CHAPITRE V : Le Combat

Un bruit sourd recouvrit tout-à-coup le vacarme ambiant, puis ce fut le silence. Le calme avant la tempête. Un silence pendant lequel les hommes et les femmes prenaient conscience de la situation.

Karin put même entendre durant cette fraction de seconde d'autres coups de feu et les portes dans son dos s'ouvrirent avec fracas.

Alors, la panique gagna l'assemblée. Des gens couraient en tous sens, d'autres s'écrasaient sur le sol en hurlant, leurs mains sur leur tête par instinct de protection. C'était l'enfer. Les hommes qui pénétraient les lieux comme des barbares se mélangeaient aux détonations, et la peur et la folie gagnaient l'ensemble du Kisei comme une maladie contagieuse.

Cependant, Karin n'y prêta vite plus la moindre attention. L'individu sur lequel elle venait de pointer son arme avait été plus rapide qu'elle. Il s'était déjà mélangé à l'émeute.

Quant à elle, trop concentrée à le chercher des yeux au milieu des fanatiques hystériques, elle ne vit pas venir un garde à côté d'elle.

_Kurosaki ! Hurla Yoshida, au prise avec un autre vigile.

Aussi agile qu'un tigre, aussi véloce que l'abeille, aidée par l'adrénaline qui coulait en flot brûlant dans ses veines, elle se baissa juste à temps pour éviter le coup de couteau qui lui était destiné.

Elle attrapa, dans son élan, le poignet de son agresseur et retourna la lame contre lui. Elle vint se planter dans son flanc gauche, entre la rate et l'intestin. La petite brune avait toujours écouté son père quand il lui parlait du corps humain entre chaque consultation alors, elle savait quel genre de coup porté à quelqu'un pouvait neutraliser une personne sans la tuer. Le métal pénétra la chair comme si c'était du beurre.

Mais elle n'attendit pas que l'homme tombe à terre pour continuer sa poursuite. Soejima Wataru était là, dans l'encadrement de la petite porte du fond par laquelle ils étaient entrés moins d'une heure de cela.

_L'enfoiré ! Cria Karin en se lançant sur ses pas. Le lâche !

_Où vas-tu ? Demanda Yusu quand elle passa tout près d'elle.

_Je ne le laisserai pas s'échapper ! Hurla-t-elle en sortant par la même porte, l'arme devant son visage.

Sa jumelle, des mèches de cheveux châtains collées sur son front par la sueur, sentit que tout son corps tremblait. Elle avait demandé à faire partit de la bataille mais elle n'avait alors pas imaginé l'horreur de la situation.

« Respire, Yusu ! » pensa-t-elle. « Karin t'a confiée une mission… elle te fait confiance… »

Tout-à-coup, trouvant un courage dont elle ne se savait pas dotée, elle grimpa tant bien que mal sur l'estrade où siégeait le trône du gérant, et s'arrêta à mi-chemin, allongée sur la moquette en observant ce qui se passait devant elle.

Ainsi surélevée, elle put constater l'étendue des dégâts. Des sauvages, çà et là, se battaient à coup de poing, à coup de couteau, à coup de griffes… la consigne de Karin était « on blesse, on assomme, mais on ne tue pas ». Mais des détonations résonnaient au milieu des quelques fanatiques qui n'avaient pas réussi à s'enfuir. Du sang, partout, des hurlements, des cris de colère, d'excitation, de peur.

C'était pour elle le pire tableau qui se soit imposé à ses yeux. Il fallait à tout prix qu'elle libère son père et son frère pour qu'ils prennent le relais. Pour qu'ils empêchent sa sœur de commettre l'irréparable…

Alors, elle rampa sur le sol vers le dos du haut trône en bois, chaque parcelle de son corps frêle pesant une tonne. Cachée de la sorte à la vue des émeutiers, Yusu se retrouva face à face avec une énorme pierre jaune d'un mètre de diamètre.

_Le Shugyoku… murmura-t-elle, presqu'hypnotisée par la beauté de la Pièce Maîtresse.

Les lumières changeantes de la salle la rendaient encore plus brillante qu'elle ne l'avait jamais été depuis sa création. Yusu se demanda si un bijou magique pouvait sentir sa fin approcher…

Et tandis que tous les yeux des shinigamis étaient posés sur elle, la jeune fille sortit de sous sa veste en cuir une petite hachette qu'elle souleva au-dessus de sa tête telle une chasseuse, abattant de sang-froid un animal à l'agonie…

[… … …]

De l'autre côté de la porte, un autre coup de feu retentit.

Et un cri.

Un cri d'homme.

