Et de deux ! Bonne Lecture !
CHAPITRE II : Réunion Au Sommet
La nuit était tombée depuis longtemps lorsque Karin pénétra dans l'entrée de la maison. La brume, elle, ne s'était toujours pas dissipée.
_C'est toi ? Cria Yusu de la cuisine.
_Non, c'est le diable, chuchota Karin en soufflant.
_Karin ? C'est toi ?
_Mais oui, c'est moi ! Qui veux-tu que ça soit ?
_Oh ! Arrête de t'énerver pour rien et viens t'assoir à table. Le repas est encore chaud.
La jeune fille posa ses baskets et sa veste à l'entrée puis vint se joindre à sa jumelle sans énergie. Elle se laissa choir sur la table.
_Comment ça s'est passé ? Demanda Yusu en lui servant son repas.
_Itadakimasu* ! Dit Karin en se plongeant dans son bol.
_Pourquoi tu ne me réponds pas ?
_Parce que je viens juste de poser mes fesses et que la soirée a été très longue ok ?
_Ok ! Ça va ! Pas la peine de me crier dessus…
Yusu se tourna en boudant vers le comptoir de la cuisine. Elle se mit à ranger les plats sales compulsivement – chose qu'elle faisait toujours quand elle ne gérait pas ses émotions.
La petite brune s'arrêta pour la regarder agir. Sa sœur n'avait pas changé depuis leur enfance. Toujours aussi impulsive, extravagante et nerveuse. Et surtout, toujours aussi gentille. Personne ne l'avait obligé à lui préparer ce repas alors que Karin avait fui la maison depuis deux ans déjà après s'être disputée avec son frère et son père.
_Merci Yusu, dit-elle pour s'excuser.
Cette-dernière leva les épaules pour montrer qu'elle était toujours vexée. Karin rit en sourdine.
_Tu ne veux plus savoir ce qui s'est dit ? La taquina-t-elle.
Oubliant qu'elle avait été piquée au vif par sa jumelle, Yusu bondit sur la chaise en face de sa sœur.
_Raconte ! Raconte ! Raconte !
_Oui ! Calmes-toi.
_Ils sont venus ?
_Oui, tous.
_Tous ? Et ça c'est bien passé ?
_Ouais ça va. D'ailleurs, je suis désolée mais ils viennent manger ici demain midi.
_TOUS ? Cria Yusu avec angoisse.
Elle se mit à faire les cents pas dans la cuisine en rangeant çà et là ce qui se trouvait à portée de sa main. Elle ne pouvait définitivement pas accueillir autant d'homme chez elle alors que sa maison ressemblait à un dépotoir – ce qui pour une personne normale, ressemblait à un palace si propre qu'il aurait pu manger sur le sol.
_YUSU ! Calmes-toi je t'ai dit ! Ils ne seront pas plus de neuf. En nous comptant, on sera onze.
_Onze ? Demanda-t-elle en posant ses mains sur ses hanches dans un élan de profonde réflexion. Qu'est-ce que je vais pouvoir préparer à manger…
_Yusu…
_Oui ? Oh, pardon ! Je me suis emportée je crois.
_Je crois aussi. Bref, ils viennent demain – et j'espère qu'il n'y aura pas d'absent – pour qu'on prépare un plan d'attaque.
_Je pourrai rester ?
_Bien sûr. C'est de papa et d'Ichi-nii qu'il s'agit. Toi aussi tu auras ton rôle à jouer là-dedans. Je le pense vraiment.
Yusu porta ses mains à son visage. Il n'y avait que sa jumelle pour croire en elle comme ça. Elle allait enfin pouvoir prouver à sa famille qu'elle n'était pas qu'une gamine bonne à être mariée.
_Merci, Karin, murmura-t-elle en laissant couler une larme. Tu m'as manquée, tu sais ?
_On se voit tous les jours à l'école.
_Oui mais c'est pas pareil. Depuis que tu es partie, papa fait comme si de rien n'était et Ichigo s'engueule sans arrêt avec lui à cause de ça. Tu nous manque vraiment.
_Mouais.
