Auteur : Umbre77
Titre : La magie d'une fleur
Résumé : Capturé par Voldemort, Harry n'a d'autre choix que d'accepter sa défaite. Mais Draco Malfoy, lui, n'a aucune envie de mourir ! Quitte à changer le passé pour se sauver !
Note de l'auteur : Tandis que je commence à écrire ce chapitre à 22h34 en ce 12 juin 2013, je ne peux m'empêcher de culpabiliser. Surtout quand je vois le temps que je mets pour l'écrire…
Personnages :
Pas besoin de vous présenter les personnages principaux, je me contente donc des secondaires, ceux que je ne cite pas assez que pour s'en rappeler :
Les professeurs :
Potion = Horace Slughorn
Défense = Ash Sadrah
Sortilège = Madame Stand
Botanique = Hélène Stewart
Infirmière = Eloïse Addisse
Membres de l'ordre :
Arthur et Molly Weasley, Lucius et Narcissa Malfoy, Maugrey Fol'œil, Caradoc Dearborn, Fabian et Gideon Prewett, Dorcas Meadow, Benjy Fenwick, Edgar et Sarah Bones, Eugène et Phils Potter (décédée), Hagrid, McGonagall, Dumbledore et, bien entendu, Ash et Drake.
Je vous rappelle qu'Ash est officiellement l'héritier Sadrah tandis que Draco est désigné comme le fils bâtard d'Abraxas Malfoy et porte donc à nouveau son vrai nom.
Résumé rapide :
Harry et Draco ont remonté le temps pour sauver le monde de la magie qui courrait à sa perte.
Après un entraînement de sept ans sous le joug de Fixe Sadrah, condamnée à mort par un sortilège, ils intègrent Poudlard en tant que Psychologues. Là, ils y rencontrent Severus, Regulus, et les maraudeurs tandis qu'ils rejoignent également l'Ordre du Phénix dont ils sont devenus les co-fondateurs avec Dumbledore.
Suite à son adoption par Fixe, Harry devient officiellement le sorcier le plus riche et le plus influent d'Angleterre, instaurant ainsi une position importante pour le monde de la magie et capable de réfréner Voldemort contre qui il se bat constamment.
Draco, lui, après une tentative de scandale visant à rallier Regulus à Voldemort, est déclaré fils bâtard d'Abraxas Malfoy, lui donnant ainsi la protection de la famille dans l'éventuel cas où Wilburga Black voudrait l'attaquer pour détournement de mineur.
Les vacances d'été sont arrivées, plusieurs élèves vivent maintenant au manoir Sadrah. Fixe est également venue rendre visite à son fils adoptif, lui annonçant par la même occasion qu'elle allait mourir.
Harry décide de révéler la vérité à Regulus car ce dernier souffre trop de la distance que Drake a installée entre eux, pour leur protection. Ce dernier accepte assez bien la situation, trop amoureux de Drake pour lui reprocher d'avoir manipuler les choses à son avantage. Les vacances s'écoulent lentement, Fixe va de plus en plus mal et les adolescents présents dans la maison Sadrah oublient petit à petit leurs vieilles querelles pour se lancer dans une amitié inattendue…
Malgré un début août idyllique et un rapprochement sensible, lorsque Severus apprend la vérité sur Ash et Drake, il rejette ceux-ci avec violence. Effondré, Harry promet de ne plus jamais aimer qui que ce soit.
Trois horcruxes ont été détruits : La bague, le diadème et celui en Harry.
Il reste Nagini (pas encore née), le médaillon, le journal et la coupe de poufsouffle.
Musique écoutée : L'album de Katy Perry, en grande majorité. Run, de Snow Patrol… et le plus étrange pour la scène principale : Master Chef…Suivez la logique…
Et enfin, pour la scène la plus importante de ce chapitre, The Funeral, Band of Horses et l'ultime touche de May it Be, Enya.
Chapitre 32 : Les Sadrah
La nuit du départ précipité de Severus, Draco n'avait pas dormi. Il avait commencé par faire les cent pas dans le hall d'entrée, attendant désespérément qu'Harry revienne. Il n'était pas assez utopique que pour croire au retour de Severus. Non, il avait compris son erreur. Contrairement à son frère de cœur, il avait fermement cru à une réelle transformation de l'adolescent. Il n'avait pas imaginé une acceptation sans rancœur, mais pas une telle haine à leur encontre. Dire qu'il était déçu était loin de la vérité. Il était effondré. Effondré car il savait qu'Harry n'allait pas se relever d'une telle attaque. Si son ami tenait sur ses deux jambes, c'était grâce à l'amour. Draco ne s'y trompait pas : il savait qu'il maintenait Harry debout par sa seule présence. Et il avait espéré que Severus viendrait amener la stabilité manquante à un survivant un peu trop occupé à survivre et non à vivre. Et il en avait constaté les effets sur son meilleur ami tout l'été : depuis que Severus vivait sous le même toit qu'eux, Harry était plus souriant, un peu plus reposé. Il avait même retrouvé un appétit convenable !
Mais à présent… le pilier fragile qui soutenait Harry s'était effondré et il ne restait plus que lui pour l'aider à tenir debout. Oh, ça ne dérangeait pas Draco d'être son seul soutient, pas du tout. Il craignait juste de ne pas avoir la force nécessaire. Qu'arriverait-il s'il était blessé mortellement ? Ou s'il était obligé de s'éloigner d'Harry, pour une quelconque raison ? Il savait qu'il ne pourrait pas se le permettre. Plus maintenant, en tout cas !
Il attendit trois heures avant de finalement craquer et demander à Dobby de se renseigner sur le bien-être de Severus et Harry. L'elfe revint, assez penaud, pour lui dire que Severus était aux mains de Claus et qu'Harry était parti. Un instant paniqué, Draco n'avait pas mis deux secondes pour comprendre où s'était réfugié son meilleur ami. Tous deux ne se sentaient en sécurité qu'en un seul endroit, dernièrement : le Sahara. Là où ils avaient passé six ans à s'entraîner, à réapprendre à vivre et à sourire. Là où ils étaient devenus amis, frères, confidents. Et il savait que si Harry n'était pas revenu, c'était pour une seule raison : il avait besoin d'être seul. Il avait besoin de s'éclaircir les idées, de pleurer seul. Il reviendrait quand il aurait réussi à reprendre ses esprits. Et même si Draco crevait d'envie de le rejoindre, il décida d'attendre son retour, dans la limite du raisonnable. La rentrée de Poudlard approchait et il ne pourrait pas laisser à Harry la possibilité de pleurer son chagrin éternellement.
Rassuré, plutôt que de rester immobile ou d'aller dormir, Draco avait trouvé refuge dans son propre bureau où il était resté pensif, pendant de longues minutes. Puis, après avoir réfléchi pendant un temps très long, il décida d'écrire à Severus. Mais à peine avait-il pris sa plume qu'il réalisa que l'idée était stupide. Rien n'empêchait le jeune homme de déchirer sa missive sans la lire. Et écrire sur du papier si facile à voler des vérités qui devaient à tout prix restées cachées serait la pire des mauvaises idées ! Agacé de ne pas pouvoir s'entretenir avec celui qu'il avait considéré comme son mentor et son sauveur, il finit par se laisser tomber dans son fauteuil de cuir et par simplement regarder par la fenêtre, l'air penaud.
Si l'ancien Severus était venu avec eux, il aurait su comment agir. Il aurait su comment se détourner sans aboutir à une telle catastrophe. Enfin, catastrophe ! Au moins, Severus n'avait pas décidé de se jeter dans les bras de Voldemort pour se venger. Non, à la place, il avait fait ce qu'il savait faire de mieux : cracher sur Harry pour ensuite s'enfuir dans un mouvement de cape affolant…
A la place d'écrire, Draco préférait de loin lui envoyer des souvenirs. Avec eux, au moins, le jeune homme pourrait mesurer la profondeur de leurs sentiments et la bonne intention dissimulée derrière les mensonges… Mais comme la lettre, il n'était pas conseillé d'envoyer par courrier une fiole révélant au monde entier qu'Ash Sadrah et Drake Malfoy avaient franchi les limites imposées par le monde sorcier depuis des millénaires. Non, il lui faudrait attendre d'avoir le jeune homme à porter de main pour les lui donner et Merlin seul savait quand il aurait la possibilité de le rencontrer à nouveau. Peut-être ferait-il le déplacement pour Noël ? Ou l'anniversaire de Regulus… Du moins, celui de l'année suivante car celui de cette année avait techniquement commencé, même s'il était cinq heures du matin !
Poussant un long soupir désespéré, Draco se résolut à quitter son bureau pour aller prendre une douche. Il y resta aussi longtemps qu'il le pouvait sans culpabiliser pour les réserves d'eau et prit tout son temps pour se préparer. Il avait des cernes horribles sous les yeux mais il n'était pas décidé à aller dormir avant le retour d'Harry. De toute façon, il n'avait jamais essayé de dormir seul et n'avait aucune envie de tenter ce jour là. D'abord, Regulus allait être assez effondré que son meilleur ami soit parti comme un voleur, si en plus son… petit-ami ? dormait pendant cette journée si importante, il risquait de ne pas s'en remettre. Non, plutôt que de se laisser tenter par le confortable lit qui lui tendait les bras, Draco descendit à nouveau au rez-de-chaussée et s'assura que tout était prêt pour le réveil du nouveau sorcier majeur !
Deux heures plus tard, il était en train de somnoler dans le canapé du salon lorsque Sirius déboula d'un pas rapide, excité comme une puce. Draco sursauta et le regarda avec désespoir. Il avait besoin d'un café pour survivre à la journée. Et rapidement, vu l'œil brillant de l'ancien Gryffondor. Ce dernier était encore tout heureux de s'être engagé dans le programme de formation des Aurors qu'il devait commencer le lendemain. Et l'idée de célébrer son dernier jour de paresse à célébrer l'anniversaire de son frère le rendait aussi excité qu'une puce !
« Bonjour Drake ! Tu es le premier levé ? s'exclama-t-il.
-Le dernier encore debout, en fait, répliqua ce dernier, tentant d'ignorer le mal de tête dont il souffrait. Sirius, jusqu'à ce que tout le monde soit levé, pourrais-je te demander de rester un minimum calme ? Je suis épuisé et j'ai un mal de crâne titanesque…
-Il s'est passé quelque chose ? s'inquiéta le jeune Black.
-Rien de mortel, répliqua Draco, soupirant. Néanmoins, je dois t'informer que Severus est parti cette nuit pour son apprentissage avec Claus Prafics et qu'il y a de grandes chances que nous ne le revoyons jamais. Quant à Ash… il est quelque part, en train de déprimer… »
Sirius sembla stupéfait puis pris aussitôt un air alarmé.
« Quoi ? Mais… pourquoi ? demanda-t-il. Que s'est-il passé ?
-Rien de bien méchant, je te rassure, l'apaisa Draco. En gros, ils se sont disputés. C'était quelque chose qui couvait entre eux et qui ne les regarde qu'eux… ça devait juste exploser un jour et… avec le départ à venir de Severus, je suppose qu'ils ont juste voulu… exprimer leurs ressentiments…
-Ressentiment ? demanda Sirius. Mais quel ressentiment ? Est-ce que… est-ce que ça a avoir avec les sentiments de Severus ? Enfin… Euh…
-Les sentiments de Severus ? interrogea Draco, perplexe. Quels sentiments ? »
L'espace d'un fugace instant, Sirius eut l'air de vouloir répondre, mais il se contenta de secouer la tête.
« Est-ce qu'il y a un moyen pour moi de contacter Severus ? demanda-t-il.
-Ce ne serait pas une bonne idée actuellement, répondit Draco. Il est assez fermé à toute discussion et… je pense qu'il vaut mieux le laisser se calmer.
-Non, je… Ecoute, je crois que tout ça est de ma faute ! Je n'ai pas arrêté de taquiner Severus par rapport à Ash et je… enfin, tout ça est probablement un immense gâchis à cause de moi et…
-Sirius, du calme, ordonna Draco, perdu. Explique-moi dans l'ordre, tu veux ?
-Je… j'ai cru que Severus avait des sentiments amoureux pour Ash et je… comment dire ? Je l'ai un peu poussé à lui en parler, parce que je croyais que c'était réciproque, donc… »
Draco poussa un long soupir. Il resta silencieux un instant, ignorant le babillage de Sirius mais finit par prendre la parole, l'interrompant.
« Tu ne t'es pas trompé pour Ash, en tout cas, admit-il. Il est amoureux de Severus. Amoureux fou. Et il est prêt à tout pour le protéger, l'aider… mais… disons que Severus n'était pas prêt à l'entendre et à comprendre ce que ça sous-entendait ? »
Sirius fronça les sourcils.
« Comment ça ? demanda-t-il.
-Ash… disons qu'il est intervenu à de nombreuses reprises dans la vie de Severus pour… pour l'aider à prendre le bon chemin, on va dire. Et quand Severus l'a compris… il l'a mal pris.
-Tu veux dire qu'Ash l'a manipulé, c'est ça ? demanda Sirius, perplexe.
-On peut voir ça ainsi, oui, admit Draco. Mais il ne l'a fait que pour son bien. Jamais dans une volonté de nuire, mais… Severus l'a vraiment très mal pris. »
Sirius sembla y réfléchir pendant un moment.
« Ash lui a dit qu'il l'aimait ? demanda-t-il en allant s'asseoir près de Draco.
-Non… Enfin, pas que je sache, mais j'espère qu'il le lui a dit avant de le laisser partir chez Claus. Ça aiderait peut-être Severus à comprendre pourquoi Ash a agi comme il l'a fait… »
Les deux hommes se turent pendant de longues minutes, ne parlant pas. Des pas dans le couloir se firent entendre, allant jusqu'à la cuisine. Le bruit revint et la porte du salon s'ouvrit, Remus passant la tête par l'embrasure.
« Ah, vous êtes là, dit-il, surpris. Personne d'autre n'est encore levé ?
-Regulus dort encore, répondit Draco en se levant. Severus est parti en Australie et aux dernières nouvelles, Ash est dans le Sahara…
-Severus est parti ? s'étonna Remus. Mais… Ce n'était pas prévu pour ce soir ? »
Draco poussa un profond soupir et regarda Sirius qui hocha la tête.
« Allons déjeuner, répliqua ce dernier. Je vais te raconter. »
Sirius se leva et entraîna un Remus perplexe tandis que Draco appuyait sa tête contre le dossier du divan. Il ferma les yeux un instant – du moins le crut-il – et s'endormit en quelques secondes. Il fut réveillé par une caresse tendre sur son visage. S' il crut que l'attention venait d'Harry, il s'aperçut très vite que les doigts étaient plus fins et plus doux que ceux de son frère de cœur. Un sourire rêveur étira ses lèvres et il ouvrit deux yeux brumeux et fatigués.
« Bon anniversaire », dit-il en regardant Regulus.
Ce dernier sourit tendrement.
« Merci, répondit-il, caressant lentement ses cheveux. Sirius m'a raconté… Mais je suppose qu'il y a plus que ça, n'est-ce pas ?
-Bien plus, répondit Draco, soupirant. Severus nous a surpris en pleine conversation révélatrice et… il a exigé que nous lui expliquions la vérité. Et bien entendu, ça s'est très mal terminé. »
Regulus grimaça, l'air sincèrement peiné.
« Où est Ash ?
-Dans le Sahara… Il y va souvent quand il a besoin de se détendre et de se vider l'esprit. Le sable, le soleil et le silence l'y aident. Je suppose qu'il en avait bien besoin après… après que Severus l'ait rejeté… »
Regulus eut un air triste et poussa un long soupir résolu. Il appuya nonchalamment sa tête contre le dossier du divan, regardant le plafond, pensif.
« Je vais écrire à Severus, dit-il. Je ne dirai rien vous concernant, mais je… j'ai besoin de savoir s'il est toujours mon ami ou non… Je sais que c'est égoïste, mais…
-Non, ça ne l'est pas, répondit Draco en le regardant avec tendresse. Severus est, d'une certaine manière, ton premier ami. Que tu veuilles le garder et préserver votre amitié, malgré Ash et moi, est tout à fait compréhensible ! Au contraire, même, je t'encourage à rester en contact avec lui. Ne serait-ce que pour vérifier qu'il ne décide pas, par esprit de vengeance, de rejoindre Voldemort ! »
Regulus le regarda brusquement avec horreur.
« Quoi ? Tu penses qu'il pourrait…
-Je ne négligerai plus jamais la rancune de Severus, répliqua froidement Draco. J'ai tenté de le sauver, je lui ai donné sa chance. Je ne lui en donnerai pas deux, surtout si ça doit faire souffrir Ash. Mais parlons d'autre chose ! Aujourd'hui, tu as dix-sept ans. Bien que tu ais été émancipé de tes parents, tu n'étais pas officiellement majeur aux yeux du ministère avant aujourd'hui ! Donc… Que veux-tu faire, pour célébrer ce grand jour ? »
Regulus parut pensif, l'air hésitant.
« J'avais plein d'idées jusqu'à ce que je me lève ce matin, avoua-t-il. J'avais envie d'aller à la piscine avec Severus et Sirius… Et Remus, aussi, vu qu'il suit toujours, mais juste avec mon frère et son copain, c'est moins drôle… »
Draco esquissa un sourire désolé.
« Dans ce cas, si je viens avec vous, tu crois que la piscine semblerait plus attirante ? »
Regulus rougit brutalement et Draco haussa un sourcil amusé.
« Je pense que se voir en maillot de bain sera un bon début, lui dit-il, séducteur. Tu es majeur, après tout, maintenant… »
D'une main légère, il caressa la joue un peu rouge du jeune homme, amusé.