_Putain ! Cria-t-il. C'est quoi cette arme !

_Un concentré de ma haine pour toi…

_Ça me lance des décharges cette saloperie !

_Enfoiré de fils de pute, gronda Karin. T'es un lâche ! Tu abandonnes tous ces gens qui te faisaient confiance ! Tu es si faible que tu ne prends même pas la peine de protéger le Shugyoku ! Dans quelques minutes, tout ce pour quoi tu t'es donné du mal, va disparaître !

_Ne me tue pas ! Implora Soejima Wataru, accroupis contre le mur, sa jambe pissant le sang de part en part.

_Tu te fous de moi ? Hurla-t-elle.

_Si tu me tues, tu iras en enfer ! Je suis humain, ne l'oublie pas ! Et tu n'es pas un dieu de la mort ! Alors, si tu me tues, tu te condamnes toute seule !

Karin, les muscles contractés, s'avança jusqu'à poser son arme à feu sur son front. Elle était si proche de lui, qu'elle pouvait voir les gouttes de sueur perler autour du canon.

_Je m'en fou, connard, chuchota-t-elle en chargeant une balle dans la chambre du revolver. Qui me dit que si je te laisse partir, tu ne recommenceras pas ?

Soejima éclata de rire.

_Petite idiote… tu n'as jamais tué personne… tu cherches juste à gagner du temps pour qu'un de ces salopard prenne la responsabilité de ma mort parce que tu n'as pas le cran de tirer !

La petite brune fut surprise par ce qu'elle venait d'entendre. Elle voulait tirer, mais son doigt refusait d'obéir. Pourquoi n'y arrivait-elle pas ?

_Ta gueule ! Cria-t-elle, ne sachant plus quoi faire.

_Ce n'est pas facile de tuer, n'est-ce pas ? Ricana le gérant.

Et alors que Karin allait le frapper avec la crosse de son arme, une alarme retentit. Le chant d'une sirène venant de l'extérieur.

_Merde, dit-t-elle. Les flics…

Mais cette dispersion coûta cher à la jeune fille. Elle sentit tout-à-coup une brûlure au niveau de son nombril.

Elle recula de plusieurs pas et tomba sur le sol sous l'effet de la surprise. Elle ne l'avait pas vu dégainer une minuscule lame blanche. La garde verte de son arme brillait de mille feux sous les lumières recouvrant les miroirs et les yeux de son agresseur étincelaient d'une joie perverse.

Pleine de fureur, Karin se releva, prête à fondre sur lui, mais quelque chose souleva le corps de Soejima. Un cri de douleur lui sortit de la bouche tandis qu'un trou se formait dans sa poitrine, comme si une épée le transperçait.

« Ils sont libres » pensa-t-elle. « Yusu a réussi ! »

_Kurosaki ! Hurla une voix derrière elle.

Elle se retourna pour voir apparaître Kazuya dans l'encadrement de la porte.

_Bordel de merde ! Tu es vivante ! Dieu, merci !

_Qu'est-ce qu'il se passe Kazuya ?

_Les flics arrivent en masse ! Faut déguerpir !

_Et Yusu ?

_Elle est partit avec Ryohei et Kei depuis quelques minutes déjà !

_Et les gardes ?

_Kurosaki ! On verra ça plus tard ! Faut se casser ! Suis-moi !

Kazuya poussa le corps de Soejima de devant la porte. Sur ses traits, Karin sentit qu'il se posait la question de savoir si oui ou non, c'était elle qui l'avait tué.

Cependant, il ne lui demanda rien. Il se contenta de lui prendre la main afin de l'entraîner le plus vite possible hors du Kisei.

Et lorsque la petite brune emprunta le passage qui menait vers l'extérieur, elle crut sentir une présence la toucher, et une voix lui chuchoter « merci »…

[… … …]

Dans le grand hall du bar, des policiers et des ambulanciers tentaient d'aider les blessés et de récupérer un maximum d'informations.

Ils ne se doutaient pas qu'au-dessus de leur tête, une vingtaine de shinigamis secouraient leurs supérieurs en cassant leurs chaînes à coup de zanpakuto.

L'un après l'autre, ils se relevaient tant bien que mal, s'appuyant sur les épaules de leurs subordonnés.

_Yamamoto Sotaïcho ! Kurotsuchi Taïcho ! Cria Rukia en sortant de la petite porte du fond.

Elle traversa le hall à grands enjambées sans se soucier des êtres humains qui ne la voyaient absolument pas. Arrivée devant le Commandant-Capitaine, elle s'accroupie et fit son rapport.

_Le criminel Soejima est mort, dit-elle.

