Merci à 7Fallen-Angels, MiKU et Guest pour vos commentaires encourageants ! Merci à BGdu14 grâce à qui je me suis rendue compte combien il était agréable d'être suivis par des gens comme 7Fallen-Angels, MiKU et Guest ! BONNE LECTURE !

CHAPITRE X : Un début de journée

La nuit de Karin fut agitée par un rêve étrange.

Elle marchait à pas de loup dans un long corridor sans portes ni fenêtres. Elle continuait à avancer comme ça durant des heures. Elle se sentait bien. Le plafond était haut. Les murs étaient blancs. Le sol, très légèrement mou épousait parfaitement la forme de ses pieds.

Au bout d'un moment, la jeune fille voyait une lumière blanche devant elle. Aveuglante. Rassurante. Elle n'accélérait pas la marche. Tout son corps se laissait porter par l'air. Légère. Presque flottante entre les murs.

La lumière se rapprochait. Et lorsque Karin fut assez près d'elle, une porte blanche apparut, lumineuse. Mais, avant qu'elle n'ait pu voir ce qu'il y avait derrière, un bruit sourd avait retentit dans sa chambre, la réveillant en sursaut.

_Quoi ! Cria-t-elle.

Le shoji de sa chambre coulissa et une tête rousse apparut dans l'entrebâillement de la porte.

_Tu es prête ? Demanda Matsumoto avec un grand sourire.

_Prête à quoi, grogna Karin en se frottant les yeux. Il fait encore nuit…

_Mais on a rendez-vous à six heure dans le bureau de…

_Sérieux… si tôt…

_Aïe, râla la vice-capitaine. On va se faire engueuler si j'arrive en retard !

_J'me suis même pas encore douchée ! Gronda la jeune fille.

_Je savais que j'aurai dû venir te réveiller il y a une heure !

La belle rousse pénétra dans la chambre à grand pas et disparut dans la salle de bain. Karin entendit alors l'eau se mettre à couler.

_Bon ! Reprit Matsumoto. Tu files sous la douche et moi je te prépare ton uniforme et des sous-vêtements !

La petite brune lui jeta un regard mauvais. Elle détestait se précipiter le matin. Surtout à cette heure-ci. Et l'idée qu'elle fouille dans ses affaires ne lui plaisait vraiment pas.

_Je peux pas dormir encore un peu ?

_Pas possible ! Je ne peux pas te surveiller jusqu'à pas d'heure ! J'ai du boulot en retard et Hitsugaya va m'assassiner si je ne m'y mets pas sérieusement…

_Mais…

_Pas de mais ! Files sous la douche avant que je t'y jette ! Les ordres sont les ordres !

Karin soupira bruyamment en se levant. Elle ferma d'un coup sec la porte de la salle de bain.

_Dépêche-toi ok ?

_C'est bon ! Cria-t-elle, énervée.

Son pyjama blanc glissa sur le sol puis elle se plongea sous les gouttes d'eau qui tombaient du plafond. Elle avait la sensation de prendre sa douche dans la nature. C'était comme si elle se lavait sous une petite pluie et que chaque goutte pénétrait sa peau.

L'eau. Comme toujours l'élément qui la calmait.

Mais alors qu'elle laissait sa chair se détendre sous la sensation reposante du flot pluvieux, elle remarqua qu'il n'y avait ni savon, ni shampoing.

_Matsumoto ! Appela-t-elle.

_Quoi ? Répondit l'interpellée en passant de nouveau sa tête par l'entrebâillement de la porte. Oh ! Tu es super bien foutue !

La petite brune rougit, gênée.

_Mais je ne t'ai jamais dit d'entrer ! Râla-t-elle en tentant de se cacher avec ses mains.

_Ne sois pas si pudique ! Moi aussi, je suis une femme !

_Ça n'a aucun rapport avec ça et puis… oh ! Et merde ! Dis-moi avec quoi je me lave et sors de la tout-de-suite !

_Avec quoi tu te…

La belle rousse sembla étonnée par la question de Karin. Puis elle éclata de rire.

_Quoi ! Qu'est-ce que j'ai dit ?

_Tu n'as pas besoin de ça, ici ! Ricana Matsumoto. L'eau est traitée par la douzième division ! Elle nettoie. De cette façon, on gagne du temps le matin et le soir !

_Tu veux dire que c'est une eau… savonneuse ?

La vice-capitaine se remit à rire.

_On va dire ça comme ça ! Allez ! Sors de là ! Ca suffit pour aujourd'hui !

Karin, déçut de devoir quitter la tiédeur du liquide, attrapa une serviette que lui tendait Matsumoto et s'enroula dedans.

Une fois sèche, elle sortit dans sa chambre et enfila en deux deux le shihakusho noir du shinigami.

_Ouah ! Cria la vice-capitaine en la contemplant. Ça te va super bien !

_Euh… mouais. Si tu le dis…

Et alors que les deux filles s'échangeaient des regards amusés, un homme d'une vingtaine d'année - du moins en apparence - apparut à l'entrée de la chambre, essoufflé.