« Réfléchis à cette perspective, Regulus, dit-il. Nous avons tout notre temps… Mais maintenant… nous n'avons plus aucune barrière… »
Souplement, Draco se leva et tendit la main vers le garçon qui mit quelques minutes pour la saisir, se laissant entraîner vers la cuisine, pensif. Une seule pensée tournait dans sa tête : il était majeur. Il n'avait plus aucune barrière !
oOo
L'anniversaire de Regulus s'était passé dans l'amusement le plus complet, malgré l'absence de Severus et d'Ash. Oh, tout le monde s'aperçut qu'au fur et à mesure que la journée avançait, Drake arborait un air préoccupé face au non retour d'Ash. Mais personne n'osa le mentionner. Quand la nuit tomba, que Sirius et Remus allèrent se coucher, Regulus resta avec Draco dans la bibliothèque, concentré d'abord sur la lettre qu'il adressait à Severus puis feintant de lire. Il voulait juste tenir compagnie au blond dont le visage s'assombrissait autant que le jour.
Finalement, Regulus s'endormit sur son livre et Draco poussa un soupir résolu. Ash ne rentrerait pas. Il y avait fort à parier qu'il devrait aller le chercher et vu qu'il ne pouvait passer le portail sans un Sadrah, il n'aurait pas d'autre choix que d'emprunter des voix officielles et cela promettait d'être très long et fastidieux. Hors, Harry était attendu le lendemain à Poudlard pour la rentrée. Soupirant, Draco se leva et s'approcha de Regulus. Il s'était presque attendu à ce que le garçon profite de la soudaine levée des interdits entre eux pour lui sauter dessus, mais Regulus s'était au contraire monter très timide. Sans surprise pour Draco. Être le psychologue du garçon pendant un an lui avait bien fait comprendre que si Regulus mourrait d'envie d'une vie normale, avec un compagnon, des amis, des proches, il n'en était pas moins terrifié à l'idée de vivre en dehors de sa bulle. Il lui était facile de crier haut et fort qu'il voulait Draco tant qu'il ne pouvait l'avoir… mais maintenant que les barrières étaient levées, il devait assumer ses paroles et surtout, prendre son courage à deux mains pour oser vivre. Tâche difficile quand on était resté spectateur !
En plus de tout ça, Regulus était encore vierge, tant physiquement qu'amoureusement. Et Draco n'était pas un idiot : lui aussi avait été amoureux, adolescent. Et il savait très bien combien il était dur et intense de vivre ces moments…
Tendrement, Draco caressa la joue du jeune homme endormit. Il sourit en constatant qu'il ne se réveillait pas mais pris son courage à deux mains pour le réveiller d'une très légère secousse.
« Regulus ? appela-t-il avec douceur. Tu m'entends ? Réveille-toi ! »
Le jeune homme ouvrit deux yeux un peu perdus et perplexes, cherchant ce qui l'avait dérangé pendant son sommeil. Il leva la tête vers Draco et parut encore plus étonné.
« Nous sommes dans la bibliothèque, expliqua le plus âgé. Tu t'es endormi. Tu devrais aller dans ta chambre…
-Et toi ? demanda Regulus, l'air inquiet.
-Moi, je vais chercher Ash. Si je pars maintenant, j'ai une chance de le ramener avant que le souper d'entrée de Poudlard ne commence. Ça ferait désordre que le nouveau professeur de Défense n'arrive pas à l'heure. Va te coucher, dors bien. »
Avec innocence, Draco se pencha sur Regulus et déposa ses lèvres contre celles du garçon encore un peu vaseux. Son acte eut le bénéfice de le réveiller totalement et il rougit à nouveau, embarrassé.
« Je… Je, balbutia-t-il.
-Va dormir, répliqua Draco, amusé. On se revoit demain, à Poudlard. Je vais passer chez Lucius avant, je vais lui demander de t'emmener à la gare, d'accord ? »
Encore troublé, Regulus se contenta d'hocher la tête, sous l'œil amusé de Draco.
« Bien, alors à demain soir, Regulus. Et n'oublie pas d'envoyer ta lettre à Severus ! »
Le jeune hocha encore la tête, s'emparant du parchemin avec hésitation. Il se leva d'un pas fatigué et quitta la bibliothèque sans même remarquer que Draco se dirigeait vers la cheminée. Saisissant un peu de poudre de cheminette, il annonça sa destination sans la moindre hésitation. Ce n'était que son premier voyage en direction du Sahara et il commençait par le manoir Malfoy. Il y fut obligé – après s'être excusé de déranger Lucius et Narcissa si tard le soir – de raconter ce qu'il s'était passé avec Severus, provoquant la consternation de sa mère et l'air pensif de son père. Bien qu'avec hésitation, ce dernier admis comprendre Severus : ne pas avoir de contrôle sur sa propre vie pouvait se révéler extrêmement frustrant ! Draco ne s'en offusqua pas. D'abord parce qu'il n'en avait pas le temps, ensuite parce qu'il pouvait le comprendre. Jusqu'à ses dix-sept ans, il n'avait jamais eu le contrôle sur quoi que ce soit. Seul le voyage dans le temps lui donnait la possibilité d'avoir son mot à dire. Dans une certaine mesure, malheureusement. Il ne contrôlait pas le monde entier !
Rejoindre Ash au Sahara, sans emprunter le portail Sadrah, était une véritable horreur ! Utilisant sans remord le prestige de Lucius, il se rendit au ministère où il obtint, après trois heures de négociation et un généreux pot-de-vin, un portoloin jusqu'au Maroc. De là, il dut encore palabrer pendant des heures, exposant le nom Sadrah à tout va, pour se voir confier l'utilisation d'un tapis volant. Quand enfin il obtint le droit d'en emprunter un – sans guide, merci bien ! – Draco avait parfaitement conscience que la journée, en Angleterre, était bien avancée ! Il arriva en vue de la maison Sadrah deux heures avant le banquet d'ouverture et trouva Ash une demi-heure plus tard, couché dans le sable, indifférent à tout.
Les mots que murmura Harry dans son oreille lui donnèrent envie d'aller tuer Severus. Ou en tout cas, de lui faire très, très mal. Il se força pourtant à éloigner ses sentiments pour aider Ash à se relever avec douceur. Sans faire attention, il souleva Harry comme s'il n'était qu'une poupée de cire et aida ce dernier à enrouler ses jambes autour de sa taille. Il s'avança ensuite dans le désert, droit vers la maison Sadrah. Il y entra sans que rien ne fasse résistance : l'héritier était après tout dans ses bras, aucune barrière ne pouvait le bloquer. Seul, il aurait peut-être été rejeté, tout secrétaire d'Harry qu'il soit !
Sans hésitation, Draco transporta Harry dans une des chambres qu'ils avaient occupées, à l'époque de leur entraînement. Il le déposa sur le lit et le laissa là pour aller dans la salle de bain reliée à la pièce. Avec des mouvements brusques, Draco ouvrit les vannes pour laisser l'eau s'écouler dans la large baignoire. Il attrapa quelques produits qu'il connaissait très bien – et pour cause, c'était les siens ! – et en versa de généreuses doses dans le liquide déjà fumant. S'assurant que l'eau qui coulait était à une température acceptable, il quitta la salle de bain pour revenir vers Harry. Il l'obligea à se lever en tirant sur son bras et l'emmena dans la salle de bain où il le dévêtit sans difficulté. Harry n'était qu'une marionnette entre ses bras et il fixait le vide, immobile. Quand il fut nu, il fut dirigé vers la baignoire où Draco l'aida à s'immerger après avoir coupé l'eau.
« Lave-toi, dit-il avec autorité. Je vais chercher des vêtements. »
Il quitta la pièce sans regarder si Harry lui obéissait mais le bruit de l'eau suivit du son d'un shampoing méticuleux lui assura qu'Ash lui obéissait. Quand Draco fut dans la chambre, il prit le temps de respirer. Une partie de lui était folle de rage, une autre de chagrin. Il ne pouvait pas supporter de voir Harry aussi triste et démolit. Il lui rappelait leur arrivée dans le passé… Harry avait alors ce regard mort et résolu, ces yeux éteints et désespérés… La lueur de vie et d'espoir était revenue grâce à Fixe et lui… mais la première allait bientôt mourir et lui-même n'était pas certain d'être suffisant pour relever Harry une seconde fois. Angoissé, Draco resta un instant immobile dans la chambre avant de se décider à aller fouiller la penderie d'Harry, dans la pièce d'à côté. Il grimaça face aux vêtements y restant : aucun n'était fait pour l'Angleterre et certainement pas pour une entrée à Poudlard. Malheureusement, il devrait faire avec, ils n'avaient que le temps de transiter par le manoir Sadrah avant d'aller à Poudlard. Dumbledore devait déjà avoir reçu la demande d'ouvrir le réseau de cheminette de l'école… En espérant que Lucius ait bien fait passer le message !
Draco revint dans la salle de bain d'un pas rapide et pressé mais il figea face au regard éperdu qu'un Harry lavé et assis dans l'eau mousseuse lui lança. Déposant les vêtements sur un petit tabouret placé dans cette intention, Draco s'approcha de lui pour l'aider à se lever. Il le regarda, dégoulinant d'eau et de mousse, l'air désespéré et ne put résister à l'envie de l'enlacer. Au diable Poudlard, les étudiants et les attentes de Dumbledore ! Il n'allait pas laisser son frère dans la détresse juste parce qu'ils devaient être à l'heure.
« Ça va aller, murmura-t-il en frottant le dos trempé d'Harry, tentant de le consoler. Harry, ça va aller, d'accord ?
-Je sais, répondit Harry. Je sais, c'est juste… J'ai besoin de digérer ça. »
Draco approuva d'un grognement sourd. Comme s'il pouvait le digérer ! Lui-même ne savait pas comment il aurait réagi si Regulus avait du le rejeter suite à son aveu ! Et Merlin savait qu'Harry était plus amoché mentalement que lui… Les choses n'allaient pas aller en s'arrangeant, Draco en était conscient. Dans quinze jours, Fixe était censée mourir, marquant leurs esprits par une nouvelle perte. A cette pensée, Draco resserra ses bras autour du corps trempé et nu de son meilleur ami. Ils restèrent ainsi pendant de longues minutes, silencieux, écrasés par les drames passés et à venir. Puis, au bout d'un trop long moment, Draco s'écarta de son meilleur ami pour le regarder.
« Tu sais ce que ça me rappelle ? demanda-t-il. Notre arrivée ici. Quand on était terrifiés, blessés, égarés. Et qu'on s'est relevé, tous les deux. Tu te souviens ? »
Harry acquiesça, un léger sourire aux lèvres.
« On se relèvera encore, lui assura Draco. Je suis là pour t'aider à tenir debout…
-Tu ne peux pas te sacrifier pour moi, répliqua Harry en le regardant.
-Toi ? Tu crois que je fais ça pour toi ? Ne rêves pas, Potter. Je suis un égoïste. Si je te veux debout, c'est pour moi ! Je ne pourrais jamais me sentir en sécurité si tu n'es pas là ! »
Harry esquissa un sourire en l'entendant. Il secoua la tête et le repoussa avec tendresse pour ensuite sortir du bain, l'eau mouillant aussitôt le sol.
« J'ai une rentrée des classes qui m'attend, dit-il, déterminé. Et portail ou pas, si on ne se dépêche pas, on va être en retard ! »
Draco sourit simplement en réponse. Harry avait déjà repris un peu de couleur… Même si ses yeux restaient désespérément vides.
oOo
Leur arrivée à Poudlard fut pour le moins remarquée. Draco estima que la répartition venait de se terminer et que Dumbledore était en plein dans son discours de rentrée lorsqu'ils poussèrent les portes de la Grande Salle, interrompant le vieil homme et faisant sursauter l'ensemble des élèves. Tous se tournèrent vers eux pour les regarder entrer. Amusé, Draco pensa qu'il n'aurait pas pu mieux choisir comme moment. Au moins, ça avait coupé la chique au vieux directeur qui les regardait pourtant d'un air entendu. Comme s'il s'avait qu'ils allaient arriver précisément à ce moment là !
« Merlin, c'est probablement le cas », réalisa Draco, agacé.
Harry attirait particulièrement l'attention et pour cause : vêtu d'un pantalon de soie large, noué à la taille par une ceinture jaune, son torse dévoilé par un large gilet noir brodé d'or, il ressemblait à un prince oriental plus qu'à un professeur de défense contre les forces du mal. A son grand amusement, Draco dénotait dans sa tenue sorcière anglaise typique d'un gris anthracite. Il ne s'en offusqua pas. Un seul regard l'intéressait et il était à la table des Serpentard, l'air ravi de les voir arriver. D'un pas nonchalant, ils traversèrent la Grande Salle dans un silence presque pesant. Harry semblait totalement indifférent alors qu'il s'arrêtait devant la table des professeurs.
« Désolé pour le retard, dit-il d'une voix posée. Nous avons fait de notre mieux, mais le Sahara n'est quand même pas la porte à côté…
-Aucun problème, les enfants, répliqua Albus, Draco tiquant à l'expression utilisée. J'étais justement en train d'expliquer aux élèves qui serait leur nouveau professeur de Défense. Tu arrives à point nommé, Ash. »
Le concerné grimaça et se tourna vers les élèves. Il les jaugea d'un regard dur, presque provocateur puis inclina très légèrement la tête en leur direction, dans une salutation muette. Puis, sans plus s'inquiéter, il fit le tour de la table et alla s'installer à côté d'un Hagrid impressionné, au grand amusement de Draco qui se posta près de McGonagall. La directrice des Gryffondors ne semblait pas apprécier leur sens de la mise en scène, mais Draco ne s'en formalisa pas. La vieille femme ne les aimait pas, de toute façon !
« Comme je le disais, Ash Sadrah sera votre professeur de Défense cette année. J'espère que vous saurez tous vous montrer à la hauteur de son incroyable savoir dans cette branche. Concernant les suivis psychologiques, les élèves désirant continuer les séances avec Ash auront rendez-vous avec lui soit le samedi matin, soit le dimanche, toute la journée. Toutefois, en raison de sa nouvelle fonction, il ne pourra pas prendre de patients supplémentaires. Les intéressés pour des séances devront donc se tourner vers Drake Malfoy qui garde sa précédente fonction. Je précise cependant qu'en raison d'un drame familial, aucun de vos deux psychologues ne commencera ses séances avant la fin du mois de septembre. »
La dernière phrase de Dumbledore sembla interpeller les élèves qui se mirent à murmurer entre eux. Rapidement, le directeur ramena le silence par un petit rappel à l'ordre pour ensuite expliquer les règles habituelles concernant les objets interdits et la forêt. Draco n'y prêta pas attention, serrant les dents. Personne ne savait que Fixe était agonisante, ni qu'il lui restait quinze jours à vivre, sauf Dumbledore. L'enterrement étant déjà prévu, ils avaient du avertir le vieil homme qu'ils devraient s'absenter dans une quinzaine de jour. En outre, Draco avait décidé de passer ses journées en compagnie de Fixe. Il leur était impensable de la laisser seule au manoir pendant qu'ils s'amusaient à Poudlard. Harry, quant à lui, passerait ses soirées et ses week-ends à son chevet. Il aurait aimé faire plus, mais en tant que Professeur, il ne le pouvait pas. Heureusement, la rentrée étant un jeudi, Harry se consolait en pensant que deux jours plus tard, il serait déjà au chevet de sa mère adoptive.
Levant la tête vers les quatre tables des maisons, Harry regarda les élèves qui le considéraient, tantôt avec curiosité, tantôt avec respect. Certains, pourtant, arboraient clairement de la haine sur leur visage et Harry ne fut pas surpris que la majorité soit des Serpentard. Il ne s'en offusqua pas et se concentra sur son assiette plutôt que sur les élèves. Il tenta surtout d'ignorer l'absence cruelle de Severus et même des maraudeurs. Il était étrange d'être là sans eux, surtout après avoir eu un an pour s'habituer à eux. Sirius devait commencer ses cours d'Aurors cette année là. Remus était parti en apprentissage dans le monde moldu, en librairie. Lily et James étaient partis respectivement en Egypte. La première pour ses leçons de sortilège, le second pour l'accompagner. Bien que James ait plusieurs idées de carrière potentielle, il préférait accompagner sa fiancée pendant sa maîtrise pour ensuite, éventuellement, rejoindre le programme d'Auror. Il se laissait le temps de vivre, ce qui était une nette évolution par rapport à l'époque d'Harry. Même si ce dernier n'avait pas eu beaucoup d'informations les concernant dans son adolescence, il avait été informé d'une chose certaine : son père était entré à l'académie d'Auror dès sa sortie de Poudlard ! Le fait qu'il ait changé de direction était, pour Harry, un point extrêmement positif !
Et quant à Severus… et bien, au moins, il avait changé de voie. C'était déjà ça…
oOo
Les pieds dans l'eau, l'air boudeur, Severus regardait les rives de l'Amazone, pensif. Claus avait grimpé à un arbre pour cueillir une fleur rarissime qui ne poussait qu'en septembre et il l'attendait en bas. Oh, il n'aurait rien eu contre l'escalade, loin de là, mais Claus avait insisté pour qu'il reste en bas à faire le guet. Ou l'appât, tout dépendait du point de vue…
Cinq jours déjà qu'il avait quitté le manoir en pleine nuit et il n'avait pas eu une seconde pour penser. A peine arriver en Australie, Claus avait bouclé leurs valises et l'avait emmené pour un périple sur les rives de l'Amazone. Selon lui, tout bon potioniste qui se respecte se devait d'y passer au moins quatre mois par an ! C'était un minimum pour acquérir des éléments rares et de qualités ! Severus n'en était pas moins content. A passer la journée dans la cambrousse, aidé d'une machette et de sa baguette, il n'avait pas une seconde à lui. Le soir, quand ils avaient monté leur campement et manger d'un frugal repas, il s'endormait aussitôt que sa tête avait touché son oreiller. Rien ne venait lui parasiter le cerveau. Aucun remord. Aucune angoisse… Ou presque.