_Vous l'avez tué ? Demanda Ukitake Jûshirô.

Elle acquiesça d'un signe de tête.

_Il est là-bas, dans la salle du fond. D'ailleurs, j'ai récupéré cette arme qu'il avait sur lui.

Elle tendit au Capitaine Kurotsuchi le petit couteau vert avec lequel il avait blessé Karin.

_Il n'avait rien d'autre ? Demanda ce-dernier.

_Non. Juste ça.

_Et ma sœur ? Gémit Ichigo. Tu as vu ma sœur ?

_Elle s'est enfuis avec un gars juste après que je l'ai mis hors d'état de nuire. Un dénommé Kazuya, je crois.

Isshin et Ichigo se regardèrent. On lisait dans leur regard qu'ils étaient rassurés.

_Et bien ! Cria Zaraki Kenpachi. Cette gamine a du cran ! Elle me plait.

_Nous devons à ces gosses une fière chandelle, ajouta Kyoraku Shunsui en se massant la nuque.

Tous gardèrent le silence. A la fois parce qu'ils approuvaient, mais aussi parce que leur dignité en avait pris un sacré coup.

_Vous avez vu Taïcho ? Minauda Matsumoto Rangiku. Vous avez vu comme Kurosaki-chan a changé ?

_Matsumoto, grogna Tôshirô.

_Elle est vraiment devenue très belle ! Insista-t-elle.

_Matsumoto ! Gronda Ichigo.

_Suis désolée, ronchonna la belle rousse en s'éloignant difficilement vers ses collègues et amis.

En réalité, Tôshirô ne l'avait pas lâché des yeux durant tout le combat. C'était vrai, elle ne ressemblait plus à une enfant. Elle dégageait une toute autre aura. Elle ressemblait à une magnifique souveraine de la nuit et partout où elle posait ses iris noires, les objets et les gens semblaient se pencher sous son joug.

D'après le récit de Rukia sur les évènements écoulés durant leur captivité, Yusu et Karin avaient réussis à réunir dans une guerre qui n'était pas celle des humains, une ribambelle de barbares.

Maintenant qu'il était libre et que son ancienne amie l'avait sauvé, il n'arrêtait pas de penser à elle. Pourquoi était-elle partie si vite ? Il aurait voulu parler avec elle. Qu'ils s'expliquent. Se pardonnent pour les choses qu'ils avaient balancés, les mots dépassant leur pensée.

Mais c'était sûrement trop tard. On ne revenait pas sur deux années de querelle.

_Ah oui, reprit Rukia en devenant très sérieuse. Kurosaki-sama, votre fille a été blessée dans la bataille.

_Blessée ? Dit-il, la voix tremblante. Comment ça ?

_Pas gravement ! Ne vous inquiétez pas ! J'ai vu Soejima lui porter un coup avec cette arme.

Elle pointait du doigt le couteau à la garde verte.

_Ça l'a à peine effleuré. Je vous assure.

_Cette arme-là ? Insista le Capitaine Kurotsuchi.

_Oui Taïcho.

Ce-dernier se retourna en plaçant la lame vers une lumière pour la faire briller. Il n'était pas très sûr de ce qu'il tenait entre ses mains, mais si sa conviction s'avérait vrai, la situation promettait d'être très intéressante…

[… … …]

_Ouvre vite ! Cria la voix de Heita à l'intérieur de l'appartement. Ils arrivent !

Le porte d'entrée s'ouvrit à la volée, pour laisser entrer Kazuya et Karin dans le salon de ce-dernier.

_Ça va ? Demanda Ryohei en leur apportant des bières.

_Tu n'es pas censé être avec ma sœur ? Dit la petite brune en l'attrapant par le col de sa veste.

_C'est bon, Kurosaki, répondit-il, très calmement. Nous l'avons ramené chez elle et Kei reste avec Yusu tant que ton père n'est pas rentré. Vous en avez mis du temps pour rentrer !

_Les flics… balança-t-elle, épuisée.

Karin sentit un poids énorme tomber de ses épaules en une fraction de seconde. La soirée était passée si vite qu'elle semblait irréelle.

_Donne-moi ça, crétin ! Lança-t-elle à Ryohei en lui prenant une bière des mains.

Elle s'assit sur le canapé, entre Kazuya et Heita qui plongeaient déjà leur nez dans une pizza.

_A la réussite ! Cria-t-elle en levant sa canette.

_A toi, sale gosse ! Répondirent-ils en cœur.

Elle éclata de rire.

_Au fait, comment ça s'est passé pendant que je poursuivais cet enfoiré de Soejima ?