Le silence s'installa. Karin n'avait pas envie de repenser à ce jour-là. Ce fameux jour où son premier petit ami l'avait quitté après avoir obtenu ce qu'il voulait. Ce même mois où elle avait dit à son frère et à son père qu'ils ne pouvaient plus disparaître si longtemps sans prévenir après quarante-trois jours d'absence sans aucunes nouvelles de leur part. Que les shinigamis devaient se débrouiller seuls parce qu'ils avaient une famille. Qu'ils loupaient de grands moments pendant lesquels Yusu pleurait car ils n'étaient pas là pour l'encourager ou même en profiter. Qu'elle ne supportait plus de les voir mentir à sa sœur si fragile et qu'elle lui avait tout raconté.
Alors elle avait claqué la porte en leur disant que plus jamais elle ne voulait appartenir à cette famille. Elle avait marché toute la nuit, jusqu'à ce que Kazuya vienne la chercher et l'emmène chez lui, dans son appartement où il vivait seul depuis la mort de ses parents.
Et la dispute entre son père, son frère et elle s'était prolongée quand ils avaient tenté de la faire revenir. Et quand elle était passée chercher ses affaires. Et quand ils avaient appris qu'elle les détestait parce qu'ils n'avaient pas été là pour l'aider quand son petit ami s'était cassé après avoir pris sa virginité.
Emportée par sa colère, elle avait volontairement blessé son père et son frère en disant que si sa mère était encore en vie, ils ne se seraient jamais permis de s'échapper de leur responsabilité à tous les deux et qu'une famille, ça se respectait. Qu'on ne l'abandonnait pas quand on trouvait plus excitant ailleurs.
Puis, finalement, Isshin avait cessé le combat, au grand désespoir d'Ichigo qui voulait voir sa sœur réintégrer la demeure familiale coûte que coûte.
_Karin ? Murmura Yusu. Ça va aller ?
Elle releva la tête paresseusement et sourit comme si de rien n'était.
_Dis-moi Karin, comment sont-ils ces chefs de clan ?
_Yusu…
_Dis-moi ! Dis-moi s'il te plait ! Combien sont-ils ?
_Je n'ai pas le choix, je crois, souffla la petite brune. Ils sont cinq. Tu connais déjà Wakebe Akira ?
_Le gars immense avec ses longs cheveux noirs et ses yeux verts ? Oh ! Il est vraiment très beau !
_Et très dangereux, murmura Karin.
Elle pensa tout-à-coup que Jinta serait affreusement fou de l'entendre parler comme ça d'un mec. Il craquait sur sa sœur depuis toujours mais était trop stupide pour se décider à faire le premier pas.
_Ensuite ?
_Il y a Nasu Aki. Pas très grand avec la même couleur de cheveux que toi et les mêmes yeux. Et il a une gueule de con. D'ailleurs, c'est un con.
_Karin… ça ne m'aide pas beaucoup ce que tu dis.
_Il a une sale tête. Pourquoi tu me casses les pieds ? Il devrait être là demain midi !
_C'est vrai ! Cria Yusu en se remettant à ranger et à nettoyer sa cuisine. Mon Dieu ! C'est vrai qu'ils viennent demain ! Bon ! Continue ! Je t'écoute ok ?
_Il y en a deux autres que je connais mal. Je crois qu'ils s'appellent Akamatsu Hyuga et Takeda Zabuza. Ils viennent des villes voisines alors je pourrais pas t'en dire grand-chose. Ils sont assez charismatiques. De taille moyenne. L'un a les cheveux noirs et l'autre, châtains. Plutôt silencieux aussi. Ils n'ont pas décroché un mot durant la réunion.
_En même temps, ils ne sont pas sur leur territoire !
_Ouais, c'est vrai. Bon ! J'ai plus faim. J'vais rentrer me coucher ! Merci Yusu.
_Attends ! Cria sa sœur. Tu as dit cinq chefs de clan. Et tu ne m'en as présenté que quatre. Qui est le dernier ?
Karin sentit une vague de chaleur gagner ses joues. Elle n'appréciait pas ce mec plus que ça mais elle avait un petit faible pour lui. Une attirance purement physique qu'elle refoulait très, très profondément dans sa tête.
_Ah, oui, répondit-elle nonchalante. Yoshida Bankichi. Il est plutôt grand, baraqué avec des cheveux noirs en piques. Ses yeux sont noirs aussi. Et il a une cicatrice sur la joue. Il raconte qu'il s'est fait ça en se battant contre dix hommes. Moi j'ai entendu dire que la lame de son rasoir avait glissé quand il était ado…
Les deux sœurs ricanèrent en échangeant un regard complice.