_Cotaïcho ! Dit-il dans un souffle. Hitsugaya Taïcho est sur les nerfs ce matin. Vous êtes en retard et il commence à s'impatienter !

La vice-capitaine soupira. Elle avait l'habitude de se prendre des charges de la part de son supérieur mais là, elle sentait que l'ambiance n'allait pas être à la joie avec le stress de cette mission.

_Allez Karin ! Lança-t-elle sur un ton tragique. En avant pour une longue, longue journée !

[…]

En effet, lorsqu'elles pénétrèrent toutes les deux dans le bureau de la dixième division, elles croisèrent sur leur chemin plusieurs shinigamis qui couraient loin de leur supérieur afin d'éviter sa mauvaise humeur.

_Ah ! Grogna Tôshirô, assis derrière son bureau, caché par une pile de dossier. Vous voilà enfin !

_Désolée, minauda Matsumoto en mettant sa poitrine en avant. Vous savez, les jeunes filles ont besoin de plus de temps le mat…

_Dépêche-toi, ajouta-t-il sans l'écouter. Tu as toute cette paperasse à emmener dans les quartiers de Kuchiki. Et il n'apprécie pas qu'on le dérange pendant son entrainement…

_Oui Taïcho ! Lança-t-elle en attrapant la pile et en s'exécutant à la vitesse de l'éclair.

Karin éclata de rire. Il avait beau être jeune, elle n'en voyait pas un qui se mettait en travers de ses décisions. Même sa vice-capitaine filait droit.

_Tu ne devrais pas être trop dur avec elle, dit-elle en se promenant distraitement devant les étagères. C'est de ma faute si on est en retard.

_Matsumoto est toujours en retard…

Elle posa ses yeux sur lui.

Il était penché sur une feuille, un pinceau de calligraphie à la main.

_Tu vas bosser toute la matinée ? Demanda-t-elle sans espoir.

_Oui.

_Et moi ? Je fais quoi ?

_Tu t'occupes.

La petite brune se mordit l'intérieur de la lèvre pour ne pas lui balancer une phrase désagréable de bon matin. A la place, elle parcourut des yeux les titres des livres qui s'étendaient devant elle.

« Stratégie défensive », « Stratégie offensive », « Equilibre et Lois », « Règlement Intérieur », « Grenouilles par Mo Yan ».

Karin s'arrêta sur le dernier bouquin qu'elle venait de voir.

_Grenouilles… ce n'est pas un livre de…

_Littérature chinoise.

Il leva la tête de son bureau.

_J'aime le théâtre chinois, dit-il.

_Mais ça vient pas du Seireitei, ça ?

_Non. Matsumoto me l'a ramené d'un voyage dans le monde Réel. Tu l'as lu ?

_Oui. Ça parle du problème démographique en Chine.

_Mmm, grogna-t-il. C'était la plaie. Un vrai désastre.

_Comment ça ? Demanda la jeune fille en se tournant vers lui.

_La quantité d'âme à gérer était devenue trop importante. Et l'équilibre difficile à maintenir.

_C'est vrai, je n'avais pas pensé que les hollows pouvaient apparaitre ailleurs qu'à Karakura… c'est stupide.

_En fait, reprit-il tout en continuant de travailler, la concentration est beaucoup plus forte dans ta ville natale à cause de sa fonction de clef de l'au-delà.

Elle souleva un sourcil pour lui montrer qu'elle ne comprenait rien.

_Tu m'expliques ? Demanda-t-elle.

_En gros, ta ville est une porte, un passage si tu veux vers notre Roi à tous. Et plus on s'éloigne de Karakura, plus il est rare de trouver des attaques de hollows. La France, par exemple est un territoire plutôt tranquille. Les seuls hollows qu'on trouve là-bas sont ceux qui n'ont pas eu une mort correcte.

_Donc pas de passage clandestin entre les… dimensions…

_C'est ça.

_Donc, moins de shinigamis à envoyer là-bas…

_C'est ça.

Karin s'assit devant la petite table basse, à même le sol devant un amoncèlement de papier en tout genre.

_Dis-moi, Tôshirô ?

_Quoi ? Lança le jeune homme, énervé d'être dérangé toutes les cinq secondes.

_Pourquoi tu ne m'as jamais appelé par mon prénom ?

_C'est quoi cette question…

_Non sérieux ! Quitte à me traiter de merdeuse, tu pourrais au moins le faire avec familiarité. On était amis, non ?

Il lui jeta un regard lourd de sens. Il n'avait ni envie de lui répondre, ni envie de continuer la moindre conversation.

La jeune fille soupira en attrapant, nonchalante une feuille qui trainait au milieu de beaucoup d'autres sur la petite table.

Et tandis que ses yeux parcouraient ce qui était noté dessus, elle éclata d'un grand rire qui fit sursauter le Capitaine.

_Bon sang Kurosaki ! Gronda-t-il. Y a pas moyen de bosser quand tu es dans les parages !

