Auteur : Umbre77

Titre : La magie d'une fleur

Résumé : Capturé par Voldemort, Harry n'a d'autre choix que d'accepter sa défaite. Mais Draco Malfoy, lui, n'a aucune envie de mourir ! Quitte à changer le passé pour se sauver !

Note de l'auteur : Je suis encore vivaaaante ! Je sais, je sais… Vous n'y croyiez plus, hein ? Je m'excuse du retard. Mon déménagement et d'importants problèmes psychologiques à cause de mon travail (toujours d'actualité) m'ont empêché d'écrire. Le déménagement est terminé… quant au travail, je pleure dès que j'en parle, nous allons donc éviter le sujet !

Discutons fics, plutôt ! Alpha est en cours d'écriture et pour vous faire patienter, voici la suite d'MF. Je vais tenter de répondre aux reviews un maximum ce soir, je continuerai demain, éventuellement mais je publie sans attendre parce que… j'aime ce chapitre !

Encore une fois, il ne s'y passe pas « grand-chose » mais MF est une histoire en longueur. Je le savais en commençant et c'est une des raisons qui m'a fait énormément hésiter quant à sa réalisation en solo. Finalement, je me suis attelée au projet seule et je fais de mon mieux, croyez-moi.

Je vous prédits déjà que vus la longueur d'MF, il devrait y avoir facilement plus de soixante chapitres ! Un record pour moi ! Sur ce, je publie, je réponds et, éventuellement, si mes insomnies continuent, j'entame la suite de mon chapitre d'Alpha, commencé je vous rassure !

A la prochaine !

Personnages :

Pas besoin de vous présenter les personnages principaux, je me contente donc des secondaires, ceux que je ne cite pas assez que pour s'en rappeler :

Les professeurs :

Potion = Horace Slughorn

Défense = Caradoc Dearborn

Sortilège = Madame Stand

Botanique = Hélène Stewart

Infirmière = Eloïse Addisse

Membres de l'ordre :

Arthur et Molly Weasley, Lucius et Narcissa Malfoy, Maugrey Fol'œil, Caradoc Dearborn, Fabian et Gideon Prewett, Dorcas Meadow, Benjy Fenwick, Edgar et Sarah Bones, Eugène et Phils Potter (décédée), Hagrid, McGonagall, Dumbledore et, bien entendu, Ash et Drake.

Je vous rappelle qu'Ash est officiellement l'héritier Sadrah tandis que Draco est désigné comme le fils bâtard d'Abraxas Malfoy et porte donc à nouveau son vrai nom.

Résumé rapide :

Harry et Draco ont remonté le temps pour sauver le monde de la magie qui courrait à sa perte.

Après un entraînement de sept ans sous le joug de Fixe Sadrah, condamnée à mort par un sortilège, ils intègrent Poudlard en tant que Psychologues. Là, ils y rencontrent Severus, Regulus, et les maraudeurs tandis qu'ils rejoignent également l'Ordre du Phénix dont ils sont devenus les co-fondateurs avec Dumbledore.

Suite à son adoption par Fixe, Harry devient officiellement le sorcier le plus riche et le plus influent d'Angleterre, instaurant ainsi une position importante pour le monde de la magie et capable de réfréner Voldemort contre qui il se bat constamment.

Draco, lui, après une tentative de scandale visant à rallier Regulus à Voldemort, est déclaré fils bâtard d'Abraxas Malfoy, lui donnant ainsi la protection de la famille dans l'éventuel cas où Wilburga Black voudrait l'attaquer pour détournement de mineur.

Trois horcruxes ont été détruits : La bague, le diadème et celui en Harry.

Il reste Nagini (pas encore née), le médaillon, le journal et la coupe de poufsouffle.

Chapitre 29 : Révélation

Severus était nerveux, comme à chaque fois. Planté devant le miroir à pied de sa chambre, il se fixait d'un air contrit. Ses cheveux étaient trop plats et avaient l'air gras. Et il avait grandi. Trop pour le costume qu'il portait. Les manches montraient ses poignets trop fins et les jambes ses chaussettes devenues grises à force de lavage. Sa chemise blanche aussi était un peu grise… mais il n'avait que ça comme costume noir et moldu. Ça ferait l'affaire pour sa mère… mais pas pour Sirius Black ! Et il espérait vraiment ne pas le croiser dans les couloirs quand il partirait du manoir.

Encore une fois, Severus soupira et se répéta que tout se passerait bien. Il regarda le petit coffre magique sur sa commode : il contenait plus de cent potions de soins. Sa mère en avait jusque septembre ! Comme il l'avait estimé, Ash Sadrah s'était montré bon élève. Son application et son soin tout particulier pour réaliser la potion, malgré son air de plus en plus fatigué, avait donné une potion plus qu'efficace. En remerciement, Severus lui en avait offert dix flacons. Pour quelqu'un qui se battait constamment, il en verrait l'utilité.

Déglutissant, Severus empoigna le coffret et se dirigea vers la porte de sortie. Il fut tenté de passer par le laboratoire. En remontant du sous-sol, il avait moins de chance de croiser Black et de recevoir des commentaires sur son horrible costume ! Mais finalement, il décida que non. Il n'avait pas à avoir honte ! Oui, sa chemise était déteinte. Oui, le costume noir était trop petit. Oui, ses cheveux étaient… et bien, ses cheveux ! Mais mince, il allait rencontrer sa mère !

« Peut-être pour la dernier fois… »

Il frissonna et écarta cette pensée. Non, pas la dernière fois. Il ne devait pas penser ainsi. La veille encore, Fixe lui avait dit que Claus lui autoriserait à revenir pendant les vacances scolaires s'il le désirait. Et il le désirait plus que tout. La main sur la poignée, il se tourna vers la chambre qu'Ash Sadrah lui avait préparée. Sa propre chambre. Avec ses couleurs préférées. Et son immense lit. Et un accès direct sur le laboratoire de potion si bien équipé… c'était trop beau. Mais il aimait ça, quelle que soit les raisons du maître des lieux.

« Rien n'est jamais gratuit… Tout ça a un prix… je le regretterai sûrement ! Merlin fasse que ce ne soit pas trop cher. Merlin fasse... que ce ne soit pas trop douloureux… »

Il passa une main agacée entre sa gorge et le col de sa chemise. Il avait trop serré sa cravate. Il l'ajusta d'une main difficile puis se décida à appuyer sur la poignée de la porte qui s'ouvrit dans un léger tic. Il passa la tête dans l'embrasure : personne dans le couloir. Aussi silencieux qu'un serpent, Severus sortit de sa chambre et referma la porte. Un autre tic. Il retint sa grimace. Sirius devait dormir comme un loir, il était épuisé par l'entraînement de la folle… Enfin, de Fixe Sadrah.

Par curiosité, il avait demandé à assister aux leçons du soir. Même si ça voulait dire revoir certaines personnes qu'il exécrait, tel qu'un James Potter rayonnant de joie et un Remus Lupin à l'air déprimé. Frank Londubat, par contre, avait été accueillant, bien qu'étonné de le voir là. Comme tout le monde, il l'avait imaginé dans l'autre camp… Severus ne voyait vraiment pas pourquoi ! Tous semblaient oublier qu'il était un sang mêlé et, de fait, une vulgaire engeance à détruire, selon Voldemort. Alors pourquoi tous semblaient penser qu'il serait dans l'autre camp ? C'était ridicule ! Bref, la mère du propriétaire des lieux était folle. Dangereuse. Sadique. Elle adorait les voir souffrir ! Il n'avait jamais eu autant de courbatures de sa vie ! Et plus ils grimaçaient de douleur, plus elle ricanait ! Elle était folle, point à la ligne !

D'un pas léger, il traversa le couloir, espérant que Regulus ne sortirait pas de sa chambre. Le garçon devait sans doute faire la grâce matinée. Severus l'avait informé qu'ils n'auraient pas de session d'étude ensembles, ce samedi matin là… A moins que sa tendance à coller Drake Malfoy comme de la glue ne l'ait poussé à mettre son réveil, mais il en doutait ! C'était un fainéant notoire et entre dormir et se lever à six heures du matin pour voir son prince charmant, le choix serait vite fait. Surtout un samedi matin !

Il traversa le couloir sans que personne ne sorte de sa chambre et atteignit l'escalier avec soulagement. Plus qu'à descendre et attendre Ash Sadrah. L'homme était rentré très tard, hier. Il y avait eu une attaque, Severus le savait. Il avait entendu des mouvements brusques au rez-de-chaussée et s'était levé, alors qu'il n'était qu'une heure du matin. Quand il avait atteint l'escalier, il avait vu des membres de l'ordre s'agitant dans le hall. Il s'était caché dans l'ombre et n'avait pas été remarqué. Mais il les avait tous vu, se préparant à combattre. Ash Sadrah était bien entendu dans les plus motivé. Il voulait sauver tout le monde, comme d'habitude.

« Ridicule ! »

Severus retint le mépris qui l'envahissait. Il n'avait pas le droit de le mépriser. Pas lui, pas cet homme. Qu'importe qu'il lui prépare un piège terrible derrière son sourire de bon samaritain, le fait était qu'il était son bon samaritain ! Sa putain de chance ! Son seul espoir de devenir quelqu'un…

Severus secoua la tête. Il n'était pas honnête avec lui-même. Il avait commencé à ressentir de la colère envers Ash Sadrah parce que ce dernier passait de plus en plus de temps avec les autres… Les autres étant Sirius Black, Remus Lupin et James Potter. Il ne manquait plus que Pettigrow et le quatuor serait complet ! Il avait honte. C'était de la jalousie, aussi douloureux que cela soit de l'admettre. Il était jaloux. Jaloux du temps qu'Ash Sadrah passait avec les trois autres adolescents. Oh, il s'entraînait toute la journée avec sa mère – et que faisaient-ils, d'ailleurs ? – passait plusieurs soirées en mondanité à l'extérieur… Et il lui consacrait son samedi… Mais Severus voulait plus. Le problème était qu'il ignorait quoi.

La silhouette d'Ash Sadrah, dans le hall, le fit sursauter. L'homme avait écouté son conseil et s'était vêtu en moldu. Et bien, il avait l'air d'un rockeur avec sa veste en cuire et son jean délavé. Mais ça lui allait… étrangement bien. Severus se racla la gorge, le maître des lieux se tournant aussitôt vers lui. Severus eut un choc lorsqu'il remarqua que la faux avait disparu de son front et que sa montre était arrêtée.

« Comment…, commença-t-il.

-Tatouage Sadrah, répondit simplement Ash en lui faisant son sourire de circonstance. Vous êtes prêts ? »

Severus hocha la tête. Prêt ? Il l'était depuis le début des vacances. Il ne pouvait pas attendre de revoir sa mère. Il n'attendait que ça !

« Bien, alors allons-y, lui dit Ash. Mes vêtements ne sont pas trop… Enfin, c'est Drake qui a choisi et…

-Non, ça ira, interrompit Severus. Elle ne fera pas vraiment attention à votre tenue, de toute façon. »

Ash en eut l'air réellement soulagé. Il ouvrit la porte d'entrée et lui fit signe de le suivre. Ils traversèrent tous le parc dans un silence méditatif. Severus réfrénait l'envie de courir. Plus de vingt jours qu'il attendait de pouvoir revoir sa mère. Non, pas vingt jours ! Un an ! Bien sûr, ils avaient échangé des dizaines et des dizaines de lettres durant l'année, mais rien ne valait une vraie rencontre ! Severus sursauta lorsque la main large d'Ash se posa sur son épaule.

« Transplanez, je vous suis », lui dit l'adulte.

Severus obéit aussitôt. Il avait pensé à la sombre ruelle proche de la bibliothèque municipale du village. Il savait que personne n'y trainait jamais et si c'était le cas, un oubliette habile règlerait le problème. Ils apparurent dans l'impasse sombre et nauséabonde. Severus ne jeta même pas un regard sur les poubelles pleines et débordantes qui longeaient les murs humides : il sortit de la cachette, suivit de l'adulte qui l'accompagnait. Ignorant le regard surpris de deux moldus, il traversa la route, les yeux fixés sur le parc.

Il pouvait la voir. Assise sur le banc, près de la fontaine. Elle s'était habillée légèrement d'une chemise à longue manche et d'une jupe qui lui arrivait aux chevilles. Ses cheveux étaient retenus en un chignon élégant, sauf une longue mèche noire qui tombait sur le côté de son visage. Eileen Snape, Prince de son nom de jeune fille, faisait tache dans le parc ensoleillé. Les enfants la regardaient avec moquerie, ricanaient en courant devant elle mais ne s'arrêtaient pas pour lui parler. Les mères s'asseyaient loin d'elle, comme si elle était atteinte d'une maladie quelconque. Severus sentit la rage l'envahir, mais il ignora les femmes qui l'avaient aperçu et le dévisageaient avec moquerie. Se promener en costume dans un parc en plein été était tout bonnement ridicule, mais Severus n'en avait cure. C'était pour sa mère qu'il s'était habillé, pas pour ces femmes.

Bien entendu, Eileen le détecta très vite. Elle leva vers lui un visage paisible et heureux, comme si tout était merveilleux dans sa vie, comme s'il était normal de rencontrer son fils dans un parc, loin de sa maison, plutôt que de le recevoir chez elle. Elle lui sourit avec tendresse et se leva – douloureusement – du banc où elle était installée.

Severus ne la laissa pas marcher, il avait remarqué son port raide et douloureux et il savait qu'elle avait trop mal que pour avancer. Il la rejoignit en quelques enjambées et, sans s'inquiéter des personnes qui les observaient, enlaça sa mère avec délicatesse. Eileen émit un soupir ampli de gratitude pour son extrême douceur.

« Bonjour, mon chéri, murmura sa mère à son oreille.

-Bonjour maman », répondit Severus avec sérénité.

Ils restèrent un long moment dans la position, jusqu'à ce que Severus se souvienne que sa mère avait manifestement mal et qu'il n'était pas bon de la laisser rester debout trop longtemps. Alors, il se détacha d'elle et l'emmena jusqu'au banc où il la força à s'asseoir. Il prit place à ses côtés et posa le coffret remplis de potion entre eux. Ouvrant le couvercle, il attrapa une des fioles et la tendit à sa mère avec un « bois » concerné. Eileen obéit avec lenteur, soucieuse que les moldus les entourant s'intéressent de trop prêt à la potion. Mais passé la curiosité, tout le monde s'était détourné d'eux. Dès lors qu'elle eut bu la préparation, elle sembla en meilleure forme, ce qui rassura Severus.

« Merci, lui dit tendrement sa mère en reposant la fiole vide dans le coffret. Elle a un goût différent…

-Ce n'est pas moi qui l'ait faite, signala Severus. Mais elle est aussi performante. N'est-ce pas ? »

Eileen approuva, le rassurant par la même occasion.

