ils allèrent rapidement dans le bureau de Draco qu'ils avaient aménagé au premier afin de discuter rapidement des affaires de la famille Sadrah ainsi que du planning des soirées. A la grande consternation d'Harry, Draco lui avait également programmé des interviews dans plusieurs revues sorcières importantes.
« Est-ce vraiment obligatoire ? geignit Harry alors qu'ils quittaient le bureau pour aller attendre l'arrivée de Fixe.
-Oui, répondit Draco. Tu n'es pas obligé de mentionner ton passé, je te conseils même vivement de couper court à toutes questions sur le sujet, mais il faut à tout prix que tu sois plus populaire. Plus tu montreras ta personne, plus tu gagneras en charisme, moins Voldemort aura de main mise sur les gens. Le fait que tu t'opposes à lui clairement, que tu le fasses avec assurance, fait de toi un homme rassurant.
-Et une cible désignée, marmonna Harry.
-Tu l'étais déjà avant, un peu plus un peu moins ! »
Ils arrivèrent dans le hall cinq minutes avant l'arrivée de Fixe. Ils savaient qu'elle serait pile à l'heure. Mais quand la porte s'ouvrit, juste au moment ou Severus et Regulus revenaient du laboratoire, Harry et Draco s'attendaient à voir une Fixe pleine d'énergie entrer. Ils s'attendaient à la voir franchir le seuil, un sac de voyage sur l'épaule, un large sourire aux lèvres, ses cheveux bleus dans tous les sens… Mais ce fut tout le contraire. Fixe avait l'air épuisée. Ses cheveux n'étaient plus bleus mais d'un blond foncé étonnant. Elle avait soudainement un visage plus âgé, plus fragile. Ils en restèrent choqué un instant, jusqu'à ce qu'elle pose son sac sur le sol d'un mouvement las.
« Et bien, dit-elle. Pas de bonjour, pas d'étreinte ni de baisers ? Fils ingrat ! »
Harry et Draco se reprirent et se précipitèrent vers elle, choqués malgré tout. Alors qu'ils la prenaient tour à tour dans leurs bras, ils échangèrent un regard alarmé. A leur étreinte, ils notèrent avec horreur qu'elle avait également horriblement maigri.
« Et qui sont ces deux jeunes hommes ? Vos amants ? »
Regulus rougit mais Severus haussa un sourcil sceptique.
« Fixe, je te présente Severus Snape…
-Ah, oui, le prodige, dit-elle en l'interrompant. Ash n'a cessé de me parler de toi dans ses lettres, jeune homme et Prafics t'attend avec impatience ! J'espère que tu seras digne de son apprentissage, il n'a plus eu d'élève depuis… au moins dix ans !
-Je ferai de mon mieux, Madame, répondit poliment le jeune homme.
-Oh, non, pas de Madame, pitié, dit-elle. Appelle-moi Fixe et tutoies-moi ! Et cet autre petit jeune homme tout rouge ?
-Regulus Black, intervint Draco avec un sourire amusé. Mon futur amant.
-Futur ? demanda Fixe en le regardant avec étonnement alors que Regulus rougissait d'avantage. Il est a croqué, comment peux-tu attendre ?
-Il est mineur et c'est mon patient, si je puis dire. Pas le choix.
-Ash n'a qu'à s'en occuper et il finira bien par être majeur. Tu as bien du courage, en tout cas. Mais n'y en avait-il pas un troisième ?
-Sirius Black, répondit Harry. Le frère de Regulus. Il est chez un ami pour l'instant mais il rentrera ce soir.
-Bon, je ferai sa connaissance plus tard, alors. Bien, nous avons une discussion à avoir tous les trois. J'ai besoin de savoir comment va ma famille. J'ai aussi besoin de savoir si tu es prêt à travailler avec moi, Ash.
-J'ai lu tous les livres que tu m'as envoyée, si c'est la question. Mais est-ce que je suis prêt à utiliser le potentiel de la famille Sadrah, je l'ignore.
-Tu sauras le faire. Tu as bien réussi à avaler les intestins d'un crabe de feu, ça devrait aller pour cet apprentissage. »
A cette mention, Harry sentit une bile atroce lui monter dans la gorge. Fixe et ses stages de survie en plein Sahara… il avait préféré oublier ça totalement !
« Bien, montons à mon bureau, dans ce cas, dit Draco. Sauf si tu veux d'abord t'installer…
-Non, ça peut attendre. L'entraînement d'Ash doit commencer au plus vite, nous avons peu de temps. Tu lui as aménagé du temps ?
-Il est tout à toi, sauf le soir et le samedi.
-Le samedi ? demanda Fixe.
-Je suis occupé avec Severus, ce jour là, répondit Harry.
-Mhmm, on devrait pouvoir y arriver, mais ça va être juste. Montons. Je dois vous parler d'une chose importante.
-Bonne continuation, les garçons », dirent Harry et Draco en suivant une fixe à la démarche importante.
Ils arrivèrent très vite au bureau de Draco qui se trouvait près de leurs appartements respectifs. Spacieux, pourvu d'énormes bibliothèques remplies de livres fiscaux, de droit ou de compte, L'étude, comme l'appelait pompeusement son possesseur, était une pièce éclairée, remplie de moulures ouvragées et de bois travailler. Un seul mur était couvert d'un papier peint vert forêt. Tout le reste était recouvert de meuble. Le vaste bureau de travail était au centre de la pièce, dos à la fenêtre. Le large siège en cuire noir de Draco donnait un confort royal à son possesseur.
D'autres sièges avaient été installés, afin de donner un certain confort aux visiteurs. Fixe prit automatiquement le fauteuil de Draco mais elle nia les livres de comptes installés devant elle pour regarder les deux jeunes hommes face à elle. Ceux-ci la fixaient avec inquiétude.
« Que se passe-t-il, Fixe ? demanda Harry, inquiet de son sérieux inhabituel.
-Je vais mourir », lui répondit-elle calmement.
Il y eut un long silence pesant pendant laquelle l'information pénétra les consciences des deux jeunes hommes qui bondirent alors de leurs sièges, stupéfaits.
« Quoi ?
-C'est une blague ?
-Qu'est-ce que tu racontes enfin ?
-Comment ça, tu vas mourir ?
-Pourquoi ?
-DU CALME ! »
Ils se turent aussitôt, habitués à lui obéir.
« Je vais mourir », répéta Fixe en se levant de son siège.
Elle détacha lentement la cape légère qu'elle portait. Le vêtement tomba au sol souplement, à la grande indifférence de tous. Ensuite, mécaniquement, Fixe souleva le pull qu'elle portait et l'ôta, restant simplement en sous-vêtement. Les deux jeunes hommes la fixèrent avec stupeur, interrogateurs. Fixe se contenta de se retourner. Sur son dos, des chiffres rouges sang étaient gravés dans sa chaire. 00,00,63.
« Qu'est-ce que…
-Ce sont les jours qui me restent à vivre, répondit Fixe, le dos tourné. Soixante-trois jours. C'est le temps qu'il me reste pour te former, Ash. »
Elle se retourna, leur faisant face.
« La raison de ma mort s'explique par une technique Sadrah. Une technique interdite qui s'appelle 'La main de dieu'.
-La main de dieu ? demanda Harry, livide.
-C'est une invocation spécifique ou l'invocateur échange du temps de vie contre quelque chose.
