Auteur : Umbre77

Titre : La magie d'une fleur

Résumé : Capturé par Voldemort, Harry n'a d'autre choix que d'accepter sa défaite. Mais Draco Malfoy, lui, n'a aucune envie de mourir ! Quitte à changer le passé pour se sauver !

Note de l'auteur : Et oui… je respire toujours. Lentement, mais sûrement.

Je sais que l'attente a été longue. Et je sais aussi que j'avais dis que le prochain chapitre posté serait celui d'Alpha Potentiel mais il s'avère que ce chapitre est bien plus difficile à écrire que je ne le pensais. Beaucoup de choses doivent être prise en compte pour ce chapitre, beaucoup de tragédies, de stratégies à établir. Certaines zones sont mêmes encore floues dans ma tête, je ne sais pas ce que je dois faire de certains personnages. En bref, j'ai besoin d'y réfléchir avant de l'écrire et… et bien, ça me prend un peu de temps.

Plus de six mois, ça peut paraître aberrant, mais comme je l'ai déjà signalé, j'ai une vie en dehors des histoires. Une vie douloureuse à cause de mon travail, certes, mais une vie. Et l'envie ne se commande pas. Ce chapitre d'MF a été difficile à écrire car je n'avais pas particulièrement de motivation, mais étant donné le nombre de messages que je recevais me signalant votre inquiétude, je me suis sentie obligée de m'activer afin de vous rassurer : je vis toujours !

Sur ce, je me doute que vous n'avez même pas lu ma note d'auteur et que vous avez sauté directement sur le chapitre, je vais donc faire une note en fin de chapitre ! lol

A la prochaine !

Personnages :

Pas besoin de vous présenter les personnages principaux, je me contente donc des secondaires, ceux que je ne cite pas assez que pour s'en rappeler :

Les professeurs :

Potion = Horace Slughorn

Défense = Caradoc Dearborn

Sortilège = Madame Stand

Botanique = Hélène Stewart

Infirmière = Eloïse Addisse

Membres de l'ordre :

Arthur et Molly Weasley, Lucius et Narcissa Malfoy, Maugrey Fol'œil, Caradoc Dearborn, Fabian et Gideon Prewett, Dorcas Meadow, Benjy Fenwick, Edgar et Sarah Bones, Eugène et Phils Potter (décédée), Hagrid, McGonagall, Dumbledore et, bien entendu, Ash et Drake.

Je vous rappelle qu'Ash est officiellement l'héritier Sadrah tandis que Draco est désigné comme le fils bâtard d'Abraxas Malfoy et porte donc à nouveau son vrai nom.

Résumé rapide :

Harry et Draco ont remonté le temps pour sauver le monde de la magie qui courrait à sa perte.

Après un entraînement de sept ans sous le joug de Fixe Sadrah, condamnée à mort par un sortilège, ils intègrent Poudlard en tant que Psychologues. Là, ils y rencontrent Severus, Regulus, et les maraudeurs tandis qu'ils rejoignent également l'Ordre du Phénix dont ils sont devenus les co-fondateurs avec Dumbledore.

Suite à son adoption par Fixe, Harry devient officiellement le sorcier le plus riche et le plus influent d'Angleterre, instaurant ainsi une position importante pour le monde de la magie et capable de réfréner Voldemort contre qui il se bat constamment.

Draco, lui, après une tentative de scandale visant à rallier Regulus à Voldemort, est déclaré fils bâtard d'Abraxas Malfoy, lui donnant ainsi la protection de la famille dans l'éventuel cas où Wilburga Black voudrait l'attaquer pour détournement de mineur.

Les vacances d'été sont arrivées, plusieurs élèves vivent maintenant au manoir Sadrah. Fixe est également venue rendre visite à son fils adoptif, lui annonçant par la même occasion qu'elle allait mourir.

A la fin du dernier chapitre, Harry décide de révéler la vérité à Regulus car ce dernier souffre trop de la distance que Drake a installée entre eux, pour leur protection…

Trois horcruxes ont été détruits : La bague, le diadème et celui en Harry.

Il reste Nagini (pas encore née), le médaillon, le journal et la coupe de poufsouffle.

Chapitre trente : Rapprochement entre ennemis

Harry quitta le bureau avec douceur. Il ferma la porte derrière lui, sans bruit. Il laissa son regard traîner quelques secondes à l'intérieur et sourit, amusé du regard inquiet de Draco et de celui encore figé de Regulus. Il avait fait le principal. Il avait expliqué à Regulus leur passé commun, la guerre contre Voldemort, la mort qui avait frappé le monde sorcier et la raison pour laquelle ils avaient remonté le temps. Le reste appartenait à Draco, à présent.

Sans remords, il quitta l'étage, surpris de voir que le soir était tombé tandis qu'il racontait à Regulus son passé de guerre et de mort. Edulcoré, bien entendu. Personne n'avait entendu l'intégralité du récit de son passé et il n'était pas prêt à le faire. A personne. Jamais, si possible. Il s'égara un instant, dans un monde de sang et de larmes, de cris et de douleur, tandis qu'il descendait les marches menant au rez-de-chaussée. Il en était là dans ses pensées lorsqu'il atteignit l'entrée du manoir. Il lui fallut quelques secondes pour s'apercevoir que Severus était planté juste devant lui. Et il n'eut pas la moindre idée de ce que son visage exprimait mais, manifestement, il devait être assez bouleversé que pour inquiéter le plus jeune. Ce dernier, dans ce silence apaisant qui lui était propre, s'approcha de lui. Il hésita quelques secondes puis, lentement, comme s'il craignait une mauvaise réaction, il lui prit la main et le tira lentement jusqu'au salon pour ensuite les mener à la pièce audio.

Sans la moindre hésitation, Harry le suivit docilement et se laissa asseoir dans le canapé, devant la cheminée d'où un feu factice brillait. La fenêtre du jardin était ouverte et laissait filtrer une douce chaleur qui l'apaisa légèrement. Puis, une musique lente, peuplée de piano et de violon, se fit entendre dans la pièce et il ferma les yeux. Il ne les rouvrit qu'en sentant Severus s'installer près de lui.

« Est-ce grave ? demanda Severus.

-Grave ? répéta Harry, perdu.

-Ce qu'il se passe avec Regulus, dit-il.

-Ce qu'il… Ah, non, pas du tout, répondit Harry, comprenant que Severus avait du penser que son expression était liée à son étrange comportement avec son ami. Regulus était… contrarié par le comportement de Drake à son égard. J'ai juste convaincu Drake d'avoir une vraie discussion avec lui. Il passe son temps à battre le froid et le chaud avec lui et Regulus ne le supporte pas bien. Il n'a pas d'ennui à proprement parler… Tout dépendra de comment les choses vont tourner… »

Il laissa ses mots mourir et referma les yeux, ses mains allant naturellement masser ses tempes.

« Maux de tête ? interrogea Severus, soucieux.

-Non, non, tout va bien, le rassura Harry, relevant les yeux pour le regarder. Vous nous attendiez ?

-Je voulais savoir comment s'était passé l'examen de Regulus… Je pense qu'il a dû s'en sortir mais il était dans un tel état de stress…

-Il avait l'air d'aller bien, quand j'ai été le chercher, si ce n'est sa contrariété avec Drake… Ne vous en faites pas pour lui…

-Et pour vous ? demanda Severus.

-Euh…. Moi ? demanda Harry, perdu.

-Vos yeux sont hantés », répondit le plus jeune.

Harry sentit d'abord de l'étonnement envahir son esprit et il dut l'exprimer car Severus éleva un sourcil interrogateur, jusqu'à ce qu'il détourne soudainement le visage face au sourire pour le moins tendre qu'Harry présenta.

« Vous vous inquiétez pour moi, Severus ?

-Et alors ? marmonna l'adolescent. Qu'est-ce que ça peut faire ? J'en ai le droit, non ? »

Harry s'étonna un instant de sa réponse puis sourit à nouveau, l'esprit étrangement apaisé.

« Oui, vous en avez tous les droits », répondit-il, la voix un peu rauque.

Il fixait le profil de Severus, ce dernier regardant toujours la cheminée d'un air boudeur.

« Quand j'étais adolescent, murmura soudainement Harry, à sa propre surprise, j'étais amoureux d'une fille aux cheveux de feu et au caractère bouillant… »

Severus tourna la tête vers lui, étonné de l'entendre parler d'un tel sujet.

« Elle était la sœur de mon meilleur ami et… je ne sais pas si c'était elle que j'aimais ou l'idée de faire partie de sa si nombreuse famille. Elle avait six frères incroyables, des parents adorables et ils étaient tous empressés de me faire entrer dans la famille, surtout avec l'union de leur fille ou sœur. Quand j'ai compris que je ne pourrai jamais lui apporter que du malheur, j'ai dit à cette merveilleuse jeune fille que s'était fini entre nous. J'espérai qu'en rompant tout lien avec elle, elle serait en sécurité. Je l'ai fait dans un lieu public où tout le monde pouvait voir son joli visage défait et entendre mes mots. A cette époque, ma guerre contre Voldemort venait de commencer. J'espérais encore qu'il ne s'en prendrait pas à ceux que j'avais quittés. Mais je me suis trompé. »

Il émit un vague ricanement, ses yeux plongés dans l'âtre face à lui.

« Deux des frères de cette jeune fille, un peu ceux que je préférai, ont été torturés devant leurs parents, alors ligotés au sol, dans cette maison chaleureuse où j'avais passé de si bons moments. Et elle… cette jolie fille au caractère de feu… il lui a lancé l'imperium et l'a obligé à tuer tous ses proches. Puis il l'a libéré du charme pour qu'elle prenne bien la mesure de ce qu'elle avait fait. Elle en est devenue folle de chagrin. Vraiment folle… »

Il se tut un instant, revivant ce moment, l'expression de désespoir total dans le regard de Ginny, ses larmes, ses hurlements alors qu'elle se jetait sur Voldemort en personne, tentant de le frapper, de le griffer, de lui faire aussi mal que possible. Et le mage noir, riant, l'évitant et lui lançant un sort de découpe, un autre et encore un autre, jusqu'à ce que Ginny, à moitié vidée de son sang, ne s'effondre sur le sol, agonisant dans le liquide rouge qui s'écoulait de chaque plaie. Jusqu'à ce que ses yeux ne se vident, des larmes ruisselant sur son beau visage. L'espace d'un instant, il revécut la douleur qu'il avait ressentit et réentendit les mots de Voldemort, dans sa tête :

« Je les tuerai tous, Harry… Et tu seras le dernier. Pour que chaque mort, chaque dernier soupir, reste bien gravé en toi ! »

Une main sur son bras le fit sursauter et il revint au moment présent, tournant la tête vers Severus qui le regardait, l'air à la fois horrifié et inquiet. Harry lui fit un vague sourire pâle.

« Quand j'ai quitté Regulus et Drake, ça m'a rappelé ce que c'était, d'aimer… et j'ai repensé à elle et à cette mort… à ses parents, ses frères… L'expression de mon visage n'avait rien à voir avec Regulus, il va bien. Quant à moi… je suppose que je vais bien…

-Vous supposez mal, répondit Severus. Personne ne peut aller bien après avoir vu ça. »

Il ne sut trop pourquoi ni comment, il se retrouva enlacé brusquement par Severus et il hoqueta, surpris par le mouvement du plus jeune. Ce dernier le tenait étroitement, férocement, comme pour le dissuader de s'écarter. Mais il ne le fit pas. Soudainement, Ginny était très loin. Molly, Arthur, Fred, Georges, Bill et Charlie aussi. Il n'y avait plus que Severus. Presque avec difficulté, il leva les bras et les passa autour du corps plus jeune, un soupir de plaisir lui échappant. Il se sentait tellement bien…

« Est-ce que vous en avez déjà parlé à quelqu'un, murmura Severus, sa voix résonnant dans tout son corps.

-Pas vraiment, répondit Harry sur le même ton. Ce n'est pas facile à dire.

- J'imagine. »

Ils restèrent silencieux un moment, dans la même position.

« Je ne sais pas quoi vous dire, admit Severus. J'aimerai vous réconforter, mais je ne sais pas comment…

-Vous le faites déjà très bien, répondit Harry. Vous avez un étrange effet apaisant sur moi, Severus. Gardez-moi encore un peu contre vous et ça passera. Ça passe toujours…

-Pas vraiment, répondit Severus. Je ne pense pas que ce genre de choses puisse passer. Mais… Je n'ai rien de prévu alors… »

Harry sourit face à la gêne présente dans la voix de son protégé.

« Merci, murmura-t-il, enfouissant son visage dans son cou, pour cacher la tristesse qu'il libérait enfin.

-Je vous dois bien ça, répondit Severus. Pour… enfin, vous savez… cette fois là, pendant un de nos samedis… où vous m'avez… aidé. »

Consoler était un mot trop dur à prononcer !

« Je le referai si vous le désirez, répondit Harry, la voix hachée.

-Non, je n'en ai pas besoin. Je vais très bien. Grâce à vous. »

Harry hoqueta quelques secondes, incapable de se maîtriser. Il n'avait plus pleuré depuis sept ans la mort des Weasley mais tout à coup, ça lui était devenu impossible de garder ce qu'il ressentait au fond de lui. A la place, il se laissait aller, s'accrochant à Severus de toutes ses forces.

« Alors… vous allez mieux ? Voir James et Lily ne vous fait plus souffrir ou…

-Non, interrompit Severus. Je souffre un peu quand je la vois, mais c'est surtout parce que j'ai perdu une amie que j'aimais vraiment beaucoup. Quant à lui, à part une certaine rancœur due à ses tortures d'écoles, ça va. Mais je ne souffre pas quand je les sais ensembles, quand je les imagine ensembles. Maintenant ça va. Et c'est grâce à vous. »

Harry sourit parmi ses larmes. Si Severus était sauvé, alors c'était tout ce qui comptait. Si Severus était capable de s'éloigner de cette souffrance intolérable qui avait fait de lui cet homme amer et renfermé, alors il pouvait s'estimer vainqueur, même si ce n'était qu'une petite victoire.

« J'en suis heureux », dit-il.

Et sa voix vibrait d'une telle honnêteté que Severus ne trouva rien à répondre. A la place, il caressa son dos de haut en bas, le tenant toujours contre lui.

« Vous m'avez aidé, dit-il, embarrassé. Alors si je peux vous être utile…. Même si c'est juste en vous tenant contre moi… ça ne me dérange pas. »

Harry sourit à nouveau. Il se sentait tellement mieux. Tellement bien. Il ferma les yeux, savourant le corps contre le sien, son odeur, son torse qui bougeait au rythme de sa respiration, son cœur qu'il sentait taper contre sa poitrine.

« Alors restons ainsi, dit-il. Juste un petit peu. Restons ainsi. »

Et c'est ce qu'ils firent.

oOo

Le silence régnait dans le bureau, pesant. Dans son fauteuil, Regulus avait remonté ses jambes contre lui, appuyant son torse contre ses cuisses. Blottit dans le siège, il n'osait pas relever les yeux vers Drake… non, Draco, assis en face de lui. Ce dernier se taisait, attendant qu'il se décide à exprimer ce qu'il ressentait. Mais rien ne venait.

Au bout d'un long moment, soupirant, Draco se leva de son siège et s'approcha du jeune homme recroquevillé. Il le contempla, attendant qu'il lève les yeux vers lui. Mais encore une fois, rien. Soucieux de ce comportement pour le moins inhabituel, Draco s'agenouilla près du fauteuil et posa une main tendre sur le genou de Regulus. Ce dernier sursauta et releva la tête, semblant surpris de le voir si proche, mais ne s'éloignant pas. Un peu rassuré face à cette absence de rejet, Draco se décida à parler.

« Regulus, murmura-t-il, la pièce semblant s'emplir de son appel discret. Parle-moi… »

Le jeune homme resta silencieux. Il reposa son menton sur ses genoux, le contemplant, longuement. Enfin, il ouvrit la bouche.

« Nous sommes… cousins ? demanda-t-il d'une voix légèrement rauque.

-Oui, répondit Draco, calme. Cela te dérange ? »

Regulus hocha négativement de la tête.

« Ce n'est pas comme si je pouvais faire des enfants », ironisa-t-il.

Ils se turent à nouveau et Draco se désespéra d'avoir une réaction quelconque. Regulus avait l'air apathique, amorphe… il ne parlait pas, ne réagissait pas. Et ça le rendait dingue. Il s'attendait à des réactions, des cris, des surprises. Mais rien. Il restait là, les yeux plongés dans les siens, pensif.

« Regulus, répéta-t-il à nouveau. Par pitié, dis quelque chose. »

Le garçon le fixa encore. Il lâcha ses jambes et reposa ses pieds au sol pour se rapprocher de lui. Draco dut se retenir de l'agripper pour le coller à lui et le supplier de lui dire enfin ce qu'il ressentait. A la place, il resta immobile, même quand Regulus posa une main chaude mais un peu tremblante, sur son visage.

« Je ne sais pas quoi dire, avoua le jeune Serpentard. Je ne m'attendais vraiment pas… à entendre ce genre d'histoire. J'avais imaginé des tonnes de scénarii, des millions de possibilités… Mais pas ça. Pas que tu sois… qui tu es. »

Il laissa passer encore quelques secondes, Draco ayant l'impression de mourir à chacune d'entre elles.

« Ne crois pas que ça change quoi que ce soit entre nous, le rassura aussitôt Regulus. C'est juste… énorme ! Tu ne peux pas t'attendre à ce que je dise « Ok, pas de problème », parce que c'est vraiment… Je n'arrive même pas à comprendre ce que je ressens. »

Draco s'était détendu dès les premiers mots prononcés par Regulus. Il lui sourit, compréhensif et s'avança lentement, callant son buste entre les genoux du plus jeune. Ce dernier en parut troublé mais Draco n'y prêta pas attention. Il préféra enlacer sa taille et blottir son visage contre son ventre.

« Tant que tu ne décides pas que tu ne veux plus jamais me voir, tu peux te sentir comme tu veux ! »

Contre lui, Regulus gigota, mal à l'aise.

« Oui, et bien… euh… Bref, marmonna-t-il, embarrassé.

-J'ai eu tellement peur, l'espace d'une seconde, que tu ne veuilles plus de moi à cause de qui je suis vraiment…

-Pourquoi ? demanda Regulus. Enfin, je veux dire… Est-ce que tu as juste joué un rôle depuis notre rencontre ? Est-ce que tu as modifié ta personnalité ou fait semblant de m'apprécier, ou… je ne sais pas trop quoi d'autre ?

-Non ! répondit vivement Draco en s'écartant de lui. Jamais ! J'ai toujours été moi !

-Alors qu'est-ce que ça change, que tu sois… Draco ou Drake Malfoy ? A part que maintenant, on est cousin… C'est un peu perturbant de penser qu'en fait, tu es mon petit cousin alors que tu n'arrêtes pas de me traiter de gamin depuis le début ! Sauf qu'en fait, techniquement, c'est moi le plus âgé ! »

Draco rit de ses réflexions, amusé.

« Techniquement, oui, dit-il. Bien que je suis tout de même plus vieux…

-Oui, tout de même, répondit Regulus. Mais je suis perturbé. Par ce que tu m'as raconté. Tu-Sais-Qui qui… domine le monde ? Ma mort… celle de Sirius. Et Ash… Enfin, Harry qui est… J'ai du mal à croire que tout ça se soit passé, dans ta vie.

-C'est pourtant le cas, lui répondit Draco, assombri. Et il s'est certainement passé bien d'autres choses qu'Harry refuse obstinément de me raconter. Il ne va pas bien. Pas bien du tout. Peu importe ce qu'il a vécu dans son passé, ça le ronge. C'est pour ça que je tenais à te dire qui j'étais. Parce que tu dois accepter qu'Ash… Harry est mon meilleur ami. Mon frère. Mon ancre, aussi. Et il a vraiment besoin de moi. Je ne voudrai pas que tu crois que je l'aime d'une façon différente de toi, ou que je le préfère à toi mais nous avons une relation vraiment complexe et… je pense qu'apprendre notre identité pourrait éventuellement t'aider à faire face à… ce qu'il se produira, dans ma vie, dans notre vie à venir. Je ne voulais pas commencer une relation avec toi sans te parler de ça. Fabian, du peu de temps qu'il a passé avec Harry, n'arrivait pas à supporter qu'Ash ait le besoin d'être avec moi plutôt qu'avec lui lorsqu'il était triste. J'ose espérer qu'en t'expliquant notre passé, tu comprendras…. Enfin…

-Je crois que je vois où tu veux en venir, répondit Regulus. Tu es en train de me dire qu'Ash passera toujours premier, c'est ça ?

-Ce n'est pas exactement ça, répondit Draco, souriant. Simplement, je dois être présent pour lui. Je le serai autant pour toi, mais c'est un temps que tu vas devoir partager avec lui, du moins, jusqu'à ce que Voldemort soit mort… Et crois-moi, ça risque d'être long. Cet enfoiré s'est donné la capacité d'être increvable et le rendre vulnérable risque d'être long. Mais ne crois jamais que tu n'es pas important à mes yeux. Je ne me serai pas donné la peine de vouloir tout te dire si c'était le cas. C'est un risque énorme. Tu pourrais décider que tu me détestes pour les mensonges que je suis obligé de raconter à tout le monde. Et même si Ash t'a posé un sort qui t'empêche de tout te dire, rien ne pourrait t'empêcher d'aller soulever quelques questions au ministère qui leur suffirait amplement pour comprendre le fin mot de l'histoire. En moins de temps qu'il n'en faudrait pour comprendre, Ash et moi serions démasqués et tués…

-Tués ? demanda Regulus, paniqué.