Installé sur une souche d'arbre mort, à attendre que Claus redescende de son arbre, Severus ne pouvait pas s'empêcher de penser, encore et encore, à ce qu'il s'était passé cinq jours plus tôt. Et aux lettres qu'il avait reçues. Celle de Regulus, dans un premier temps.
Severus,
Je ne sais pas trop comment commencer cette lettre. Que dire ? Qu'écrire ? Que je suis désolé ? Désolé de quoi ? De t'avoir caché une vérité dont j'avais été informé quelques semaines avant toi ? Non, je ne suis pas désolé pour ça. J'avais fais un serment inviolable et j'espère que tu comprendras que de ce fait, je ne pouvais pas vraiment discuter avec toi de ce qui m'avait été révélé.
De quoi suis-je désolé, alors ? Sans doute de ne pas être à tes côtés, en ce moment. J'aurai aimé que nous en discutions, tous les deux. Que nous partagions nos opinions, aussi opposées soient-elles. A ma défense, le cœur définitivement impliqué dans la relation m'empêche de ressentir toute colère et toute rancune envers eux.
Je peux comprendre ta réaction. Je l'ai même envisagée, moi aussi. Mais j'y ai renoncé. Je ne peux simplement pas renier Drake. Et j'avoue apprécier de plus en plus Ash, surtout depuis que je sais qui il est. Avant, j'en étais juste horriblement jaloux. Maintenant que je sais ce qu'il a vécu – à moitié car il semble cacher énormément de sa vie – j'ai juste un peu… pitié ? Ce n'est pas le terme exact, mais c'est le seul qui exprime ce que je ressens le mieux pour lui.
Je comprends ta réaction et en même temps, je la désapprouve. Ne pas avoir le contrôle de sa vie n'est pas agréable, mais ont-ils vraiment manipulé les choses au point de partir brutalement, sans leur laisser une chance ? Ils n'ont fait que te pousser dans une direction différente que celle prévue. Ce qui, si j'en crois ce qu'ils ont raconté, n'est pas une si mauvaise chose… Mais tu as le droit d'être en colère. Tu as le droit de vouloir te venger. Je n'essayerai pas de te faire changer d'avis sur ce point.
Une seule chose m'inquiète en vérité. Celle de perdre ton amitié. Avant leur arrivée, j'étais un garçon solitaire. Le seul être à qui j'ai jamais parlé est Kreattur, un elfe de maison de la famille Black. Il me manque, d'ailleurs. C'était mon seul ami. Un elfe de maison ! Jusqu'à ce qu'Ash et Drake s'en mêlent et nous forcent à nous fréquenter. Je leur en serais toujours reconnaissant. Même si je n'étais pas amoureux de Drake, je leur devrais au moins ça : grâce à eux, nous sommes devenus amis. Et je sais que les sentiments ne sont pas exactement ta tasse de thé, mais… s'il te plaît, ne me renie pas juste parce que notre amitié est de leur fait. Ils ne m'ont pas embrouillé l'esprit pour que je t'apprécie, je l'ai fait naturellement ! Ils nous ont juste mis dans la même pièce.
J'espère que tu ne me rejetteras pas et que tu me répondras. Même si c'est juste pour me dire d'aller au diable ou pour me répondre par un simple « on est toujours ami », je m'en contenterai. J'espère que nous nous reverrons bientôt, aussi. Soit parce que tu reviendras, pour les fêtes ou des vacances. Soit parce que je viendrai te voir. Si c'est vraiment impossible pour toi de revenir, alors sache que je n'hésiterai pas une seule seconde à prendre mes affaires et à partir Merlin sait où pour te rendre visite. Tu restes mon ami, peu importe les évènements et les ressentiments. Et je veux continuer nos parties d'échecs, nos réparties cinglantes et même encore recevoir des leçons de ta part !
Après tout, grâce à toi, j'ai réussi à obtenir ma BUSE de potion ! D'autres leçons ne pourront être que bénéfiques. Blague à part, Severus… Ne reste pas sur ta colère. Prends le temps d'y penser, d'analyser et n'hésite surtout pas à m'écrire pour discuter, même si de façon sibylline, de la situation actuelle.
Je serai toujours là pour toi.
Ton ami, je l'espère,
Regulus
Rester ami… Regulus était-il stupide ? Bien sûr qu'ils allaient rester amis ! Oh, une part de lui avait bien soufflé que leur amitié était due aux manipulations des deux autres, mais… et bien, il aimait vraiment Regulus. Le garçon était un peu trop paresseux à son goût. Et il ne serait sans doute jamais un grand potioniste. Mais il était agréable. Il avait un certain humour, n'adulait pas son frère et sa bande et il avait un esprit commun à celui de Severus. Un esprit de Serpentard, sans doute ?
Lors de sa fuite rapide du manoir Sadrah, le seul véritable remord de Severus concernait Regulus. Partir ainsi, la veille de son anniversaire, sans une explication, sans même un au revoir, lui avait semblé cruel envers le jeune homme. Puis sa rancune avait mis son grain de sel. Ami, lui ? Il ne lui avait même pas dit ce qu'il savait sur Ash et Drake. Mais après avoir lu sa lettre, il se traita d'idiot pendant des heures. Il aurait du comprendre que Regulus avait du promettre de ne rien révéler, tout comme lui. Il aurait du y penser ! Lui qui se targuait d'être intelligent s'était senti tellement stupide, soudainement. Il devait des excuses, si ce n'est pour être parti, au moins pour avoir pensé le pire de son meilleur ami. Et il s'était promis de lui en présenter, mais face à face, pas par lettre. Il détestait en rédiger, ça prenait trop de temps et il n'en avait pas. Alors à la place, il s'était contenté d'écrire un « On est toujours amis, crétin » et de le lui envoyer. Timidement, presque, Severus avait déjà demandé à Claus si Regulus pourrait venir pour les fêtes de Noël. Ce à quoi l'homme avait répondu : « Tant qu'il ne nous empêche pas de nous rendre en Argentine pour cueillir des Roses du soleil, pas de problème ! ».
Severus avait presque ris en réponse. Claus était tellement… passionné par les ingrédients et les potions. C'était rafraîchissant d'avoir enfin un interlocuteur qui, comme lui, était excité par le domaine des potions. Tout au long des cinq jours qui s'étaient écoulés, Severus n'avait jamais autant aimé la vie – et détesté tout à la fois, quand son cerveau avait le temps de s'attarder sur l'affaire manipulation de son mentor ! Jamais conversation n'avait été aussi délicieuse, jamais journée n'avait été aussi épanouissante que depuis le début de sa maîtrise. Severus ignorait quel genre de personne aurait été son maître sans les manipulations d'Ash Sadrah, mais maintenant, une partie de lui ne pouvait être que reconnaissant pour l'intervention du menteur. Claus Prafics était fascinant.
Plein de vie, débordant de créativité, d'une curiosité sans borne, toujours à l'écoute de ses théories et le premier à bondir dès qu'une de ses idées lui paraissait intéressante. Oui, Severus se devait d'être honnête : en décrochant cette maîtrise avec Claus, il avait signé pour un bonheur exaltant presque sans fin ! Ce qui n'arrangeait en rien ses sentiments par rapport à Ash Sadrah…
Poussant un soupir à fendre l'âme, Severus posa les yeux sur la seconde lettre qu'il avait reçue. Cette dernière avait été envoyée par Sirius Black, à la grande surprise de Severus. Si ce dernier s'était presque attendu à ce que l'aîné des Black soit informé de l'identité d'Ash – Severus avait été persuadé que tous les maraudeurs étaient au courant de l'identité d'Ash et Drake – il avait déchanté en lisant la lettre. Black ne savait rien. Rien de rien ! Le simple fait que l'idiot pense qu'il était parti à cause de ses sous-entendus foireux sur ses prétendus sentiments amoureux en était la preuve flagrante. Et l'évidence qu'Ash n'avait pas parlé à celui qui serait son parrain paraissait ahurissant. Pourquoi n'avait-il rien dit à Black ? Et si Black n'en était pas informé, dans ce cas, quand était-il pour Potter, Lupin, Pettigrow et Evans ? Ceux-ci étaient-ils totalement ignorant de qui était Ash ? Comment cela était-il possible ? Si ses parents étaient décédés quand il avait un an, pourquoi le gamin n'avait-il pas sauté sur l'occasion pour tout leur dire ?
Dès que Severus avait entendu parler de son identité, il avait présumé qu'Ash avait juste joué une horrible mascarade d'amitié derrière son dos. Mais la lettre de Black exprimait clairement le contraire. Ça plus…
« Severus. Je ne t'ai jamais menti. Je n'avais pas prévu de devenir ton ami, ni même de t'approcher. Je ne devais pas intervenir dans ta vie, mais je l'ai fait. Parce qu'à force de te voir, à force de te parler, de te connaître… j'ai commencé à t'aimer. T'aimer, vraiment, pour toi, pour ce que tu es. Je… je suis tombé amoureux de toi et c'est la seule chose que je t'ai dissimulé, outre mon vrai nom. Tu es en colère, tu es furieux, je le comprends. Mais je veux que tu saches… je veux que tu saches que je ne veux pas le moindre mal. Que… je voulais vraiment que tu sois heureux. Je suis désolé si je n'ai pas fait les bonnes actions pour ça. J'ai juste essayé de faire de mon mieux. Je suis désolé. »
Ces mots le hantaient… Le regard désespéré d'Ash le hantait. Il avait eu l'air tellement… effondré ! Si une part de lui était encore folle de rage avec la trahison de son mentor, une autre ne pouvait que s'en désoler. La partie de lui qui appréciait Ash Sadrah, celle qui avait adoré leurs samedis à discuter et à s'entraîner aux duels, celle qui lui était reconnaissante de l'avoir accueillit dans sa maison, de lui avoir donné accès à un laboratoire de pointe durant les vacances et à une maîtrise que n'importe quel potioniste aimerait réaliser ! Il devait tout à cet homme. Il lui devait une vie rêvée, protégée. Il lui devait des opportunités qu'il n'aurait jamais pu rêver ! Et comment l'avait-il remercié ? En lui balançant au visage sa colère. Sa rancœur. Son amertume.
Amertume de quoi, d'ailleurs ? De ne pas avoir suivi la sombre voie qui lui était destinée ? Si Ash ne s'était pas présenté, que ce serait-il passé ? Lucius Malfoy n'était pas un mangemort, il ne l'aurait pas introduit auprès de Petry McVerne. Lucius Malfoy, en tout cas, ne l'aurait pas fait… Mais un autre mangemort l'aurait fait. Rosier aurait pu le faire. Le jeune homme l'avait si souvent abordé, au cours de leur dernière année, pour sous-entendre à son oreille qu'il aurait des possibilités d'avenir à lui suggérer…
Pourquoi était-il si déçu ? Parce qu'il avait cru qu'Ash était cent pour cent sincère avec lui ? Et il l'avait été… dans une certaine mesure. Il lui avait juste caché son vrai nom… et le fait qu'il choisissait dans l'ombre ce qu'il y avait de mieux pour lui ! Quand il y repensait, Severus se sentait horriblement mal. Il avait remercié son sauveur en lui crachant au visage… La honte qu'il ressentait était presque aussi forte que sa rancœur. Si bien que Severus avait presque l'impression de souffrir d'un dédoublement de la personnalité.
« Si tu marmonnes encore plus, tu vas sans doute attirer quelques strangulots nageant paisiblement dans l'Amazone et charmés à l'idée de te tirer par les pieds que tu trempes joyeusement dans une eau infesté de piranhas… Tu as enduit tes pieds d'une potion d'écorce de saule, n'est-ce pas ?
-Oui, répondit Severus en retirant tout de même ses pieds de l'eau pour rechausser les scandales de sport que Claus lui avait imposé. Et je ne marmonne pas !
-Tu marmonnais tellement que j'ai cru entendre un tigre en train de ronronner ! Sincèrement, Severus, ça fait cinq jours que nous nous fréquentons vingt-quatre heures sur vingt-quatre et si les quelques éclats de chagrin transparents dans tes yeux le jour ne m'avaient pas donné la puce à l'oreille, tes quelques cauchemars oraux pendant la nuit ne m'auraient pas permis d'ignorer le fait que tu avais très clairement un problème.
-Cauchemars oraux ? s'horrifia Severus.
-Oui, des choses comme « Vous n'avez pas le droit de diriger ma vie, Ash » et autres choses du genre « Je vous en supplie, pardonnez-moi, je ne vous déteste pas, Ash ». Tu as l'air de souffrir d'un sacré cas de conscience avec ce cher héritier du trône Sadrah ! »
Embarrassé, Severus ne put que balbutier, incapable de trouver quoi dire.
« Oh, ne fais pas cette tête, lui répondit Claus. Les Sadrah sont très talentueux lorsqu'il s'agit de troubler les personnes qui les entourent, je parle d'expérience ! Le mieux, avec eux, c'est de s'asseoir dessus…
-S'asseoir des… Quoi, je dois m'asseoir sur Ash ? »
Claus éleva un sourcil, amusé.
« Pas au sens propre, Severus, sauf si… ça te tente ? »
L'insinuation fit reculer Severus.
« Tu es en contact avec Sirius Black, c'est ça ? demanda-t-il, méfiant.
-Non, pas exactement. Mais tu laisses trop trainer ton courrier à force de le lire, de le relire, encore et encore… Je croyais que c'était une lettre d'amour, donc… Ainsi, Ash et toi…
-Non ! cria presque Severus, horrifié. Enfin, pas comme ça. On est juste… euh… Enfin… je ne sais pas trop ce qu'on est, en fait ! »
Ami ? Mentor et élève ? Ash lui avait fait une déclaration d'amour, par Merlin !
« Oui, je vois, répondit Claus. J'ai eu des problèmes semblables avec Fixe… Mystérieuse et sombre… Je crois que ça doit être un truc de Sadrah. Un jour ils vous déclarent leur amour, le lendemain ils vous quittent avec un petit mot disant 'Restons amis'. Mon conseil : tu t'assieds dessus, tu attends que ça passe. Sinon, tu vas forcément faire des choses que tu regretteras. Les Sadrah ont tout pouvoir. Ils sont les plus riches, les plus puissants magiquement, ils ont des techniques magiques inconnues et qui seraient probablement interdites si elles étaient partagées et ils possèdent, dans chaque pays, une place de choix dans tous les conseils magiques ! A eux seuls, si nous devions établir un magenmagot mondial, ils en auraient vingt pour cent des sièges, soit la nette majorité ! N'importe quel sorcier serait en extase avec une telle gamme de pouvoir, mais les Sadrah… On dirait qu'ils portent le monde sur leurs épaules. Ils ont tous un profond chagrin implanté en eux, tant et si bien que j'ai finis par me demander si ce n'était pas un critère de sélection pour être adopté dans cette famille…
-Tous ? demanda Severus, étonné.
-Fixe… Fixe était différente. J'ai rencontré sa mère adoptive, Sally, qui était et est toujours une sale garce coincée, si tu veux mon avis, mais Fixe a toujours… resplendit de joie. Au début. Elle n'était une Sadrah que depuis trois ans quand nous nous sommes rencontrés, elle était encore en plein apprentissage de sa famille. Nous étions tous les deux des passionnés, elle par l'art, moi par les potions. Nous nous comprenions. Sally désapprouvait totalement son engouement pour l'art et j'étais… et bien, j'étais celui qui encourageait sa déviance. Nous sommes sortis ensembles pendant deux ans. Deux longues années de bataille entre Fixe et sa mère. Au fur et à mesure, j'ai vu les yeux de Fixe se remplir de chagrin. Elle était orpheline, à la base et ravie d'avoir trouvé une mère adoptive mais Sally avait des espoirs pour Fixe qui ne correspondaient pas à ce que cette dernière désirait.
« En toute honnêteté, je ne crois pas que Sally soit la seule conséquence à la peine de Fi. Non, il y avait… cette famille. Le tatouage sur sa joue, les longues heures qu'elle passait dans la salle des statues…
-La salle des statues ? demanda Severus.
-Chaque demeure Sadrah en a une. C'est une horrible salle où le buste de chaque représentant de la famille Sadrah y est exposé. Et la légende veut que lorsqu'un Sadrah touche une des statues, il est aussitôt envahi par la vie de l'héritier qu'il touche. De sa naissance, à sa mort. Fixe y passait des heures. A s'imprégner de leurs vies, de leurs savoirs. Et chaque fois qu'elle en ressortait, elle avait… je ne saurai trop le dire. Son regard se ternissait toujours un peu plus. Et puis, un jour… Fixe a disparu. Elle est partie pendant trois jours. Elle est revenue pleine de vie, pleine d'espoir… Six heures plus tard, sa mère l'a jetée dehors, non sans l'avoir frappée si fort qu'elle en a eu un bleu sur la joue pendant des semaines malgré tous les baumes que j'ai essayés. Mais Fixe restait resplendissante de vie… Pendant un temps. Elle s'est installée dans le Sahara où j'ai été la voir quotidiennement. Et puis soudainement… Toute joie l'a désertée. Totalement. Elle pleurait sans arrêt. Elle semblait être rongée par un certain remord. Et notre relation a pris fin. Elle ne m'a jamais dit clairement pourquoi. Elle a juste dit… que nous n'avions pas d'avenir, tous les deux, en tant que couple. Qu'elle préférait que nous restions amis, si j'étais d'accord. Et bien entendu, je ne l'étais pas ! J'ai hurlé, j'ai crié, j'ai brisé des choses… Et puis, un jour… Je me suis assis dessus. Sur ma colère, mon chagrin… Et j'ai repris contact avec Fi. Elle avait perdu au moins vingt kilos, avait si peu dormi que je lui ai imposé une cure de sommeil d'une quinzaine de jour… et ses yeux… Ses yeux étaient morts. J'ai compris ce qu'elle voulait dire par le fait que tous les deux… nous n'avions pas d'avenir. Fixe… Fixe est en train de mourir. Je m'attends à recevoir une lettre d'Ash, d'un jour à l'autre, pour m'annoncer son décès. Je le sais. Je le sens. »
Claus poussa un long soupir tout en portant les yeux sur l'Amazone, l'air pensif.