-Tu as échangé ton temps de vie ? s'horrifia Draco.
-Oui, répondit Fixe en s'asseyant dans le fauteuil. J'étais jeune et stupide. J'avais des ambitions idiotes et j'ai cédé à la tentation. J'ai échangé du temps de vie contre la main de dieu.
-Mais… qu'est-ce que c'est ?, murmura Harry, bouleversé. Qu'est-ce que la main de dieu ?
-C'est ce que tu veux, répondit Fixe. La force ultime. Le talent de chanter. De peindre, d'écrire. La beauté ou la jeunesse éternelle, dans le sens où elle durera jusqu'à ta mort. C'est tout, Ash. La main de dieu. C'est ce que tu veux, contre ta vie. »
Harry et Draco restèrent silencieux, stupéfaits. La perspective d'un tel pouvoir leur donna froid dans le dos et Fixe eut un sourire presque las.
« C'est une technique que notre famille a inventé au seizième siècle. Beaucoup des membres de notre famille ont utilisé cette technique. Mais j'espère sincèrement que tu ne feras pas cette bêtise, Ash. Si ça ne tenait qu'à moi, je ne te l'enseignerais pas. Mais au dix-huitième siècle, un des membres de notre famille a pris la décision de ne pas transmettre ce savoir à son descendant. Ce dernier n'a donc pas pu l'apprendre à son propre fils qui l'a pourtant utilisé sans savoir ce qu'il devait faire. Il a été responsable de la mort de trente-quatre personnes et a bien failli être le dernier descendant de la famille. Après cela, son héritier s'est penché sur cette invocation et a fini par réapprendre. Depuis, nous avons décidé de transmettre ça à tous nos héritiers afin que ce genre de catastrophes ne se réitère pas. Mais je ne veux pas que tu l'utilises, Ash. Jamais. »
Elle se tut quelques secondes avant de s'apercevoir qu'elle était à demi nue. Ramassant son pull sur le sol, elle se remit à parler.
« On croit que ce qu'on échange vaut bien notre vie, dit-elle avec amertume. On se dit que s'il nous reste trente ans, c'est assez. Mais on a tort. Quoi que tu aies envie d'échanger contre ta vie, Harry… ne le fais jamais.
-Je… ne crois pas que j'en aurais l'envie, de toute façon.
-Oui, c'est ce qu'on dit tous… Mais on finit toujours pas le faire. La preuve. »
Elle désigna son dos d'un mouvement las.
« Bref, ce temps réduit de ma vie veut dire que je n'ai plus que soixante-trois jours pour t'apprendre une magie qu'il m'a fallut trois ans à acquérir. Tu ne peux vraiment pas te passer de ton samedi avec Severus ?
-Non, il a plusieurs choses importantes à m'apprendre. Dans l'immédiat, je ne peux pas, mais je pense y arriver pour le mois d'août… Enfin, j'espère.
-Bon, on fera avec. Passons aux comptes ! Drake, tu m'expliques ? »
L'ancien Serpentard resta muet, encore choqué.
« Euh… Fixe, est-ce qu'on ne peut pas…
-En parler ? Essayer de trouver une solution ? demanda-t-elle. Non, Drake, on ne peut pas. La main de Dieu est irréversible. Je ne peux pas juste la rendre et récupérer mon temps perdu. C'est fait. Je sais que ça doit vous faire un choc, mais pitié, je suis encore en vie. Pourrait-on juste ignorer que mon décompte a quitté les années et cesser d'afficher les mois ? Les comptes, Drake. Maintenant, nous avons peu de temps ! »
Difficilement, la gorge nouée, Draco s'exécuta.
oOo
Ils n'avaient parlé que de comptes toute la journée et quand vint le moment du souper, ils descendirent au rez-de-chaussée en étant épuisé. Sirius était rentré et paraissait en pleine forme, comme d'habitude. Il les salua avec sa fougue habituelle, raconta un long moment toutes les choses drôles qu'il avait faites avec James – Severus leva souvent les yeux au ciel à son récit – puis les quitta en prétextant être fatigué. Le fait qu'il montait les escaliers en sautillant contredisait ses dires, mais personne ne le retint. Autant les trois adultes étaient trop fatigués que pour le supporter, autant Severus et Regulus appréciaient la tranquillité apportée par son absence !
L'arrivée inopinée mais bienvenue de Lucius et Narcissa anima la soirée. Regulus, conscient que Draco voulait qu'il s'entende avec eux, se montra d'une exquise politesse, voir même presque trop complaisant. Lui qui passait son temps à bouder paraissait un homme du monde et s'en était déstabilisant. Bien entendu, Draco ne rata pas l'occasion de taquiner Harry.
« Tu vois, Ash ? Regulus, lui, sait être mondain ! Prends exemple sur lui ou tu me verras obligé de lui demander de te donner des cours. »
Son meilleur ami lui répondit par un regard froid et indifférent, ce qui fit rire clairement Narcissa. Cette dernière aimait beaucoup l'ancien Gryffondor, sans doute atteinte par son côté torturé. Draco le qualifiait de Bonne action de l'année vis-à-vis de sa jeune mère mais Harry n'y voyait là aucune insulte. De plus, il avait toujours trouvé Narcissa Malfoy très attachante – du point de vue maternelle, bien entendu – et étant donné la distance méfiante qu'il gardait avec Lucius, il appréciait de pouvoir discuter avec quelqu'un quand ce dernier venait monopoliser Draco.
A un moment dans la soirée, alors qu'il pensait aller se coucher, Harry remarqua que Fixe et Severus étaient en grande conversation. Discrètement, feintant de vouloir regarder par la fenêtre, il s'approcha d'eux pour tenter d'entendre leur conversation. Il découvrit avec amusement que Severus bombardait Fixe de question sur Claus Prafics. Sa mère adoptive, manifestement amusée de sa curiosité, lui répondait avec une patience absolue.
« Gardez donc un peu de surprise, Severus, intervint Harry, au bout d'un moment. Vous serez déçu, sinon… »
Le jeune homme avait tourné la tête vers lui et esquissé un sourire.
« Peu de chance, répondit-il. C'est un géni en potion, qu'importe que je sache tout sur lui d'avance ou non, ce sera extraordinaire !
-Fais confiance à Claus pour t'éblouir, intervint Fixe. Il a tendance à être assez excentrique, ce qui explique qu'il n'a jamais eu beaucoup d'élèves, très peu sont capables de le supporter.
-Mais le seul élève qu'il a eu est devenu un véritable maître ! souligna Severus, manifestement bien renseigné.
-Et bien, il faut croire que quand ce fainéant se décide à être sérieux, ça a des conséquences, se moqua Fixe. Mais il va te falloir beaucoup de patience ! »
Severus eut un rictus qui en disait long sur sa patience mais ne releva pas.
« Bon, je crois que je vais tous vous abandonner, dit soudainement Fixe. Je suis épuisée par le voyage. Ash, tu devrais faire la même chose. La journée de demain va être longue pour toi…
-Ne t'inquiète pas, je tiendrai, lui répondit Harry avec un sourire amusé. Enfin, j'espère. Bonne nuit. »
Tout le monde se joignit aux salutations et Lucius et Narcissa en profitèrent pour rentrer chez eux. Baillant, Severus ne tarda pas à se lever lui aussi et quitta la pièce après un bref salut à tout le monde. Regulus se montra hésitant mais finit par aller rejoindre sa chambre, non sans de nombreux coups d'œil envers un Draco feintant l'ignorance.