-Voyager dans le temps est interdit par la loi internationale magique, expliqua Draco. Qu'importe que ce soit pour sauver notre monde, le fait est que c'est un pouvoir trop grand que pour être donné à quiconque. Ash et moi le savons parfaitement. Ce n'est pas pour rien que nous prenons tant de précaution, dans nos actes et nos relations. Nous ne voulons ni être découvert, ni tout gâcher par excès de confiance ou d'ingérence. Nous savons qui est mauvais, qui est bon. Qui a fait des erreurs et comment les empêcher… Et nous intervenons, pour certaines personnes…

-Comme pour moi ? demanda Regulus, étrangement calme et reconnaissant.

-Comme pour toi, répondit tendrement Draco. Et mon père. Et Severus. Severus était le seul pour lequel nous étions d'accord, en fait. Lucius… c'est une demande égoïste de ma part mais je ne pouvais pas me résoudre à laisser mon père faire cette erreur. Et l'expérience m'a montré que, malheureusement, il n'est pas encore totalement sauvé. Il sait que rejoindre Voldemort serait néfaste pour lui mais il n'est pas suffisamment conscient du danger que pour ne pas profiter de la situation. C'est un opportuniste. Et il ne voit que ses intérêts. Quant à toi… Nous avons hésité, avant de te rencontrer. Ash… Harry pensait que te laisser devenir mangemort ne faisait pas de toi quelqu'un de perdu, preuve en est qu'avant de mourir, tu t'es rebellé contre Voldemort. Alors nous avons envisagé de te laisser dériver puis de te sauver, avant ta mort. Mais dès lors que j'ai posé les yeux sur toi… te laisser être marqué par ce monstre m'a été impossible. »

Regulus eut un léger sourire, peut-être un peu tremblant, à ces mots. Entendre que son destin avait été si proche de basculer…

« Ash l'a compris presque instantanément. Avant moi, je crois… Il est très empathique. Il sent ce genre de chose. Ta sauvegarde est devenue évidente aussitôt…

-Pourquoi était-ce si certain pour vous de sauver Severus ? interrogea le jeune homme, curieux.

-Parce qu'il nous l'a demandé, répondit naturellement Draco. Enfin, il me l'a demandé. Quand il m'a aidé à créer cette potion pour voyager dans le temps, il ne voulait pas partir avec moi. Il voulait une vie meilleure. Et il ne voulait pas juste en être spectateur. Il voulait la vivre. Alors il a préféré rester en arrière et être effacé par nos modifications. Il voulait être heureux. Je le lui ai promis. Et je crois que même sans qu'il me le demande, je l'aurai sauvé. Je le lui devais bien. Il m'a aidé comme personne ne l'a jamais fait. Sans lui… Sans lui, Merlin sait où j'en serai maintenant. Et puis… Harry aussi avait des dettes envers lui. Au début, il était plein de haine et de ressentiment mais quand il a appris tout ce que Severus avait fait dans l'ombre… il s'est dévoué à lui. Il ne s'en rend même pas compte lui-même… Il est très fort pour interpréter les sentiments des autres, mais les siens, ça…

-Ses sentiments ? demanda Regulus. Tu veux dire… il est…

-Amoureux de Severus, oui, répondit Draco, riant presque. Et c'est l'amour le plus impossible qui soit, malheureusement. Severus a été le souffre douleur de James Potter. Il était également amoureux de Lily Potter. Quand cette dernière s'est mise avec James, Severus est entré dans une rage folle et a détruit la salle de classe d'Ash. Tu te souviens de ce jour là ?

-Oui, chuchota Regulus, plongé dans son souvenir.

-Dans notre époque, mon Severus déteste Harry. Il est la personnification de l'amour de ces deux êtres pour qui il a ressenti de la haine et de l'amour. Il était ce qu'il ne pourrait jamais avoir avec la femme qu'il avait aimé de tout son être. Il le lui a fait payer. Chaque jour, chaque heure, il a détesté Harry et s'est évertué à le faire souffrir, tout en le gardant en vie car il était celui censé nous sauvé…

-Et Ash l'aime ? s'épouvanta Regulus. Comment ?

-Va savoir. Quand il a compris, sans doute, la douleur qui brûlait Severus de la tête aux pieds. Quand il a réalisé que son père n'était pas un saint mais un tortionnaire… Quand il a compris les sentiments de Severus pour sa mère. Et combien il a été courageux de le protéger, alors qu'il aurait juste du vouloir le tuer. Harry… a une capacité à pardonner extraordinaire. Il a tout pardonné à Severus. Et comme je te l'ai dit, il s'est dévoué à lui. A son bonheur. Pour rembourser ses dettes. Et dans tout ça, il est tombé amoureux de lui, petit à petit, à force de le fréquenter. Mais il n'osera jamais espérer quoi que ce soit de lui. Il prendra de Severus ce qu'il voudra bien lui donner, sans rien lui demander. Et c'est ça qui est horrible. Si Severus ne lui donne que son amitié, il s'en contentera. Il crèvera d'amour dans son coin, comme l'a fait notre Snape, à notre époque.

-Et est-ce qu'on ne peut rien faire ? demanda Regulus, horrifié par les mots de Draco.

-Malheureusement, non. J'en ai parlé avec Harry et il est totalement opposé à une quelconque révélation avec Severus. Du reste, même si je désapprouve, je comprends. En apprenant la véritable identité d'Ash, Severus peut très bien réagir comme il peut en venir à le haïr comme il l'a fait à notre époque. Dans un tel cas, je ne sais pas ce qui est le mieux ou le pire. La situation actuelle ou une autre, totalement imprévisible et inédite… Sur ce point, je ne sais vraiment pas… »

Regulus approuva lentement, les yeux perdus dans le vague. Il hésita quelques secondes puis se remis à parler.

« Donc, vous vous permettez quand même… d'influencer certaines personnes…

-Et bien… oui, il le faut bien, admit Draco. Nous n'aimons pas ça, je te rassure. D'abord parce que c'est jouer avec le feu. Nous ne savons toujours pas si nous pouvons faire confiance à Lucius et même si Severus et toi semblez sauver, rien ne nous le prouve… Ash a plus de remord que moi, parfois, il marmonne au sujet de libre arbitre, mais je le raisonne assez facilement avec « Vois ce que le libre arbitre a fait ! ». Il ne trouve jamais rien à répliquer à ce genre de phrase… On manipule notre entourage, mais parfois, ça vaut mieux. Ne pas intervenir, laisser les choses se faire, c'est se précipiter vers les mêmes catastrophes vécues à notre époque. Alors c'est peut-être immoral, mais c'est mieux que ce vers quoi nous allons…

-Mais y allons-nous encore ? demanda Regulus. Je veux dire… ton père, Severus et moi ne sommes déjà plus les mêmes que ceux connus dans votre temps…

-Vous êtes différents, mais les pensées de Voldemort et ses buts non, interrompit Draco. Nous avons déjà détruit trois horcruxes, mais de là à dire que nous avons changé le destin du monde, c'est un peu rapide. Il en reste encore quatre, en supposant que Voldemort ne décide pas d'en créer d'autres s'il s'aperçoit de nos agissements. C'est notre plus grande crainte, en vérité. A présent, nous devons juste… croiser les doigts. Espérer que les choses iront bien. Et rester en vie. Mais c'est une guerre, il ne faut pas se leurrer. Il y aura des pertes. J'espère simplement que ce ne sera pas trop laid. On va faire en sorte que ce ne soit pas aussi laid que dans notre temps, en tout cas. »

Regulus hochait vivement de la tête. Ils n'avaient pas tout raconté, simplement le principal mais le peu qu'ils avaient dit l'avait terrorisé. Lui noyé par des inferi, son frère tué par leur cousine folle. Dumbledore assassiné par Severus, sous son ordre… Rien de ce qu'ils avaient raconté ne semblait agréable… C'était toutes ses informations atroces qui avaient rendu Regulus presque amorphe. Il n'arrivait même pas à comprendre comment Ash et Drake pouvaient encore se tenir debout face à Voldemort. Comment ils pouvaient avoir l'espoir de gagner et le courage de se battre.

« Et… est-ce que je peux aider ? demanda-t-il, inquiet. Faire quelque chose, pour vous simplifier la vie ou…

-Reste en vie, répondit Draco en collant à nouveau son visage contre son ventre. Si tu veux devenir plus fort, je te rendrai plus fort. Si tu veux te battre… je ne suis pas sûr de l'accepter, mais si tu es vraiment décidé, je te suivrai et je te protégerai autant que je le peux. Mais la seule chose que je te demande vraiment, c'est de rester en vie. C'est tout ce qui compte à mes yeux. »

Regulus ne répondit pas, encore trop sonné. Drake, qui passait son temps à éviter le moindre contact avec lui, n'avait pas lâché sa taille depuis qu'il l'avait attrapé et à présent, son visage était collé à son ventre et y restait ! Il se montrait d'une ouverture et d'une sérénité inédite et il eut besoin de quelques minutes pour s'en remettre.

« Je… je crois que je veux être plus fort, dit-il. Pas spécialement pour me battre… mais au moins pour pouvoir me défendre… si jamais… enfin, si je devais devenir une cible…

-Et ce sera surement le cas, avoua Drake, l'air chagriné. Parce que tu seras… mon compagnon.

-Com…compagnon, vraiment ? hoqueta Regulus.

-C'est ce que je veux. Ce que je veux depuis… longtemps. N'en doute pas, Regulus, j'ai pour toi des sentiments vraiment très forts. J'ai gardé avec toi une certaine distance, parce que j'avais peur qu'en apprenant qui j'étais, tu ne veuilles plus de moi. Mais apparemment, tu m'acceptes. Tu acceptes qui je suis vraiment. Alors oui, Regulus. Compagnon. Si tu es d'accord. »

Le jeune homme ouvrit la bouche et balbutia, incapable de répondre. Compagnon ! Est-ce que Drake mettait dans ce mot tout ce qu'il pensait qu'il y mettait où était-ce juste un terme, comme ça ?

« Je… Tu… tu penses le mot.. enfin, tu veux dire… quand tu dis compagnon, tu…

-Je veux dire que je veux rendre ça officiel, oui, répondit Drake, souriant. Enfin, pas tout de suite, car je serai encore psychologue l'année prochaine et même si je ne pense pas que tu auras encore des consultations, on pourrait encore me reprocher d'être un sale manipulateur véreux. Mais plus tard, oui. Je voudrai que nous allions au ministère et que nous rendions notre relation officielle. Je ne pense pas que te le demander maintenant soit une bonne idée. Tu es encore si jeune… Mais je veux que tu saches vers quoi je veux aller. Je ne joue ni ne plaisante avec toi. Mes intentions te sont connues. Alors… est-ce que tu veux toujours être avec moi, en sachant ça, Regulus ? Si tu réponds oui, tu me donnes l'espoir nécessaire à la réalisation de ce souhait. Et si tu dis non, je préférais que tu le fasses au plus vite, tant que mon cœur n'a pas encore trop décidé qu'il t'appartenait. Je veux que tu y réfléchisses. Pendant quelques jours. Ne réponds pas maintenant. Tu vas dire oui précipitamment, mais tu pourrais le regretter et ce n'est pas ce que je veux. Penses-y. Penses-y vraiment. Et donne-moi ta réponse, dans quelques jours. D'accord ? »

Regulus ne put qu'hocher la tête, incapable de parler. Compagnon ! Officiel ! Une sorte de soulagement mêler de terreur l'envahit. A aucun moment, Drake ne s'était moqué de lui, malgré son comportement indifférent pour lui. Il avait des projets pour eux. Depuis longtemps. Et lui, comme un idiot d'adolescent pré-pubère, il n'avait fait que crier à l'injustice. Alors qu'en fait, il était très loin du compte. Mais il était terrifié, en même temps. Compagnon ! Il n'avait que seize ans et Drake lui proposait qu'ils soient liés tous les deux devant la loi. Oh, pas avant que sa dernière année à Poudlard ne soit finie, mais c'était ce qu'il voulait pour eux. Mais comment pouvait-il être si sûr, si vite, que c'était ce qu'il voulait pour toute sa vie ? Comment pouvait-il, lui, à tout juste seize ans ?

« Regulus, demanda Drake, interrompant ses pensées. Je ne te demande pas une réponse maintenant, je te l'ai dit. S'il te faut plus que quelques jours, alors prends le temps qu'il te faut. Peu importe. J'attendrai, simplement.

-Mais… je… enfin, comment peux-tu être aussi sûr ? demanda le jeune homme, perturbé. Enfin, j'ai seize ans et je sais avec… presque certitude que je t'aime… Enfin, ça ne se dit pas, presque certitude, mais… enfin… J'ai beaucoup d'attirance pour toi, tu me rends complètement dingue à jouer avec mes nerfs sans arrêt, j'ai autant envie de te frapper que de t'embrasser, mais je… ne sais pas si c'est toi que je veux pour toujours !

-Être lié au ministère ne veut pas dire que nous devrons toujours être ensembles, Regulus, le coupa Draco, compréhensif. Juste que ce sera officiel. Et comme je te l'ai dit, ce ne sera pas avant plus d'un an. Il est vrai cependant que j'espère une relation plus que sérieuse avec toi. Je ne joue pas ici. Ce n'est pas pour rien que je t'ai fait attendre. Je voulais d'abord être sûr de ce que je désirai. Et surtout, je voulais être certain que je t'aimais suffisamment que pour te révéler qui j'étais. Mais ça ne veut pas dire que nous serons toujours ensembles. Nous ne nous connaissons pas encore assez. Tu ne me connais pas, surtout. J'y ai veillé. Mais maintenant que tu sais qui je suis, je me sens plus à l'aise pour te montrer le vrai moi. Si tu es d'accord. Et comme je te l'ai dit, je n'attends pas une réponse de ta part dans l'immédiat. Il ne peut de toute façon rien se passer entre toi et moi tant que tu n'auras pas atteint ta majorité. Et j'y tiens fermement. Après, nous pourrons commencer discrètement à entretenir une relation… »

Regulus s'assombrit, agacé.

« Déjà, ça, comment… comment fais-tu pour programmer une relation, pour te contrôler autant, tout simplement ! C'est… c'est énervant et tellement… Je ne sais même pas le qualifier !

-Je ne me contrôle pas très bien, en vérité, avoua Drake, amusé. Si je me contrôlais, je t'aurai tenu bien plus à distance que je ne l'ai fait et je ne t'aurai jamais révélé si tôt qui j'étais… mais je suis impatient. Atrocement impatient !

-Impatient ? demanda le plus jeune. De quoi ?

-D'être enfin avec toi, pour de vrai, répondit Draco en se redressant, de façon à rapprocher leurs visages. Je crève d'envie de t'embrasser, de te toucher… tu n'as pas idée de combien j'en ai envie. J'ai envie de passer des heures avec toi, de t'entendre me parler sans arrêt, de te raconter aussi, tout ce qui pourrait me passer par la tête. Mais là, tout de suite, je ne peux pas. Pas avant ta majorité, en tout cas. Enfin, je ne peux pas tout me permettre… C'est déjà une très mauvaise idée de ma part d'avoir une relation avec toi mais si en plus tu es mineur, c'est suicidaire. Je n'en suis d'ailleurs pas très fier. Je sais que si je le voulais, il me suffirait de me laisser aller un peu et que tu ne me refuseras rien mais je ne veux pas agir ainsi ! Pas… enfin, ce n'est pas convenable ! J'ai été éduqué par une bonne famille, tu sais aussi bien que moi que je ne peux pas juste renier ce qu'on m'a appris.

-Pitié, tu m'as dit toi-même avoir eu des relations sexuelles à l'école, ne viens pas me jouer la carte de la pureté ou quoi que ce soit !

-Je ne te la joue pas, répondit Draco, amusé. Si je n'avais pas six ans de plus que toi, je ne la jouerai certainement pas. Mais je les ai. Je suis l'adulte, tu es… l'enfant. Et non, je ne dis pas ça pour te vexer, mais c'est ainsi que le monde te perçoit. Je suis l'obscur salaud qui abuse de ton innocence…

-Et alors, tu veux que j'aille me faire sauter par un camarade de dortoir pour soulager ta conscience ? »

Malgré lui, Draco rit. Il se releva et obligea Regulus à se lever à son tour afin de l'enlacer de toutes ses forces, son visage retournant dans sa gorge avec automatisme.

« Non, j'en serai fou de jalousie. Et ça ne changerait rien à mon incarcération si nous étions découverts… Et je n'ai pas envie de retourner en prison, Regulus. Une fois m'a suffit…

-Tu as fait de la pri… ah… oui… Quand tu étais prisonnier de Vol… enfin, de Tu-Sais-Qui ? »

Draco sourit à l'hésitation.

« Oui, quand j'étais dans les cachots de Voldemort, dit-il, soudain assombrit. Ça a été la pire période de ma vie, Regulus. Je ne pourrai jamais oublier ça. Je suis reconnaissant qu'à cette époque, il n'a pas jugé bon de m'affecter des détraqueurs, je n'y aurai pas survécu, surtout après le décès de ma mère et de mon père. Mais… mais je ne peux pas oublier cette époque. Jamais. C'était… horrible, dégradant, humiliant. Et si désespérant. Je… je n'avais pas le moindre espoir. Pas la plus petite lueur. Ils ne m'apportaient même pas à manger. J'aurai du mourir dans ces cachots. Si Severus n'avait pas envoyé Harry avait le dernier élément, j'y serai mort de faim, Regulus. As-tu déjà connu la faim ? Et je ne te parle pas de la faim qu'on ressent en attendant un repas. Je te parle de la faim lancinante, pesante, tenace… Cette faim qui te pousserait presque à manger un être humain si on t'en donnait un… Je ne peux pas effacer ce que j'ai vécu et ressenti dans ces cachots, Regulus. Et je ne veux plus jamais être enfermé derrière des barreaux. Tu m'attires. Je te veux. Mais j'ai bien trop peur. Et je suis un lâche.

-Non ! cria Regulus, outré d'une telle phrase.

-Oh, si, je le suis, lui dit Draco en l'écartant de lui pour distinguer son visage. Je l'ai toujours été. Enfant, je me cachais dès le moindre problème. Je serai toujours un lâche si… si je n'avais pas Harry. A sa façon, il m'élève. Il me force à être courageux parce que si je ne le suis pas, il sera seul. Et s'il est seul, il s'effondre. Et j'ai besoin qu'il reste debout pour me sentir en sécurité. Je tiens à lui, je l'aime, il est mon frère. Mais il est surtout mon épée. Celle qui tuera le monstre qui m'empêche de dormir la nuit. Celle qui m'aide à croire que le soleil se lèvera demain, comme tous les autres jours. Malgré cela, je reste un lâche. J'ai peur de la prison, j'ai peur de Voldemort… J'ai peur d'être à nouveau seul dans le noir à mourir de faim. Voilà pourquoi je n'entamerai pas de relation avec toi avant que tu aies officiellement 17 ans. Je te demande de comprendre mon choix mais je ne suis pas égoïste. Je sais que tu as besoin d'être rassuré. Que tu as besoin que je fasse attention à toi parce que personne ne le fait jamais. Et je te promets que je ne t'ignorerai plus jamais à compter d'aujourd'hui. Malheureusement, notre relation restera platonique. Jusqu'à ton anniversaire.

-C'est loin, marmonna Regulus. Mais je suis d'accord. Surtout si tu ne m'ignores plus, après ce soir.

-Plus jamais, jura Draco. Et si je le fais, c'est qu'il y a un quelconque problème grave qui demande toute mon attention. Comme une attaque. Ou la ruine de la famille Sadrah suite à un mauvais placement… Mais jamais plus je ne t'ignorerai sous prétexte que je veux garder de la distance avec toi. Tu peux venir me trouver quand tu veux. Me parler autant que tu veux. M'interroger. Je suis là, maintenant. »

Ces mots semblèrent satisfaire Regulus qui sourit calmement, apaisé.

« Tout le monde dans cette fichue bicoque sait que je suis attiré par toi, signala tout de même le plus jeune.

-Mais j'ai confiance en toutes les personnes sous ce toit, rétorqua Draco. Sans exception. Bien sûr, si elles décident d'en parler à quiconque, ça compliquera nos affaires, mais je sais que j'ai confiance en celles qui sont ici. En mon père et ma mère, en ton frère pour ne rien dire… Je sais qu'ils ne te nuiront pas. Quant aux autres membres de l'ordre, très peu sont au courant, en fait… Ce ne sera donc pas vraiment difficile de garder secret ce que nous savons déjà. A supposé que ta réflexion concernant une relation plus que sérieuse avec moi aboutisse à un oui… »

Regulus marmonna en réponse, restant pourtant silencieux. Il était incapable d'affirmer clairement qu'il désirait rester avec Drake d'une façon si définitive. Comment pouvait-il l'affirmer, il n'avait que seize ans, presque dix-sept. Soupirant, il se contenta de se lover plus confortablement dans les bras qui, pour une fois, ne s'empressaient pas de le repousser.