_On est entré comme prévu, expliqua Ryohei. Une fois à l'intérieur, ça s'est mis à se bastonner dans tous les sens. On a de la chance de pas s'être pris un coup de couteau ou une balle dans la tête !

_Puis, continua Heita, j'ai vu ta sœur éclater la grosse pierre jaune au fond de la salle et à ce moment-là, il s'est passé un truc trop bizarre. Les vitres qui surplombaient le hall ont explosé et les portes d'entrée ont volé en éclat, comme si des centaines de personnes avaient pénétré les lieux ! On a même pas eu besoin de s'occuper des mecs !

_Ouais, renchérit Kazuya. Ils se faisaient éclater par des fantômes… j'peux te dire qu'on s'est tous cassé très vite ! D'autant plus que les flics arrivaient ! Ça a duré quoi… à peine deux minutes !

_Un peu comme quand on se réveille en plein milieu de la rue, susurra Ryohei, et que tous les murs autours de nous ont explosé… ça ne te dis rien Kurosaki ?

Karin ricana. Quand elle se faisait attaqué par des hollows, les mecs prenaient chers. Ils ne voyaient rien alors forcément, ils étaient souvent blessés ou assommés. Mais comme ils avaient une confiance aveugle en elle, lorsqu'elle leur disait de courir, ils s'exécutaient sans demander leur reste. En réalité, ils croyaient vraiment que leur petite Kurosaki était extralucide, médium ou un truc du genre.

Soudain, le téléphone sonna.

_J'y vais, dit-elle en se levant.

Elle décrocha le combiné tout en s'allumant une cigarette.

_Oui ?

_Karin ? Karin, c'est toi ?

_Yusu ! Ça va ?

_Oui…

En réalité, la voix de sa sœur était pleine de larmes. Elle entendait des sanglots vainement étouffés.

_Yusu…

_Ou…oui ?

_Bravo… sans toi, on n'aurait pas réussi…

Les sanglots redoublèrent.

_Tu… tu es blessée ? Demanda sa jumelle en pleurant toujours.

Tout-à-coup, la petite brune se rappela que Soejima lui avait porté un coup au-dessus du nombril. Elle souleva son T-shirt et y trouva une minuscule entaille. Rien d'inquiétant.

« Bizarre » pensa-t-elle. « J'étais très près de lui… s'il avait voulu me planter, il aurait pu le faire facilement… abrutis… »

_Karin ! Cria Yusu dans le combiné, éclatant les tympans de sa jumelle. Tu es blessée ?

_Aïe ! Ne hurle pas comme ça !

_Papa veut te parler, il vient de rentrer…

_Ecoute, Yusu ! Ce n'est p…

_Karin ? La coupa une voix grave qu'elle reconnue comme appartenant à son paternel.

Un silence gêné s'installa. Elle ne savait pas quoi dire à celui qu'elle avait banni de sa vie avec tant de haine.

_Karin, je veux juste savoir si tu es blessée.

Les lèvres de la jeune fille se mirent à trembler et elle sentait qu'elle était sur le point de fondre en larme. Elle aurait voulu lui dire que oui, elle avait mal et qu'elle voulait qu'il vienne la chercher pour la ramener à la maison. Mais non. Elle se contenta d'une réponse de politesse.

_Tout va bien. C'est juste une entaille superficielle, rien de bien grave. En une semaine, ça devrait avoir disparu.

_Ok, répondit-il sur le même ton. Si ça ne guérit pas, passe à la clinique.

_Ok, acheva-t-elle. Merci.

Puis au moment de raccrocher, elle entendit Isshin murmurer un timide « Merci de nous avoir sauvé ».

La petite brune se posa contre le mur et fuma tranquillement sa cigarette en repensant à cette conversation. C'était la première fois depuis des mois qu'elle adressait la parole à son père et sa putain de fierté l'empêchait de lui dire ce qu'elle avait sur le cœur.

L'aimait-il encore ? Et Ichi-nii ? Et Tôshirô…

_Kurosaki ? Demanda Kazuya. Ça va ?

_Ouais, répondit-elle en souriant. Apporte-moi de l'alcool et un bandage. Et bouges-toi de sortir d'autres bières. Kei arrive dans moins de dix minutes…

Sur ce, elle se releva et acheva sa soirée jusqu'à tard dans la nuit où elle s'enivra assez pour tenter d'oublier les évènements qui venaient de se passer, et qui, elle ne le savait pas, allaient changer sa vie d'une façon que personne n'aurait pu imaginer…

Personne, sauf peut-être le Capitaine Kurotsuchi…

[… … …]

La première partie touche quasiment à sa fin ! J'espère que ce chapitre vous a plu ?