« Ash et Drake… d'une certaine manière, je leur serai à jamais reconnaissant. Quand ils sont arrivés, Fixe a repris vie. Ses yeux ont recommencé à briller. Elle a de nouveau été passionnée par quelque chose. Quand on rentrera à la maison, je te donnerai les lettres qu'elle m'a écrites à leur sujet. Quel que soit ton désaccord avec Ash, lire les mots de Fi t'aidera peut-être ?
-Pourquoi ? demanda Severus. Pourquoi me dire ça, me faire lire les lettres et… Enfin, c'est quelque chose de personnel, non ?
-Oui, assez, répondit Claus. Mais tu n'as vraiment pas l'air de bien vivre la situation de conflit que tu as avec Ash et ce genre de perturbation nuit à ta concentration. J'aime avoir un apprenti attentif à ses leçons !
-Je suis ton premier et unique apprenti !
-Raison de plus, ne me dégoute pas d'en prendre ! Ah, et tant que j'y pense, Severus…
-Mhmm ?
-Je suis totalement d'accord avec ce Sirius. Tu en pinces sérieusement pour Ash et tu ferais mieux d'ouvrir les yeux avant que quelqu'un d'autre de plus avisé que toi ne lui mette le grappin dessus. Et crois-moi, il y a une longue, très longue file d'attente ! »
Severus ouvrit la bouche pour protester, mais au même moment, un long rugissement se fit entendre.
« Ah, on a été repéré par le tigre du coin ! constata Claus. Courons. Vite ! »
Severus ne put qu'obéir et oublia totalement sa réplique.
oOo
Il n'y avait pas un bruit dans la salle de classe. Pas un son, si ce n'est peut-être le grattement frénétique de certaines plumes sur le parchemin ou les soupirs désespérés des élèves. Installé sur sa chaise derrière son bureau majestueux, Harry regardait les têtes baissées, les levées et tournées vers lui avec colère, les yeux embués et suppliants ou encore les ennuyés qui le fixaient de temps à autre. Il n'exprimait qu'une froide indifférence alors que, bras croisés, il attendait que les deuxièmes années de Gryffondor et Serdaigle aient terminé leur interrogation. Oh, ça n'était pas un contrôle réel en soi. Ce n'était qu'un test pour évaluer le niveau de ses futurs élèves. Une idée intéressante, selon Dumbledore, lors de leurs discussions estivales, mais sincèrement barbant du point de vue d'Harry.
Non seulement il s'était bâti une réputation de professeur froid et cruel dès le début de sa carrière, mais en plus de cela, il se retrouvait avec une centaine de copies à corriger après seulement sept jours de cours ! Heureusement, ces parchemins seraient les derniers à noter et le premier cours dispensé aux quatrièmes années, dans la journée, serait très certainement utile pour modifier la fausse image qu'il véhiculait depuis la rentrée.
A son grand soulagement, la cloche résonna dans toute la classe. Des soupirs d'horreur se firent entendre alors que certains Serdaigle tentaient désespérément de rajouter des détails – totalement fastidieux – à leur copie.
« Il suffit, interrompit Harry. Sortez de cette classe et n'ajoutez pas un mot, d'accord ? Ce test ne compte absolument pas pour votre note finale, c'est juste une évaluation afin d'aiguiller votre classe de la meilleure façon possible ! Il n'y a aucune cotation de prévue ! Maintenant, rendez-moi vos copies et filez manger ! »
Certains Serdaigles arborèrent une expression accablée mais Harry n'y prêta aucune attention. Bon sang, ce n'était même pas côté et peu importe ce qu'ils avaient envie de rajouter, ce ne serait sûrement que des informations totalement inutiles venant étoffées une réponse déjà bien trop longue…
Quand enfin il eut toutes les copies sur son bureau, Harry poussa un long soupir dramatique. Quand Albus lui avait proposé de devenir professeur, Harry s'était simplement rappelé du plaisir de dispenser son savoir en défense, déjà éprouvé grâce à l'AD… Mais il n'avait pas envisagé les copies à corriger. Même la perspective des tests d'évaluation ne lui avait pas fait réaliser qu'il allait devoir tout décortiquer ensuite. Au moins, le but avait été atteint : après sept jours de questionnaire, Harry avait mis le doigt sur l'évidence qu'il pensait révéler : le changement constant de professeur de DCFM avait provoqué une très nette inégalité dans les niveaux et parfois au sein d'une même classe. Rien que pour les quatrièmes années qu'il devait recevoir dans l'après-midi, seuls dix pourcents des élèves avaient le niveau requis pour l'année. Les autres étaient nettement en décalage. Si quelques élèves pouvaient facilement y remédier avec quelques leçons rapides, d'autres étaient clairement en échecs. Et si Harry pouvait redresser la barre pour eux, les élèves concernés par les BUSES étaient nettement plus en danger. Ils avaient jusqu'à la fin de l'année pour se remettre à niveau… Mais pour eux, Harry avait déjà trouvé une solution ludique.
Les septièmes années étaient une autre paire de manche. Ils étaient peu nombreux à avoir réussi leurs BUSES et à avoir poursuivi leurs études en DCFM. Seul les très motivés ou désespérés avaient suivi la matière et les niveaux étaient totalement anarchiques. Tantôt certains étaient incollables en créatures magiques, tantôt c'était en sortilège. Ils méritaient tous leur place en septième année et c'était à se demander comment ils étaient passés jusqu'à la septième année avec autant de cratère dans leur éducation, mais Harry ne désespérait pas de relever le niveau.
Un choc à la porte le fit sursauter et Harry leva la tête du premier parchemin des deuxièmes qu'il avait commencé à compulser.
« Entrez », dit-il d'une voix posée, étonné que quelqu'un vienne le voir pendant sa pause de midi.
La porte s'ouvrit avec douceur, laissant entrer une jeune fille qu'Harry reconnut avec un certain malaise. Draco avait beau affirmer que Jennifer Parks était une future croqueuse d'homme et qu'elle avait lancé son dévolu sur lui, Harry n'en avait eu aucune preuve jusqu'à présent. Toutefois, son meilleur ami lui avait affirmé que la jeune femme commencerait réellement à le poursuivre une fois rentré à Poudlard et le fait qu'elle se présente devant lui, seule, pendant sa pause, instaura un sentiment de crainte en Harry. Il garda pourtant une expression sereine et la regarda avancer dans la rangée de sièges et de bancs.
Elle était impeccable, depuis ses cheveux parfaitement coiffés et lissés jusqu'à son uniforme admirablement repassé. En toute honnêteté, sans aucun désir physique sous-jacent, Harry devait admettre qu'elle était jolie. S'il avait eu seize ans, il se serait senti immensément flatté. Mais il n'avait pas seize ans. Il en avait vingt-cinq, tout récemment. Et parfois, il avait l'impression d'en avoir plus de quarante. Surtout depuis sa dispute avec Severus. Une pointe de douleur lui transperça le cœur et, presque violemment, Harry repoussa les pensées qui lui envahissaient le cerveau. A la place, il se concentra sur la jeune fille devant lui.
« Je peux vous aider ? demanda-t-il, feintant de chercher son nom.
-Jennifer, dit-elle d'une voix assurée. Jennifer Parks, septième année de Serpentard. Je voulais savoir… enfin, est-ce que vous avez corrigé nos tests d'évaluation ?
-Je… oui, je crois les avoir corrigé hier soir, mais il n'y a pas de note pour ce test, miss Parks. Ce n'est qu'une évaluation, rien d'autre.
-Oui, je sais, avoua la jeune fille en remettant une mèche de cheveux derrière son oreille, mais je voulais quand même savoir si… si mon niveau était convenable ou pas ? Je ne voudrais pas perdre une seconde pour me remettre à niveau et donc, je…
-Votre niveau est plus que convenable, interrompit Harry. Celui de votre classe, j'entends, car je ne me rappelle pas de votre copie en particulier, je peux juste voir dans mon cahier d'évaluation que j'ai estimé… »
Harry chercha après ledit cahier et l'ouvrit à la page des septièmes années pour ensuite prendre la page dédiée aux Serpentard. Il relut rapidement ses notes et se remit à les lire à voix haute.
« Bonne connaissance général, manque quelques détails au niveau créature magique. A revoir succinctement en début d'année pour commencer le programme ensuite. Ce sont mes observations générales pour votre classe. Nous reverrons les créatures magiques pendant vos prochaines heures de cours.
-D'accord. Donc, si je revois les créatures magiques, je…
-Inutile de les revoir, sauf si vous voulez vous ennuyer profondément pendant nos heures de classe.
-Oh…Bien, d'accord, répondit Jennifer, manifestement déstabilisée par son indifférence. Et bien… Merci, professeur. »
Harry se contenta de répondre par un mouvement froid de la tête, feintant toujours de ne pas être troublé par sa présence. Si sa froideur permettait à la jeune fille d'abandonner ses tentatives de séduction, alors il se ferait un devoir, tout au long de l'année, de lui démontrer combien il avait appris à force d'observation en classe de potion !
Des coups portés à la porte d'entrée empêchèrent la Serpentard de parler à nouveau. Soulagé et inquiet à l'idée d'avoir à affronter une autre horde de filles déterminées à le séduire, il indiqua au nouveau visiteur d'entrer. Il retint un soupir de soulagement en voyant Regulus entrer, l'air hésitant.
« Heu… je dérange ? demanda-t-il, avisant Jennifer.
-Non, pas du tout, répondit Harry, souriant. Miss Sparks et moi en avions fini. Bonne fin de journée, miss… »
La jeune fille lui fit un sourire timide et s'éloigna d'un pas vif, sans doute un brin vexé. Amusé, Harry la regarda partir pour enfin se concentrer uniquement sur Regulus qui semblait perplexe.
« Jennifer Sparks, dit-il en s'approchant, attrapant une chaise pour la mettre devant le bureau d'Ash et ensuite s'asseoir dessus. A-t-elle jeté son dévolu sur toi ?
-A mon grand regret, selon Drake et Gideon Prewett, oui ! »
Regulus grimaça en réponse.
« Bonne chance, dans ce cas. Elle est dure en affaire, quand elle veut quelque chose, elle l'obtient généralement. Elle est arrivée la même année que moi et elle est devenue la reine de la maison Serpentard à tout juste onze ans. C'est une vraie teigne !
-Continue, je me sens encore plus rassuré, se moqua Harry, amusé. Et bien, Regulus… pas que je me plaigne de te voir, mais c'est le septième jour de la rentrée et c'est le septième jour que tu viens passer avec moi !
-Pas exactement, j'ai passé le week-end avec Drake, signala Regulus.
-Je sais, répondit Ash, amusé. Toujours pas d'ami ?
-Je n'en ai pas eu pendant six ans d'études, je n'ai pas besoin d'en avoir pour la dernière année ! Non ? »
Harry grimaça en réponse. Une partie de lui était ravi que Regulus vienne passer le temps avec lui. Non seulement ça lui faisait plaisir de ne pas être seul, mais en plus, ça lui permettait de se rapprocher du jeune homme. Mais une autre, sans doute la plus altruiste, lui souhaitait de passer une dernière année idéale à Poudlard. Une année comme il aurait pu en connaître lui-même si Voldemort ne lui avait pas pourri la vie à chaque fois.
Enfin, si on exclu la troisième… Techniquement, ce n'était pas Voldemort, cette année là…
Harry secoua la tête pour éloigner ses pensées et regarda à nouveau le jeune homme en face de lui. Sans surprise, deux repas apparurent dans son bureau : les elfes de maison avaient fini par retenir leurs petites habitudes.
« Tu sais, manger doit normalement se faire dans la grande salle, fit remarquer Harry.
-Alors pourquoi tu es ici ? » demanda Regulus, moqueur.
Harry s'abstint de répondre. Si sa côte en tant que professeur était au plus bas, celle de jeune homme riche et célibataire, elle, se portait très bien. L'année d'avant, il avait reçu quelques vagues tentatives de séduction embarrassantes de la part de certaines jeunes filles, mais il avait su les esquiver avec beaucoup d'habilité. Par contre, cette nouvelle année avait démontré leur motivation à obtenir une entrée directe dans le lit de leur professeur ! Quand ce n'était pas des dizaines de lettres d'amour – accompagnées parfois de multiples cadeaux pour le moins choquant et originaux – Harry avait droit à des troupeaux entiers de jeunes filles en pleine adulation qui le regardaient, le suivaient, l'abordaient, le touchaient ! Il ne supportait plus de mettre un orteil dans la Grande Salle : l'impression d'être la réelle nourriture de la pièce lui donnait envie de vomir au mieux, de partir en courant au pire !
« Tu as fait forte impression à la rentrée, poursuivit Regulus. Avec cette tenue orientale qui… montrait assez bien tes muscles… et moulait vraiment très bien… euh…
-J'ai compris, interrompit Harry, l'air las. Je suis un morceau de viande jeté dans une cour de loups affamés, c'est ça ?
-Globalement oui, répondit Regulus, hilare. Le fait que tu sois riche n'est qu'un léger détail !
-Très léger, j'en suis certain ! »
Ils rirent tous les deux alors qu'ils entamaient leur repas. Harry tenta d'ignorer le léger malaise dans la pièce. Depuis sept jours que Regulus venait passer le temps dans son bureau, Harry avait parfaitement conscience qu'il avait quelque chose à lui demander. Il ignorait juste quoi. Et il n'était pas déterminé à lui tendre la perche : Regulus avait besoin de prendre confiance en lui et il voulait qu'il ose poser la question qui le rongeait. Au bout d'un moment, le jeune homme se racla la gorge pour entamer la conversation, comme à chaque fois.
« Est-ce que tu n'es pas… tenté ? demanda-t-il soudainement, à la grande surprise d'Harry.
-Tenté ? demanda-t-il, perdu.
-Par ses filles qui se jettent sur toi… Enfin, je veux dire… tu pourrais avoir n'importe laquelle, comme tu le veux et… enfin, c'est tentant, non ? »
Harry prit sincèrement le temps d'y réfléchir avant de répondre, ne voulant pas manquer de sincérité.
« En toute honnêteté, oui, c'est tentant. Si j'avais un peu moins de moralité, j'en profiterai sans aucune hésitation. Peut-être que je coucherai avec l'une d'entre elle. Ou avec plusieurs d'entre elles. Drake m'a déjà fait toute une leçon là-dessus… mais pour l'instant, je n'ai vraiment, vraiment pas la tête à ça…
-Oui, pour l'instant, reprit Regulus. Mais si tu… si tu n'avais pas des sentiments pour Severus… si tu n'avais pas… le cœur brisé à cause de lui… Si tu n'avais même pas d'amour pour lui…
-Je ne crois pas que je profiterai de la situation, s'obstina Harry. Ça n'a jamais été dans mon caractère. Et puis, je crois que je suis trop… vieux, pour ça.
-Tu as vingt-cinq ans, signala Regulus.
-Je sais, répondit Harry, esquissant un sourire. Mais j'ai l'impression d'en avoir tellement plus. »
Son regard dévia vers la fenêtre où il entendait des enfants rire au dehors. L'espace d'un instant, il les envia, voulant avoir leur âge, être à leur place, avec Ron et Hermione. Être encore un enfant, un presque adolescent, innocent, ignorant presque tout du danger et du mal dans le monde. Mais ensuite, il revint sur terre et se tourna vers Regulus.
« Je ne me souviens pas d'avoir été un enfant, avoua-t-il. J'en ai été un, mais… c'était déjà tellement douloureux et difficile… »
Il se tut une seconde, fixant le jeune homme en face de lui. Regulus le regardait, comme attendant qu'il poursuive, étonné.
« Quand Drake et moi t'avons parlé de notre… passé, nous n'avons fait qu'évoquer des généralités. Drake t'a sans doute plus parlé de lui, mais il… il ne t'a pas parlé de moi, n'est-ce pas ?
-Juste les grandes lignes, avoua Regulus, attendant patiemment.
-Mhmm, les grandes lignes, murmura Harry. J'ai été élevé par mon oncle et ma tante moldue, c'est ça (Regulus hocha la tête, mâchonnant son bout de pain avec négligence) ? Ils me détestaient parce que j'étais un sorcier… ils détestaient la magie et chaque fois qu'ils croyaient que j'avais fais quelque chose de magique, ils… ils me punissaient. Même quand ce n'était pas moi, quand c'était le hasard, le vent qui avait décroché le linge mal accroché sur la corde, la porte qui claquait à cause d'un courant d'air… il y avait toujours une raison.
-Ils… ils te battaient ? demanda Regulus, presque craintif.
-Pas exactement, répondit Harry. J'ai pris quelques baffes de mon oncle et de ma tante, mais pas beaucoup. Mon cousin me rouait de coups quand il arrivait à m'attraper avec sa bande d'ami. Ils appelaient ça : la chasse au Harry. Aucun adulte ne bougeait quand ça arrivait et c'était… encore pire pour moi. Dudley et sa bande étaient des gosses, ils ne réfléchissaient presque pas, ils étaient stupides, mais les adultes… Les adultes avaient le devoir d'empêcher ça. Et ils ne faisaient rien. Quand je rentrais couvert de bleus chez les Dursley, mon oncle et ma tante faisaient comme s'ils ne voyaient rien. J'avais quelques pansements, pour faire genre, mais c'était limite s'ils ne me reprochaient pas de leur voler des biens achetés pour « les gens biens ». Pas pour les petits monstres comme moi… »
Regulus le laissa se taire, les lèvres pincées. Ils restèrent silencieux un long moment, jusqu'à ce que le plus jeune ose poser la question suivante.
