Auteur : Umbre77

Titre : La magie d'une fleur

Résumé : Capturé par Voldemort, Harry n'a d'autre choix que d'accepter sa défaite. Mais Draco Malfoy, lui, n'a aucune envie de mourir ! Quitte à changer le passé pour se sauver !

Note de l'auteur : Ouiiiii, je l'ai FAIT, ça y est !

Hum. Vous devez vous dire « mais qu'a-t-elle fait ? ». Non, je n'ai pas démissionné ni tué quelqu'un. Ce « Je l'ai FAIT » se réfère à la fin du chapitre, imaginée depuis le début de l'histoire et repassant en boucle, encore et encore dans ma tête !

Ah, que ça fait du bien de mettre par écrit ce qu'on imagine… Vivement la prochaine scène qui me hante !

Bref. Je ne vais pas mieux, je vais encore moins bien, en fait. C'est une pente que je descends, je ne sais pas trop ce qu'il y a en bas, je n'ai pas vraiment envie de savoir. Mais vraiment, je vous remercie tous et toutes pour votre soutien face à ma situation et pour vos encouragements.

Pour les fans d'Alpha, je suis actuellement déterminé à écrire et surtout, à avancer ! Donc, j'ai actuellement 21 pages pour le chapitre, j'ai l'intention d'essayer de l'avancer un maximum demain matin et ce week-end. Après, ce sera à la correctrice de bosser et… et bien, rien ne promets que je parvienne à le finir, mais je vais m'acharner, promis !

Personnages :

Pas besoin de vous présenter les personnages principaux, je me contente donc des secondaires, ceux que je ne cite pas assez que pour s'en rappeler :

Les professeurs :

Potion = Horace Slughorn

Défense = Caradoc Dearborn

Sortilège = Madame Stand

Botanique = Hélène Stewart

Infirmière = Eloïse Addisse

Membres de l'ordre :

Arthur et Molly Weasley, Lucius et Narcissa Malfoy, Maugrey Fol'œil, Caradoc Dearborn, Fabian et Gideon Prewett, Dorcas Meadow, Benjy Fenwick, Edgar et Sarah Bones, Eugène et Phils Potter (décédée), Hagrid, McGonagall, Dumbledore et, bien entendu, Ash et Drake.

Je vous rappelle qu'Ash est officiellement l'héritier Sadrah tandis que Draco est désigné comme le fils bâtard d'Abraxas Malfoy et porte donc à nouveau son vrai nom.

Résumé rapide :

Harry et Draco ont remonté le temps pour sauver le monde de la magie qui courrait à sa perte.

Après un entraînement de sept ans sous le joug de Fixe Sadrah, condamnée à mort par un sortilège, ils intègrent Poudlard en tant que Psychologues. Là, ils y rencontrent Severus, Regulus, et les maraudeurs tandis qu'ils rejoignent également l'Ordre du Phénix dont ils sont devenus les co-fondateurs avec Dumbledore.

Suite à son adoption par Fixe, Harry devient officiellement le sorcier le plus riche et le plus influent d'Angleterre, instaurant ainsi une position importante pour le monde de la magie et capable de réfréner Voldemort contre qui il se bat constamment.

Draco, lui, après une tentative de scandale visant à rallier Regulus à Voldemort, est déclaré fils bâtard d'Abraxas Malfoy, lui donnant ainsi la protection de la famille dans l'éventuel cas où Wilburga Black voudrait l'attaquer pour détournement de mineur.

Les vacances d'été sont arrivées, plusieurs élèves vivent maintenant au manoir Sadrah. Fixe est également venue rendre visite à son fils adoptif, lui annonçant par la même occasion qu'elle allait mourir.

Harry décide de révéler la vérité à Regulus car ce dernier souffre trop de la distance que Drake a installée entre eux, pour leur protection. Ce dernier accepte assez bien la situation, trop amoureux de Drake pour lui reprocher d'avoir manipuler les choses à son avantage. Les vacances s'écoulent lentement, Fixe va de plus en plus mal et les adolescents présents dans la maison Sadrah oublient petit à petit leurs vieilles querelles pour se lancer dans une amitié inattendue…

Trois horcruxes ont été détruits : La bague, le diadème et celui en Harry.

Il reste Nagini (pas encore née), le médaillon, le journal et la coupe de poufsouffle.

Chapitre 31 : Amer séparation

Quelque chose clochait. Il le savait, le sentait mais ne pouvait rien faire pour trouver quoi. Mais quelque chose d'énorme clochait. Tout avait commencé par Harry entrant dans leurs appartements communs et, faisant fit de la présence de Regulus, allant trouver refuge dans ses bras, l'air bouleversé. Si le plus jeune avait eu l'air choqué, c'était encore pire pour lui ! Draco ne s'attendait pas à une telle réaction. La dernière fois qu'il avait vu Harry pleurer, c'était… c'était lorsqu'il avait stupidement insisté pour savoir ce qu'il s'était passé, entre Granger, Weasley et lui. Mais il n'avait pourtant posé aucune question !

L'ai égaré, Regulus avait levé les yeux vers lui, interrogateur, mais Draco lui avait répondu par les yeux avec autant de perplexité. Ils étaient restés silencieux, jusqu'à ce que Drake se décide à poser des questions.

« Harry ? murmura-t-il. Que s'est-il passé ? Quelqu'un est mort ? »

L'autre secoua la tête avec brusquerie, répondant par la négative, au grand soulagement de Draco. Bon, pas de morts. Alors… Quoi ? Où était Harry, juste avant ? Ah, oui, son rendez-vous à la banque…

« Par Merlin, sommes nous ruinés ?

-Mais non, stupide arriviste ! s'énerva Ash en se redressant, le visage baigné de larmes. Rien n'est arrivé, c'est juste moi et mes putains de névroses !

-Oh, répondit Draco, se détendant soudainement. Excuse-moi, mais je suis en droit de paniquer. Tu as débarqué ici en larmes, sans explication, j'ai le droit de penser au pire !

-Des morts et notre ruine ? Heureusement, tu as d'abord demandé s'il y avait des morts !

-Hé ! Insinues-tu que je ne sois qu'un matérialiste ? Tu sais que j'ai fais des progrès ! »

Sa répartie eut au moins le mérite de lui arracher un rire qui fit pourtant gâcher par des sanglots. Maladroitement, il reprit sa position dans les bras de Draco, manifestement inconscient de la présence de Regulus, juste en face.

« Ça lui arrive, de temps en temps, expliqua Draco en recommençant à masser le dos d'Harry. N'y vois rien de particulier ! »

Constatant que Draco parlait à quelqu'un, Harry releva la tête et sembla mortifier.

« Oh, Regulus, pardon, dit-il en se redressant. Je ne t'avais pas vu.

-Pas de problèmes, répondit le plus jeune. Est-ce que vous allez bien ?

-Tu, répliqua Harry en se mouchant doucement. Tutoies-moi, s'il te plait. Nous allons surement beaucoup nous voir, autant ne pas nous attacher à ce genre de politesse. Ça va bien. Juste parfois, ça déborde et… Draco arrive à me calmer très efficacement ! »

Du reste, il ne s'était pas écarté du corps de son meilleur ami, malgré la présence de Regulus.

« Navré d'avoir interrompu votre tête à tête, vraiment…

-Ce n'est rien, répondit Regulus, soucieux. Vous êtes sûr que… Enfin, je peux faire quelque chose ? »

Harry le fixa un instant puis tendit le bras vers lui, à la grande stupeur des deux hommes. Hésitant, Regulus se leva et s'approcha, suffisamment pour qu'Harry enroule brutalement son bras autour de lui et ne l'entraîne vers le canapé, Regulus se retrouvant assis sur les genoux de Drake. Sans hésiter, Harry enfouit son visage contre son torse, ignorant le jeune homme plus qu'embarrassé.

« Euh, balbutia-t-il, perdu. Qu'est-ce que…

-Fais lui un câlin, s'amusa Draco, retenant son rire. Ça marche toujours. Il se calme quand il sent de l'affection autour de lui. C'est une crise d'angoisse. C'est ce pourquoi nous dormons dans le même lit, tous les deux. Il en a en moyenne une, voir deux par nuit. Parfois plus, parfois juste une. Mais il ne se passe pas une nuit sans qu'il n'angoisse. »

Regulus blêmit en se rappelant sa propre crise d'angoisse, dans le parc de Poudlard. Et Ash vivait ça, chaque nuit ? Presque avec douceur, il passa un bras autour du corps tremblant de l'homme pour tenter de le calmer. Il sentit le dos sous sa main trembler longtemps avant qu'enfin, il ne semblât s'apaiser un minimum. C'était bien la première fois que Regulus était aussi proche de Drake sans en être perturbé. Toute son attention était tournée vers la forme tremblante appuyée contre lui.

Au bout d'un très longs quart d'heure, à la grande surprises des deux 'oreillers', Harry s'endormit paisiblement, le visage appuyé contre le torse de Regulus et son buste contre Draco, occupé à lui caresser les cheveux avec tendresse.

« Est-ce que… c'est vraiment habituel ? s'enquit Regulus, horrifié.

-A mon grand regret, oui, confirma Draco. Si nous dormons un jour tous les deux, il ne faudrait pas s'étonner de le voir débarquer pendant la nuit pour chercher du réconfort. C'est sans doute la seule chose sur laquelle je ne dérogerai pas. Quand nous sommes revenus dans le passé, on dormait ensembles, par manque d'espace mais une fois arrivé au Sahara, nous avons eu chacun notre chambre. Ma fierté m'empêchait d'aller rejoindre Harry pendant la nuit car j'avais autant besoin de sa présence que lui, au début. Mais au bout de dix jours, j'ai remarqué qu'Harry avait l'air de plus en plus fatigué. C'est finalement Fixe qui m'a dit d'aller le rejoindre pendant la nuit. Elle avait compris que seul, Harry serait incapable de trouver un sommeil paisible. Et en effet, chaque nuit, il était réveillé par des cauchemars atroces. Ma présence l'a aidé. Et je n'ai rapidement plus eu honte de le rejoindre. Et il ne s'est pas gêné pour venir, si je n'étais pas présent assez vite à son goût. Avec le temps, les cauchemars ont presque cessé. Il en a encore, de temps en temps, surtout après un combat où il y a eu des morts, mais ils sont rares. Les crises, elles, sont constantes. »

Draco tenait fermement Regulus contre lui. De sa main gauche, il le soutenait dans le dos, de la droite, il continuait de caresser les cheveux d'Harry.

« Il en faisait déjà au début de notre voyage, mais très peu. Par contre, plus nous nous sommes impliqués dans la guerre, plus elles sont devenues régulières. Harry est terrifié à l'idée de perdre une personne qu'il aime. Tous ceux qu'il a connu ont été assassinés, à notre époque et il ne se le pardonne pas. Il est très protecteur envers ceux qui entrent dans son cœur. Et vu la façon dont il s'est endormi contre toi, il a déjà levé beaucoup de barrière pour toi. Sans doute parce qu'il a conscience que si nous sommes ensembles plus tard, il devra envahir notre couple et il préfère sans doute commencer dès le début, pas à la fin. Sale petit rusé, va… »

Il eut un sourire affectueux puis tourna la tête vers Regulus avec un sérieux flagrant.

« Est-ce ça te dérange ? demanda-t-il avec inquiétude. Je ne pense pas être capable de lui refuser ce réconfort…

-Non, ça ne me dérange pas, murmura Regulus. Pour l'instant, en tout cas. Peut-être que plus tard, ça finira par m'agacer mais actuellement, je ne crois pas être capable de lui refuser ça. J'ai vécu une seule crise d'angoisse et j'espère ne plus en avoir avant longtemps. Mais qu'est-ce qui a provoqué ça, à ton avis ?

-Ah, ça, si je le savais, répondit Draco, soupirant. Les morts de son passé, en grande partie. Ce qui a provoqué la crise d'aujourd'hui, je n'en ai pas la moindre idée ! Il est très rare qu'il en ait une le jour. Il faudra que je me renseigne. Enfin, il est parti pour dormir une heure. Tu veux rester ainsi ou tu préfères qu'on aille au lit ?

-Au… Au lit ? balbutia Regulus.

-Si on l'y laisse seul, il va le sentir et paniquer. Autant se reposer. Lève-toi doucement, je vais le rattraper. »

Perturbé, Regulus obéit et, avec son habitude pour ce genre d'activité, Draco empêcha Harry de tomber et le souleva souplement dans ses bras. Il fit ensuite signe à Regulus de le suivre jusqu'au lit placé à l'opposé de la pièce. Il sourit en regardant le plus jeune, totalement perturbé et étendit lentement Harry sur le lit.

« Enlève tes chaussures et grimpe, lui dit-il. Je m'occupe des siennes. »

Sans hésiter, Draco se dirigea vers les pieds d'Harry et le déchaussa avec douceur. Chacun de ses gestes révélaient l'habitude d'une pratique aigue. Regulus, déjà assis à côté de l'endormi, le regarda faire.

« Couche-toi près de lui, n'hésite pas à l'enlacer, lui indiqua Draco. Ne soit pas gêné, il n'y a rien d'ambigüe, là dedans. C'est juste une aide. Ta présence va le rassurer. »

Mortifié, Regulus obéit. Il eut du mal à passer un bras autour d'Harry. Jamais de sa vie il n'avait imaginé faire ce genre de chose. C'était à la fois terrifiant et grisant. Surtout lorsque Draco monta dans le lit et, se plaçant de l'autre côté d'Harry, passa un bras autour de la taille de ce dernier, sa main allant rejoindre la hanche de Regulus.

« Maintenant, si tu veux, on peut discuter ou dormir. Si tu veux partir, tu peux aussi, je comprendrai…

-Non, ça va, répondit Regulus, détendu. C'est… bizarre. Mais pas désagréable. »

Le sourire rayonnant de Draco le conforta dans le bien de sa réponse.

oOo

Finalement, Regulus s'était endormi, après vingt minutes de conversation chuchotée. Être dans un lit avec Drake aurait du l'émoustiller mais la présence d'Ash entre eux eut l'effet inhibiteur parfait. Très vite, le fainéant en latence dans son corps l'envahit et il céda au sommeil, répondant d'une voix marmonnée à Drake jusqu'à finalement ne plus rien dire. Ce fut une conversation qui le réveilla mais il garda les yeux clos alors qu'il écoutait, l'esprit vague, Ash raconter à Drake que Sirius avait embrassé Severus sous le coup de l'alcool. Deux fois.

« Par Merlin ! s'exclama discrètement Drake. Je ne peux pas le croire, c'est… incroyable ! Alors là, c'est sûr, on a bien changé les choses pour que ces deux là s'embrassent !

-Ils ne s'embrassaient pas, Sirius embrassaient Severus de force !

-Oui, oui, j'ai compris, Severus n'était pas volontaire, mais il n'a pas tué Sirius, ce qui, en soit, est une considérable amélioration, non ?

-Mouais, répondit vaguement Ash, le ton ennuyé.

-Oh, mais c'est que tu es jaloux !

-Quoi ? Mais… Non, n'importe quoi ! Je ne suis pas du genre à vouloir… Enfin, Severus n'était pas consentant et…

-Tu crèves de jalousie. Juste, admets-le, Harry. Tu rougis, en plus ! Aah, que c'est… mignon.

-Je t'emmerde, la fouine ! »

En réponse, Drake éclata de rire.

« Tu peux boire, si tu veux ? Je m'arrangerai pour que Severus te trouve…

-Ferme là, sérieux, tu es impossible !

-Mais tu es jaloux…

-Oui, je le suis, ça va ? Qu'est-ce que ça change au fait que Severus n'était pas consentant ?

-Il l'aurait peut-être été si ça avait été toi…

-C'est ça et le ciel est violet trois jours par an ! Franchement, Drake, arrête d'essayer de me convaincre de dire à Severus ce que je ressens pour lui car je t'ai déjà expliqué par A plus B que Severus et moi, c'est… impossible !

-Laisse lui un peu de crédit, Harry, le fait qu'il n'ait pas massacré Sirius après les deux baisers forcés est déjà une preuve flagrante que sa personnalité à changer ! Et la conversation au sujet de Lily et du cassage de ses illusions. Ash, c'est la preuve flagrante qu'il n'a plus du tout la même personnalité que le Severus que nous avons connu, il pourrait comprendre !

-Non, il ne le fera pas !

-Tu as juste peur ! Tu as peur qu'il te rejette !

-Oui, j'ai peur ! répliqua Ash, presque violemment. Merde, Draco, tu étais le premier à craindre de révéler la vérité à Regulus, ne me fais pas la morale !

-Je ne la fais pas. Mais je sais que tu ne pourras jamais être sûr de ce qu'il en est tant que tu ne lui auras pas dit la vérité ! Dis-le-lui ! Il a une ouverture d'esprit bien plus grande qu'avant et il saura t'écouter.

-Pour mieux m'envoyer balader ! Non, Drake, ne me force pas… je ne peux pas le faire !

-Je peux, moi, si tu veux !

-Ce serait pire, il prendrait mon absence pour de la lâcheté ! S'il te plaît, cessons de parler de ça, d'accord !

-Bon, très bien, très bien, comme tu le sens. Tu préfères que nous abordions le sujet de ton angoisse subite ? »

Ash ne répondit pas. Regulus fut tenté d'ouvrir les yeux mais il avait parfaitement conscience qu'alors, la conversation sérieuse s'arrêterait totalement. Et il avait besoin de savoir ce que les deux amis disaient, lorsqu'ils étaient seuls. Ou lorsqu'ils croyaient que personne ne les entendait.

« Ce… ce n'était rien…

-Rien ? Harry, tu n'as pratiquement jamais de crises d'angoisse en pleine journée. Quelque chose l'a provoqué, quelque chose s'est passé quand tu discutais avec Severus. Qu'est-ce que c'était ? »

La voix de Drake était devenue douce, presque tendre. Regulus se retint d'exprimer sur son visage son mécontentement. L'homme l'avait prévenu qu'il avait une relation particulière avec celui qu'il désignait comme son frère mais il devait bien avoué que jamais il n'avait entendu Draco parler avec tant de tendresse.

« C'est… enfin, c'est stupide. Severus m'a demandé… il m'a demandé quelles étaient mes zones d'ombres.

-Tes zones d'ombres ? demanda Draco, perplexe.