« Je pense qu'il voulait un bisou de bonne nuit, se moqua Fixe, hilare. Est-ce toujours ainsi ?
-Est-ce qu'il lui lance toujours des regards désespérés ? demanda Harry. Oui !
-Arrêtez de vous moquer, s'agaça Draco en les suivants vers le hall d'entrée. Il est jeune et inexpérimenté…
-Pour l'instant, souffla Fixe, grivoise.
-Et il a juste besoin d'être rassuré, poursuivit l'ancien Serpentard. Il n'a pas eu de vraies relations, quelle qu'elles soient d'ailleurs, jusqu'à présent.
-Mais Severus et lui ont l'air de bien s'entendre et il a l'air de se rapprocher de Sirius, dit Harry avec satisfaction.
-Arrête de te réjouir, manipulateur en herbe, ça s'est fait tout seul, tu n'y es pour rien !
-Pour Sirius, c'est un fait, mais pour Severus… »
Draco leva les yeux au ciel. Arrivés à leur étage, ils se souhaitèrent bonne nuit et se séparèrent. Il ne fallut pas longtemps, pourtant, pour qu'Harry rejoigne Draco dans sa chambre. Ce dernier lui avait déjà fait une place dans son lit et l'attendait bien sagement.
« Tu te sens comment, pour demain ? attaqua-t-il directement.
-Bien, répondit Harry. Je connais le principe, je dois juste appliquer la pratique. Ça ne devrait pas être trop dur…
-Il a fallut plusieurs années à Fixe, souligna Draco.
-Mais elle a du apprendre ce qu'elle nous a enseigné en six ans, expliqua Harry. Ce sera peut-être plus simple… ou pas. »
Ils restèrent silencieux alors qu'ils fermaient les lumières et se blottissaient l'un contre l'autre.
« Et concernant… sa mort ? » murmura Draco.
Harry ne répondit pas tout de suite. Il soupira et fourra son visage contre l'épaule de son meilleur ami.
« Je le savais, dit-il d'une voix étouffée, faisant sursauter Draco. Je ne savais pas comment, mais je savais qu'elle mourrait. J'ai souvent parlé avec Hagrid ou Maugrey de la première guerre, dans notre passé. A aucun moment, ils ne m'ont parlé de Fixe. Lorsqu'elle nous a été présenté, je me suis posé la question, mais je n'ai pas cherché plus loin. Je n'avais pas envie de me pencher sur le sujet, surtout lorsque j'ai commencé à m'y attacher… Mais j'avais un doute…
-Tu ne m'en as jamais parlé.
-Le fait de juste le penser était déjà difficile, murmura Harry. Alors en parler ? J'ai préféré… nié, je suppose ?
-Tu nies trop de chose, le sermonna Draco. Et ne viens pas dire que c'est faux, nous savons tous les deux que c'est la vérité ! Tu nies trop de choses qui peuvent ou qui te font souffrir. Et j'ai peur qu'un jour, ça t'explose au visage !
-Il n'y en a pas tant que ça, protesta Harry.
-Non, juste la mort de tous tes amis et celle à venir de Fixe. C'est si peu ! D'ailleurs, tu n'as absolument pas de problème de sommeil lié à ta peur de la mort de tes proches !
-D'accord, d'accord, ça va, s'énerva Harry. N'en parlons plus.
-C'est ça, fuyons le sujet ! »
Harry resta un instant silencieux, profondément agacé. Puis il reprit la parole, la voix toujours serrée par la colère.
« La seule fois où j'ai raconté quelque chose, tu as quitté la pièce !
-C'était la mort de mon père et de ma mère ! Tu t'attendais à quoi, de ma part ? Un sourire ravi ?
-Tu crois qu'il te sera plus facile d'entendre comment Ron et Hermione sont morts ?
-Non, je n'ai pas dis ça ! s'écria presque Draco en se redressant dans le lit, Harry l'imitant. Mais tu as besoin d'en parler ! Tu sais que ça t'affecte encore. Et tu sais que tu ne seras jamais bien si tu ne t'en libères pas ! Ta réaction face à la mort de Caradoc et d'Augustus le prouve. Qu'est-ce que tu feras si une personne plus proche de toi meurt ? Enfin, encore faudrait-il que tu laisses quelqu'un t'approcher !
-Je laisse des gens m'approcher !
-Non, Harry, c'est faux. Tu es dans le passé. Tu as tes parents proches de toi, ton parrain ! Et pourtant, tu ne fais rien pour t'entendre avec eux, au contraire, tu les gardes à distance !
-Ce n'est pas vrai ! Sirius habite ici !
-Et tu lui parles à peine !
-Je n'ai pas eu le temps !
-Tu as eu tout le temps qu'il fallait pendant les consultations. Pour te rapprocher d'eux. Et tu pouvais feinter de croiser Lily à la bibliothèque, lui proposer de l'aider dans ses études ou quoi que ce soit d'autres. Mais non, tu es resté loin d'eux. Tu t'es borné à ton rôle de psychologue sympathique, mais tu n'as pas créé de liens d'amitié !
-Je suis ami avec Severus !
-Oui, parce que tu voulais le protéger de Voldemort !
-Non ! J'aurai pu me contenter d'être son psy et de te laisser faire, mais je suis ami avec Severus, j'ai choisi de l'être !
-Parce que tu sais qu'il a survécu ! S'il était mort, comme les autres dans ton passé, tu ne t'en serais jamais rapproché autant !
-C'est faux !
-C'est la vérité ! cria Draco, agacé. Pourquoi refuses-tu d'admettre que tu as un problème ?
-Je ne le refuse pas ! répliqua Harry. Je le sais ! Mais je n'ai pas envie de parler de… de leur mort ! Ok ? Laisse ça là où c'est, n'en parle pas ! »
Draco le dévisagea avec choque en voyant le désespoir et l'horreur sur le visage d'Harry. Il fronça les sourcils. C'était pire que ce qu'il pensait. Ça allait bien au-delà d'un simple traumatisme. Il n'arrivait même pas à mettre de mot sur ce qu'il ressentait alors qu'il regardait son meilleur ami, le visage déformé par une rage et un chagrin incommensurable.
« Tu sais que ça te dévore, murmura Draco, plus calme. Et ça va te tuer, petit à petit. Je ne sais pas ce que tu caches, la raison qui fait que tu ne veux même pas les évoquer avec moi, mais ça va te tuer, Harry. Tu dois en parler. Si tu ne veux pas me le raconter, ne le fais pas, mais dis-le à quelqu'un, peu importe qui. Tu dois te délivrer de ça.
-Je ne peux pas, répondit Harry, soudainement plus calme. Je ne pourrai jamais Draco, tu ne sais pas… Tu ne comprends pas…
-Non, je sais, lui répondait l'ancien Serpentard. Je n'ai pas vu mes amis mourir… Mais je sais en tout cas ce que c'est que de les perdre. Pour ça, au moins, je peux comprendre ta douleur. Mais ce n'est pas que ça, n'est-ce pas ? Tu me caches quelque chose, concernant la mort de tes amis. Et quoi que ce soit, ça te dévore. Parles-en. Je ne veux pas te perdre, tu comprends ? Pas à cause de ce qu'il s'est passé avant. On est là pour les sauver alors quoi que ce soit… délivre-t-en et classe-le dans le passé.