« Je vais y réfléchir, dit-il après quelques minutes. Je te dirai ma réponse au plus vite.

-Prend ton temps, rétorqua Draco, en lui caressant tranquillement les cheveux. J'attendrai, de toute façon.

-Mais je ne suis pas sûr de pouvoir te faire attendre éternellement, lui confia le jeune homme.

-Oh ne t'inquiète pas, lui dit Draco, amusé. Ça fait sept ans maintenant que je suis célibataire. Je peux encore attendre. Je ne vais pas en mourir !

-Comment fais-tu pour être si patient ? s'agaça Regulus.

-J'ai appris, répondit Draco, amusé. Et puis… le moment où je t'aurai n'en sera que meilleur… »

Regulus marmonna quelque chose, embarrassé par le sous-entendu plus que pervers présent dans la voix de l'homme contre lui.

« Et sinon ton examen de potion ? »

Cette fois, ce fut un gémissement désespéré qui se fit entendre.

oOo

Draco redescendit du troisième étage où il avait raccompagné Regulus avec une vive satisfaction. Et un peu de frustration. Par Merlin, Harry ne s'était pas trompé d'un iota concernant sa prédiction d'acceptation totale de Regulus au sujet de sa véritable identité. Il fut tenté, l'espace d'un instant, de feinter une catastrophique dispute entre Regulus et lui, mais connaissant Harry et ses angoisses, il préféra s'abstenir de cette comédie.

Quand il atteignit le premier étage, il fit le tour de leur chambre, surpris de ne trouver son frère nulle part. Contrarié de ne pas voir Harry tourner en rond dans l'un ou l'autre de leur salon, il rejoignit le rez-de-chaussée pour tenter de dénicher l'endroit où il s'était réfugié. Franchement, lui qui se réjouissait d'angoisser un peu Harry en le faisant languir quant à l'acceptation de Regulus, voilà qu'il se retrouvait à le chercher dans tout le manoir Sadrah !

Il entra d'abord dans la cuisine qu'il trouva déserte. Agacé, il bifurqua dans la bibliothèque et décida qu'appeler serait plus simple que de la fouiller. Quant aucune réponse ne lui vint, il se dirigea vers le salon mais fit à nouveau choux blanc. Il s'apprêta à ressortir lorsqu'une lumière venant du salon audio l'attira. Levant les yeux au ciel, il s'approcha vivement et poussa la porte avec un semblant de brutalité, faisant sursauter l'occupant de la pièce. Il grogna d'agacement en voyant Severus.

« Mince, mais où est passé cet idiot ? s'énerva-t-il.

-Qui donc ? s'inquiéta le jeune homme, interrogateur.

-Ash ! s'exclama Draco, agacé. Je ne le trouve pas, il est sorti ?

-Euh… Non, répondit Severus, soudainement mal à l'aise. Il… il est ici. »

Draco regarda à gauche et à droite, l'air perplexe, avant de sembler comprendre. Amusé, il contourna le divan pour enfin voir celui qu'il cherchait, étendu dans le canapé, le visage posé sur les genoux de Severus et enfoui dans son ventre. Il regarda l'adolescent, légèrement moqueur.

« Il s'est endormi, expliqua simplement le potioniste avec une indifférence feinte. Et comme il avait l'air très fatigué…

-Tu l'as laissé profité de tes genoux.

-Voilà ! »

Draco se retint de rire. Merlin, si seulement Severus pouvait éprouver de l'amour pour Harry… Oh, à n'en pas douter, il avait beaucoup d'affection pour celui qu'il considérait comme un mentor mais de là à l'aimer, il y avait un fossé. De sa mémoire, Draco n'avait aucun souvenir d'une éventuelle attirance de son ancien professeur de potion pour un homme. Il était hétérosexuel et même si Harry pouvait le convertir au sexe entre homme, la véritable identité de son amant mettrait un terme définitif à toute relation amoureuse. Malheureusement !

Soupirant, Draco alla s'installer dans un fauteuil suffisamment proche d'eux.

« Vous avez passé la soirée ensembles ? demanda-t-il, ses yeux se posant brièvement sur la main de Severus, occupée à cajoler les cheveux emmêlés de l'endormi.

-Oui… Il n'allait pas très bien, ce soir.

-Vraiment ? s'inquiéta Draco, oubliant toutes pensées maritales.

-Il… il a repensé à de mauvais souvenirs, concernant son ancienne petite amie. La façon dont elle est morte. Ainsi que toute sa famille, d'après ce qu'il a dit. »

Draco grimaça. Il n'avait pas pensé qu'Harry soit désespérément amoureux de Ginny Weasley. Sans quoi, il ne l'aurait pas trompée avec son propre frère. Mais il savait combien il tenait à toute la famille des rouquins. Et qu'importe qu'il les méprise, Draco pensait sincèrement que personne ne méritait de mourir comme eux. Et qu'importe son dédain pour la jeune fille, elle aussi n'avait pas mérité son sort.

« Ash les aimait comme sa propre famille, dit-il d'une voix rauque. Gi… Enfin, son ancienne petite amie n'a pas été son grand amour, je ne crois pas qu'il en ait eu un, mais… cette famille… C'était son univers. Je n'étais pas là quand ils ont été tués. Mais je sais combien il en souffre. Il y a un sort vicieux qu'il réserve à Voldemort pour ça ! »

Severus hocha pensivement de la tête.

« Comment est-ce que tout ça a commencé ? demanda-t-il. Je veux dire… Voldemort n'est en Angleterre que depuis trois ans mais à vous écouter, vous êtes en guerre avec lui depuis des années !

-Oh, les parents de Ash ont commencé cette guerre contre Voldemort avant sa naissance. Ils ont été tués quand il avait un an, sous ses yeux. Après, Ash a été confié à une tante qui ne s'est pas gêné pour lui faire vivre l'enfer… Mais quand il a eu onze ans, des amis de ses parents sont venus le chercher et lui ont expliqué que ses parents avaient décidé de s'opposer à Voldemort qu'ils avaient pressenti mauvais… Ils voulaient l'arrêter avant qu'il ne devienne… ce qu'il est. Quant Ash l'a appris, il a décidé de reprendre le flambeau. Mais que peut faire un enfant de onze ans face à un sorcier aguerri ? Il n'avait pas la moindre chance ! Voldemort se moquait de lui plus qu'autre chose. Mais Ash a toujours bénéficié d'une chance bouleversante. Malheureusement, pas ses proches. Tous ceux qui, avec lui, s'étaient alliés pour affronter Voldemort, sont morts, les uns après les autres. Et bien entendu, Ash n'a pas été épargné par les détails, qu'il ait été présent ou non… Ces meurtres à répétition en ont fait un homme traumatisé. Et j'ai beau m'acharner pour l'aider à oublier, il en reste profondément marqué. Raison pour laquelle il n'ose pas se rapprocher intimement de qui que ce soit. Sauf moi. Et… toi, aussi.

-Moi ? s'étonna Severus, les yeux fixés sur Ash.

-Je ne me l'explique pas et lui non plus. Il s'est pris d'affection pour toi et te fais une confiance aveugle… Il n'a pas eu peur de s'attacher à toi, contrairement à tous les autres…

-Mais… il est sorti avec Fabian Prewett…

-Sous m'a recommandation et la tienne ! Tu lui as dit de ne pas résister à ses désirs, je l'ai supplié d'essayer de se lâcher un peu. Et ça s'est soldé par un échec cuisant !

-Et Remus Lupin ? Ou Sirius, aussi…

-Ash s'entend bien avec eux, mais si tu y prêtes attention, tu remarqueras la barrière qu'il a dressée entre eux. Il les écoute, blague avec eux, mais il ne se confie pas. Ce qu'il fait avec nous deux… Et Dumbledore, aussi. Il a un respect flagrant pour ce vieux manipulateur… »

Severus haussa un sourcil face à la remarque et Draco haussa les épaules en réponse.

« C'est un vieux manipulateur, crois-moi !

-Et pour Regulus ? s'inquiéta le plus jeune.

-Ah, Regulus, il lui fait confiance, dans une moindre mesure. Surtout grâce à moi, mais je sais qu'Ash l'aime bien. Il lui donne envie de le protéger et de le dorloter, même s'il s'en empêche pour ne pas embarrasser sa fierté d'adolescent. Mais il est vrai qu'il l'aime beaucoup. Mais il ne se confie pas non plus. Enfin, jusqu'à présent, les choses vont peut-être évoluées, maintenant… »

Severus ne répondit pas, laissant les informations l'envahir. Il caressa encore les cheveux bicolores, regardant les mèches souples filer entre ses doigts. Drake avait l'air moins avares de confidences qu'Ash et il se risqua à poser une question qui le hantait.

« Ash serait-il susceptible d'avoir une relation quelconque avec… Lupin ? demanda-t-il.

-Oh, non, je ne crois pas, répondit franchement Drake. Il associe Remus à un de ses oncles décédés. Il veut sans aucun doute le protéger et l'immerger d'acceptation quant à sa nature, mais je ne crois pas que ça ira jamais plus loin. Pourquoi ?

-Lupin en pince pour lui…

-Et ça te dérange ? »

Severus resta pensif un moment.

« Oui, admit-il. Bien que je ne comprenne pas pourquoi… »

Drake esquissa un léger sourire.

« Vraiment ? dit-il. N'en serais-tu pas jaloux ?

-Je ne suis pas amoureux d'Ash, s'agaça Severus.

-Je n'ai jamais dit que c'était le cas, calma Drake. Mais tu es possessif envers les personnes que tu apprécies. Et il est évident que si Ash devait avoir une relation amoureuse avec quelqu'un, toi qui bénéficie de toute son attention actuellement, tu serais relégué au second plan. Et ça, ça te dérange ! »

Severus pris à nouveau le temps d'y réfléchir et il dut admettre, avec un peu de retard, que Drake avait raison. C'était pourquoi il avait été si agacé par Fabian Prewett. Pourquoi l'étreinte de Remus et Ash, dans la bibliothèque, l'avait dérangé plus que tout. Il voulait l'attention de Ash exclusivement !

« Je suis égoïste, concéda-t-il. Et possessif, c'est vrai. »

Drake lui répondit pas un sourire.

« Un jour, j'espère qu'Ash rencontrera quelqu'un qui saura l'aimer et apaiser ses angoisses, confia-t-il. Et ce jour là, Severus, si tu t'y opposes juste par pur égoïsme, je me verrai obligé de t'écarter. Tu dois accepter de partager Ash avec quelqu'un d'autre. Car ça arrivera. Je le souhaite, en tout cas. »

Severus ne répondit rien, l'esprit partager. Son égoïsme lui soufflait qu'Ash n'avait pas besoin de partager sa vie avec qui que ce soit ! Il était bien seul, lui, et il ne s'en plaignait pas ! Alors pourquoi Ash Sadrah devrait-il rencontrer quelqu'un et en tomber amoureux ? Pourquoi ne pouvait-il pas simplement se contenter de toute l'amitié qu'il recevait ? N'était-ce pas assez ? Mais sa conscience lui souffla que non. Elle lui souffla également que s'il n'avait pas totalement renoncé à l'idée d'être avec quelqu'un, il serait le premier à tenter de trouver une compagne pour partager sa vie. Malheureusement, il était réaliste : vu son apparence physique, personne de suffisamment saint d'esprit ne voudrait de lui ! Soupirant, il préféra repousser ses préoccupations à plus tard. Il n'avait de toute façon même pas à y penser : à la fin du mois, il quittait le continent pour aller en Australie. Pendant deux ans. Alors Ash aurait tout à fait le temps de rencontrer qui que ce soit, de l'aimer et peut-être même de l'épouser ! Il n'aurait absolument rien à redire et découvrirait la Madame ou le Monsieur Sadrah à son retour pour les vacances.

Cette perspective lui laissa un arrière goût d'amertume dans la bouche !

« Bref, s'exclama Drake, le faisant sursauter. Je pense que je vais te l'enlever pour le porter dans sa chambre. Tu n'as pas vraiment envie de dormir là, dans ce canapé, assis, n'est-ce pas ? »

Il se leva de son siège et s'approcha prudemment pour glisser son bras sous le cou d'Ash et sous sa taille. Très facilement, avec une maîtrise révélant l'habitude, il le fit basculer jusqu'à l'installer sur le dos pour ensuite le soulever sans la moindre difficulté. Drake l'installa confortablement avec quelques petits mouvements légers, si bien que le visage d'Ash s'enfouit naturellement contre sa gorge.

« Voilà, il est mieux ainsi, dit-il. Bonne nuit Severus et merci de l'avoir écouté. Ah, tant que j'y pense ! Ash et moi devons nous affronter, demain, dans la salle d'entraînement. Fixe veut constater si son apprentissage a porté ses fruits pour les dernières techniques Sadrah et nous allons donc faire un petit duel. Si ça te dit de l'observer, tu es le bienvenu. J'ai déjà fait passer le message à Regulus, mais ne te gêne pas pour en avertir qui tu veux ! Bonne soirée ! »

Et il quitta la pièce, laissant un Severus étrangement peiné d'être à nouveau seul dans le canapé.

oOo

Draco ne fut pas suffisamment méchant que pour mentir à Harry, à leur réveil. Sans surprise, il afficha un large sourire ravi et surtout, moqueur.

« Je te l'avais dit !

-Oh, ça va ! J'avais le droit d'être nerveux à l'idée de lui dire qui j'étais ! On verra quand ce sera ton tour ! »

Mais Harry ne releva pas. Il doutait fortement que ce soit son tour un jour. Severus ne voudrait jamais de lui et son cœur y était pour l'instant trop attaché que pour laisser une chance à qui que ce soit d'autre. Surtout que, tant que le jeune homme l'apprécierait, il garderait toujours un très fugace espoir que, peut-être, il se passe quelque chose entre eux. Quand il descendit petit-déjeuner, il s'amusa du profond rougissement de Regulus lorsque Draco l'embrassa sur la joue, un sourire presque séducteur sur les lèvres.

« C'est vrai que vous allez vous affronter en duel, aujourd'hui ? demanda Sirius, excité.

-Oui, c'est vrai, lui répondit Harry. Vers 14 heures, si ça vous intéresse de regarder…

-Et comment ! s'exclama le jeune homme. Je peux appeler James ?

-Oui, bien entendu. Je sais que quelques membres de l'ordre veulent également être présents. Si James le désire, Lily peut se joindre à nous également… Bien qu'il faudra d'abord qu'il m'apporte un de ses cheveux…

-Je vais lui dire tout de suite alors ! »

Il attrapa son toast et quitta la pièce presque en courant, sous l'œil amusé des personnes présentes dans la cuisine.

« Une telle vigueur, intervint Fixe, l'air amusée. Si j'étais plus jeune, j'aurai tâché d'en profiter !

-Euw, pitié, non, ne me mets pas ce genre d'images en tête !, se plaignit Harry, horrifié.

-Et pourquoi pas ? demanda-t-elle, moqueuse. Peut-être qu'à force d'évoquer des pratiques sexuelles, tu te dégriseras… Je connais une maison close, si tu veux…

-Pitié, laissez-moi tranquille avec ça !

-Je suis ta mère, c'est normal que je me préoccupe de ton bien être, Ash… Eventuellement, si je pouvais te trouver une chouette fille… Tu n'as personne qui serait susceptible de t'épouser, non ?

-Non !

-Bon, bon, pas la peine d'être aussi expéditif ! »

En face d'eux, Draco suivait la conversation en riant discrètement.

« C'est ça, moque toi, marmonna Harry, agacé. Bon, je vais m'habiller pour le duel et m'échauffer un peu. Tu ferais bien de t'y mettre aussi, parce que tu vas souffrir, tout à l'heure !

-Si ça te plaît d'y croire », répondit Draco, nonchalant.

Sans répondre à la provocation – il aurait de toute façon l'occasion de lui botter le cul plus tard – Harry quitta la pièce avec assurance. Il fut très vite suivit par Fixe qui s'empressa de le rattraper et enroula son bras autour du sien.

« Ton cadeau d'anniversaire est prêt, dit-elle. Je vais te l'apporter dans ta chambre, d'accord ?

-Ok, répondit Harry, souriant. Merci.

-Remercie-moi quand tu l'auras vu ! »

Ils se séparèrent au premier étage et Harry rentra dans sa chambre pour aller enfiler une tenue plus adéquate pour le combat : un pantalon noir, souple et moulant si l'on excluait les jambes un peu plus large, un t-shirt prêt du corps et deux protèges bras et poignet. Il s'observa dans un miroir et grimaça à la pensée que la tenue lui avait presque manquée. Lors de leur entraînement dans le désert, Draco et lui ne l'avaient pratiquement pas quittée. A présent, il ne l'enfilait que très occasionnellement, quand ils en avaient le temps avant un affrontement.

« Tu as pris du muscle, intervint Fixe en entrant dans sa chambre, après un léger coup à la porte.

-Grâce à qui ? » rétorqua Harry en se tournant vers elle.

Fixe semblait pâlir et maigrir au fur et à mesure que le mois d'août avançait. Harry savait où en était son décompte et il pleurait presque intérieurement de savoir qu'il ne lui restait qu'un mois et demi à vivre. Il aurait donné n'importe quoi pour tenter de la sauver mais il savait, pour avoir analysé avec elle le sortilège de la main de Dieu, qu'à moins de créer une autre main – et de sacrifier sa propre vie, ce que Fixe refusait fermement – elle était condamnée. Tout ce qu'il pouvait faire, s'était se hâter d'apprendre tout ce qu'elle lui enseignait et lui assurer que l'empire Sadrah serait entre de bonnes mains – celles de Draco – avant son décès. Et prendre soin d'elle, un maximum, tant qu'il le pouvait.

La voir avec les cheveux non décolorés, dans une robe qui paraissait trop grande pour elle tant elle était devenue mince, portant sous le bras plusieurs toiles, lui amena un profond sentiment de chagrin qu'il ne put contenir. S'approchant d'elle, il lui enleva les tableaux qu'il posa sur une table et l'étreignit.

« Je vais bien, le rassura-t-elle en répondant à son étreinte. Ne t'inquiète pas...

-Tu me demandes là quelque chose d'impossible, répliqua Harry, bouleversé. Cette chose te ronge et ça me rend dingue. Jusqu'où cela va-t-il aller ?

-Tu le sais, jusqu'où, répondit-elle, sereine. Ne t'inquiète pas. Je ne vais pas devenir un sac d'os ambulant si c'est ce qui te préoccupe. Je vais juste… m'affaiblir. Pour l'instant, tu vois surtout l'effet physique, mais je crois que je ne devrais pas changer d'avantage.

-L'effet physique ? demanda-t-il, soucieux.

-La main me prend tout, répondit Fixe. Elle me prend ma force mais aussi mon énergie. J'ai remarqué depuis quelques jours que faire de la magie devenait difficile. C'est comme ça que j'ai su qu'elle avait cessé de prendre ma force physique pour se concentrer sur mon énergie magique. Je ne devrais pas empirer dans les semaines à venir, physiquement parlant…

-Et tu crois que ça me console ? répliqua Harry, amer.

-Non, je ne crois pas, répondit patiemment Fixe. Mais au moins, tu seras épargné par d'autres transformations physiques. »

Harry renifla en réponse, manifestant son indifférence face à cette remarque. Souriante, Fixe s'écarta de lui et caressa tendrement sa joue.

« Je suis contente d'avoir un fils tel que toi. Ne te fais pas plus de souci. Tout le monde meure un jour. Demain ou dans un mois, dans un an, qu'est-ce que ça change ? Ça doit arriver, tout simplement. Et maintenant, allons regarder ces tableaux ! »

Elle s'écarta de lui sans lui laisser le temps de répondre et alla prendre une des premières toiles qu'elle découvrit, révélant à Harry un portrait de son père et de sa mère, adultes, le tenant précieusement dans leur bras. Ils le regardaient avec une infinie tendresse alors qu'il dormait, emmailloté dans une couverture, son pouce enfoncé dans sa bouche.

« Voilà le premier et de loin mon préféré, dit-elle en le brandissant devant elle. Il te plaît ?

-Beaucoup, répondit Harry, la voix légèrement tremblante. Tu as vraiment beaucoup de talent, Fixe…

-Merci, dit-elle poliment. Le second, maintenant ! »

Elle dévoila une autre toile, celle-ci représentant Ron et Hermione en train de se chamailler. Hermione tenait précieusement contre elle un énorme livre que Ron regardait avec horreur. Harry pris délicatement le tableau entre ses mains, les larmes lui montant aux yeux. Il fixa les deux images se disputer, s'arrêter puis le regarder pour prendre une expression plus douce et lui sourire.

« Je n'ai pas pu les faire parler, se désola Fixe. Ma main de dieu ne me le permet pas. Mais j'ai pu en faire bouger certains… Eux ne se sont étrangement pas prier pour le faire. »

Harry esquissa un sourire en réponse, incapable de parler, pas plus que de retenir les larmes qui s'écoulèrent sur son visage en cascade.

« Désolé, s'excusa-t-il en posant la toile sur la table proche de lui. Je… désolé. »

Fixe le regarda avec indulgence et s'approcha de lui pour l'enlacer tendrement.