« Tu as grandi, s'exclama sa mère, soudainement. Ton costume n'est plus du tout à ta taille !

-Je sais, marmonna Severus en tirant distraitement sur ses manches, mal à l'aise.

-Tu aurais du me le dire ! Je t'aurai envoyé de l'argent pour une autre tenue !

-J'ai assez de vêtements ! se défendit le jeune homme, l'air horrifié par la perspective de mendier auprès de sa propre mère.

-Manifestement non, vu que tu portes cette tenue !

-Je l'ai mise pour te faire plaisir ! Je sais que tu aimes que je sois bien habillé…

-Et bien, il fallait bien t'habiller avec une tenue neuve, dans ce cas ! répliqua Eileen. Vraiment, Severus… C'est quelque chose que je peux faire pour toi, tu le sais bien. »

Le jeune homme finit par abandonner le sujet. Sa mère avait toujours le dernier mot, de toute façon.

« Sinon, comment tu vas ? demanda-t-il.

-Je vais bien, répondit fièrement sa mère. Et si tu me présentais l'homme qui t'accompagne ? Je ne pense pas que ce soit un camarade de classe… »

Severus leva les yeux au ciel. Il se sentit pourtant mal à l'aise à l'idée d'annoncer à sa mère l'identité de l'homme qui était planté près de leur banc et qui s'était pudiquement écarté afin de les laisser à leur retrouvaille. Il craignait plus que tout que les dialogues entre les deux adultes le mette dans l'embarras. Severus avait longuement parlé d'Ash Sadrah à sa mère, dans les nombreuses lettres qu'il lui envoyait.

« Euh… oui, je… je vous présente Ash Sadrah… »

L'homme s'était approché au début de la phrase pour se planter devant eux et quand Severus eut terminé, sa mère leva la tête vers lui, étonnée. Elle resta un long moment silencieuse avant de brutalement se lever pour prendre Ash dans ses bras, à la grande stupeur des deux hommes. Elle le garda contre elle un très long moment, jusqu'à ce qu'Ash se décide à l'étreindre à son tour, bien que clairement interrogateur.

« Merci, souffla Eileen à son oreille. Merci de l'avoir sauvé. »

Ash ne releva pas alors que Severus arborait à son tour un air encore plus sceptique. Sauver ? Mais sauver de quoi ?

oOo

Ils avaient passé la matinée à discuter ensembles, dans le parc d'abord puis dans un petit café où ils déjeunèrent dans une ambiance conviviale. Ash insista pour payer le repas, Eileen protesta mais finit par s'avouer vaincue lorsque l'héritier Sadrah argua que c'était de toute façon comme ça et pas autrement. Severus admit en lui-même, après avoir étreint sa mère une ultime fois, que c'était la première fois qu'il s'amusait autant des vacances ! Sa mère et Ash avaient discuté sans arrêt de divers sujets, que ce soit des coutumes des sangs nobles jusqu'à la reproduction mystère des phoenix, passant entre temps sur son talent en potion. Sa mère avait longuement interrogé son nouveau protecteur sur sa propre vie et elle lui avait fait parler d'absolument tout, de Drake à sa mère, de sa relation passée avec Fabian Prewett ou de sa haine pour Voldemort et même de sa couleur préférée !

Severus avait été passablement étonné de la facilité avec laquelle sa mère avait obligé Ash à parler de lui-même, alors que lui tournait en tout sens la moindre question qu'il voulait formuler à voix haute. Quand finalement, ils s'étaient décidés à se séparer et qu'Eileen l'avait enlacé une dernière fois, elle lui avait chuchoté à l'oreille :

« Tu as de la chance. Il t'aime vraiment beaucoup ! »

Severus était resté un moment sceptique face à ses mots prononcés avec tellement de soulagement mais il n'avait pas pu interroger sa mère d'avantage : en présence d'Ash Sadrah, il préférait ne pas argumenter avec sa mère quant à ses paroles incompréhensibles. Ils rentrèrent finalement dans un silence serein. Ils avaient transplané et étaient réapparus devant la grille du manoir. Pendant de longues minutes, ils étaient restés côte à côte, sans parler, puis Severus, gêné par l'ambiance silencieuse, avait fait un pas pour passer les protections, mais Ash l'avait arrêté en posant une main sur son épaule.

« Quelque chose me dit que nous allons être accueilli en grande pompe lorsque nous rentrerons dans le manoir alors… si vous le permettez, peut-être pourrais-je… changer votre tenue ? »

Severus avait tourné un visage interrogateur vers son interlocuteur mais Ash s'était contenté d'hausser les épaules d'un air las pour ensuite enchanter son costume. Ce dernier était devenu un jeans bleu foncé et une chemise noire. Severus était resté un instant stupéfait puis avait porté une main presque hésitante sur le tissu : jamais il n'avait porté quelque chose d'aussi soyeux ni d'aussi beau. Il était resté un instant paralysé puis avait remarqué qu'Ash avait également changé ses vêtements : il portait un pantalon similaire au sien mais son haut était un t-shirt vert sombre sur lequel l'inscription « Fiche moi la paix » était inscrite en lettre noire.

« Message personnel pour Drake, lui expliqua son protecteur en haussant les épaules. Allez, venez… La journée va être très longue ! »

Severus n'avait pas eu besoin de poser de questions sur le pourquoi du comment. A peine la porte avait-elle été poussée qu'un tonitruant « Joyeux anniversaire ! » avait été poussé simultanément par Drake Malfoy, Fixe Sadrah, Albus Dumbledore, Fabian et Gideon Prewett, James Potter, Sirius Black, Lucius et Narcissa Malfoy, Regulus, Hagrid et d'autres personnes qu'il ne connaissait pas. Il avait alors regardé son bon samaritain qui avait eu l'air à la fois exaspéré et embarrassé.

« Ah, je vois qu'il a appelé tout le monde, en plus, dit-il d'un air presque sinistre. Ça me fait très plaisir de tous vous voir ! »

Même s'il souriait, ses yeux fusillaient un Drake Malfoy mort de rire.

« Allons, allons ! intervint Fixe en allant vers son fils qu'elle enlaça. Ne m'enlève pas le plaisir de te gâter pour ton anniversaire, Ash ! Viens, allons tous au salon. Un gâteau et des cadeaux t'attendent ! »

Avec un temps de retard, Severus s'aperçut qu'il n'avait aucun présent pour l'homme à qui il devait pourtant beaucoup. Il resta planté dans l'entrée alors que la foule se dirigeait vers le salon, entraînant le pauvre Ash Sadrah mortifié.

« Tu étais au courant ? demanda Severus à Regulus, resté près de lui.

-Non, j'en ai été informé ce matin par Drake. Apparemment, il n'en avait parlé qu'avec Fixe et il a prit tout le monde au dépourvu. De cette façon, il était sûr qu'Ash n'en entendrait pas parler et qu'il ne pourrait pas se défiler. Enfin, c'est ce qu'il a dit… »

Severus jeta un œil vers le salon où quelques cadeaux étaient disposés sur une table, juste devant un généreux gâteau à la crème. Il regarda Ash qui fixait les bougies d'un air presque ennuyé alors que Drake Malfoy souriait, sadiquement satisfait.

« Je vois, dit-il. Je n'ai pas de cadeau pour lui…

-Moi non plus, lui dit Regulus en haussant les épaules. Tu veux qu'on aille faire un tour ? Chercher quelque chose à offrir ?

-Maintenant ? demanda Severus. Ce n'est pas le meilleur moment. Demain, si tu veux…

-Mpff, non, je préfère pas, en fait, lui dit Regulus. Mon examen approche et…

-Tu dois réviser, oui, je sais, lui dit Severus. Je m'en chargerai pour nous deux, dans ce cas. »

Le plus âgé soupira puis se résolu à affronter la foule. Déjà qu'il n'avait pas de cadeau, si en plus il fuyait la fête d'anniversaire, il serait vraiment le pire des ingrats ! Quoi qu'à la vue de la moue boudeuse de Ash, ce dernier serait d'avis de prendre ses jambes à son cou et de partir loin de là ! Peut-être devrait-il exaucer son souhait ? Ils pourraient s'enfuir ensembles…

Severus haussa un sourcil à cette pensée qui, étrangement, ne lui déplaisait pas tant que ça mais il la chassa vite de ses pensées : Sirius Black le fixait d'un air bien trop moqueur que pour se laisser distraire par des banalités.

« Te voilà, Snivellus ! Tu n'es pas allé te terrer dans ta chambre ?

-Comme tu peux le voir, Black, si je…

-Comment l'as-tu appelé, Sirius ? l'interrompit brutalement Ash Sadrah en se mêlant à la conversation.

-Euh… je… j'ai dit Severus, tenta l'ancien Gryffondor, blême.

-Je ne crois pas, non, siffla Ash en se levant de sa chaise pour s'approcher du Gryffondor. Qu'est-ce que je vous ai dis le premier jour de votre arrivée ici ? »

Ni Severus, ni Sirius n'osèrent répondre à l'interrogation. Ash semblait réellement furieux et ce n'était pas quelque chose de rassurant. Toutes les conversations dans le salon s'étaient tues et chaque personne observait l'altercation avec intérêt.

« Je vous ai dis : pas d'insulte, pas de blague. Et ôte-moi d'un doute, Sirius, est-ce que « Snivellus » te semble être un surnom charmant ? »

Black se contenta de baisser la tête d'un air repentant.

« N'essaye même pas ton air de chien battu sur moi, Sirius Black ! s'exclama Ash. Et répond !

-Euh… non ? tenta Black.

-Et tu poses la question, en plus ! Sirius, je pensais que tu avais un peu évolué. Ce n'est parce que James et Remus sont présents que tu dois te permettre des remarques pour le moins mal venue ! Tu t'es pourtant parfaitement comporté tout le mois… à moins que je ne me trompe ? Severus ? »

Le potioniste sursauta.

« Euh… Non, il s'est bien comporté ! répondit-il honnêtement.

-Bon. Donc, c'est juste à cause de la présence de James et de Remus ?

-Quoi ? Non, je… ça m'a échappé ! tenta Sirius.

-J'y crois, se moqua Ash. Tu as de la chance, je ne vais pas te punir tout de suite… En fait, je crois que je vais laisser ma mère s'en charger (Sirius blêmit considérablement). Je suis certain qu'elle aura de bonnes idées, pendant vos entraînements. N'est-ce pas, maman ? »

Fixe Sadrah eut un étrange sourire meurtrier.

« Bon, ceci étant régler…

-C'est l'heure des cadeaux ! », interrompit Drake, parfaitement qu'Ash allait tenter de s'éclipser.

Manifestement, le fêter était plutôt d'avis que son plus grand cadeau serait de le laisser fuir en paix mais il se résolut en allant s'installer dans un canapé où chacun apporta son présent avec bonne humeur. Assis lui aussi dans un fauteuil, Severus observa les expressions de son mentor avec beaucoup d'intérêt. Passant d'une joie contrôlée face à des sucreries offertes par Dumbledore, un intérêt mitigé pour un costume élégant gracieusement donné par les Malfoy ou encore son air embarrassé lorsque Fabian Prewett lui tendit un disque de Queen. Il vit parfaitement la lueur de nostalgie traverser ses yeux lorsque sa mère lui donna un foulard de soie rougeoyante acheté dans un souk non loin de sa demeure au Sahara. La même étincelle brilla un instant dans le regard de Drake et les deux hommes échangèrent un regard de connivence. Severus fut prêt à parier que les deux hommes projetaient déjà de retourner dans cette demeure qu'ils évoquaient parfois avec beaucoup de tendresse. Les maraudeurs avaient fait un cadeau commun et Severus leva les yeux au ciel en les voyant tendre à Ash Promise le dernier balai sorti. Etonnement, le jeune homme sembla à la fois ravi et angoissé.

« Super, vous lui offrez exactement ce que je lui avais fais promettre de ne pas toucher ! se moqua Drake, amusé. Maintenant, il ne va plus faire que ça de ses journées !

-Tu exagères, j'ai des obligations, je te rappelle !

-Oui, dont une ce soir, lui rappela Drake avec un sourire ravi. Un bal donné par notre ami Newt Scammander, en ton honneur !

-Oh, joie, dit glacialement Ash, plus proche de se pendre que de se réjouir réellement. Pourquoi lui as-tu donné cette idée, déjà ?

-Parce que Newt Scammander est réputé dans le monde de la magie, devenir son ami ne peut être que bénéfique ! Et il a l'air de beaucoup t'apprécier !

-Lui ou son fils ?

-Son fils est hétérosexuel, donc, je pense que ta vertu n'a rien à craindre de ce côté-là. Toutefois, il est vrai que Fitz a l'air de beaucoup t'apprécier, il faudrait enquêter ! »

Ash leva les yeux au ciel.

« Enquête autant que tu veux, fouineur. »

Pour une raison inconnue, Drake sembla particulièrement choqué par l'appellation et il ne se gêna pas pour frapper Ash avec agacement. Ce dernier sourit avec ironie.

« Au fait, Regulus, dit-il soudainement, l'air vengeur. Vous ignorez sans aucun doute la date d'anniversaire de Drake ici présent mais je suis certain que vous serez ravi d'apprendre qu'il est né le cinq juin ? »

Severus tourna la tête vers son ami et se retint de lever les yeux au ciel : Regulus avait la tête de quelqu'un qui avait oublié d'offrir un cadeau. Il soupira.

« Tu n'auras qu'à lui en faire un l'année prochaine, souffla-t-il à son ami. Tu as l'air ridicule, reprends-toi ! »

Regulus se redressa aussitôt.

« Je suis content de l'apprendre, oui, dit-il d'une voix hésitante. J'aurai préféré le savoir plus tôt, cependant…

-Je m'en doute, se moqua Ash. Tu peux toujours lui faire un cadeau maintenant. Un bisou de remerciement, peut-être ?

-Fiche-lui la paix, intervint Drake avec ennui. C'est bas de te venger sur Regulus !

-Ah, mais il n'a pas l'air contre, lui ! »

Regulus rougit brutalement alors que les invités éclataient de rire. Magnanime, Drake intervint rapidement :

« Qui veut du gâteau ? »

La phrase eut l'effet escompté : Regulus récupéra une couleur de peau normale et chaque invité se tourna vers la table où était posé le sacrifié.

oOo

Harry aurait menti en affirmant qu'il n'était pas heureux de la fête surprise de Draco. Pas si surprise que ça, d'ailleurs, il avait vu venir la chose à cent lieux ! Non, il en était heureux… La raison pour laquelle il tirait la tête, principalement, était que Draco ne s'était pas gêné pour utiliser leurs véritables dates de naissance. En soit, prétendre être né en janvier ou mai, ce n'était pas vraiment important. Qu'Ash Sadrah et Harry Potter aient la même date de naissance ne paraîtrait probablement louche à personne. Non, ce qui contraignait Harry était que si quelqu'un venait à penser qu'Ash Sadrah et James Potter se ressemblait, faire le lien entre lui et son fils serait possible. Et alors, il suffisait au petit malin d'un peu d'imagination et la vérité éclaterait… Mais cette possibilité relevait d'un bon nombre de suppositions alors il ne s'en inquiétait pas trop.