-Je… je ne veux plus qu'on parle de ça. »
Harry se recoucha et lui tourna le dos. Il se roula en boule, serrant ses jambes contre son torse et enfouissant son visage contre ses genoux.
Draco le regarda faire en soupirant. Ça ne servait à rien, il était plus têtu qu'un dragon ! Mais lui aussi !
« Je suis là, murmura-t-il en lui caressant doucement les cheveux. Ne m'oublie pas. Si tu as besoin d'aide… je suis là, d'accord ? »
Harry répondit par un vague son et Draco se résolut : il n'en parlerait pas tout de suite, en tout cas. Il se recoucha lui aussi et éteignit les lumières d'un simple mouvement de la main. Puis, faisant fi du repli de son meilleur ami, il saisit son haut de pyjama, tira dessus et l'attira contre lui, au centre du lit, l'enserrant dans ses bras avec fermeté. Il entendit très nettement le reniflement d'Harry mais l'ignora. Il caressa ses cheveux, ses flancs avec douceur, tentant de l'apaiser ou peut-être de se faire pardonner d'avoir évoqué des souvenirs manifestement tabous. Il s'endormit sur le bruit des sanglots discrets d'Harry.
oOo
« Bon, je vois que tu es à l'heure, même si tu as une tête à faire peur ! Mauvaise nuit ? »
Harry était dans la salle des héritages de la famille Sadrah, en tenue d'entraînement, comme l'avait demandé Fixe. Il avait laissé sa tresse pendre dans son dos car elle risquait de se détacher de son front et de le déranger s'il bougeait trop. Et comme l'avait relevé Fixe, il avait une tête à faire peur ! Il avait à peine dormi de la nuit, terrifié à l'idée de fermer les yeux et de rêver de l'atroce mort de ses deux meilleurs amis. Et celles des autres… Bien que celle de Ron et Hermione demeure la plus traumatisante pour lui, il n'oublierait jamais le sort horrible des Weasley, tués par Ginny sous imperium.
Quand il avait enfin réussi à fermer l'œil, les quelques heures qu'il lui restait étaient passées à la vitesse de l'éclair. Et à présent, il était là, face à sa mère adoptive, dans l'immense sale ronde marquée des armoiries Sadrah sur le sol et au plafond et peuplées des statues Sadrah, juges de marbres immobiles dans leurs alcôves ouvragées.
« On va dire ça, biaisa Harry. Et ta nuit ?
-Excellente, répondit Fixe, soupirant face au changement de conversation. Bon, nous sommes là pour apprendre la magie Sadrah qui, comme tu le sais sûrement, t'as été octroyée grâce au tatouage de sang que tu as sur la main. Tu as lu les livres des techniques Sadrah ? Ceux que je t'ai envoyés ?
-Oui, mais ça reste assez… abstrait…
-Oui, je n'en doute pas, sourit Fixe. Assieds-toi au sol, nous n'allons pas bouger tout de suite. »
Harry obéit et s'installa. Ils étaient juste sous le globe de verre et le soleil matinal de juillet les baignait de chaleur.
« Comme tu le sais, le tatouage de sang sur ta main est composée du sang de chaque membre de la famille. Tu as du toi-même leur en donner, le lendemain de ton adoption… »
Harry grimaça. Le lendemain du rituel, il avait été obligé de s'entailler le bras au-dessus d'une urne nauséabonde dans laquelle il avait fait couler son sang pendant ce qui lui avait parût des heures ! Quand il avait enfin terminé, il s'était senti aussi faible qu'un chaton !
« Oui, je me rappelle assez bien de ça, dit-il.
-L'urne n'a pas récolté que ton sang, expliqua Fixe. Mais aussi de ta magie. Si un jour, tu adoptes quelqu'un, elle lui sera transmise, tout autant que ta mémoire.
-Ma mémoire ? demanda Harry.
-Va toucher une des statues, répliqua Fixe. N'importe laquelle. Avec ta main tatouée, tatouage contre la pierre. »
Harry se leva et s'approcha d'un des bustes de marbre. Il regarda l'explication notée sur le mur.
« Ibrahim Sadrah, 5e du nom. 1542 – 1610 »
C'était la seule précision. Il hésita une seconde puis leva la main pour toucher la pierre froide, son tatouage contre la pierre. Il eut aussitôt l'impression qu'un crochet sortait de sa peau, comme pour un portoloin. Sauf que son corps ne disparut pas. La statue immobile lui sembla soudainement bouger, rajeunir et un flot d'image concernant Ibrahim Sadrah l'envahit. Il était né un 15 mars, d'une famille de moldu. Il avait vécu modestement mais c'était découvert des dons surnaturels. Il n'en avait pas parlé et avait tout fait pour le dissimuler, terrifié à l'idée d'être jugé satanique. Puis, à onze ans, il avait reçu sa lettre. Celle qui lui offrait la possibilité de se réfugier dans un monde où personne ne le rejetterait pour son anormalité. Et il saisit sa chance.
Ebranlé, Harry découvrit le Londres de l'époque, le chemin de Traverse qui n'était qu'un quartier boueux mais dont certaines demeures lui parurent familière – notamment Gringotts. Il découvrit Poudlard et ses uniformes d'époques, ses professeurs et leurs méthodes étranges d'éducation. Leurs apprentissages et la passion d'Ibrahim : les potions. Ce fut ce domaine qui le poussa à partir vers le sud, dans les pays arabes. Et ce fut là qu'il rencontra son ancêtre officiel, Miko Sadrah. Là qu'il fut introduit à la famille, qu'il rencontra la femme de sa vie… avec laquelle il n'eut malheureusement aucun enfant…
Brutalement, les images s'arrêtèrent. Fixe l'avait tiré en arrière, l'empêchant de voir d'avantage, mais aussi de s'effondrer. Le corps d'Harry tremblait de la tête aux pieds !
« Qu… Qu'est-ce que c'était ? balbutia Harry, sonné.
-La mémoire d'Ibrahim, répondit Fixe. De tous nos ancêtres, tu as pris le seul anglais, c'est amusant… Bref ! Tu peux toucher n'importe quelle statue et tu seras envahi de toute sa vie, de A à Z. Mais ça a tendance à pomper beaucoup d'énergie et à traumatiser… Je te déconseille de lire le passé de Stanislas. Il était pourri jusqu'à la moelle et ça te donnerait des cauchemars !
-Pourquoi ? demanda Harry en regardant la statue, la tête lui tournant légèrement.
-C'était un sadique, répondit Fixe. On ne peut pas vraiment le qualifié de mage noir, il n'a jamais employé la magie pour… pour ses meurtres. Il préférait les armes blanches ou encore ses mains.
-C'était… c'était un…
-Un tueur en série, oui, répondit Fixe. Et il a tué vingt-quatre personnes avant d'être arrêté, si tu te poses la question. Juste avant que les Aurors ne l'arrêtent, il a fait de sa dernière victime, Kaliban Sadrah, son héritier. Autant dire qu'il a apprécié le cadeau, mais pas ce qui a précédé… Bref ! Revenons-en à la magie Sadrah ! »
Harry fixa un instant son regard sur Kaliban : la moitié de son visage était recouvert de longues balafres, manifestement faites par un couteau. Il frissonna et se releva, tremblant encore un peu.