« S'ils ne te frappaient pas, alors… comment est-ce qu'ils te punissaient ? »
Harry hésita une seconde, soupirant. Inconsciemment, il sentit des larmes pointer au bord de ses yeux et il les cligna rapidement pour les chasser.
« Ils m'enfermaient, répondit-il, la voix rauque. Dans ma chambre. Le placard, sous l'escalier. C'était ma chambre. Ils avaient mis un petit matelas sur le sol, ils m'avaient donné une couverture et je dormais là. Il y avait un verrou sur la porte… Ils ne me donnaient presque rien à manger. Une tranche de pain par jour, parfois. Un verre d'eau avec. La permission d'aller aux toilettes trois fois par jour. Et ensuite, retour au placard.
-Et personne ne voyait rien ? Tes voisins ou un professeur, ou…
-Si certains étaient au courant, personne ne s'est jamais plaint. Personne n'est jamais intervenu. Quand j'ai eu onze ans et que j'ai reçu ma lettre de Poudlard, elle m'était adressée avec la mention : dans le Placard, sous l'escalier. J'en ai déduis que même les sorciers trouvaient ça normal, la manière dont je vivais…
-Aucun sorcier n'aurait trouvé ça normal ! cria presque Regulus.
-Je sais, répondit Harry. Quand j'en ai parlé à Dumbledore, il m'a expliqué que les lettres étaient faites par magie. Mais ça, je ne le sais que depuis un an. Je l'ignorais à onze ans et pendant toute mon adolescence. D'une certaine manière, cette idée que les adultes se fichent complètement de savoir que j'étais malheureux, ça m'a… ça m'a poussé à ne pas leur faire confiance. Jamais. Et chaque fois que j'ai eu des problèmes dans les années à venir, demander de l'aide à un adulte n'était jamais ma première idée. Je me suis mis dans des situations dangereuses avec mes amis, à cause de ça… Les adultes craignaient trop ! »
Il sourit en disant cette phrase, amusé.
« Chacune de mes années passées à Poudlard a été… un panel de danger. J'ai affronté Voldemort quasiment chaque année. Dès ma première année. Je ne vais pas te mentir en te disant que je n'ai pas passé de bons moments dans cette école, mais… il y a toujours eu quelque chose pour le gâcher. Je n'ai jamais eu le temps d'être un enfant à part entière. J'ai du grandir plus vite que les autres, c'était une question de survie. Je le regrette vraiment. »
Il regarda encore par la fenêtre, incapable d'affronter le regard de Regulus. Ce dernier avait cessé de manger, concentré sur ce que disait Harry, analysant ses paroles.
« J'aimerai bien que tu me racontes tes années à Poudlard », finit-il par dire.
Harry tourna la tête vers lui, un léger sourire aux lèvres.
« Ça va être vraiment long, lui dit-il.
-J'ai encore plein de temps de midi cette année », répliqua Regulus.
Harry sourit plus sincèrement à cette réplique.
« Bon… Alors, la première année… »
oOo
Quinze jours pouvaient s'écouler à la fois horriblement vite et péniblement lentement. Tout dépendait de l'évènement qui était attendu. Quelque chose de bon, de joyeux, rend ces quinze jours interminables jusqu'au moment tant attendu. Ce dernier, d'ailleurs, passe bien souvent tellement vite qu'en un clignement de paupière, il se termine. Quand le temps d'attente précède un mauvais moment, par contre, il se fait un grand plaisir d'accélérer, comme pour vous obliger à l'affronter au plus vite. Comme si le destin était pressé de vous pousser dans le gouffre de peur, de souffrance, qui vous attend et que vous appréhendez, chaque petite seconde de la journée.
Harry eut cette impression, pendant les quinze jours d'école précédents la mort de Fixe Sadrah. La rentrée succéda à la première semaine de cours, qui passa si vite qu'il eut peine à s'apercevoir que cela faisait déjà sept jours. Puis vint la seconde semaine. Fixe devait mourir le jeudi de cette semaine là, l'enterrement devait officiellement avoir lieu le samedi. Si les lettres étaient déjà toutes rédigées, attachées aux hiboux et prêtes à partir, aucune ne devait décoller avant que Fixe n'ait rendu son dernier souffle. C'était l'avantage de savoir le moment exacte de sa mort, avait plaisanté Fixe. On pouvait tout prévoir, même les invitations aux funérailles. Harry n'y voyait aucun avantage, lui.
Le jeudi 15 septembre, Harry prévint Dumbledore qu'il ne dispenserait aucun cours. Il partit de Poudlard par réseau de cheminette jusqu'au manoir Sadrah en Angleterre, mais il n'y resta pas. Fixe avait déjà été retransportée au Sahara par les arches. C'était là qu'elle voulait être, pour la fin. Là qu'elle se sentait le mieux. Tout le manoir avait déjà été apprêté pour les funérailles, des fleurs envahissant et embaumant la salle principale. Cette dernière, très vaste et haute de plafond, était pourvue de trois fontaines. Une petite à chaque extrémité et une moyenne au centre de la salle. L'autel où Fixe devait s'installer avait été construit juste au-dessus du bassin central. Elle y serait ainsi en hauteur, comme le voulait la tradition Sadrah. C'était un bac de métal gris clair dans lequel reposaient des pierres volcaniques noires. Sur elles étaient posés plusieurs fagots de foin et de paille, pour aider le feu à prendre et enfin, un lit de fleurs dans lequel Fixe devrait être déposée, pour sa crémation. Harry avait horreur de penser que dans quelques jours, le corps de sa mère serait au centre de cet autel macabre, enflammée de sa propre main, comme le voulait la tradition Sadrah. Il avait horreur de penser à ça.
Des sièges avaient été disposés partout dans la salle, pour les invités à ce grand moment, mais Harry ne les regarda même pas. Il traversa la pièce pour rejoindre la chambre de Fixe où Draco était déjà. Ce dernier, comme le voulait la tradition Malfoy dans ce genre d'évènement, était vêtu de blanc, de la tête aux pieds. Il était assis sur une chaise, au chevet de Fixe qui passait la majorité du temps à dormir, maintenant. Quand Harry poussa la porte de la chambre, il ne releva même pas la tête, figé.
Dans un silence respectueux, Harry alla s'installer dans l'autre chaise et pris la main de sa mère adoptive dans la sienne. Curieusement, le temps sembla ralentir. Aucun d'eux ne parlaient, ils se tenaient silencieux, écoutant la respiration calme de Fixe, n'osant prendre la parole. Ce furent des pas dans le couloir qui les obligèrent à relever la tête de leur veillée. La porte de la chambre s'ouvrit pour révéler une vieille femme à l'allure sévère. Elle avait du avoir des cheveux roux et être d'une très grande beauté dans sa jeunesse car, malgré ses soixante-trois ans, elle restait une dame très élégante. Elle était vêtue de façon très moldue avec un costume tailleur sans doute fait sur mesure. Ses cheveux étaient réunis en un chignon très élégant et aucune mèche ne dépassait. Son regard dépourvu de pupille se posèrent sur Ash en premier. Elle le considéra froidement pendant quelques longues minutes avant de regarder Draco, toujours sans la moindre émotion. Puis elle s'approcha de Fixe, la fixant avec hauteur.
« Combien de temps ? demanda-t-elle d'une voix presque agressive.
-Une heure, quatorze minutes et vingt-six secondes, répondit Harry, regardant à nouveau Fixe.
-Bon, marmonna Sally. Tu sais ce qu'il va se passer, n'est-ce pas ? Ce que le tatouage va faire, quand elle s'éteindra.
-Je sais, répondit simplement Harry. Elle m'a prévenue.
-Bien… Dans ce cas, nous n'avons plus qu'à attendre. »
D'un mouvement de poignet, elle fit apparaître une chaise et s'installa.
« Il ne faut pas compter sur cet inconscient d'Artaban pour venir en avance, il apparaîtra sans doute juste au moment où elle mourra. »
Harry ne répondit pas. Il aurait été plus qu'heureux de rencontrer Sally et Artaban Sadrah, s'il n'avait eu le cœur broyé au moment même. Et il n'avait aucune envie de parler avec cette femme qui avait rejeté sa fille adoptive brutalement, alors qu'elle avait besoin d'elle. Durant ses longues heures d'alitement, Fixe et lui avaient eu le temps de parler de cette époque. De ces moments de désespoir et de vide qu'elle avait ressenti, après l'abandon brutal de Sally et l'apparition du décompte de sa vie, dans son dos. Un décompte qu'elle avait regardé chaque jour dans les premiers temps, comme obsédée par lui. Comment elle avait sombré dans la solitude ensuite, repoussant ceux qui l'entouraient, incapable de les regarder vivre, espérer, alors qu'elle ne ressentait plus rien. Puis comment, à l'arrivée de Draco et lui, Fixe avait commencé à revivre. A se sentir en famille. Aimée. Entourée. Soutenue. Comment le propre désespoir de mourir d'Harry avait résonné avec le sien. Et comment elle avait eu la force de vivre pleinement à ses côtés, pour lui apprendre à se relever.
A cette époque, ni Harry ni Draco n'avaient eu conscience d'avoir joué le rôle d'un bandage sur une blessure trop profonde, mais ils l'avaient été. Et Fixe leur en avait été profondément reconnaissante.
« Ha… »
Harry sursauta et releva la tête, croisant les yeux éteints de Fixe. Ceux-ci étaient tournés vers lui, cherchant son aide ou sa présence et il se leva d'un bond pour s'approcher, prenant sa main dans la sienne.
« Nous sommes là, Fixe, répondit Harry. Drake est juste de l'autre côté de ton lit. Sally aussi, est là. »
Il s'en voulait d'apporter cette précision, signifiant ainsi à sa mère adoptive de faire attention aux noms prononcés mais cette dernière ne sembla même pas y faire attention.
« On y est… presque, n'est-ce pas ? demanda-t-elle, relevant les yeux vers le plafond.
-Encore une heure, l'informa Draco qui avait saisi son autre main.
-Bon, dit-elle. Il est temps. Je me sens épuisée ! »
Harry ne put plus retenir les larmes qu'il tentait de garder. Il savait que ce serait sa seule occasion de pleurer avant la fin des funérailles. Dès que Fixe aurait rendu son dernier souffle, il perdrait connaissance au bénéfice de la dynastie Sadrah…
« Ne pleure pas, murmura Fixe, consciente qu'il laissait échapper son chagrin.
-Tu m'en demandes trop, répondit Harry. Je ne saurai pas ne pas pleurer.
-Je ne mérite pas tes larmes, répondit sa mère adoptive. J'ai choisi mon destin !
-Tu les mérites, répliqua Draco, dans le même état qu'Harry. Qu'importe ton erreur passée, qu'importe ton choix… Tu es quelqu'un de bien et tu mérites toutes les larmes que nous versons et que nous verserons encore ! »
Fixe lui adressa un sourire embué de larmes, elle aussi. Elle ferma les yeux un instant, respirant profondément, tenant leur main avec autant de force qu'elle le pouvait.
« Mes deux garçons, mes deux petits chatons, dit-elle d'une voix émue. Je suis contente de vous avoir avec moi…
-Et nous sommes honorés d'être avec toi », répondit Harry.
Il se pencha sur elle et déposa un baiser sur son front avec autant de douceur qu'il le pouvait. Fixe lui adressa à nouveau un sourire ému puis se tourna vers Draco.
« J'aimerai que tu me rendes un service, Draco, dit-elle.
-Tout ce que tu veux ! répondit ce dernier.
-Amène-moi dehors…
-Fixe, tenta Harry.
-Non, répliqua-t-elle. Je ne veux pas mourir dans une chambre plongée dans le noir – personne ne crut bon de lui signaler qu'il faisait jour – mais sur le sable. Je veux mourir dans mon désert. S'il vous plaît. »
Draco jeta un regard à Harry qui acquiesça en réponse. Très tendrement, l'ancien héritier Malfoy se pencha sur le lit. Il dégagea les couvertures, révélant une robe de soie noire très élégante. Elle était dépourvue de manche et ceinturée d'une écharpe de soie verte. La tradition Sadrah voulait que la mourante soit ainsi vêtue. Lentement, Draco passa ses bras sous le corps devenu si fragile et, sans difficulté, la souleva. Il fit un signe de tête à Harry qui s'empressa d'ouvrir les deux portes battantes menant directement sur le désert. Il y avait quelques palmiers, ici et là, mais globalement, seul le sable leur faisait face. Quand ils se furent avancés de quelques mètres, Draco s'agenouilla et la déposa à même le sol brûlant. Fixe haleta mais n'émit aucun son de protestation. Elle ferma les yeux et laissa ses mains caresser le sable chaud. Harry s'assit à ses pieds qu'il saisit, ressentant le besoin de la toucher, tant qu'il le pouvait encore. Il la regarda savourer la chaleur et le sable pendant de longues minutes, tout comme Draco, à ses côtés.
« Merci, dit-elle. Harry… Quand je vais mourir…
-Je sais, répondit-il. Je sais, Fixe, tu me l'as déjà dit. »
La femme sourit vaguement, approuvant ses mots.
« Je suis désolée pour ça, dit-elle. Mais je sais que tu pourras le supporter… Toi, mieux que personne. »
Harry hocha la tête, pensif. Fixe lui avait expliqué ce qui allait se passer, mais il avait du mal à l'imaginer. Lorsqu'un membre de la famille Sadrah décédait, tous ses membres assistaient aux funérailles, grâce au tatouage apposé à même la chaire des membres vivants de la famille. Ainsi, à l'instant même où Fixe fermeraient définitivement les yeux, Harry serait envahi par un tiers de la famille Sadrah. Chaque membre en aurait son lot. Leur esprit serait alors noyé par ceux des défunts… Fixe l'avait vécu dans sa jeunesse et avait décrit cela comme une impression d'emprisonnement. Elle n'avait alors plus aucun contrôle sur ses faits et gestes, sur les mots qu'elle prononçait. Elle n'était plus elle-même. Harry n'avait rien dit, mais il avait déjà vécu des situations similaires, dans le passé. Lorsque Voldemort avait pris possession de lui…
Serrant les dents, Harry resserra ses mains sur les pieds déjà froids de sa mère adoptive. Il eut conscience, au fur et à mesure de l'heure, que les vêtements qu'il portait disparaissaient pour laisser place au pantalon de soie noire ceinturé d'une écharpe rouge. Il sentit également, alors que l'heure restante touchait à sa fin, que le tatouage sur sa main piquait puis brûlait sa peau. Mais il ignora tous ces évènements pour simplement regarder les yeux de plus en plus éteints de Fixe. Quand il ne resta que cinq minutes, alors que Draco continuait de pleurer à côté du corps de plus en plus vide de leur mère de cœur, Harry força son corps déjà léthargique à bouger. Il alla jusqu'à côté de son visage et se pencha sur elle pour l'embrasser à nouveau et murmurer à son oreille :
« Je t'aime. Merci. Tu nous as sauvés la vie à tous les deux. Et nous ne l'oublierons jamais. »
Fixe tourna la tête vers lui faiblement, ses yeux se fermant puis se rouvrant. Elle ne devait plus rien voir, déjà mais elle plongea son regard dans le sien et, péniblement, sourit.
« C'est vous… qui m'avez sauvée. Je vous aime. »
Puis, soudainement, la lueur encore présente dans ses yeux disparus. Et la conscience d'Harry s'effaça, submergée par l'ensemble des Sadrah.
oOo
Les lettres partirent au moment même où Fixe rendit son dernier souffle, portées tantôt par de simples hiboux, tantôt par des oiseaux plus rapides et destinés à de longs courriers. Certaines avaient été enchantées pour apparaître directement face à leurs destinataires. Celles destinées aux personnes les plus éloignées.
La lettre de Claus Prafics fut de celle-là. Il était toujours en Amazonie, en compagnie d'un Severus troublé et boudeur, lorsque le courrier apparut devant lui et tomba à ses pieds. Il n'eut même pas besoin de l'ouvrir pour en prendre connaissance. Quand il vit l'enveloppe se matérialiser, il la regarda tomber et la fixa au sol, l'air horrifié. A ses côtés, Severus resta un instant interdit puis, avisant l'expression figée de son mentor, se pencha pour ramasser la missive.
« Non ! cria presque Claus, tendant la main pour l'en empêcher. Ne la ramasse pas. »
Severus s'arrêta à quelques millimètres de la lettre et se redressa, étonné. Pendant de longues minutes, il n'y eut aucun autre son que les cris des oiseaux exotiques qu'ils pouvaient entendre, le mouvement du fleuve en contrebas et quelques craquements d'arbres, bruits de fruits tombant au loin sur le sol. Le bruit de la vie. Mais Claus continuait de regarder la lettre et Severus ne savait toujours pas ce qu'il devait faire. Finalement, le plus âgé s'accroupit au sol et tendit la main vers l'enveloppe qu'il caressa du bout des doigts, ses yeux se fermant lors de la manœuvre.
« Nous partons, dit-il en ramassant le courrier. Rassemble nos affaires. Maintenant ! »
Severus partit presque au pas de courses alors que, derrière lui, Claus décachetait la lettre qu'il ouvrit délicatement. Il lut les mots, écris avec élégance, de la main de Draco.
Nous avons le regret de vous annoncer le décès de notre mère bien aimée… Les funérailles se dérouleront…
Claus ferma les yeux et laissa retomber sa main, incapable de lire la lettre officielle en entier. A la place, il resta les yeux fixés dans le vide, jusqu'à ce que Severus ne revienne, leurs affaires emballées dans leurs sacs à dos magique. Claus se tourna vers lui quand il l'entendit approcher. Il resta un instant immobile et finit par lui tendre la lettre. Timidement, Severus la pris et la parcourut des yeux, ceux-ci s'écarquillant sous le choc de l'annonce. Aussitôt que les mots se furent imprimés dans son cerveau, ce dernier s'orienta vers Ash, alors même que ses yeux contemplaient la signature presque tremblante de ce dernier.