« Ce sont tes meilleurs amis, dit-elle. Tu m'en as parlé si souvent que je n'ai pas eu besoin de le demander quand ma main a capté leurs images dans ta tête. Il y avait tellement d'amour envers eux… et tellement de douleur, aussi. Ils te manquent, n'est-ce pas ?

-Horriblement, répondit Harry, la voix brisée. Oh, tellement. Draco est un bon ami, un bon meilleur ami mais… mais eux, ils étaient…

-Shh, je sais, lui répondit-elle. Je sais, ne dis rien. »

Harry souffla, reconnaissant. Il n'était pas capable de parler de Ron et Hermione. Pas après ce qu'ils avaient vécu, tous les trois. Pas après ce qu'il leur avait fait…

« La… la toile suivante ? demanda-t-il en s'écartant, essuyant ses yeux.

-Es-tu certain ? Peut-être devrais-tu attendre…

-Non, non, ça va, dit-il. Montre-moi, je suis impatient.

-Sûr ?

-Oui, ne t'inquiète pas. J'ai pleuré aussi quand j'ai revu Dumbledore et Hagrid, alors il ne faut pas t'étonner. Vas-y, montre-moi. »

Fixe sembla hésiter encore quelques secondes mais elle finit par sortir le troisième tableau. Celui-là représentait l'intégralité de son année Gryffondor c'est-à-dire Parvati, Lavande, Seamus, Dean et Neville. Ils étaient dans la salle commune et vaquaient à diverses activités, s'amusant manifestement entre eux. Harry sentit d'autres larmes venir à leur vue, mais il parvint à les contenir.

« C'est magnifique, dit-il. Fixe, tu n'imagines même pas combien c'est magnifique.

-Non, c'est vrai, dit-elle. Mais je peux le voir sur ton visage. C'est déjà bien. La quatrième ? »

Harry acquiesça et elle révéla la quatrième peinture. Cette fois, c'était la famille Weasley en intégralité, devant le terrier. Harry hoqueta en voyant Fred et George lui faire de grands signes prés d'un Percy à l'air inquiet. Charlie avait un air étrangement séducteur, ses muscles mis en valeur par le t-shirt manche courte qu'il portait. Bill, le bras passé autour des épaules d'une Fleur Delacour aussi belle que dans son souvenir, souriait à pleines dents, son visage dépourvu de cicatrices. Madame Weasley était radieuse, ainsi cernée de ses enfants. Harry regarda ensuite Arthur qui souriait paisiblement, comme si rien ne pouvait être meilleur que ce moment. Encore une fois, de nouvelles larmes coulèrent de son visage. Il ne chercha même plus à les essuyer alors qu'il regardait Ginny lui faire signe.

« Le cinquième ? » demanda-t-il d'une voix rauque.

Sans rien dire de plus, Fixe prit la toile suivante et la lui montra. C'était Sirius et Remus. Ceux de son époque, ceux vieillis par les années et marqués par les drames. Ceux qui l'avaient connu et aimé comme un filleul et un neveu. Fixe avait adouci l'éclat blessé de leurs yeux et ils paraissaient plus serein, plus heureux alors qu'ils le regardaient tranquillement. Sans attendre sa question, elle posa le tableau et ramassa le sixième. Elle lui montra alors un portrait qui lui arracha un rire, le seul sans doute du lot : elle les avait peins, Draco et lui, dos à dos, qui se regardaient par-dessus leurs épaules, l'air furieux. Ils avaient les bras croisés, leur baguette en main, prête à l'action et se fusillait du regard. A vue de nez, Harry détermina qu'ils devaient avoir quatorze ans. Etrangement, cette scène qui aurait dû être douloureuse étant donné l'affection qu'il portait à son meilleur ami, lui fit un bien immense. Il se souvenait dorénavant de leurs conflits avec indulgence et tendresse et cette représentation d'eux lui inspirait plus de nostalgie d'une époque aimée que de la douleur.

Le tableau suivant et le dernier fut enfin dévoilé. Cette fois, aucune tristesse, juste de l'admiration et son cœur qui s'accéléra. Severus Snape, âgé de 35 ans au moins, réalisait une potion. Il était concentré, tournant autour de son chaudron fumant, ses robes noires claquant dans sa démarche. Son regard était aussi acéré qu'il l'avait été dans ses souvenirs, moins doux, plus amers, mais tellement plus mûr aussi. Harry dût lutter pour ne pas tendre la main et effleurer la toile.

Alors qu'il baissait le bras qu'il avait involontairement levé, Severus interrompit sa tâche et leva la tête, le perçant de son regard unique pendant quelques secondes et interrompant sa respiration. Il resta là, les yeux plongés dans le regard noir, jusqu'à ce que ce dernier ne se détourne enfin, le libérant de son emprise.

« Il te plaît ? demanda Fixe, surprise de son observation silencieuse.

-Beaucoup, admit Harry, toujours concentré sur la peinture. Tu l'as si bien représenté…

-Je suis contente qu'il te plaise. Il a été le plus difficile à peindre de tous. Tu m'avais donné tellement de sentiments envers lui qu'il m'a été difficile de déterminer comment le représenter.

-Désolé de t'avoir compliqué la tâche, murmura Harry en lâchant enfin la toile du regard.

-Ne t'inquiète pas, j'aime les défis, lui répondit Fixe, un sourire indulgent sur le visage. J'espère que tu as un endroit sûr où dissimuler tout ça car il serait dommage que ton identité soit découverte par ma faute…

-Oh, ne t'inquiète pas, je sais précisément où les ranger… »

Il sourit mystérieusement et se dirigea d'un pas tranquille vers son placard, pourvu d'une double porte. Lentement, il l'ouvrit, révélant une rangée de vêtement pour le moins impressionnant ainsi qu'un espace de rangement suffisamment large que pour permettre à deux, voir trois hommes de s'y coucher. Ecartant les tenues suspendues, Harry révéla plusieurs crochets prévu pour les tableaux.

« Dans un placard, dit Fixe, à la fois amusée et contrariée.

-Je les verrai tous les jours en allant chercher mes vêtements et personnes n'aura idée d'aller là-bas en premier pour trouver quelque chose à mon sujet. Et même si c'est le cas, j'ai posé plusieurs sorts sur les murs qui pivotent, si jamais le placard est ouvert d'un mouvement brusque et unique. Pour que les murs ne pivotent pas, il faut ouvrir la porte de dix centimètres, la refermer puis la rouvrir. Alors, seulement, les tableaux seront visibles.

-Astucieux, dit-elle. A moins que la personne n'hésite à fouiller dans tes affaires, elle ne trouvera rien… Et bien, je suppose que c'est le mieux que je puisse avoir pour mon cadeau, tant que tu ne vivras pas dans un bunker… Ce que je ne souhaite pas, soit dit en passant. »

Harry sourit en l'entendant puis s'attela à accrocher les toiles. Il resta un instant planté dedans, à regarder chaque décor avec émotion. Une partie de lui savait déjà qu'il passerait plus de temps que prévu dans ce placard… Quelle ironie, étant donnée son enfance… Souriant en regardant son œuvre, il replaça les divers vêtements suspendus, son regard s'arrêtant soudainement sur le cadeau d'anniversaire de James et Sirius. Un sourire amusé frôla ses lèvres et il s'empara du balai flambant neuf. Ce n'était pas son éclair de feu, ni le balai le plus rapide de l'époque, d'ailleurs, mais c'était toujours mieux que rien. Jusqu'à présent, il ne l'avait pas encore essayé, mais l'idée lui sembla soudainement plus que judicieuse.

« Je crois que j'ai trouvé comment m'échauffer, dit-il avec une pointe d'excitation. J'ai bien envie d'essayer mon nouveau jouet…

-Ce n'est pas dangereux ? demanda Fixe, soucieuse. Je veux dire… Ta technique est proche de celle de James, il paraît ?

-Il n'y a pas vraiment de technique de vol, répondit Harry, amusé. Il y a ceux qui utilisent une technique et ceux qui ont le talent. Mon père et moi, sans aucune arrogance mal placée de ma part, possédons le talent. Mais je l'ai bien observé pendant cette année à Poudlard où il a disputé des matchs de Quidditch et nous sommes loin d'être semblables, sans doute parce que nous avons occupés deux postes différents au Quidditch. Inconsciemment, nos rôles lors d'un match nous ont influencés. James est plus agressif que moi dans son vol car un poursuiveur se doit de foncer dans le tas. Au contraire, je suis plus subtile, plus en finesse, de part ma position d'attrapeur. Ce ne sont que de vagues nuances mais elles sont assez importantes que pour empêcher quiconque de détecter un lien familial entre nous. Au pire, d'éventuels observateurs concluront que James et moi avons du talent, sans plus. »

Fixe acquiesça, bien que légèrement sceptique. Harry ne s'en préoccupa pas pour autant. Il voulait voler. Voler enfin… Il n'avait plus enfourché un balai depuis six ans et rien ni personne n'allait pouvoir l'en empêcher !

oOo

Severus ressentait une certaine gêne, il ne savait pas trop pourquoi. Était-ce à cause de l'étrange conversation qu'il avait eue avec Drake, la veille ? A cause du fait qu'il ait anormalement apprécié avoir Ash endormi contre lui et désespérément détesté Drake de le lui enlever ? Ou était-ce le regard contemplatif et étrange de Sirius Black, juste à côté de lui ? Ou encore le fait que Drake et Regulus discutent entre eux en chuchotant, étrangement proches et intimes, juste devant lui ? Dans tous les cas, il eut l'envie folle de sauter de sa chaise et de courir se réfugier, loin de là. Mais l'entrée de Ash, en tenue de sport, un balai en main, l'empêcha de poursuivre son chemin.

« Vol ? s'exclama Drake, cessant sa conversation discrète avec Regulus. Vraiment Ash ? Tu es sûr ?

-Certain ! lui répondit son meilleur ami avec un sourire éblouissant. Ça fait longtemps, ça me manque. Il est temps que je renoue un peu avec mes vieux amis et ce sera un bon échauffement.

-On peut venir ? demanda Sirius, surexcité. James doit justement amener le sien, on pensait aller voler en attendant le combat… Alors, on peut ?

-Vous pouvez, répliqua Ash, amusé. Le ciel ne m'appartient pas, Sirius, tu peux faire ce que tu veux !

-Sait-on jamais, une technique Sadrah pour voler pourrait être utilisée et tu voudrais la garder secrète ? tenta le Gryffondor, curieux de savoir ce que l'homme avait appris.

-Il n'y a pas de technique Sadrah pour voler, répliqua Ash, amusé. Dommage, cela dit. Va chercher ton balai ! »

Le garçon ne se le fit pas dire deux fois et il partit en courant, ses pieds crissant presque sur le carrelage. Ash secoua la tête et s'assit en face de Severus qui le fixait.

« Vous venez, Severus ? demanda-t-il. Vous devriez prendre un peu l'air.

-Je n'ai pas de balai, répliqua-t-il, l'air indifférent.

-Je vous prêterai le mien, dans ce cas, répliqua Ash. Sortez un peu… »

Severus haussa simplement les épaules en réponse, presque agacé de découvrir qu'il allait obéir. Il ne pouvait simplement pas ignoré la demande muette d'Ash.

« Sors, toi aussi, encouragea Drake en regardant Regulus. Tu reste bien trop enfermé pour ton bien !

-Je n'ai pas de balai non plus ! rétorqua le jeune homme, l'air embêté.

-Et bien, tu tiendras compagnie à Severus, ainsi, lui rétorqua le plus âgé. Va prendre l'air ! Détends-toi aujourd'hui, profite de tes vacances. Je ne doute pas que Severus profitera du temps qui lui reste à passer ici pour continuer ton apprentissage alors tant que tu le peux, amuse-toi ! Moi, je vais aller consulter le courrier du jour !

-Tu en as reçu beaucoup ? s'intéressa Fixe.

-Pas tant que d'habitude, les fêtes se relâchent un peu, beaucoup de grandes familles sont parties en vacances. Il n'y a que des comptes rendus des affaires en cours et peut-être une ou deux invitations… »

Fixe n'eut pas le temps de répliquer que Sirius arriva, l'air surexcité.

« Voilà ! dit-il en brandissant son balai. Et James arrive avec le sien et un cheveu de Lily !

-Parfait ! répondit Ash, non sans lancer un regard scrutateur envers Severus. Alors allons-y. Remus, vous venez aussi, n'est-ce pas ?

-Avec plaisir ! »

Severus se retint de lever les yeux au ciel. Fayot… Hésitant, il finit par sortir, suivant Black qui était presque aussi surexcité que s'ils allaient assister à une compétition officielle. Ce n'était qu'un peu de vol, qui voyait-il de si exceptionnel ? Et d'ailleurs, pourquoi sortait-il, lui-même ? N'avait-il pas mieux à faire ? Depuis le début des vacances, il passait la majorité de son temps à enseigner les potions à Regulus et à revoir lui-même toutes ses bases avant de partir pour l'Australie. Il jugeait nécessaire de s'assurer qu'il avait un minimum de connaissance avant d'affronter pour la première fois Claus Prafics et son talent exceptionnel.

Malgré tout, l'envie de sortir un peu était forte et celle de regarder Ash et Black voler tout autant. Un peu de soleil ne lui ferait pas de mal… il se trouvait vraiment trop pale. Par l'enfer, Ash et Drake étaient bronzés toute l'année et son teint était indubitablement celui d'un anglais moyen, mais même Black et Regulus avaient attrapé quelques couleurs depuis le début de l'été. Au contraire d'eux, il demeurait blafard. Mais ce n'était pas dans une cave qu'on pouvait acquérir une quelconque pigmentation…

Le soleil estival l'étouffa dès qu'il sortit. La robe noire qu'il portait le gêna aussitôt et il défit machinalement un bouton afin de s'aérer. Prafics avait envoyé une liste de vêtements à acheter pour son arrivée et les robes de potioniste en faisaient parties. Ash avait insisté pour les lui offrir, en cadeau d'anniversaire en retard et Severus avait été affligé de se rappeler qu'il n'avait toujours pas trouvé le courage d'offrir ce qu'il avait fait à son bienfaiteur. Toutefois, depuis, il se faisait un plaisir d'enfiler une de ses nouvelles tenues, chaque fois qu'il désirait faire une potion.

Ce jour là, il avait projeté de réviser les différents philtres affectant l'humeur, pas de sortir en plein soleil. Il regretta son choix de vêtements dès qu'il fut dehors et continua de déboutonner sa robe jusqu'à ce que les deux sorciers décidés à voler n'enjambent leur balai dans un bel ensemble. Ash fut le premier à décoller avec souplesse. La pointe de son pied donna une légère pression sur le sol et le balai l'éleva avec douceur. Black, au contraire, tapa du pied comme un enfant capricieux et fila vite et haut avec brutalité. Severus le lâcha aussitôt des yeux pour se concentrer sur son mentor.

Le visage rayonnant, Ash semblait savourer son corps s'élevant verticalement, porté par l'objet magique. Il regardait le sol s'éloigner avec délectation, poussant le balai à tourner un peu, de gauche à droite, vers le haut, vers le bas, testant ses réflexes avec lenteur. Puis, quand il fut à dix mètres du sol, il commença à lui faire faire des cercles d'un diamètre assez petit puis de plus en plus grand, de plus en plus vite.

Severus observait attentivement sa façon de tester sa nouvelle acquisition. Manifestement, Ash voulait découvrir quelles étaient les limites de son balai avant de se lâcher. Il agissait prudemment, du moins l'estima-t-il jusqu'au moment où il commença à monter aussi haut que possible pour ensuite descendre en piqué. Il resta interdit une seconde, se demandant quand l'inconscient allait enfin redresser son manche. Ash ne le fit que quand il arriva à cinq mètres du sol et il réitéra l'opération, plusieurs fois, descendant toujours d'un mètre plus bas. Quand Severus réalisa son manège, il grimaça et fut presque tenté, quand Ash descendit à un mètre, de lui hurler d'arrêter de risquer sa vie stupidement et de descendre de ce maudit balai ! Il comprenait maintenant pourquoi Drake semblait réfractaire à le laisser voler ! L'homme était clairement suicidaire !

Dans les airs, Black poussait des cris admiratifs en le regardant faire et il essaya même de l'imiter (un inconscient, tout simplement !) mais il capitula vite et se posa près de lui, les yeux fixer sur Ash, ses loopings, ses plongeons suicidaires et sa vitesse (étonnamment rapide, pour un balai qui ne pouvait normalement pas dépasser les 70 km/h !).

« Incroyable, s'exclama Black, près de lui. Tu as vu ça ? Je n'ai jamais vu quelqu'un voler comme ça, on dirait qu'il est né avec un balai entre les jambes ! »

Severus grimaça. S'il excluait les tentatives de suicide, il admit en lui-même qu'Ash était fascinant à regarder évoluer dans les airs. Son balai et lui semblaient faire corps, comme s'ils n'étaient qu'une seule entité volant depuis l'éternité. Il était clairement en extase, totalement absorbé par ses mouvements et par le contrôle de son balai.

« Tu aimes ce que tu vois ? demanda Black, l'air graveleux, à côté de lui.

-Quoi ? demanda Severus, ses yeux suivants les mouvements gracieux dans le ciel.

-Ash en train de voler, en tenue de sport. Ça te plaît ? »

Severus lâcha la silhouette agile dans le ciel et tourna la tête vers son voisin.

« Qu'est-ce que tu es encore en train de chanter, Black ?

-Oh, je t'en prie, tu le dévores du regard ! Ne me prends pas pour un idiot !

-Tu es manifestement un idiot pour lâcher de telles âneries. Ash est en effet fascinant à regarder. Je dois admettre n'avoir jamais vu quelqu'un voler avec autant d'aisance et frôler la mort avec autant de jubilation. Le fait que j'admire son talent ne veut pas dire que je suis attiré par lui d'une quelconque sorte !

-Oh, je vois, se moqua Black. Navré de vous avoir offensé, seigneur Snape. Avez-vous mangé un dictionnaire ce matin ou parlez-vous avec un vocabulaire aussi fourni uniquement pour mieux me mentir ?

-Te mentir ? Black, tu es un con. Si j'utilise un bon vocabulaire, c'est pour que tu ne comprennes rien à ce que je dis et avoir le plaisir de te voir chercher le sens de mes mots. »

Sirius leva les yeux au ciel en l'entendant.

« Con n'est pas très distingué, Seigneur Snape, parodia-t-il. Bref, dis ce que tu veux. Le fait est que ton regard exprime plus que de l'admiration. Comme celui de Remus, d'ailleurs. »

Severus tourna la tête sur le côté. Le lycanthrope avait manifestement décidé de sortir lui aussi et, debout près de Regulus, regardait Ash évoluer avec un visage étrangement… expressif. Malgré lui, Severus en ressentit une profonde contrariété.

« Pitié, je suis certain que je n'ai pas eu une expression aussi… énamourée, dit-il, fixant toujours Remus.

-Je peux prendre une photo, si tu veux ? » proposa Black.

Severus leva les yeux au ciel. Il fut sauvé d'un autre interrogatoire lorsque, venant du chemin, James Potter déboula, son balai posé négligemment au travers de ses épaules et maintenu en place par ses bras.

« Hé, Sirius, Remus, héla-t-il, avant que son regard ne se fige sur les mouvements d'Ash. Wow. Il est incroyable !

-N'est-ce pas ? » rugit d'excitation Black en trottant jusqu'à son meilleur ami auquel il donna une accolade.

Severus n'entendit pas le reste de la discussion, les deux amis étant assez loin. Au vu de leurs regards, ils analysaient les figures réalisées par Ash. Severus se détourna d'eux pour se concentrer sur l'homme… qui descendait en piqué dans sa direction ! Hésitant à s'écarter de sa trajectoire, l'adolescent décida de rester à sa place. Ash ralentit bien avant d'arriver près de lui pour enfin s'arrêter juste à côté et descendre. Ses cheveux étaient dans un état épouvantable, ses joues avaient pris une forte couleur rouge, ses yeux brillaient d'excitation et son sourire était presque étincelant ! Severus s'amusa de l'allégresse du plus âgé qui ressemblait soudainement à un enfant.

« Ce balai est bon, dit-il, extatique. J'ai connu mieux mais sa vitesse est raisonnable et vraiment agréable. Voulez-vous voler un peu, Severus ? »

Ce dernier inclina la tête, refusant avec politesse.

« Non, merci, dit-il. Je n'ai pas besoin de m'échauffer pour un quelconque combat à venir et je crois qu'après une telle démonstration, je préférai éviter… Vous devriez continuer, ça a l'air de vous faire du bien… »

Ash lui répondit par un autre sourire éblouissant et repartit presque aussitôt vers le ciel. Il y fut accompagné par James et Sirius qui ne tardèrent pas à essayer de faire la course en sa compagnie, chacun lançant ensuite des défis plus idiots les uns que les autres. Severus secoua la tête face à leur immaturité et se dirigea lentement vers Regulus et Remus, assis ensembles sur la pelouse. Il pinailla un peu en regardant l'herbe verte puis se laissa tomber à côté d'eux, s'asseyant tranquillement en tailleur.