« Comme tu l'as vu, tu as accès à la mémoire de nos ancêtres. Si tu as envie de fouiller leur vie à tous, je te conseille de ne le faire que un à un. D'abord parce que ça donne une migraine atroce, comme tu vas vite t'en apercevoir, ensuite parce que lire l'esprit de plusieurs ancêtre en un jour pourrait provoquer une hémorragie cérébrale et te tuer. Alors n'essaye pas ! La mémoire des membres de notre famille peut être utile selon le savoir pour lequel il était spécialisé et qui est répertorié dans un des livres que je t'ai offert. Tu l'as lu, n'est-ce pas ?
-Oui, répondit Harry, se souvenant du petit livre de cuire noir et usé. Mais je n'ai pas tout retenu…
-Non, c'est impossible ! répliqua Fixe. Trop de spécialités par personne. Ibrahim, par exemple, était spécialisé en Potion, botanique, soins aux créatures magiques et un peu de médicomagie, bien que son savoir soit désuet à présent, certaines techniques perdues peuvent être bonne à apprendre. Malheureusement, si tu veux savoir une chose sur lui, tu es obligé de tout visionner, même sa mort… Et ce n'est jamais bien agréable, crois-moi ! Alors essaye toujours de t'en détacher avant… Ce pouvoir…
-Qu'est-ce que tu as demandé ? l'interrompit soudainement Harry.
-Pardon ? demanda Fixe.
-En échange de ta vie, souffla Harry. Qu'est-ce que tu as demandé ? »
Fixe le dévisagea un long moment. Elle sembla hésiter puis se résigna.
« Le talent de peindre, répondit-elle, baissant les yeux pour ensuite les relever vaillamment. J'ai demandé le talent de peindre absolument tout. »
Harry resta interdit l'espace de quelques secondes.
« Quoi, c'est tout ? s'exclama-t-il. Mais… Enfin, pourquoi… ?
-Parce que j'étais stupide ! répliqua Fixe. J'étais jeune et… tu as du remarqué en vivant dans ma demeure du Sahara que l'art avait une importance primordiale dans ma vie… J'avais toujours désiré peindre, mais je n'avais pas le moindre talent. Je n'en avais même pas un peu, tu comprends ? J'étais vraiment… stupide. »
Fixe baissa la tête vers une de ses mains qu'elle fixa un instant, l'air passablement énervée.
« Lorsque j'ai été intronisée comme héritière Sadrah, Sally, ma mère adoptive, m'a mise en garde et j'étais prête à l'écouter. Je ne voulais pas sacrifier du temps de vie pour une stupide lubie. Et je croyais que j'avais du talent. Le nom de Sadrah m'a ouvert les portes des meilleurs professeurs, j'ai pris des leçons avec eux, j'ai appris d'eux. Mais tous m'ont répété la même chose : je n'avais aucun talent pour la peinture. Sais-tu combien s'est frustrant ? D'avoir un rêve qui guide ta vie et aucun espoir de le réaliser ? Au début, je persévérais. Je me disais que j'allais m'améliorer, que je ne pouvais pas être si nul… Mais rien n'y fit. J'avais vingt ans quand, finalement, j'ai craqué. Et j'ai invoquée la main de dieu. Pour savoir peindre ! »
Elle eut un rire amer sur cette phrase.
« Sur le moment, mon temps de vie ne me préoccupait pas. J'avais vingt ans et il me vingt ans à vivre. Mourir à quarante ans… ça me semblait si loin ! Et j'allais pouvoir leur montrer, à tous, mon nouveau talent… Mais tu sais le pire dans tout ça ? C'est que lorsque mes grands maîtres ont vu mes œuvres… ils ont continué de dire que je n'avais aucun talent ! »
Elle avait presque crié de rage. Harry la fixait, stupéfait.
« Mais… Pourtant, tu…
-J'avais du talent ! cria encore Fixe, furieuse. J'en avais plus que n'importe qui, même avant d'avoir la main de dieu ! Mais mes peintures… Elles n'avaient rien d'autre qu'un bel aspect ! »
Harry fronça les sourcils.
« Rien d'autre qu'un bel aspect ? répéta-t-il, interrogateur.
-Je ne transmettais rien, murmura Fixe, manifestement furieuse. Rien d'autre qu'un peu de beau. Mes toiles n'avaient pas d'âme. Je ne leur insufflais rien d'autre. Il n'y avait pas de sentiment… La main de dieu m'a juste donné la capacité de peindre des choses avec plus de techniques… mais j'avais déjà du talent avant de l'obtenir ! »
Harry ne sut que dire. Il fixait la femme à l'air furieux face à lui, désolé d'entendre qu'elle avait sacrifié une partie de sa vie pour rien.
« Quand j'ai compris ça… Tu imagines quelle rage j'ai ressenti. Puis, la colère a fait place au désespoir. J'avais sacrifié ma vie pour rien ! J'ai tout de suite été voir Sally. Je l'ai suppliée de m'aider. Mais il n'y avait rien à faire. Je pouvais juste… profiter des vingt ans qu'il me restait… »
La conclusion semblait la bouleverser et Harry pouvait parfaitement le comprendre. Il s'approcha de sa mère adoptive et l'enlaça, désolé pour elle.
« Ne l'invoque jamais, supplia Fixe en le serrant de toutes ses forces. Quoi que tu aies envie de demander, Ash, ne l'invoque jamais. Ce n'est pas un cadeau, c'est une malédiction ! Rien n'est plus précieux que ta vie ! Rien, tu m'entends ? Le pouvoir, le talent, la richesse, l'amour… Rien ne vaut ta vie ! »
Harry acquiesça doucement, caressant les cheveux de Fixe avec douceur.
« Alors… tu vas vraiment mourir dans soixante-deux jours ? »
Fixe renifla contre lui.
« Oui, murmura-t-elle. Je vais mourir dans soixante-deux jours. »
Harry la serra avec encore plus de force.
« Il n'y aucun…
-Aucun moyen ! affirma Fixe. Je suis désolée, Harry.
-Non, répondit ce dernier. Ne le sois pas. Je… Je voudrais pouvoir te sauver. Je t'aime, tu sais ? »
Fixe eut un sourire contre le jeune homme qui le serrait. Elle s'en écarta et prit son visage entre ses mains.
« Je t'aime énormément, moi aussi. Et j'aime Draco, tout autant. Tous les deux… quand vous m'avez été confié, j'ai pensé que vous alliez me gêné. Mais quand je vous ai vu, tous les deux… Si effrayé, si traumatisé… Je vous ai aimé si fort, dès le premier instant. Vous étiez si fragiles… je suis si fière de ce que vous êtes devenu. Je suis si fière que tu sois devenu mon fils. La tradition Sadrah veut qu'une seule personne soit l'héritier, mais si j'avais pu, j'aurai aussi fait de Draco mon fils. C'est ainsi que je vous vois, tous les deux ! Et j'aimerai tellement savoir que vous allez gagner cette guerre dans laquelle vous vous êtes livrés pour vivre enfin en paix…Malheureusement, je crois que je n'en verrai pas la fin. »
Elle sourit tendrement et soupira.