Par contre, il aurait de quoi violemment protester avec l'identité des invités. Franchement, qu'avait pensé Draco en conviant Fabian Prewett. Déjà, lors des rares réunions ou cession d'entraînement organisée par sa mère, ils ne cessaient de se jeter des coups d'œil gênés… Harry savait qu'il devait avoir une conversation avec son ancien amant. Essayer de tarir les choses, d'apaiser le malaise… Mais il en était incapable ! D'abord, parce qu'il ne savait pas quoi dire. Il craignait de blesser Fabian plus qu'autre chose. Ensuite, parce qu'il avait remarqué que les regards du jeune homme se faisaient de plus en plus charnels. Hors, Harry n'était pas sûr de résister à une tentative de séduction.

Réveiller son corps aux appétits charnels n'avait pas été une bonne idée car à présent, même si cela restait moins fréquent que pour toutes personnes normales, il se voyait régulièrement obligé de soulager une tension purement masculine. Et il détestait ça ! En soit, coucher avec Fabian, maintenant qu'il était clair entre eux qu'il n'y aurait pas d'amour, le tentait parfois. Mais il savait que ce n'était pas une bonne idée. Le jeune homme risquait de mal interpréter son geste alors il s'en tenait résolument éloigné. Du moins, autant qu'il le pouvait quand Draco ne l'invitait pas à son anniversaire !

Il était d'autant plus troublé qu'il avait passé une matinée excellente en compagnie de Severus et de sa mère ! S'il s'était écouté, il aurait bien débordé plus largement sur l'après-midi, mais il savait que Draco avait prévu une fête pour lui et il ne pouvait pas totalement se résoudre à faire faux bond à celui qu'il considérait comme un frère. Il était donc allé au manoir, les pieds de plombs, tenté de proposer à Severus de s'enfuir quelque part, loin, très loin avec lui. Le pourquoi il voulait que Severus l'accompagne restait cependant totalement obscur dans sa tête et il ne souhaitait pas du tout s'appesantir sur le pourquoi du comment.

Son seul plaisir, lors de cette longue après-midi, fut de pouvoir discuter avec son père. Depuis le début des vacances, James et lui s'étaient à peine vu. Il avait gardé une relation purement professionnelle avec le jeune homme, contrairement à celle qu'il entretenait avec Severus ou même Sirius avec qui il s'entendait de plus en plus. Et depuis sa discussion houleuse avec Draco, il était nettement déterminé à se rapprocher du jeune homme, quel qu'en soit les conséquences. Il se devait de faire confiance à plus de monde, d'établir des liens, qu'importe combien cela le terrorisait.

« Voldemort ne peut plus m'atteindre comme avant… Je peux le faire, maintenant ! »

C'était ce qu'il se répétait alors que, occupé à déguster un morceau de gâteau, il écoutait James parler de sa relation avec Lily, les yeux pétillants de bonheur.

« Elle veut se lancer dans une spécialisation en sortilège et je trouve que c'est une excellente idée ! Elle est vraiment très talentueuse dans ce domaine. Mon père a tirer quelques ficelles pour qu'elle soit éventuellement introduite auprès d'un maître, mais les spécialistes dans ce domaine sont… comment dire ? Etabli dans des pays éloignés et j'ai quelques scrupules à la laisser partir. Enfin, s'il le faut, il le faut, mais… j'aimerai autant qu'elle reste ici. En même temps, la savoir à l'étranger serait un vrai soulagement parce qu'elle est plus directement exposée au danger que représente Tu-Sais-Qui… »

Harry souriait tout en acquiesçant, amusé de la diarrhée verbale de son père. Il semblait intarissable dès lors qu'on lui demandait de parler de Lily ! Sirius, qui était à la base installé avec eux, avait levé les yeux au ciel à la question d'Harry et s'était pratiquement enfui dès qu'il avait compris la conséquence de l'interrogation du psychologue. Il avait trouvé refuge près de Regulus et Severus avec qui il discutait cette fois sans provocation. Son regard fut attiré par une autre personne qui buvait un verre de citronnade dans son coin, l'air maussade : du peu qu'il en avait vu depuis le début des vacances, Remus Lupin semblait déprimer. Il était pâle malgré l'été radieux et avait l'air épuisé. Fronçant les sourcils, Harry fut soulagé de constaté que James venait de terminer une longue déclaration et il en profita pour s'éclipser.

« James, tu m'excuses, je dois aller discuter avec Remus quelques instants. Mais je suis d'accord avec toi, Lily devrait saisir n'importe quelle opportunité qui l'aiderait à bâtir son avenir, quel que soit l'endroit où cela l'emmène. De plus, je ne crois pas que tu aies choisi une voie quelconque pour ton parcours professionnel ? Rien ne t'empêche donc de la suivre, n'est-ce pas ?

-Non, c'est vrai… Enfin, j'avais pensé suivre des cours en défenses, peut-être devenir briseur de sort…

-Dans ce cas, une maîtrise en sortilège pourrait également t'être utile, lui fit-il remarqué. Réfléchis-y bien, d'accord ?

-Oui, tu as raison. Je devrais peut-être en discuter avec mon père et Lily…

-C'est encore la meilleure chose à faire. Sur ce, je te laisse. »

Sans attendre d'avantage, il se leva et se dirigea vers Remus qui, en le voyant arriver, eut un air presque reconnaissant.

« Tu as besoin de parler, Remus. Viens, d'accord ? »

Le jeune homme acquiesça sans lui opposer la moindre résistance, ce qui était une preuve flagrante de sa détresse. Ils quittèrent discrètement le salon pour se rendre dans la bibliothèque où un sofa confortable les accueillit. Sans attendre, Harry prit les devants de commencer la conversation.

« Que se passe-t-il, Remus ? demanda-t-il. Tu as l'air épuisé, tu as maigri et tu es manifestement très isolé. James, Sirius et toi vous êtes disputé ?

-Non… non, pas vraiment, marmonna le jeune lycanthrope, mal à l'aise. Mais… Disons que les vacances nous ont toujours un peu éloigné les uns des autres. Ils ont tous leurs occupations et… et bien, c'est encore pire, maintenant que Poudlard est fini… Enfin, je veux dire… Je savais que ça s'arrêterait à la rentrée, au moins. Que je serai moins seul dès le mois de septembre. Mais là… il n'y aura pas de rentrée… »

Harry ne releva pas. Il voyait tout à fait ce dont Remus parlait. Il était lui aussi de ceux qui espéraient la rentrée des classes avec désespoir et pour cause : les vacances étaient le plus souvent signe de torture, pour lui.

« Remus, dit-il. L'éloignement de tes amis n'est pas ton seul problème, je me trompe ? »

Le lycanthrope sembla s'assombrir d'avantage.

« Non, ce n'est pas le seul, dit-il. Je… je ne trouve rien. Personne ne veut… ne veut d'un monstre comme moi pour travailler et je… Je vais partout, je me suis renseigné pour des études éventuelles, mais… ma condition fait que… »

Il semblait soudainement au bord des larmes et Harry se retint difficilement d'aller frapper quelques personnes bien pensantes du ministère.

« Le pire, c'est que j'ai beau expliquer qu'il me suffit de prendre un jour de congé à ce moment là, qu'il n'y a rien à craindre, tout le monde s'en fiche ! On me regarde comme si j'allais les égorger dans la seconde ! Non mais qu'est-ce qu'ils croient bon sang ?

-Calme-toi, Remus, tenta Harry en s'approchant de lui pour poser une main sur son épaule. Il ne faut pas désespérer, il y aura bien quelqu'un qui… voudra t'engager.

-Quelqu'un qui aura suffisamment pitié ? demanda Remus avec amertume. Même mes parents ont peur de moi ! Ils m'ont fait comprendre que je devais vider les lieux au plus tôt ! Ils en ont assez de me voir me transformer chaque moi en bête ! Mais je suis leur fils, bon sang ! »

Harry n'y teint plus : il attira le jeune homme dans une solide étreinte, Remus hoquetant en le sentant faire. Il tenta de s'éloigner mais les bras d'Harry se resserrèrent sur lui.

« Je suis désolé pour toi, Remus, vraiment, murmura Harry à son oreille. Mais pourquoi ne m'en as-tu pas parlé pendant l'année ? Tu sais bien que je ne te laisserai pas seul dans une telle situation !

-Je… je ne voulais pas venir mendier…

-Tu ne mendie certainement pas ! s'énerva Harry en l'écartant de lui pour le regarder. Écoute-moi bien, Remus Lupin ! Tu seras toujours le bienvenu ici, quoi qu'on en dise. Tes parents veulent que tu t'en ailles ? Et bien, tu vas exaucer leur souhait ! Tu vas emménager ici !

-Quoi ? Non, Ash, je ne veux pas vous… enfin, te…

-Déranger ? interrompit Harry. J'ai déjà trois adolescents ici, un de plus ne fera aucune différence !

-Severus ne va pas être content, s'assombrit Remus.

-Severus part dans un mois, signala Harry. En outre, je peux t'assurer qu'il n'est pas en colère contre toi pour ce qu'il s'est passé cette nuit là. Il a même plus ou moins réussi à pardonner à Sirius alors il peut bien te pardonner à toi ! Remus, regarde-moi. Je te l'ai dis fin d'année, tu es le bienvenu chez moi. J'ai assez de chambre pour accueillir tout une classe de Poudlard, alors crois-moi, tu ne gênes pas !

-Mais… et pour… enfin… pour la pleine lune ? demanda Remus.

-D'abord, j'ai une pièce parfaite pour ça. Ensuite, je crois savoir que Sirius Black étant ton ami et possédant une certaine particularité magique mais méconnue de tous, il pourra sans difficulté t'accompagner pour ces nuits ce qui, selon mes sources, les rends nettement moins douloureuses ?

-Il… Il vous a dit ? s'étonna Remus.

-Il me l'a dit, oui, lui répondit Harry évasivement. Enfin, pas exactement, mais j'ai deviné selon ses dires. Lorsque tu es chez toi, ils ne peuvent pas venir t'aider à cause de tes parents. Mais ici, ils pourront, sans problème. Tu auras une pièce magnifique pour ça et Drake et moi pourrons te soigner sans la moindre difficulté ! Remus… Tu n'auras aucun loyer à payer et éventuellement, je pourrai t'apprendre ce que je sais du monde des moldus. Tu pourrais travailler pour eux ! Tu n'es pas affiché chez eux comme chez nous et ils accepteront de te donner un jour de congé par mois s'ils sont compréhensifs et crois-moi, il y a toujours moyen de s'arranger. Alors ? Qu'en dis-tu ? Remus ? »

Le jeune homme semblait sur le point de pleurer. Il avait l'air si soulagé qu'Harry comprit qu'il venait de lui enlever un énorme poids des épaules. Compréhensif, il le reprit dans ses bras, frottant son dos dans un geste de réconfort.

« Allons, ne pleure pas, lui dit-il affectueusement. Je te l'ai dit, tu es un bon garçon. Et je ne vais pas laisser le monde te faire du mal sous prétexte que tu es un peu différent ! »

Contre son épaule, Remus émit un bruit étrange, mêlant rire et larmes en même temps.

« Merci, Ash, dit-il avec une réelle reconnaissance. Vous n'avez pas idée…

-Si tu vis ici, tu vas devoir me tutoyer, Remus. Hors de question de vivre avec des politesses inutiles, d'accord ?

-D'accord, répondit Remus. Merci, vraiment…

-Pas de merci qui tienne », lui répondit Harry en s'écartant de lui.

Il sourit et passa une main tendre sur son visage, essuyant négligemment ses larmes.

« Rentre chez tes parents, faits tes bagages et reviens ici ! Je te prépare une chambre pendant ce temps là. Tweet ! »

L'Elfe de maison apparut à leur côté dans un léger pop.

« Oui, Maître ?

-Peux-tu préparer une chambre dans l'étage des garçons, pour Remus ?

-Oui, maître Ash, Tweet peut. Quelle couleur ? »

Harry se tourna vers Remus qui sembla un instant déstabilisé par la question.

« La couleur de ta chambre, Remus ?

-Oh… euh… Blanche… »

Harry acquiesça.

« Bien, Blanche, dans ce cas, dit-il. Fais-lui la même chose qu'aux autres, d'accord ? »

Tweet hocha la tête puis disparut à nouveau.

« Quand tu seras revenu, ta chambre sera prête. Maintenant, file !

-Je… Encore merci, Ash, dit Remus en l'étreignant à son tour. Vraiment, tu ne sais pas ce que ça représente…

-Si, je sais, lui répondit Harry, l'air sombre. Je sais, n'en doute pas. »

Il s'en écarta en lui souriant, l'air joyeux.

« Il va falloir que je mette les choses au point avec les trois autres ! En attendant, file ! »

Un bruit à l'entrée de la bibliothèque les firent sursauter et ils tournèrent la tête vers l'entrée. Ils furent surpris de voir Severus qui les fixait avec froideur. Harry eut un frisson en croisant son regard et se sentit brutalement mal à l'aise. Il lâcha les mains de Remus qu'il tenait avec brusquerie et se leva.

« Severus, dit-il. Vous vouliez me parler ?

-Non, pas vraiment, répondit le garçon. Je venais chercher un livre…

-Ah, répondit Harry, gigotant.

-Euh… je vais y aller, dit soudainement Remus, conscient d'une certaine tension. Je vais… chercher mes affaires !

-D'accord, lui répondit Harry en lui souriant. A tout de suite alors. »

Remus acquiesça puis partit. Il fit un arc de cercle pour passer le plus loin possible d'un Severus à l'air énervé.

« Severus ? demanda Harry, étonné de l'expression de son visage. Quelque chose ne va pas ?

-Lupin va vivre ici ? demanda le jeune homme en s'avançant dans la pièce après avoir refermer la porte derrière lui.

-Oui, lui répondit calmement Harry. Sa situation est assez précaire pour l'instant alors je lui ai proposé…

-Et les nuits de pleine lune ? interrogea Severus, l'air furieux.

-J'ai déjà résolu le problème, Severus. Est-ce que… est-ce que cela vous contrarie ? »

Le jeune potioniste ne répondit pas tout de suite. Il prit le temps d'y réfléchir avant de répondre.