« Est-ce que Ash est inconscient, suicidaire ou vraiment doué ? demanda Regulus, plus modéré que son frère quant aux exploits aériens du plus âgé.

-Va savoir, répondit Severus, amusé du commentaire de son ami. Dans tous les cas, je ne montrai jamais sur un balai avec lui, même si on me payait pour ! »

Regulus approuva fermement. A ses côtés, les yeux de Remus semblèrent briller d'envie.

« Moi, j'aimerai bien, dit le lycanthrope, rêveur. Il est incroyable. On dirait qu'il a fait ça chaque jour, chaque seconde de sa vie ! »

Severus ne releva pas. Il leva les yeux au ciel d'agacement face au comportement ridicule de Lupin. Que croyait donc ce stupide loup-garou ? Qu'il avait une chance ?

Et pourquoi pas ? glissa une voix moqueuse en lui. Ils avaient l'air très proche, le jour de son anniversaire… Ils se tenaient les mains…

Severus balaya cette pensée de sa tête, refusant de s'attarder sur le malaise qu'il ressentait. Il préféra se tourner vers Regulus.

« Alors ? Drake et toi avez l'air plus proche, aujourd'hui… »

Aussitôt, le plus jeune sembla gêner et rougit.

« Hum… oui, il… il a compris que je n'étais pas très… content qu'il se tienne éloigner de moi. Alors maintenant, il accepte qu'on… se rapproche un peu. »

Severus acquiesça.

« Pourquoi maintenant ? demanda-t-il, curieux.

-Euh… il ne voulait pas le faire avant car il ne voulait pas que je sois distrait pour mon examen de potion à venir. D'ailleurs, il refuse toujours de sortir officiellement avec moi tant que je ne suis pas majeur… mais il veut qu'on passe plus de temps ensembles, donc… je suis quand même content. »

Encore une fois, Severus approuva. Regulus était légalement mineur et entamer une relation avec lui, qu'il soit émancipé ou non, pourrait s'avérer être une très mauvais idée pour le psychologue. Il le comprenait parfaitement.

« Mais ça ne veut pas dire que tu n'auras plus de cours de potion avec moi, tu sais ? fit-il remarqué. J'aimerai que nous continuions tes révisions des années précédentes, afin de rattraper au maximum de retard. Ainsi, Drake n'aura pas trop à t'apprendre pour tes aspics libres de l'année prochaine. »

Bien qu'avec une très forte grimace, Regulus hocha la tête.

« Mais je te donne congé, aujourd'hui, dit Severus, amusé. Ton examen était hier, tu as bien le droit de souffler. Et on ne verra les potions que le matin, pour le reste du mois. Tu as bien mérité des vacances…

-Et pourquoi pas l'après-midi ? demanda Regulus, clairement désireux de dormir plus longtemps.

-Non, je préfère le matin, trancha Severus, intraitable. A neuf heures. Ce n'est pas si tôt, ne fais pas cette tête, fainéant ! »

Regulus marmonna quelque chose que le plus âgé ne chercha même pas à comprendre.

« Et pour les soins aux créatures magiques ? demanda soudainement Remus, le faisant sursauter. Tu as déjà commencé à réviser ?

-Non, Ash doit me donner des cours pendant l'année scolaire, expliqua Regulus. Il m'a proposé qu'on se voie le samedi, vu qu'il a du temps de libre à cette période l'année prochaine. Il dit qu'un an sera suffisant… »

Le garçon avait l'air clairement sceptique. Un an pour rattraper trois ans d'étude hebdomadaire semblait peu mais Severus haussa les épaules.

« Si Ash dit que c'est assez, c'est que ça l'est, dit-il. C'est un bon professeur. J'ai appris beaucoup de sorts pendant nos duels… »

Remus le regarda d'un air interrogateur.

« Severus et Ash se sont battu en duel chaque samedi, expliqua Regulus. Depuis le début de l'année dernière, enfin, presque. Et ils continuent encore pendant les vacances, si je ne me trompe…

-Non, on continue, répondit Severus, presque satisfait de voir le dépit de Lupin. Mais il ne se donne toujours pas à fond, lors des duels. J'ai hâte de voir celui de tout à l'heure contre Drake. Voir Ash se battre pour de vrai et non se retenir de bailler en m'affrontant…

-N'exagère pas, tu es doué ! le défendit Regulus. Ash est juste… une machine de guerre, quand il se bat ! »

Severus inclina la tête sur le côté. Machine de guerre ? Pourquoi les mots de Regulus lui semblaient-ils si vrai ? Sans répondre, il leva la tête vers le ciel pour regarder les trois hommes (ou enfant, ça dépendait du point de vue) prendre des risques inconsidérés avec leur vie, juste pour le plaisir d'avoir quelques frissons.

« Inconscient, marmonna Drake en arrivant derrière eux. Bon sang, il a toujours été casse-cou sur un balai et c'est pour ça que je ne voulais pas qu'il en récupère un !

-Vu son amour pour le vol, il aurait bien fini par en acheter un, non ? demanda Regulus en tournant la tête vers lui.

-Certainement, répondit Drake, boudeur. Mais il n'y avait pas encore pensé… Maudits soit James et Sirius ! »

Severus ne put s'empêcher de rire en l'entendant. Pour une fois que quelqu'un partageait son opinion…Plusieurs atterrissages eurent alors lieu autour d'eux et il se tourna vers les trois acrobates suicidaires.

« Tu es fou, grogna Drake en s'approchant de son meilleur ami.

-Mais non, c'était génial ! s'exclama Ash, rayonnant. Bon, il ne vaut pas mon ancien balai, mais je pourrai peut-être essayer de l'améliorer, je suis certain que quelques sorts Sadrah pourrait me permettre de le rendre plus performant…

-Ni pense même pas ! répliqua l'autre en lui arrachant le balai des mains. Sérieusement, c'est tout ce que tu as trouvé comme échauffement ?

-Et bien, ça marche, répondit Ash. Je me sens parfaitement bien réveillé et prêt au combat !

-Qui n'est que cet après-midi, ton échauffement était un peu trop prématuré !

-Oh et bien… Je n'ai qu'à voler jusqu'à 14 heures ! »

Drake leva les yeux au ciel en réponse.

« Même pas en rêve, nous devons revoir ensembles ton programme de la semaine et j'ai quelques nouvelles des entreprises basées aux Etats-Unis et en Afrique. Il se pourrait qu'on doive se déplacer, du moins toi, en tout cas. Ça demande une réunion. Viens !

-Oui, maître, répondit servilement Ash en s'inclinant. Quelqu'un veut mon balai ? Vous pourriez vous amuser entre vous ? Remus ? Severus ? Regulus ?

-Je veux bien, dit Remus. Enfin, sauf si un des deux…

-Non merci, répliqua Severus en se levant. J'ai des potions à faire…

-Oh, Snape, pitié ! intervint Sirius, ennuyé. Tu as fait des potions tout l'été ! Quand comptes-tu t'amuser, exactement ?

-Mais je m'amuse, répliqua Severus avec sérieux, provoquant un long soupir affligé du Gryffondor.

-Nous avons une piscine, sinon, intervint Ash, amusé.

-Quoi ? s'outragea Sirius. Et c'est seulement maintenant que tu le dis ?

-Elle est au sous-sol, elle a un faux plafond… Demandé à Tweet de vous la montrer. Si vous n'avez pas de maillot de bain, je peux vous en prêter, j'en ai pour une armée… »

Il jeta un regard las à Drake qui feinta de ne pas en être concerné.

« Bref, amusez-vous, Severus, Sirius a raison. Prenez un peu de repos, ça vous fera du bien ! »

Et sur ses mots, il se laissa entraîner par un Drake persistant.

« Alors, on fait quoi ? Vol ? Piscine ? Demanda James, souriant.

-On a pas assez de balai pour tout le monde, on devrait aller nager, non ? demanda Remus.

-Pourquoi pas, répondit Sirius. Et vous venez, vous deux ! Pas d'excuse de potion, de dodo ou de matage de Drake en vue ! Tout le monde au sous-sol !

-Non, tout le monde à son maillot ! répondit Remus, amusé. James, tu devrais aller en chercher un, non ?

-Nan, j'en ai deux, je vais lui en prêter un, répondit Sirius. Ne dérangeons pas Ash et Drake, ça avait l'air pressant, cette discussion. Snape, Régulus, vous en avez ? »

Les deux Serpentard hochèrent la tête.

« Tu sais que j'en ai, Sirius, répliqua son jeune frère. Severus, si tu veux, je peux t'en prêter un ?

-Non, ça va, j'en ai un aussi. Bon, puisqu'il le faut… »

Il tourna les talons pour aller se changer. Par Merlin, si on lui avait dit un jour qu'il irait nager avec les Maraudeurs…

oOo

…et qu'il s'amuserait en plus ! Severus n'en revenait toujours pas, attablé devant son dîné, les cheveux tirés en arrière et encore humide, d'avoir passé un bon moment. Bon, si on exceptait la tentative (ridicule et inutile) de Sirius et James pour le noyer, il s'était amusé, surtout à regarder les trois Gryffondor – bien que Lupin ait peu participé – sauter dans l'eau tantôt avec élégance, tantôt avec le plus de ridicule possible ! Ils avaient fait la course – et Severus avait été fier de les battre tous sans la moindre difficulté – et jouer à d'autres jeux qui, s'ils étaient stupides dans sa tête, l'avaient bien diverti malgré tout.

Quand Ash et Drake les retrouvèrent pour le repas, ils échangèrent un coup d'œil curieux puis sourirent.

« Piscine, finalement ? constata Drake en passant une main affectueuse sur les cheveux encore mouillé de Regulus.

-Ouais, on avait pas assez de balai, répondit Sirius, motivé. Snape sait rire. J'en reviens toujours pas !

-Très drôle, répliqua le concerné, agacé.

-Oui, vraiment, ça l'est ! poursuivit Sirius. Tu devrais rire plus souvent, ça te va bien ! »

Severus se contenta de le fixer froidement, jusqu'à ce que Black ne lève les yeux au ciel face à son stoïcisme.

« Et vous, votre réunion ? demanda Remus.

-J'aurai préféré nager, répondit Ash avec dégoût.

-Tout s'est bien passé, affirma Drake, amusé. Arrête de te plaindre, vraiment ! Je fais le plus gros du boulot, tu n'as plus qu'à écouter mon résumé, signer des lettres et aller à quelques soirées mondaines…

-C'est justement ça, le problème, dit sombrement Ash. Es-tu obligé de m'en mettre tous les soirs ? J'ai besoin de repos, moi aussi, tu sais ?

-Pauvre malheureux, se moqua Drake. J'y penserai ! Peut-être que si tu me bats, tout à l'heure, je serai plus enclin à te laisser tranquille en soirée…

-Intéressant, répliqua Ash. Surtout quand on sait que je vais t'éclater…

-Des promesses, toujours des promesses, répliqua son ami en se servant d'une salade de pâtes froides. Mange, maintenant, je ne voudrai pas que tu t'évanouisses sous l'effort. »

Ash leva les yeux au ciel mais se servit une assiette copieuse.

« J'irai bien nager, moi aussi, dit-il soudainement, après un quart d'heure à manger.

-N'y pense pas ! répliqua Drake, l'air mécontent. Tu dois d'abord digérer !

-Pitié, dis-moi que tu plaisantes, répliqua Ash, hilare. Es-tu en train de sous-entendre que je pourrai me noyer ?

-Tu ne savais même pas nager il y a cinq ans ! Tu n'iras pas dans cette piscine après avoir mangé ! Et tu ne feras d'ailleurs aucun sport tant que tu n'auras pas laissé ton estomac digéré un minimum, c'est bien clair ?

-Oui papa, répliqua Ash, clairement moqueur. De toute façon, je dois relire quelques sorts, je veux être sûr que je ne vais pas te tuer par excès de zèle… »

Drake se contenta de le jauger avec ennui.

« Comme si tu allais être capable de me frôler d'un seul sort…

-Dit celui qui n'a jamais gagné contre moi, répliqua Ash en se levant. Bon, je vais réviser le temps de digérer. Ah, non, avant ça, James, tu as le cheveu de Lily ?

-Ah, oui ! répliqua le jeune homme en fouillant dans une poche de sa robe de sorcier d'été. Voilà ! »

Il sortit un petit sac transparent où un long cheveu auburn était clairement visible.

« Je vais faire le nécessaire, lui dit l'homme en réceptionnant le petit sac. Severus ? Voulez-vous venir avec moi ? »

Le concerné haussa un sourcil. Venir ? Pourquoi ? Son expression du visage dût refléter son interrogation car Ash haussa simplement les épaules avant de lui faire signe de le suivre.

« Allez, venez, je suis sûr que vous trouverez ça intéressant ! »

Bon gré mal gré, Severus reposa ses couverts – heureusement, il avait fini de manger – et le suivit rapidement hors de la cuisine.

« Vous n'êtes pas obligé de venir, Severus, lui révéla Ash, alors qu'ils traversaient le hall. Je voulais juste m'assurer que cela ira pour vous, avec James et Lily venant ici…

-Ah, dit le plus jeune en le suivant malgré tout. Ça ira. Je vais bien par rapport à ça, maintenant. Je vous l'ai déjà dit !

-Je sais, répondit Ash tout en ouvrant la porte menant au sous-sol. Mais je voulais être certain…

-Et si j'avais dit non ? demanda Severus en le suivant dans les marches étroites et faites de pierre. Qu'auriez-vous fait ? Vous auriez dit à Potter que Lily ne pouvait pas venir ? »

Ash grimaça à la question, l'air gêné.

« Et bien, non, je n'aurai pas pu faire ça, ça aurait été grossier… Mais… j'aurai essayé d'en discuter avec vous, voir si je pouvais vous aider d'une façon ou d'une autre.

-Bon samaritain, se moqua Severus. Je vais bien, ne vous en faites pas. Et vous ? Vous allez mieux ? »

Ash sembla surpris de sa question et il eut l'air interrogateur pendant un instant, jusqu'à ce qu'il se rappelle de la veille.

« Oui, ça va, merci, dit-il. Je ne vais pas aller jusqu'à dire que dorénavant, je n'y penserai plus, mais… je me sens un peu mieux. »

Severus acquiesça à cette remarque et continua de descendre. Ce n'était pas la première fois qu'il allait au sous-sol. Là-bas se trouvait plusieurs énormes pièces qui l'intéressaient, notamment le laboratoire de potion, bien que la porte magique dans sa chambre l'empêchât souvent de prendre ce qu'il appelait « le long chemin ». Mais il était souvent sorti du laboratoire pour découvrir le reste du sous-sol. Ce dernier était presque aussi grand que la maison. Il était fait de trois niveaux : le premier contenait la salle d'entraînement qui s'étendait sous toute la demeure et possédait à elle seule assez d'équipement – et notamment la piscine – que pour satisfaire une armée d'athlète.

Le deuxième niveau contenait le laboratoire de potion, quelques cellules – tous manoirs sorciers se devaient d'avoir ses donjons – mais également deux pièces verrouillées (qui intriguaient fortement Severus). Quant au troisième étage, malheureusement, il était totalement fermé. Curieusement, Severus savait que c'était là qu'Ash allait et il était bien décidé à l'accompagner. Il voulait voir, désespérément, ce que contenait le troisième niveau. Il eut la confirmation de ses soupçons lorsqu'Ash franchit le deuxième pallié sans s'arrêter.

« Est-ce que je peux vraiment vous accompagner jusqu'au bout ? demanda Severus en s'arrêtant derrière Ash qui, une main posée sur la porte, se concentrait.

-Oui, répondit Ash. Tant que vous êtes avec moi, ce sera bon. »

Sans plus parler, il souffla et Severus sentit un courant électrique lui parcourir le corps. La magie d'Ash, bien qu'invisible, venait de se faire brutalement ressentir. Passant la tête par-dessus l'épaule de son bienfaiteur, Severus eut la surprise de constater que le tatouage sur la main du jeune homme brillait d'une lueur presque inquiétante.

« Bordel, est-ce que c'est du sang ? s'horrifia Severus en regardant la marque qu'il avait cru noire mais qui, auréolée de lumière, était devenue rouge.

-Oui, répondit Ash, alors que la porte s'ouvrait lentement sur un long couloir. Le sang de la famille Sadrah. »

Severus n'eut pas le temps de répliquer. Des torches illuminèrent soudainement le couloir devant eux, révélant un espace large et splendide. La longue allée était pavée de marbre noir veiné d'argent. Les murs, en arches, étaient recouvert de fresques antiques magnifiques qui, l'espace d'un instant, fit oublié à Severus l'horreur de la révélation apportée par Ash. Un tatouage de sang. Basée sur de la magie du sang. Efficace pour reconnaître une adoption mais si dangereuse… Un tatouage de sang mal réalisé pouvait pousser à la folie n'importe quel être sur lequel il était apposé. Manifestement, ce n'était pas le cas de Ash, mais Severus ne pouvait pas s'empêcher de frémir d'horreur à l'idée de ce que le jeune homme aurait pu devenir, si la magie n'avait pas fonctionné.

Le bruit des pas d'Ash dans le couloir l'obligea à arrêter de ressasser et il s'empressa de le suivre, ses yeux parcourant les magnifiques peintures représentant tantôt des forêts magnifiques, tantôt des fleuves, des volcans et même des tempêtes. Chaque nature était mobile et démontrait un climat différent. Quand ils passèrent auprès d'une toile représentant une forêt tropicale, Severus entendit le pépiement des oiseaux et sentit la chaleur humide de la contrée. De même lorsqu'ils croisèrent une autre toile représentant le grand nord. Un vent polaire vint le faire frissonner.

« C'est… enfin, ces peintures, elles sont…

-Ce ne sont pas des peintures, renseigna Ash, en le regardant avec un léger sourire.

-Pas des peintures ? demanda Severus. Mais alors… ? »

Ash lui sourit et s'approcha d'une toile représentant un verger, quelque part dans un décor montagnard. Souriant, il tendit la main vers un arbre en hauteur et – Severus hoqueta – traversa la toile, provoquant des ondulations sur toute sa surface, alors que sa main allait attraper une pomme. Il ramena sa main et tendit le fruit à un Severus estomaqué.

« Ce sont des portails, lui dit Ash en lui offrant la pomme. Cinq fruits et légumes par jour, Severus. Mangez-la, elles sont délicieuses. »

Sans s'attarder sur l'air stupéfait du jeune homme, Ash reprit sa marche.

« Comment ? hoqueta Severus en le suivant, fixant la pomme dans sa main et jetant des petits coups d'œil à toutes les toiles autour de lui. Comment est-ce possible ? Merlin, est-ce l'Egypte ? Et là, c'est… Quoi, quelle est cette ville ?

-New-York, répondit Ash. Et pour vous répondre, il me faudrait un an ! Un de mes ancêtres les a créées. Il aimait voyager, mais ne supportait pas les moyens de transports, à l'époque bien plus fastidieux que ceux que nous connaissons. Alors il a ouvert ces arches de transports. Magie Sadrah !

-Merlin tout puissant, dit Severus en approchant son visage d'une contrée désertique. C'est…

-Le Sahara, lui répondit Ash, une lueur de tendresse dans le visage. J'utilise cette arche, de temps en temps, quand j'ai envie de sentir le sable sur ma peau… »

Severus haussa un sourcil et Ash haussa les épaules, amusé.

« Continuons, dit-il. Venez. »

Severus hocha la tête, bien que curieux.

« Mais de l'autre côté, vous avez aussi une arche pour revenir ? demanda-t-il.

-Oui, répondit Ash, amusé. Mais seul un membre de la famille Sadrah peut la voir. Un être humain normal, à moins d'avoir une sensibilité exacerbé, ne distingue rien et ne peut la traversée. Ça aurait été une catastrophe, si n'importe qui pouvait les franchir, même sans les voir, mais Rivoli y avait pensé…

-Rivoli ? demanda Severus.

-Mon ancêtre, répondit Ash. Enfin, l'un d'entre eux. Le créateur de ses arches. On les appelle les arches de Rivoli, dans la famille…

-Si c'est une technique familiale, alors… vous savez en faire, vous aussi ? »

Ash s'arrêta pour le regarder, hésitant. Il soupira en passant une main dans ses cheveux, jouant négligemment avec sa tresse qu'il n'attachait plus depuis quelques temps.

« Je sais la technique, mais je n'en ai jamais réalisé un, admit-il. Un tel portail est extrêmement difficile à réaliser. Il faut beaucoup de concentration, de temps et de puissance. En outre, sa réalisation vide son utilisateur de magie pendant dix jours. Et je ne peux pas me le permettre. Je connais l'incantation par cœur, mais je n'ai jamais essayé. »

Severus hocha la tête en réponse, encore sonné. Dix jours ? Merlin, Rivoli avait du passer des jours très longs et pénibles pour faire ses portails…

« Vous venez ? demanda Ash en continuant d'avancer. Maladivement, ses yeux ne pouvaient pas s'empêcher de se poser sur toutes les arches, fascinés. Toutes ses ouvertures sur le monde, construites avec patience par un amoureux du voyage, permettaient tellement de possibilité. Le potioniste qu'il était ne pouvait pas s'arrêter d'imaginer tout ce qu'il pourrait faire, tous les éléments qu'il pourrait récolter, si seulement il avait la possibilité d'utiliser ses arches.