« Trop de mélodrame, dans tout ça, dit-elle en passant une main sur la joue de son fils adoptif. Mais comme l'a dit Sally, ce n'est pas quand je serai morte que je pourrais vivre… Nous avons toutefois beaucoup de choses à voir ensembles… alors laissons ces conversations pour le soir, d'accord ? »
Harry hocha difficilement la tête, bouleversé. Il avait juste envie de serrer Fixe à l'en étouffer et de la garder contre lui aussi longtemps que le reste de sa vie le lui permettait. Il aurait tellement voulu la sauver…
« Bien, dit Fixe. En plus… en plus de la famille Sadrah, tu as hérité des sorts qu'ils ont inventés, telles que la technique de tatouage physique. Drake et toi en avez profité tous les deux… »
Elle passa un doigt délicat sur la faux décorant le visage d'Harry.
« Mais il y a bien d'autres techniques, tels que des sorts qui demandent un certain apprentissage. Certains sont ridicules, d'autres assez… horribles. Et je suis certaine que tu seras ravi de savoir les utiliser pour ton combat. Mais je dois te les apprendre d'abord. Cette pièce n'est pas la meilleure, cela dit. Tu as une salle spéciale pour l'entraînement, si je ne me trompe ?
-Oui, j'en ai une, répondit Harry, pas du tout motivé pour aller s'entraîner.
-Alors allons-y, dit Fixe avec entrain. Il y a tant de choses à voir… certains sorts sont assez complexe et j'aimerai que tu apprennes la technique des tatouages avec plus de savoir… J'ai amené également plusieurs autres livres que tu dois lire et… »
Harry la suivit hors de la salle dont il referma la porte avec un léger sourire indulgent pour sa mère adoptive, manifestement très motivée à l'instruire. Il fallait qu'il profite de chaque instant avec elle. Il restait si peu de temps…
oOo
La semaine passa horriblement vite ! L'entraînement, bien qu'épuisant, était ce que Harry préférait. D'abord parce que ça lui permettait de penser à autre chose que Draco et ses tentatives pour le faire parler de ses traumatismes, ensuite parce que ses soirées étaient indubitablement gâchées par des mondanités ! Seul le mercredi avait été agréable, car ils avaient eu une réunion de l'ordre. Après la dernière attaque, les mangemorts s'étaient montré incroyablement calme. Malheureusement, Harry soupçonnait une campagne de recrutement d'être au centre de cette paix estivale : plusieurs élèves étaient sortis de Poudlard et Voldemort devait être occupé à les introniser et à poster d'autres pièges contre lui !
Ce mercredi là, ils n'évoquèrent pas la guerre ou presque. Ils parlèrent surtout des intronisations diverses au sein de l'Ordre du Phénix. Ainsi, James, Remus, Sirius, Franck Londubat, Emeline Vance et Sturgis Podmore furent évoqués et leur intronisation décidée pour la semaine suivante. Harry avait été surpris d'entendre que Lily ne se proposait pas mais il supposait que sa mère finirait par en faire la demande. La question fut également soulevée pour savoir si Severus allait ou non les rejoindre mais Harry refusa : il allait de toute façon partir en Australie pour deux ans, il n'en voyait pas l'utilité. En outre, ça devait être une demande du jeune homme et pas une obligation pour vivre au manoir Sadrah.
Bien entendu, en privé, Draco ne s'était pas gêné pour le charrier avec sa tendance maniaque à protéger Severus.
« Si tu l'aimes tant que ça, sors avec !, s'était moqué son meilleur ami, avant d'aller dormir.
-Je suis mort de rire, Drake, avait répliqué froidement Harry. Si c'est pour dire tes conneries, merci de ne pas m'adresser la parole ! »
Harry se montrait un peu plus distant avec le blond. Ce dernier s'acharnait à le faire parler des morts de ses proches et il n'en avait aucune envie. Chaque tentative se soldait par une dispute, voir une crise de nerf d'Harry. A la fin de la semaine, Draco s'était résolu à ne plus soulever le sujet car l'éloignement subit d'Harry le torturait presque autant que les larmes qu'il déversait après une de leur querelle.
Le samedi arriva et avec lui, les leçons de potions et les duels. Sirius avait eu un air dépité en apprenant que les deux maîtres des lieux allaient passé leur temps avec les adolescents, le laissant seul.
« Tu peux passer du temps avec moi, si tu veux, avait proposé perfidement une Fixe un peu plus en forme. Eugène Potter a justement soulevé l'importance que les petits jeunes soient formés à l'attaque avant d'entrer sur un quelconque terrain d'affrontement… Peut-être devrais-je proposer une session d'entraînement le samedi et le soir, durant la semaine ? Ainsi, je vous occuperai… »
Elle avait un air si sadique que Sirius voulut décliner l'invitation, mais malheureusement, Harry trouva l'idée excellente et il se hâta d'aller en parler à un Dumbledore ravi de l'initiative. Rapidement, des lettres furent envoyées aux jeunes recrues qui, dans la journée, répondirent positivement. Fixe étant occupée avec Harry et parfois Draco dans la journée, ils convinrent que l'entraînement devait avoir lieu chaque soir à partir de vingt heures, du lundi au vendredi, toute la journée du samedi et éventuellement – s'ils étaient encore vivants – le dimanche.
Ce samedi là, alors que Sirius se demandait qui avait décrété que Fixe était mentalement apte à former des adolescents aux combats, Harry avait trouvé refuge avec Severus dans la salle de duel tandis que Draco monopolisait le laboratoire avec Regulus. Ils avaient convenu d'échanger fin d'après-midi afin que Severus apprenne à Harry la potion de soin destinée à sa mère.
A seize heures, donc, Harry croisa un Draco souriant et un Regulus boudeur dans les couloirs. Manifestement, le plus jeune avait eu l'espoir que cette leçon privée les rapprocherait un peu, mais Harry savait pour en avoir parlé avec Draco que ce dernier s'était borné à un enseignement pur et dur ! Le blond était fermement décidé à ce que son futur amant réalise ses rêves et il se montrait tyrannique à ce sujet !
« Pauvre Regulus, se moqua Harry en entrant dans le laboratoire propre et rangé avec Severus. Il voudrait tellement être plus proche de Drake, ça me fait presque pitié ! »
Severus ricana.
« Plus proche, dit-il en installant un chaudron sous une plaque de chauffe, après y avoir déversé de l'eau tiède. On peut voir ça ainsi. Je crois que Regulus et lui sont déjà très proches, ils parlent beaucoup, se chamaillent, plaisantent… ce qu'il manque à Regulus, c'est une preuve physique, en fait…
-En gros, il veut coucher avec Drake ! récapitula Harry en observant son jeune professeur du jour installer divers ingrédients sur la table.
-En gros, oui ! répondit Severus. Regulus est à un âge où le sexe est étroitement lié à l'amour…
-Ah, il est à cet âge ? se moqua Harry. Pas vous ? »
Severus marmonna quelque chose d'incompréhensible, ses joues rougissant brutalement, à la grande stupeur d'Harry.
« Severus ? interrogea-t-il soudainement, stupéfait. Seriez-vous…
-Non ! coupa le jeune homme brutalement. Je ne suis amoureux de personne. Enfin, plus maintenant. »
Harry se força à ne pas grimacer avec horreur. Imaginer Severus Snape se procurer du plaisir en pensant à sa mère lui donnait envie de vomir !
« Ah, je vois, dit-il pourtant avec une pointe de dégoût.