-Nous discutions de la dualité chez une personne. Il disait qu'il lui avait semblé que ma mère n'avait que des bons côtés et que depuis leur dispute, il ne cessait de voir ses défauts. J'ai alors fait remarquer que quand on aime, on a tendance à ne voir que les zones de lumière d'une personne. Qu'aimer quelqu'un, l'aimer totalement, c'est l'aimer pour tout son être, même pour ses zones d'ombres. Et il m'a demandé quelles étaient les miennes. Je… j'ai eu des souvenirs… des choses… je ne veux pas en parler ! »

Draco soupira en réponse.

« Les zones d'ombres de Severus, dit-il. Tu les aimes, n'est-ce pas. Tu étais déjà amoureux de lui, avant que nous remontions le temps. »

Il y eut un long silence. Regulus retenait presque son souffle, attendant la réponse.

« Oui, marmonna finalement l'héritier Sadrah. Je ne sais pas comment parce qu'il était infect avec moi. Je crois que je l'ai détesté pour de vrai, quand il a tué Dumbledore. Mais oui. Je l'ai aimé. Sans doute alors que je n'avais que onze ans. Je voulais tellement qu'il me respecte, me reconnaisse. Il me méprisait si fort. Mais inconsciemment, il me fascinait, m'impressionnait comme personne. Et je crois que tout ça… ça s'est transformé en une sorte d'amour frustré. Maintenant que je le connais mieux… Maintenant que je sais toute la douleur, tout le courage qu'il a si bien dissimulé en lui, je… Je ne peux que l'aimer. »

Il y eut le bruit d'un souffle pour d'un soupir. Regulus ouvrit légèrement les paupières puis cessa de dissimuler son réveil : les deux hommes étaient enlacés, dans une tentative de réconfort. Draco caressait le dos d'Harry avec lenteur, ce dernier accroché à sa robe.

« Laisse-lui une chance de te surprendre, supplia Draco. S'il te plaît. Si tu l'aimes à ce point…

-Non, Draco. Non. S'il te plaît, ne parle plus de lui dire.

-Ce n'est pas parce que tu ne veux plus en entendre parler que la conversation est terminée, Ash. Nous y reviendrons, je n'abandonnerai pas. Le Severus de cette époque n'est plus le même que celui que nous avons connu et je veux que tu aies une chance d'être heureux, même s'il faut passer par une explication douloureuse avant. Toutefois, je ne te forcerai pas à lui dire et je ne le ferai pas derrière son dos. Je vais creuser un peu ses sentiments à ton égard et si je vois qu'il serait prêt à accepter, je ne te laisserai pas le choix et je lui dirai la vérité, avec toi enfermé dans la pièce. Et ça ne sert à rien de discuter, ma décision est prise. Je t'informerai de ma décision à la fin du mois. Maintenant, Regulus, pourrais-tu cesser de faire semblant de dormir et éventuellement, donner ton opinion ? »

Le jeune homme se retint de grogner et ouvrit péniblement les yeux. Les deux adultes le regardaient, peu gênés d'être dans les bras l'un de l'autre.

« Je n'ai pas vraiment d'opinion à ce sujet, révéla Regulus. Je pense que Severus t'apprécie énormément, il t'est très reconnaissant pour sa maîtrise et il t'admire pour ton talent au combat, mais… quant à ses sentiments pour toi, je ne sais pas… Severus n'est pas du genre à s'étendre sur ce qu'il ressent…

-Tu penses que tu saurais creuser les choses ? demanda Drake, concerné. Essayer de voir si, éventuellement, il ne pourrait pas… rah, je ne sais pas trop comment dire. Accepter qui est Harry ?

-Je pourrai, mais je ne vois pas comment, soupira Regulus. Si vous ne me l'aviez pas dit, je ne saurai même pas qu'il a été amoureux de Lily Evans. Je me vois mal lui demander ce qu'il penserait d'un enfant Potter… Ne serait-il pas plus avisé de commencer par rapprocher Severus de James ? »

Harry et Draco le regardèrent avec interrogation.

« Si Severus commence à apprécier James, il ne sera plus aussi haineux envers son fils. Il y a déjà une amélioration si vous dites qu'il s'est remis de sa peine de cœur avec Lily, ne reste plus qu'à supprimer sa haine de James. Son acceptation pour son fils sera plus facile. Restera à lui faire avaler que vous l'avez manipulé pour l'empêcher de devenir un mangemort. »

Harry grimaça. C'était sans doute le second point sur lequel il n'avait pas le moindre doute : apprendre qu'Harry et Draco avaient influencé sa vie volontairement allait rendre Severus fou de rage. Il abhorrait les manipulations à son égare.

« Ce n'est pas une mauvaise idée, lui fit remarquer Drake. C'est même assez censé. Au moins, ton identité ne lui posera plus autant de problèmes…

-Et comment je rapproche Severus de James ? demanda Harry. Je ne peux pas l'obliger à faire des activités avec les maraudeurs éternellement !

-Non, certes, mais tu pourrais proposer à James de venir plus souvent. Ils seront bien obligé de se fréquenter, surtout si Sirius et Severus sont amis…

-Ne vas pas si loin, ils ne sont pas encore amis, surtout que ce qu'il s'est passé hier !

-Peut-être qu'ils vont se rapprocher, au contraire.

-J'ai l'impression que ce serait encore pire, intervint Harry, soudain pris de remords. On le manipule encore plus en s'arrangeant pour qu'ils s'entendent tous…

-Et bien, oui… enfin…, hésita Regulus. Ce n'est pas vraiment de la manipulation si vous vous contentez de faire venir James et laissez les choses se passer.

-Il faudrait d'abord s'assurer que Severus et Sirius s'apprécient, fit remarquer Draco. Si tu invites James à venir maintenant, tout ce qu'il se passera, c'est que les deux terreurs passeront des heures ensembles en négligeant totalement les autres personnes !

-Et pourquoi pas la visite ? s'exclama Regulus, les faisant sursauter. Ash, tu m'avais proposé de visiter le Londres moldu. Pourquoi ne pas organiser ça pour tout le monde, Lily incluse. J'essayerai de devenir amis avec les autres, Severus n'aura pas d'autre choix que de me suivre et ça entraînerait un début de dialogue ! »

Encore une fois, Harry et Draco le regardèrent, mais cette fois avec stupéfaction.

« Quoi ? s'étonna le plus jeune.

-C'est une bonne idée, s'exclama Draco, l'air étonné.

-Pourquoi ça te surprend ? » demanda Regulus, vexé.

Draco se mit à rire alors qu'il se rapprochait de Regulus pour l'enlacer.

« Ne te vexe pas, je ne dis pas qu'une bonne idée de toi est surprenant, je suis stupéfait que tu veuilles visiter le Londres moldu. Mais ton idée est excellente, Regulus. Je vais regarder ton horaire, Ash et nous allons proposer à tout le monde de faire la visite. Regulus, débrouille-toi pour obliger Severus et Sirius d'accepter, Harry, envoi une lettre à Lily en lui proposant de t'aider, James rappliquera aussitôt !

-Je ferai passer ça comme le début des études de Remus, intervint Harry. Je lui ai promis de lui enseigner le monde des moldus, ce serait une bonne introduction…

-Oui ! s'écria presque Draco, le faisant sursauter. Consacre-toi à Lupin, dès aujourd'hui ! »

Harry haussa un sourcil face à l'excitation de Draco.

« Que…

-Severus est jaloux de Remus, expliqua Draco, tout sourire. Il ne supporte pas de vous voir passer du temps ensembles, il me l'a mentionné quand tu t'es endormi près de lui. Rends-le encore plus jaloux !

-Mais… Enfin… Quoi ? Pourquoi est-il jaloux de Remus ?

-Parce que Remus est un chien errant et que Severus a déjà compris que tu étais du genre à te passionner pour ce genre de personne. Il a peur de perdre ton attention. En ne t'occupant que de Remus, tu vas le faire enrager ! Bon ! C'est décidé. Je vais consulter l'agenda pour voir si nous pouvons organiser cette journée visite et aménager ton temps de façon à ce que Lupin et toi passiez du temps ensembles. Ah, n'oublie pas qu'il te faut aussi construire tes cours pour l'année prochaine.

-J'ai déjà commencé, répliqua Harry, grimaçant. Mais je n'ai fais que les deux premières années, il reste tous les autres.

-Tu as encore du temps, répondit Draco. Bon, debout tout le monde, une longue journée nous attends ! »

Il bondit du lit avec une énergie débordante. Regulus tourna la tête vers Harry, une moue sur les lèvres.

« Il est toujours ainsi le matin ? »

Harry le regarda et se mit à rire.

« Oui », dit-il.

Regulus poussa un soupir dramatique.

oOo

L'organisation de la visite à Londres demanda plus d'arrangements qu'ils n'en avaient prévus. En premier lieu, Harry fut obligé d'admettre qu'il n'avait jamais visité la ville de sa vie et qu'il connaissait à peine les points stratégiques. Son aveu intimidé servit toutefois leur sombre dessein : ils appelèrent Lily en renfort afin de les aider à programmer un parcours dans la capitale et pour étudier les transports les plus intéressants.

La jeune adulte avait été ravie de participer à une telle initiative et avait investi le manoir Sadrah, accompagné d'un James curieux mais heureux de retrouver son meilleur ami. Harry n'eut pas le loisir d'observer les échanges entre adolescents pendant qu'il organisait la sortie ou qu'il commençait à donner des leçons à un Remus très attentif, mais Draco lui révéla qu'à sa grande stupeur, Sirius et Severus avaient l'air de plutôt bien s'entendre (bien que leur nouvelle amitié reposât sur un échange de sarcasmes moqueurs et ambigus). La présence de James sembla refroidir un peu Severus qui passa néanmoins quelques demi-heures avec eux, sous l'instance de Regulus.

Si James et Severus se parlaient peu, ils le faisaient au moins avec politesse. Une certaine gêne gâchait leurs échanges, venant surtout de la part de James qui ne savait pas trop comment s'exprimer avec un garçon qu'il avait conscience d'avoir persécuté. Harry avait bien tenté de pousser James à s'excuser auprès de Severus pendant leur séance mais le Gryffondor s'était montré curieusement pudique sur le sujet. S'il envisageait de le faire, il n'en parlait pas et n'avait pas l'air non plus d'être pressé. Malheureusement, il était évident pour Harry que Severus ne se rapprocherait ni n'accepterait James à ses côtés tant que ce dernier ne ferait pas l'effort de reconnaître ses erreurs.

Une semaine fut nécessaire pour l'élaboration de la visite et pendant cette semaine, Harry avait passé plus de temps avec Lily que tout ce dont il pouvait se souvenir. Il apprécia d'interagir avec sa mère qui, comme le lui avaient dit Sirius et Remus dans son adolescence, était jeune femme intelligente et passionnée. Elle lui rappelait parfois Hermione, bien qu'il estimât qu'elles n'avaient en commun que leur capacité à s'investir dans tous projets qui leur étaient proposés. A par ça, les deux jeunes femmes étaient totalement différentes. Là où Hermione était parfois trop empathique, Lily avait une certaine dureté qui surprit Harry : oh, elle n'était pas sans pitié, mais elle ne pardonnait pas facilement. De même, elle gardait sa confiance pour elle et ne l'accordait qu'après un certain temps de réflexion. Le début de leur collaboration fut d'ailleurs très guindé avant de finalement se dérider au bout de trois jours, temps nécessaire à Lily pour le considérer comme nettement fréquentable.

Après quelques heures en sa compagnie, il remarqua également que sa mère n'était pas aussi assoiffée de connaissance qu'Hermione. Elle savait beaucoup de choses, était intéressée, mais ne poussait pas son interrogation jusqu'au moindre petit détail. Elle ne prenait que les plus importants, négligeant les détails qu'Hermione, elle, aurait ingérer avec fascination.

Malgré les différences, Lily n'en restait pas moins quelqu'un de curieux et d'intelligent. Harry savoura sa présence et commença à voir ces zones de lumières que Severus avait découvertes chez sa mère. A la fin de la semaine, tous les deux parlaient librement et avec beaucoup de satisfaction. James en vint à leur demander s'il devait s'inquiéter, alors qu'ils déjeunaient tous dans le jardin.

« A vous voir tous les deux, je me demande si je ne vais pas finir célibataire, s'exclama le jeune homme, l'air faussement boudeur.

-Aucun risque, répliqua Harry, un large sourire aux lèvres. Ce n'est pas mon genre de voler les petites amies de mes amis ! »

La réponse fit sourire James alors que Lily secouait la tête.

« James, vraiment ! dit-elle. Tu es idiot ! »

En réponse de quoi, le garçon lui tira la langue.

L'interaction ne sembla pas perturber Harry qui reprit sa conversation avec Lily comme si de rien était. Draco, par contre, remarqua l'expression pensive de Severus, poser sur eux. Il n'y avait ni méfiance, ni jalousie sur son regard, simplement de la contemplation et alors qu'il regardait la mère et le fils discuter ensembles à son tour, Draco eut un frisson : mis côté à côte, la ressemblance des yeux d'Harry et de Lily était stupéfiante. Il fut encore plus horrifié lorsqu'il intégra James au tableau : tous les trois avaient trop de similitude que pour croire au hasard ! Les yeux et le sourire de Lily, les pommettes, le menton et les cheveux de James : Harry était un parfait mélange du couple et le tatouage, la teinture capillaire et sa couleur de peau semblaient presque s'effacer alors qu'ils discutaient entre eux.

Severus les regarda pendant presque tous le déjeuner et Draco du se retenir de hurler à son frère de cœur de cesser de parler avec eux. Très logiquement, il pensa que si Severus venait à découvrir de lui-même leur identité, ça risquait d'être encore pire que s'ils l'avouaient : le jeune homme pourrait penser qu'ils n'avaient jamais eu l'intention de lui dire la vérité.

Heureusement, le déjeuner se termina sans explosion ni révélation : Harry finit par se lever et invita Remus à le suivre dans la bibliothèque, provoquant cette fois une moue jalouse chez le Serpentard. Ses pensées furent ainsi détournée d'une évidence qui l'avait probablement frappée mais lui semblait improbable, pour l'instant. Draco regarda Harry s'éloigner avec le lycanthrope, un soulagement écrasant sur les épaules. Déterminé à distraire Severus, il s'empressa de lui parler.

« Alors, Severus, dit-il, attirant l'attention du jeune homme et des autres adolescents. Ta maîtrise approche. Impatient ?

-Plutôt, répondit aussitôt le futur potioniste, bien qu'encore préoccupé par l'absence d'Ash et de Lupin. Mais… Enfin, il faudrait que je m'entretienne avec Ash à ce sujet...

-Un problème ? s'enquit Draco.

-Non, aucun, répondit Severus. C'est juste que… enfin, je me demande s'il ne faudrait pas que je rencontre Maître Prafics avant le grand jour. A l'exception de la liste de fourniture qu'il m'a envoyé, je n'ai eu aucun contact avec lui et j'aimerai… je suppose… avoir un premier contact, avant d'aller chez lui de façon permanente.

-Tu veux voir s'il te plaît ? se moqua Sirius, ses sourcils montant et descendant de façon suggestive.

-Rien à voir, répliqua Severus, moqueur. J'aimerai juste voir quel est son caractère. Discuter avec lui du programme, comprendre quelle est son optique d'enseignement. Parler, sans arrière pensée, en gros. Un concept inconnu pour toi, je n'en doute pas.

-Tes compliments me vont droit au cœur, Severus », répondit Sirius en battant des cils.

Le concerné leva les yeux au ciel et se désintéressa de lui pour se tourner vers un Draco amusé.

« Tu crois que ce serait possible ? demanda le jeune homme.

-Je suis certain qu'Ash sera ravi de t'amener rencontrer Claus. Je vais lui écrire une lettre au nom de Ash et nous allons convenir d'un jour ensembles. Il ne reste que vingt jours avant ton grand départ, je peux comprendre que tu as besoin de te familiariser avec ton maître d'apprentissage avant de quitter ta maison. Bien, les jeunes, je vous laisse entre vous, j'ai du travail. On a encore une soirée de prévue, Ash va sans doute tenter de se cacher quelque part, ça va me prendre une heure de le dénicher et de l'obliger à se préparer, autant me débarrasser de la paperasserie avant de partir à la châsse. Bonne après-midi ! »

Sous le rire des plus jeunes, Draco se leva, non sans avoir posé une main tendre sur l'épaule d'un Regulus souriant. Il s'éloigna ensuite dans le jardin, écoutant vaguement les moqueries raisonnant dans son dos, au sujet de la rougeur flagrante de son futur amant. Il monta les escaliers menant à l'étage mais ne s'arrêta pas dans son bureau comme il l'avait dit. A la place, il alla jusqu'à une petite chambre au bout du couloir et frappa délicatement à la porte. Une réponse claire mais fatiguée se fit entendre et Draco poussa la porte pour entrer. Il retint sa grimace en voyant Fixe, couchée dans son lit, presque aussi pâle que les draps.

La deuxième semaine d'août avait vu Fixe plus affaiblie qu'ils ne le pensaient : elle était dorénavant presque incapable de se déplacer seule, sans une canne voir même un soutient physique. Tweet avait été affecté à son aide et devait les appeler en cas d'urgence. Draco se retenait de hurler chaque fois qu'il voyait cette femme si forte, si indépendante, devenue quelqu'un de totalement différent. Ses grands yeux mangeaient son visage devenu bien trop fin à son goût. Il s'approcha du lit et s'installa sur la chaise mise à son chevet, ses mains allant s'emparer de celle de la malade.

« Comment vas-tu ? dit-il avec calme.

-Bien, répondit Fixe, comme chaque fois que la question lui était posée. Et toi ? Et Ash ?

-Nous allons bien, répondit Draco, préoccupé. Tu ne devrais pas répondre positivement alors qu'il est flagrant que c'est faut, Fixe. Comment vas-tu, vraiment ? »

La femme hésita, fébrile. Elle s'humidifia les lèvres et soupira.

« J'ai peur, admit-elle. Le dernier mois vient de disparaître, mon temps se compte maintenant en jours. Et ça me fait peur. »

Attristé, Draco se leva pour aller s'installer sur le bord du lit, enlaçant le corps devenu trop mince. Il caressa son dos, ignorant le vêtement trop grand et le toucher des os devenu trop évident. La voir ainsi lui rappelait sa propre anorexie, suite à son incarcération et il avait envie de hurler et de frapper tout ce qu'il pouvait.