« Est-ce que vous pouvez emmener quelqu'un avec vous et le ramener ? demanda-t-il en regardant une ouverture menant à un champ remplis de verveine qui le fit presque saliver.

-Oui, tant que la personne touche mon tatouage, elle pourra voyager comme elle le souhaite. C'est d'ailleurs ainsi que Rivoli est décédé… »

Severus haussa un sourcil sceptique.

« Son tueur savait pour les arches, il lui a donc arraché la peau où se trouvait son tatouage…

-Et… ça l'a tué ? »

Ash esquissa un léger sourire lugubre.

« Rivoli était chauve. Son tatouage était sur son crane. Son assassin l'a scalpé avec un peu trop de ferveur et sa boîte crânienne a été ouverte, exposant son cerveau… Enfin, bref. Passons. »

Severus grimaça à l'image évoquée. Ils continuèrent d'avancer pour enfin arriver au fond du couloir qui s'ouvrait sur une immense pièce ronde. Elle n'avait pas la moindre décoration, si ce n'est deux piliers en son centre. L'une d'elle contenait une urne gravée d'une multitude d'écriture étrange que Severus ne reconnut pas. La seconde était une sphère lumineuse, pulsant légèrement et émettant de temps en temps quelques flashs de lumière. Ash s'en approcha sans prêter attention à l'urne, ouvrit le sac de plastique, attrapa le cheveu auburn et l'approcha de la sphère. Aussitôt, le cheveu fut aspiré à l'intérieur et l'étrange objet émit un petit son strident. Un faisceau lumineux en sortit et une image d'une Lily souriante apparut dans l'air. Elle resta là, en suspend dans l'air, puis disparu aussi vite qu'elle était apparue.

« Et voilà, dit Ash en souriant. Lily peut accéder au manoir.

-C'est aussi simple que ça ? demanda Severus.

-Simple ? répliqua Ash en souriant. En quelques secondes, cette sphère vient d'analyser tout ce qui fait Lily : sa magie, ses pensées, ses ambitions, sa personnalité. Et la sphère a décrété qu'elle n'était pas une menace pour nous.

-Si elle avait été une menace, que se serait-il passé ?

-La sphère aurait rendu le cheveu, tout simplement. »

Ash tourna les talons mais s'arrêta bien vite en constatant que Severus regardait l'urne avec intérêt.

« Il s'agit du sang de la famille Sadrah, dit-il, faisant sursauter Severus. Du sang de chacun de ses membres, y compris le mien.

-Un échantillon de chaque membre ? haleta Severus en tournant la tête vers Ash, stupéfait. Pourquoi ?

-Pour l'héritier suivant, répondit Ash. La famille Sadrah peut avoir jusqu'à trois héritier en même temps. Raison pour laquelle Fixe a renoncé à son propre tatouage. L'urne ne doit jamais être vide et si elle ne rendait pas le tatouage de sang qu'elle avait sur la joue, elle l'aurait été… »

Severus figea quelques secondes, stupéfait. Vide ? Mais alors…

« Mais alors, vous avez…Vous n'êtes pas… Enfin…

-Non, je ne suis pas le seul Sadrah dans le monde, répliqua Ash, amusé. J'ai deux… comment dire ? Grands-parents ? Bien que je ne les ai jamais rencontrés. Fixe les a averti de sa décision de m'adopter et ils ont donné leur accord. Sans plus. D'après elle, moins je les vois, mieux je me porte…

-Qui sont-ils ? demanda Severus, fascinés. Je ne savais pas qu'il y avait d'autres Sadrah encore en vie. Enfin, à part Fixe, je veux dire. Je croyais que vous étiez le seul.

-Non, je suis simplement le plus jeune, répliqua Ash. Et le plus célibataire. Ce qui fait de moi une célébrité pour ce monde. Les deux derniers sont Artaban Sadrah, 96 ans. Veuf et bien décidé à le rester. Il est quelque part en Asie et refuse d'en partir, quoiqu'il arrive ! Il a donné à la mère de Fixe les rênes de la famille Sadrah et n'a aucune envie de les reprendre, selon lui. La seconde Sadrah n'est autre que la mère de Fixe, justement. Sally Sadrah. Elle vit aux États-Unis, en Arizona. C'est une originale, d'après Fixe, mais… elle veut être seule. Elle en veut beaucoup à Fixe pour… pour quelque chose qu'elle a fait alors elle ne lui parle plus. Elle est âgée de soixante-trois ans. Son compagnon, Grégoire, est un homme très important, bien que je ne sache pas pourquoi. Sally a encore une main mise sur cinquante pour cent des affaires Sadrah… Le reste est entre mes mains. Je devrais la rencontrer, pour le nouvel an, afin que nous établissions un bilan des affaires de la famille. Mais je ne suis pas pressé de le faire. Elle voue à Fixe une rancœur sans borne et… d'après ma mère, je devrais sans doute en bénéficier. »

Il grimaça alors qu'ils commençaient déjà à remonter les marches menant à l'étage, Severus enregistrant les informations délivrées. Ash Sadrah n'était pas le seul membre de sa famille adoptive. Il avait une sorte d'arrière grand-père original et ermite ainsi qu'une grand-mère amère et rancunière. C'était plus que fascinant.

Ils remontèrent les marches en silence, Severus continuant de penser à ce qu'il avait vu et appris pendant cette descente au sous-sol. Quand ils immergèrent, ils eurent la surprise de constater que quelques membres de l'ordre étaient arrivés et discutaient joyeusement avec Drake. L'un d'eux se tourna vers eux et, l'espace d'un instant, Severus fut ravi qu'aucun sort de mort ne puisse être lancé par le regard. Fabian Prewett les avait regardés tour à tour à leur arrivée pour ensuite fusiller Severus du regard, une jalousie flagrante sur le visage. Mal à l'aise, Severus salua tout le monde et s'empressa d'aller se réfugier sans la bibliothèque, bien qu'incertain quant au lieu où aller. Il fut soulager de voir les adolescents affalés sur des canapés et goûta à l'ironie : c'était bien la première fois qu'il était heureux d'aller retrouver les maraudeurs !

oOo

Severus s'était attendu à beaucoup plus de monde, à l'occasion de l'affrontement entre Ash et Drake, mais excepté les adolescents vivants sur place, Lily, Fabian Prewett et son frère, Eugène Potter et Dumbledore, personne ne s'était déplacé. Sceptique face à l'indifférence du « camp de la lumière » Severus s'installa dans un des fauteuils mis sous boucliers de protection qui avaient été installés pour l'occasion. Il avait fait en sorte d'être devant, juste à côté d'un Regulus à l'air somnolant. Il leva les yeux au ciel lorsque Sirius pris place à ses côtés. Pour une raison qu'il ne parvenait pas à comprendre, le Gryffondor ne le lâchait pas depuis le matin. Il l'observait avec un entêtement presque malsain.

Ignorant le sourire sardonique de son voisin, Severus porta son attention sur les deux hommes au centre du terrain. Ils étaient tous les deux habillés de noir, muni de tunique sans manche et de pantalon noir. Une ceinture à la taille, des protèges poignets, des chaussures souples et légères, ils avaient attaché leur cheveux en queue haute pour Drake et en trois tresses (deux petites et une très longue) pour Ash. Ils écoutaient Fixe qui leur donnait quelques consignes et règles de duel. Du peu que Severus entendit, ils avaient le droit d'utiliser n'importe quelle arme présente dans la salle – et il y en avait tout un tas, accroché au mur – tous les sorts qu'ils connaissaient, tant qu'ils ne se tuaient pas. Une blessure grave mettrait fin au duel. Elle recommanda à Ash d'utiliser un maximum de sorts appris dans le dernier mois écoulé, ce que le jeune homme approuva d'un mouvement sec de la tête.

Finalement, après ce qui sembla durer des heures pour Severus, la femme s'éloigna et vint se réfugier sous le bouclier, un silence pesant s'installant dans la pièce. Fixe leva le bras, jaugeant les deux adversaires placés à quatre mètres de distance. Puis, brutalement, elle baissa le bras en poussant un cri d'alerte. Tout se passa alors très vite. Cinq sorts au moins fusèrent de chaque adversaire alors qu'ils s'élançaient l'un vers l'autre. Ils couraient avec une célérité qui laissa Severus pantelant. Il savait qu'Ash ne donnait pas le quart de ce qu'il savait faire contre lui. Mais le voir était une autre histoire.

Son corps se déplaçait à une vitesse hallucinante, esquivant les sorts de Drake et en lançant d'autre de sa main agile. Il réalisait les mouvements nécessaires aux sorts sans la moindre difficulté ni hésitation et aucune formule n'était prononcée à voix haute. Très vite, les deux hommes se rejoignirent pour commencer à s'attaquer physiquement, à coup de poing ou de jambe, le tout en continuant de lancer des sortilèges qu'ils ne lançaient parfois qu'une fois leur bague si proche de leur adversaire que le rayon de magie ne pouvait que faire effet, le rayon de magie courant presque sur la peau percutée et crépitant à sa surface.

Péniblement, Severus parvint à reconnaître quelques sorts mais à aucun moment il n'eut l'impression qu'un des deux psychologues n'en était affecté. Aucune hésitation des deux athlètes devant lui, aucune marque de douleur, juste une motivation profonde pour gagner. Après plusieurs passes brutales et rapprochées, Ash et Drake s'éloignèrent, rejetés presque par deux sorts qui se percutèrent et les firent reculer d'un mètre. Si Severus crut qu'ils allaient se rejeter l'un sur l'autre, ce ne fut pas le cas. Le combat rapproché était risqué, pour l'un comme pour l'autre. A la place, ils préférèrent prendre de la distance, non sans recommencer à se lancer plusieurs sortilèges. Certains étaient familiers à Severus, il avait déjà vu Ash les employer contre lui mais jamais avec autant de force et de vigueur.

Avec un peu d'amertume, Severus se prenait en pleine tête le manque d'efforts qu'Ash réalisait dans un duel contre lui. Rien à voir avec la démonstration qu'il avait sous les yeux. S'il ne les avait su profondément attaché l'un à l'autre, il aurait cru que les deux meilleurs amis essayaient réellement de se tuer. La violence des sortilèges effectués était suffisamment préoccupante que pour souhaiter qu'aucun des deux ennemis ne se touchent. Malheureusement, ça devait bien finir par arriver. Un rayon de lumière violette percuta le bras d'Ash et une gerbe de sang éclaboussa le sol alors que Severus hoquetait d'horreur. Il se retint de bondir et jeta un regard à Fixe, mais cette dernière restait immobile et confiante. Du reste, Ash n'arrêta pas de lancer des sorts.

Sa main blessée descendit sur sa cuisse, jusqu'à une poche dans son pantalon. Il y fourragea et en sortit un petit papier qu'il déroula avec sa bouche, passant ensuite son pouce ensanglantée dessus. Presque aussitôt, il lança le parchemin au sol et un majestueux lion d'or en sortit, rugissant avec malveillance en regardant Drake. Ce dernier jura et s'empressa de mettre sa main dans son pantalon, tout en courant au plus vite, le lion le pourchassant, insensible aux sorts qu'il recevait. Drake était plus lent qu'Ash et ce dernier profita du temps gagné : ses lèvres bougeaient vite alors que sa main passait sur l'entaille sur son bras. Elle se referma de moitié et le sang cessa de couler. Puis, comme s'il n'avait pas été blessé, Ash reprit son duel. A la fois poursuivit par le lion et harcelé de sort, Drake avait beaucoup à faire. Heureusement, il trouva ce qu'il cherchait dans sa poche : une fiole. Il la jeta sur le sol et le lion glissa dedans. Aussitôt, une énorme bulle se forma autour du félin qui se retrouva à flotter dans l'air, incapable de s'en défaire. Les deux hommes reprirent alors leur duel, comme si de rien était.

« Fascinant ! chuchota Sirius, à côté de Severus. Tu imaginais une telle chose, toi ?

-Non », répondit simplement Severus, les yeux fixés sur le terrain.

Il était incapable de parler plus. Trop obnubilé par ce qu'il pouvait voir, trop impressionné, presque hypnotisé. Il haleta encore quand ce fut au tour de Drake d'être blessé mais ce dernier n'en parut même pas inquiété. Il continua de malmener Ash, lançant sort sur sort, le harcelant tout en courant sur le combat. Il réfléchissait. Severus pouvait distinguer les rouages de son cerveau, tournant à cent à l'heure pour trouver n'importe quelle combine capable de vaincre Ash. Finalement, il s'orienta vers des sorts d'entrave, d'abord en changeant le sol en sable mouvant. Ash dérapa dans la boue mais ne se déstabilisa pas. A la place, il s'éleva littéralement du sol, une fumée argentée sous ses semelles. Fixe émit un son approbateur alors que Drake jurait. Il n'hésita pas une seconde et invoqua une volée de couteau. Ash leva le sort sur ses pieds et retomba sur un sol stable. Il se remit à courir et envoya sur Drake plusieurs longs jets de feu dont un le frôla suffisamment que pour enflammer son haut.

A côté de Severus, Regulus cria d'horreur et se leva d'un bond. Il fut immobilisé par une Fixe confiante.

« Ne bouge pas, gamin, tu vas les déranger.

-Mais Drake est blessé ! s'exclama Regulus, horrifié.

-Crois-moi, à côté de ce qu'il a subi pendant l'entraînement du Sahara, sa blessure, c'est une bagatelle ! Ash, je te rappelle que tu es censé utiliser les sorts Sadrah nouvellement acquis et tu n'en as utilisé que deux ! Active-toi ! »

Le jeune homme se contenta de répondre par un grognement. Drake ne s'était pas laissé distraire par son haut brûlant : il l'avait simplement arraché, laissant apparaître son torse musclé. Severus écarquilla les yeux en voyant l'énorme bouclier tatoué sur son cœur, aux armoiries Malfoy. La chaîne de la montre lui était directement reliée et, à la grande stupeur de Severus, bougeait lentement. Aussitôt, il fixa son regard sur le visage d'Ash et remarque les mouvements de sa propre chaîne.

« Merlin, mais qu'est-ce que… », marmonna-t-il.

Dans tous les combats qu'il avait menés contre Ash, il n'avait jamais remarqué les mouvements de la chaîne. Et pourtant, cette dernière était secouée par les brusques déplacements de son porteur, comme l'aurait été une vraie. Sauf qu'elle ne l'était pas. Ce n'était qu'un tatouage. Magique, certes, mais de là à suivre les mouvements logiques d'un objet réel…

« Magie Sadrah », avait un jour dit Ash en désignant sa montre. Qu'avait-il voulu dire par là ? Qu'étaient leurs tatouages, exactement ? Sa question fut brutalement écartée lorsqu'un fouet de lumière rouge sortit de la main d'Ash et alla s'enrouler autour de la jambe de Drake. Ce dernier poussa un cri de stupeur et tenta de s'en défaire, mais il fut trainé sans douceur sur le sol. Grondant de colère, l'homme à terre tendit la main et une épée se détacha du plafond pour aller directement dans sa main. La longue allonge du fouet fut tranchée net et Drake se releva avec souplesse pour ensuite lancer d'autres sorts, notamment un qui givra tout le sol. Ash glissa légèrement, déstabilisé et il encaissa quelques mauvais coups dont un qui lui entailla la poitrine. Mais encore une fois, il ne sembla même pas en être dérangé. A la place, il riposta avec une volée de couteau que Drake esquiva avec sa propre épée. Un statu quo se posa alors, aucun des combattants ne bougeant pendant presque une minute. Tous deux se jaugeaient, analysaient, tiraient les conclusions. Severus était presque aussi haletant qu'eux. Jamais de sa vie il n'avait imaginé assisté à une telle démonstration. C'était époustouflant et transcendant. Fasciné, il retint son souffle, attendant le prochain mouvement.

Il vint de Drake et fut violent. Profitant de l'accalmie, le jeune homme avait envouté son épée qu'il lança brutalement. L'arme resta parfaitement stable dans les airs et elle fondit sur Ash qui se déporta sur la droite pour l'esquiver. Malheureusement, l'épée décrivit un arc de cercle et se précipita sur lui à nouveau. Jurant, Ash se mit à se déplacer et ce fut son tour d'amener une des décorations murales à lui. Il avait opté pour un épais bouclier de bois. L'épée vint s'y ficher brutalement et, au grand soulagement de l'attaqué, y resta, coincée. Drake avait encore mis ces quelques secondes à profit et se fut sans hésiter qu'il effectua plusieurs mouvements des mains avant de les poser sur le sol. Severus écarquilla les yeux en reconnaissant les signes propres à une métamorphose du sol. Toutefois, les signes étaient légèrement différents, du au fait qu'Ash et Drake portaient une bague et non une baguette.

Il n'eut pas plus de temps d'analyser les mouvements : le sol s'était soulevé jusqu'à créer plusieurs êtres qui se jetèrent vers Ash. Ce dernier siffla d'agacement mais ne s'en laissa pas compter. A la place, il sembla changer. Severus mis quelques secondes à comprendre ce qu'il se passait : Ash se servait de sa forme animagus, au stade le moins changeant, pour amplifier son esquive et sa vitesse. Son visage s'était légèrement écrasé alors qu'une légère fourrure recouvrait ses bras et ses joues. Dans la bulle de protection, Fixe s'écria :

« Non, Ash, pas de techniques anciennes, emplois les nouvelles ! Ta forme animagus n'est pas autorisée ! »

Le psychologue jura mais repris sa forme humaine. Il bondit – prodigieusement haut – pour éviter un des mannequins de bois qui tentait de le frapper et atterrit souplement sur son crâne. Pendant une seconde, tout sembla se figer puis il y eut un bruit sinistre et la métamorphose explosa en copeau de bois. Ash avait déjà bondit avant que la chose ne se produise pour atterrir sur une autre des créations de Drake qui subit le même sort, et ainsi de suite. Malheureusement, Drake continuait de créer des mannequins, increvable et, agacé, Ash exécuta plusieurs mouvements de la main, balayant toutes les métamorphoses qui explosèrent et faisant rouler Drake sur le sol. Ce dernier voulut se relever mais Ash avait manifestement envie de terminer le combat. Il tapa dans ses mains et le sol sur lequel Drake était couché sembla se tordre sous lui. Soudain, deux immenses mains sortirent du sol et attrapèrent le jeune homme, le maintenant férocement au sol. Drake poussa un grondement rageur, gigotant sur place avec agacement.

« Merde ! jura-t-il, comprenant qu'il était coincé.

-Ne sois pas si vulgaire, répliqua Ash, amusé. J'ai gagné !

-Va te faire foutre ! »

Ash éclata de rire face à l'énervement de son ami. Près d'eux, Fixe esquissa un sourire et laissa redescendre le bouclier de protection.

« Admirable, dit-elle. Bien que… vous avez encore été gentils, tous les deux. A cause des spectateurs ?

-Regulus a déjà failli mourir quand j'ai mis le feu à Drake, je ne pouvais pas dignement faire pire ! répliqua Ash en lançant un clin d'œil au garçon rougissant.

-Trop aimable, répliqua Drake, toujours coincé au sol. Tu aurais la gentillesse de me libérer ?

-Prends-moi pour un con ! Tant que tu n'auras pas dit : 'J'ai perdu', je te laisse là. La dernière fois que je t'ai libéré avant que tu ne le dises, tu as essayé de me poignarder dans le dos !

-Je n'ai pas essayé de te poignardé, j'ai juste balancé un couteau dans ta direction…

-Oh oui, c'est totalement différent !

-Il suffit, chatons ! intervint Fixe, faisant aussitôt taire les deux garçons. Ash, libère-le. Drake, interdit d'essayer de te venger, tu as perdu, sache l'admettre. »

Aussitôt dit, aussitôt fait : les mains disparurent, laissant Drake se redresser. Il grimaça en regardant sa peau brûlée et entaillée mais ne fit aucun commentaire.

« Il a utilisé une invocation ! finit-il par faire remarquer.

-Je ne le lui avais pas interdit, répliqua Fixe. Une invocation peut être un gain de temps précieux dans un combat. Il l'a employé à bon escient. Ne sois pas rancunier, Drake.

-Lui, jamais ! ironisa Ash alors que Fixe commençait à les soigner.

-Ash, prévint la femme plus âgée, amusée malgré sa réprimande.

-C'était extraordinaire ! intervint Sirius qui s'était levé pour s'approcher. Bordel, je n'ai jamais vu de choses pareilles, vous êtes vraiment doués, tous les deux ! »

A son tour, James bondit de sa chaise et courut à la suite de son meilleur ami pour aller s'extasier auprès d'Ash. Regulus avait depuis longtemps rejoint Drake et regardait son torse avec autant d'inquiétude que d'envie. Severus leva les yeux au ciel et il eut une légère nausée en voyant Remus et Fabian fixer Ash avec autant d'envie l'un que l'autre.

« Aberrant, marmonna-t-il en se levant pour quitter la salle.

-Tu n'as pas trouvé ça bien ? »

Severus se gela de la tête aux pieds pour ensuite tourner la tête vers Lily qui venait de lui parler. Il resta un instant déstabilisé : jamais il n'avait imaginé qu'elle viendrait lui parler ! Il resta figé si longtemps que la jeune fille finit par lever les yeux au ciel.