-Je vous déçois ? demanda Severus en relevant précipitamment la tête pour le regarder, ayant parfaitement entendu la désapprobation d'Harry.
-Non, répondit prudemment Harry. J'ai juste tendance à oublier que vous êtes un adolescent, parfois. »
Severus le dévisagea pendant de longues minutes, l'eau frémissant à peine dans son chaudron.
« Je suppose que je dois voir ça comme un compliment, lui dit Severus, au bout d'un moment de réflexion. Vous me prenez donc pour… un adulte ?
-Oui, répondit honnêtement Harry. Vous êtes si sérieux… et mâture. Bien qu'il m'est déjà arrivé de vous voir vous conduire comme un enfant, notamment dans vos quelques altercations avec Sirius ou lorsque vous avez détruit ma salle de classe… »
Severus eut un air presque ronchon à cette évocation.
« Mais il est vrai que je vous vois comme un adulte. »
Severus eut un sourire satisfait. Il se concentra ensuite sur les éléments présents sur le plan de travail.
« Bien, dit-il d'une voix sérieuse. La potion destinée à soigner ma mère est un mixage entre plusieurs potions de soins. Vous connaissez les potions qui soignent les ecchymoses, les os brisés ou encore les coupures, n'est-ce pas ?
-Oui, répondit Harry, amusé par le soudain changement de sujet.
-Bien, alors ma potion est un condensé de tout ça. La difficulté est de les liés car, vous le savez j'espère, certains composés de la potion réparos ne peuvent être mélangés aux autres sans provoquer une explosion égale à celle d'une mini-bombe. De fait, il faut y ajouter des éléments liant au fur et à mesure de la concoction. Pour préparer cette potion, il faut donc tenir compte de chaque ingrédient propre aux trois préparations mais pas forcément les préparer ou les ajouter au même moment que la recette initiale ne le préconise… Vous me suivez ?
-Pour l'instant, oui. Mais j'espère que vous avez établi une recette que je pourrais suivre, sans quoi, je risque d'avoir quelques difficultés.
-Je l'ai fait, dit Severus en fouillant dans ses poches, en sortant un petit rouleau de parchemin finement roulé. La voici. »
Il lui tendit avec rapidité et Harry s'en saisit avec reconnaissance. Déroulant le parchemin qui lui semblait peu épais, il déchanta en découvrant une longueur de près de quarante centimètres. Tout le papier était recouvert d'une écriture serrée et penchée.
« Et bien, dit-il, dépiter. Tout cela m'a l'air très complexe… »
Il leva la main et pris le soin de dupliquer la recette. L'originale se réenroula et il la fourra dans sa propre poche.
« Je préfère garder l'originale à l'abri, expliqua-t-il à un Severus interrogateur. Celle-ci m'aidera à suivre la potion.
-Lisez-la, lui dit Severus. Je veux que vous preniez connaissance de la recette. Ensuite, je la ferai devant vous, puis vous essayerez de la reproduire. Si vous la réussissez du premier coup, ma mère en aura jusque mi-août, ce sera parfait. »
Harry acquiesça et se mit à lire. Cela lui prit bien plus qu'un quart d'heure pour prendre connaissance de toutes les étapes et il se sentait déchanter à chacune d'elle : il n'arriverait jamais à faire une telle potion, son niveau était bien trop piètre. Certaines méthodes lui étaient totalement inconnues !
« Je peux commencer ? demanda Severus, faisant sursauter un Harry désespéré.
-Euh… Oui, allez-y ! »
Severus hocha la tête, attrapa le premier ingrédient, un couteau et se mit à l'éplucher.
« D'abord, dit-il, la potion de réparos, bien qu'incomplète, comme vous l'avez remarqué. »
Harry n'avait rien remarqué du tout mais il se garda de le signaler ! A la place, il suivit chaque mouvement de Severus des yeux, l'écoutant détailler oralement chaque méthode et expliquer consciencieusement chaque étape. A sa grande stupeur, voir Severus réaliser la potion et l'écouter en parler lui parut être la meilleure forme d'apprentissage. Aux commentaires de Regulus et aux souvenirs qu'il entretenait de son ancien professeur, Harry avait craint que l'apprentissage soit catastrophique mais Severus se montrait avec lui étonnamment pédagogue.
Il devait aussi admettre que c'était la première fois qu'il voyait Severus aussi détendu ! Le jeune homme expliquait posément les étapes, lui demandant régulièrement s'il comprenait, décrivant chaque passage, s'arrêtant pour les faire répéter à Harry qui s'appliquait alors à lui répondre scrupuleusement. L'heure du souper était déjà passée quand la potion fut terminée.
« Et bien, dit Harry en regardant Severus recouvrir le chaudron dont la potion devait refroidir avant d'être mise en bouteille. C'était… vraiment très intéressant. Vous êtes extraordinaire, Severus ! »
Le jeune homme leva vers lui un regard satisfait.
« Merci, dit-il. Mais il n'y a rien de si difficile dans cette préparation…
-Si, c'est difficile ! lui répondit Harry. Enfin, ça va l'être pour moi, même si je dois dire que je suis vraiment très impressionné par votre pédagogie. J'avais pourtant l'impression, aux commentaires de Regulus…
-C'est différent, lui répondit Severus en enlevant le tablier qu'il avait enfilé en entrant.
-En quoi ? demanda Harry.
-Vous n'êtes pas Regulus, répondit laconiquement le Serpentard. C'est différent. »
Harry haussa les sourcils. Que voulait donc dire Severus ?
« Je ne comprends pas, dit-il, insistant.
-Peu importe, répondit le jeune homme. Allons manger. Vous me montrerez vos talents après. Ce n'est pas bon de travailler le ventre vide. »
Et il quitta la pièce, suivit d'un Harry agacé de ne pas avoir eu une meilleure explication.
oOo
Dans une salle proche du laboratoire, la séance qui, à la base, devait être un entraînement physique, s'était terminé par une thérapie un peu particulière que Regulus savourait avec une satisfaction presque obsessionnelle. Assis entre les cuisses fermes et détendues de Drake, il était appuyé contre son torse et enlacé avec douceur. Son visage avait naturellement trouvé refuge dans son cou et il respirait l'odeur un peu piquante de sa sueur. Au lieu de le dégoûter, l'odeur lui donnait plutôt des idées plus que déplacées.
Manifestement, Drake ne partageait pas ses pensées, car il demeurait d'un calme olympien tandis qu'il caressait son dos en un mouvement lent et rassurant.
« Content ? se moqua Draco, son torse bourdonnant légèrement à cause du son de sa voix.
-Très, répondit Regulus, souriant. Même si je me serai passé du sport juste avant…
-N'y compte pas, lui dit Draco, amusé. Tu dois t'entraîner à être plus physique !
-Pourquoi ? demanda Regulus. Mon corps te déplait ? »
La question n'était pas innocente, Draco ne s'y trompait pas. Regulus cherchait à être rassuré. Le manque de désir du plus âgé devait le torturer. Le plus jeune ignorait totalement que, à chaque thérapie de câlin qu'il avait instaurée depuis le début des vacances, Draco buvait discrètement une potion de frigidité !
« Ton corps me plaît, lui répondit Draco avec douceur. Il me plaît énormément. Mais entretenir un exercice physique régulier pourrait te sauver la vie si… si par malheur, tu devais… te retrouver dans une situation délicate. »
Regulus se détacha de lui pour le regarder avec étonnement.