« Pas exactement, dit-il. Mais êtes-vous sûr que c'est prudent ?

-Oui, il n'y aura aucun problème. La maison Sadrah est très particulière et je sais exactement où le mettre pour ces nuits. En outre, il aura un partenaire pour s'occuper alors…

-Un partenaire ? s'exclama Severus. Il y a un autre loup-garou ici ?

-Non, pas du tout ! s'exclama Harry, hilare. Non, mais un animagus canin…

-Un anima.. Qui ? »

Harry eut un sourire malicieux.

« Devinez, Severus », dit-il, clairement amusé.

Le jeune homme eut une moue agacée mais sembla éloigner le sujet de ses pensées.

« Lupin et vous êtes très proches, dit-il soudainement.

-Vous trouvez ? demanda Harry. Malheureusement, pas autant que je le voudrai. Ce garçon est beaucoup trop sur la défensive pour son bien. »

A nouveau, le visage de Severus s'assombrit.

« A quel point voulez-vous être proche de Lupin ? »

Harry leva la tête vers lui, étonné de la question. Il mit un certain temps avant de la comprendre et rougit brutalement.

« Oh, non ! s'écria-t-il. Pas… enfin, pas de cette façon, Severus, qu'imaginez-vous ! Je veux juste être son ami !

-Ne me regardez pas comme si je vous accusais d'avoir noyé une portée de chaton, répliqua Severus en allant s'asseoir dans un fauteuil proche de sien. Lupin est beau garçon…

-Et alors ? demanda Harry, choqué. Je ne le vois pas du tout de cette façon, qu'importe sa beauté ! Merlin tout puissant, je ne saurai jamais…. Il me rappelle un vieil oncle, ce serait comme… comme sortir avec lui ! Non, jamais !

-Mais Lupin n'est pas vieux… et vous l'avez dit vous-même, il est beau alors…

-Et alors ? demanda Harry, mal à l'aise soudainement. Vous êtes beau, vous aussi ! »

Cette fois, ce fut au tour de Severus de paraître choqué.

« Quoi ? dit-il. B… Beau, moi ? Vous plaisantez ? Ce n'est pas drôle, vous savez ?

-Je ne plaisante pas, répondit calmement Harry. Vous êtes beau !

-Personne ne peut qualifier mon nez de beau, Ash ! »

Harry ne put s'empêcher de rire face à son commentaire.

« Et bien, vous avez un grand nez, c'est vrai. Et votre visage est sans conteste trop fin pour qu'il soit difficilement ignoré, mais vous n'en demeurez pas moins beau. Vos yeux, notamment, sont votre plus grand atout.

-Mes yeux ? questionna Severus, clairement sceptique.

-Ils sont insondables, répondit Harry, souriant de la soudaine gêne du plus jeune. Deux perles noires… assez troublantes.

-Tr… Troublant ? demanda Severus. N'importe quoi ! Avez-vous bu ? Je… J'ai le teint jaunâtre !

-Je dirai pâle, répliqua Harry. Vous avez des cheveux qui pourraient vous mettre en valeur, si vous les coupiez différemment. Peut-être qu'un peu d'exercice physique et d'exposition au soleil pourrait vous donner un meilleur teint… Mais vous êtes beau, Severus. Vous êtes grand, avez un air sévère, certes, mais je n'en démords pas, vous avez votre charme. »

A sa grande surprise, il laissa ses propres yeux détailler le plus jeune. Il n'y avait jamais fait attention avant, mais il le trouvait magnifique. Certes, son nez était assez volumineux, mais il allait bien avec le reste de son visage. Ses cheveux avaient l'air gras mais Harry savait, pour les avoir touché, qu'il n'en était rien. Confié au soin de Draco, ils pourraient avoir un bien meilleur aspect. Mais Harry ne voyait pas vraiment de changement à opérer chez Severus. Son corps était fin, peut-être trop. Il suintait d'un manque total de confiance en lui physiquement mais il était pallié par son esprit vif et intelligent.

« Votre visage s'harmonise bien. Vous n'êtes pas beau à proprement parler, pas d'une beauté classique, j'en conviens, mais vous avez un charme indéniable, Severus. »

Face à lui, le jeune homme rougit brutalement et Harry se retrouva soudainement fasciné par ces couleurs. Les rares fois ou il avait vu Severus Snape rougir, c'était de colère. Le voir embarrassé lui donnait un petit air… mignon… Troublé à son tour, Harry se leva brutalement de son siège. Que lui arrivait-il de penser une telle chose ? De Severus Snape, qui plus est ? Il n'avait pas le droit de penser de telles choses de lui, c'était… inconvenant et pourtant tellement…

Un choque à la porte l'éloigna de ses pensées et il sursauta, inconscient d'avoir fixé les yeux de Severus pendant de longues minutes.

« Oui ? dit-il en se tournant vers la porte, rougissant à son tour.

-Ash ? demanda Dumbledore en entrant. Je ne vous dérange pas ? J'aimerai m'entretenir avec toi d'un sujet important… »

Harry haussa un sourcil et l'inquiétude s'empara de lui aussitôt. Un sujet important ? Voilà qui ne le rassurait guère.

« Oui, bien sûr, dit-il. Entrez… euh… Severus, je crois que vous désiriez prendre un livre…

-Ça peut attendre, répondit le jeune homme en s'éloignant vers la sortie pour ensuite disparaître dans le couloir.

-Bon, et bien… Y a-t-il un problème, Albus ? demanda Harry en se rasseyant dans son fauteuil, le vieux mage allant prendre place dans le siège qu'occupait Severus juste avant.

-Ce n'est pas un problème grave, je te rassure, lui dit le vieil homme en lui souriant. En vérité, j'ai plutôt besoin de ton aide.

-Mon aide ? demanda Harry. A quel sujet ?

-Et bien, tu le sais, Caradoc est malheureusement décédé et je suis à la recherche d'un professeur de Défense contre les Forces du Mal… Je me demandais si, éventuellement, tu accepterais de reprendre ce poste. »

Harry haussa les sourcils de surprise. Lui ? Professeur ?

« Vous êtes sûr, Albus ? demanda-t-il. Je veux dire… Je n'ai aucune qualification pour cela… je n'ai suivi aucune maîtrise et…

-Mais tu t'y connais aussi bien que si tu avais suivi un cursus dans ce domaine. Je ne doute pas que tu sois parfaitement apte à remplir ce rôle. Et je t'avoue que tu m'enlèverais une sacrée épine du pied. Par les temps qui courent, occuper un poste qui a la réputation d'être maudit semble être impossible pour n'importe quel sorcier…

-Ah oui… la malédiction, marmonna Harry. Croyez-vous que le poste le soit vraiment ?

-Je l'ignore, répondit honnêtement Dumbledore. Mais je suis certain d'une chose : si quelqu'un peut lutter contre une malédiction, c'est bien toi, mon garçon. »

Harry sourit malgré lui au commentaire de Dumbledore. Il prit pourtant le temps d'y réfléchir avant de répondre. Être professeur de défense ne le dérangeait pas vraiment mais il savait que cela allait lui demander une certaine organisation et une disponibilité qu'il n'aurait peut-être pas si Voldemort décidait d'attaquer…

« Et bien, pourquoi pas ? dit-il finalement. Mais si jamais je devais intervenir en urgence…

-Ne t'inquiète pas pour ça, lui répondit Dumbledore. Nous trouverons toujours quelqu'un pour te remplacer au pied levé, n'est-ce pas ? »

Harry approuva d'un hochement de tête, amusé.

« Et bien, je suppose que je ne peux qu'accepter. Mais vous devez être bien conscient que je n'ai pas la moindre idée de comment être un professeur alors je vais devoir vous demander votre aide pour les débuts !

-Aucun problème, Ash, je suis tout disposé. En premier lieu, je vais te donner les programmes établis par le ministère. Chacun d'entre eux établi ce que les élèves sont censés apprendre par an. Bien entendu, étant donné la diversité des professeurs, il se peut que certains élèves n'aient pas le niveau escompté, c'est pourquoi je te conseille vivement d'établir un test d'évaluation par classe pour les premières leçons. En spécifiant bien aux élèves qu'il n'aura aucune incidence sur les côtes de l'année. Tu découvriras rapidement que les étudiants peuvent être très angoissés quand il s'agit de leur moyenne annuelle. Je sais que tu es déjà très occupé entre les leçons de ta mère, les réceptions sociales auxquelles tu es forcé d'assisté et ta propre vie privée et je suis désolé de te rajouter du travail…

-Ce n'est pas vraiment un problème, répondit Harry en prenant les documents que Dumbledore lui tendait. J'aime avoir l'esprit occupé. Je mets les tests en place pour le début de l'année. Quant aux leçons du programme, je verrai ce que je pourrai faire avant la rentrée et je continuerai de les préparer au fur et à mesure.

-Bien, tu m'as l'air déjà bien parti. Sur ce, peut-être devrais-tu retourner avec tes invités ? Drake avait l'air très contrarié de ta disparition. »

Harry leva les yeux au ciel.

« S'il le faut », dit-il.

Dumbledore lui répondit par un sourire semblant compatissant.

oOo

L'après-midi passa trop vite au goût d'Harry qui se vit vêtir pour la soirée par Draco avec un soin tout particulier. Il détestait se rendre à ses soirées mondaines, qu'importe que ce soit pour le bien de sa vie sociale. Si ça ne tenait qu'à lui, il s'enfermerait définitivement dans un coin tranquille. Il appréciait la compagnie des autres, de ses proches, mais celles de la 'bonne société'. Tout n'y était qu'hypocrisie et faux semblants. Lui-même jouait la comédie la grande majorité du temps ! Sourire, feindre l'intérêt, parler poliment, s'incliner respectueusement… Il préférait encore courir à moitié nu dans le désert du Sahara !

« Merlin, je veux mourir, marmonna-t-il en regardant son reflet dans son miroir.

-Ce serait dommage, un si beau garçon, s'exclama sa mère adoptive en entrant avec une boîte sous le bras.

-Va à une seule de ses soirées et tu comprendras ! répliqua Harry en se tournant vers elle. Il y a quelque chose qui ne va pas ?

-Non, Ash, tout va bien, répondit sa mère en allant près de la table basse entourée de canapé présente dans la chambre de son fils. J'aimerai juste te donner un dernier cadeau d'anniversaire mais j'ai besoin pour cela que tu viennes t'asseoir ici, près de moi. »

Harry haussa un sourcil interrogateur mais il obéit. Il se dirigea vers le fauteuil et s'installa près d'elle, la fixant avec intérêt. Elle avait toujours mauvaise mine mais elle paraissait plus sereine depuis qu'elle était arrivée.

« J'aimerai te faire un ultime cadeau d'anniversaire car ce sera le dernier que je pourrai célébrer avec toi…

-Fixe…

-Non, tais-toi. Je sais que tu apprécieras ce cadeau, mais j'ai besoin que tu y mettes du tien.

-Du mien ? », interrogea Harry.

Fixe lui sourit avec tendresse et ouvrit le coffret qu'elle tenait. Dedans, Harry découvrit une main de métal, comme une armure de fer et peinte de ligne rouge comme le sang. Il écarquilla les yeux en comprenant ce qu'était l'objet.

« C'est…, balbutia-t-il.

-C'est ma main de dieu, oui », dit Fixe en prenant l'objet et en le passant à sa main droite.

L'armure de métal scintilla et s'adapta à sa main à la perfection.

« Elle peut prendre plusieurs forme, mais c'est celle qu'elle a pour moi. Ash, je veux t'offrir des toiles avant de mourir. Des toiles spécifiques.

-Des toiles ? répéta Harry.

-Oui, répondit Fixe. Je sais que tu es hanté. Je sais que tu souffres de la perte des gens que tu aimes. Et j'ai pensé que, peut-être, les retrouver te consolerait, même si ce n'est que part une toile. »

Harry sembla comprendre car ses yeux s'illuminèrent.

« Tu dois te concentrer, lui dit fixe en levant sa main de dieu pour ensuite la poser sur sa tête, ses doigts s'étirant pour couvrir le plus de surface possible de son crâne. Pense à chacun d'eux. Pense à toutes ces personnes qui te sont chères et que tu as perdues. La main recevra les informations et je serai en mesure de les peindre. D'accord ? »

Harry acquiesça et ferma les yeux. Il n'eut pas besoin de faire beaucoup d'effort pour les visualiser, Ron et Hermione s'imposèrent à lui, sans difficulté. Il revoyait les cheveux touffus de sa meilleure amie et son regard brillant d'intelligence. Le sourire large et amical de Ron, un grand cœur dans un grand corps. Son esprit voltigea sans difficulté jusqu'à la famille Weasley, Ginny et son air malicieux, les jumeaux complotant une blague savamment préparée, Charlie et son air intéressé, Bill arborant ses cicatrices avec fierté, Fleur accrochée à son bras. Madame Weasley, plus vieille que celle qu'il fréquentait et le regardant avec amour, Monsieur Weasley passionné par un canard en plastique. Percy le regardant de son air hautain. Quand il les eut tous regardé, il dériva vers Remus et Tonks, visualisant leur bébé qui n'était pourtant jamais né. Il regarda ensuite Sirius et son regard hanté, Hagrid et son air d'enfant prit en faute, dissimulant une créature dangereuse quelconque. Il pensa même à Draco et à son air d'enfant capricieux. Il visualisa la seule photo de ses parents et lui qu'il avait en mémoire. Puis son esprit dériva vers Neville Londubat, Dean Thomas et Seamus Finigan, assis dans leur lit, dans leur dortoir. Il vit Lavande et Parvati occupées à cancaner dans la salle commune et sourit avec émotion. Puis, enfin, la dernière image qui s'imposa à lui fut celui d'un homme à l'air sévère dans une salle de potion et le fixant avec hauteur. Son cœur s'accéléra et il rouvrit les yeux, stupéfait de se découvrir en larmes. Sa mère le regardait avec tendresse.

« Tu m'as donné beaucoup de matière, lui dit-elle. Et avec beaucoup de détail… Je ferai de mon mieux. »

Elle enleva la main de dieu pour essuyer ses larmes et l'embrassa sur le front avec tendresse.

« Je te les donnerai dès qu'ils seront prêts, dit-elle. Passe une bonne soirée…

-Ash, tu es prêt ? demanda Draco en entrant dans la chambre brutalement. On ne peut pas être en retard à une soirée donnée pour ton anniversaire ! Tu viens ?

-Il faut bien, renifla Harry, ennuyé. A plus tard, maman. Merci. »

Fixe lui répondit par un sourire et quitta la pièce, la main de dieu sous le bras.

