Bonjour à tous ! Ça fait un sacré bout de temps que je n'ai pas publié alors pour la peine, je vous en mets deux !
Et toujours un grand merci pour tous vos commentaires ;)

CHAPITRE VII : En Attendant La Fin

Tout le Seireitei avait été mis au courant. C'était plus prudent.

Il était rare de voir apparaître du jour au lendemain une âme errante se promener au milieu des shinigamis. Surtout une âme instable.

Ce faisant, la plupart des discussions tournaient autour de Karin. A quoi ressemblait-elle ? Etait-elle dangereuse ? Allaient-ils la voir, lui parler ou l'affronter ?

Les esprits s'échauffaient à l'idée de devoir partager leurs journées avec une personne qui risquait à tout moment de péter un câble. Cependant, à la dixième division circulaient certaines rumeurs comme quoi la nouvelle arrivante était proche de leur capitaine. D'autres rumeurs disaient même qu'ils étaient amants.

Mais peu y croyait vraiment car le petit génie n'avait absolument pas l'air enthousiaste à cette idée.

Par ailleurs, ce-dernier ne cessait de tourner en rond dans son bureau. Ses pensées ne lâchaient plus la jeune fille. Depuis leur dispute il avait tout tenté pour oublier cette amitié sincère qu'ils partageaient autrefois tous les deux.

Et voilà qu'elle allait débarquer ici, chez lui, dans son monde, son univers à cause d'une putain de blessure. Tout ça parce qu'ils n'avaient pas été assez prudent dans leur recherche du Shugyoku.

De plus, c'était à lui qu'on confiait la difficile mission de s'occuper d'elle. Il était officiellement devenu son guide et son garde parce qu'il l'avait fréquenté durant quelques années.

Yamamoto lui avait expressément demandé de veiller sur elle pendant les examens du Capitaine de la douzième division, de façon à ce qu'elle ne soit jamais seule avec ce grand malade. Même si le Commandant-Capitaine n'en laissait rien paraître ouvertement devant ses subordonnés, il n'avait aucune confiance en Kurotsuchi. De plus, c'était le seul moyen qu'il avait pu trouver pour forcer Ichigo à capituler.

Tôshirô avait également la dure tâche de surveiller la jeune fille au quotidien et ça, c'était de loin sa plus grande inquiétude. Il savait combien Karin était une tête-brûlée, têtue et emportée. Etre obligé de contrôler son ancienne amie n'était pas de tout repos et comme il ne pouvait pas compter sur Matsumoto pour l'aider dans ses autres obligations, il sentait déjà que le travail allait prendre un retard considérable.

_Taïchoooooooooo !

_Quand on parle du loup…

Une splendide rousse, plantureuse, se précipita dans le bureau, une montagne de papiers dans les bras.

_Oui, Matsumoto…

_Pourquoi vous m'avez envoyé tout ça ? Râla-t-elle en posant la pile sur une table.

_Parce que c'est ton boulot et que je ne vais pas avoir assez de temps pour m'occuper de mes affaires et des tiennes. Alors dépêches-toi de t'y mettre !

Faisant comme si elle n'avait rien entendu, la vice-capitaine s'assit sur le bureau de son supérieur et planta ses yeux dans les siens avec un petit sourire qui en disait long.

_Vous allez être occupé avec la petite Kurosaki, minauda-t-elle.

_Matsumoto…

_Quoi ? Vous n'êtes pas content ?

_Tu as bien compris qu'elle allait mourir, non ?

La jeune femme prit son air boudeur.

_Oui, je sais. Mais elle ne sera pas perdue si vous êtes là !

Tôshirô soupira. Elle était épuisante. Rien ne l'arrêtait quand elle avait une idée en tête.

_Comment ça va se passer ? Reprit-elle de plus belle, toute excitée à l'idée de voir une fille partager la vie de son capitaine.

_Kuchiki a été assignée au transfert de l'âme de Karin. Quand celle-ci va mourir, elle devra tricher.

_Tricher ? Demanda la belle rousse. C'est-à-dire ?

_Elle va diriger l'âme de Karin. Elle ne l'enverra pas n'importe où au Rukongai mais ici, dans mon bureau…

_Directement ici ? C'est pour ça que vous ne le quittez plus depuis des jours !

Tôshirô acquiesça.

_Ooooooh ! Taïchoooooo ! C'est si romantique…

_Matsumoto !

Elle ricana en se dirigeant vers la sortie.