« Comment…, balbutia Severus, sous le choc. Elle avait l'air malade, c'est vrai, mais…
-C'était écrit, répondit Claus, la voix rauque. Fixe savait qu'elle allait mourir depuis plus de vingt ans, déjà. Elle ne m'avait pas dit la date, mais… elle savait que son temps était compté. »
Severus releva la tête vers son mentor, l'air horrifié.
« Mais… est-ce qu'elle l'avait dit à Ash et Drake ?
-Elle a du leur dire, du moins à Ash, en tout cas, répondit Claus. Pour lui apprendre la technique qui l'a tuée… La main de Dieu…
-La main de Dieu ? demanda Severus.
-Je ne sais pas exactement ce que c'est. En tant que Sadrah, Fixe n'a pas le droit de m'expliquer le principe. Je sais juste que les héritiers Sadrah se transmettent cette technique de génération en génération. Elle permet de… d'échanger avec la magie.
-Echanger ? demanda Severus. Echanger quoi ?
-Echanger sa vie, répondit Claus. On peut échanger sa vie contre ce que l'on veut. Sa vie, sa magie, son sang… peu importe, tant que ça en paie le prix… »
Severus resta un instant paralysé par l'annonce, sa main tenant toujours la lettre.
« Et Fixe s'en est servie, dit-il, horrifié.
-Oui, répondit Claus. Elle était jeune et dévorée par la passion qui l'habitait. Elle ne vivait que pour elle. Et… elle lui a sacrifié sa vie. Elle a fait ce qu'elle pouvait pour me le cacher, mais… je savais que cette technique existait. Et j'ai su, quand elle m'a rejetée… J'ai su ce qu'elle avait fait… »
Severus resta silencieux. Que dire à ça ? Il pouvait presque le comprendre. Lui aussi voulait sacrifier sa vie à sa passion. Mais de là à en mourir ? Peut-être qu'un jour, les potions auraient sa mort. Un mauvais dosage, un ingrédient avarié… et il pouvait exploser avec son chaudron. Mais de là à échanger des années de vie, volontairement…
« Ash connaît cette technique, réalisa-t-il, avec effroi.
-Oui, il la connaît, répondit Claus. Fixe a du la lui apprendre, c'est obligatoire pour être un bon Sadrah. »
Severus frissonna, l'angoisse lui serrant l'estomac. Ash était prêt à tout pour tuer Voldemort et on lui avait transmis une technique aussi dangereuse ?
« Il va l'utiliser, murmura-t-il.
-Peut-être, répondit Claus. Peut-être l'a-t-il déjà fait… C'est sa décision. C'est entre ses mains. Son choix. »
Severus ouvrit furieusement la bouche mais Claus leva la main, le faisant taire.
« Ash n'est pas ma préoccupation, lui dit-il. Nous devons partir tout de suite, si nous voulons assister aux funérailles. Le Sahara n'est pas la porte à côté. Et je ne lui ferai pas le déshonneur d'être absent. »
Severus hocha la tête mais, alors que Claus allait se mettre en route, il resta planté sur le chemin.
« Severus ? appela Claus.
-Je… je ne suis pas obligé d'y aller, si ? demanda-t-il. Je veux dire… Je n'ai pas été invité, il n'y a que ton nom et…
-Tu dois ton avenir à Ash, cingla Claus, l'air furieux. Tu viens. Tu le lui dois. »
Severus détourna la tête, l'air hésitant.
« C'est de le revoir qui te dérange ? demanda Claus, Severus hochant la tête avec une sorte de timidité qui ne lui ressemblait pas.
-Je ne suis pas encore prêt… Je suis encore en colère…
-Tu n'as pas à t'inquiéter pour ça, répondit Claus. Le corps d'Ash sera présent, mais pas son esprit. »
Severus releva la tête, les sourcils froncés sous l'incrédulité.
« Que veux-tu dire ? demanda-t-il, perplexe.
-Tous les Sadrah participent aux funérailles des leurs. Tous, sans exception. »
Severus mit quelques secondes à comprendre ce que voulait dire Claus. Ce dernier sut qu'il avait compris quand il le vit blêmir.
« Le tatouage de sang, balbutia-t-il.
-Celui-là même, répondit Claus. Ash sera là. Quelque part, au fond de lui-même. Mais si tu as la chance de lui arracher quelques mots, ce ne sera pas lui qui te répondra. Et Merlin sait lequel de ces cinglés tu auras en face de toi.
-Merlin, souffla Severus. Mais qu'est-ce que c'est que cette adoption ?
-Crois-moi, tu ne veux pas le savoir, répondit Claus. J'ai renoncé à comprendre depuis longtemps. Maintenant, allons-y ! Le Sahara n'est vraiment pas proche d'ici ! »
Severus se résolut à le suivre d'un bon pas, l'air peiné. Une partie de lui n'avait vraiment pas envie de se rendre aux funérailles de Fixe Sadrah et ce n'était pas que pour Ash. Il y aurait probablement Drake, également et ce dernier aurait l'esprit clair. Enfin, aussi clair que pourrait l'être un esprit face au deuil. Après tout, Drake aimait Fixe au moins autant qu'Ash… Peut-être n'aurait-il pas envie de le convaincre de pardonner son meilleur ami ?
Le voyage ne lui permit pas d'y penser. Ils quittèrent la forêt amazonienne en moins de cinq heures, après avoir marché un long moment jusqu'à un point d'ouverture dans le champ de force entourant la forêt. Cette dernière était strictement protégée par plusieurs boucliers, certains pour décourager des sorciers avides de ce rendre sur cette terre sacrée pour quelques rituels de magie noire, d'autres pour s'assurer que les moldus n'avait accès qu'aux terres les moins dangereuses. En effet, la forêt était adorée par certaines créatures magiques qu'il était déconseillé de présenter aux moldus, aux risques de les voir devenir fou ! … Au mieux ! Au pire, ils comprendraient enfin que tout un monde était parallèle au leur.
Ils rejoignirent Manaus où Claus connaissait un sorcier peu recommandable qui leur fournit un portoloin pour le Caire. Là-bas, ils devaient se rendre chez un apothicaire, un vieil ami de Claus, qui les aiderait à rejoindre le Sahara sans trop de problème.
Quand ils entrèrent dans la boutique, quelques clochettes accrochées au-dessus de la porte tintèrent dans un bruit presque désagréable, mais Severus n'y prêta aucune attention : les étagères remplies d'ingrédients divers, les bocaux aux contenus étranges et mystérieux l'absorbèrent en quelques secondes. Ses yeux voyagèrent presque convulsivement sur chaque espèce rare, sur chaque poudre étrange, branchage attractif ou insectes utiles. Par respect pour Claus, il resta à ses côtés mais ses jambes tremblaient presque de désespoir à l'idée de rester figées sur place, loin des étagères.
« Tiens, je ne t'attendais plus ! dit une vieille voix derrière un comptoir proprement ciré et astiqué.
-La forêt amazonienne n'est pas à côté, répliqua Claus, l'air fatigué. Mais je ne suis pas encore en retard…
-Pas encore, mais ça aurait été juste si je n'avais pas tout préparé. Un bain vous attend à l'étage ainsi que des tenues de circonstance…
-Merci, Clef, répondit Claus en inclinant la tête. Viens, Severus. »
Le jeune homme le suivit, non sans jeter un œil au vieil homme derrière le comptoir. Claus ne lui en avait même pas touché un mot et il s'attarda un peu à le détailler : très âgé, les cheveux longs et sales, de petites lunettes rondes teintées de jaune sur le nez, il ressemblait presque à un hippie mais ses vêtements – une vieille robe de sorcier élimée – ne correspondait pas à son visage. Severus n'eut pas le temps de le regarder plus longtemps, obligé de suivre Claus jusqu'à l'étage. Son maître se dirigeait sans la moindre hésitation, révélant une connaissance aigue des lieux et signifiant ainsi qu'il y avait passé énormément de temps. Ils gravirent un vieil escalier grinçant jusqu'à un petit pallier dépourvu de fenêtre. Une porte avec un petit grillage vers le bas diffusait cependant une légère lumière. Claus l'ouvrit sans hésitation, dévoilant deux baignoires plaines et fumantes. Deux housses étaient accrochées à un porte-manteau trop neuf que pour être d'origine : sans doute une métamorphose. La salle de bain était dans les tons taupes, carrelée du sol au plafond inclus. Une grande fenêtre occupait le mur du fond mais elle était obturée par un volet.
« Arrête de tout analyser, Severus et au bain ! »
Le jeune homme se tourna vers Claus qu'il découvrit déjà nu, occupé à enjambé le bord d'une des baignoires. Rougissant, Severus se détourna, déstabilisé.
« Ne fais pas le pudique, nous n'avons pas le temps pour ça, lui signala Claus. Lave-toi vite. Ensuite, nous enfilerons les tenues réglementaires et nous nous rendrons chez Fixe… Ils auraient du fournir un portoloin pour l'occasion mais bon, nous avions besoin d'un bon bain de toute façon. Allez, mon garçon, active-toi ! »
Mortifié, Severus entreprit de se dévêtir, non sans tourner le dos à son maître. Malgré ça, il pouvait sentir son regard sur son corps, le troublant horriblement. Quand il fit tomber sa chemise en dernier, il se crispa, attendant une remarque ou une moquerie, mais Claus resta silencieux. Soulagé, Severus se dépêcha de plonger dans l'eau fumante de sa baignoire, hoquetant face à la chaleur. Quand il se fut habitué, il tourna la tête vers Claus qui le regardait, inexpressif.
« J'ai une potion pour effacer ça, si tu veux », lui dit-il simplement.
Severus rougit vaguement mais il hocha négativement de la tête.
« Je… je préfère les garder, pour l'instant », dit-il.
Claus acquiesça. Ils n'échangèrent plus un mot, pendant toute leur préparation.
oOo
Le manoir Sadrah au Sahara était… aérer. Construite dans le plus pur style orientale, elle était pourvue de nombreux arcs et portes aux larges vitres. L'oasis dans laquelle elle se trouvait – juste à son bord, face au désert – était petite mais fleurie. L'endroit était idyllique et Severus n'avait aucun mal à imaginer une vie tranquille dans cette maison. Pourtant, à en écouter Ash, il s'était entraîner dans ce désert pendant six ans et ça ne s'était pas fait en douceur… Il cessa de regarder les lieux pour suivre Claus avec célérité.
Ils portaient tous les deux une robe de potioniste mais celle de Claus était plus travaillée que celle de Severus, pour montrer son rang plus élevé. Noire, ample, claquant un peu face au vent du désert, un liseré doré décorait les bords des manches, de la robe et du col. Severus, lui, était tout en noir, ce qui lui convenait : du doré, vraiment ?! Des sandales chaussaient leur pied, de façon à ne pas avoir trop chaud. Un peu de sable s'y glissa mais Severus n'y prêta même pas attention, trop occupé à regarder les quelques mosaïques décorant les murs du petit palais Sadrah et à suivre Claus. Ils atteignirent finalement une allée de pierres blanches taillées, légèrement scintillantes. Autour de l'allée, la végétation avait été travaillée à la perfection, laissant une tranchée nette, tout droit vers la maison. Severus suivit Claus sans attendre, tout deux atteignant rapidement la haute porte d'entrée. Cette dernière était ouverte, révélant un hall immense et décoré. Severus jeta un œil et blêmit en reconnaissant Draco, vêtu de blanc, pâle malgré ses couleurs figées par une potion. Il parlait poliment avec Dumbledore, ce dernier étrangement sobre dans une robe ivoire au liseré rouge. Quand il les vit, Draco écarquilla un instant les yeux puis, après s'être excusé auprès du directeur de Poudlard, se dirigea vers eux.
Severus fut tenté de se cacher derrière Claus, un instant, mais Draco ne le regardait même pas : ses yeux rougis étaient fixés sur Claus qu'il enlaça fermement quand il l'atteignit.
« Toutes mes condoléances, murmura Claus en répondant au geste du plus jeune.
-Oh, tais-toi, répondit Draco, la voix cassée. C'est à toi que je dois présenter mes condoléances et nous le savons tous les deux. »
Claus n'en dit pas plus, ce n'était pas nécessaire, mais les deux hommes restèrent longtemps enlacés, sans embarras. Pour essayer de ne pas les regarder, Severus détailla l'immense salle au plafond haut, les nombreuses chaises en cercle – et dont beaucoup étaient occupées par des sorciers que Severus ne connaissait pas – et enfin, le bassin central avec sa plateforme recouvertes de fleurs et sur laquelle était étendue Fixe Sadrah. Rapidement, Severus s'aperçut de la présence des membres Sadrah et pour cause, ils étaient dur à manquer : Une femme assez âgée, vêtue d'une robe noire dépourvue de manche et ceinturée par une écharpe de soie jaune, se tenait sur la droite. Il devait s'agir de Sally Sadrah, la mère adoptive de Fixe. Sur la gauche, un vieil homme, torse nu, vêtu d'un pantalon. La ceinture de soie était bleue. Il n'avait pas un seul cheveu sur la tête. Et enfin, juste en face, Ash. Il était torse nu, lui aussi, une ceinture rouge feu autour de la taille. Severus resta un long moment figé, ses yeux parcourant la peau brune, les muscles visibles pour ensuite monter jusqu'aux yeux… et il glapit de stupeur. Les yeux si remarquables d'Ash n'étaient plus, ils étaient intégralement noir, sclérotique incluse. Des cercles noirs entouraient ses yeux, se prolongeant en arabesques travaillées sur son front. Severus les suivit du regard, les vit descendre sur le cou d'Ash pour suivre l'épaule, descendre le bras et rejoindre la main où le sinistre tatouage Sadrah semblait briller d'une lueur froide. Un frisson parcourut encore Severus face à cette manifestation pour le moins inhabituel. Mais qu'était donc cette adoption sinistre ? Pour quoi Ash avait-il donc signé en se livrant à cette sombre famille ?
Perturbé, Severus sursauta lorsque la main de Draco se posa sur son épaule. Il tourna la tête vers lui, reflétant son horreur sur son visage. Le voyageur du temps du comprendre ses pensées car il eut une moue embêtée avant de lui faire un sourire crispé.
« Merci d'être venu, Severus, dit-il. Même s'il n'a pas conscience de ta présence, je sais qu'Ash en aurait été heureux. »
Le jeune homme se contenta d'hocher la tête, tendu. Il n'osait pas ouvrir la bouche, à la fois trop choqué et trop mal à l'aise en présence de Draco que pour parler. Il détourna la tête et regarda l'assemblée réunie pour l'enterrement. Il reconnut la famille Weasley, les Prewett et aussi quelques autres qu'il avait déjà entraperçut dans la Gazette du Sorcier : chefs d'état divers, pointures de la magie, stars incontestées, Fixe Sadrah était très fréquentées, manifestement. Mais malgré les célébrités présentes, les yeux de Severus revenaient sans arrêt sur le plus jeune héritier de la famille dont le visage inexpressif était inhabituel. Severus détestait le voir comme ça. Si froid, impersonnel. Ce n'était pas le Ash qu'il connaissait depuis presque un an. Pour ce qu'il savait de lui, en tout cas.
« Nous sommes les derniers, n'est-ce pas ? demanda Claus à un Draco fort ému.
-Vous êtes arrivés juste à temps, répondit le plus jeune. Venez, ça va commencer. Si vous voulez lui dire au revoir, c'est maintenant. »
Claus hocha la tête et s'avança dans l'allée jusqu'à la plateforme. Il s'inclina face aux trois Sadrah, aucun ne daignant le regarder. Ils fixaient le corps de Fixe, vêtue de noir elle aussi, avec une écharpe de soie verte en guise de ceinture. Severus préféra rester en arrière alors que Claus s'approchait de la plateforme. Tandis qu'il le regardait avancer, l'apprenti potioniste aperçut les fagots de pailles disposées en dessous de la plateforme fleurie et il comprit alors ce qui allait se passer. Il déglutit péniblement.
« Severus, entama Draco, le faisant à nouveau sursauter. Regulus aurait aimé venir pour… me soutenir et pour te voir. Faute de mieux, il m'a demandé de te donner cette lettre. »
Severus attrapa le parchemin qu'il entrevit, n'osant pas se tourner totalement vers Draco. Malgré ça, ce dernier ne se découragea pas.
« Severus… je sais que tu es en colère, pour l'instant, mais… je voulais que tu saches que… si un jour tu as des questions, si tu as besoin d'en parler… je suis à ta disposition. Harry est trop impliqué émotionnellement avec toi que pour y répondre alors… fais appel à moi, si nécessaire. »
En réponse, Severus se contenta d'hocher la tête avant de s'avancer lui aussi vers la plateforme, rangeant la lettre de Regulus dans une des nombreuses poches de sa robe de potioniste. Il salua ses vagues connaissances – Les Malfoy étaient là également – avant d'aller s'asseoir sur une chaise vide. Claus, après avoir terminé ses adieux, vint s'asseoir à ses côtés également.
« Ça va commencer », murmura Claus.
Au même moment, plusieurs choses se produisirent : des flammes s'élevèrent autour du bassin, mais elles n'enflammèrent pas le buché mortuaire de Fixe, elles restèrent calmes, maîtrisées. Les trois Sadrah entourant le corps de la défunte s'élevèrent brutalement du sol, surplombant la plateforme. Puis, pendant quelques secondes, rien ne se passa. Jusqu'à ce qu'ils ouvrent la bouche et ne se mettent à parler. Ils n'étaient que trois et pourtant, Severus entendit plus d'une vingtaine de voix s'exprimer en même temps. Pendant quelques secondes, les mots prononcés furent incompréhensibles, jusqu'à ce que l'horreur ressentie et l'étonnement ne s'estompent pour permettre à ses oreilles de comprendre les mots prononcés.