« Est-ce que c'était…., commença Draco.

-Oui, répondit Harry. Je t'expliquerai. Tu viens ? »

Draco approuva et ils quittèrent la demeure Sadrah pour celle de Newt Scammander.

oOo

Aller à une fête était une chose pour Harry mais aller à une fête en son honneur en était une autre. A sa grande horreur, il fut accueilli par de tonitruants « Joyeux Anniversaire » et soudainement, la petite fête de l'après-midi lui sembla être le meilleur moment de sa vie. Si Draco ne l'avait pas retenu par un pan de sa robe de gala noire et verte, Harry se serait sauvé aussitôt ! Mais son ami avait prévu le coup et l'avait attrapé.

« Allons, du calme, lui dit Draco. Tu vas passer un excellent moment…

-Rempli d'hypocrites, tu parles. Oh, regarde, il y a même des mangemorts, ici…

-Pas d'esclandre, Ash… »

La conversation avait été murmurée. Ce n'était pas la première fois qu'ils étaient conviés à des fêtes où des mangemorts étaient présents. Malheureusement, la règle de bonne conduite voulait que, loin des terrains de combat, tous fassent semblant de s'adorer. Harry ne savait pas combien de fois il avait lancé de sorts de détection aux cocktails et petits fours qu'il prenait. Cette soirée n'allait pas faire exception. Il regarda le gigantesque gâteau d'anniversaire comme s'il était un démon particulièrement vicieux.

Rapidement, malheureusement, il fut entouré de sorciers venant le féliciter pour son 25ième anniversaire et il dut prendre tout ça avec le plus beau sourire, remerciant avec sympathie des gens qu'il méprisait pour la plupart. Les seuls qu'il fut heureux de recevoir furent les Bones, les Scammander et les Prewett, également présent à la fête. Il fut légèrement interpellé lorsque Rosier vint le saluer. Le jeune homme de dix-sept ans était accompagné de son père mais il démontrait une telle assurance qu'il semblait presque être le chef de famille.

« Bonjour, monsieur Sadrah, lui dit-il avec un petit sourire mesquin qui déplut totalement à Harry. Joyeux anniversaire, je pense que cela est de rigueur.

-Il semblerait », répondit poliment Harry, conscient qu'il ne pouvait pas faire d'esclandre dans le lieu.

Evan Rosier lui adressa un sourire qui lui donna froid dans le dos. Inconsciemment, Harry recula, comme si le jeune homme le menaçait. Pourtant, il ne faisait que lui sourire d'un air calculateur et observateur. Ses yeux passaient sur son corps, comme une caresse lascive, promesse de plaisir… et de douleur. Harry se retint de lui ordonner de cesser de le regarder lorsque Draco arriva, un verre de champagne en main.

« Tiens, dit-il, décontracté. Le fêter se doit d'avoir toujours un verre en main, tu offenserais Newt si tu avais l'air de t'ennuyer. Monsieur Rosier ! Heureux d'être enfin diplômé ?

-Plus qu'heureux, répondit le jeune homme avec un sourire suffisant. Le monde est vaste et je suis impatient de le découvrir… »

Il laissa son regard dérivé vers Harry qui, heureux de la distraction qu'était son frère, s'esquivait discrètement. Bien que conscient que Rosier le fixait à nouveau, il feinta de ne rien remarqué et s'éloigna, attrapant Gideon Prewett au passage.

« Gideon, je suis si heureux de te voir !

-On vient juste de se parler, constata le jeune homme, serein. Es-tu saoul ?

-Non, j'essaye de m'enfuir loin d'Evan Rosier, chuchota Harry. Il me met mal à l'aise. »

Discrètement, Gideon se retourna pour regarder le jeune homme.

« Ah, le jeu du chat et de la souris, dit-il. Tu es la souris de beaucoup de chats, aujourd'hui…

-Quoi ? couina Harry, horrifié. Qui ?

-Mon frère, entre autre, souligna Gideon, moqueur.

-Euh… »

Harry bafouilla. Il ne parlait pas souvent avec Gideon qui le mettait mal à l'aise. Aîné de la famille Prewett, il émanait de lui une tranquillité reposante. Son regard était détaché de tout et il ne semblait pas se préoccuper de ce qui l'entourait outre mesure. Toutefois, Harry le savait très protecteur envers ses jeunes frères et sœurs.

« Ne fais pas cette tête, lui souffla Gideon. Je n'étais pas contre votre relation et je ne suis pas contre votre rupture non plus.

-Ah ? demanda Harry, étonné.

-Fabian mène la vie qu'il désire mener, qu'importe avec qui. Tant qu'il reste en un seul morceau, je ne m'en soucie pas. Il te veut, s'est un fait, mais tu n'as pas l'air déterminé à prendre le même chemin que lui. Je préfère votre situation actuelle même si lui n'est pas d'accord. Il a un peu bu ce soir et il te dévore du regard. Evite de t'isoler avec lui ou je ne donne pas cher de ta virginité.

-Merde, Drake l'a dit à tout le monde ou quoi ? s'énerva Harry, mortifié d'entendre Gideon parler de sa virginité.

-Non, répliqua l'autre. Mais mon frère n'a cessé de pleurnicher sur votre absence de relation charnelle. Et sérieusement, seul un homme vierge pourrait résister à mon frère ! Bref. Il y a un autre chat dont tu dois vraiment te méfier.

-Un autre ? questionna Harry.

-Une en fait, intervint Draco en les rejoignant.

-Une ? s'exclama l'héritier Sadrah, stupéfait. Qui donc ?

-Jennifer Parks, dit Draco en désignant une très jeune femme.

-Mais… C'est une enfant ? s'étonna Harry.

-Elle a seize ans, répondit Draco. Et crois-moi, c'est un vrai serpent. Je ne serai pas surpris qu'elle se marie à plusieurs hommes avant d'atteindre les trente ans… »

Draco haussa un sourcil dans sa direction, tentant de lui faire passer un message qu'Harry ne comprenait nullement.

« Et ? demanda son ami. Tu crois qu'elle voudrait se marier avec moi ?

-T'épouser et te tuer, certainement, se moqua Draco, agacé de ne pas pouvoir dire clairement ce qu'il voulait en présence de Gideon.

-Ne sois pas si sévère, intervint l'héritier Prewett. Elle a des allures de mangeuses d'homme et elle fait tourner bien des têtes, au point de désespérer son père. On se raconte qu'il espère la fiancer au plus vite, de façon à couvrir tout éventuel scandale. Mais de la à sous-entendre qu'elle deviendrait une sorte de veuve noire…

-Elle en sera une, prophétisa Draco. Je suis prêt à le parier. Et franchement, Ash, crois-moi, je ne me trompe pas ! Un de mes amis avec une mère comme elle. Et cette Jennifer ressemble en tout point à la mère de mon ami ! »

Cette fois, Harry sembla comprendre l'allusion à Blaise Zabini et sa veuve noire de mère car ses yeux s'arrondirent et il regarda la jeune fille aux cheveux noirs bouclés occupée à flirter avec un homme d'une trentaine d'année avec horreur.

« J'en resterai éloigné, décréta-t-il.

-Bonne chance ! lui répondit Gideon en s'éloignant.

-Est-ce qu'elle est vraiment… ? commença Harry.

-C'est elle, le coupa Draco. Elle a les mêmes yeux noirs et troublants que Blaise et oui, elle m'a déjà fait du gringue. Mais je ne suis pas assez intéressant pour elle, je suis juste le bâtard de la famille Malfoy alors que toi… tu es l'héritier de la fortune Sadrah. Tu es sur son tableau de chasse, n'en doute pas. Surtout que son père veut la marier à un vieil homme qui sait à peine trouver sa queue pour pisser alors elle est désespérée. Séduire un jeune et riche héritier et tomber enceinte serait sans doute son seul sauf-conduit et je te conseille de ne pas jouer ce rôle !

-Aucune envie de le faire ! répliqua Harry. Mais es-tu sûr qu'elle s'intéresse à moi ? Elle n'a pas tenté de m'approcher du tout !

-Prête-lui un peu plus de crédit, veux-tu ? C'est une Serpentard et elle est à Poudlard. Où crois-tu qu'elle préférerait te séduire ? Ici, entourée de toute la bonne société qui la jugera ? Ou à l'école où elle te coincera sans problème ? Sois sur tes gardes, cette année. C'est une rusée ! »

Harry acquiesça vivement, se promettant de définitivement rester éloigné de cette jeune femme. Malgré lui, pourtant, il ne put que l'admirer : la future Madame Zabini était une vraie beauté. Ses cheveux étaient magnifiquement coiffés et bouclés et la robe de cocktail noir qu'elle portait mettait ses formes en valeur. Si Draco ne l'avait pas averti du danger, nul doute qu'il se serait laissé tenté… Enfin, jusqu'à ce qu'il apprenne qu'elle n'avait que seize ans ! Comme s'il pouvait s'intéresser à une gamine…

Non, tu préfères les gamins…

Harry balaya cette pensée parasite et s'éloigna de l'attroupement d'adulateur de Jennifer Parks pour déambuler dans la salle. Avisé, il resta éloigné d'Evan Rosier et de son regard pervers mais ne put échapper à un Fabian Prewett ayant manifestement un petit coup dans le nez. Comme l'avait prévenu Gideon, il se montra très entreprenant… Heureusement, la présence de la haute société sorcière autour d'eux le restreint dans ses démonstrations, sans quoi, Harry n'était pas sûr de pouvoir y réchapper !

Ce ne fut que vers deux heures du matin que Draco estima que le fêter avait le droit de rentrer. Harry ne se gêna pas pour courir jusqu'à la première cheminée venue, dès qu'il eut salué avec une amabilité parfaitement simulée. Dès qu'il apparut dans le manoir Sadrah, il se débarrassa de sa cape de gala qu'il jeta sur un canapé, soupirant de soulagement.

« Allons, arrête de soupirer, ce n'était pas si pénible, le sermonna Draco en apparaissant à sa suite.

-Si peu ! répliqua Harry. Entre les regards énamourés de Fabian, les clins d'œil pervers de Rosier et la veuve noire qui, si elle ne me chassait pas, s'arrangeait toujours pour être dans mon champ visuel, non, tu as raison, la soirée était à peine pire que les autres ! »

Draco se permit de ricaner.

« J'ai l'espoir que tu ne sois plus vierge pour Noël, dit-il. Quoi que je te déconseille le mangemort et la veuve noire. Cela dit, si tu cèdes à Jennifer – et tu lui cèderas, je le sais – je te conseille vivement le sortilège de contraception de base, dès que vous commencerez à baiser sinon, il y a de grande chance que tu sois piégé. Je te l'apprendrai avant le début de l'année. Quand elle va savoir que tu es professeur de défense, elle va lancer l'offensive ! Prépare-toi ! »

Ignorant l'air consterné d'Harry, Draco quitta le salon pour grimper à l'étage. Il était fatigué et les trois prochains jours allaient lui demander beaucoup d'énergie : Regulus passait son examen de potion le trois août. Jusque là, il allait s'assurer qu'il était prêt pour le grand jour.

Rester seul dans le salon, avachi dans le canapé, Harry poussa un long soupir désespéré. Pourquoi les gens voulaient-il tellement se rapprocher sexuellement de lui ? Ne pouvaient-ils pas respecté son désir d'être seul et tranquille ? Il ferma les yeux, tentant d'oublier l'image de Rosier, Fabian et Jennifer. Un léger son attira alors son attention. Alors qu'il parlait avec Draco, il n'avait pas perçu le son de la musique douce venant de la salle d'audio-visuel. A présent, il entendait clairement les refrains nonchalants d'un violon. Se levant avec difficulté et tentant d'ignorer une fugace douleur aux pieds, Harry se dirigea vers le fond du salon. Il y avait bien de la lumière venant de la salle mais quand il ouvrit la porte dissimulée, il ne vit personne. Sceptique, il s'avança dans la pièce, refermant la porte avec douceur. Quand il arriva à côté du canapé, il fut surpris d'y trouver étendu un Severus Snape manifestement endormi. Il s'était recouvert d'une couverture et un livre était tombé au sol, dans un désordre signifiant clairement que son lecteur s'était endormi et l'avait laissé choir sans attention.

Amusé, Harry s'approcha pour ramasser le livre dont il lut rapidement la couverture : 'Jane Eyre'. Quel singulier choix ? Il grimaça en constatant que certaines pages s'étaient pliées dans la chute et, incapable de trouver l'endroit où s'était arrêter Severus, il se vit obliger de refermer le volume qu'il posa sur une table basse avant de retourner toute son attention sur le jeune dormeur. Un sourire franchit les lèvres d'Harry en constatant l'air soudainement innocent de son protéger. Il était loin d'imaginer, en commençant son voyage, qu'il le verrait un jour si détendu en sa présence.

« L'auriez-vous imaginé, Professeur, chuchota-t-il en levant une main hésitante pour ensuite remettre une mèche noire en place derrière l'oreille de Severus. Auriez-vous imaginé une telle situation ? »

Il laissa sa main divaguer sur la peau de la joue creuse, ses yeux caressant le visage reposé. Pourquoi Severus était-il venu dans cette salle ? Les attendait-il ? S'était-il endormi là, incapable de continuer à veiller leur retour ou était-ce un hasard ? Et pourquoi voulait-il tant que ce ne soit pas le hasard ? Pourquoi voulait-il que Severus l'attende ? Pourquoi voyait-il l'arrivée du mois d'août comme le pire moment de l'année, uniquement parce que sa fin signifiait le départ du jeune homme pour deux années ? Comment, en si peu de temps, avait-il pu s'y attacher au point de vouloir le garder auprès de lui ?

« Que m'avez-vous fait, Severus ? »

Le jeune homme ne répondit pas, profondément endormi. Harry entendait sa respiration lourde, constatait le relâchement total de son corps, son expression sereine sur laquelle sa main voyageait avec une tendresse qu'il ne s'expliquait pas. Pas plus que les battements frénétiques de son cœur. Ni l'envie irrépressible d'appuyer son visage contre son épaule, de s'enfouir contre son cou et de s'endormir là, à genoux près de lui. Il se ressaisit et stoppa tous ces gestes, hésitant à la marche à suivre. Devait-il le réveiller ? Ou le transporter dans sa chambre ? Mais il y avait de grande chance que le soulever le réveille… Et étrangement, Harry n'en avait pas envie. Doucement, il leva la main droite et la passa au-dessus de son visage, lui lançant un sortilège de somnolence de son cru. De cette façon, même s'il était déplacé, Severus ne s'éveillerait pas.