_Ah, oui, rajouta-t-il. Ne t'éloigne pas trop. Apparemment son corps est en train de lâcher. Quand elle sera là, j'aurai besoin que tu préviennes le Goteï pour qu'ils se réunissent ici.

La vice-capitaine le regarda avec étonnement.

_Pourquoi vous ne le faites pas vous, Taïcho ?

Mais alors qu'il lui tournait le dos, Tôshirô soupira.

_Parce que quelque chose me dit que ça n'va pas être si simple…

[…]

Dans une des chambres de la clinique des Kurosaki, une masse de personne était attroupée autours d'un corps presque froid. Les gens pleuraient silencieusement, priant de toutes leurs forces pour que celle qu'ils chérissaient survive.

Mais c'était peine perdue. La température de son enveloppe charnelle chutait chaque heure un peu plus et toute sa peau c'était recouverte de plaques violacées, comme si quelqu'un l'avait frappé à mort.

Plus les secondes passaient et plus il était difficile pour la famille et les amis de la voir souffrir de cette façon. Le moindre frôlement d'un courant d'air la faisait gémir de douleur et plus le venin faisait son chemin, plus elle avait du mal à respirer. Elle convulsait fréquemment, se mettait en apnée, suffoquait. Ne rien pouvoir faire pour faciliter son départ était une torture constante pour son père, son frère et sa sœur.

_On… on va rentrer, murmura Heita en attrapant le bras de Kazuya qui se foutait complètement de retenir ses larmes.

Karin avait toujours été pour ce-dernier une sœur. Elle avait vécu avec lui pendant deux années où ils s'étaient amusés comme des fous, avaient partagés des confidences. Elle les avait sauvé si souvent lorsqu'un de ces fantômes les attaqués qu'il ne les comptait même plus. Il était là quand elle avait fugué de chez elle. Il était là quand elle s'était mise à souffrir de sa maladie. Oui. Il aurait dû faire appel à Isshin bien plus tôt. A cause de sa négligence, sa meilleure amie allait mourir…

Furtivement, Ichigo posa sa main sur l'épaule de Kazuya, comme s'il avait compris son malaise.

_Ce n'est pas de ta faute, murmura-t-il. Nous n'y sommes pour rien. Quand Karin a était touché, c'était déjà trop tard…

Alors les quatre amis de la jeune fille sortirent, l'âme en peine. Jinta et Ururu les suivirent de près, emboitant leur pas pour rentrer chez eux.

Il ne restait dans la chambre, plus que sa famille, Inoue Orihime et Kuchiki Rukia qui tenait Yusu dans ses bras, sanglotant discrètement toutes les deux.

_C'est à cause de moi qu'elle meurt, chuchota la shinigami. Je n'aurai jamais dû la laisser agir comme ça…

_Si tu penses comme ça, c'est de la faute de tout le monde, dit Isshin. C'est de notre faute à Ichigo et à moi parce que nous sommes partie de la maison une fois de plus comme elle nous le reprochait si souvent. Si nous étions resté ici, peut-être que Karin n'aurait pas eût à intervenir. C'est de la faute de Yusu qui n'a pas su la retenir. C'est de la faute de Jinta qui l'a vidé de son énergie alors que tu pensais, à juste titre que Soejima était humain. C'est de la faute de…

_Ok, c'est bon, coupa Ichigo. On a compris où tu voulais en venir. Pourtant, je n'arrive pas à me sentir serein. C'est comme si je l'avais abandonné…

_Nous ressentons tous la même chose, murmura Orihime en caressant son gros ventre rond. Même ma magie ne peut rien faire… pourquoi je ne peux rien faire contre ça…

_Je ne sais pas, répondit Isshin. Le bébé t'affaiblit, je pense…

Il se retourna vers Rukia, le regard sévère.

_Kuchiki-san, dit-il la voix tremblante. C'est presque l'heure. Elle n'en a plus pour très longtemps.

Les sanglots de Yusu redoublèrent en puissance. Elle se jeta sur une des mains de sa sœur et l'agrippa avec force et fureur, comme si cela pouvait l'empêcher de les quitter.

_Impose ton sceau rapidement avant que son âme ne s'échappe vers le Rukongai.

Ichigo attrapa Yusu par les épaules pour l'éloigner de Karin et la posa sur ses genoux pour qu'elle puisse pleurer tout son saoul. Quant à Rukia Kuchiki, elle sortit de son gigaï et s'installa à côté de la petite brune.