« … au sein de notre famille. Tes connaissances, rassemblées tout au long de ta vie, accompagneront nos héritiers, leur permettant de s'élever au-delà de toutes consciences. Nous accueillons ton corps dans notre demeure ancestrale. Là il reposera, de cendres mêlée de plâtre, reflétant ton ancien toi à jamais. Là, mêlé de tes souvenirs, il restera, caché, protégé, pour l'éternité. Tu es notre fille. Notre sœur, notre mère. Tu es nous, pour toujours, jusqu'à la fin de la lignée Sadrah. Puisses-tu reposer en paix, parmi nous, à jamais. Ainsi le veut notre sang. Ainsi le veut notre magie. Bienvenu parmi nous. »
Les flammes autour du bassin s'élevèrent soudainement et la plateforme prit feu. Severus sentit une certaine peine l'envahir en la regardant s'embraser, le feu recouvrant bientôt le corps défunt de Fixe, la faisant disparaître dans les flammes. Il resta quelques longues secondes à regarder ces flammes vives emporter le corps de cette femme qu'il n'avait que très peu fréquenté mais qu'il avait trouvé en tout point fascinante. Quand il leva les yeux, ce fut pour tomber dans les yeux noirs et abyssaux d'Ash. Si son visage n'exprimait rien, les larmes qui s'échappaient de ses yeux révélaient que l'habitant principal du corps ne devait pas être bien loin. Sally Sadrah et Artaban ne pleuraient pas, eux, bien que les yeux de la première soient plus brillants que ceux du second.
La crémation était probablement magique, car elle ne dura que quelques minutes, peut-être dix ou quinze, Severus ne le savait pas. La cérémonie était courte, rapide, mais peut-être en avaient-ils ratés quelque chose en arrivant juste avant le grand moment final. Malgré ça, personne ne bougea quand le feu s'arrêta et pour cause : dans la plateforme, les cendres du corps défunt s'élevèrent brutalement, tourbillonnèrent quelques secondes puis brillèrent avant de disparaître, Merlin seul savait où. Alors, soudainement, les trois derniers membres de la famille Sadrah fermèrent les yeux et tombèrent en arrière. Severus faillit se lever quand il s'aperçut que trois personnes au moins devaient être au courant car Drake se tenait derrière Ash et le rattrapa sans hésiter, le soulevant sans peine dans ses bras musclés. Une femme avait fait léviter Artaban qui flottait dans le vide, inconscient. Un homme élégant avait rattrapé Fixe et l'avait ensuite soulevé avec autant de précaution que Drake n'en mettait pour Ash. Le prétendu bâtard Malfoy ouvrit alors la bouche, mal à l'aise manifestement.
« Au nom des Sadrah, je vous remercie tous pour votre présence qui, n'en doutez pas, à été remarquées par les membres de la famille. »
Les sorciers se levèrent alors, s'inclinèrent puis, sans autres formes de procès, se dirigèrent vers la sortie. Etonné, Severus se tourna vers Claus, interrogateur.
« C'est tout ? demanda-t-il. Mais… Enfin…
-Une cérémonie typique serait suivie d'un repas, normalement, répondit Claus, étrangement éteint. Mais aucun des membres vivants de la famille n'est capable d'accueillir qui que ce soit. Ils vont rester inconscients quelques heures maintenant, le temps de se remettre de la possession et leurs gardiens vont veiller sur eux. Ceux qui veulent rester et attendre le peuvent, mais ce sont souvent les intimes des héritiers, pas le gratin. Ceux qui partent sont ceux qui ne désirent pas présenter leur condoléances aux héritiers, du moins pas dans un avenir si proche. »
Severus hocha la tête. Il constata en effet que quelques chefs d'état restaient assis – leurs yeux dirigés vers Artaban ou Sally l'éclairèrent sur leur lien – ainsi que les Malfoy et Fabian Prewett. Les Weasley semblèrent hésiter mais Molly avait des enfants qui l'attendait à la maison et Arthur un travail. Gideon Prewett quitta également les lieux. Dumbledore s'approcha de Draco, murmura quelques mots à son oreille puis quitta également les lieux. Severus suivit tout cela des yeux, encore étonné de la rapidité de la cérémonie. Il tourna la tête vers Claus qui restait encore assis, comme amorphe.
« Je ne compte pas rester jusqu'au réveil d'Ash, si c'est ce qui t'inquiète, répondit son professeur. Rester ici me fait trop de mal, je préfère rentrer chez moi pour l'instant. Mais si tu le désires…
-Je veux rentrer, coupa Severus. J'enverrai des fleurs. »
Claus fit un léger sourire, bien que fort mince et se leva. Il se dirigea vers Draco qui parlait avec un Fabian Prewett à l'air concerné, mais le psychologue cessa la conversation quand il les vit approcher.
« Tu t'en vas ? demanda-t-il à Claus.
-Oui, j'étais venu pour Fixe, mais je compte sur toi pour dire à Ash que je partage sa peine. Nous nous reverrons très probablement, que ce soit au grand gala du mécénat ou avant si le temps nous le permet. Je suis désolé de ne pas pouvoir rester…
-Il comprendra, rassura Draco. Votre départ ne le surprendra pas. »
Severus leva les yeux vers ceux de Draco, croisant son regard pour la première fois de la journée. Il resta un instant interdit face à l'immense tristesse dans ses yeux, ainsi que par la pointe de reconnaissance dirigée vers lui.
« Merci d'être venu, encore une fois, dit-il. Même s'il s'obligera à n'y voir qu'un geste dirigé par la reconnaissance, je sais qu'il sera heureux de savoir que tu es venu pour dire au revoir à Fixe. N'oublie pas que je suis là si besoin est. »
Severus eut un simple rictus en réponse. Malgré lui, ses yeux dérivèrent vers l'homme inconscient dans les bras de Draco. Son visage était encore un peu humide à cause des larmes qui avaient coulées mais il semblait paisible, dans les bras de son meilleur ami. Paisible et vulnérable. Relevant les yeux, Severus regarda Draco, hésita puis finit par parler :
« Je ne vous déteste pas. Ni l'un ni l'autre. Mais j'ai besoin de distance. J'ai besoin… j'ai besoin d'y penser, loin de vous deux. »
Le sourire que Draco lui adressa fut plein de compréhension et de soulagement. Severus ne lui laissa toutefois pas le temps de répondre et préféra s'éloigner. S'il restait face au visage remplit de joie et de peine de Draco, face au corps vulnérable d'Ash, il n'était pas certain de pouvoir garder ses distances, mais il le devait. Il avait encore trop de colère en lui. Trop d'incompréhension, aussi. Trop de sentiments mélangés qu'il ne comprenait pas. Et certains mots, prononcés avec tant de chagrin et de désespoir, le hantaient encore beaucoup trop…
« Je suis tombé amoureux de toi et c'est la seule chose que je t'ai dissimulée, outre mon vrai nom. »
oOo
Quand Harry ouvrit les yeux, il reconnut le plafond de sa chambre au Sahara. Il resta quelques secondes à le fixer, vide de pensées et de sentiments. Puis, soudainement, la réalité le percuta et hoqueta en la répétant, encore et encore, dans sa tête. Fixe était morte. Le décompte s'était achevé et elle les avait quittés, pour toujours. De lourdes larmes s'échappèrent de ses yeux et il se sentait proche de l'hystérie lorsque son matelas bougea et qu'un corps ferme se colla au sien, deux bras solides l'enlaçant avec force. Il se retourna difficilement dans l'étreinte pour enfouir son visage dans la gorge de Draco, inhalant son odeur, s'accrochant à sa chemise et déversant son chagrin sans aucune retenue.
Parce que parfois, ça faisait un bien fou de se laisser aller. Surtout quand c'était dans les bras de quelqu'un en qui on avait une confiance aveugle. Harry eut l'impression de pleurer des heures. Il eut l'impression de se noyer dans ses larmes, de perdre son souffle pour toujours. Mais ensuite, quand il se calma, que Draco s'écarta pour lui tendre un mouchoir digne de ce nom, il remarqua que la luminosité de la pièce avait à peine déclinée. Deux heures s'étaient écoulées, peut-être deux et demi. Mais pas plus. Il eut un peu honte de ne pas pouvoir pleurer plus. Il était toujours triste, il avait toujours un vide dans le cœur, mais il n'avait plus besoin de pleurer.
« Tu vas mieux ? demanda Draco, en lui caressant les cheveux.
-Oui, répondit Harry, se recouchant contre lui. J'avais besoin que ça sorte.
-Je sais, répondit son meilleur ami, compréhensif. Je ne me suis pas gêné depuis jeudi. »
Harry esquissa un vague sourire, assez las. Ils restèrent silencieux un instant puis Harry se redressa. Il était vêtu d'une tunique verte et d'un pantalon de soie noire. Il n'avait pas de ceinture rouge, ce dont il fut reconnaissant : il ne voulait pas voir ces vêtements de deuil imposés par la dynastie Sadrah, chacun représentant un élément. Il ne voulait jamais les voir de façon consciente !
« Ai-je des visiteurs ? demanda-t-il.
-Ma mère et mon père sont restés, répondit Draco en s'asseyant. Ainsi que… Fabian. »
Harry ne grimaça pas. Il s'y était attendu. Le jeune homme, malgré leur rupture initiée par son choix, désirait redevenir proche de lui et il se devait donc de rester pour le soutenir, mais Harry n'était pas sûr de pouvoir le supporter. Dans son état de faiblesse, Harry savait qu'il cèderait. Sans même y réfléchir !
« Bon… alors essaye de ne pas me laisser seul avec Fabian, d'accord ? demanda-t-il en se levant, passant une main distraite dans ses cheveux. Et les deux autres ?
-Les deux autres ? demanda Draco, occupé à ordonner ses vêtements.
-Sally et Artaban…
-Sally est déjà repartie, mais Artaban est toujours là, je crois qu'il veut te rencontrer. »
Harry acquiesça, content d'apprendre qu'au moins un des membres de sa famille avait un peu de sens commun. Il attendit que Draco soit prêt, ce dernier s'acharnant à mettre de l'ordre dans sa tenue et ses cheveux, avant de sortir de la chambre. Harry n'avait pas besoin que Draco lui montre le chemin, il devina sans mal que ses invités étaient dans le petit salon de l'aile est, aile que son meilleur ami et lui avaient occupée pendant leur entraînement. Il suivit le couloir, ses yeux parcourant les larges arches donnant sur l'extérieure et révélant l'oasis où il avait passé d'excellent moment par le passé. Il contempla les fleurs tropicales, les arbres aux feuilles d'un vert inimitable… Il aurait cent fois préféré aller dehors que dans le salon pour recevoir des condoléances dont il ne voulait pas entendre parler. Des condoléances… pourquoi faire, d'ailleurs ? Ça ne lui rendrait pas Fixe !
Quand il entra dans la pièce, essentiellement décorée des différentes nuances de bleues, il repéra immédiatement Lucius et Narcissa, installés dans un des petits canapés empires, près d'une des portes-fenêtres menant à l'extérieur. Ils étaient étonnamment proches, malgré la présence de Fabian, occupé à contempler une peinture impressionniste dans un coin. Tous s'étaient tournés vers eux quand Harry avait ouvert la porte, le regardant d'abord avec étonnement puis avec une peine sincère. Un instant embarrassé, Harry resta planté sur le pas de la porte, jusqu'à ce que Draco le pousse pour le forcer à entrer. Il fit quelques pas à l'intérieur de la pièce et n'eut pas le temps de se décider sur le comportement à adopter que Narcissa l'enlaça avec tendresse. Un peu surpris d'abord, Harry se remit lorsqu'il croisa les yeux rieurs de Draco. Il serra la jeune femme dans ses bras, savourant presque l'étreinte. Si on lui avait dit un jour que Narcissa Malfoy le réconforterait, il n'y aurait jamais cru… Mais la jeune femme semblait beaucoup l'apprécier depuis leur première rencontre et il ne s'en plaignait pas. Tandis que ses rapports avec Lucius demeuraient souvent tendus, ceux qu'il entretenait avec sa femme était toujours conviviaux et plein de douceur. Elle était le lien entre son mari et lui. En avait-elle conscience ? Probablement ! Et probablement se faisait-il honteusement manipuler par cette femme rusée au possible, mais il s'en fichait.
Quand il s'écarta de Narcissa, cette dernière posa une main douce sur sa joue et le regarda pendant un long moment, cherchant quelque chose dans ses yeux. Elle dut le trouver car elle s'écarta de lui avec un sourire rassuré.
« Mes condoléances », dit-elle avec respect.
Harry ne put que sourire en réponse. Cette phrase qu'il méprisait quelques minutes plus tôt lui fit du bien, sans doute parce qu'elle était dite honnêtement, sans mauvaise intention derrière. Quelques secondes plus tard, ce fut la main large de Lucius qui se posa sur son épaule et pour la première fois, Harry vit l'homme que Draco s'acharnait à défendre. Lucius Malfoy ne portait pas son masque habituel. Loin d'être inexpressif, il reflétait au contraire une grande compréhension. Avec un peu de remord, Harry réalisa que Lucius avait perdu sa mère très jeune, d'après les explications de Draco. Son père était décédé à peine un an avant qu'Harry et Draco ne décident de revenir dans le monde. Il était donc très bien placé pour savoir ce qu'Harry ressentait.
« Mes condoléances, répéta Lucius, presque machinalement. Est-ce que ça va ? »
Harry nota la formulation. 'Comment vas-tu' lui aurait semblé déplacé. Au contraire de la question de Lucius qui était surtout 'vas-tu tenir le coup'.
« Ça ira, répondit simplement Harry. Pas maintenant, tout de suite, mais ça ira. »
Lucius hocha la tête, compréhensif. Puis ce fut au tour de Fabian de s'avancer et, sans même résister, Harry le laissa l'enlacer. Il savait qu'il serait faible et il se détesta de serrer Fabian dans ses bras et de le garder bien trop longtemps contre lui. Il vit parfaitement la moue réprobatrice de Draco derrière eux mais il ne daigna pas se reculer. Il était bien, là. Fabian lui avait toujours apporté un sentiment de protection et de solidité et c'était ce dont il avait besoin, sur le moment. Il s'obligea pourtant à s'écarter au bout de quelques minutes, par égard pour Narcissa et Lucius, mais aussi par culpabilité de donner des espoirs vains à un homme qu'il respectait trop. Il croisa néanmoins le regard plein d'espoir de Fabian et se résolut à parler avec lui de la situation avant la fin de la journée. Cette mascarade de court ne pouvait plus durer !
« Diva ? appela Draco, brisant le léger silence qui s'était installé. Apporte-nous des rafraîchissements, s'il te plait. »
L'elfe de maison qui était apparut s'effaça dans un plop et revint avec plusieurs verres de limonades fraiches. Ils s'installèrent tous dans différents canapés, Harry callé entre Draco et Fabian.
« C'était une cérémonie très jolie, dit poliment Narcissa.
-Non, pas vraiment, soupira Harry. Mais c'est la tradition Sadrah, nous ne la contrôlons pas vraiment. Tout ce que j'ai pu faire était d'installé des fleurs pour rendre ça un peu moins… expéditif…
-C'était une belle attention, insista la jeune femme, compatissante. Mais il est vrai que c'était expéditif. Et… vous étiez tous les trois assez…
-Effrayant ? proposa Lucius. Qu'est-ce que c'était ? Quand vous avez parlé, on aurait dit… qu'il y avait plusieurs personnes…
-C'était le cas, intervint Draco, voyant clairement Harry mal à l'aise. En fait, tous les Sadrah étaient là.
-Quoi ? s'exclamèrent les trois invités.
-Mais… comment ? demanda Narcissa.
-Ce n'était pas vraiment eux, tempéra Harry. Disons plutôt… un souvenir d'eux. Transmis par leur sang, par leurs cendres lors de leur mort. Si ça avait été eux… je ne pense pas que mon corps l'aurait supporté. C'était déjà bien assez pénible ainsi.
-Qu'as-tu ressenti ? demanda Draco, curieux.
-Une impression persistante d'être à l'étroit dans mon propre corps, comme si j'étais écrasé contre mes propres chaires. C'était… vraiment très désagréable. »
Draco acquiesça, pensif et respectueux. Il ne posa pas plus de question, même s'il en avait des millions. Un choc à la porte les fit sursauter et la personne derrière n'attendit pas avant de la pousser. Artaban Sadrah était vêtu d'un costume sorcier bleu ciel. Chauve, il n'en demeurait pas moins plein de prestance, malgré son âge très avancé. Il s'avança dans la pièce, ses yeux dépourvus de pupille cherchant Ash. Quand ils se posèrent sur lui, l'homme eut un sourire presque doux et s'approcha de lui. Harry se leva automatiquement et reçut l'étreinte avec respect, la lui rendant avec autant de franchise.
« Bonjour, Ash, lui dit le vieil homme en s'éloignant de lui. Je suis enchanté de te rencontrer enfin en chair et en os, même si j'aurai préféré le faire dans de meilleures conditions. »
Harry lui sourit en réponse, reconnaissant.
« Moi de même, dit-il. Voulez-vous vous joindre à nous pour le thé ?
-Oh, non, mon épouse et moi-même n'allons pas tarder à repartir. Notre portoloin est prêt et ne va pas tarder à s'activer mais je voulais au moins te voir avant de repartir. »
Harry sourit en réponse. Tandis que Sally lui semblait être une vraie mégère, Artaban montrait plus de cœur.