Malgré son sort, Harry prit mille précautions pour soulever le jeune homme dans ses bras. Il se leva sans difficulté. Son fardeau était à peine une gêne ! Il bougea vaguement la main et la musique s'estompa pour totalement s'arrêter. Les quelques bougeoirs s'éteignirent lentement alors que la porte s'ouvrait devant eux. Elle se referma dans un léger clic et il traversa le salon, le visage de Severus appuyé contre son épaule. Au fur et à mesure de son avancée, le jeune homme lui sembla plus lourd mais il ignora le poids avec ténacité, montant les trop nombreux escaliers. Il désespérait de ne pas le laisser tomber au sol quand il arriva enfin à l'étage des invités. Le couloir était désert et aucune lumière ne filtrait sous les portes. Tous étaient endormis, même son tout nouvel invité : Remus.

Harry alla jusqu'à la porte de Severus qui s'ouvrit d'un sort à son arrivée et il s'avança presque précipitamment jusqu'au grand lit où il déposa soigneusement le jeune homme. Porter un garçon de dix-sept ans et pourtant mince n'était pas une mince affaire, il se ramollissait ! Ou alors, il avait trop présumé de ses forces. Il soupira en constatant qu'il avait eu la bêtise d'étendre Severus sur ses couvertures et non en-dessous. Péniblement, il reprit le jeune homme dans ses bras, le temps de tirer les couvertures et le réinstalla sur le matelas, non sans un léger choc. A sa grande consternation, Severus ouvrit deux yeux fatigués et embrouillés.

« Ash, marmonna-t-il.

-Ce n'est rien, chuchota lentement Harry. Je vous ai transporté dans votre chambre, vous dormiez dans la salle d'audio… Désolé pour les chocs. »

Severus tourna la tête à gauche et à droite, surpris d'être dans sa chambre. Il se détendit pourtant très vite et marmonna :

« Merci. »

Puis il referma les yeux et sembla se rendormir. Harry soupira et installa convenablement les couvertures. Il n'avait pas envie de partir. Pas du tout. Severus avait cet effet apaisant sur lui qu'il savourait constamment en sa présence et après une soirée aussi tendue et désagréable, passer un peu de temps avec lui ne l'aurait pas déranger. Il savait toutefois que c'était clairement inconvenant alors, après une furtive caresse sur son visage, il se releva pour s'éloigner. Severus rouvrit les yeux avec difficulté, manifestement encore sous le sort qu'il lui avait lancé.

« Bonne soirée ? marmonna-t-il.

-Horrible, répondit Harry, lui arrachant un léger sourire. Rendormez-vous, Severus. »

Le garçon lui obéit et sombra après s'être mieux installé. Harry sourit en le voyant gigoter sous les couvertures et leva la tête. La chambre était impersonnelle. Aucun vêtement ne trainait au sol, pas même un livre. Aucune photo, pas de poster. A l'exception de sa couleur, elle ne portait aucune trace de Severus et Harry s'en attrista. Il aurait aimé que Severus marque cette chambre comme la sienne. De cette façon, cela lui aurait prouvé qu'il avait l'intention d'y revenir. Non pas qu'Harry lui souhaitait d'y habiter, mais si d'aventure il voulait y séjourner pour les vacances… A moins qu'il ait d'autres projets ? Il faudrait qu'il lui en parle avant son départ.

L'idée de ce jour lui arracha une grimace. Il ne voulait vraiment pas penser à ce jour là. Pas ce soir là, pas après une soirée aussi horrible. Il ne voulait pas se miner le moral d'avantage. Lentement, Harry ressortit de la chambre, non sans avoir laissé trois doigts frôler la joue pâle de l'endormi qui ne remua même pas. Il sortit de la chambre dont il referma lentement la porte puis quitta l'étage. Quand il arriva dans ses appartements, sans surprise, il trouva Draco lavé et couché dans son lit.

« Qu'est-ce que tu fous ? grogna son ami, l'air fatigué. J'ai sommeil, bordel ! »

Harry leva les yeux au ciel. Il était culoté ! C'était lui qui l'avait obligé à rester à cette maudite soirée jusque passé deux heures ! Peut-être que s'ils étaient revenus plus tôt, il aurait pu parler avec Severus… Agacé par ses pensées centrées sur le jeune homme, Harry alla s'enfermer dans la cabine de douche après s'être déshabillé. Mais l'eau chaude ne lui apporta nul dérivatif. Il continuait de penser au jeune homme. Il fallait qu'il cesse ça ! C'était Severus Snape, bon dieu. Pas n'importe quel jeune homme de dix-sept ans ! Si le vrai avait été là… Non, pas le vrai, le jeune Severus n'était pas une imposture, mais si sa version adulte avait été présente, il aurait été horrifié de les voir se rapprocher de cette façon ! Pire ! Si le jeune Severus apprenait sa véritable identité, il serait fou de rage d'apprendre qu'il était aussi proche d'Harry Potter, le fils de la femme qu'il aimait et de l'homme qu'il détestait le plus au monde… Un sentiment de trahison envahit peu à peu Harry qui s'appuya contre la paroi de pierre de sa douche.

Merlin, il ne pourrait jamais dire à Severus qui il était vraiment. Ça marquerait à tout jamais la fin de leur amitié et c'était bien la dernière chose qu'il souhaitait voir arriver. Le voir s'éloigner était une chose, le perdre définitivement en était une autre ! L'espace d'un instant, Harry eut l'impression que la terre bougeait dangereusement vite sur son axe et il faillit perdre l'équilibre. La voix de Draco, à la porte de la salle de bain, lui permit de reprendre ses esprits.

« Harry, tu vas bien ? demanda-t-il.

-Euh… Oui, ça va ! s'exclama-t-il, éteignant l'eau. J'arrive ! »

Il sortit de la douche après un rapide lavage et s'essuya à peine avant de rejoindre Draco, calmement couché dans son lit.

« Tu es sûr que ça va ? demanda Draco. J'ai l'impression que tu viens d'avaler une caisse de sel ! Tu as l'air malade…

-Non, ça va, répondit le brun en s'installant à ses côtés, rabattant les couvertures sur lui. Juste un peu trop de champagne. Et je suis crevé.

-Bon, alors dormons. Je te laisserai te reposer un peu plus, demain, je préviendrai Fixe. D'accord ?

-Tu ne vas pas dormir plus ?

-Non, l'examen de Regulus approche, j'ai décidé de le prendre en main pendant les trois jours qui reste.

-Il va en être ravi !

-Oui, sauf que c'est pour travailler, signala Draco. Je veux qu'il réussisse absolument. »

Harry esquissa un sourire puis laissa le silence envahir la chambre. Les pensées tourbillonnant dans son esprit, il soupira et se résolut à parler à Draco.

« Je n'ai pas envie de voir Severus partir. »

Draco ne répondit pas et pendant un instant, Harry crut qu'il s'était endormi. Puis il sentit les bras de Draco s'enrouler autour de sa taille et son corps se coller au sien.

« Tu tiens à lui, n'est-ce pas ? »

Il fut incapable de répondre sur le champ. Il eut soudainement l'impression que son cœur avait triplée de volume et essayait de l'étouffer. Il comprit avec un peu de retard que s'étaient ses propres sentiments pour Severus qu'il percevait.

« Oui », souffla-t-il.

Il sentit Draco sourire contre son épaule.

« Et bien, il était temps que tu t'en rendes compte, je suppose. Il part dans un mois !

-Je sais. Et je ne le veux vraiment pas !

-Tu comptes le retenir ?

-Non. Surtout pas. Il faut qu'il aille en Australie. Non seulement parce qu'il en meurt d'envie, mais aussi pour sa protection. »

Draco caressa négligemment sa nuque avec son nez, arrachant un sourire à Harry. Ce genre de comportement pouvait sembler étrange à n'importe quelle personne étrangère à leur amitié mais pas à eux. Leur relation, basée sur une haine stupide puis sur une peur irrationnelle, était devenue étrangement tendre et ils la savouraient sans honte.

« Alors qu'est-ce que tu vas faire ? demanda finalement Draco. Tu vas juste… le laisser partir ? Sans rien dire ? »

Harry ferma les yeux un instant, le cœur battant démesurément vite. Il resta un long moment silencieux, hésitant pour enfin soupirer.

« Oui, dit-il. Je vais le laisser partir. Sans rien dire.

-Mais… Tu l'aimes, non ?

-Oui, avoua Harry, sentant ses joues rougir sous cet aveu qu'il se faisait autant à lui-même qu'à Draco.

-Et tu ne comptes rien faire ? Harry, c'est…

-Mieux, interrompit l'ancien Gryffondor. Severus ignore qui je suis. A ses yeux, je suis Ash Sadrah. Imagine une seconde ce qu'il ressentira en apprenant mon véritable nom. Est-ce que tu crois seulement qu'il ressentira encore une once de respect pour moi, quand il comprendra que je suis le fils de James Potter et de Lily Evans ? Rappelle-toi l'ancien Severus et sa haine à mon encontre. J'ai plus de chance avec Voldemort qu'avec lui !

-N'exagère pas, Harry, Severus est plus mâture que l'ancien. Tu lui as donné la possibilité de sortir de son amour obsessionnel pour ta mère !

-Oui et quand il comprendra qui je suis, il s'imaginera que je l'ai fait avec une idée derrière la tête. Ne te fais pas d'illusion, Draco. Ce Severus est plus mûr, j'en conviens. Mais dis-lui mon nom et tu verras. »

Derrière lui, l'ancien héritier Malfoy eut un profond soupir de frustration, ses bras s'enroulant avec réconfort autour de sa taille.

« Et si tu le laissais choisir ? demanda-t-il. Plutôt que de supposer sa réaction, si tu lui laissais une chance de te surprendre ?

-Ou de me briser le cœur ? Non, Draco. Aussi égoïste que cela puisse paraître, je préfère garder mon amitié avec lui plutôt que de tout risquer pour… pour quoi, d'ailleurs ? Je viens seulement de comprendre que je voulais le garder à mes côtés et tu me parles déjà de lui faire une déclaration d'amour !

-Mais tu l'aimes ! signala Draco. Es-tu… obligé de lui dire ta véritable identité ?

-Dit celui qui ne veut pas embrasser le garçon dont il est amoureux tant qu'il ne lui aura pas avoué sa véritable identité ! Tu sais comme moi qu'il est impossible d'avoir une relation sérieuse avec quelqu'un sans lui dire qui nous sommes réellement. Comment espères-tu qu'il comprenne que je me réveille au moins trois à quatre fois par nuit en hurlant le nom de personnes qui vont naître et dont il entendra sûrement parler de part notre proximité avec les Weasley ou les futurs Potter ? Ou qu'il comprenne notre relation ? »

Draco ne répondit pas. Il soupira dramatiquement, agacé.

« Pourquoi te compliques-tu toujours la vie ? Tu ne pouvais pas… tomber amoureux de Fabian ? Il était parfait ! Il n'a aucune inimitié avec la famille Potter, il était… est dingue de toi ! Pourquoi Severus non d'un chien ?

-Si je le savais, marmonna Harry. Crois-moi, ça m'aurait autant arrangé que toi, de tomber amoureux de Fabian. Il aurait sans doute accepté qui je suis. Qui j'étais, plutôt. Car j'ai plus la sensation d'être Ash Sadrah qu'Harry Potter, maintenant. Mais… je ne sais pas. Je crois que j'ai… j'ai des sentiments pour Severus depuis ce jour où il s'est mis à pleurer dans mes bras. »

Draco esquissa un sourire en entendant son aveu. Selon lui, ça avait commencé bien avant. Peut-être même avant qu'Harry ne remonte le temps… Mais il n'allait pas lui soumettre cette idée. Il était deux heures du matin et il n'avait aucune envie de palabrer jusqu'à l'aube.

« Alors tu vas juste le laisser partir et soupirer comme une âme en peine ?

-Je ne sais pas, murmura Harry. Je ne sais vraiment pas. »

Le silence se prolongea à nouveau et Harry se retourna finalement dans les bras de Draco. Il s'étonnait toujours de la facilité avec laquelle ils s'enlaçaient, alors même qu'ils étaient dépourvus de vêtement. Alors que Fabian avait créé en lui un désir fulgurant, il n'avait jamais ressenti ce genre d'envie envers Draco. Juste une profonde tendresse qu'il ne s'expliquait pas.

« Et toi ? demanda-t-il, curieux. Quand vas-tu parler à Regulus ?

-Je ne sais pas encore, avoua Draco. Une part de moi a envie de lui dire la vérité dès son examen passé. Mais je crois que si je lui avoue tout maintenant, ça risque d'être… une grave erreur.

-Comment ça ? demanda Harry, perplexe.

-Je… j'ai très envie d'entamer une relation avec lui, murmura-t-il. Une relation… intime. Et si je lui avoue la vérité avant son anniversaire…

-Tu ne te sens pas capable de te retenir ?

-Je sais que je ne me retiendrai pas. S'il m'accepte, s'il t'accepte… Je ne saurai jamais lui résister. Et il ne sera pas majeur… »

Harry grimaça.

« Tu sais que je te couvrirai pour quoi que ce soit, lui dit-il. Mais si Regulus est interrogé sous Veritasérum… Ou toi !

-Je sais, je sais, soupira Draco. Et puis de toute façon, Regulus pourrait très bien me rejeter en apprenant qui je suis ! »

Harry eut un léger rire.

« Si Regulus te rejette, je me teins les cheveux en rose pendant un an. Promis !

-Je te le rappellerai ! »

Ils rirent tous les deux puis se blottirent l'un contre l'autre, prenant leur position habituelle pour dormir.

« Réfléchis pour Severus, chuchota finalement Draco. Ne te ferme pas totalement. D'abord parce qu'il ne comprendrait pas que tu le rejettes, ensuite parce que… qui sait ? Peut-être te surprendra-t-il ? »

Harry soupira en réponse.

« Et toi, essaye de résister à Regulus ! »

Draco grogna mais ne répliqua pas. De toute façon, que pouvait-il dire à ça ?

oOo

Regulus n'avait plus été aussi nerveux depuis… il ne se souvenait même pas de quand. Il était nerveux aussi quand il avait un rendez-vous avec Drake, mais ce n'était pas le même sentiment. Celui là était pire. Plus intense, plus prenant. Presque paralysant. Tandis que sa crainte, lors de ses rendez-vous avec Drake, était épanouissante.

L'examen de potion approchait et il ne se sentait pas prêt. Severus avait cessé de le traiter de bon à rien incapable mais il ne se sentait pas apte à passer l'examen pour autant. Depuis deux jours, Drake avait pris le relais dans son apprentissage et alors qu'il aurait dû en être enchanté, il ne parvenait même pas à s'en réjouir ! Il allait dans le laboratoire avec des pieds de plombs et n'y faisait que des calamités. Renversant sans arrêt son bol, négligeant la moitié des ingrédients, les découpant alors qu'il était censé les hachés en dès… Ses mains tremblaient tellement qu'il avait failli se sectionner l'auriculaire, si Drake ne l'en avait pas empêché avec rapidité.

