CHAPITRE III : L'Organisation

Rukia serra la main de Karin. Elle n'était pas très confiante quant à l'idée de confier la survie de ses supérieurs à des humains avec un plan si peu construit, mais elle n'avait pas le choix. A cause de la Pierre, aucun d'entre eux ne pouvaient entrer dans le bar.

Alors elle lui promit de lui envoyer les meilleurs shinigamis dans la ville, prêts à agir dès que la Pièce Maîtresse serait détruite. Puis elle disparut, l'âme en peine, dans le Seikamon.

Enfin, ce fut au tour de Jinta de jouer un rôle dans cette histoire.

_J'ai besoin d'une arme, lui confia Karin. Une arme avec laquelle je pourrai descendre ce sale type. On pense tous que c'est un humain mais, au cas où, je préfère qu'elle soit capable de blesser – à défaut de tuer – ce gars si jamais il est plus que ça.

Jinta n'avait pas réfléchis une minute. Il savait ce dont son amie avait besoin.

_J'ai ce qu'il te faut, dit-il. Mais je te préviens. Ça va faire très mal… Tu sais te servir d'une arme à feu ?

Elle fit signe que oui. Elle n'avait encore jamais tiré sur personne mais elle en portait toujours une sur elle au cas où un des chefs de clan rivaux se serait mis en tête de passer au niveau supérieur. Les batailles sanglantes étaient de plus en plus courantes à Karakura.

_Ça va faire mal, je te préviens.

_C'est bon… j'ai compris…

Karin lui tendit l'arme avec appréhension. Mais alors qu'elle s'apprêtait à la lâcher, le jeune homme agrippa son poignet en murmurant d'étranges paroles et une douleur violente traversa tout son corps. Elle sentait son énergie se vider, comme un flot de lave vers la main qui tenait son revolver.

Une plainte déchirante lui échappa.

_Encore une seconde ! Cria Jinta en serrant très fort son poignet. Ne bouge pas ! Encore… une… seconde… et… voilà !

Lorsqu'il lâcha son emprise, les jambes de la jeune fille cédèrent sous son poids. Elle sentait sa respiration difficile et saccadée, et toute force semblait avoir quitté son corps.

_Qu'est-ce que tu as fait ? Demanda-t-elle dans un souffle.

_J'ai fait d'une pierre, deux coups. J'ai concentré une grande partie de ton reïatsu dans ton arme. Elle ne tuera pas un mec de la puissance d'un shinigami, mais elle fera très, très mal. Ça pourra le ralentir le temps que les Capitaines sortent de leur cage. Et puis comme ça, tu pourras pénétrer dans le Kisei sans trop souffrir en présence de la Pièce Maîtresse.

_Mais je suis complètement molle Jin, espèce de crétin ! Comment je vais faire demain soir pour me battre ?

_Ah pour ça ? Dit-il en riant. T'inquiète pas va. Dors un peu, c'est tout. Tu te sentiras beaucoup mieux demain. Faut juste que ton corps s'habitue au changement.

_Jinta… est-ce que je vais pouvoir me battre ? Cria-t-elle.

_Sans soucis. Je t'ai déjà vu éclater la tête de beaucoup de gens Karin. Et tu n'utilises jamais ton potentiel énergétique pour la simple et bonne raison que personne ne t'a appris à le faire. Alors oui, tu vas pouvoir te battre comme avant. Les Capitaines ne comptent que sur leur reïatsu alors ils n'auraient pas fait long feu, mais toi…

La jeune fille sourit malgré elle.

Elle tendit les bras vers son ami qui la prit fermement contre lui pour la soulever et la monter dans sa chambre où il la coucha sur son lit.

_Où t'as appris à faire ça ? Demanda-t-elle.

_C'est Tessai… je l'observe beaucoup quand il aide Urahara… et même si j'ai parfois l'air bête, j'apprends vite, tu sais ?

Lorsque Jinta ferma la porte de sa chambre, elle l'entendit murmurer à son attention :

_Prends soin de Yusu, s'il te plait. Elle est vulnérable. Elle est fragile. Elle n'est pas toi…

[… … …]

Le lendemain matin, Karin était en pleine forme. Elle avait retrouvé toute sa force – quoi qu'elle fût essoufflée plus vite pour certaines choses – et Nasu Aki l'avait appelé pour confirmer que l'idée de Yusu d'entrer, entouré de femmes marchait comme sur des roulettes. Il avait non seulement pu s'incruster à la soirée, mais avait réussi à passer clandestinement plusieurs poignards.

_C'est vrai ? Cria sa jumelle en bondissant du canapé.

_Oui, ça a marché. Tu es géniale, tu le sais ça ?

Sa sœur rougit et rit nerveusement.

_Alors ce soir, c'est le grand soir…

_Oui, dit Karin en soupirant. Mais Yusu, je t'en prie, fais ce que je te dis et seulement ce que je te dis ok ? Pas de zèle ! Juste le plan d'accord ?

Toutes les deux se regardèrent un long moment en souriant.

_A quelle heure est la dernière réunion ? Demanda Yusu.

_Dix-neuf heure. On entrera dans le Kisei à vingt heure trente précise accompagnés d'un certain Itô Daisuke. C'est le guitariste et chanteur du groupe.

_Et les autres ?

_Ils seront déjà sur place pour installer le matériel. Le concert débutera dix minutes après notre arrivée.

_Karin…

_Oui ?

_J'ai peur…

_Moi aussi, lui confia la petite brune.

_Karin…

_Quoi ? S'impatienta-t-elle.

_Comment on doit s'habiller ?

Elle éclata de rire devant le sérieux de sa jumelle. C'est vrai, il fallait y penser. Elles ne pouvaient pas faire irruption dans cet étrange bar en petite robe à fleurs et en jogging. C'était comme hurler au micro en disant « Regardez-moi ! Je ne suis pas des vôtres ! ».