« Je suis désolé de ne pas pouvoir aider. Est-ce qu'il y a un moyen de te soulager ou… de faire quoi que ce soit. Dis-moi…

-Vous faites déjà tellement, répondit Fixe en s'écartant de lui, l'amour brillant dans ses yeux. Ash passe tous le temps de libre qu'il a avec moi, il vient même la nuit ! Et tu m'accompagnes, chaque après-midi. Je ne pensais pas avoir avec moi qui que ce soit, lorsque le délai serait expiré. Et je suis vraiment contente d'avoir mes deux garçons qui veillent sur moi, me tiennent compagnie, s'assurent de mon confort et m'entourent de tout leur amour. Beaucoup de personnes dans ma situation sont seules et désespérées. Au moins, je ne meurs pas dans la solitude.

-Ne dis pas ça, murmura Draco, bouleversé. Ne parle pas de ta mort, s'il te plaît…

-C'est pourtant ce qu'il se produit, Draco, tu le sais. Je meurs. Je le sais. Ash le sait. Il faut utiliser les mots tels qu'ils doivent l'être. »

Il grimaça, incapable de supporter l'horreur de la situation et la reprit dans ses bras, incapable de s'en empêcher : il avait presque l'espoir de la protéger, de pouvoir la garder encore, lorsqu'il la tenait. Il avait passé six avec cette femme, lui confiant ses angoisses quant à la prison ou pour Harry. Elle l'avait aidé à vaincre les troubles d'alimentation provoqués par son incarcération, l'avait soutenu dans la reconstruction de son corps et de sa confiance en lui. Elle avait été la première à comprendre son désir pour Harry et à l'aider à y faire face, à supporter l'indifférence ou l'ignorance de celui qu'il aimait maintenant comme un frère. Il ne pouvait pas supporter de perdre cette femme forte qui lui avait sauvé la vie d'une centaine de façon, juste par sa présence.

« Je pourrai presque souhaiter te donner un peu de ma vie, murmura-t-il.

-Ce n'est pas possible, répondit-elle. Et même si ça l'était, je ne le tolérerai pas. J'ai fait une grave erreur. J'en paye le pris. Je ne voudrai pas que ma dette devienne la tienne ou celle d'Harry. Vivez vos vies, vous l'avez mérité. Aime Regulus, rends-le fou avec Harry, grandit, vois-toi venir au monde, profite de chaque instant, soit heureux et meurt heureux, comme je le fais. C'est tout ce que je te souhaite. »

Draco ne répondit pas. Il profita qu'elle ne pouvait pas le voir pour pleurer mais se calma au bout de quelques minutes : il ne pouvait pas pleurer, pas alors qu'elle était encore bien vivante. C'était la transformer en morte que de s'appesantir sur son futur décès. Hors, elle avait encore trente jours à vivre.

« Bon, dit-il en essuyant discrètement les larmes qui coulaient sur ses joues. Je vais encore squatter ta chambre pour lire le courrier et faire les comptes. Un peu de compagnie ne te dérange pas ?

-Pas du tout, lui répondit Fixe, souriante. Je t'écoute. »

Draco se leva et se dirigea vers le petit bureau d'appoint où l'attendait son travail du jour. Il s'installa dans la chaise disposée à son intention et l'orienta vers le lit de la malade, sa main saisissant la première lettre sans la regarder.

oOo

Comme l'avait prévu Draco, il dut littéralement poursuivre Harry dans tout le manoir pour l'obliger à se rendre à la soirée prévue. Il pouvait parfaitement comprendre la répugnance de son ami à se rendre au manoir Rosier : non seulement l'héritier était un mangemort, mais en plus, il poursuivait Harry d'une cour déplacée et terrifiante. Quelle que soit la soirée où ils se rendaient, Rosier venait lui parler, le détaillant d'un regard sournois et malveillant, son désir clairement visible. Si Draco avait commencé par se moquer d'Harry, la révélation de Regulus concernant les désirs de soumettre Harry – avec ou sans son consentement – avait refroidi son amusement. A présent, il prenait très au sérieux la cour du mangemort.

Rosier n'était pas un homme qu'il avait souvent fréquenté dans son adolescence mais les rares échos qu'il en avait eus – concernant une manifeste tendance sadique – ne le rassuraient pas. Surtout s'il avait jeté son dévolu sur Harry. Il était tout à fait capable de lui donner une quelconque potion de désir ou de simplement l'attirer à l'écart pour le violer. D'une certaine manière, Fabian Prewett représentait un obstacle flagrant entre Rosier et Harry.

Décidé à récupérer Harry après l'avoir pourtant rejeté, Fabian se présentait à chaque soirée et accaparait son ancien petit ami sans le moindre scrupule. Conscient que Rosier essayait d'attirer le jeune homme, Fabian mettait un point d'honneur à interrompre chaque conversation – pourtant déjà très courte – des deux hommes. Harry n'en était pas heureux pour autant, même s'il appréciait de ne pas se retrouver seul avec l'homme : maintenant qu'il avait mis un terme à sa relation avec Fabian et qu'il était conscient de son amour pour Severus, il n'appréciait que très peu les tentatives de séduction du membre de l'ordre.

Leur arrivée au Manoir Rosier provoqua en Harry une forte envie de fuir. Malgré tout, il offrit des sourires – même à ceux qu'il savait être ses ennemis – et s'entretint avec chacun des nouvelles réglementations ministérielles concernant les avoirs des entreprises sorcières. Il établit même des débuts de marchandages avec certains membres, que ce soit Saulus Yverne, potioniste intéressé par la perspective d'avoir accès à l'une des plantations de belladone des Sadrah, plantation réputée pour sa qualité exceptionnelle ou encore Erich Justari, fin styliste attiré par les fabriques de soie de l'empire Sadrah.

Il confia à Draco les éventuelles négociations et le jeune homme se frottait les mains à la perspective de l'argent. Il fut sortit de ses machinations par l'arrivée de Lucius qui le salua comme il l'aurait fait avec un frère. Narcissa s'empressa de l'embrasser, ravie de le revoir. Draco, constatant que les intérêts financiers étaient terminés, ne se gêna pas pour se plonger dans une conversation avec ses parents. Il lui était toujours étrange d'avoir pratiquement le même âge que son propre père et plus âgé que sa mère. S'il était triste de ne jamais avoir de relation familiale avec eux, il était très heureux d'être leur ami. Il savourait chaque échange avec eux, sautant sur la moindre invitation qui lui était faite pour les voir. Harry continuait d'être méfiant avec Lucius mais adorait Narcissa qui le lui rendait bien.

La soirée sembla passer plus vite alors qu'ils discutaient avec les Malfoy mais, malheureusement, Harry ne pouvait pas échapper à l'héritier du manoir. Ce dernier se présenta à eux alors que Lucius et Narcissa s'étaient éloignés pour aller saluer d'autres connaissances. Harry retint l'expression horrifiée qui lui venait en général lorsqu'on évoquait Rosier devant lui et offrit un sourire purement commercial.

« Monsieur Rosier, dit-il poliment. Votre demeure est magnifique.

-Merci Monsieur Sadrah, lui répondit le jeune homme. Mais les demeures de vos ancêtres, paraît-il, sont bien plus splendides. Quand donc nous ferez-vous l'honneur de nous inviter dans vos murs ? »

Harry se retint de crier jamais. A la place, il adressa un regard poli à Draco, seigneur et maître de son agenda.

« Nous prévoyons une fête pour le passage de la Nouvelle Année, renseigna Draco. Elle devrait avoir lieu dans notre maison sur l'Ile de Wight.

-Mais ne résidez-vous pas actuellement au nord de Londres ? En Hertfordshire, précisément ?»

Harry retint un frisson d'horreur à l'énonciation de la région où était situé le manoir et garda un sourire de façade.

« En effet, dit-il. Vous êtes bien renseigné, Monsieur Rosier. Mais cette maison est trop petite pour accueillir une réception quelconque.

-Oui, ce n'est pas surprenant. Combien d'étudiants de Poudlard comptez-vous accueillir dans votre demeure, Monsieur Sadrah ? »

Cette fois, Harry eut envie de hurler. Comment Rosier pouvait-il savoir qu'il avait accueilli des étudiants ? Les membres de l'ordre étaient informés et il pouvait y avoir des fuites venant de la famille Black, mais…

« Le moins possible, répondit-il froidement, incapable de garder son calme.

-Quel dommage, répondit Rosier. J'aurai volontiers posé ma candidature. »

Son expression se fit désireuse, presque dangereuse et Harry ressentit l'envie de lui jeter son verre de vin au visage. Draco l'en empêcha d'une pression légère, feintant de vouloir attirer son attention.

« Ash, dit-il presque tendrement. Regarda, Gideon et Fabian viennent d'arriver. Nous devrions les saluer…

-Nul doute que le jeune Prewett viendra de lui-même vous saluer, répliqua Rosier, amer. Tiens, d'ailleurs, le voilà qu'il vient, le brave garçon… »

L'insulte et la haine étaient clairement perceptibles dans la voix du jeune homme. Fabian et Gideon s'approchaient d'eux, en effet, le plus jeune en tête. Il s'empressa de donner une accolade aux deux hommes, celle d'Harry légèrement plus longue que celle de Draco, puis salua froidement Rosier.

« Heureux de vous revoir, dit poliment Gideon, plus modéré que son frère. Comment allez-vous ?

-Bien », répondit Draco avec une sympathie exagérée.

Fabian et Rosier se défiaient presque du regard et Harry dut se retenir de lever les yeux au ciel face au combat de coqs qui se livrait pour lui.

« Ash, s'exclama une voix familière aux oreilles du jeune homme. Comme ça faisait longtemps. »

Avec horreur, Harry se tourna vers une Bellatrix Lestrange au sourire ironique. Elle le fixait avec provocation, venant ajouter à leur assemblée une tension presque palpable.

« Bellatrix, persifla Harry, utilisant son prénom sans hésitation. Le temps n'est jamais assez long entre nos rencontres. »

La phrase fut soufflée d'un ton charmeur, rendant l'insulte presque tendre. Bellatrix esquissa un sourire sournois et se tourna vers son collègue.

« Augustus, je pense que notre invité spécial s'ennuie de toi. Tu devrais revenir avec nous. »

Rosier inclina poliment la tête puis sembla jauger Harry avec amusement.

« Peut-être voudrait-il vous rencontrer, Ash, dit-il.

-Peut-être vaudrait-il mieux lui demander, répliqua Bellatrix. Nous y allons ?

-Avec plaisir, répondit Rosier, moqueur face à la pâleur des hommes face à lui. En espérant vous revoir très vite, Monsieur Sadrah. »

Proposant son bras à Bellatrix, il s'éloigna après un signe de tête poli. Le silence accompagna son départ avant que les membres de l'ordre ne se remettent.

« Est-ce qu'ils viennent de sous-entendre ce que je pense ? demanda Ash, horrifié.

-Il semblerait, répondit Draco, scannant la salle du regard. Il y a une autre fête dans les murs du manoir et il n'est pas prudent de rester ici d'avantage. Je vais prévenir mes parents, nous partirons au plus vite. »

Harry et les Prewett acquiescèrent et le laissèrent s'éloigner. Ils le regardèrent s'approcher de Lucius et Narcissa pour leur chuchoter, avec le sourire, que Voldemort était présent. Narcissa blêmit alors que Lucius jetait quelques coups d'œil rapides et discrets autour d'eux. Sans attendre, les deux Malfoy feintèrent ensuite de rire au commentaire de Draco et le suivirent avec calme. En apparence, ils avaient l'air de se promener avec le plus jeune alors qu'en fait, ils se dirigeaient vers le groupe de l'Ordre.

« Vous rentrez ? demanda Narcissa, feintant la stupeur. Mais il est si tôt…

-Une grande journée nous attend demain, répondit Draco de façon indiscrète, nous aurons besoin de toute notre énergie.

-Ah, oui, votre visite, répondit Lucius, amusé. Est-il trop tard pour s'inviter ?

-Il n'est jamais trop tard, répondit Harry, souriant. Voulez-vous vous joindre à nous ?

-Avec plaisir, répondit Narcissa. Nous devrions rentrer également, dans ce cas. Il serait dommage de ne pas pouvoir en profiter intégralement.

-En effet ! intervint Gideon, bien que totalement ignorant du sujet de la conversation. Fabian, nous y allons ! »

Le cadet de la famille acquiesça et tous se dirigèrent vers la sortie, devisant de promenade en ville, sans jamais citer l'endroit où ils se rendaient. Quelques convives les arrêtèrent pour leur dire au revoir et ils répondirent sans arrêt avec allégresse jusqu'à ce qu'ils soient en dehors des portes. Là, le sérieux repris le pas sur leur visage.

« Rappelez-moi de ne plus aller à une soirée organiser par Rosier, grogna Harry, horrifié. Heureusement que nous n'avons rien bu et rien mangé !

-En effet, répondit Lucius. Au fait, nous ne viendrons pas demain…

-Je me doute, répondit Draco, amusé. Le jour où je vous verrai marcher dans le monde moldu, je pense avoir un sérieux problème cardiaque. »

Ils rirent tous alors que Lucius affectait d'être las de son commentaire puis se séparèrent pour rentrer chez eux, pressés de mettre le plus de distance possible entre eux et le manoir Rosier.

oOo

Comme l'avait prophétisé Draco, la visite à Londres fut une grande journée. Harry ne savait pas ce qu'il avait le plus aimé : les expressions sidérées des sangs-purs, les commentaires parfois acides de Severus sur certains endroits, la motivation sans borne de Lily ou le désir d'apprendre débordant de Remus. Ils marchèrent toute la journée et eurent un moment d'anthologie lors de leur première visite dans le métro. Alors que James et Sirius avaient manifestement adoré le moyen de transport, Regulus était blafard en ressortant, Severus serrait les dents étrangement et Draco tremblait des pieds à la tête. Les quelques autres expériences furent moins désastreuses pour eux, mais Harry garda un souvenir impayable de ces moments.

Le plus agréable pour lui fut les vêtements moldus que chaque sorcier avait du revêtir. Sans surprise, Severus était très à l'aise dans le jeans, le t-shirt et la chemise qu'Ash lui avait donné, mais James, Sirius et Remus semblaient un peu perturbé, bien que les deux premiers déclarèrent très vite qu'il était vraiment pratique de s'habiller de la sorte. Draco avait déjà enfilé des tenues moldus, notamment pour l'entraînement au Sarah et il prit donc plaisir à détailler Regulus, ses yeux léchant presque les formes que le jeune homme avait déjà révéler pendant leurs cessions de sport, au grand embarras de ce dernier.

« Tu n'étais pas ainsi, quand on était à Poudlard.

-Ah bon ? feinta Draco, innocent. Donc, tu n'as jamais trouvé bizarre que je te laisse courir devant alors que j'allais plus vite que toi ? »

Regulus mit quelques temps à comprendre le rapport mais il rougit brutalement quand il comprit que Draco venait de glisser subtilement qu'il le matait sans vergogne.

« Je… Mais…

-C'est un pervers », souffla Harry en passant près d'eux.

Regulus rougit encore d'avantage, si c'était possible.

Ils dinèrent dans un fast food et les sorciers semblèrent réellement surpris par ce qu'ils mangeaient, peu habitués à la nourriture rapide. Severus lui-même n'était jamais allé manger dans ce genre d'endroit, bien qu'il en ait toujours eu envie, confia-t-il à Harry alors qu'ils avançaient le long des rues pavées de la capitale, suivant un James et un Sirius empressés d'aller visiter la Tour de Londres, déblatérant sur la possibilité de rencontrer des fantômes ou non.

Globalement, la visite se passa royalement bien, les jeunes adultes, encore un peu enfant parfois, s'épuisèrent à courir, commenter, découvrir, tout ce qui leur était montré. Le but inavoué d'Harry et Draco fut également réalisé : à la fin de la journée, Severus, Sirius et James se parlaient bien plus librement qu'ils ne l'avaient jamais fait, sous l'œil avisé des deux conseillers psychologiques, ravis d'avoir réussi leur petite manœuvre. Regulus avait également beaucoup aidé en se montrant ouvert et bavard avec les Gryffondors.

Inconsciemment, Draco avait un autre but : celui de torturer Severus avec le rapprochement entre Remus et Harry. A sa plus grande joie, ce fut une réussite : Il n'avait plus vu le jeune homme aussi boudeur depuis qu'il avait remonté le temps. Chaque fois que le futur potioniste posait les yeux sur Ash et Remus en train de discuter discrètement entre eux, le jeune homme esquissait une grimace presque menaçante, véritablement contrarié par le rapprochement des deux hommes.

Quand ils rentrèrent au manoir, ce fut tout naturellement qu'Harry proposa à James et Lily d'y passer la nuit. Il était déjà tard et les deux amoureux semblaient épuisés. Malheureusement, James refusa poliment, arguant qu'il ne voulait pas laisser son père seul. Ils partirent donc par la cheminée mais Harry ne fut pas déçu pour autant : il entendait Severus et Sirius se chamailler amicalement dans le couloir ! Un sourire presque rêveur aux lèvres, il rejoignit la salle d'audio où il installa un disque d'Elvis Presley sur le tourne-disque. Il s'installa négligemment dans le canapé, s'y affaissant sans retenue. Laissant son corps se détendre sur le blues diffusé, il ferma les yeux pour savourer les notes langoureuses, soupirant de satisfaction. Jamais il n'avait imaginé passer une journée aussi extraordinaire, lorsqu'il avait remonté le temps !

« Ash ? »

Harry sursauta dans son fauteuil et tourna la tête vers l'entrée, un sourire joyeux lui venant tout naturellement aux lèvres en apercevant Severus. D'un mouvement de la main, il l'invita à venir s'installer près de lui.

« Je ne connais pas ce chanteur, dit le jeune homme en prenant place dans le canapé.

-Elvis Presley, répondit Harry d'un air rêveur. C'est un chanteur très à la mode… »

Il s'abstint de dire que normalement, le chanteur devait mourir dans quelques jours…

« Dobby ! »

L'elfe apparut devant lui, l'air ravi.

« Bonsoir, Dobby, dit Harry, avec tendresse. Penses-tu pouvoir nous apporter du thé, à Severus et moi ?