_Bon ! Dit Karin en se dirigeant vers la sortit. Moi je rentre. A demain !
_Ne sois pas bête ! Cria Yusu en l'attrapant par le bras. Je t'ai préparée ton ancien lit. Couches-toi ici ! Comme ça, tu te lèveras plus tard demain.
La petite brune sembla hésiter.
_Je n'ai pas mes affaires…
_Tant pis ! Tu n'as qu'à prendre une brosse à dent neuve sous l'évier et je te donnerai des affaires pour te changer après ta douche.
Karin leva un sourcil en fixant sa sœur. L'expression de son visage était lourde de sens.
_Ne me regarde pas comme ça. Je n'ai pas que des robes, tu sais ? Tu n'auras qu'à choisir toi-même dans mes placards, à condition que tu ne mettes pas tout sans dessus de sou ok ?
Elle serra sa jumelle contre elle, heureuse de sentir de nouveau sa chaleur et d'entendre sa voix comme autrefois.
_Merci Yusu… bonne nuit.
[… … …]
Après que Karin ait pris sa douche et mit une nuisette appartenant à sa sœur, elle s'allongea pesamment sur son lit. Elle avait la sensation de peser huit tonnes à elle seule.
Pour se calmer, elle souffla un grand coup et ferma les yeux. Mais, tout-à-coup, ceux de son ancien ami lui revinrent en tête. Ceux de Tôshirô. Un turquoise intense, rare, profond. Puis ce fut son visage grognon qui s'imposa dans son esprit. Lui aussi devait être enfermé dans ce bar et il était sans aucun doute très, très en colère.
La jeune fille pensa alors qu'elle n'aimerait pas se trouver sur son chemin quand l'occasion lui serait donnée de se venger…
Un cœur de glace avec une force de titan.
C'est l'impression qu'elle gardait de lui. Elle ne l'avait pas revu depuis plus d'un an. Ils ne s'étaient plus parlé parce qu'elle l'avait envoyé balader après une dispute.
Oui. C'était la colère qui avait pris le dessus sur tous les autres sentiments depuis son adolescence. Elle était complétement régit par sa colère, sa frustration. Ce n'était plus l'amour qui dirigeait sa vie mais l'incessante envie de tout casser quand les choses ne marchaient pas et que tout foutait le camp.
Heureusement que Ryohei, Kazuya, Kei et Heita étaient là. Ils ne l'abandonnaient jamais eux. Même quand elle craquait. Même quand les hommes lui faisaient du mal. Ils étaient là.
Pourtant, elle avait beau les aimer plus que tout, c'était toujours l'image de Tôshirô qui s'immisçait dans sa tête quand elle s'affolait. Il avait toujours été, et de loin, son meilleur ami. Pas très bavard, certes, mais les mots ne servaient à rien car ils se comprenaient sans avoir à décrocher une parole.
Ce temps-là finissait par lui manquer. Rentrer avec sa sœur de l'école, manger avec sa famille. Rire avec sa famille. Accueillir Tôshirô chez elle jusqu'à pas d'heure pour l'entendre raconter à quoi ressemble ce monde fantastique qui était le sien quand il daignait ouvrir la bouche.
Les larmes ne coulèrent pas sur les joues de Karin. Elle avait appris depuis longtemps à les contrôler. Surtout quand la situation était aussi grave que celle-là. Elle avait beau être fière, elle ne voulait pas les abandonner. Savoir qu'ils étaient là, tout près d'elle a souffrir sans pouvoir agir la rendait folle.
Cependant, la jeune fille devait à tout prix garder son calme et utiliser son cerveau plutôt que ses muscles et c'était, chez elle un exploit. Elle ne manquait pas d'intelligence, loin de là, mais elle préférait foncer dans le tas au lieu de rester planter dans une cuisine à élaborer des plans.
Trop téméraire. C'était ce que son ancien ami lui avait reproché plusieurs fois lorsqu'un hollow l'attaquait. Mais c'était pourtant grâce à cette force de caractère, cette témérité justement qu'elle avait réussis à développer autant de force pour survivre à ses ennemis, humains ou créatures.
« On va y arriver, pensa-t-elle en se cachant sous sa couette. On va y arriver, je vous le promets. »
Puis la jeune fille se laissa difficilement sombrer dans les méandres de la nuit.