« Bon, très bien, désolée de t'avoir parlé ! »

Elle fit un mouvement pour partir et à la dernière seconde, Severus se réveilla.

« Non, attends ! dit-il d'une voix qui lui parut enfantine. Euh… désolé, je n'imaginais pas… que tu viendrais me parler. »

Lily tourna la tête vers lui. Elle resta pensive puis alla s'asseoir sur la chaise que Sirius avait occupée. Choqué, Severus s'installa à son tour, incapable de desserrer la mâchoire. Il se remit à fixer Ash discutant avec différentes personnes et Drake, un bras autour des épaules de Regulus, occupé à se moquer de lui.

« Ça fait longtemps qu'on ne s'est plus parlé, n'est-ce pas ? murmura la jeune fille, manifestement aussi mal à l'aise que lui.

-Assez, oui, répondit Severus avec hésitation. Euh… Tu vas bien ?

-Oui, ça va et toi ?

-Je vais bien. »

Ils se turent à nouveau. Le silence régna un long moment jusqu'à ce que, agacé, Severus se résigna à parler.

« Je… je suis désolé pour ce que je t'ai dit, en cinquième année.

-Je sais, répondit Lily. J'ai entendu toutes les excuses que tu m'as faites cette année là. Simplement, je suppose… que c'était un peu trop douloureux, sur le coup. »

Severus hocha simplement de la tête, incapable de dire autre chose.

« J'ai été rancunière… mais ces mots, venant de toi… C'était vraiment trop. »

Severus pinça les lèvres en réponse. Deux mots, trop pour elle ? Et pour lui, alors ? Deux ans de solitude, six ans de brimades et de mauvais sorts ? Est-ce que ça ne comptait pas ? Est-ce que ça ne le justifiait pas ? Severus serra les poings et se retint de parler. Il doutait fort que Lily était capable de voir les choses de ce point de vue.

« Je vois, dit-il, la voix rauque.

-Mais… et bien, j'ai l'impression qu'on va se voir souvent, maintenant. Et… enfin, il serait peut-être temps d'enterrer la hache de guerre, non ? »

Severus hocha sèchement la tête. Quelle hache ? Il n'en avait jamais brandie aucune, lui ! Il avait passé son temps à la poursuivre de ses excuses et elle les lui avait jeté à la figure sans jamais chercher à le comprendre. Et lui, lui devait se montrer compréhensif face à sa douleur d'être traité de sang-de-bourbe par un ami ? Quand est-ce qu'on allait essayer de le comprendre lui ?

« Je… je dois y aller, dit-il en se levant brutalement.

-Oh… d'accord. J'espère que ça ira mieux entre nous ?

-Oui, bien sûr », répondit-il tout en tournant les talons.

Il quitta la salle d'entraînement sans un regard en arrière, un goût amer dans la bouche.

oOo

Il resta enfermé dans sa chambre le reste de l'après-midi et ne descendit pas pour le souper, de crainte que Lily ne soit encore là. Il n'était pas sûr de garder son calme, pas avant d'avoir digéré l'égoïsme de la jeune fille. Il finit par quitter sa chambre en début de soirée, affamé. Prudemment, il rejoignit le hall et ne perçut aucun bruit. Les invités avaient du repartir. Bon ! Il allait pouvoir aller chaparder dans la cuisine en toute sécurité !

Un son l'arrêta alors qu'il allait entrer dans la pièce qui l'intéressait. Tournant la tête, Severus regarda vers le salon avec intérêt. Il hésita quelques instants avant de pénétrer dans le salon ténébreux. Il avait clairement entendu un verre se briser et se demandait qui pouvait bien être dans la pièce plongée dans le noir. Sortant sa baguette, il marmonna un vague lumos, allumant les nombreux candélabres de la pièce ainsi que le lustre principal. Un gémissement douloureux se fit entendre et Severus s'approcha du canapé où il découvrit Sirius Black, l'air bougon.

« Bordel Snape ! Essaies-tu de me rendre aveugle ?

-Non, pas particulièrement, répondit Severus, laconique. Que fais-tu ici d'ailleurs ? Seul dans le noir ? Tu n'es pas avec tes amis ?

-Désolé, maman, j'ai pas de compte à te rendre ! », ironisa le Gryffondor, l'air agacé.

Severus leva les yeux au ciel et prit la liberté d'aller s'asseoir à l'autre bout du canapé. Il prit le temps de détailler son interlocuteur et fut surpris de le voir, les joues légèrement rosées et les yeux dans le vague. Humant l'air, il grimaça et eut un mouvement de recul de la tête.

« Tu as bu ! constata-t-il, atterré. Black, tu as bu !

-Je sais, répondit le jeune homme, moqueur. Merci, j'étais là !

-Il n'est que vingt heures et tu es saoul ! Tu peux me dire ce qu'il te prend ?

-Je me sens seul ! déclara le jeune homme en s'approchant de lui, provoquant le soudain recul du Serpentard, finalement acculé par l'accoudoir.

-Tu m'en vois navré, Black, mais ce n'est pas une raison pour boire !

-Je me suis pris un râteau !

-Encore une fois, ce n'est pas une raison ! répéta Severus, horrifié lorsque Sirius passa un bras autour de ses épaules.

-Si, ça fait mal !

-Pauvre petit, plaisanta Severus en essayant d'enlever son bras.

-Console-moi !

-Black, n'y penses même pas ! As-tu perdu la tête ?

-Tu es amoureux d'Ash Sadrah ? »

Severus écarquilla les yeux, stupéfait par le soudain changement de conversation.

« Pardon ? hoqueta-t-il.

-Tu l'as dévoré des yeux, toute la journée…

-Je ne le faisais pas ! contra Severus.

-Oh, si ! Tes yeux brillaient passionnément, même. Je ne savais pas que tu pouvais avoir ce regard là. Il te va bien… »

Severus tenta vainement de se défaire de la prise de Sirius qui sembla justement se durcir. Le jeune homme leva une main et la passa sur son visage, l'embarrassant clairement.

« Je dirai même que ça te donne un air…mignon !

-Black, tu es saoul, tu sens mauvais et je ne goûte définitivement pas à ton sens de l'humour !

-Tu m'en vois navré, parodia le jeune homme, toujours collé à lui. Alors ? Tu l'aimes ?

-Je l'apprécie énormément et j'étais réellement impressionné par sa démonstration de combat, s'impatienta Severus. N'imagine pas quelque chose qui n'existe pas !

-Pourquoi ? Ash est séduisant, non ? demanda Sirius, avachi contre lui.

-Il l'est, ça ne veut pas dire que je dois tomber sous son charme ! Je préfère les filles !

-Vraiment ?

-Vraiment !

-Ah, oui, tu as mentionné une fille qui t'avait rejeté. Tu sais donc combien je souffre…

-Black, se faire rejeter par une fille qu'on aime et par une fille qu'on veut baiser n'est pas la même chose !

-Qu'est-ce qui te dit que je ne l'aimais pas, la fille qui m'a rejeté ?

-Tu aurais montré des symptômes de chagrin bien avant aujourd'hui ! Et je devine que tu es allé au Chaudron Baveur toute l'après-midi avec Potter, comme d'habitude ! Tu n'avais pas de rendez-vous galant, alors n'essaye pas de me faire avaler n'importe quoi !

-Tu es bien informé, dis-moi, tu me surveilles ? »

Severus leva les yeux au ciel. Black bourré était encore pire qu'un Black saint d'esprit. Pour peu qu'il le soit, d'ailleurs…

« Je n'ai rien d'autre à faire que de te surveiller, c'est sûr !

-C'est de moi, alors, que tu es amoureux ? demanda Sirius.

-Black, par Merlin, as-tu un cerveau ? Je. Préfère. Les. Filles !

-Qu'est-ce t'en sais ? T'as jamais essayé !

-Qu'est-ce que toi, tu en sais ?

-De quoi ? Oh, je parlais pas des filles, allons, Severus.

-Severus ? s'étrangla le concerné.

-On peut s'appeler par nos prénoms, tu ne crois pas ? Je parlais des garçons !

-J'avais compris à ta première phrase ! Pourrais-tu t'écarter ?

-Je te fais de l'effet ?

-Tu me donnes la nausée !

-Tu me brises le cœur !

-Il t'en faut peu !

-Il était déjà cassé avant !

-Un peu plus un peu moins…

-Tu es cruel, Severus ! »

Le concerné leva encore les yeux au ciel. Que Merlin le sauve.

« T'as déjà essayé avec un garçon ?

-Black, ne me force pas à te le dire une troisième fois !

-Moi, oui, poursuivit Sirius, indifférent à sa menace.

-Vas-tu me lais… Attend, quoi ?

-Ah, ça t'intéresse, hein ? demanda Sirius, un large sourire aux lèvres.

-Avec qui ? confirma Severus, stupéfait d'apprendre que le grand tombeur de Gryffondor avait couché avec un garçon. Lupin ?

-Non, pas Remus ! s'indigna Sirius. Il est aussi innocent que l'agneau qui vient de naître… ou le louveteau ? Qu'importe. C'était Londubat !

-Londubat ! s'étrangla Severus. Mais… Il est fiancé, non ?

-Oui, oui, avec Alice ! s'exclama Sirius. Mais il ne l'était pas, à l'époque !

-Londubat est gay ?

-Mais non, il voulait juste essayé !

-Mais vous aviez quel âge ?

-Bah, 15 ans ! Il s'est mis avec Alice un mois après… Alors, tu veux essayer ?

-Black, ne pense même pas me proposer d'avoir une relation avec toi !

-Pourquoi pas ? Je suis beau ! Et je sais y faire, tu peux me croire ! Je serai gentil !

-Tu dois dessaouler ! Et me lâcher, avant que je ne t'humilie pour le reste de ta vie !

-Tu l'as déjà fait. En troisième année, quand tu as changé mes robes en déshabillé féminin... »

Severus marmonna quelque chose et se débattit d'avantage. Amusé, Sirius se plia au jeu et, à son grand malheur, il ne sut trop comment, il se retrouva étendu sur le canapé, un Sirius Black trônant au-dessus de lui.

« Descends de là !

-Je suis bien, pourtant !

-Pas moi ! Black, non d'un chien, tu tireras une autre tête quand tu seras sobre ! Arrête tes jeux idiots et… »

Severus fut coupé par une paire de lèvres sur les siennes et il écarquilla les yeux, la respiration coupée. Par les couilles de Merlin ! Sirius Black était en train de l'embrasser ! Horrifié, il l'écarta violemment.

« BLACK ! J'ai dit non, tu es sourd !

-Tu dois essayer, Severus. Juste une fois ! s'exclama Black en se penchant sur lui, ses mains bloquant ses poignets.

-Même si j'étais tenté par une telle expérience, sache que tu ne serais vraiment pas le candidat que je choisirai !

-Et bien moi, je te choisis ! Tu peux être vraiment beau quand tu souris !

-Black !

-Je t'assure ! Allez, juste une fois. Je serai sage après !

-Arrête ça immédiatement, pervers !

-Ce sera un bon souvenir pour nous !

-Le pire cauchemar de ma vie ! cria Severus, alarmé par le fait que Sirius se penchait à nouveau. Black, non, ne recomm… »

A nouveau, il se fit taire d'un baiser et se maudit intérieurement d'avoir rangé sa baguette magique dans sa poche après avoir lancé son lumos. Un halètement à l'entrée de la pièce attira son attention et il rougit furieusement en voyant Ash Sadrah, les yeux exorbités par la stupeur.

Presque désespérément, Severus se débattit et se libéra de Sirius.

« Ash, au secours ! Il est saoul et ne veut rien entendre ! »

Semblant reprendre pied ave la réalité, son protecteur s'avança vivement, attrapa Sirius par son avant bras et le tira violemment, l'éjectant du canapé. Le jeune homme poussa un cri en atterrissant sur le carrelage. Sans attendre, Ash leva la main et Severus fut tenté de l'arrêter. Le jeune homme avait une expression terrifiante sur le visage. Il n'eut cependant pas le temps de bouger qu'un rayon bleu atteignit Sirius à la tête, le jeune homme semblant se figer, l'air hébété.

« Qu'est-ce que vous…, commença Severus, soucieux de l'expression incendiaire d'Ash.

-As-tu retrouvé tes esprits, Sirius ? coupa Ash, bras croisés. Tu es sobre, maintenant. »

Sirius tourna vers eux un regard mortifié. Il avisa Ash, sévère dans son attitude et le jeune Serpentard qu'il venait juste de… molester dans le canapé ! Son visage s'embrasa et il le cacha dans ses mains, horrifié.

« Merlin, Snape, promets-moi de ne pas en parler !

-Severus fera ce qu'il voudra, jeune homme, répliqua Ash à sa place. Moi, par contre, je te punis et cela, toute la semaine !

-Pardon ! s'exclama Sirius. Mais c'était juste un baiser !

-Je ne fais pas mention de cela, s'énerva le maître des lieux, mais de ton état d'ébriété ! Qu'est-ce qui t'es passé par la tête pour te saouler ? Crois-tu que cela soit le comportement d'un jeune homme responsable ? »

Sirius écarquilla les yeux et détourna la tête, mortifié.

« Désolé, marmonna-t-il.

-Tu peux l'être, en effet, coupa Ash, furieux. Tu es consigné. Et n'essaye même pas de sortir de ta chambre pour la journée. Pas de visite ni de sortie pour toi pendant une semaine !

-Mais tu te prends pour qui, mon père ? s'énerva Sirius en se relevant.

-Certainement pas, répliqua Ash. Si j'étais ton père, je ne me contenterai pas d'une semaine de réclusion, je te ferai astiquer tout le sous-sol de cette maison. Tu as eu un comportement plus qu'inapproprié envers Severus et je ne tolère pas qu'un adolescent de tout juste 17 ans se réfugie dans l'alcool, quelle que soit la raison de ton acte ! Tu vas maintenant monter dans ta chambre et réfléchir sérieusement avant d'ouvrir à nouveau la bouche en ma présence ! Maintenant ! »

La colère d'Ash fut suffisante pour Sirius qui décampa d'un pas rageur mais sans relever. Le silence s'installa dans la pièce et Severus n'osa pas parler, craintif face au regard du sorcier. Ce dernier se tourna ensuite vers lui et, avisant son expression soucieuse, se calma instantanément.

« Je suis désolé de vous effrayer, Severus, dit-il poliment.

-Vous ne m'effrayez pas, s'exclama le jeune homme. Je suis juste… étonné. Ce n'était vraiment qu'un… enfin, deux baisers !

-Deux, marmonna Ash, l'air outré. Bref, ce n'est pas ça qui me contrarie, Severus. Ce qui m'a énervé est l'insouciance de Sirius plus que son comportement, pourtant inexcusable, envers vous.

-Son insouciance ? demanda Severus, étonné. Pourquoi ?

-Il s'est enivré, pour je ne sais quelle raison stupide, en pleine journée alors qu'il est bien trop jeune que pour le faire ! Et il ose venir ici et vous incommoder, vous ! avec ses sornettes et son comportement de pochtron. Je ne le tolère pas ! Il devrait vous montrer plus de respect. Il devrait en montrer à quiconque a eu droit à cela, d'ailleurs !

-Je ne crois pas que quelqu'un d'autre l'ait vu ainsi, souligna Severus.

-Oh si, au Chaudron Baveur, on l'y a vu ! J'y suis passé aujourd'hui et certains clients s'éclaffaient au sujet d'un beau jeune homme brun mort saoul. Je n'avais pas fait le rapprochement jusqu'à ce que j'arrive ici et que vous m'indiquiez son état…

-Oui, mais… enfin, on est jeune, on peut tous faire des bêtises… non ? »

Severus ne comprenait pas et il s'inquiéta de voir Ash soupirer.

« Bien entendu, Severus. Mais que se serait-il passé si des mangemorts l'avaient attaqué dans son état ? »

Le jeune homme ne répondit pas, imaginant la scène pendant un instant. Il blêmit et regarda Ash, l'air soucieux.

« Je vois, dit-il.

-Je n'ai rien contre l'amusement, ni contre l'alcool, ou quoi que ce soit d'autres. Si ça se fait ici et que personne ne sort, je veux même bien vous offrir à tous une tonne d'alcool et vous laisser boire sans problème. Mais Sirius l'a fait à l'extérieur, sans se soucier d'une attaque ou de l'image qu'il véhiculerait de lui. Il a été renié par sa famille et va de fait avoir bien du mal à ouvrir certaines portes du ministère. Son comportement n'est pas tolérable, quelle que soit la raison de son état. Sirius a du mal à comprendre que le temps de l'adolescence est terminé. J'ai réussi à lui faire accepter que ses blagues étaient puériles mais il n'a pas encore grandit. Hors, il le doit et vite. L'école est terminée, maintenant. Ses frasques ne lui seront plus pardonnées sous prétexte qu'il est un enfant car il n'en est plus un. Il est un homme et doit apprendre à se comporter comme tel. En outre, vu votre cris lorsque vous avez réussi à vous libérer, vous étiez tout sauf consentant. Et je suis certain que vous le lui avez exprimé bien avant mon arrivée, vu la façon dont il vous maintenait. Il doit également apprendre ce que non veut dire. »

Ash se leva sombrement du canapé et se dirigea vers la sortie mais Severus le rappela.

« Attendez, Ash ! dit-il, surpris lui-même de le rappeler. N'allez pas lui parler maintenant, vous êtes en colère et lui aussi, rien de bon ne sortira de la conversation. Restez un peu ici ! »

Le jeune homme hésita manifestement mais finit par hocher la tête et par faire demi-tour. Il retourna s'asseoir près du garçon qui afficha aussitôt un sourire.

« Ce n'était pas si grave, vous savez, dit-il, tentant de le dérider. En fait, je trouve ça presque drôle. Sirius Black, mort saoul, qui tente de… d'avoir une relation avec moi ! Je n'aurai jamais imaginé ça ! »

Il se mit à rire malgré lui à l'image invoqué.

« Je suis certain qu'il est mortifié à l'heure actuelle !

-J'en suis certain aussi », répondit Ash, encore crispé.

Severus fut surpris du ton froid employé. Manifestement, l'homme devant lui n'arrivait pas à décolérer.

« Ash ? dit-il. Rome ne s'est pas faite en un jour. Vous ne ferez pas grandir Sirius Black dans ce temps non plus. Calmez-vous, soufflez. Tout va bien…

-Comment pouvez-vous être si compréhensif après son comportement envers vous ? Je ne trouve en cela rien de drôle. Il vous a manqué de respect, il… »

Ash se leva à nouveau pour s'éloigner de lui, marchant vivement et furieusement dans le salon, tournant en rond dans la pièce. Severus le contempla, étonné.

« Je ne me suis pas senti insulté, tenta-t-il.

-Il l'a été ! s'écria Ash en s'arrêtant pour le regarder. Personne n'a le droit de… forcer qui que ce soit ! Personne ! »

Le jeune homme détourna la tête, à nouveau mortifié. Severus pencha la tête sur le côté, perturbé.

« Est-ce que… on vous a déjà forcé ? demanda-t-il, essayant de comprendre sa rage.

-Quoi ? demanda l'homme. Non, jamais !

-Alors, je ne vois pas pourquoi vous en êtes si choqué ! s'exclama Severus. Ce n'était vraiment rien de grave, Ash.

-Ce n'est rien de grave parce que je suis arrivé à temps, Severus ! Que se serait-il passé, si je n'étais pas rentré ? »

Severus resta un instant stupéfait. Il essaya d'imaginer Sirius Black en train de tenter de le violer mais la situation semblait tellement irréaliste qu'il secoua la tête.

« Il ne serait pas allé si loin, Ash, dit-il, serein.

-Qu'en savez-vous ? claqua l'homme devant lui, sombre. Comment pouvez-vous l'affirmer ?

-D'abord parce qu'aussi saoul que soit Sirius Black, il n'est pas un salaud pour autant. Il voulait me taquiner et son état l'a rendu plus blagueur que d'habitude. Ensuite, parce qu'en supposant qu'il ait pensé aller si loin, je ne me serai certainement pas laissé faire. J'ai une baguette magique, je sais m'en servir. Et si je n'y avais pas eu accès, mon genou aurait fait ce qu'il fallait. Je sais me défendre. Je ne suis pas une jeune fille en détresse !

-Non, je sais ! dit Ash, troublé. Et je ne pense pas que Sirius soit un salaud…

-Alors vous voyez ? Pas de quoi être en colère. Ce n'était qu'un baiser.

-Vous avez dis deux !

-Oui, bon, deux ! Rien de méchant. »

Devant lui, Ash soupira, défait. Il retourna s'asseoir, prenant son visage entre ses mains, l'air fatigué.

« Ash ? s'inquiéta Severus. Vous ne dormez pas assez…

-Non, ça va, répondit l'homme à côté de lui. Je crois que j'ai eu peur, c'est tout.

-Peur ? demanda Severus.

-Peur…pour vous », marmonna Ash, l'air embarrassé.

Severus déglutit. L'aveu avait été fait si bas mais il en ressentit l'effet comme un coup de poing. Il pouvait compter sur sa main le nombre de personnes qui s'inquiétait pour lui. En fait, il n'avait jamais eu besoin que d'un doigt. Sa mère. Entendre quelqu'un d'autre avoué ce genre de chose lui donna une étrange sensation de chaleur qui se propagea dans tout son cœur, comme s'il avait avalé des charbons ardents. Il se sentit gigoter et s'en horrifia, se forçant à retrouver son calme.