-Avec plaisir, maître ! »

L'elfe disparut aussitôt pour revenir en quelques secondes accompagné d'une tellière et de deux tasses.

« Merci Dobby. »

L'elfe s'inclina respectueusement puis repartit, sous l'œil sceptique de Severus.

« Vous êtes… atrocement poli avec vos elfes de maison, fit-il remarquer.

-Oui, je sais, répondit Ash en s'approchant de la table basse et en leur servant à tous les deux de quoi boire. J'aime l'être. Ce sont des créatures vivantes, très émotives. Mal les traités est un cruel manque de jugement. Je mets un point d'honneur à les couvrir de sympathie. Et puis, je les aime bien. Les elfes de maison et moi avons toujours eu des points communs troublants. »

L'espace d'un instant, le visage d'Harry s'assombrit en repensant à son oncle et à sa tante, mais aussi au Dobby de son époque, mort en les aidant, Ron, Hermione et lui. Mais il chassa ses tristes pensées pour se tourner vers Severus avec sa joie habituelle.

« Vous vouliez me parler, Severus ? »

Ce dernier hocha la tête et reposa sa tasse de thé dans sa soucoupe, le bruit de la porcelaine arrachant un frisson à Harry : c'était un son simple qu'il aimait entendre, sans doute parce que boire du thé ne se faisait jamais pendant une bataille et n'était donc assimilé qu'à des moments de calme et de repos, rarement de drame.

« J'ai demandé à Drake d'organiser une rencontre avec Claus Prafics et je me demandais… enfin… Si vous aviez des nouvelles ou…

-Ah, oui, la visite avec Claus ! s'exclama Harry, souriant. Attendez un instant. »

Il remua la main et patienta une dizaine de minutes. Un rouleau de parchemin arriva par la porte ouverte et fonça droit vers Harry qui l'attrapa en une seconde.

« Alors… je lui ai proposé le rendez-vous, lui expliquant que vous aimeriez discuter avec lui de votre future maîtrise, il m'a répondu que le vingt août lui semblait une bonne date, à quatorze heures, heure locale. Est-ce que ça vous convient ?

-Heure locale… ça nous fait partir à…

-Cinq heures, oui, répondit Harry, grimaçant. Les problèmes du décalage horaire… Enfin, avec les arches, ça ne posera pas de problème. Je vous propose qu'on se retrouve ce matin là à quatre heures et demie dans le hall ? Petit déjeuner rapide et on y va ?

-Heu… Les arches, vous êtes sûr ?

-Oh, allons, Severus, je suis certain que vous mourrez d'envie de les essayer ? Non ?

-Et bien… oui, admit le jeune homme, gêné. Mais… c'est sans crainte ? Je veux dire… Vous vous en servez, n'est-ce pas ?

-Très régulièrement, admit Harry. Comment croyiez-vous que Drake et moi rencontrons nos partenaires commerciaux. Les affaires de la famille Sadrah sont mondiales, voyager est nécessaire, on ne peut pas tout régler par courrier. Et, comme je vous l'ai dit, j'utilise très fréquemment celle du Sahara. J'aime aller dans le désert, de temps en temps… Et je rendais visite à ma mère, quand elle y habitait. Enfin, bref… C'est sans aucun danger, tant que vous me tiendrez la main. »

Severus baissa les yeux vers sa main où trônait fièrement le tatouage de la famille Sadrah, d'un rouge si foncé qu'il en paraissait noir.

« Est-ce que ça a fait mal ? demanda-t-il. L'adoption ? »

Harry leva la main, regardant le tatouage.

« Oui, avoua-t-il. Surtout parce que la magie Sadrah m'a obligé à revivre ma vie, de ma naissance au jour de l'adoption. Et que ce n'était pas agréable de revivre tout ça. S'il n'y avait pas eu ça, ça aurait juste brûlé un peu ma main. »

Severus haussa un sourcil.

« Tous les tatouages sont douloureux, ne vous leurrez pas, même les magiques !

-Et ceux sur votre visage ?

-Ceux là sont plus que douloureux, admit Harry en touchant vaguement l'horloge. Ça a été une vraie torture. Mais c'était pour la bonne cause.

-Pourquoi ? Pourquoi vous êtes vous tatoué le visage de cette façon ? »

Harry le regarda d'un air pensif. Il sembla réfléchir un long moment à la réponse avant de la formuler.

« J'en avais besoin, dit-il. J'en avais besoin pour me rappeler qui je suis. Pour me sentir moi, derrière toutes les apparences... »

Il s'interrompit. Encore un peu, il parlait trop. Il ne pouvait pas dire à Severus qu'il s'était tatoué pour cacher son vrai visage mais aussi pour se rappeler qui il était. Le jeune homme ne comprendrait pas et essaierait d'avoir des explications. Et il ne pouvait pas dignement lui en donner.

« Vous sentir vous ? demanda Severus.

-Vous n'avez jamais eu l'impression de vous perdre ? demanda Harry. De ne plus savoir qui vous êtes, derrière tous les rôles que vous impose la vie ? Combattant, psychologue, professeur… Je porte trop de masque. J'aime parfois me rappeler que je ne suis qu'Ash. Juste Ash. Le petit garçon qui dormait dans un placard… »

Il ferma les yeux, savourant les mots quelques instants, un léger sourire aux lèvres, alors que Heartbreak Hotel se déversait dans la pièce, chantée par le King.

« Peu importe, dit-il en ouvrant les yeux. Sirius et vous… ça a l'air d'aller ?

-Oui, et bien… Je suis allé lui parler, le soir du… enfin, de son comportement stupide !

-Vraiment ? s'étonna Harry, stupéfait.

-Ouais… Il n'était vraiment pas dans son état normal, j'ai voulu creuser…

-Et vous avez trouvé quelque chose ?

-On peut dire ça… »

Harry inclina la tête sur le côté, curieux. Mais il ne posa pas de question : Severus ne lui répondrait de toute façon pas, il en était certain. Ce qu'il s'était passé entre Sirius et lui resterait secret, ne serait-ce que par respect… et même si une part de lui – la plus mauvaise – avait très envie de lui arracher la vérité, il se retint de poser toutes questions : insister serait la pire de idées !

« Aah, soupira Harry en s'appuyant contre l'assise de son fauteuil. On peut donc dire que vous avez vraiment gagné en maturité, tous les deux…

-Pour moi, c'est une évidence, fit remarquer Severus. Par contre, Black… Disons qu'il a acquis un peu de sens commun ! »

Harry se mit à rire alors qu'une exclamation furieuse se fit entendre derrière eux. Ils se retournèrent pour voir Sirius, une moue boudeuse sur les lèvres.

« Tu pourrais me défendre, Ash ! s'outragea Sirius. J'ai mûri !

-S'il te plaît de le croire, Black, répliqua Severus, un léger sourire aux lèvres.

-Ash, arrête de rire et dis quelque chose !

-Que fais-tu ici ? demanda Harry. Tu espionnais ? »

Sirius eut l'air gêné, preuve que la réponse était oui, mais il rebondit rapidement.

« Drake a demandé que je vienne vous chercher. Il a fait préparer une collation pour le souper, étant donné qu'on s'est déjà… Comment a-t-il dit, déjà ? Bien bourré de nourriture grasse toute la journée ! »

Harry esquissa un sourire en l'entendant et se leva souplement du fauteuil, s'étendant avec plaisir.

« Et bien, allons voir cette collation, dans ce cas. En plus, je dois m'entretenir avec Remus au sujet de ses leçons…

-Ouais, au sujet de ses leçons, répliqua Sirius, taquin.

-Que dois-je comprendre ? demanda Harry.

-Rien, je trouve juste que Remus et vous êtes… proches ? »

Harry prit un air surpris. Et bien, il s'était rapproché de Remus, certes, mais pourquoi… La compréhension vint rapidement et il leva les yeux au ciel.

« Sirius, tu es pire qu'une commère de troisième année ! Au lieu de t'imaginer une relation amoureuse là où il n'y en a pas, pourquoi n'en vivrais-tu pas une ?

-J'essaye ! répliqua Sirius, l'air tragique. Mais je me suis fait jeter !

-Un tombeur comme toi ? A d'autre ! Elle a voulu se faire désirer. Attaque encore ! »

Puis, sans plus s'embarrasser de conseil matrimoniaux, Harry quitta la pièce, laissant le tourne-disque diffuser Elvis Presley et Severus et Sirius stupéfaits de sa réplique.

Les deux adolescents se regardèrent, l'un sceptique, l'autre amusé.

« Dis-moi, Severus…

-Ne commence pas, Black !

-Commencer quoi ? Tu n'es pas un peu jaloux ?

-Jaloux de quoi ?

-Et bien… Tu vas partir en maîtrise ! Soit dit en passant, tu vas vraiment me manquer ! Et tu vas laisser Ash ici… seul… Avec Remus…

-Et plein d'autres courtisans, Black, je m'en fiche, ok ? Je ne suis pas amoureux d'Ash Sadrah !

-Disons attiré physiquement, dans ce cas ?

-Le physique n'est qu'une notion d'esthétique futile, répliqua Severus. Dans soixante ans, toutes les belles personnes seront vieilles et ridées ! Et elles seront laides ! Alors non, je ne m'attache pas au physique. Et si c'était le cas… Black. Rentre-le toi dans le crâne, pitié : j'aime les femmes !

-Oh, pas à moi, Severus ! Tu n'as pas cessé de fusiller Remus du regard toute la journée. Et dès qu'elle se termine, qu'est-ce que tu fais ? Tu t'empresses de t'isoler avec Ash pour lui parler !

-J'avais une question à lui poser !

-La bonne excuse ! Tu as toujours une bonne excuse ! Les cours de duel, une question à poser… Vraiment ? Ouvre les yeux Severus. Sinon, quand tu le feras, il sera trop tard !

-J'aime les femmes ! répliqua Severus.

-Ouais ouais, c'est ça ! »

Severus pesta, mais Sirius ne l'écoutait même plus. Un petit sourire supérieur sur les lèvres, il sortit de la salle audio, suivit du Serpentard.

« Tu sais, si tu aimes tant les femmes que ça, ça ne devrait pas te troubler, alors…

-Me troubler ? Qu'est-ce qui me trouble ? demanda Severus.

-Oh, disons… Ah, Ash, attends ! »

Severus, perplexe, regarda Sirius courir après le psychologue qui était dans le couloir, occupé à parler avec Remus. Encore ! Le Gryffondor adressa un sourire provocateur à Severus, semblant percevoir son mécontentement à la vue du lycanthrope et de l'homme occupés à parler mais il ne s'attarda pas d'avantage. Empoignant Ash par les épaules, il profita qu'ils faisaient presque la même taille – Ash était juste un peu plus petit – et à la grande stupéfaction de toutes les personnes présentes, plaqua ses lèvres sur celle d'un Ash Sadrah stupéfié.

Le silence et l'immobilité régnèrent pendant de longues minutes. Puis, presque en même temps, Severus franchit le mètre le séparant du couple, attrapa Sirius pas le bras pour le tirer en arrière alors qu'Ash initiait un mouvement pour repousser Sirius, bien qu'avec douceur.

« Mais enfin, Black, t'es dingue ?

-Sirius, est-ce que tu as encore bu ?

-Euh… J'ai raté un épisode ou quoi ? »

Tout le monde se tourna vers un Drake Malfoy stupéfait à l'entrée de la cuisine. Il avait l'air si ébahi que Sirius éclata de rire.

« Non, je n'ai pas bu, je ne faisais que vérifier une théorie…

-Une théorie ? demanda Ash, manifestement traumatisé. En m'embrassant ?

-Oui, je sais, c'est bizarre. Mais j'ai eu ma preuve, donc,… désolé de t'avoir utilisé, Ash ! »

Ce dernier sembla un instant hésitant puis secoua la tête, renonçant apparemment à comprendre.

« Evite de te servir de moi comme d'un cobaye à nouveau. C'est vraiment traumatisant.

-Hé ! J'embrasse bien !

-Je n'ai pas dit le contraire, Sirius, mais… je n'avais vraiment pas envie de tester…

-Je ne suis pas non plus repoussant !

-Non, Sirius, tu es un garçon très séduisant, ne t'y trompe pas. Mais je suis amoureux de quelqu'un, il m'est donc difficilement envisageable d'embrasser une autre personne… »

La déclaration d'Ash eut au moins l'effet bénéfique de faire taire Sirius qui resta estomaqué par la déclaration. Ce n'était d'ailleurs pas le seul. Remus avait l'air stupéfait alors que Severus le fixait, étonné.

« Aaah, tu es amoureux, s'extasia finalement Sirius. De qui ?

-De « ça ne te regarde pas ». Tu connais ?

-Non, jamais rencontré. C'est Remus ?

-Non.

-Moi ?

-Non, ça n'aurait pas de sens !

-Regulus ?

-Non. Tu vas me citer toutes les personnes vivant sous ce toit, c'est ça ?

-Oui ! Severus, dans ce cas ?

-Sirius, ce petit jeu est ridicule. Va manger et arrête ça !

-Mais tu n'as pas répondu !

-Parce que tu es ridicule, je vais répondre non à tout le monde, de sorte que tu ne sauras pas qui s'est !

-Donc, la personne habite sous ce toit ?

-Non !

-Menteur !

-Va manger, tu es insupportable. Ça doit être la faim. Les adolescents sont pénibles quand ils ont faim…

-Je ne suis pas un adolescent !

-Ah bon ? On dirait !

-Non, je suis un adulte ! Et je saurai trouver de qui tu es amoureux.

-Si tu le dis, répliqua Ash. Je vais voir ma mère…

-C'est ça, fuit ! »

Ash ne prit même pas la peine de répondre et gravit les marches menant à l'étage, l'air las.

« Donc, il est amoureux, dit pensivement Sirius en le suivant des yeux, pour enfin regarder Severus. Et toi aussi…

-Black, va manger, Ash a raison !

-Non, j'ai raison ! Ecoute… »

Il regarda vers la cuisine, s'assurant que Regulus, Drake et Remus n'écoutaient pas.

« Tu m'as serré le bras si fort que je suis certain d'avoir la marque de ta main demain. Tu y as même mis de la magie, Severus ! Ose seulement dire que ça ne t'a pas déplu de me voir l'embrasser !

-J'avais surtout pitié pour Ash. Pour avoir subi le même sort que lui, je voulais lui épargner des dommages psychologiques irréparables !

-C'est ça, fais donc des pirouettes syntaxiques, t'as raison ! Mais je sais ce que je dis. Ash m'a juste poussé doucement. Il n'a même pas crié quand il m'a repoussé, il a parlé raisonnablement. Toi, tu m'as empoigné le bras physiquement et magiquement et tu as hurlé. Drake n'a pas hurlé, lui non plus, Remus n'a même rien dit alors qu'il a le béguin pour Ash. Tu es le seul qui ait réagi aussi violemment. Tu as des sentiments pour Ash, que tu te masques la vérité ou non. La seule chose qui te freine… Non les choses. La première, c'est son sexe. La seconde, c'est… je ne sais pas. La peur d'être rejeté ? La peur d'aimer ? Dans tous les cas, j'ai ma preuve !

-Tu… tu n'as la preuve de rien du tout, Black, c'est ridicule. J'ai réagi ainsi parce que… tu n'avais pas à te servir de lui pour prouver ta théorie stupide !

-Ma théorie stupide ? Ma théorie t'a fait sortir de tes gonds ! Ma théorie est en train de te troubler, si bien que tu en perds tes mots, Severus. Tu doutes parce que tu sais que tu n'avais pas à réagir ainsi. Si vraiment ça t'était égal que j'embrasse Ash, tu n'aurais même pas bougé, mais tu as crié et tu m'as blessé ! Tu l'aimes. Tu n'arrives juste pas à l'admettre ! Mais tu devrais. Sinon, tu vas juste perdre une occasion en or !

-Tu… Arrête avec tes stupides conseils, Black, bordel. C'est ridicule et je ne veux plus en entendre parler ! »

Vivement, Severus tourna les talons, se dirigeant vers les escaliers d'un pas rageur.

« C'est ça, fuis, toi aussi, répliqua Sirius, amusé. Mais je ne vais pas te laisser faire jusqu'à ce que tu l'admettes, Severus !

-Va au diable ! »

Et Severus monta les escaliers presque en courant, sous le rire narquois de Sirius.

oOo

Choqué était loin d'être le mot retranscrivant les sentiments d'Harry dans les jours qui suivirent. Le baiser de Sirius restait gravé dans sa mémoire, mêlant horreur et incompréhension : pourquoi diable son jeune parrain avait-il voulu l'embrasser pour vérifier une théorie. Et d'ailleurs, quelle théorie ? Sérieusement, était-il fou ? Pourquoi l'embrasser de la sorte ? Il n'y comprenait rien et décida d'éviter Sirius, histoire ne pas se retrouver comme sujet d'expérimentation.

De toute façon, ce n'était pas comme s'il avait le temps de se préoccuper des lubies d'un adolescent déranger : la rentrée approchait et avec elle venait les réunions des enseignants à Poudlard. La première s'était déroulée d'une façon assez comique avec un Ash gêné d'être professeur et osant à peine intervenir, sous le regard hilare d'Albus Dumbledore et hautain de McGonagall. Si le professeur de métamorphose l'appréciait d'avantage qu'en début d'année, elle n'en restait pas anormalement sévère avec lui, à sa grande peine. Il notait à présent combien il avait été horriblement privilégié en tant qu'Harry Potter aux yeux de son professeur. Avait-elle été anormalement gentille à cause de son identité ? Ou était-elle anormalement méfiante à cause de ses faux semblants ? Dans tous les cas, une barrière le séparait de son ancienne directrice de maison et il ne parvenait pas à la franchir.

C'était tout le contraire avec Hagrid qui lui vouait un culte presque inquiétant : le demi-géant avait été bouleversé par la création d'une bague magique pour lui et par les efforts qu'Harry avait fait pour lui apprendre à s'en servir, tout au long de l'année. Reconnaissant d'avoir retrouvé la magie, il jetait à Harry des regards brillants d'admiration qui le gênaient encore plus que quand il était adolescent !