Elle rêva alors de lui. De ses cheveux blancs comme la neige qui lui donnait une allure de délinquant. De ses yeux turquoise qui sondaient si bien son esprit. De ce visage fin, sculpté comme une statue divine dans le marbre.
Elle revit une fois de plus son dos se tourner pour disparaître et ne plus jamais revenir.
Ses mots, ses derniers mots qu'elle lui avait dit. Cette horrible soirée où elle l'avait sommé de retourner d'où il venait.
C'était certainement son plus grand regret…
[… … …]
A son réveil, Karin avait la sensation de ne pas avoir fermé l'œil de la nuit. Et le miroir de sa salle de bain le confirma. Le reflet qu'il lui renvoyait était pâle comme les lendemains de fête.
Elle enleva sa nuisette et se glissa sous l'eau fumante de la douche. La chaleur du liquide décontracta ses muscles et elle sentit soudain un regain d'énergie. La mission ne faisait que commencer. Elle ne pouvait pas se laisser aller maintenant alors qu'une montagne de chose à faire l'attendait – à commencer par la réunion de ce midi.
Il fallait d'abord qu'elle mette tous les chefs de clan de son côté. Premier point positif, ils venaient chez elle et Yusu serait là pour animer le repas. Deuxième point, elle était prête à éclater la tête à qui lui mettrait des bâtons dans les roues et troisième point, elle allait faire un effort vestimentaire pour ranger ces abrutis de son côté.
Après la douche, Karin sécha ses cheveux courts en petits piques pour allonger son visage poupin. Seules deux petites mèches très fines glissaient de devant ses oreilles pour tomber fébrilement contre sa gorge. Avec cette coiffure, elle avait l'air d'une guerrière de film d'action. Elle prit soin également de maquiller ses yeux de noir car ça la rendait à la fois impérieuse et assurée.
Un petit anneau d'acier très discret encerclé sa narine de droite. Elle se souvînt alors avoir fait ce piercing quelques semaines seulement après avoir quitté le domicile familiale durant une soirée arrosée. Puis, elle avait décidé de le garder pour emmerder son père. Finalement, elle avait fini par le trouver joli et en avait même rajouté un à l'arcade. Plus discret.
Lorsqu'elle ouvrit la porte de la chambre de sa sœur, elle n'y vit personne. Sur le lit, sa jumelle avait posé des vêtements bien en ordre. Un sous-pull noir très fin et moulant, un jogging blanc et des dessous assortis à ce qu'elle allait porter.
« Bien joué Yusu » pensa-t-elle en s'habillant. Maintenant, au boulot !
[… … …]
Les chefs de clan arrivèrent seuls, sans escorte pour les accompagner. C'était sûrement une façon de démontrer à Karin qu'ils n'avaient pas peur d'elle. Exception faite à Yoshida Bankichi qui traînait derrière lui le leader du groupe de musique punk, Okuda Kane.
_Tu m'avais dit qu'ils seraient neuf, grogna sa jumelle de sa cuisine.
Lorsque Karin leur ouvrit la porte, elle failli éclater de rire. Tous s'étaient mis sur leur trente et un pour s'assoir à la table de la belle Yusu. Mais ce qu'elle ne savait pas, c'est qu'ils n'étaient pas non plus indifférents aux charmes de l'intrépide petite brune. Ils auraient donné cher pour avoir un moment d'intimité avec l'une des deux. Ou les deux…
_Bonjour ! Lança aimablement Yusu en les gratifiant du plus beau des sourires. Asseyez-vous, je vous en prie.
Et tandis qu'ils pénétrèrent dans la cuisine et prirent place maladroitement sur des chaises alignées à la perfection, la petite brune leur servit à chacun une bière.
_Karin, chuchota sa jumelle à son oreille, ce sont les bières de papa. Il ne les sort que quand Urahara-san vient faire un tour par ici !
Mais elle fit mine de ne pas l'entendre, trop contente de casser les pieds à son paternel.
_Bien, commença-t-elle d'un ton très sérieux. Avant de commencer, quelqu'un a-t-il envie de s'exprimer sur ce qui a été dit hier ?
Aucun d'entre eux ne parla.
_C'est ici que ça s'passe Nasu, trou du cul.