« Tu es notre nouvel héritier, après tout, jusqu'à ce que tu formes ton propre enfant. N'attends pas trop longtemps, petit conseil, les Sadrah ont tendance à mourir jeune… Enfin, à quelques exceptions près ! »
Harry grimaça mais se força à rire à la plaisanterie malgré tout. Artaban le regarda un long moment et sourit.
« Tu me fais penser à Alec Sadrah, né en 1736 et décédé en 1758. Un vrai guerrier ce garçon. As-tu vu sa vie ?
-Pas encore, répondit Harry. Sous conseille de Fixe, je prends un membre de la famille Sadrah par mois, pour ne pas surcharger mon cerveau.
-Et tu as bien raison ! scanda Artaban. Aller trop vite a tendance à nous déglinguer… Sally a poussé Fixe à regarder avec trop d'ardeur, ça n'a pas simplifié leur relation ! Et quant à ta formation ? Fixe t'a-t-elle tout appris ?
-Pas tout, avoua Harry. Mais je peux encore utiliser son savoir.
-Mhmm, ça risque d'être difficile pour toi, elle était ta mère, après tout, mais si visionner sa vie par la statue t'es préférable… Je suis à ta disposition si tu as besoin d'aide. Quant à toi, Drake, nous restons en contact par courrier. Un Sadrah avec un secrétaire, c'est bien la première fois que je vois ça, mais ce n'est vraiment pas stupide, au moins, tu t'épargnes des maux de tête à n'en plus finir et ton ami est loin d'être stupide. Pas que nous en ayons besoin, mais nos biens ont pris dix pourcents de valeur depuis son arrivée. Et bien, vous m'avez l'air de jeunes hommes censés tous les deux… La relève est assurée ! »
Il leur tapota l'épaule à tous les deux puis se tourna vers la porte restée ouverte. Il n'y avait personne, mais c'était comme si Artaban parlait avec quelqu'un. Son expression était joviale quand il leur fit face à nouveau.
« C'est l'heure de mon portoloin, dit-il. Je vous laisse mais vous êtes les bienvenus chez moi, quand vous voulez. Oh, Ash… Reste en vie au moins jusqu'à ce que tu ais introniser un nouveau membre, je n'ai plus l'âge de faire une chose pareille et Sally est bien trop amère que pour adopter un nouveau Sadrah ! Tu es le responsable, maintenant, assume-le et ne met pas ta vie en danger inutilement ! »
Et sur ces mots, après un salut de la tête pour les invités d'Harry, il sortit de la pièce, refermant la porte derrière lui. Harry resta un instant immobile puis se rassit, l'air parfaitement indifférent.
« Etrange personnage », commenta Narcissa après avoir reposé sa tasse de thé.
Aucun des hommes présents ne surent quoi ajouter.
oOo
Regulus pinaillait devant la porte du bureau de Draco. Il était venu presque chaque heure depuis la fin des funérailles, du moins la fin qu'il présumait. Mais chaque fois qu'il avait frappé à la porte, il n'avait pas eu la moindre réponse. Quelle guigne que Dumbledore ait refusé qu'il se rende au Sahara pour assister à l'enterrement de Fixe Sadrah. Non seulement il aurait peut-être revu Severus, mais il aurait surtout été présent pour soutenir Drake. A la place, il était resté à Poudlard, seul, à ronger son frein. Le plus pénible était de voir que Dumbledore était revenu au souper le samedi soir et que depuis, il n'avait eu aucune nouvelle, ni d'Ash ni de Drake.
Ainsi, le dimanche, il était venu à chaque heure pour voir si le psychologue était revenu. Son bureau n'était sans doute pas la première pièce où il irait, mais Regulus n'osait pas aller frapper à leurs appartements. A l'exception du jour où Drake lui avait avoué son attirance, il n'avait jamais été invité dans ces pièces et n'osait pas s'y présenter dans l'immédiat. Ça introduisait une relation trop intime et il ne se sentait pas prêt pour ça.
C'était totalement stupide. Bon sang, depuis le premier jour de la rentrée scolaire, il avait voulu Drake. Il en avait rêvé la nuit, il s'était touché en l'imaginant et maintenant que ça devenait possible, il tremblait de peur. Il avait l'impression d'être une stupide fille ! Bon sang, ce n'était qu'un moment… Un moment dont il avait peut-être trop rêvé. Et si la réalité n'était pas à la hauteur de ses rêves ? Et si Drake le trouvait tellement nul qu'il ne voulait plus de lui ? Et s'il le faisait trop attendre ? Il se détestait de se poser tant de question ! Et personne ne pouvait l'aider sur ce terrain. Severus était loin et même s'il avait été là, Regulus se voyait mal lui poser ce genre de question. Drake était totalement hors course, il serait mortifié de lui parler de ses doutes. Il avait essayé de les évoquer avec Ash, mais… finalement, c'était probablement un très mauvais choix, l'homme était vierge et probablement asexué vu son manque d'intérêt pour toutes les filles qui se jetaient sur lui et pour avoir résisté à une bombe comme Fabian Prewett !
Qui restait-il ? Son frère ? La seule fois où ils avaient évoqué le sujet, au bord du lac, Sirius avait eu l'air d'avoir envie de se noyer à la pensée de son frère en train de se masturber en pensant à un autre homme alors quant à lui demander des conseils… Non, il était seul, comme d'habitude, pour affronter ça. Et c'était pourquoi il hésitait tant à frapper à la porte du bureau. Au début, il y allait franchement. Mais plus la possibilité que Drake soit rentré devenait grande et plus il frappait discrètement, presque terrorisé. Et pourtant, il voulait le voir, mais… mais il avait peur. Il ne se sentait pas prêt ! Et Drake qui lui parlait d'une déclaration officielle au ministère ! Alors que lui avait juste peur de coucher avec lui !
Un lourd soupir franchit les lèvres de Regulus. Bon sang, il n'était pas une fille ! Et il faisait confiance à Drake. Il le désirait, alors quoi ? La main tremblante, il leva le bras pour donner un petit coup sur la porte. Il se décrispa quand il n'entendit pas de réponse. Pas rentré. Ouf ! Mais aussitôt la pensée traversa-t-elle son esprit qu'il se morigéna : il ne pouvait pas penser ainsi, bon sang de Merlin ! Pourquoi devait-il avoir si peur ?
Son interrogation intérieure fut interrompue par l'ouverture brutale de la porte du bureau. Regulus fit presque un bond sur place lorsqu'il avisa le visage concerné de Drake en face de lui.
« Regulus ? demanda le concerné. Je suis désolé, j'avais cru avoir rêvé le coup et… Tu vas bien, tu es tout pâle !
-Je… Je vais bien, oui ! répondit rapidement le jeune homme, tétanisé. Et toi ? »
La question semblait normale, car Drake avait les yeux rouges et paraissait épuisé. L'homme lui fit un vague sourire reconnaissant et s'écarta, l'invitant à entrer. Regulus marqua une légère hésitation puis finit par passer la porte qui se referma derrière lui.
« J'ai connu mieux, lui répondit Draco, restant près de la porte, à côté de lui. Mais ça ira. »
Regulus voulut répondre mais il fut brutalement étreint contre le corps de Drake, sa respiration se coupant sous le choc. Il resta un instant immobile puis, hésitant, passa ses bras tremblant autour du dos musclé de l'homme contre lui. Il inspira son odeur, une fragrance de jasmin émanant de lui. Pendant un long moment, ils restèrent sans parler puis Draco s'écarta de lui, laissant leur corps se toucher. Il plongea ses yeux dans les siens, le scannant avec beaucoup d'habilité. Regulus se sentit aussitôt rougir sous ce regard et ce fut pire encore quand Drake se pencha, leurs lèvres se rejoignant. Le cœur de Regulus sembla alors s'emballer tellement dans sa poitrine qu'il crut mourir.
« Tu trembles, nota Draco en s'écartant de lui, une main allant caresser son visage. Je te fais donc si peur ?
-Euh… Peur ? Non, enfin…
-Regulus, interrompit Draco, un léger sourire aux lèvres. Je n'ai pas l'intention de t'arracher ton pantalon à la moindre occasion, ni de te forcer à faire quoi que ce soit tant que tu ne seras pas prêt. Alors arrête de prendre cette expression de souris terrifiée prête à être dévorée vive par le vilain chat car ce ne sera pas le cas. D'accord ? »
Malgré lui, Regulus baissa les yeux, intimidé.
« Désolé, dit-il. Je voulais m'assurer que tu allais bien et je… je gâche tout avec mon comportement de puceau !
-Ce n'est pas ton pucelage qui te rend ainsi, signala Draco. Bien sûr, c'est un facteur clé, mais ce n'est pas la seule raison. Viens, allons nous asseoir, tu ne tiens pas sur tes jambes et je suis épuisé. »
Regulus se laissa conduire jusqu'au canapé où Drake se laissa choir à ses côtés, un long soupir sortant de sa bouche. Pendant un long moment, ils ne dirent rien puis, lentement, le plus âgé enroula un bras autour de Regulus et l'obligea à venir se coller contre lui.
« Détends-toi, ce n'est qu'un câlin, lui signala Drake. Le même que nous avons fait pendant les vacances et je n'ai pas l'intention d'aller plus loin.
-Mais tu en as… envie ? se renseigna Regulus.
-Bien entendu ! répliqua Drake, souriant. Mais… tu n'es pas prêt et je veux que tu le sois. Et je sais pourquoi tu ne l'es pas. Tu as plus peur du contact et de sa réalité que du passage à l'acte ! C'est pourquoi je vais faire un point d'honneur à ce que nous soyons toujours… en contact !
-En cont… »
La bouche de Drake le fit taire, le cœur de Regulus recommençant à battre follement. Le jeune homme resta un instant interdit puis, lentement, voyant que Drake ne faisait qu'embrasser ses lèvres, se détendit. Son corps se décrispa et il poussa jusqu'à enrouler ses bras autour du psychologue. Bientôt, un mordillement sur sa lèvre lui ouvrit la bouche. Regulus écarquilla les yeux mais ne résista pas alors que sa langue était taquinée par une autre. A sa grande honte, il laissa même échapper un gémissement tandis que le baiser se poursuivait. Quand Drake s'écarta enfin, le laissant à bout de souffle, il ne savait même plus où il était. Et il avait une très désagréable érection.
« En contact, répéta Draco, collé à lui. Je ne me priverai jamais de t'embrasser, de te toucher autant que je le peux. Je te serrai contre moi, autant que tu me le permettras. Et quand tu seras prêt… nous irons plus loin. En attendant, tu n'as rien à craindre de moi. Je ne suis ni un satyre, ni un monstre. Je t'aime. Et je t'attendrai. Compris ? »
Muet, Regulus ne put qu'hocher la tête. Il se sentait léger. Vraiment léger, soudainement. Un léger sourire niais couvrit son visage et, sans pouvoir s'en empêcher, il reprit les lèvres de Drake. Les baisers étaient totalement à la hauteur de ses rêves…
oOo
Le manoir Sadrah d'Angleterre était plongé dans la quasi obscurité. Une seule pièce était éclairée, celle du salon audio où, un verre de whisky en main, Harry contemplait les flammes de l'âtre de la cheminée en écoutant une musique classique dont il ignorait totalement le nom et dont il se fichait complètement. Seul comptait les accords lents et tendres qui s'harmoniaient si bien avec son état d'esprit. Pensif, il restait là à contempler l'âtre, réfléchissant. Draco était rentré à Poudlard pour voir Regulus, lui-même regagnerait l'école avant de dormir. C'était dimanche, il n'avait rien à y faire dans l'immédiat. C'était le lendemain qu'il devrait être en classe, à la hauteur.
Mais ce soir-là, pour la première fois en sept ans, il désirait être seul. Seul avec ses souvenirs, seul avec ses morts. Mais pas avec les mauvais souvenirs. Non, il repensait aux bons, pour une fois. Aux pitreries de Ron, aux réprimandes enflammées d'Hermione. Aux sourires de Ginny, la maladresse de Neville, l'hystérie de Lavande et Parvati, les singeries de Dean et Seamus. Les blagues de Fred et George, le sérieux de Percy. La tendresse de Madame Weasley, la douceur de Monsieur Weasley. Il repensa à son professeur McGonagall, à son Dumbledore, son Hagrid. Il eut une pensée pour tous ses professeurs, tous ses amis, disparut pour toujours et ne subsistant que dans son souvenir. Puis il pensa à lui. Le professeur Rogue. Severus. Il fut tenté de pleurer mais résista. Il se leva et quitta la salle audio, sans couper la musique dont il mit le volume au maximum. Il n'alluma aucune lumière, il n'en avait pas besoin.
A pas mesuré, presque en rythme, il rejoignit la salle qui l'intéressait. La salle des statues. Il y entra sans bruit, la porte était ouverte, comme s'il était attendu. Il parcourut les nombreux bustes des yeux en avançant, regardant les visages de marbre, tantôt sérieux, modestes, courageux, sadiques… Et il arriva au dernier. Elle était très justement représentée. Son visage exprimait plein de joie de vivre, bien plus qu'elle n'en avait eu dans toute sa vie mais c'est ainsi qu'Harry voulait s'en rappeler le mieux et il avait exprimé ce sentiment en embrasant le bûcher mortuaire. Il la regarda pendant un long moment, éclairée par la Lune. Puis il tendit la main pour la toucher.
Un bruit contre la fenêtre l'empêcha d'aller au bout. Un hibou se tenait là, volant difficilement. Il tenait quelque chose dans son bec et Harry ouvrit la fenêtre d'un simple sort. Le volatile alla jusqu'à lui et se posa sur le bras qu'il tendit. Lentement, Harry prit la rose que le hibou tenait. Il n'en distingua la couleur qu'à cause de son incandescence : elle était d'un rouge sang flamboyant. Un petit papier était enroulé autour de la tige et, alors qu'il le dénouait, le hibou repartit dans la nuit. A la lumière de la lune, Harry déchiffra : 'Toutes mes condoléances'.
Un peu sceptique, Harry regarda la rose pendant de longues minutes. De qui venait-elle ? Fabian ? Non, le jeune homme avait semblé comprendre avant son départ que l'étreinte échangée n'avait été donné que par chagrin, non par attirance. Mais peut-être était-ce sa façon de lui dire qu'il n'abandonnait pas ? Ou… Severus ? Harry écarta cette idée immédiatement. C'était impossible ! Alors quoi ? Qui ?
Soupirant, Harry renonça à élucider le mystère. Cela en valait-il la peine ? Si la personne qui lui avait envoyé la rose voulait se faire connaître, il aurait signé. Sans regret, Harry déposa la rose et le message sur le sol marbré. Il en revint au buste, lentement puis, tendrement, tendit la main. Il la posa sur la joue de pierre avec douceur et ferma les yeux. Les souvenirs présents dans la pierre s'écoulèrent en lui, rythmée par la musique, dans les ténèbres de la nuit.
A suivre…
Aaaaah, que ça a été dur ! Dur d'écrire ce chapitre, dur de dire Adieu à Fixe. Je l'aimais beaucoup. Elle a su redonner l'espoir à Harry et Draco et on le découvrira plus en détail grâce aux lettres que Severus lira, offerte par Claus.
J'espère que ce chapitre ne vous a pas trop déplu. J'ai eu beaucoup de mal. J'ai surtout été bloquée par le chagrin que je devais retranscrire dans ce chapitre et, si je suis contente de la scène de la mort de Fixe, je ne le suis pas de son enterrement. A la base, les Sadrah devaient s'exprimer d'avantage – et même un peu charrier Severus – mais au final, je n'en ai pas eu l'envie… Ils font déjà bien assez flipper ainsi ! loll
Je suis en congé depuis une semaine et depuis, j'essaye désespérément de terminer ce chapitre pour vous offrir un cadeau de Noël respectable. Mais je suis en retard d'une bonne heure, désolée !
Je ne répondrai pas aux reviews du chapitre précédent, essentiellement parce qu'il est une heure du matin, que je suis crevée après avoir célébré Noël avec toute la famille et que j'ai bien mérité de dormir un peu ! En attendant, sachez encore une fois que je lis toutes vos reviews, quand vous me les envoyer et plusieurs fois par mois, pour m'encourager à écrire la suite de cette histoire !
Concernant MF, justement, bonne nouvelle ! Jusqu'à présent, j'avais… un léger trou d'un an à combler et je l'ai fait ! Mon planning d'évènements dramatiques est dors et déjà établi, je sais qui va vivre, qui va mourir, qui va souffrir…
Cette année sera bien plus courte que celle écoulée, plus « résumée ». On y verra beaucoup Severus et sa maîtrise, Regulus et Drake, bien moins Harry qui se renferme sur lui-même et se met en mode 'tuons Voldemort'.
En parlant de Harry, je ne sais toujours pas s'il doit avoir une relation quelconque avec quelqu'un. Certainement pas avec Jennifer Sparks, il vaut mieux que ça, mais notre petit Fabian… En tout cas, ils sont destinés à se rapprocher un peu, mais à quel point, je ne sais pas encore. Votre avis ?
Severus s'est calmé mais il est perturbé maintenant… Il va réfléchir un peu pour trouver son chemin, en espérant qu'il le trouve avant qu'il ne soit trop tard…
Bref, j'arrête de parler et je vous quitte ! J'espère vous livrer le prochain chapitre plus vite que six mois plus tard, j'ai vraiment honte ! Je vais me forcer à écrire au moins une à cinq pages par jour, promis !
Mais maintenant, place à Alpha ! Je vais m'atteler au chapitre suivant afin de vous le livrer au plus vite !
En attendant, n'hésitez pas, livrez-moi vos impressions, vos ressentis, vos idées, vos théories…Et à tous, un joyeux Noël, une bonne année et un milliard de merci pour votre patience, votre soutient et votre gentillesse. Tout cela porte mes mots encore mieux que Comptine d'un autre été, musique écoutée pour la scène finale.
A peluche mes petits oursons !