Les leçons avec Remus l'occupaient aussi, maintenant qu'il y consacrait ses moments de libre. Ils se retrouvaient dans le salon d'audio et y visionnaient des films, écoutaient de la musique tout en discourant du mode de vie des moldus. Le jeune homme était attentif, avide de connaissance, conscient que c'était une chance inespérée pour lui de trouver un métier dans le monde non magique. Harry l'avait interrogé sur le domaine que Remus préférerait et ce dernier avait décidé qu'un métier calme, ne demandant pas trop d'investissement, serait sans doute le plus facile : adorateur de livre, il proposa bibliothécaire ou, éventuellement, vendeur en librairie. Harry se documenta donc sur le poste et orienta ses leçons sur le domaine.

Conscient que cela demandait également une certaine connaissance littéraire, il l'aida à s'inscrire dans une bibliothèque municipale afin qu'il aille emprunter des livres que le lycanthrope dévorait à une vitesse folle. S'il l'accompagnait dans les premières visites, Remus en vint rapidement à se déplacer seul pour y aller.

Sachant que Voldemort pouvait reprendre ses activités meurtrières d'un instant à l'autre – Harry avait déjà remarqué que le mage noir semblait avoir une productivité scolaire : il s'activait pendant l'année et semblait inexistant pendant les vacances – Harry avait repris ses séances d'entraînement avec plus de vigueur et passait au moins une heure en sale de duel et une de plus dans la piscine. Nager l'aidait à se détendre tout en travaillant les muscles de son corps. Il n'était pas rare qu'il se rende au sous-sol pour effectuer quelques brasses, la nuit, lorsque le sommeil se faisait désirer malgré l'absence de Draco.

Le fait que Voldemort soit présent à une soirée donnée par Rosier ne lui inspirait rien de bon. Harry savait que pour qu'il soit craint, Voldemort avait tendance à utiliser les attaques et les menaces, mais une position politique était cruciale dans sa tentative de conquête. Sa présence aux soirées organisées par ses mangemorts risquait d'être plus forte au fur et à mesure. Draco et lui en avaient discuté, jugeant de l'importance de leur présence ou de leur absence. Ils en avaient finalement déduit que s'écarter de ses soirées serait de donner l'opportunité à Voldemort de tisser des liens avec des personnalités neutres, ce qu'ils ne pouvaient se permettre. Ils décidèrent donc de continuer à être présents, n'en déplaise à l'insécurité qu'ils ressentaient.

Trois soirées organisées par des mangemorts étaient prévues pour le mois d'août : l'une par Avery, une par la famille Nott et la dernière, mais non la moindre : par Lestrange en personne. Pour cette dernière au moins, les deux meilleurs amis hésitaient. Une soirée organisée par Rodolphus et Bellatrix ne pouvait promettre que des catastrophes ! Ils avaient le temps d'en débattre, cependant, car la soirée devait avoir lieue le 30 août, veille de l'anniversaire de Regulus. Ce dernier semblait attendre sa majorité avec une certaine crainte et une forte envie. La première venait qu'il n'avait pas envie de retourner à Poudlard où son seul et unique ami ne serait pas présent, sans compter que le seul et unique ami en question allait partir pour l'Australie pour une maîtrise en potion de deux ans ! La seconde, elle, était claire et nette : il serait majeur et pourrait dépasser le stade de la discussion avec Drake, bien que ce point aussi le rende nerveux. Il désirait plus que tout entretenir une relation physique avec Drake mais le fait d'être intime avec quelqu'un – quelqu'un d'expérimenté, en plus – le terrifiait.

Timidement, il s'en entretenu avec un Severus à l'air blasé qui l'écouta patiemment. Le Serpentard, lui aussi totalement vierge sur ce point, lui conseilla de soit en discuter directement avec l'intéressé le moment venu, soit d'aller trouver son frère.

« Manifestement, il regorge d'expérience, il devrait pouvoir t'aider ! »

Mais discuter avec Sirius était une expérience que Regulus n'avait tenté qu'une seule fois. D'un sujet sérieux, du moins. Et si son frère avait su l'aider, le fait était que le jeune homme ne se voyait pas parler sexe avec Sirius. Il le prendrait certainement de haut et se moquerait de lui. Ne lui restait plus que Draco. Ce qui était encore plus mortifiant. Comment dire à son futur amant « J'ai peur de la première fois où nous coucherons ensembles, parce que même si je me suis touché très souvent en m'imaginant le faire, la réalité n'est jamais pareille à la fiction. Et je suis horrifié à l'idée de ne pas être bien ! ». Plutôt mourir ! C'était donc avec une angoisse croissante qu'il voyait son anniversaire approcher.

Du côté de Severus, si en apparence, il semblait d'une sérénité terrifiante, c'était tout le contraire dans son esprit. L'approche de sa maîtrise et de sa première rencontre avec le géni Claus Prafics, l'empêchait presque de dormir. Il savait que c'était ridicule, mais il était également conscient de l'énorme chance qu'il avait d'être accepté par un tel expert des potions. L'idée de lui déplaire ou de ne pas être à la hauteur lui semblait intolérable. Une nuit qu'il n'arrivait pas à dormir, il était descendu et avait croisé Ash Sadrah, vêtu d'un maillot et d'un peignoir de bain, les cheveux encore humide d'une séance de natation tardive. Il avait été choqué de croiser son protecteur à une heure si avancée de la nuit, dans une telle tenue. Et horriblement troublé également. Mais il ignora la petite voix intérieure se moquant de lui et de son trouble – et qui avait la sonorité de Sirius Black – pour discuter avec celui qui savait si bien le conseiller.

Ils devisèrent pendant presque une heure, installés dans les canapés du salon audio, une musique douce et relaxante en fond. Si une chose allait manquer à Severus pendant sa maîtrise, c'était bien ça : l'attention constante et totale d'Ash Sadrah, sa compréhension et ses silences rassurants, son amitié et sa douceur apaisante. Au bout d'une heure, l'homme parvint à le rassurer quant à la visite du surlendemain, lui rappelant qu'il l'accompagnait, que Claus était un homme patient et professionnel, qu'il était lui-même un géni des potions et que, même s'il devait échouer – ce dont il doutait fortement – il serait toujours à ses côtés pour le soutenir.

« Vous l'avez rencontré ? demanda finalement Severus, ses mains serrant le mug de chocolat chaud qu'Ash lui avait préparé. Claus Prafics…

-Oui, à de nombreuses reprises, confia Ash. Pendant que je vivais au Sahara, il est venu assez souvent pour nous apporter des potions en tout genre. Du moins, jusqu'à ce que Drake et moi soyons capable d'en faire. Ma mère pouvait également en réaliser, mais elle n'avait pas la patience pour en fabriquer autant et… et bien, nous en avions besoin en grande quantité, à l'époque. Drake souffrait d'une malnutrition sévère et moi… et bien, d'un certain manque de sommeil. Après, quand l'entraînement a commencé, c'était pour soigner nos blessures et nos douleurs musculaires. Puis petit à petit, nous avons eu moins besoin d'un stock important, mais nous l'avons rencontré au moins une fois par an. Voir plus. C'est devenu un… ami ? C'est peut-être un peu gros, comme terme car nous n'avons jamais échangé que des banalités, mais il nous a vraiment aidés, Drake et moi. Oui, je pense qu'on pourrait le qualifié d'allié, bien qu'il ne se soit jamais mêlé de nos affaires. Il adore ma mère, en fait. Je crois qu'ils ont eu une histoire, mais je n'ai jamais osé poser la question ni tenter de fouiner dans ce sens, je respecte trop ma mère pour ça. Bref, ne vous en faites pas, Severus, Claus est quelqu'un de tout à fait… sympathique ?

-Vous hésitez…

-Je ne sais pas trop quoi vous dire, en fait, pour le décrire. En tant qu'homme, il est charmant. Ouvert, social… Je ne le connais que sur ce plan, mais il n'a jamais été mon maître d'apprentissage. Il faudra le voir dans ce rôle ! Mais ayez confiance, je suis intimement persuadé que vous vous entendrez à merveille, tous les deux. Vous avez la même lueur d'allégresse dans les yeux quand il s'agit de potion. Alors cessez de vous inquiéter et… faites confiance à votre talent. Moi, j'ai foi en lui. »

Severus alla se coucher rassurer mais encore plus troubler qu'avant lorsqu'il s'agissait d'Ash. Discuter face à l'homme si peu vêtu – ce maudit peignoir avait-il besoin d'être aussi ouvert ? – l'avait dérangé. Sirius avait-il raison ? Avait-il des sentiments pour l'homme ? Il ne pouvait pas nier qu'il l'aimait. Platoniquement. Comme un ami. Mais en était-il cent pour cent sûr ? Si c'était si platonique que ça, alors pourquoi était-il si embarrasser lorsque ses yeux dérivaient sur le torse bronzé et musclé ? Si c'était si innocent, pourquoi le baiser donner par Sirius l'avait-il plongé dans une rage fugace, au point qu'il ait serré le bras de Sirius si fort qu'il en avait eu les marques pendant une semaine ?

L'idée lui était venue, alors qu'il enrageait de voir encore Remus Lupin et Ash discuter, d'imaginer embrasser Ash, comme l'avait fait Sirius. Ce qu'il se produisit en lui sembla si étrange qu'il secoua violemment la tête et refusa de se représenter l'image à nouveau : un puissant sentiment de gêne, d'excitation, d'envie mêler d'horreur qu'il fut incapable de comprendre. Sirius Black avait-il raison ? Ou était-il juste en train de jouer le jeu du psychopathe de Gryffondor ? Il préférait l'ignorer. Une seule chose était sûre pour lui : Ash Sadrah était le meilleur ami qu'il n'ait jamais eu. A sa façon, il avait fait plus pour lui qu'aucun être humain. Il était sans arrêt disponible, sans arrêt à l'écoute et Severus n'avait jamais imaginé qu'un jour, quelqu'un pourrait être si disposé envers lui. Et il ne voulait perdre ça sous aucun prétexte.

La veille de sa visite avec Claus Prafics, il eut la surprise de recevoir l'homme dans sa chambre. Il était monté avec deux tasses de chocolat chaud, parfaitement conscient que Severus allait juste tourner en rond dans sa chambre.

« Et dormir avant un entretien est capital, lui dit-il en s'installant sur une chaise confortable qu'il avait métamorphosé à partir d'un livre qui traînait sur le bureau de Severus. J'ai donc pensé que discuter un peu et vous donner une boisson relaxante était nécessaire ! »

Severus lui sourit, un sourire honnête et non juste un rictus, prenant l'immense tasse dans sa main.

« Merci, dit-il sincèrement. Je suis nerveux, c'est vrai…

-Je sais ce que c'est, lui révéla Ash. L'idée d'enseigner en septembre me donne envie de fuir très loin. Mais j'imagine que ce sont deux choses différentes…

-Pas vraiment, répliqua Severus. Les deux demandent que nous mettions à l'épreuve nos capacités. C'est assez effrayant ! »

Ash lui sourit, admettant par là qu'il avait raison. Ils restèrent silencieux pendant un moment puis Severus se rappela qu'il n'avait toujours pas donné son cadeau d'anniversaire à son mentor. Embarrassé, il se leva, déposa sa tasse sur son bureau puis s'approcha de sa garde-robe. Il l'ouvrit et en sorti un paquet épais.

« Je… enfin… C'est votre cadeau d'anniversaire ! »

Ash sembla surpris puis ses yeux brillèrent d'intérêt.

« Severus, il ne fallait pas. Je ne vous en ai pas fait, moi…

-Oui et bien… à l'époque, nous n'avions pas de raison de nous offrir de cadeaux. Je veux dire… nous n'étions pas amis, alors, je… »

Severus ne prononça plus un mot, le corps figé alors qu'Ash l'enlaçait avec une tendresse que seule sa mère lui avait manifesté, par le passé. Gêné, il chercha quoi faire mais n'eut pas le temps de prendre une décision qu'Ash s'écartait de lui, rayonnant.

« Je suis heureux que vous me considériez comme un ami, Severus, dit-il, sincèrement heureux. Et merci pour le cadeau. Je vous en ferai un, à votre prochain anniversaire !

-Oui… euh… enfin… Ouvrez-le avant de me remercier ! »

Ash rit et se rassit sur sa chaise, reprenant le cadeau qu'il avait posé sur le bureau. Il déballa précieusement le papier qui l'entourait, révélant une boîte assez grosse. Quand il l'ouvrit, il ne fut même pas surpris d'y trouver des potions. Elles étaient toutes violettes. Interrogateur, il leva la tête vers le jeune homme gigotant presque devant lui.

« Ce sont des potions d'Attrape-Rêve, expliqua Severus. Elles sont là pour… pour faire partir les mauvais rêves. Quand vous vous réveillez après un cauchemar et que… que vous n'arrivez pas à vous en sortir. Quand vous refermez les yeux et que la première chose qui revient, c'est le cauchemar, malgré le réveil… Vous en buvez une et alors, l'idée qui vous empêche de dormir est repoussée. Ça vous permet de vous rendormir. Mais ça ne marche qu'une fois par nuit. »

Ash sembla stupéfait alors qu'il regardait les fioles, fasciné.

« Je ne savais pas qu'une telle potion existait, expliqua-t-il.

-Ben… ça n'existait pas, expliqua Severus. Je… je l'ai inventée. »

Ash le regarda avec stupéfaction et Severus se surprit à se mordre la lèvre, nerveux.

« Severus, comment pouvez-vous croire que vous allez échouer à cette maîtrise alors que vous avez inventé une potion à dix-sept ans ! Une potion que des tas de parents s'arracheraient, j'en suis sûr ! Merci, en tout cas. C'est vraiment… c'est parfait. »

Severus hocha la tête, gêné de tant de compliments en une seule phrase.

« La recette est au fond de la boîte, dit-il. Elle n'est pas trop difficile, mais ça demande quelques ingrédients instables, donc… si vous avez du mal, on peut en faire ensembles avant que je ne parte ?

-Avec plaisir, Severus. Vous voir travailler est quelque chose de fantastique, je serai ravi de renouveler l'expérience. »

Severus marmonna, incapable de supporter autant de compliments. Il but un peu de chocolat, se relaxant presque aussitôt. Il jeta un œil méfiant au mug puis à Ash.

« Il y a une potion relaxante, là-dedans, n'est-ce pas ?

-Mhmm, disons… une cuillère à café ? »

Severus secoua la tête tout en riant : il aurait du le deviner la dernière fois !

« C'est assez ingénieux, dit-il. Le lait et le chocolat ne déstabilise aucun des composants et dissimule parfaitement le goût. Ce n'est pas une invention, mais les combiner est une excellente idée. Je pense aussi que les parents s'arracheraient cette idée !

-Oh, ils le savent déjà, croyez-moi. C'est une mère sorcière qui m'a enseigné ça. Elle avait l'habitude d'en donner à ses enfants quand ils étaient nerveux et… J'ai eu ma dose, moi aussi. Un jour, je lui ai dis que jamais aucun autre chocolat chaud ne m'avait détendu et elle m'a révélé son petit secret. Sa mère faisait pareille et sa grand-mère également. C'était une astuce de maman… J'ai trouvé ça mignon et très ingénieux alors quand il le faut, je la ressors…

-Mhmm, je suppose en effet que les mères sont du genre à inventer ce genre de procédé », répliqua Severus.

Il laissa le silence se prolonger un peu puis finit par poser une question qui le turlupinait depuis plusieurs semaines.

« Ash, dit-il, hésitant. Pourquoi me vouvoyez-vous, alors que vous tutoyez tous les autres ? »

L'adulte sembla un instant réfléchir à sa réponse.

« Je ne sais pas, avoua-t-il. Je crois que… c'est par respect.

-Respect ?

-Je… j'ai toujours associé le vouvoiement au respect donné aux personnes. Ça ne veut pas dire que je ne respecte pas les personnes que je tutoie, c'est juste… qu'avec vous, ça me semble logique. »

Severus hocha la tête, reconnaissant que c'était une bonne raison.

« Mais on peut se tutoyer, c'est vrai. C'est ce que font les amis, normalement, n'est-ce pas ?

-Oui », répondit Severus.

Le silence se fit à nouveau. Mais il était tout sauf gênant ou pesant. C'était un silence qu'ils partageaient souvent et qu'ils appréciaient. Ils le savourèrent encore une fois à sa juste valeur, pendant une longue heure. Severus n'eut même pas conscience qu'il dodelinait de la tête jusqu'à ce qu'une main chaleureuse se soit posée sur son épaule.

« Allez dormir, Severus, lui intima Ash. L'heure de se lever viendra bien assez tôt. »

Le jeune homme obéit automatiquement et s'endormit sans même le réaliser alors que sa couverture était installée avec soin sur lui et qu'une main tendre caressait sa joue.

oOo

Il aurait bien dormi encore deux heures de plus. Jamais nuit n'avait été si courte et si agréable et Severus mit quelques secondes à se rappeler de la raison d'un lever si matinal. Quand il réalisa enfin, il ouvrit grand les yeux et sauta hors de son lit brutalement. Il n'y avait plus trace d'Ash Sadrah, de tasses de chocolat ou de son cadeau d'anniversaire et à l'extérieur, le ciel pâlissait, annonçant l'auror. Pressé, Severus se dirigea vers la petite salle de bain attenante à sa chambre, fit une toilette rapide et s'habilla des robes de potioniste qu'Ash lui avait offertes. Il tenta d'arranger ses cheveux avant de se rappeler qu'il n'allait pas à son mariage mais juste rencontrer son maître de potion et que, vu le temps de la maîtrise, Claus Prafics aurait tout loisir de le voir avec ses cheveux horribles.

Résolu, il quitta sa chambre dans un tel état de nervosité qu'il tremblait presque. Quand il descendit à la cuisine, il ne fut pas surpris d'y voir Ash en train de manger, habillé d'une tenue décontractée mais élégante, dans les tons vert et noir.

« Bonjours, Severus, bien dormi ?

-Parfaitement, avoua le jeune homme, reconnaissant. Merci pour hier soir.

-Je vous en… Je t'en prie, se rattrapa Ash, un sourire gêné sur les lèvres. Je suppose que tu n'as pas faim ?

-J'ai envie de vomir rien qu'à sentir l'odeur de la nourriture, admit Severus, grimaçant.

-Bien, alors allons-y. L'arche ne donne pas juste à côté de la maison de Claus, nous avons un peu de chemin et si tu as faim sur la route, tu pourras toujours manger un fruit. »

De fait, Ash attrapa une pomme qu'il fourra dans la poche de sa robe de sorcier. Celle-ci ne laissa aucune emprunte, à la grande surprise de Severus.