Mais au lieu de dégainer son zanpakuto, elle sortit de sa poche un Tanto* qu'elle ne retira pas du fourreau. Elle le manipulait avec une infime délicatesse comme s'il s'agissait d'un objet sacré puis, la garde tournée vers le front de Karin, elle murmura des paroles que seul Ichigo et Isshin comprirent.

_Ca y est, dit-elle en étouffant ses larmes, la cérémonie du Konsho* est terminée. Quand ta sœur mourra, elle apparaîtra de l'autre côté, en sécurité…

_Merci, murmura Ichigo dont le visage était inondé de larmes. Tu devrais rentrer Rukia. Dis leur, au passage que je ne vais pas tarder à vous rejoindre et qu'ils ont intérêt à prendre soin d'elle…

_Espérons maintenant, ajouta Isshin, qu'elle nous a entendus.

[…]

Malheureusement pour elle, dans toute sa douleur, Karin n'entendait rien. Les voix des gens autour d'elle n'étaient qu'une source de souffrance en plus. Chaque son émit par ses proches venaient s'éclater dans sa tête comme des aiguilles que l'on plante.

Sa chair se déchirait à l'image de mille couteaux qui la transperçaient, ressortaient, recommençaient…

Elle voulait que tout s'arrête. Que son père, son frère, sa sœur, ses amis, tous, qu'ils viennent à son secours.

Elle voulait la chaleur de leurs bras, la douceur et le réconfort qu'apporte la famille.

Mais la situation ne faisait qu'empirer. Elle sentait que son corps était éteint alors qu'intérieurement, elle hurlait.

« C'est bientôt fini, Kurosaki. Je te le promets. »

« Pou…pourquoi… tu me… tu me dis ça ! »

« Parce que je t'aime ! »

« Lass… Laisses-moi… Laisse-moi tranquille ! »

« N'oublie pas, je suis toi… »

« Va-t'en ! »

« … »

« J…J'ai si… si mal… »

« Je sais. C'est le prix à payer. »

« Le prix pour… pour quoi ? »

« Pour laisser sortir tout le mal qui est en toi. »

« Mais je ne veux faire de mal à… à personne ! »

« … »

« Je…Je suis… je suis mauvaise ? »

« Kurosaki… »

« Non ! Quand… quand je me réveillerai de ce cauchemar, je… je te prouverai le cont…le contraire ! Quand je me réveillerai, je demanderai pardon à mon p… père ! A mon frère ! Et… et à Yusu… Je te le prouverai… »

« … »

« Je… je veux que ça s'arrête… »

« Tu n'as qu'un mot à dire pour ça. »

« Je veux me réveiller… »

« Dis-le Kurosaki. Dis-le. »

« … »

« Juste ça, et tu te réveilleras ! »

« Je… je suis… je suis mauvaise… »

[…]

Ce fut très rapide. La douleur s'arrêta nette. Durant un instant, un très court instant, Karin entendit des voix familières crier autour d'elle. Puis, le noir. Un noir apaisant. Un silence de quelques secondes qui lui parurent une éternité.

Elle sentait que son corps flottait avec la légèreté d'une plume dans le néant, quand tout-à-coup, son dos, sa tête, ses bras et ses jambes se heurtèrent à quelque chose de froid et solide. La réalité fut si soudaine qu'elle mit un certain temps avant de comprendre qu'elle ne dormait plus.

Les paupières closes, trop lourdes pour être soulevées, papillonnaient sous les reflets puissants de la lumière. Puis Karin entendit d'autres voix, dont une à laquelle elle ne s'attendait absolument pas.

_Taïcho ! Taïcho ! Elle est arrivée !

_Du calme Matsumoto… va prévenir le Goteï comme je te l'ai demandé. Dépêche-toi.

La jeune fille, à ces mots, ouvrit de grands yeux et se redressa brutalement comme si une bête l'avait piquée, mais deux mains fermes l'arrêtèrent dans son élan.

Paniquée et complètement désorientée, Karin se retrouva nez-à-nez avec un homme. Un bel homme dont les cheveux blancs cachaient une partie de son visage crispé par l'inquiétude.

_Calme-toi Kurosaki. Reste allongée, prends le temps… tout va bien. Tu es en sécurité ici. Je suis là.

[…]

*Tanto : Couteau japonais
*Konsho : cérémonie du passage vers l'au-delà (Normalement, le shinigami colle la garde de son arme sur le front de l'âme après sa mort, imposant ainsi une marque).