_Tu as raison, dit-elle. Allons nous changer.

Les deux jeunes filles se levèrent tranquillement. Cependant, Karin s'arrêta et posa un regard grave sur sa sœur.

_Mais avant, reprit-elle, j'ai besoin de te demander un service. Ce sera ta mission de ce soir…

[… … …]

La métamorphose était si impressionnante que les chefs de clan en restèrent sans voix. Ils avaient l'habitude de croiser les petites Kurosaki devant l'école ou encore dans les centres commerciaux, sur les terrains de foot ou dans les manifestations de leur ville.

Yusu, bien que plus grande que sa jumelle, était de petite taille. Elle était mince et les signes de sa féminité restaient très discrets. Peu de poitrine, peu de hanche, mais elle possédait une gentillesse sans pareil qui se lisait sur les traits de son visage de jeune demoiselle. Sa beauté n'avait d'égale que sa bonté. De plus, elle était réputée pour être une excellente élève, une merveilleuse cuisinière et une fille exemplaire.

Quant à Karin, elle renvoyait le reflet totalement opposé à celui de sa sœur. Si une personne qui ne les connaissait pas les avait mis l'une à côté de l'autre, il n'aurait jamais pu deviner qu'elles étaient du même sang. Yusu était le sacre et Karin les ténèbres.

Cette-dernière, les cheveux courts, l'air farouche et rebelle, domptait la vie d'une différente manière. Elle aimait traîner tard le soir avec ses amis, faire la fête jusqu'à pas d'heures avec eux, fumer, boire, sécher les cours et bien d'autres bêtises du même genre. Cependant, tous ces débordements n'enlevaient rien à son charme. D'ailleurs, les hommes de la ville qui l'avaient fréquenté de près ou de loin la surnommaient la « Tigresse Noire ».

Durant longtemps, elle avait accumulé les bévues et les relations sans lendemain, trainant derrière elle une réputation de femme inapprivoisable, difficile à cerner et surtout, un lot de choix pour les voyous qui cherchaient toujours plus de défis. D'autant plus qu'elle avait un physique à faire pâlir n'importe quel canon de la beauté. Malheureusement, la jeune fille vivait mal avec ses rondeurs et les cachait très souvent sous des T-shirts larges et des joggings amples. C'était également une manière pour elle de se fondre - vainement - au milieu de ses amis, tous du sexe opposé.

Alors, quand les deux sœurs apparurent à la réunion vêtues légèrement, d'un jeans moulant leurs fesses, troué aux genoux pour Yusu, coupé en short pour Karin, des bottes noires montant aux mollets, des débardeurs sombres, aérés entre les seins, un blouson de cuir noir sur leurs épaules de femme-enfant, des chaînes d'argent parsemant leurs vêtements de part et d'autres, et sur le visage de la petite brune reliant son anneau au nez et son piercing de l'arcade à l'oreille, les yeux maquillaient très sombrement et leurs lèvres rouges comme des roses aux printemps, ils crurent que des dryades s'étaient échappées de l'enfer.

Ils étaient satisfaits. Cette mission valait maintenant la peine d'être accomplis…

_Et bien, et bien, et bien, dit le chef du clan des quartiers Sud. Quelle bonne surprise ! Je crois messieurs que cette soirée va être très intéressante.

_La ferme Wakebe, lança Karin en s'asseyant sur un banc, à côté du groupe. Alors ? Tout est prêt ?

_C'est bon, répondit Akamatsu Hyuga. Yoshida est déjà avec les gars du groupe pour installer le matériel.

La jeune fille sourit. Pour le moment tout se déroulait comme elle le voulait. Et tandis qu'elle se remémorait rapidement les étapes du plan, elle entendit des voix aigues minauder dans son dos. Elle se retourna et aperçut quatre belles femmes vêtus de rouge et de noir qui la regardaient en chuchotant.

_C'est qui ces gonzesses ? Demanda-t-elle.

_C'est mon escorte, s'esclaffa Nasu Aki avec un sourire qui en disait long.

_Fais gaffe à ce que tu dis mec, grogna Takeda Zabuza. N'oublie pas que ma copine en fait partis !

_Et celle de Kane aussi, renchérit un gars que Karin ne connaissait pas.

Ce-dernier était plutôt grand avec de longs cheveux bruns qui lui tombaient dans le creux du dos. En plus d'être très beau, il possédait un charisme extraordinaire, si bien qu'elle eût du mal à ne pas le fixer béatement.

_Qui es-tu ? Lui demanda-t-elle.

_Itô Daisuke. Je suis le chanteur du groupe.

_C'est avec toi que ma sœur et moi entrerons dans le Kisei ?

_Ouep ! Je suis à bloc ! Je sens qu'on va bien s'éclater !

Les hommes se mirent à rire de plus belle, emportés par une vague de folie. Karin sentait qu'elle aussi était gagnée par l'excitation. Dans moins d'une heure, les festivités allaient commencer et ce jour serait marqué sur le calendrier comme ayant connu la plus grande unification des clans les plus redoutables de Karakura, sous la bannière de la « Tigresse Noire ».

La ville, ce soir sera souillée par le sang des vaincus et la jeune fille sentit tout-à-coup des frissons de plaisirs et une ivresse plus forte encore que si elle avait bu des litres d'alcool. Son cœur battait déjà comme un fou dans sa poitrine, comme un tam-tam de guerre. Oui. Ce soir, c'était la guerre.

Quelqu'un avait osé toucher à sa famille et jamais, jamais il n'allait s'en remettre.

Karin se l'était jurée.

_Messieurs, dit-elle dans un sourire, que la fête commence…