« On y va ? »

Le jeune homme hocha la tête, retenant une déglutition bruyante. Ils quittèrent la cuisine pour descendre au sous-sol, Ash activant la porte avec son tatouage. Quand ils arrivèrent dans le couloir des arches, Severus ne put s'empêcher, l'espace d'un instant, d'admirer encore les nombreuses portes magiques et les lieux qu'elles révélaient.

« C'est vraiment incroyable, dit-il en regardant une entrée donnant sur un immense espace enneigé.

-Je sais, répondit Ash, souriant. J'adore ce couloir. Le plus drôle, c'est quand quelqu'un passe devant l'arche. Regarde ! »

Il désigna un homme qui passait sur un trottoir devant la ruelle où devait se trouver l'arche. Severus le regarda passer sans même jeter un œil au phénomène magique devant lui.

« On y va ? invita Ash en lui tendant la main. Tu dois toucher mon tatouage pour traverser. »

Severus prit document la main calleuse d'Ash. Il fut surpris de sentir combien elle était usée, comme si l'homme avait travaillé manuellement pendant des années. Il mit cela sur la pratique intensive de sport auquel l'homme s'astreignait quotidiennement. Ils approchèrent d'une arche donnant à nouveau sur une ruelle dans une ville. Ash s'assura que personne n'y était puis, sans hésitation, s'avança. Son corps sembla se scinder étrangement, comme s'il était vu à travers de l'eau alors qu'il passait, son bras et sa main droite restée en arrière à cause de l'hésitation de Severus. Conscient qu'il ne pouvait obligé l'homme à garder le bras tendu en arrière indéfiniment, Severus s'obligea à avancer lui aussi. C'était comme passer dans un mur d'eau sans être mouillé. Elle était chaude et agréable, non pas glacée comme pour certains sorts de protection. Il franchit la ligne et fut surpris de ressentir la chaleur de l'Australie. Quand il se retourna, ce fut pour voir le couloir de la maison qu'il venait de quitter et l'arche qui faisait face à celle de l'Australie.

« Mais… je croyais que c'était invisible pour les autres ? s'étonna Severus en regardant Ash.

-Lâche ma main, Severus », répondit l'homme, amusé.

Gêné d'avoir ainsi gardé la main de l'homme, il desserra ses doigts crispés sur la main d'Ash. Aussitôt, le couloir et l'arche disparurent, ne laissant plus qu'un mur gris placardé d'une affiche déchirée qui semblait avoir passé quelques années sur le mur.

« Incroyable, dit-il, s'amusant à reprendre la main d'Ash et à la lâcher, la vision de l'arche apparaissant et disparaissant l'amusant grandement.

-Ravi que cela t'amuse, répondit Ash, hilare. Et si nous y allions avant que des moldus s'étonnent de voir un jeune homme s'amuser à me prendre et à me lâcher la main ? »

Severus arrêta aussitôt son manège, horrifié de s'être comporté comme un enfant.

« Je vais nous faire transplaner près de la maison de Claus, lui expliqua Ash. C'est une villa dans un coin isolé, mais nous ne pouvons pas transplaner juste à côté, il faudra donc marcher un peu. D'accord ? »

Severus hocha la tête et reprit sa main, comprenant qu'il allait devoir se laisser guider. Etrangement, tenir Ash ne le dérangeait pas, lui qui détestait pourtant tout contact physique. La sensation d'être entraîner dans un transplanage le fit grogner, mais il se laissa conduire sans résister. Ils apparurent près d'un arbre noueux, sur un chemin de terre. Severus regarda autour de lui et il n'eut aucun mal à identifier une centaine de plante utile aux potions. Il sourit en constatant la logique de son futur maître.

« Toujours pas faim ? demanda Ash, tout en commençant à avancer sur le chemin de terre.

-Non, toujours pas », répondit Severus.

Ash hocha la tête alors qu'ils avançaient sur le chemin. Curieux, Severus inspectait les lieux, ses yeux scannant chaque plan. Il constata rapidement que si certains végétaux étaient présents naturellement dans la région, d'autres avaient été planté de façon logique. La preuve qu'il s'agissait d'un acte humain était apportée par la délimitation de chaque plan. Bien trop vite à son goût, ils arrivèrent en vue d'une villa lumineuse. Plusieurs serres entouraient la demeure mais elles étaient protégées par du papier bulle, empêchant de jeter un œil sur ce qui poussait à l'intérieur.

La villa était assez moderne, de ce que Severus pouvait en voir. Elle était intégralement blanche avec d'immenses fenêtres, rendant le sorcier légèrement sceptique : un laboratoire de potion idéal se devait d'être le moins possible exposé au soleil, pour ne pas perturber les éléments… Mais peut-être y avait-il un laboratoire, au sous-sol ? Un bruit d'eau se fit entendre et quand Severus tourna la tête, il se rendit compte qu'ils étaient au bord de la mer. Il haussa un sourcil, surpris. Tournant la tête vers Ash, il se rendit compte que ce dernier l'observait, amusé.

« Nous sommes dans le comté de Noosa, dans le Sunshine Coast. Et oui, c'est une région horriblement touristique, mais comme je te l'ai dit, Claus est très social.

-Comme c'est gentil ! »

Severus sursauta et tourna la tête. Il écarquilla les yeux en voyant devant eux un homme d'une quarantaine d'année, aux cheveux blonds courts parfaitement coiffé. L'homme était habillé de façon moldue, d'un pantalon gris anthracite très bien coupée et une chemise blanche à la mode. Sans hésiter, il s'approcha d'Ash et l'enlaça, le serrant contre lui avec affection.

« Aaah, Ash Sadrah, comme je suis content de te revoir. Tu as tellement changé depuis la dernière fois que je t'ai vu, laisse-moi te regarder… C'est nouveau, ça ! »

Sans gêne, l'homme passa un doigt tendre sur les tatouages d'Ash, ce dernier riant au contact.

« Pas si nouveau que ça, je les ai depuis quelques années. Tu le saurais si tu étais venu nous rendre visite plus souvent ! Tu as presque disparu depuis trois ans !

-Hé, je suis un homme occupé, tu sais ! répliqua le blond. Et voici donc Severus Snape. »

Il se tourna vers lui, ses yeux noirs semblant curieux et très intéressé, il le scanna des pieds à la tête, l'analysant sans gêne.

« Tu aurais du t'habiller plus légèrement, Severus, tu dois mourir de chaud sous ses robes. Tu ne seras pas obligé de les porter quand tu seras ici, seulement quand nous serons dans le labo, là, c'est obligatoire. En d'autre occasion, je t'incite à préférer des tenues plus légères pour le climat, sinon, tu risques de mourir de chaud ! Pourquoi ne lui as-tu pas dit, Ash ?

-Oh, Severus s'habille toujours ainsi, expliqua l'homme, haussant les épaules. Et il n'a pas l'air d'avoir chaud, ce qui me donne l'impression qu'il a soit une grande résistance, soit jeter un sort de rafraîchissement sur ses robes.

-Oui et bien je tiens à ce que tu n'enfiles cette tenue que pour aller au labo, Severus. Un jeune homme tel que toi doit pouvoir se mettre en valeur et si ses robes te vont, le fait est qu'elles ne te rendent pas justice. Tu ne vas pas souvent au soleil, j'ai l'impression, le jardinage t'aidera à rétablir les carences évidentes en vitamine D que tu dois avoir.

-Claus, s'impatienta Ash. Es-tu obligé ?

-Si ce garçon veut être mon apprenti, il va devoir s'y faire. J'ai horreur de l'image de vieux garçons qu'on les maîtres en potion !

-N'essaye pas d'en faire une gravure de mode, ça ne lui plaira pas !

-Alors ça, mon garçon, c'est à lui d'en décider. Mais venez, ne restons pas dehors à discuter au vue de n'importe quel touriste qui pourraient s'égarer, j'ai de fréquent égarés sur mes terres. Allons prendre un rafraîchissement et discutons du programme, d'accord ? »

Severus ne put qu'hocher la tête, déstabilisé. Claus Prafics n'était pas du tout comme il l'avait imaginé. Certes, Fixe et Ash l'avaient prévenu mais c'était malgré tout déstabilisant. L'homme respirait la santé, son teint était bronzé et il était assez séduisant. Severus s'était imaginé un vieux grincheux à l'air pâlichon, asocial et renfermé… Grimaçant, le jeune homme se rendit compte qu'il avait imaginé une version plus âgée de lui-même. Ou plutôt, du lui qu'il se représentait, dans quelques années…

Il ne leur fallut que quelques minutes pour remonter une allée de pierres menant à l'immense porte d'entrée. Quand il entra dans la maison moderne et éclairée, Severus fut ébahi : l'endroit était si lumineux et reposant… Rien ne l'avait préparé à ça !

« Je sais, ce n'est pas à proprement parlé une maison digne de potioniste, fit remarquer Claus en les dirigeant dans l'immense hall blanc et moderne. Mais je suis tombé amoureux de cette région et je préférai me fondre dans la masse des villas plutôt que de dénoter et attirer l'attention. On finit par s'habituer. Mon laboratoire est au sous-sol et il cadre plus avec le personnage, je te rassure. »

Severus hocha la tête, pensif. Il suivit les deux hommes jusqu'à un salon fastueux et décoré sobrement, de larges canapés beiges au centre de la pièce. Tout semblait si normal et si moldu que Severus ne put qu'admirer le talent de l'homme pour paraître normal.

« Bien, Severus, je suis ravi de te rencontrer. Ash et Fixe m'ont tant vanté tes mérites, j'ai eu l'impression que si je ne te choisissais pas comme apprenti, j'allai perdre l'occasion de ma vie. Mais je te rassure, ça ne mets aucune pression sur tes épaules. J'ai fait quelques recherches à ton sujet, tes études en potion sont excellentes, tu as une très bonne classification aux aspics, pour ne pas dire que tu as décroché la meilleure note. Je ne doute pas que toi et moi allons faire de grandes choses ici. Mais je préfère te prévenir tout de suite : je suis quelqu'un d'assez excentrique aux règles de vie étrange, comme tu as pu le remarquer en entrant dans ma villa. Je ne suis pas un maître des potions conventionnel… j'aime créer, tester, inventer. Mais j'aime aussi me mélanger aux cultures, découvrir de nouvelles choses et de fait, je voyage beaucoup. Heureusement, nous sommes des sorciers et transplaner est une technique merveilleuse. Je ne doute pas qu'en deux ans, tu auras vu le monde entier à mes côtés et pas spécialement le côté le plus rassurant. Je projette déjà deux mois en Amazonie pour nous, d'octobre à novembre. J'espère que tu aimes crapahuter dans la boue et dans les marécages. Car tu vas avoir ta dose. Des potions existent, elles ont été inventées il y a des siècles par des hommes incapables de s'imaginer aller plus loin que le village voisin ! A nous d'inventer, de perfectionner… Et pour cela, nous avons le monde pour collecter des ingrédients ! Et de généreux donateurs pour nous aider, n'est-ce pas, Ash ?

-Il me semble en effet avoir vu quelques dons à votre direction…

-Et je t'en remercie. Je sais qu'une fois que ta mère a cessé d'être la tenancière de votre coffre, rien ne t'obligeait à me subventionner…

-Je t'en prie, Claus… Rien que pour ce que tu as fait, pour Drake et moi, tu le méritais amplement ! »

L'homme sourit avec reconnaissance puis se tourna à nouveau vers Severus.

« Je te testerai pas sur les bases ni sur tes connaissances. Je te ferai lire une bonne centaine de manuscrits avant notre premier voyage qui viseront à développer tes connaissances sûrement limitées par le carcan scolaire ou par une morale stupide apprise par des gens obtus. Ensuite, nous partirons, voyagerons, apprendrons ensembles. Tu pourras mener tes propres expériences, critiquer les miennes autant que tu veux, tout ce que nous nous dirons restera secret. J'ai rédigé pour cela un contrat de confidentialité que tu peux lire pendant les quelques jours qui nous sépare de ton arrivée définitive. En gros, il dit que je m'engage à ne rien te voler en création et toi de-même, ainsi que de ne parler à personne de ce que nous tentons de faire, même si c'est immoral. Je constate en te regardant que tu es le potioniste typique, celui qui va chercher ses ingrédients dans la forêt proche ou au magasin. En deux ans, tu ne vas plus jamais décider d'aller chez l'apothicaire pour te fournir, je peux te l'assurer ! Mais assez parler de ma torture physique, je ne voudrai pas t'effrayer.

« Comme tu le sais, il y a approximativement un séminaire par mois de potion, en sachant que les plus important ont lieu tous les trimestres. Je ne me rends en général qu'à celui de juin et de janvier mais ta présence justifie une incursion plus intense dans le monde des requins de la potion, nous aurons donc de façon trimestrielle. J'attends de toi lors de ces réunions que tu écoutes pendant la première année et que tu interviennes dans la seconde. Dans tous les cas, je veux que tu me rendes fier de t'avoir choisi comme apprenti et, je suis navré de te le dire, nous allons devoir corriger un peu ce teint cireux et ces dents jaunies. Ne te méprend pas, le physique m'importe peu mais une image nette apporte un prestige évident que certaines personnes facilement impressionnables ne pourront t'enlever avec quelques mots. Preuve en est que tu n'as pas encore osé me contrarier depuis que tu es arrivé… Je promets que nous ferons ça en douceur. La première réunion sera celle de janvier, pour cette occasion, je veux au moins que tes dents et ton teint soient mieux. Ce qu'une potion et une grande activité extérieure rétablira en deux mois. Le reste, ma foi… Habillé de façon correcte – bien que les robes de potion te donnent un certain charisme, j'avoue – avec une lotion adaptée pour tes cheveux, je te trouverai parfait. Navré d'évoquer un sujet si personnel et désagréable avec toi, mais je n'en dérogerai pas. Ça te va ?

-Oui, ça me semble… correct. J'ignorai que mes dents pouvaient être… améliorées…

-Oh, j'ai inventé une potion avec un ami cracmol qui est devenu dentiste. Ça blanchit les dents à une de ses vitesses. Par contre, ça a un goût intolérable, crois-moi, j'ai goûté ! »

Et pour le prouver, il sourit, dévoilant des dents d'une blancheur parfaite.

« Bref ! Je suppose que tu as acheté tous ce qu'il y avait sur la liste, incluant le kit d'échantillonnage et le sac de randonné hermétique ?

-Euh…, fit Severus, jetant un coup d'œil à Ash.

-Oui, il les a, répondit Ash, amusé de constater que le jeune homme ne s'était pas posé de questions face au sac à dos avec le kit demandé placé à l'intérieur.

-Ah, je vois, non content de me l'avoir révélé, tu le subventionnes lui aussi. Dois-je m'inquiéter ?

-Non, pas du tout, répondit Ash, amusé. Je ne le subventionne pas, j'élargi ses possibilités.

-Quelle façon charmante de voir les choses, Ash. Bien, je ne doute pas que tu as tout ce que tu veux. As-tu des questions ?

-Pas vraiment, répondit Severus. Le discours que vous venez de tenir est assez précis quant à ce qui m'attends.

-Ah, encore un détail, je veux que tu me tutoies. Nous allons nous fréquenter deux ans avec certitude, peut-être plus si notre collaboration se révèle intéressante. Je préfère installer tout de suite un esprit de camaraderie. Ne me vois pas comme un professeur, mais plutôt comme un collaborateur plus avancé. Hors de question de m'appeler maître ou autre horreur du genre. Claus suffira, d'accord ?

-D'accord, répondit Severus, bien plus à l'aise.

-Bon, alors c'est parfait ! s'exclama Claus. Et si nous visitions la villa ? Tu pourras ainsi découvrir ton nouveau terrain de jeu ainsi que ta chambre. J'ai également prévu de visiter le terrain, tu as sans doute du constater qu'il y avait plusieurs plans et serres, je suis sûr que nous pourrions en discuter un peu. Ash, veux-tu nous accompagner ou…

-Oh, je pense que je vais aller me détendre près de ta piscine, vous laissez un peu faire connaissance. Ah, Severus, tiens… »

Négligemment, il sortit la pomme de sa poche et la lui donna.

« Je pense que maintenant, tu as faim ? »

Amusé, le jeune homme hocha la tête. Oui, maintenant, il mourrait de faim !

oOo

La visite dura toute l'après-midi et ils se retrouvèrent à souper en compagnie de Claus. Ce dernier discutait librement avec Severus, soudainement plus bavard maintenant qu'il était rassuré quant à la personnalité de son futur professeur. S'il avait été vexé d'être critiqué physiquement, il n'en montra rien et fut passionné par plusieurs des sujets qu'ils abordèrent, Ash se contentant de les écouter avec un sourire amusé.

Quand la journée se termina enfin et qu'ils rentrèrent, ils furent un peu déstabilisé de rentrer à Londres où ce n'était que le début de l'après-midi.

« Je ne m'y ferai jamais, commenta Ash en regardant la lumière dans le hall. Et bien, je crois que la visite a eu l'effet escompté ? Rassuré ?

-Totalement, répondit Severus. J'ai même hâte d'y être !

-Encore onze jours, Severus, je pense que vous survivrez… Euh, tu… »

Le jeune homme sourit, amusé.

« Je pense aussi. Je vais aller voir Regulus, il faut que je lui en parle ! »

Ash hocha la tête et le laissa partir, un léger sourire aux lèvres. Pourtant, Severus nota qu'encore une fois, ses yeux ne souriaient pas. Une fois sur deux, les sourires d'Ash Sadrah étaient faux, ce qui le troublait bien plus que tout autre chose. Que cachait l'homme derrière ses sourires de façade ? Il chassa cette pensée désagréable de sa tête et s'empressa de gravir les marches, certain de trouver Regulus occupé à paresser dans son lit. Il ne fut même pas surpris d'avoir raison !

« Alors ? demanda le jeune homme en se redressant dans son lit. Comment c'était ?

-Etonnant et totalement imprévisible, répondit Severus, parfaitement détendu. Claus Prafics n'est vraiment pas comme je l'imaginais ! »

Regulus n'eut pas besoin de se faire prier pour que Severus se mette à lui raconter toute la rencontre, allant de la description de la villa, au jardin, aux serres et enfin, de Claus Prafics en personne. Regulus l'écoutait avec beaucoup d'attention, heureux de voir son seul ami si impatient.