Nasu Aki sursauta. Il ne s'était pas rendu compte qu'il s'était figé devant la silhouette de la sublime sœur de sa rivale. Le rouge lui monta aux joues quand des ricanements moqueurs gagnèrent l'assemblée d'hommes.
_Bon, rajouta sèchement Karin en posant sa bière. Quoi de nouveau concernant le Kisei, Yoshida ?
L'interpelé se redressa sur son dossier. Il planta ses prunelles noires dans celle de la petite brune qui se concentrait au mieux pour ne pas devenir écarlate.
_Je suis allé personnellement y faire un tour hier soir.
_Et alors ?
_On a réussi à choper une meuf qui en sortait. Elle était complètement bourrée et la faire parler a été un jeu d'enfant. Elle nous a dit que le gérant du bar était venu personnellement la chercher.
_Comment ça ?
_Elle nous a parlé d'un truc bizarre comme quoi sa famille avait été massacrée à la suite d'une agression. Elle était complètement folle. Dans son histoire, il y avait des monstres avec des masques blancs et des hommes en noirs qui, selon elle, étaient arrivés trop tard. J'ai pas tout suivi.
Karin comprit alors que le gérant recrutait des gens par rapport à leur haine envers les shinigamis. Sûrement des victimes de hollow ou des personnes faibles.
_Qu'est-ce qu'elle a dit d'autre ?
_Qu'ils se réunissaient tous les soirs au Kisei pour fêter l'avènement d'un certain Soejima Wataru. Qu'ils avaient réussis à capturer les dieux de la mort et que leur disparition allait rendre le monde meilleur… une connerie du genre. Elle a également ajouté qu'intégrer les lieux lui avait fait très mal mais qu'à présent, elle ne voyait plus ces monstres…
La petite brune eût un frisson d'effroi. « Leur disparition ». Cela voulait-il dire que leur temps de vie était comptait ?
_A-t-elle aperçut les captifs dont tu as parlé ? Demanda expressément Yusu.
_Elle ne m'en a pas parlé. Elle s'est simplement évanouie.
_Kurosaki, ma chatte, ajouta Wakebe Akira. Au vu de ta tête, il y a des choses que tu nous caches, je m'trompe ?
Karin passa une main dans sa nuque. Yoshida venait de traiter la jeune fille qu'il avait interrogée de « folle » alors il valait mieux pour elle de rester discrète sur le sujet.
_Crois-moi l'abrutis, reprit-elle sérieusement, il vaut mieux pour toi que tu n'en saches pas plus. Et arrête de m'appeler comme ça !
Les hommes eurent un mouvement commun. Ça ne sentait pas bon pour elle. Agir en aveugle, sachant très bien que la personne qui les avait sommés de venir cachait certains détails pouvaient très bien les rebuter.
_C'est comme ça, conclut-elle. Si ce que je vous ai dit ne vous suffit pas, alors foutez le camp. J'me débrouillerai sans vous ok ?
_Ah non ! Cria Yusu. Karin, surveille ton langage. Quant à vous – elle pointa les chefs de clan du bout de son doigt – vous allez vous bouger un peu pour sauver notre famille avec ou sans explications. Vous mettez déjà un sacré désordre dans notre ville alors pour une fois, agissez avec altruisme pour le bien de la communauté et non pour vous-même, égoïstement !
Le spectacle qu'offrait la cuisine des Kurosaki était risible. Sept personnes se faisaient toutes petites en face d'une minuscule jeune fille qui venait d'hausser le ton comme une vraie mère de famille.
_Il semblerait, reprit Takeda Zabuza, chef d'un clan d'une ville voisine, que nous n'ayons pas le choix. De toute façon, c'est très calme vers chez moi et on s'ennuie ferme alors un peu d'exercice ne nous fera pas de mal. Qu'en penses-tu Akamatsu ?
_ Nos hommes n'ont rien à faire donc un c'est assez tentant… mais bon, ce n'est pas notre territoire alors à voir avec les autres si nous pouvons empiéter quelque temps sur le leur…
Karin fut surprise de constater que ces deux mecs qu'elle ne connaissait pas plus que ça, étaient prêts à la suivre dans cette histoire de dingue simplement parce que sa sœur avait l'autorité d'une femme impérieuse. Elle avait bien fait de la convier à la réunion.
_Et vous ? Demanda-t-elle aux autres participants.
_S'il y a de la baston à la clé, je suis partant ! Enchaina Nasu Aki.