« Je vais bien, dit-il. Ce n'était rien. »

Il s'était rapproché, tentant de rassurer l'homme au visage torturé par l'angoisse. Il le regarda, frappé encore une fois par toute l'inquiétude qui irradiait d'Ash Sadrah. Son angoisse le tuerait plus sûrement que Voldemort.

« Ash, dit-il en posant une main sur son bras, faisant sursauter l'homme. Tout va bien. »

Comme à chaque fois qu'il lui disait ces mots, Ash sembla se détendre, légèrement. Il soupira et se tourna vers lui, lui adressant un sourire peiné.

« Je suis encore trop inquiet, n'est-ce pas ?

-Oui, acquiesça Severus. Ce n'est pas bon…

-Je sais, Drake n'arrête pas de me le répéter à longueur de journée. Mais je crois que c'est dans ma nature de m'inquiéter pour les gens que j'aime… »

Il passa une main légère sur son propre front, ignorant le choc de Severus, à ses côtés. Les gens que j'aime… A nouveau, la sensation des charbons se fit sentir dans tout son corps et il se retint de pleurer comme une fillette.

« Et les gens qui vous aiment sont loin de l'apprécier, dit-il, la voix rauque. Vous devriez apprendre à vous détendre. Comme lorsque vous avez volé, ce matin. Vous sembliez… libre. »

Ash se tourna vers lui et lui offrit un léger sourire serein.

« Je me sens toujours libre quand je vole, répondit-il. J'ai regretté que mon animagus ne soit pas un oiseau, comme Drake. Même si être un singe est très pratique… et, selon Dumbledore, la preuve d'une grande humanité ! »

Il leva les yeux au ciel.

« Vous avez toujours votre balai, dit Severus, consolateur.

-Oui, en effet. »

Ash soupira en fermant les yeux, tentant manifestement de regagner son calme habituel.

« Je me suis emporté contre Sirius, dit-il en rouvrant les yeux, l'air coupable.

-Et bien, je ne vais pas dire qu'il ne le méritait pas, répondit Severus. Il ne devait pas boire, en effet et en plus de ça, non, c'est non ! »

Ash se mit à rire en l'entendant.

« J'ai cru que j'avais une hallucination en entrant dans le salon et en vous voyant en train d'embrasser Sirius !

-Techniquement, je ne l'embrassais pas ! Il le faisait ! Contre mon gré ! Je vous assure ! »

Ash rit en l'entendant.

« Allons, Sirius est un beau garçon, non ? Je ne vous reprocherais pas d'être sensible à ses charmes…

-Je ne suis sensible à rien ! rétorqua Severus. Je n'ai vraiment aucune attirance pour les hommes, pourquoi tout le monde s'obstine à dire le contraire ? »

Bien que son expression faciale semblât s'assombrir, Ash garda un léger sourire aux lèvres.

« Tout le monde ? questionna-t-il.

-Black, Drake, vous… J'en ai assez, sérieusement, je ne suis pas gay !

-Moi non plus ! répliqua Ash.

-Vous êtes sorti avec Fabian Prewett !

-Et avec une jeune fille. Je ne crois pas avoir vraiment de genre. Je me laisse simplement porter par mes envies. Et vous, Severus ? Qu'est-ce qui vous fait dire avec autant d'obstination que seules les femmes vous intéressent ?

-Et bien… je ne sais pas. Il est vrai que j'ai été éduqué pour laisser mon esprit ouvert à toute possibilité, de part ma mère. Mais outre dans le cas où une créature magique voudrait de moi, pourquoi choisirais-je un homme ?

-Par amour ? proposa Ash.

-Je n'en aime aucun ! Et certainement pas Sirius Black ! »

Ash éclata de rire en l'entendant.

« Non, je ne crois pas que Sirius soit en effet l'homme de votre vie, Severus. Mais pourquoi vous fermer une porte si hermétiquement ? Merlin seul sait ce que la vie vous réserve. Peut-être que dans cinq, dix ans ou moins de temps, je vous le souhaite, vous rencontrerez la personne qui est faite pour vous. Ne serait-ce pas dommage de la rejeter simplement parce qu'elle n'a pas entre les cuisses ce que vous vous représentez ? »

Severus eut une moue et inclina la tête sur le côté.

« Sans doute, dit-il. Mais… je ne pense pas que cela soit possible. Je n'ai jamais ressenti d'amour pour aucun homme, dans toute ma vie. De l'admiration, de l'amitié, de la reconnaissance. Mais jamais rien d'aussi fort que… que ce que j'ai ressenti pour Lily. »

Ash grimaça en l'entendant.

« J'ai vu que vous vous étiez parlé, tout à l'heure. La discussion a-t-elle été… fructueuse ?

-Pas vraiment, marmonna Severus. J'ai… j'ai longtemps placé Lily sur un piédestal. J'en ai conscience, maintenant. Tous ses défauts… je les tolérais, les ignorais presque mais… mais maintenant que les sentiments sont partis… ils me sautent tous aux yeux et ça me fait mal. »

Ash se tourna vers lui, interrogateur.

« Elle est égoïste, s'exclama Severus, incapable de se contenir. Sur plus de dix ans d'amitié, j'ai commis une seule erreur. Une seule ! J'ai laissé ma colère et ma fierté parler et je l'ai traité de Sang-de-bourbe ! Une fois ! En plus de dix ans. Et elle n'a pas voulu me pardonner. Et moi alors, que dois-je en dire ? Que dois-je dire quand Lily ignorait les brimades et les mauvais sorts que me lançaient ses camarades Gryffondors et parfois ma propre maison ? Que dois-je dire quand elle vivait tranquillement dans sa petite tour, entourée d'ami alors que moi, je n'en avais qu'une et qu'elle m'a abandonné pour une seule erreur ? Je sais que je suis égoïste moi aussi. Je lui demande de me comprendre mais je ne veux pas la comprendre elle, mais… Bon sang, ce n'était que des mots ! Et j'ai subi bien pire que des mots, alors comment ose-t-elle ? Comment ose-t-elle s'en plaindre ? »

Lentement, Ash posa une main sur son épaule pour le calmer.

« Severus, ce ne sont que deux mots. Mais deux mots qui ont été prononcés par un ami. Vous avez été insulté, harcelé, mal traité. Mais jamais par un ami. Seulement par des ennemis. La douleur, si elle est bien présente, n'est pas la même. Je ne dis pas que Lily ne devrait pas comprendre que les mots que vous avez laissé échapper n'étaient en rien pour la blesser réellement, seulement de la frustration que vous aviez besoin d'évacuer. Mais vous devez aussi comprendre qu'elle ne pouvait et ne peut toujours pas savoir ce que vous aviez vécu. A-t-elle la moindre idée de ce que les maraudeurs vous ont fait subir ? Et les autres élèves ? Les Serpentards ?

-Non… Enfin, pas pour ma maison, je crois. Les maraudeurs, elle savait, vu qu'elle les réprimandait parfois, mais… Non, elle ne pouvait pas le savoir. Je ne lui ai jamais dit.

-Vous ne pouvez pas lui reprocher quelque chose qu'elle ignore, Severus. Elle n'a pas toutes les cartes en main. Les êtres humains sont aveugles. Ils ne vont jamais voir plus loin, parce que ça leur demanderait trop de temps. Et Lily est humaine. Quand vous arriviez vers elle en boitant et qu'elle vous demandait si ça allait, que vous répondiez par une excuse bancale, elle a sans doute pressenti que vous mentiez, mais n'ayant aucune preuve, elle vous a cru et a oublié son pressentiment. Elle n'est pas allée voir plus loin car vous l'en ave empêché.

-Il n'en reste pas moins que je suis déçu, cingla Severus. Je pensais qu'elle était… meilleure ! »

Ash sourit tendrement.

« On voit toujours les gens qu'on aime avec des œillères. Accepter une personne avec ses défauts est difficile. Il faut du courage pour aimer une personne dans son intégralité, avec ses ombres et ses lumières. Vous êtes si jeune, Severus. Un jour, j'espère que vous aimerez à nouveau et si c'est le cas, retenez notre conversation. Enlevez vos œillères et regardez cette personne avec ses ombres et ses lumières. Regardez-la en entière. »

Severus observa longuement Ash et acquiesça. Il hésita un instant puis, prenant son courage à deux mains, murmura :

« Et vous, Ash ? Quelles sont vos ombres ? »

Le susnommé le fixa avec stupeur puis son visage prit une expression si triste, si malheureuse, que Severus regretta d'avoir posé la question.

« Je dois aller voir Sirius, dit-il en se levant, clignant rapidement des yeux. Enfin, peut-être… Je vais d'abord voir Drake. Severus… à plus tard ! »

Et il quitta la pièce presque en courant, laissant Severus stupéfait. Qu'avait-il dit exactement qui avait plongé Ash dans une telle détresse ?

oOo

Severus avait vaguement grignoté avant de remonter à l'étage. Marchant vers sa chambre, il s'était arrêté devant celle de Sirius, hésitant. Ash était-il allé le voir ? Était-il avec lui, à l'instant ? Ou le jeune homme était-il seul ? Il tergiversa encore quelques longues minutes avant de finalement frapper au battant. Un 'Fichez-le-camp !' furieux résonna, mais Severus se contenta de lever les yeux au ciel et de pousser la porte. Sirius était étendu sur son lit, un air furieux sur le visage. Quand il le vit, pourtant, il blêmit, rougit puis pinça les lèvres.

« Tu viens te moquer ? grogna-t-il en se redressant, menaçant.

-Non, répondit Severus en fermant la porte derrière lui. Je viens t'assurer qu'à l'exception d'Ash, toi et moi, personne ne saura que tu m'as sauté dessus !

-Je ne t'ai pas… Bon, ok, si, mais ne va rien t'imaginer, Snape !

-Et qu'est-ce que je devrais m'imaginer ? répondit-il. Que tu es amoureux de moi ? Black, sérieusement ! Ne me prends pas pour un idiot, je sais parfaitement que tu as fait ça parce que tu étais saoul, que tu voulais m'embêter et qu'étant déjà parfaitement insupportable sobre, ça ne pouvait que dégénérer en étant saoul ! Je ne me fais aucun film, ok ?

-Film ?

-Peu importe ! Tranquillise-toi, je n'ai aucune envie de ressortir cet épisode à la moindre occasion, c'était aussi humiliant pour toi que pour moi, ok ?

-Parce que je te dégoûte, peut-être ?

-Non, Black, ça n'a rien à voir. Je me fiche que tu aimes les hommes, les femmes, les animaux, ou les cadavres, ce que tu veux, je m'en fiche, ok ? Ce qui est humiliant, c'est que la première personne qui m'a jamais embrassé l'a fait pour blaguer ! »

Sirius retint sa respiration en entendant cet aveu. Il sembla perdre toute son énergie combative et s'affala sur son lit, l'air désolé.

« Merde, Snape, je me sens mal, maintenant… je ne pensais pas… enfin, tu as dit qu'il y avait eu cette fille et j'ai supposé…

-Tu as mal supposé. Elle m'a rejeté avant même que je n'ai le temps de l'embrasser, Black. Mais je ne suis pas venu ici pour que tu pleures sur mon sort, merci bien. Je suis juste venu pour… te rassurer, je suppose. »

Sirius le contempla pendant un long moment, sonné. Il soupira et passa une main dans ses cheveux, les remettants un peu en place.

« Je me sentais mal et… j'ai agis comme un con. Je suppose. Excuse-moi. »

Severus resta un instant interdit. Sirius Black semblait fragile et désemparé. La partie Serpentard de sa personne jubilait presque. L'occasion parfaite pour torturer Black, juste un peu. Mais quelque chose en lui – Désagréablement proche de la voix d'Ash – lui souffla qu'il tenait là un peu d'ombre de Sirius Black.

« Pourquoi te sentais-tu si mal ? demanda-t-il en s'approchant du lit où il s'assit, à sa propre stupeur.

-Tu déconnes ? Pourquoi je me sentirais bien, hein ? Je… je n'ai rien, Snape. Je ne sais pas ce que je veux, je ne sais pas ce que je fais ! Je clame haut et fort que la vie n'est qu'un jeu, que je veux entrer dans l'Ordre du Phénix, que seule l'éclate compte, mais la vérité c'est que… je ne sais plus ! Depuis que Poudlard est terminé, je ne sais plus ce que je dois faire et ça me rend dingue. Je vois tout le monde qui avance et moi, je reste là à regarder et à chercher et je ne trouve rien ! Remus s'est inscris dans une fac de leçon sur les moldus pour aller travailler parmi eux, James envisage de suivre Lily en Egypte pour suivre un cursus d'enchantement, Regulus étudie fermement pour devenir médicomage, toi, tu pars en Australie suivre une maîtrise en potion ! Il n'y a que Peter qui n'ait rien mais franchement, ça ne me console pas ! Et moi, je suis ici, protégé par le manoir Sadrah à… à attendre une solution mais rien ne vient !

-Tu ne voulais pas être Auror ? s'étonna Severus.

-Si, bien sûr que je le voulais ! Mais… mais franchement, est-ce que tu as vu Ash et Drake, aujourd'hui ? Tu les as vu se battre ? Je ne saurai jamais… je ne saurai jamais faire des trucs pareilles ! »

Severus haussa un sourcil. Sirius Black manquait de confiance en lui. C'était le monde à l'envers !

« Tu crois que c'est venu naturellement ? demanda-t-il. Tu crois qu'ils sont nés avec la capacité de se battre ainsi, Black ? Non, ils ont appris. Ils ont passé des années au Sahara avec la folle qui leur sert de mère adoptive ! Ne crois pas que ce soit quelque chose que tu dois avoir dès le départ, c'est quelque chose que tu dois apprendre. Et ce n'est pas en te saoulant et en pleurnichant dans ta chambre que tu y arriveras ! Relève tes manches, entraînes toi ! Profite de la présence de Fixe au manoir, prends des leçons supplémentaires avec elle. Et quand l'année commencera, que tu seras à l'académie des Aurors, ne te contente pas des leçons qu'on te donne, va plus loin, apprends d'avantage ! Travaille ! On n'obtient rien en attendant la bouche ouverte que ça nous tombe dans le bec, tu comprends, Sirius ? »

Le susnommé le regardait avec des yeux écarquillés, l'air un peu idiot et sonné.

« Tu crois que j'ai gagné ma maîtrise parce que Ash a été graissé la patte de Prafics ? Non, Black ! Je l'ai obtenu parce qu'il lui a simplement montré mes résultats. Ça fait des années que j'apprends les potions, que je me perfectionne, que j'étudie et que je teste des décoctions, sans arrêt ! J'ai même inventé trois potions, depuis l'année dernière ! Je n'ai pas obtenu tout ça en restant les bras ballants ! Bouge-toi !

-Ok, ok, ça va, j'ai compris, arrête de parler ! »

Severus se tut, agacé d'être interrompu. Sirius, quant à lui, s'étendit sur son lit, l'air fatigué.

« J'ai du mal à croire que ce soit possible, dit-il. Mais je sais bien que sans travaille, je n'arriverai à rien, je le sais, seulement… j'aimerai bien avoir à nouveau onze ans et… juste m'amuser, sans m'inquiéter.

-Il faut grandir, Black. C'est ce que Ash essaye de te faire comprendre, je crois, non ?

-Tu m'as appelé Sirius, tout à l'heure, répliqua l'autre. Et comment sais-tu de ce dont je parlais avec Ash, lors de mes consultations ?

-Je ne le sais pas, répondit calmement Severus. Mais tu m'as présenté des excuses, Black ! Des excuses ! Et je sais parfaitement que c'est Ash qui en est responsable. Quand je lui en ai parlé, il m'a juste dit qu'il était content de constater que tu grandissais enfin. Donc, j'ai supposé que vos conversations avaient ce but. Je ne suis pas idiot, moi !

-Tu peux continuer de m'appeler Sirius, tu sais ?

-Et voilà que tu recommences. Tu caches de l'alcool, ici ?

-Severus ! se plaignit Sirius, amusé. Sérieusement. On doit grandir, non ? Alors je t'appellerai dorénavant par ton prénom. Et tu peux en faire de même.

-Trop aimable ! répliqua le Serpentard. Vraiment, pourquoi suis-je venu, déjà ? Tu es agaçant !

-Et toi, tu es asocial. Que voilà une paire intéressante !

-Une paire ? Toi et moi ? Que Merlin m'en préserve. Enfin, au moins, tu n'essayes plus de te jeter sur moi…

-Hé ! Tu as dit que tu n'en parlerais plus !

-Erreur, Black, j'ai dit que je n'en parlerai à personne d'autre qu'Ash et toi. Et sauf erreur de ma part, il n'y a que nous dans cette pièce…

-Intéressante observation, répliqua Sirius en se redressant et en s'approchant de lui. Avoue, je t'ai fait de l'effet, tout à l'heure, hein ?

-Autant que si j'avais embrassé un mouton mort, Black.

-Sirius !

-Black ! Tu peux t'amuser à m'appeler par mon prénom si ça te chante, mais je ne suis pas forcé de te rendre la pareille ! Maintenant, si tu veux m'excuser, je vais retourner dans ma chambre avant que tu ne recommences à avoir ton comportement bizarre et pervers !

-C'est ça, répliqua Sirius. Je sais que ça t'a plus, Severus. Si tu veux, je peux me sacrifier et t'embrasser plus…

-Va te faire foutre, Black !

-Tu te proposes ?

-Par Merlin ! »

Severus se leva, à la fois agacé et amusé. Il était presque à la porte lorsque Sirius l'attrapa par le bras, le retourna et, à sa grande stupeur, l'embrassa encore.

« Black, non d'un…

-Ce n'était pas une blague, cette fois, interrompit Sirius. Je l'ai fait volontairement, sans mauvaise pensée ni tentative d'humiliation envers toi. Considère que c'est ça, ton premier baiser. Avec toutes mes excuses. Vraiment. »

Severus marmonna et se dégagea brutalement.

« Ne t'y trompe pas, Black, ça n'enlève rien. En fait, je trouve ça encore pire. Un baiser sincère venant de toi… Brrr… »

Et il quitta la pièce, non sans adresser un sourire moqueur et amusé à un Sirius hilare.

A suivre…

Et bien, je suppose que personne ne s'attendait à ce qu'il se passe dans ce chapitre. Personnellement, je vous assure que je ne m'y attendais pas ! Sirius et Severus se rapprochent de façon inattendue, je ne sais pas encore si je pousserai leur relation plus loin. Je n'ai pas changé d'avis quant à qui Severus doit aimer, mais il est encore loin de comprendre les mouvements de son cœur et il est fermement opposé à toute relation avec un homme. Une petite expérience ne lui ferait pas de mal. Il faut bien qu'il ouvre un peu son esprit et Sirius pourrait aider. Mais je suis encore fort en bascule sur cette idée.

Drake et Regulus ont passé une étape. Une petite, mais une grande, en même temps ! leur couple avancera largement plus avec le temps. Il faut d'abord que Regulus soit majeure, Draco en a décidé ainsi et il est très têtu !

Enfin, j'espère que ce chapitre vous a plu ! Après autant de temps d'attente, je vous offre 38 pages words de texte ! Alors régalez-vous.

Pour terminer, deux choses. En premier, un IMMENSE Merci pour toutes vos reviews. Je ne sais pas si répondre à celle du dernier chapitre vous est utile étant donné que vous ne devez même plus vous rappeler de ce que vous avez écris, mais je vous promets de répondre à celle de ce chapitre, au fur et à mesure de vos envois.

Un ENORME, GIGANTESQUE merci aux personnes qui m'ont envoyé un message en MP pour s'assurer que j'allais bien. Non, ça ne va pas. Je travaille toujours pour satan. Mais me plaindre n'arrangera pas la situation. Je prends mon mal en patience, j'essaye de me blinder et de trouver une fenêtre de sortie. Il n'y a pas de porte dans mon enfer.

Enfin, parce qu'il m'est capital que la confusion soit levé, je n'ai plus rien écris depuis ma dernière parution. La récente réapparition d'Idylle Chevaleresque n'est pas de mon fait, je n'écris plus de coécriture avec Laika, Némésis, je ne sais plus quel pseudo est utilisé. C'est elle et uniquement elle qui écrit cette histoire et les éventuels messages stipulant un chantage aux reviews. Par le passé, cette méthode m'avait déjà porté préjudice. Je ne laisserai pas cela se reproduire. J'ai peut-être pratiqué cette méthode au tout début de mon arrivée sur ffnet, ce n'est plus le cas depuis de nombreuses années. Alors s'il vous plaît, sachez lire les notes d'auteurs (elle précise au début de chaque chapitre que je ne participe plus du tout) et ne lancez pas de pierre inutile. J'en reçois assez dans ma vie réelle.

Merci de votre compréhension. J'espère vraiment que mon chapitre vous plaît, je m'excuse des fautes sûrement présentes dans mon chapitre mais je n'ai pas de bêta et pas le courage de me relire. Pardonnez-moi mes petites imperfections, s'il vous plaît.

Bonne lecture et à bientôt, vraiment, je le souhaite de tout cœur !

Umbre77