« Et bien… tu as l'air si content, lui dit le jeune homme, une moue boudeuse sur les lèvres. J'en déduits qu'on ne te verra pas à Noël ? »

Severus grimaça en réponse. Pendant la visite, Claus lui avait fait comprendre qu'il avait déjà programmé des voyages jusqu'à juillet de l'année suivante. Non seulement il était certain de ne pas revenir pour Noël, mais il se demandait également s'il serait présent pour les grandes vacances. Il jeta à Regulus un regard désolé.

« On peut toujours s'écrire, tu sais ? »

Il avait presque l'air de s'excuser et Regulus lui fit un sourire joyeux en l'entendant.

« Oui ! Tu m'enverras un pélican ?

-Un pélican ? Je ne crois pas qu'il transporte le courrier !

-Ooh, dans ce cas… un flamant rose ?

-Est-ce qu'ils volent sur de longues distances, tu crois ? »

Le chagrin que les deux Serpentard ressentaient à l'idée de se quitter sembla s'envoler alors qu'ils plaisantèrent pendant de nombreuses heures sur un moyen facile de communiquer. Mais aucun des deux ne se leurraient : à moins d'un miracle, pendant les deux ans à venir, ils n'auraient que très peu de nouvelles l'un de l'autre, voir pas du tout, pendant plusieurs mois.

Cette perspective sembla les rapprocher. Il ne leur restait qu'une dizaine de jours et ils en profitèrent, s'isolant presque du reste des habitants du manoir, à la grande surprise de Drake qui n'avait jamais été aussi libre, de Sirius qui perdait son moyen de distraction préférée et d'Harry qui avait pour habitude de discuter au moins une fois par semaine avec Severus. L'écart qui les séparait du trente-et-un août et du départ de Severus sembla passer à une vitesse. Chaque habitant était pris par ses obligations et très vite, la soirée de Bellatrix et Rodolphus arriva.

Une réunion extraordinaire de l'ordre avait eu lieue pour déterminer si, oui ou non, Ash et Drake devait se rendre au manoir Lestrange – bien que manoir était un mot un peu grand, la soirée ayant d'ailleurs lieue sous des tonnelles, dans le jardin, nettement plus grand que la demeure. Au final et n'en déplaise à Narcissa Malfoy qui avait insisté pour qu'ils ne s'y rendent pas, tous décidèrent que leur absence pourrait être une grave bévue dans leur position politique. Après avoir posé la question à quelques membres éminents du ministère, ils s'étaient rendu compte que bien trop de personnalités se rendaient à la soirée que pour l'ignorer.

Nerveux et méfiants, les deux amis saluèrent les adolescents indifférents et inconscients du danger et quittèrent leur manoir pour se rendre à la soirée. Ils s'étaient habillés avec soin : une robe en apparence légère – mais truffée de potions destinées à masquer leur évasion – dans les tons noirs, un pantalon assorti – souple, moulant, idéal pour un combat – et une chemise sans manche. Des gants de protection étaient noués à une ceinture lâche, dans un style apprêté, alors qu'ils étaient là au cas où ils en auraient besoin.

En plus de tout cet attirail discret et élégant, Harry avait également glissé quelques incantations dans sa tresse, celles-ci étant dissimulées sous couverts de petites perles blanches attachées à ses cheveux noirs.

Leur arrivée fut remarquée et sans doute discrètement commentée par certains invités. Les deux hommes s'approchèrent d'un pas léger de leurs hôtes, souriant face à leur étonnement.

« Bonsoir, Madame Lestrange, dit Harry, suave. Monsieur Lestrange…

-Monsieur Sadrah, Monsieur… Malfoy, persifla Bellatrix, moqueuse. Quelle surprise !

-Nous vous avions pourtant envoyé notre confirmation, non ? demanda Drake. J'ai souvenir de vous l'avoir expédiée en début de la semaine dernière…

-Certes, intervint Rodolphus, je m'en rappelle très bien. Mais ça n'en demeure pas moins une grande surprise. »

Harry se retint de lever les yeux au ciel et de sortir une potion explosive. Il avait détecté au moins dix mangemorts certifiés et quinze autres soupçonnés. Il ignora toutefois les quelques regards hostiles et, après un signe de tête aux Lestrange, avança dans le jardin, la tête haute.

« Tu as toi aussi l'impression d'être un mouton dans une meute de loup ? demanda Draco, murmurant.

-Pire, encore… Voilà Rosier ! »

Le jeune homme semblait ravi de les voir – en particulier Ash – et s'empressa de les rejoindre, son regard déshabillant le plus jeune avec gourmandise.

« Quel plaisir ! s'exclama-t-il. Le temps m'a semblé long depuis notre dernière rencontre, Monsieur Sadrah. »

Harry se retint de lui faire remarquer qu'elle ne datait que de trois jours et que, de son avis personnel, même vingt ans seraient trop courts. A la place, il esquissa un sourire.

« Longtemps, en effet, dit-il avec politesse mais une pointe d'ironie.

-Je ne pensais pas vous revoir avant le début des festivités de Noël, fit remarquer Rosier, marquant ainsi sa surprise à le voir là.

-Nous avons nettement hésité, admit Harry. La rentrée scolaire approche, j'ai énormément de travail en préparation, Drake en a encore plus. Mais nous avons pensé qu'une dernière petite sortie ne nous ferait pas de mal.

-Il faut l'espérer, se moqua Rosier. Ah, quel dommage. Ce soir, je suis assez occupé, je ne pourrai pas rester à vos côtés. Toutefois, faites moi confiance, je repasserai de temps en temps… »

Et il partit, non sans laisser ses yeux parcourir toute la silhouette d'Ash à nouveau.

« Je hais ça, marmonna Harry, agacé. Je hais ça, tu m'entends !

-Je t'entends, répondit Draco, souriant au responsable du département de régulation des affaires financières. Mais nous devons être présents, même si c'est peu de temps. Ne serait-ce que pour leur montrer qu'on ne les laissera pas facilement prendre la main sur la politique. Viens, allons discuter avec Agatha Pike et son mari. Ils ne sont pas mangemorts et ne devraient pas le devenir, vu leur âge avancé ! »

Harry obéit docilement, bien que crispé. Il passa une grande partie de la soirée à jeter des coups d'œil autour de lui, s'abstenant de boire et de manger quoi que ce soit et tentant de rester avec Draco le plus possible. Malheureusement, des interlocuteurs différents les séparaient assez souvent, les obligeant petit à petit à s'écarter l'un de l'autre. Ils s'acharnaient pourtant à garder une distance d'un minimum dix mètres et à toujours être dans le champ de vision de l'autre, par mesure de prudence.

Jamais soirée ne leur parut plus interminable. Le pire fut sans doute lorsque Rosier revint à la charge, collant Harry à un tel point que ça en devenait grossier. L'alcool embrumait manifestement l'esprit du convive et il laissa même sa main s'égarer sur le jeune héritier, ce dernier lui envoyant un regard glacial. Malheureusement, ça n'eut pas l'effet escompté et Rosier se contenta de rire, pas gêné du tout.

Quand enfin Harry et Draco partirent, le brun était furieux d'avoir été presque ridiculisé en public par les avances du jeune homme. Son meilleur ami s'abstint de tout commentaire alors qu'ils s'éloignaient du lieu de la fête, mais il ne se gêna pas quand ils apparurent dans le salon du manoir Sadrah.

« Mets-toi en couple, il renoncera peut-être…

-Drake, ne commence pas, pitié, j'ai passé une soirée de merde et j'en ai marre ! Je veux juste aller me coucher et essayer de laisser ça derrière moi une bonne fois pour toute !

-Oui, on peut dire que tu es doué pour ce genre de chose. »

Le silence régna un instant alors qu'Ash se tournait lentement vers Drake, l'air énervé.

« Qu'est-ce que tu veux dire par là ? demanda-t-il, hargneux.

-Oh, juste que quand ça t'arrange, on laisse les choses de côtés. Tantôt c'est tes angoisses, tantôt c'est ce qu'il t'est arrivé quand tu avais dix-sept ans et qui t'a tellement traumatisé, tantôt c'est ton amour pour Severus…

-Arrête ! cingla Harry, excédé. Merde, Draco, putain ! C'est mon droit de vouloir garder ça pour moi !

-De quel droit ? Celui de se complaire dans ta dépression ? Celui de la peur ? Je t'ai connu plus courageux que ça, Harry ! Où est donc passé le Gryffondor qui fonçait dans le tas sans arrêt ? Où est le Gryffondor qui défiait systématiquement tout le monde, Severus Snape en premier ? Je me demande ce qu'il dirait s'il te voyait comme ça…

-Sincèrement ? Si Snape me voyait, s'il savait que j'ai des sentiments pour lui, je crois qu'au choix il me tuerait ou m'accablerait encore et encore de remarques sarcastiques comme seul lui savait le faire et tu le sais. Arrête d'essayer de me convaincre, Draco. Non, c'est non. Severus a changé, c'est certain. Nous l'avons changé, mais il reste lui. Avec son caractère, sa rancune et sa haine pour moi s'il savait que j'étais Harry Putain de merde Potter ! Alors maintenant, ça suffit. Tu veux lui dire, je ne veux pas ! Et nous nous sommes tous les deux mis d'accord là-dessus pendant notre entraînement, nous ne dirons pas la vérité sur nous à une personne si nous n'étions pas tous les deux d'accord. Nous sommes en désaccord. Donc, on ne dit rien, c'est clair ? »

Draco voulut répondre, mais au même moment, la porte de la salle audio s'ouvrit. Les deux hommes se tournèrent d'un même mouvement et écarquillèrent les yeux à la vue de Severus, le visage impénétrable, qui les regardait. Le temps sembla se suspendre un instant alors qu'Harry sentait son cœur s'arrêter totalement. Merde. Merde. Merde, bon sang. Pourquoi n'y avait-il pensé ? Pourquoi n'avait-il pas envisagé, l'espace d'une seule seconde, que Severus serait dans la pièce audio à les attendre, comme il le faisait assez souvent lorsqu'ils allaient à une soirée ? Pourquoi s'était-il dit que le jeune homme dormirait, sachant qu'il devait être impatient d'être le trente-et-un au soir afin de partir pour l'Australie ? Pourquoi son stupide cerveau n'avait pas mis le filtre qu'il s'imposait habituellement, dans ce genre de cas ?

Parce qu'il était presque une heure du matin. Parce que Severus avait été très distant depuis dix jours et qu'il avait pensé que le jeune homme ne les attendrait pas, cette fois. Parce qu'il avait pensé qu'ils étaient en sécurité. Mais ce n'était pas le cas. Le jeune homme était là, le visage étrangement indéchiffrable, ses yeux noirs analytiques posés sur eux. Qu'avait-il entendu ? Pouvaient-ils encore rattraper leur erreur ?

« Et si la personne à qui vous ne voulez pas dire la vérité veut la savoir, elle ? demanda Severus d'une voix froide. Si elle l'exige ? L'aura-t-elle ? »

Harry ne répondit pas, gelé. Il jeta un coup d'œil terrifié à Draco dont le visage était résolu et il secoua la tête.

« Drake, non, on ne peut pas…

-Pas quoi ? demanda Draco. Lui dire ? Tu proposes quoi ? Un sortilège d'oubli ? Tu sauras te le pardonner ? Moi non. Je le respecte trop. Tu as peur de sa réaction, Ash, je le sais. Mais on le lui doit. S'il y a une seule personne sur cette terre à qui nous devons dire la vérité, c'est Severus. Ne serait-ce que pour pouvoir le remercier. Sans lui, je te rappelle que ni toi, ni moi ne serions là. Nous serions morts. Tous les deux. Et de toute façon, franchement, tu sais que je suis pour. Severus, je pense que tu devrais t'asseoir, ça risque d'être long… Et Merlin sait qu'il est tard. Harry, les sorts de silence et le serment. Harry ! »

Le concerné sursauta. Son esprit tournait à cent à l'heure, refusant la réalité. Mais Severus le fixait avec froideur et détermination et il lança machinalement le sortilège de silence. Il ne fit aucun geste, pourtant, pour lancer le sortilège de serment à Severus. Draco le regarda, interrogateur.

« Fais-le, toi, dit-il, détournant les yeux. Je… Fais-le.

-Bien, comme tu veux. Severus, ce que nous allons te dire nécessite une protection incontournable, afin d'éviter qu'Harry et moi soyons menacer par une éventuelle révélation de ta part. Ce n'est pas un serment inviolable, juste un sortilège du secret qui t'empêchera de mentionner à quiconque ce que tu sais sur nous, sauf aux personnes déjà informées. Je ne te demande pas ton autorisation, donne-moi la main. »

Severus regarda la main de Drake et hésita. Il regarda Harry mais ce dernier fixait ses pieds après s'être abandonné dans un canapé, l'air défait. Résolu, Severus empoigna la main de Drake et la serra. Aussitôt, un courant électrique envahit tout son corps depuis son bras. Quand ce fut terminé, il lâcha la main de Drake et sans attendre, se tourna vers Harry.

« Harry Putain de Merde Potter ? demanda-t-il, ce dernier levant les yeux vers Severus.

-Euh… En fait, c'est Harry James Potter », murmura ce dernier, l'air désolé.

Severus serra les dents mais ne posa pas de question. Il soupira et hocha la tête.

« Donc, vous avez remonté le temps. C'est le pourquoi du sort du secret. Si je vais le dire au ministère, vous serez condamné à mort.

-En effet, répondit Draco.

-Et toi ? Tu es ? demanda Severus. Un Malfoy, sans aucun doute. Le fils de Lucius ?

-En personne, répondit Draco. Mon vrai nom est Draco. Je suis… je suis ton filleul(1). »

Severus écarquilla les yeux, stupéfait.

« Mon filleul ? dit-il.

-Dans notre époque ton toi adulte, que nous appellerons Professeur pour éviter toute confusion, est très ami avec mon père. C'est grâce à lui que tu as pu faire ta maîtrise en potion. Et c'est aussi à cause de lui que tu es devenu un mangemort. »

Severus sembla étonné.

« Tu étais ami avec mon père qui était un mangemort recruteur. Il a utilisé tous les moyens possibles pour t'obliger à rejoindre Voldemort. Ça n'a pas été très difficile. Ta haine pour ton père, ta colère pour les Gryffondor qui te martyrisaient… Tu as limité été poussé dans les bras de Voldemort dès ton plus jeune âge. Tu as été marqué à dix-sept ans, en sortant de Poudlard. Ta maîtrise a été prise en charge par Petry McVerne… Mangemort lui aussi…

-Je vois, répondit Severus. Et donc, vous avez décidé de vous mêlé de ma vie pour ne pas que votre ennemi est un nouveau potioniste dans ses rangs ?

-Non, pas du tout, répondit Draco avec patience. Nous avons influencé ta vie pour plusieurs raisons mais jamais pour desservir Voldemort. Severus, à notre époque, tu regrettais amèrement ta décision. Cette marque que tu as reçue a détruit ta vie. Après avoir rejoint Voldemort, tu as été affecté à la création de potion curative pour ses troupes mais aussi destructrice. Si au début, tu étais fier de tes créations, les démonstrations sur les masses sorcières t'ont rapidement… écœuré. Mais ce n'est pas ce qui a rendu ton rôle de mangemort le plus pénible. Ce qui a été le plus dur, c'est… euh… »

Draco tourna la tête vers Harry, ce dernier recroquevillé dans son fauteuil. Péniblement, comprenant que c'était à son tour, ce dernier releva la tête, affrontant le regard impénétrable du jeune homme.

« Tu as entendu une prophétie, expliqua-t-il. Tu espionnais Dumbledore pour Voldemort et tu as entendu en partie une prophétie annonçant la naissance de celui qui serait capable de tuer ton maître. Et tu es allé la lui répéter. Cette prophétie désignait un enfant né à la fin du mois de juillet, de ceux qui l'ont par trois fois défié. Il n'y avait que deux enfants nés fin juillet mais un seul le 31…

-Vous, conclut froidement Severus. Et ?

-Et quand tu as appris que Voldemort projetait d'aller chez les Potter pour les tuer, tu as compris ton erreur. Tu es allé trouver Dumbledore pour le supplier de les protéger.

-Protéger les Potter ? J'ai supplié Dumbledore pour ça ?

-Et bien… C'était surtout pour ma mère, expliqua Harry. Lily. »

Severus sembla soudain comprendre et l'espace d'un instant, une lueur de rage brilla dans ses yeux. Il se força pourtant à garder la bouche fermée et se tourna vers Draco, ordonnant implicitement à ce dernier de continuer.

« Dumbledore a prit au sérieux tes recommandations et a mis les Potter sous Fidelitas. Sirius Black était leur gardien public…

-Public ? demanda Severus.

-Ce n'était pas Sirius, c'était trop évident. Les Potter ont dit partout que Sirius était leur gardien, mais le vrai était Peter Pettigrow.

-Ce couard ? s'étonna Severus.

-C'est pour cette raison qu'il avait été choisi. Mais malheureusement… il était un mangemort. »

La révélation eut au moins le mérite de stopper l'expression froide de Severus : ce dernier écarquilla les yeux, stupéfaits.

« Lui ? dit-il. Mais il a peur de son ombre !

-Et c'est justement la raison, marmonna Harry avec fureur. Ce lâche avait trop peur que pour refuser de rejoindre Voldemort. Il a été utilisé. Il a révélé à ce monstre où était caché mes parents. Et la nuit du 31 octobre, il est venu. Il a tué mon père et ma mère. Puis il a tenté de me tuer. Mais ça n'a pas fonctionné. C'est lui, qui a été détruit. »

Severus sembla à nouveau perturbé par la révélation.

« Tu connaissais déjà des sorts…

-J'avais un an, interrompit Harry. Je n'étais qu'un bébé. C'est ma mère qui m'a protégé en se sacrifiant pour moi. Tu ne t'es jamais pardonné sa mort. Encore fou amoureux d'elle, désespéré de ne pas avoir pu l'aider… tu es devenu un espion pour Dumbledore afin de racheter tes fautes. »

Severus ne répondit rien. Il réfléchissait manifestement intensément aux révélations qui lui étaient faites, gardant pour lui son opinion.