Tous acquiescèrent d'un signe de tête.
La réunion pouvait enfin commencer sérieusement.
_Il faut que je pénètre à l'intérieur, reprit Karin. Il faut que j'analyse la situation et que j'entre en contact avec le gérant.
_Déjà fait, dit Yoshida Bankichi. Okuda, racontes.
Les visages se tournèrent vers le jeune homme à tête de sapin. Il y avait tellement de chaines en argent qui parsemaient sa face que la jeune fille pensa instinctivement à des guirlandes de noël.
_J'ai eu un entretien avec le gars que tu veux rencontrer. C'est lui, le fameux Soejima Wataru dont a parlé la bonne femme. Il gère tout !
_Comment as-tu fais pour avoir un entretien si rapidement avec ce Soeji-machin-truc ?
_Je l'ai appelé pour lui dire que les mecs de mon groupe avait des réserves quant à jouer dans un endroit qu'ils n'avaient encore jamais visité. Alors il m'a aimablement dit de passer sur les coups de minuit.
Okuda Kane faisait une drôle de tête. Il n'avait pas l'air d'avoir apprécié ce qu'il avait vu la veille.
_Alors ? Insista Karin qui perdait patience. Qu'est-ce que tu as vu ?
_Ce n'est pas un bar ordinaire. Lorsque j'ai passé les portes d'entrée, j'ai atterris dans un hall plus grand que celui des ruines de l'hôpital Masukara. De l'extérieur, on dirait qu'il y a des appart' au-dessus du Kisei, mais c'est un leurre. En réalité, il s'agit d'une gigantesque salle où les gens dansent autours de tables basses en verre et de fauteuils en velours rouge. Les membres sont tous collés les uns aux autres, complètement shootés ou bourré. Y a tellement de mondes qu'il est difficile de faire un pas devant l'autre.
_On se croirait dans un film de vampire, ricana Nasu Aki.
_Mauvais goût, renchérit Akamatsu Hyuga.
_Vos gueules, coupa la petite brune. Continue Okuda.
_La salle est surplombée par trois trucs. Deux estrades avec sur l'une, le groupe qui joue - d'ailleurs on s'entend quasiment pas, faudra trouver un moyen de communiquer ensemble – et sur l'autre un méga siège style maître du monde sur lequel le gérant surveille tout le monde. Il est acclamé comme un Dieu là-dedans. Ça fait flipper.
_Et c'est quoi le troisième truc ? Demanda Wakebe Akira.
_Des socles. Pleins de socles en verre qui décorent et entourent les murs de la salle. De grands tuyaux en verre comme des cages. Et le plus étrange dans tout ça, c'est qu'il y a des chaînes à l'intérieur qui bougent.
Karin et Yusu retinrent leur souffle, complètement paralysée.
_C'est-à-dire ? S'empressa d'ajouter Takeda Zabuza qui ne comprenait rien.
_Elles bougent toutes seules. Ils n'y a personne d'enfermé là-dedans.
Tous se retournèrent vers la petite brune mais elle ne bougea pas d'un iota. Maintenant qu'elle savait ça, sa résolution était encore plus forte.
_Ma chatte, je suppose que tu ne nous diras rien sur le sujet ?
Elle fit non de la tête. Cependant, aucun d'entre eux ne chercha à en savoir plus. Après tout, ils venaient de s'engager à agir coûte que coûte et dans le noir.
_Ah oui, enchaîna mollement Okuda Kane. J'vous préviens, on y voit pas à deux mètres. Les stroboscopes se déchaînent. Il y a des flashs de lumière dans tous les sens.
_C'est plutôt une bonne chose pour nous, dit Karin.
_Tu as pu rentrer avec une arme ? Demanda Nasu Aki.
_Non. Y a deux colosses qui m'ont fouillé à l'entrée.
_Ça va être gênant si on ne peut rien prendre avec nous, réfléchit la jeune fille. J'ai besoin d'une arme et vous aussi. Avec tout ce que tu m'as raconté, je crois que nous devons y pénétrer en petit comité. Nos hommes attendront à l'extérieur et lorsque je donnerai le signal, nous attaquerons en priorité les gardes qui sont attachés à la sécurité de la porte. Ils sont nombreux ?