Il se sentait étouffé. Il avait crié qu'il deviendrait médicomage sur le tard et maintenant, il se rendait compte que cette idée était la plus stupide de sa vie ! Médicomage ! Lui ! Le fainéant notoire ! Celui qui préférait dormir plutôt que manger ! Dormir plutôt que n'importe quel besoin primaire de la vie ! Et il avait encore plus honte de la raison pour laquelle il voulait devenir médicomage. Jamais il ne serait capable de l'annoncer à qui que ce soit et encore moins à Drake. Ce dernier, en bon psychologue, lui avait posé la question. Et il s'était contenté de dire : « Parce que ». Il n'allait certainement pas lui avoué que c'était sa terreur, face aux blessures graves de Drake, qui l'avait poussé à vouloir savoir le soigner, quelle que soit la blessure qu'il ait. Non, il ne le voulait surtout pas.

De même, il devait admettre qu'il avait également été sincèrement impressionné par les soins apportés par Ash Sadrah. Pour lui, un médicomage se contentait d'étendre des baumes nauséabonds ou de distribuer des potions écœurantes. Mais Ash Sadrah avait fait plus que ça. Il avait littéralement recousu la main de Drake ! Et ça, plus que toute autre chose, l'avait fasciné. La façon dont les nerfs s'étaient reconnectés, dont les vaisseaux sanguins s'étaient reliés… Il avait vu les muscles, les chairs et les tendons s'étendre vers le morceau sectionner et se coller pour enfin fusionner… ça avait été extraordinaire et il voulait plus que tout être capable de faire la même chose.

Malheureusement, il n'avait pas imaginé cette orientation de carrière, lors de la sélection de ses cours, l'année de ses buses. Et il n'avait donc pas jugé bon de réussir les potions ou encore les soins aux créatures magiques. Si ce domaine pouvait attendre les Aspics, ce n'était pas le cas des potions qu'il devait rattraper d'urgence. Et franchement, il se sentait tout sauf capable de passer son examen !

Le matin de ce jour fatidique, il se réveilla en ayant l'impression de ne pas avoir fermé l'œil. Il était six heures du matin et il devait se préparer pour être prêt à partir à sept heures trente. Là, il devrait transplaner avec Drake jusqu'au ministère où il devrait aller s'enregistrer comme élève participant à l'examen de rattrapage des buses de potion. Il serait emmené dans une salle de classe, devant un examinateur et alors… alors son destin se jouerait. Son stupide rêve se jouerait. Et s'il échouait…

Cette perspective arracha à Regulus un frisson atroce d'angoisse. Il se doucha et s'habilla par automatisme, recoiffant ses cheveux noirs encore humide de la douche rapide qu'il avait prise. Dans sa tête, des ingrédients défilaient, s'emmêlaient et s'effaçaient à chaque seconde. Jambes tremblantes, il quitta sa chambre et descendit au rez-de-chaussée. Il s'attendait à voir Drake mais quand il arriva dans la cuisine, il n'y avait personne d'autre que lui. Dépité, il ouvrit le placard à provision mais son estomac se révulsa à la vue de la nourriture entreposé. Impossible de manger quoi que ce soit ! Pas dans son état de fébrilité. Il referma le placard et alla s'avachir sur une chaise de la salle à manger. Il posa ses bras sur la table et enfouit son visage entre eux, tenté de hurler sa frustration. Il avait espéré qu'au moins, Drake serait là pour le distraire de son angoisse.

Poussant un soupir résigné, il se redressa pour, au moins, allé préparer une tasse de thé. Il avait besoin d'avaler quelque chose, quoi que ce soit qui calmerait sa nervosité. Il prit la bouilloire, la remplit d'eau et la posa sur la gazinière qu'il activa d'un mouvement de baguette. Il regarda les flammes s'activer et lécher le bas de la bouilloire, hypnotisé. Un bruit, derrière lui, le fit sursauter et il se retourna, ses yeux s'écarquillant de surprise.

« Sirius ? dit-il, stupéfait.

-Mhmm, répondit son frère, l'air fatigué. Ça va ?

-Ou… Ouais, ça va, marmonna Regulus.

-T'as pas l'air, lui signala Sirius. Angoissé ? »

Regulus hésita mais finit par hocher de la tête. Sirius soupira puis ouvrit un placard et en sortit un sac en papier vide qu'il lui tendit, sous l'œil stupéfait du plus jeune.

« Prends-le avec toi, lui dit son frère. Lily m'a dit que ça aidait avec les crises d'angoisse et comme t'as l'air d'en faire, de temps en temps… ça pourrait servir. »

Regulus regarda le petit sac pendant quelques secondes mais finit par l'attraper pour le ranger dans la poche de son pantalon, son cœur étrangement léger. Sirius s'était levé, juste pour lui donner un sac en papier, parce qu'il savait qu'il faisait des crises d'angoisse. C'était un petit geste, mais un geste que Regulus n'avait jamais eu, de la part de son frère. Et ça touchait tellement qu'il eut presque envie de pleurer. La fatigue mettait ses nerfs à vif à rude épreuve et il dût cligner des paupières plusieurs fois pour réprimer ses larmes.

« Ne trouble pas mon élève, intervint froidement Severus en entrant dans la cuisine, à la grande stupeur de Regulus. Tu te fais du Thé ? Camomille ?

-Euh… je ne sais pas, je préfère le thé aux fruits rouge…

-Je te conseille la camomille. Ça t'évitera d'utiliser ce stupide sac ! »

Sirius grogna, l'air agacé et Severus lui lança un regard indifférent. Il s'approcha de la bouilloire qui sifflait, l'enleva du feu et l'amena jusqu'à la table. D'un mouvement de baguette, il fit venir trois tasses et trois sachets de thé. Rapidement, les trois récipients fumaient délicatement, une odeur de camomille remplissant la cuisine.

« Tu te sens bien ? demanda Severus. Pas trop effrayé ?

-Je ne sais pas, marmonna Regulus. Est-ce que par effrayer, tu entends que j'ai l'impression d'étouffer, que je sue comme un porc et l'envie très persistante de m'enfuir en courant ?

-Au moins, tu n'as pas encore envie de vomir, marmonna son frère, les yeux levés au ciel.

-Ne l'évoque pas », supplia presque le plus jeune des Black.

Severus ouvrit la bouche pour répliquer mais des pas se firent entendre dans le couloir et tous se tournèrent vers la porte blanche y menant. Celle-ci s'ouvrit brutalement, laissant place à un Ash Sadrah à l'air endormi. Les trois adolescents l'avaient à peine vu les trois derniers jours, le jeune homme se faisant étrangement absent depuis son anniversaire. Severus avait la vague impression de l'avoir entraperçut, cette nuit là, mais il ne se rappelait presque rien, si ce n'est qu'il avait été transporté dans son lit.

Aucun ne fit remarquer que le jeune homme semblait aussi fatigué que s'il n'avait pas fermé l'œil des trois nuits précédentes. Il avait un air chiffonné et inquiet mais affichait, comme toujours, son sourire serein.

« Bonjour, Regulus. Drake arrive pour te conduire au ministère. Tu es prêt ?

-Jamais », marmonna le jeune homme.

Ash eut un léger rire et s'approcha de lui. Il posa une main rassurante sur son épaule, le fixant avec compassion.

« On est doué en potion ou on ne l'est pas, Regulus. Mais dites-vous bien que vous avez eu deux des meilleurs professeurs possibles à vos côtés tout l'été ! Tout ira bien ! »

Les épaules de Regulus semblèrent se détendre légèrement, à la grande surprise des deux autres adolescents, ou presque. Severus connaissait cet étrange sentiment de relâchement qu'inspirait parfois Ash Sadrah et, l'espace d'un instant, il eut l'envie que ce soit lui à la place de son plus jeune ami. Mais le sentiment fut vite balayé par l'entrée fracassante de Drake, l'air totalement reposé.

« Bonjour ! Et bien, quel monde, dans cette cuisine ! Vous êtes tous tombé du lit ?

-Non, on vient soutenir Reg ! s'exclama Sirius, plein d'entrain.

-Comme c'est touchant ! s'exclama Drake. Bref, nous n'avons pas beaucoup de temps. Tu as mangé, Regulus ?

-Non.

-Et je suppose que ce n'est même pas la peine de te proposer quelque chose, n'est-ce pas ? »

A la grimace de Regulus, Drake en déduisit que non. Il alla toutefois jusqu'au placard et attrapa une pomme qu'il lui lança ensuite.

« Après ton examen ou pendant la pause, tu auras sans doute faim, selon le déroulement de l'épreuve alors prends de quoi te caler, au cas où. Nous allons y aller. Les garçons, bon après-midi ! »

Il quitta la cuisine sans attendre, en faisant juste un signe à Regulus qui le suivit presque aussitôt, non sans attraper le petit cartable ne contenant que plumes, parchemins et encre, qu'il avait préparé la veille. Ils quittèrent la maison dans un silence pesant, Regulus suivant Drake qui semblait, comme toujours, atrocement indifférent à sa présence. S'il n'avait pas les séances de câlins hebdomadaires, Regulus aurait pu croire qu'il ne représentait rien pour celui qui le faisait désespérément soupirer.

Alors qu'il pensait que la distance entre eux disparaîtrait pendant les vacances, elle ne faisait que s'agrandir, selon lui. Il avait l'impression, parfois, que Drake Malfoy marcherait toujours devant lui, sans se retourner et qu'il aurait beau tendre la main et l'appeler, il ne se retournerait jamais. Ce sentiment, ce jour là, fut si fort qu'il en resta un instant paralysé. Fallait-il vraiment qu'il soit si froid, ce jour là ? Le jour de son examen le plus dur et important ? Pourquoi ne se montrait-il pas parfois plus tendre, plus gentil ? Qu'avait-il fait pour mériter une telle indifférence ?

Agacé, Regulus serra les poings et accéléra le pas pour rattraper l'homme plus âgé. Ce dernier avait l'air étrangement pensif, mais ne semblait pas avoir de contrariété quelconque, ce qui agaça à nouveau Regulus. Si au moins, quelque chose l'avait troublé suffisamment que pour justifier son éloignement… Mais non, rien !

« Il se passe quelque chose ? demanda soudainement Regulus.

-Quoi ? sursauta Drake en tournant ses yeux gris étrangement distraits vers lui. Non, rien, rien d'important, en tout cas.

-Alors j'ai fais quelque chose ? demanda-t-il, au bord de l'explosion.

-Toi ? Non, pourquoi ?

-Parce que tu es bizarre. Froid. Distant. Indifférent ! J'en ai marre bordel ! »

Regulus s'était arrêté sur le chemin menant au portail, obligeant Drake à faire de même. Ce dernier soupira.

« Regulus, crois-tu vraiment que c'est le moment d'avoir ce genre de conversation ? Nous allons au ministère pour ton examen !

-Et quand est-ce que j'aurai l'occasion de parler avec toi ! Tu passes ton temps à me fuir !

-Nous venons de passer les trois derniers jours ensembles !

-A faire des potions ! Tu n'as même pas pris la peine de me demander comment j'allais, si je n'étais pas trop inquiet par rapport à l'examen ou autre ! Tu t'en fiches !

-Absolument pas ! Bon sang, Regulus, je sais comment tu te sens, je n'ai pas besoin de te le demander ! Tu es terrifié, ça se voit comme le nez au milieu de la figure ! Et en parler ne t'aidera pas à aller mieux ! Tu dois juste passer ce maudit examen. Maintenant, cesse ta petite crise et suis-moi ! Nous allons réussir à nous mettre en retard ! »

Et il tourna les talons sans attendre, ignorant Regulus, l'air furibond, juste derrière lui.

oOo

Regulus ressortit de son examen en ayant l'étrange impression qu'un troupeau d'hippogriffes, secondés par un troupeau de licornes, avaient piétiné son cerveau. L'examen avait duré six heures. Trois heures de pratiques, deux heures d'écris et une heure d'oral. Il n'avait pas vu le temps passé au début mais maintenant que c'était terminé, il se sentait laminé. Comme si, pendant toute l'épreuve, un démon quelconque avait extrait de son corps toute énergie vitale. En temps normal, il aurait été ravi de retrouver Drake à la sortie. Mais après leur altercation, il n'était plus sûr de vouloir retrouver l'homme qui désespérait son cœur avec tant de cruauté.

Il ressentit pourtant un vif sentiment de déception et de chagrin lorsqu'il aperçut Ash Sadrah à la sortie. Drake n'était nulle part en vue et cette réalisation eut l'effet d'une douche froide sur son moral. Il se traina lamentablement jusqu'à Ash qui eut un sourire compatissant en le voyant arriver.

« Drake n'est pas venu, marmonna Regulus.

-Une affaire de commerce de soie, répondit Ash. Il m'a chargé de te recueillir à ta sortie et est vraiment désolé de son absence.

-Ouais… c'est ça. »

Regulus baissa la tête, frustré. Il avait faim, il était fatigué, il était furieux, blessé, agacé. A quoi jouait donc Drake ? Pourquoi passait-il son temps à battre le chaud et le froid entre eux, à tout bout de champ ? Ne pouvait-il pas se contenter de suivre une conduite et puis c'est tout ? Non, il fallait qu'il joue avec lui comme un attrapeur le faisait avec un vif d'or ! Il en avait assez ! Foi de Regulus, une ultime explication demandait à être donnée ! Et si les réponses ne lui convenaient pas… Si elles ne lui convenaient pas… Son visage s'assombrit dangereusement.

« Regulus ? questionna Ash, alors qu'ils montaient dans l'ascenseur vide. Ton examen s'est mal passé ?

-Mhmm ? Non, je ne crois pas, répondit le jeune homme. Je ne sais pas du tout, en fait. Globalement, je crois que ça a été, mais…

-Tu n'es pas sûr, je comprends, répondit Harry, souriant. Les résultats seront donnés dans dix jours, c'est ça ?

-Oui, très exactement. Mais je ne saurai vraiment pas dire si j'ai réussi… je ne me rappelle de pratiquement rien ! J'ai juste l'impression d'avoir été passé au hachoir à viande… »

Sa remarque eut l'avantage de faire rire le plus âgé.