« Malheureusement, Voldemort n'était pas mort, reprit Draco. Son corps avait été détruit mais son âme était toujours sur terre. Et lorsqu'Ash et moi avions quatorze ans, il est revenu à la vie. La seconde guerre a alors commencé… Et il a gagné. »

Severus haussa un sourcil surpris, les regardant tous les deux.

« Donc, vous avez remonté le temps pour l'empêcher de gagner, c'est ça ?

-Oui, répondit Draco. Avec ton aide. »

Encore une fois, Severus eut l'air stupéfait.

« Mon aide ? dit-il.

-Tu n'avais pas renoncé à combattre même si officiellement, tu étais le mangemort le plus haut placé dans les rangs de Voldemort, depuis que tu avais tué Dumbledore…

-J'ai tué Dumbledore ? hoqueta Severus.

-Oui, pour me protéger. Mais on prend tout à l'envers, laisse-moi te raconter ça en détail… »

Patiemment, sans aucune aide d'Harry qui se demandait quand Severus allait exploser, Draco entreprit de raconter tout avec un peu plus de précision. Il suivit toute l'histoire, mais de son point de vue uniquement, expliquant le retour du Lord, le rôle d'espion de Severus, le serment inviolable imposé par sa mère et l'ordre de Dumbledore pour qu'il le tue le moment venu. Il raconta la mort de ses parents pour son échec, son emprisonnement et les nombreuses visites que Severus lui faisait, pour le soigner, lui apporter à manger quand il le pouvait et surtout, les ingrédients qu'il lui donnait pour l'aider à remonter le temps. Severus écouta tout sans rien dire, mais il était en colère, c'était évident. A aucun moment il n'interrompit Draco, jusqu'à ce qu'il en arrive finalement à la fin.

« Donc, dit-il après avoir pris le temps de réfléchir. Si je comprends bien, vous avez tous les deux remonté le temps pour empêcher Voldemort de gagner et, dans la foulée, vous vous amusez à manipuler pratiquement tout le monde ?

-Non, Severus, ce n'est pas ça, s'exclama Draco. A l'exception de mon père, de Regulus et toi, nous n'avons écarté personne de la voie qu'ils devaient normalement choisie !

-C'est déjà de trop ! répliqua le jeune homme, laissant enfin sa rage parler. Qu'est-ce que vous croyez, hein ? Que sous prétexte qu'on avait une vie pourrie ou très courte, vous pouvez vous permettre de jouer avec nous ? Vous vous êtes pris pour Dieu ! Vous n'avez aucun droit de débarquer dans la vie des gens et de les manipuler comme vous l'avez fait, c'est… c'est dégoûtant, vous m'entendez !

-Severus, tu nous l'as demandé !

-Je ne vous ai pas demandé de me mentir ! Je ne vous ai pas demandé de me tromper !

-On ne t'a jamais trompé ! intervint Harry, désespéré. Jamais, tu m'entends. A aucun moment !

-Oh, vraiment ? « Il ne faut pas rester amoureux de Lily, Severus, après tout, vous n'avez aucune chance ! ». Ça vous arrangeait bien, hein, que j'abandonne mon amour pour Lily. Et votre soi-disant amitié…

-Non ! cria presque Harry. Je ne t'ai pas menti. Ton amour pour ma mère t'a rendu malheureux. Tellement malheureux que tu n'as même pas voulu remonter le temps avec nous pour vivre une autre vie. Tu as préféré être effacé de la réalité, vivre une vie meilleure, plutôt que de souffrir à nouveau et nous avons promis de t'y aider ! Et crois-moi, Severus, jamais, jamais je n'ai fais semblant de devenir ton ami ! Je n'avais même pas prévu de le devenir. Seul Draco devait s'assurer que tu n'emprunterai pas la voie choisie via les séances de psychologie, rien de ce qu'il s'est passé ensuite n'a été prévu !

-Vraiment ? Même pas ma maîtrise ? »

Harry ne sut quoi répondre. Très honnêtement, il avait bien offert une maîtrise à Severus afin de l'écarter de façon définitive du chemin de Voldemort.

« C'est la seule chose, admit-il. La seule, Severus, que je me suis permis de faire pour t'influencer. Je t'ai envoyé vers Claus parce que c'est un ami, qu'il n'est pas un mangemort, mais il te voulait, Severus, ne crois certainement pas que son acceptation à quoi que ce soit à voir avec notre tentative pour influencer ta vie. Je lui ai soumis tes résultats, il s'est renseigné à ton sujet et t'a accepté. Tout ce que j'ai fais, c'est lui signaler que tu existais. Rien d'autre ! Tout le reste… Severus, je n'ai jamais été malhonnête avec toi.

-A l'exception de ton identité. Pauvre petit héros mis sur le chemin de Voldemort… Tu me fais pitié, en fait ! »

Le jeune homme se leva de son siège, l'amertume clairement présente sur son visage.

« Severus ! intervint Draco. Je t'en prie, essaye de comprendre. Je sais que tu le peux !

-Parce que vous m'avez assez retourné le cerveau pour que je le puisse ? Pour que je sois… Comment ? Plus ouvert ? Allez au diable, tous les deux ! Ah, et Regulus ?

-Il sait, répondit Harry, le visage torturé par le chagrin. J'ai obligé Draco à le lui dire car il ne voulait pas entamer une relation sérieuse avec Regulus tant qu'il ne serait pas au courant mais il ne voulait pas lui dire avant sa majorité et… Regulus n'aurait jamais tenu jusque là…

-Je vois… Et qu'a-t-il dit ?

-Il l'a accepté, répondit Draco.

-Ouais et bien je ne suis pas aussi stupide que peut l'être un Black !

-Severus, tenta encore Harry, l'attrapant par le bras.

-Lâche-moi ! cria-t-il en s'arrachant de sa main. Ne me touche plus, ne me parle même plus, tu me dégoûte encore plus que Drake ! Tu n'es qu'un menteur, comme tous les autres !

-Severus, non, je ne…

-Je ne veux rien entendre ! Je veux partir. Maintenant !

-Partir ? Severus, non, tu ne peux pas, enfin je veux dire…

-Je veux aller en Australie, coupa-t-il. Maintenant. Je ne peux plus te voir ! »

Il quitta brutalement le silence, laissant les deux amis seuls dans le salon, les sorts de silence et d'intimité s'annulant. Aucun des deux ne parla pendant un long moment, jusqu'à ce qu'Harry ne se tourne vers Draco, le visage défait.

« Content ? dit-il. Je t'avais dit… je t'avais dit que ça ne passerait pas. »

Draco ne trouva rien à redire. Il regarda Harry partir, se dirigeant vers le sous-sol dont il laissa la porte ouverte. Soupirant, il passa une main dans ses cheveux et se dirigea vers le hall. Il ne fut même pas surpris de voir Severus descendre les marches avec sa valise volant derrière lui.

« Severus, Ash est descendu, dit-il. Il va probablement t'amener par les arches. Ne fais pas ton entêté et vas-y par là. »

Le jeune homme pinça les lèvres, luttant contre l'envie de l'envoyer au diable et de partir par la grande porte. Il finit pourtant par tourner les talons pour se diriger vers le sous-sol, conscient que voyager par la voie classique risquait de le mettre en retard pour le début de sa maîtrise.

« Severus, appela Draco, désespéré. Je suis désolé. Je sais que tu as horreur qu'on te mente, horreur qu'on te manipule, mais je n'ai fais que tenir la promesse que j'ai faite à mon parrain. Je voulais juste m'assurer que tu ne deviennes pas mangemort, comme tu me l'as demandé, Severus. Je te l'assure. Tu… tu m'as sauvé la vie. Je ne pouvais pas juste ignorer ta demande, crois-moi. »

Le jeune homme s'était arrêté mais ne l'avait pas regardé. Il finit par répondre d'un ton froid :

« Il y a un cadeau pour Regulus dans ma chambre. Je te laisse lui expliquer pourquoi je ne serai pas là pour son anniversaire ! »

Puis il partit, laissant Draco, chagriné, dans le couloir.

oOo

Harry faisait les cent pas dans le couloir quand Severus arriva enfin. Le jeune homme entra dans le couloir, le fusillant du regard et le mettant au défi de parler. Conscient que le silence était son meilleur allié, Harry se contenta de lui tendre la main que le jeune homme saisit avec dégoût. Ils passèrent l'arche en quelques secondes, cette fois.

« Va-t-en, je connais le chemin, répliqua Severus.

-Non, désolé, répondit Harry. Je dois expliquer à Claus pourquoi tu arrives une journée en avance !

-Ne me parle pas ! »

Ils transplanèrent tous les deux et apparurent aux frontières des terres de Claus. La nuit étant encore un peu présente, les barrières étaient closes et Harry alla appuyer sur le bouton – très moldu – de l'interphone. Il se passa quelques secondes avant qu'un grésillement ne se fasse entendre.

« Ash ? Severus ? N'était-ce pas demain ?

-Un changement de programme, Claus. Est-ce que ça te dérange ? »

En réponse, les portes s'ouvrirent lentement devant eux. Severus bondit comme un diable de sa boîte et s'empressa de le dépasser pour ensuite le distancer. Quand ils arrivèrent à la villa, la porte était ouverte et Claus, en pyjama et robe de chambre, les regardait monter l'allée avec nonchalance. Il jeta un regard sceptique à Severus, manifestement furieux et le laissa entrer.

« Que se passe-t-il ? dit-il en regardant Ash. Il a l'air furieux. »

Harry soupira.

« Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, murmura le jeune homme. Je dois lui parler, si ça ne te dérange pas.

-Es-tu sûr ? demanda Claus. Il a l'air prêt à tuer…

-Je n'ai pas peur, répondit Harry. Je lui dois une dernière vérité. »

Claus haussa les épaules et le laissa passer. Severus était dans le hall, essayant de se calmer par de profonde respiration. Il se crispa pourtant quand il vit Harry entrer. Claus referma la porte et s'éloigna poliment, allant se réfugier dans une autre pièce.

« Je ne t'ai pas dit que je ne voulais plus te voir ! Tu m'as amené là où je devais être, alors va-t-en, maintenant !

-Severus, tenta Harry.

-Ferme-là ! N'essaye pas de me faire croire à ta petite image parfaite de l'ami compréhensif et va-t-en !

-Severus, ce n'était pas une image, s'obstina Harry. A aucun moment je n'ai joué un rôle avec toi !

-A pars quand tu as tout fait pour me faire abandonner mon amour pour ta mère, t'assurant ainsi qu'elle irait bien avec ton père !

-Severus, elle aurait choisi James. Elle l'a fait par le passé, elle l'aurait refait cette fois encore.

-Et pourquoi tu ne l'aurais pas influencé elle, pour qu'elle me choisisse moi ? Mais non, surtout pas. Ne rendons pas Severus heureux ! Tu es le premier à dire que tu souhaitais mon bonheur, mais tu n'es qu'un égoïste. Si tu voulais mon bonheur, c'est elle que tu aurais manipulé ! C'est elle que tu aurais persuadé de m'aimer ! »

Harry ne trouva rien à répondre à ça. Il n'avait même pas envisagé cette possibilité.

« Severus, Je… je n'avais pas pensé à…

-Non, bien sûr que non. Tu t'es dit que tu allais regarder papa et maman s'aimer, comme un petit dieu et juste réparer les dommages collatéraux ? Arrête avec ton petit rôle de saint, ça me donne envie de vomir. Tu n'en as rien à foutre de mon bonheur, en fait ! Tu n'as été qu'un menteur !

-Non, Severus. Crois-moi, je ne t'ai jamais menti. J'ai déformé la vérité quand je parlais de moi, mais je ne t'ai jamais menti.

-Ouais, c'est ça. Le gosse Potter maltraité par son horrible oncle ? Comme si j'allais y croire ! Black a dut te gâter à un tel point que ça devait en être écœurant. Va-t-en. Va-t-en, bordel, dégage d'ici ! »

Harry pinça les lèvres, le corps si crispé et tendu qu'il en avait mal dans chaque articulation. Il regarda Severus et prit une inspiration, s'approchant du jeune homme qui recula aussitôt, essayant de s'éloigner.

« Ne t'approche pas ! » cria-t-il, cherchant sa baguette dans les poches de ses vêtements.

Il la trouva et la brandit mais Harry lui attrapa le poignet et le tira vers lui vivement, l'empêchant de bouger en le plaquant contre lui. Il regarda ses yeux furieux alors qu'il se débattait violemment contre lui.

« Severus, murmura-t-il. Je ne t'ai jamais menti. Je n'avais pas prévu de devenir ton ami, ni même de t'approcher. Je ne devais pas intervenir dans ta vie, mais je l'ai fait. Parce qu'à force de te voir, à force de te parler, de te connaître… j'ai commencé à t'aimer. T'aimer, vraiment, pour toi, pour ce que tu es. Je… je suis tombé amoureux de toi et c'est la seule chose que je t'ai dissimulé, outre mon vrai nom. Tu es en colère, tu es furieux, je le comprends. Mais je veux que tu saches… je veux que tu saches que je ne veux pas le moindre mal. Que… je voulais vraiment que tu sois heureux. Je suis désolé si je n'ai pas fait les bonnes actions pour ça. J'ai juste essayé de faire de mon mieux. Je suis désolé. »

Harry le regarda, cherchant un pardon qu'il n'obtint pas. A la place, Severus lui cracha au visage. Harry ferma les yeux et le lâcha, le jeune homme s'empressant de prendre de la distance avec lui.

« Amoureux, hein ? Tu me dégoûtes ! », lui cingla Severus.

Harry inspira brutalement aux mots prononcés et il se fit violence pour ne pas se mettre à pleurer. A la place, il esquissa un sourire qui n'atteignit pas ses yeux.

« Oui, je me doute, dit-il. Je m'en vais, maintenant. Tu es toujours le bienvenu au manoir, pour voir Regulus. Et quoi qu'il se soit passé ce soir, quelle que soit les mots et les actes que tu as dit et fait, sache que ça ne change rien. Je continuerai à tenir mes engagements avec toi. Je prendrai soin de ta mère pendant ton absence et je continuerai de t'accueillir chez moi, quelle que soit la raison et peu importe quand.

-Va-t-en, répliqua Severus, détournant les yeux.

-D'accord, répondit Harry. Dis au revoir à Claus pour moi. »

Harry partit de la villa d'un pas lent. Il était incapable de courir, ses jambes tremblaient beaucoup trop. Il ne transplana pas tout de suite, trop instable pour le faire sans se désartibuler dans la manœuvre. Il marcha un long moment, jusqu'à ce qu'il arrive à retrouver assez de sang froid que pour ordonner à sa magie de l'amener dans la ruelle. Quand il vit l'arche, il la passa sans regarder en arrière mais ne quitta pas le couloir. A la place, il marcha jusqu'à son arche préférée, celle représentant le Sahara et passa l'ouverture sans hésiter. Ses chaussures s'immergèrent dans le sable et il gronda, les enlevant avec une certaine rage. Dès que la matière granuleuse et chaude entra en contacte avec sa peau, il frémit de plaisir mais ignora l'étincelle de joie qui le parcourut. A la place, il se laissa tomber à genoux dans le sable, immobile pendant quelques secondes. Puis, brutalement, il hurla. De toutes ses forces. Un vent violent accompagna le son de sa voix puis un rayon de magie fendit le ciel alors qu'il laissait sortir de lui la douleur qu'il ressentait.

Quand il s'arrêta, il se sentit vide. Plus aucune pensée ne traversait son cerveau, son corps s'était détendu. Il se laissa tomber en arrière, se couchant sur le sable, ses yeux scannant le ciel qu'il fixa, pendant si longtemps qu'il vit la nuit tomber et le jour se lever. Mais il ne pensa pas à se lever. Pas même quand son estomac gronda de faim. Ni quand un serpent rampa sur son corps. Ce ne fut que lorsque Draco apparut dans son champs de vision qu'il sembla comprendre que le temps avait passé.

« C'est la rentrée, lui dit Draco, l'air compatissant. Tu vas arriver en retard pour le banquet. »

Harry le regarda, incapable de parler. Son meilleur ami soupira et s'agenouilla près de lui. Il prit sa main et l'obligea à s'asseoir, le tournant vers lui.

« Harry, il reviendra, dit-il. Il va y réfléchir, y penser, il comprendra et il reviendra. J'en ai parlé avec Regulus, il fera en sorte qu'il comprenne. Harry… »

Le brun ne répondit pas, son regard vide se posant dans les yeux de Draco qui gémit en croisant son regard. Désespéré, il l'enlaça, essayant de lui transmettre un peu de courage et d'amour.

« Je suis désolé, dit-il. Je suis vraiment désolé, Harry. »

Ce dernier enroula ses bras autour de Draco, le serrant vaguement alors qu'il regardait dans le vide. Puis il murmura sombrement :

« Je n'aimerai plus jamais personne. Je ne veux plus jamais, jamais aimer qui que ce soit et donner le pouvoir à quelqu'un de me briser le cœur. Tu entends ? Plus jamais ! »

Draco ne répondit rien. Il savait qu'Harry ne mentait pas.

A suivre…

Et voilà. Fin sadique, je sais, mais nécessaire. Je suis navrée d'avance pour les fautes d'orthographes et j'espère que vous saurez me pardonner. Je vais maintenant me consacrer un peu à AP, car j'ai des lecteurs qui méritent de savoir ENFIN ce qu'il va se passer, mais MF reviendra (plus puissante que jamaaiiis… Hum… Passons).

A bientôt mes petites langoustes !

Message personnel à Laura, revieweuse anonyme :

Je n'ai jamais autant regretté que les réponses pour les anonymes soient non autorisées. J'ai souvent la boule au ventre quand je ne peux répondre à certains anonymes particulièrement touchant, pour toi, c'est pratiquement de la rage. Je t'invite à m'envoyer un mail dont l'adresse commence par mon pseudo et se termine par gmail point com. Je veux te répondre car vraiment, jamais review ne m'a fait autant de bien. J'allais mal ce jour là et la lire m'a fait un bien fout. Je n'ose te répondre en détaille ici, je ne suis pas réputée pour mes réponses courtes, comme l'ont sans doute remarquées certaines de mes lectrices, la tienne risque de me prendre quatre pages. Merci, merci, merci, j'ai adoré chaque ligne de ta review. J'espère que tu verras ce message et que j'aurai l'occasion de fournir une réponse convenable à un message plus que parfait.