_Non, répondit Okuda Kane. Il y en a trois à l'entrée, quatre avec le gérant sur son trône à la con, sept ou huit qui attendent aux pieds des cages en verre et une vingtaine dans la salle, au milieu des fanatiques. Rien d'inquiétant. D'autant plus que ces mecs finissent par aller se promener dans la salle pour s'envoyer en l'air avec des gonzesses.
_Ils sous-estiment notre potentiel, grogna Yoshida Bankichi.
_Je crois surtout qu'ils pensent qu'on s'en fou de ce bar, rajouta Nasu Aki. Si la garce n'était pas venue nous chercher, tu ne l'aurais même pas su et moi non plus…
_Ce qui pose problème, continua Akamatsu Hyuga, ce sont les « fanatiques » comme tu dis. Ça ne me dérange pas plus que ça de leur en foutre une mais si les flics débarquent et qu'on a frappé sur autre chose que les gardes, on va en chier pendant un bon moment.
_Donc, reprit Karin, il faut que le signal déclenche la peur au milieu des fanatiques. Avec l'effet de surprise, on descendra rapidement les gars qui s'occupent de l'entrée. Deux d'entre nous suffiront je pense. On ouvre les portes et là, les hommes qui se postaient dehors pourront entrer et éclater ce qu'ils peuvent. Et du même coup, les abrutis qui dansaient pourront se casser de là.
_La panique va faire des blessés, gémit Yusu.
_Je sais. Mais on n'a pas le choix. Quel type d'armes ils avaient ?
_Des flingues, dit Okuda Kane. Mais elles sont à leur ceinture alors le temps qu'ils dégainent, on aura déjà fait pas mal de dégâts.
_Ouais, mais sans armes, ça va être galère…
_Laisses tomber poupée, lança Nasu Aki. Faire entrer des choses illégalement, c'est mon domaine.
Et tandis qu'il ricanait fièrement, la petite brune se rappela que le chef des quartiers Est avait la réputation de berner facilement les plus hauts systèmes de sécurité de la ville. Il avait même réussis à faire pénétrer des objets contendants lors de la manifestation d'un homme politique puissant où la surveillance était bien plus élevée.
_Ok. Alors je te laisse gérer ce merdier-là.
_Et une fois qu'on aura pété la gueule à tout le monde, on fait quoi ? Demanda Wakebe Akira.
_Moi, je m'occupe de cet enfoiré de Soejima Wataru, grogna Karin. Je te ferai passer l'arme dont j'aurai besoin.
_N'importe quelle arme fera l'affaire non ? Demanda Nasu Aki, surpris.
Les jumelles se regardèrent. Elles ne savaient pas si l'homme qui était à l'origine de cet enlèvement était ou non un humain normal. Il fallait donc qu'elles prennent leur précaution.
_Je veux mon arme, insista Karin. Et pas une autre.
_J'adore les petites capricieuses, gazouilla Wakebe Akira.
_La ferme, grinça-t-elle en riant à moitié.
_Alors ? Et après ? Renchérit Takeda Zabuza qui semblait pressé de rentrer dans son clan pour préparer la bagarre.
_As-tu vu une pierre étrange ou quelque chose qui sort de l'ordinaire sur, ou à côté du gérant ? Un truc qui attire l'œil ?
Okuda Kane sembla se concentrer. Il y eût un moment de silence pendant lequel tout le monde attendait, puis il sursauta.
_Une grosse pierre jaune comme de la citrine ou de l'ambre ! Elle fait au moins un mètre de diamètre.
_Tu en es sûr ?
_Oh oui ! J'ai trouvé ça moche. Et surtout, le gérant n'arrêtait pas de la regarder avec une espèce de tendresse bizarre pendant qu'il me parlait. C'était trop glauque.
_Où est-elle exactement ? Demanda Karin avec excitation. C'est très important !
_Alors ma chatte, tu aimes les bijoux à ce point ?
_Ta gueule ! C'est pas drôle Wakebe, fils de pute ! Il faut que je sache exactement où elle se trouve.
_Tu peux pas le louper, reprit Okuda Kane. Elle est juste derrière le trône de Soejima, sur le mur. Quand il s'y assoit, ça lui fait comme une auréole sur la tête. Dégueulasse.
Karin sentit ses mains trembler d'excitation. Le plan n'était pas encore au point mais les choses avançaient plus vite qu'elle ne l'aurait cru.
Avec de la chance, son père, son frère et Tôshirô seraient libérés demain soir.