« Blague à part, Regulus, si ce n'est pas ton examen qui te contrarie, j'en déduis que c'est Drake… »

Le serpentard ne répondit pas. Ils sortirent de l'ascenseur et traversèrent le ministère dans un silence pour le moins calme. Quelques personnes les arrêtèrent pour saluer Ash, lequel répondit avec une politesse pour le moins assurée. Quand ils sortirent dans les rues de Londres, toutefois, Ash ne le saisit pas par la main pour le faire transplaner. Il lui fit signe de le suivre et ils quittèrent la ruelle du ministère d'un pas tranquille. Peu rassuré de marcher parmi des moldus, même s'il était vêtu d'un jeans, t-shirt et blouson, Regulus se rapprocha de l'adulte, pour se rassurer, provoquant un sourire amusé chez Ash.

« Tu n'as rien à craindre, personne ne va te manger, lui dit-il, détendu.

-Je sais, mais… Je ne suis pas à l'aise, ici.

-Mhmm… C'est parce que tu ne connais pas ce monde, tout simplement. Contente-toi de marcher sans sursauter et fixer les voitures d'un air gaga et ça devrait passer.

-Où est-ce qu'on va ?

-Dans un parc, pas loin… Tu as besoin de discuter et j'ai besoin de passer un peu de temps hors du manoir. Autant aller là où aucune oreille indiscrète ne pourrait nous écouter.

-Mais… Est-ce que Sirius ou Severus ne m'attendent pas, au manoir ?

-Et ils peuvent bien t'attendre encore un peu. Tu as besoin de parler alors viens. »

Regulus obéit et le suivit. Il n'avait jamais osé se promener dans les quartiers de Londres. Sa mère et son père lui avaient raconté tellement de choses horribles concernant les moldus qu'il ne s'était jamais éloigné de sa maison, sauf pour aller au Chemin de Traverse. Tandis qu'il suivait Ash Sadrah de prêt, il se laissa aller à observer les rues parcourues de voitures, de vélo ou encore d'hommes et de femmes qui marchaient sur les trottoirs. Ils croisèrent plusieurs bâtiments qui le laissèrent pantelant, obligeant parfois Ash à s'arrêter pour qu'il puisse les observer avec plus d'attention. Quand ils traversèrent la Tamise, ses yeux se posèrent l'espace d'un instant sur le Palais de Westminster et il s'immobilisa, stupéfait.

« Tu ne l'avais jamais vu ? questionna Ash, détendu, mains dans les poches de son pantalon.

-Vaguement, répondit Regulus. Dans des photos, mais jamais en vrai. C'est… énorme. »

Ash sourit.

« Tu voudrais visiter Londres ?

-On peut ? demanda le jeune homme, l'air intéressé.

-Bien sûr, lui répondit Ash, amusé. Mais je propose que nous le fassions avec les trois autres garçons, si ça ne te dérange pas. Je ne crois pas que Sirius, Severus ou Remus l'aient déjà visité, eux aussi. Ça pourrait leur plaire. »

Regulus approuva, le sourire aux lèvres. Ils traversèrent le pont et finir par s'asseoir sur un banc, posé devant la Tamise et offrant une vue magnifique sur le Parlement.

« Alors, Regulus ? Qu'est-ce qui te contrarie ?

-A ton avis », marmonna l'adolescent, l'air soudain plus sombre.

Ash soupira.

« Drake, je suppose, dit-il. Vaste sujet, n'est-ce pas ? »

Regulus répondit par un ricanement agacé.

« Trop vaste », répondit-il, l'air sombre.

Harry ne répondit que par un triste sourire. Il laissa le silence se prolonger volontairement puis, ignorant les éventuels regards autour d'eux, passa un bras consolateur autour des épaules de Regulus, le rapprochant de ce fait un peu de lui.

« Il t'aime, Regulus, n'en doute pas. N'en doute jamais. Drake se désespère de ne pas pouvoir être plus proche de toi. Il en crève d'envie. Mais il se contient…

-Je sais ! répondit l'adolescent, exaspéré. Je le sais, mais ça n'aide pas de le savoir, ça n'aide pas quand il passe son temps à tantôt m'ignorer, comme si je n'étais qu'une chose insignifiante, tantôt à me serrer contre lui comme s'il avait peur que je disparaisse ! J'ai besoin que… j'ai besoin de constance ! Qu'il se décide non d'un chien ! Qu'il arrête de changer sans arrêt de personnalité, de conduite ! J'en ai assez ! »

De rage, Regulus se leva et s'approcha de la rambarde le séparant de la Tamise. Il s'y accrocha de toutes ses forces, fusillant l'eau paisible du regard et cette dernière eut un vague mouvement de rotation, sous la puissance de la magie déchaînée de Regulus. Soucieux, Harry s'approcha de lui rapidement et remit son bras autour de ses épaules, tentant de l'apaiser du mieux possible.

« Regulus, calme-toi, il y a des moldus ici… Et nous n'avons pas envie de voir le ministère de la magie débarquer, n'est-ce pas ? Respire profondément, laisse couler ça, d'accord ? Reprends tes esprits. Respire...

-Je ne le supporte pas, gémit Regulus, les yeux fermés. J'ai l'impression… qu'il fait comme tous les autres, quand il m'ignore. J'ai supporté ça pendant six ans et vous êtes arrivés, tous les deux. Et je l'ai aimé du premier regard… et il m'a invité à ce rendez-vous avec toi et Severus… et je suis devenu ami avec lui… mais Severus va partir et alors quoi ? Qu'est-ce que je vais faire l'année prochaine ? Pleurnicher dans mon coin, à attendre que Drake daigne m'accorder une de ses stupides thérapie du câlin et en tentant d'ignorer les jours où il ne me regardera même plus ?

-Non, Regulus, tu ne feras pas ça. Et tu ne seras pas seul, tu le sais. Je serai là, quoi qu'il arrive, tu le sais aussi ! Severus ne sera pas parti pour toujours, il peut revenir pendant les vacances. Et tu as ton frère, maintenant ! Tu as renoué avec Sirius, vous vous entendez mieux, non ?

-Il passe son temps avec James Potter et maintenant que Lupin est là, il jacasse avec lui du matin au soir ! Si Severus n'était pas là… je serai seul, comme d'habitude ! »

Il y eut un tel désespoir dans les derniers mots qu'Harry ne put s'empêcher d'en souffrir. Il savait ce que la solitude pouvait causer, comme dégâts moraux. Lui-même, parfois, s'accrochait désespérément à Draco, la nuit, dans une tentative pitoyable de ne plus sentir ce démon ronger son cœur. Ce démon qui s'était implanté en lui, enfant, quand il était caché dans son placard à supplier n'importe quel dieu de lui accorder quelqu'un. N'importe qui. Mais quelqu'un qui le verrait, quelqu'un qui l'aimerait, l'aiderait, l'écouterait. Regulus avait vécu seul. Seul dans une famille indifférente avec un frère aussi seul que lui et aussi en colère que lui mais qui avait préféré s'isoler plutôt que de partager sa souffrance avec son petit frère. Puis il y avait eu Poudlard et l'ignorance volontaire des autres. Puis Drake…

Lentement, Harry soupira, résolut.

« Rentrons, Regulus. Drake, toi et moi devons avoir une conversation. Une conversation importante. »

Le jeune homme rouvrit les yeux et le regarda, l'air inquiet face à son air grave. Harry esquissa aussitôt un sourire rassurant.

« Drake ne se permet pas d'être lui-même avec toi car il a peur que tu le rejettes, lorsque tu sauras qui il est. Il voulait te révéler la vérité le jour de ton anniversaire, afin de te donner la possibilité de t'éloigner de lui à la rentrée, si tu le souhaitais suite à ta révélation. Si par contre, tu acceptais sa vraie personnalité, alors il aurait eu tout loisir de… d'entamer une relation sérieuse avec toi, du fait de ta majorité. Mais même si cette perspective est la plus raisonnable, c'est aussi celle qui te fait le plus souffrir et c'est intolérable. Nous allons l'avoir aujourd'hui, cette conversation. Et tant pis si Drake se montre un peu hors la loi. Nous le sommes déjà, de toute façon. Viens ! »

Sans attendre d'avantage, il entraîna Regulus avec lui jusqu'à se retrouver dans un parc. Là, il le poussa sous un saule pleureur, ignorant les regards outrés des personnes présentes et s'imaginant qu'ils étaient éventuellement un couple empressé d'aller se dissimuler à leurs yeux pour une quelconque activité. Il les fit transplaner sans hésiter ni s'inquiéter et ils atterrirent juste devant les grilles du manoir qu'ils traversèrent d'un pas rapide.

Quand ils entrèrent dans le manoir, sans surprise, Severus sortit du salon, empressé mais Harry l'arrêta aussitôt.

« Où est Drake ?

-Euh… dans son bureau, je crois ? demanda le futur potioniste. Pourquoi, il s'est passé quelque chose ?

-Nous devons discuter, avec Regulus. Il vous rejoindra plus tard, Severus. Que personne ne nous attende, pour le souper, nous allons être occupés. Regulus, viens. »

Il traversa le couloir, l'adolescent empressé et curieux sur les talons. Quand ils arrivèrent au premier étage, ils bifurquèrent dans le couloir où Regulus, secrètement, avait toujours rêvé de mettre les pieds. Son regard s'attarda quelques secondes sur les portes portant les noms des propriétaires des appartements mais ils les dépassèrent rapidement pour atteindre le bout du couloir où se trouvait une troisième porte. Ash y frappa succinctement et entra sans attendre de réponse. Drake était là, l'air concentré d'abord puis surpris en les voyants entrer si vite. Il était penché sur un énorme livre de cuir rouge duquel Regulus eut le temps d'entrevoir des colonnes pourvues de nombreux chiffres. Sans doute le livre de compte de l'empire Sadrah qu'il gérait avec beaucoup d'attention.

« Ash, Regulus, s'exclama Drake, surpris de leur entrée. Un problème ? Il s'est passé quelque chose au ministère ? Ton examen…

-Il est temps, Draco, murmura Ash après avoir refermé la porte du bureau, laquelle se verrouilla dans un claquement parfaitement perceptible. Tu ne peux pas le faire attendre jusqu'à son anniversaire, il ne saurait pas le supporter. Il faut lui parler, maintenant !

-Ash, commença Drake, l'air à la fois troublé et contrarié.

-Non ! claqua le dénommé, autoritaire. Tu sais que c'est une conversation que tu dois et que tu veux avoir avec lui. Je comprends ton raisonnement et je l'ai approuvé. Notre sécurité est capitale, te faire coincer pour détournement de mineur n'est pas du tout une bonne idée mais il faut savoir parfois enfreindre les règles. Et traite-moi de stupide Gryffondor si tu veux, tu dois l'enfreindre. Tu l'aimes, il t'aime et ton comportement le fait souffrir. Alors, Draco, je te dis qu'il est temps. Nous devons lui dire. Et tu dois t'autoriser à être toi ! »

Drake sembla se résoudre au moment même où Ash prononça sa dernière phrase et il se laissa retomber contre le siège de son confortable fauteuil, las. Conscient d'avoir gagné et ignorant le regard perdu de Regulus, Ash leva la main, lançant une pelleté de sortilèges de silence sur la pièce. Quand il eut terminé, il se tourna vers le plus jeune et lui tendit la main, Regulus l'attrapant aussitôt, par automatisme.

« Regulus, murmura Ash, parfaitement audible dans le silence de la pièce. Ce que Drake et moi allons te dire est extrêmement secret et ton silence, sur cette révélation, est capital. C'est pourquoi je suis désolé, mais je vais devoir t'imposer un léger sortilège du secret. Ce n'est pas un serment inviolable, c'est un sortilège créé par ma famille. Il ne t'affectera que très légèrement. Tu seras incapable de révéler à qui que ce soit ce que nous allons te dire. Les seules personnes avec qui tu pourras en discuter seront Draco, Lucius, Narcissa, Dumbledore et moi. D'accord ? »

Un poil terrifié par le sérieux de la conversation, Regulus hocha la tête, par automatisme. Presque aussitôt, une décharge électrique parcourut sa main, remonta le long de son bras, percuta son épaule pour ensuite se glisser dans sa gorge et emplir sa tête. Regulus eut la sensation que la décharge parcourait toute sa boîte crânienne pour ensuite se figer au centre de son cerveau. Il gémit douloureusement et faillit s'effondrer mais Ash le rattrapa et l'aida à s'installer dans un des sièges faisant face à Drake, l'air sombre mais déterminé. Ils lui laissèrent quelques secondes pour se remettre puis, enfin, Drake ouvrit la bouche.

« Regulus, murmura-t-il avec une pointe de tendresse, il y a quelques semaines, je t'ai dit ne pas être moi. Et tu m'as encouragé à l'être. Tu n'imagines pas combien cette phrase a de sens, pour moi. Être moi est quelque chose que je ne fais qu'avec Harry et Lucius…

-Harry ? demanda Regulus.

-Laisse-moi parler, répondit Drake, sérieux. Harry, répéta-t-il. L'homme que tu connais sous le nom de Ash s'appelle en vérité Harry. »

Regulus tourna si vite la tête dans la direction de son voisin qu'il en vit quelques étoiles.

« Et son nom de famille est Potter. »

Le scepticisme de Regulus dut se voir car les deux hommes sourirent.

« Je ne suis pas le frère de James, si c'est ce que tu penses, répondit Ash, amusé. Je suis son fils. »

Cette fois, Regulus eut l'air complètement perdu et Draco en profita.

« Et je ne suis pas le frère de Lucius, dit-il, amenant l'attention du plus jeune sur lui. Je suis son fils. Draco Lucius Malfoy, de mon véritable nom. »

Regulus ouvrit la bouche, les yeux écarquillés, perplexe et manifestement totalement égaré.

« Je… c'est une plaisanterie ? dit-il, perdu.

-Non, Regulus, répondit tranquillement Harry. Ce n'est pas une plaisanterie. La vérité, sur Drake et moi, est que nous sommes deux sorciers, nés en 1980. Et que nous avons remonté le temps. Pour sauver ce monde. »

A suivre

Hem… J'ai hésité longtemps avant de vous faire ce coup là. Ça vous console ? Non ? Ah… Ben c'est dommage ! loolll

J'espère ne pas vous faire attendre aussi longtemps pour le prochain chapitre mais les chances de l'avoir plus rapidement son compromise. Je dois maintenant m'atteler au prochain chapitre d'Alpha que vous attendez tous impatiemment, je n'en doute pas (je vous rassure, il est commencé). Ensuite, seulement, j'écrirai la suite de MF. Afin de satisfaire tout le monde, j'alterne l'écriture des deux histoires (un chapitre de l'un, un chapitre de l'autre), sauf si je suis trop inspirée pour une histoire.

Ainsi, tout dépendra d'Alpha et de mon imagination mais je l'avoue aussi, de vos réactions. Vos nombreuses reviews d'encouragement m'ont énormément aidés dans ces moments difficiles que je traverses. Merci à tous !

A bientôt ! J'espère que vous avez aimé!