« Tu veux dire si des mangemorts m'attaquaient ?
-Des mangemorts ou des élèves, lui répondit Draco, continuant de caresser son dos et allant parfois jouer avec ses cheveux. Severus et Sirius ne seront plus là pour te protéger, cette année… Tu es naturellement un élève isolé et je mentirai si je te disais que l'année à venir ne me préoccupe pas. Je ne veux pas qu'on puisse te faire du mal, d'une façon ou d'une autre… »
Regulus eut un sourire rayonnant en voyant la lueur protectrice dans le regard de Draco. L'adulte était avare de démonstration affective, mais quand il lui en faisait, c'était toujours si fort qu'il s'en sentait presque transcender. Dommage qu'il n'ait manifestement pas envie de lui... Cette pensée le dévorait depuis le début des vacances. Tout ce qu'il souhaitait, c'était juste voir un peu de désir dans son regard. Ou… sentir son désir, au moins. Mais même quand il était appuyé contre lui, en short et en t-shirt moulant, le psychologue n'en était pas troublé. Que fallait-il qu'il fasse ? Devait-il l'interroger ? Drake avait habilement dévié la question de son corps…
« Sinon, marmonna Regulus, rougissant. Mon corps te plaît vraiment ? »
Il n'avait pas osé le regarder en posant la question, embarrassé. Mais mince, ce n'était pas humain d'être aussi… indifférent ! Il entendit Drake soupirer et se sentit mortifier.
« Regulus, dit Draco d'une voix fatiguée. Qu'est-ce que tu crois exactement ? »
Le plus jeune baragouina de façon incompréhensible, plus que gêné. Comprenant ses doutes, Draco le serra vivement contre lui.
« Je t'ai dit que rien ne pouvait se passer entre nous tant que tu ne serais pas majeur, voir même diplômé de Poudlard !
-Oui, mais…
-Non, Regulus, je n'en dérogeais pas, lui répondit Draco. Pas avant que tu sois majeur, c'est une certitude, en tout cas. Mais ça ne veut pas dire que je ne te désirs pas…
-Mais… euh… tu es toujours… si calme ! s'exclama le plus jeune, mortifié de parler si librement d'un sujet qui le terrorisait.
-Je suis calme parce que je prends une potion pour l'être, avoua tranquillement l'adulte.
-Une potion ! s'écria Regulus, stupéfait. Une potion pour… euh…
-Couper le désir physique, compléta Draco, amusé de le voir rougir. Sans elle, je ne saurai jamais résister à la présence de ton corps contre le mien. Je n'ai plus eu la moindre relation sexuelle depuis sept ans et tu es horriblement sexy. Alors si je ne prends pas cette potion, tu ne saurais déjà plus marcher ! »
Le visage de Regulus était horriblement chaud. Il tenta vaguement de le cacher en l'appuyant contre le torse du plus vieux mais sa rougeur n'avait pas échappé à Draco.
« Sept ans, répéta-t-il. Donc, tu as déjà…
-Bien entendu ! dit Draco. Il n'y a que Ash pour être si… coincé ! J'ai été un adolescent assez curieux, je dois dire. Et très courtisé. Donc, je ne me suis pas gêné.
-Ah, dit Regulus.
-Ça te dérange ? demanda Draco. Que j'aie de l'expérience ?
-Non, répondit honnêtement le plus jeune. C'est… rassurant, on va dire. Je me demande juste… s'il y a quelqu'un en particulier… que tu as aimé, par le passé ? »
Draco ne répondit pas tout de suite. Il repassa tranquillement ses conquêtes dans sa tête.
« Non, avoua la plus vieux. Je n'ai jamais été amoureux. »
Regulus se tendit contre lui et Draco remarqua son erreur.
« Je veux dire, par le passé, se rattrapa-t-il. Avec les autres… c'était de la curiosité au début, du plaisir ensuite… Mais je n'ai jamais été amoureux d'eux. C'est… c'est différent avec toi.
-Différent ? demanda Regulus en relevant la tête, l'air heureux.
-Totalement différent, lui répondit Draco en se penchant sur lui. Tu es… vraiment important. »
Il se penchait de plus en plus, comme attiré par les lèvres pleines de Regulus. Bon sang, sa potion ne faisait presque plus effet… et un petit baiser, ce n'était pas un mal… c'était juste un petit baiser… Il effleura doucement la peau douce de la bouche du plus jeune dont la respiration s'était totalement coupée face à son geste. Mais Draco sentit soudainement son corps se réveiller et il repoussa Regulus un peu brutalement pour se relever.
« Bon ! dit-il. Tu as vu l'heure ? Les autres doivent nous attendre pour manger. On devrait remonter ! »
Et il s'enfuit presque de la salle d'entraînement, sous l'œil stupéfait d'un Regulus aux anges. Il aimait vraiment son corps, en fait !
A suivre…
Aaah, enfin ! Je suis certaine que vous partager tous mes pensées à la lecture de ce chapitre. Non pas qu'il s'y passe quelque chose de capital, mais face à la publication… Personnellement, c'est un « Ah, enfin, le chapitre est fini, je peux poster ! » loll
C'est horrible de ne plus avoir d'avance et ça m'énerve à chaque fois. Je suis toujours toute fière de terminer un chapitre, je le poste et… mince, je n'ai pas d'avance, je dois m'y remettre, pas de repos ! Et avec ça, l'avance d'Alpha s'est terminée, ce qui fait que je suis encore plus dans la merde !
Et la galère au travail n'arrange pas les choses… Enfin, actuellement, mon imagination renait de ses cendres et ma paresse s'est barrée je sais pas où (mais qu'elle y reste) alors j'en profite !
Bref ! J'aime ce chapitre ! J'ai mis en place plein de choses que j'avais gardé sous silence (les traumatismes d'Harry, la main de dieu, la mort de Fixe) et bien entendu, j'ai un peu torturé Regulus. Je dois dire, j'adoooore le faire languir. Pauvre petit ! Enfin, Draco le cache bien, mais il est torturé, lui aussi !
Quant à notre autre petit couple, ça ne sert à rien de l'évoquer. Ils sont loin, mais alors TRES loin d'être ensembles. Même si le prochain chapitre apportera une avancée, de chaque côté… suivi d'un éloignement brutal !
Quant à ce pauvre Fabian… Je l'ai éjecté brutalement, je l'avoue. A la base, je voulais qu'Harry ait une relation plus poussée avec lui, mais après réflexion, Fabian n'est pas un bon premier. Il était trop amoureux et Harry ne pouvait pas se résoudre à l'utiliser, même pour satisfaire un désir physique. Mais Harry aura d'autres expériences, avant Severus. Reste à savoir avec qui ! loll Sur ce point, je ne suis pas encore sûre. Une femme, peut-être, mais je ne vois pas trop qui pourrait le conquérir… Enfin, le conquérir… façon de parler.
Bref, sur ces mots, je vous abandonne ! Je vais faire les RAR, après voir posté le chapitre je sais… Bizarre, mais bon, ça m'évite de les bâcler car je suis trop impatiente de poster ! Vous remarquerez sûrement des fautes dans le chapitre, je m'en excuse, il n'a pas été corrigé !
A dans un mois j'espère… Sinon, ne vous en faites pas, cette histoire me passionne bien trop que être arrêtée !
Bisous mes petits lapinoux !