_Par contre, dit Yoshida Bankichi, avec le boucan qu'on va faire les flics vont se pointer très vite et là ma jolie, tu seras toute seule parce que nous on se cassera vite, c'est compris ?
La petite brune acquiesça avec un sourire qui en disait long. Elle non plus ne trainerait pas longtemps. Une fois la Pièce Maîtresse détruite, les shinigamis s'occuperont bien du reste.
_Je récapitule : D'abord le signal. On profite de l'effet de panique pour éclater un maximum de garde et faire pénétrer nos hommes à l'intérieur. Vous éclatez tous les mecs qui se mettent en travers de notre chemin et vous partez.
_Et Soejima ? Et ta famille ?
_Je me charge du reste, chuchota Karin avec un air mauvais qui ne présageait rien de bon. Ce salopard va déguster…
_Et moi je me chargerai de libérer tout le monde ! Cria Yusu pour s'imposer.
L'assemblée d'hommes rit aux éclats. Non pas qu'ils croyaient la jeune fille incapable d'accomplir quoi que ce soit – ils savaient combien les femmes pouvaient être redoutables – mais l'entendre clamer haut et fort qu'elle voulait sa place au sein de la baston était juste magique pour eux.
_Bien, reprit Wakebe Akira en calmant son hilarité, comment on entre maintenant ?
_C'est tout réfléchis mon gars, lança avec fierté Yoshida. On va simplement accompagner Okuda et son groupe. Moi en tant que pote et manager du groupe et Karin et Yusu –puisqu'elle veut participer à la boucherie – en tant que petites amies. Avec les guitaristes, le bassiste et le batteur, on sera sept à l'intérieur. Les autres, vous attendrez avec vos hommes à l'extérieur, le signal pour entrer.
_Tu ne peux pas t'occuper de tous les gardes tout seul, reprit Karin. Et moi je serai occupée avec le gérant. Il faut une personne ou deux de plus le temps que les portes s'ouvrent. Et puis, il faut que Nasu entre avec les armes sinon on pourra rien faire.
_Combien d'hommes il te faut Nasu pour faire pénétrer assez de munitions pour nous sept personnes en plus des tiennes ? Demanda Yoshida Bankichi.
_Au moins deux…
Le silence s'installa sur la réunion. Tous semblaient plongés dans une profonde réflexion. C'était un détail mais qui pouvait faire écrouler le plan en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire.
_Et avec des filles ? Suggéra timidement Yusu.
Toutes les têtes se tournèrent vers elle. Le rouge lui monta aux joues et elle se mit à bégayer.
_Je… je veux dire que… que lorsque tes hommes ont voulu y boire un verre et… et qu'ils se sont fait jeter, il n'y avait que des hommes… non ?
_Et ? Demanda Yoshida Bankichi.
_Et bien, même si ce club est privé, et même si le gérant recrute ses fanatiques par rapport à leur passé, je suis sûr et certaine que les gardes laisseront entrer sans soucis des jolies filles…
Tous restèrent bouche-bée. Et alors que Yusu ne savait plus où se mettre, Karin éclata de rire et se leva pour poser une main sur l'épaule de sa sœur.
_Ce n'est pas con du tout, dit-elle en la gratifiant d'un sourire radieux. Si ce crétin de Nasu est entouré de plusieurs gonzesses, il passera inaperçu et je suis certaine qu'ils vous laisseront pénétrer à l'intérieur ! Qu'en pensez-vous ?
_J'ai deux tigresses dans mon clan, enchaîna avec excitation Akamatsu Hyuga. Et elles seront plus que ravis de pouvoir participer à la bataille !
_Ma copine va adorer ça, renchérit Takeda Zabuza.
_La mienne aussi, ajouta Okuda Kane.
_Par contre, dit Yoshida Bankichi, il faut tester ce soir. On ne peut pas prendre le risque de faire ça après-demain. Si ça échoue, adieu le plan.
Karin acquiesça d'un signe de tête.
_Bien, dit-elle pleine d'espoir. Vous savez quoi faire maintenant. On se retrouve demain pour peaufiner le plan et après, que le meilleur gagne…
Elle leva son verre et ils trinquèrent ensemble à leur première – et dernière – collaboration.
[… … …]
Itadakimasu : merci pour ce repas (un peu comme on dirait "Bon appétit !")