_Désolée, minauda-t-elle en prenant exemple sur Matsumoto. J'ai pas pu m'en empêcher…

Elle se cacha derrière la feuille en tentant vainement de calmer son hilarité.

Agacé, Tôshirô posa son pinceau et passa une main dans ses longs cheveux blancs. Il sentait combien son travail allait prendre du retard avec elle dans ses pattes.

Il posa ses iris turquoise sur Karin. Il se rendit alors compte qu'il ne l'avait pas vraiment observé depuis son entrée dans le bureau. S'il l'avait fait, il s'en rappellerait obligatoirement.

Le shihakusho noir du shinigami lui allait à la perfection. Ce n'était pourtant qu'un simple uniforme dans lequel ils se baladaient tous mais sur elle, il paraissait moins terne, moins banal. Le tissu épousait ses courbes à la perfection. Le décolleté laissait entrevoir une partie de sa poitrine et sa taille de guêpe était accentuée par la ceinture blanche qui y était nouée.

Le rouge lui monta aux joues lorsqu'il laissa ses yeux glisser plus bas, en dessous de la cambrure de ses reins.

_Tôshirô ? Demanda la jeune fille en posant la feuille sur la petite table. Tu veux peut-être que je me lève pour avoir une meilleure vision de l'ensemble ?

Reprenant ses esprits, il se racla la gorge bruyamment et disparut à son tour derrière une pile de dossier. Il commençait à en avoir ras le bol de ses hormones. Elles l'entrainaient parfois vers des pensées qu'il ne maîtrisait pas du tout.

_Je ne vois pas de quoi tu parles, dit-il très sérieusement.

Karin ricana silencieusement. Tout comme Ryohei, Kei, Kazuya et Heita, Tôshirô grandissait. Elle avait déjà sentit le regard de ses amis se poser sur elle avec gourmandise mais voir que lui, si sévère, si obnubilé par la droiture, se laissait envouter par des charmes qu'elle ne contrôlait et ne cultivait pas, était plutôt risible.

Etonnement pourtant, elle apprécia ce regard qu'il avait porté sur elle et elle se sentit rougir à son tour. Il n'était pas comme tous les hommes qu'elle avait fréquentés. Ils étaient sans intérêt, ignorant, puérils. Tout le contraire de son ancien ami.

Surprise par sa propre pensée, elle se recacha derrière une des feuilles et se plongea dans une lecture beaucoup trop appliquée pour être naturelle.

« Il a changé, n'est-ce pas ? »

« Tais-toi. J'arrive pas à lire. »

« Il te plaît ? »

« Ta gueule ! »

Elle essayait en vain de chasser la voix de sa tête mais plus elle tentait de se concentrer sur ce qui était écrit en face d'elle, plus le ton de son subconscient augmentait.

« Tu es mauvaise. »

« C'est faux. »

« Tu l'as avoué toi-même, rappel toi ! »

« C'était juste pour que tu me lâche ! Tu m'avais promis que je me réveillerai… »

« Je ne t'ai pas mentis. Tu t'es réveillée. »

« Salopard… »

« Tu es mauvaise. »

« Non, je n'le suis pas. »

« Pourtant, tu es là, à parler gaiement avec ton petit Capitaine alors que de l'autre côté, ta sœur chérie, ton frère, ton père et tous tes amis sont en train de pleurer ta mort… »

« … »

« Même toi, tu ne pleures pas. Même pas pour eux… »

_Tais-toi, murmura-t-elle dans un souffle.

_Quoi ? Demanda Tôshirô, surpris.

Karin releva précipitamment la tête. Elle ne s'était pas rendu compte qu'elle avait parlé à haute voix.

_Non rien, ajouta-t-elle avec un sourire forcé, qui ne trompa pas le jeune Capitaine.

Elle se repencha sur sa lecture, contente que son subconscient se taise à nouveau.

Sur les feuilles qu'elle parcourait, étaient écrit des doléances et des réclamations concernant la vie de la dixième division. Certains shinigamis demandaient plus de jours de congé, d'autres souhaitaient que le cuisinier parte à la retraite – il existait alors une retraite pour les shinigamis ? - et encore d'autres posaient leur candidature pour intégrer le conseil des hommes shinigamis.

Mais alors qu'elle allait changer d'activité, Karin tomba sur une proposition qui la fit éclater de rire.

_Qu'est-ce qu'il y a encore ? Cria Tôshirô exaspéré.

_Oh ! Non ! Ricana-t-elle en tendant le papier vers le jeune homme. Lis celle-là !

Il le prit et fit glisser son regard dessus comme s'il avait l'habitude de voir ce genre de réclamation tous les jours.

_Encore une, soupira-t-il.

_Quoi ? T'en a souvent des comme ça ? Dit-elle en bondissant sur lui.

_Tous les jours…

Elle repartit d'un fou rire, se tenant au coin du bureau pour ne pas tomber au sol.

_Arrête de rire ! Gronda-t-il.

_C'est trop génial ! J'suis désolée ! Mais là ! Franchement !

_Nous en recevons tout le temps des comme ça. Et tous. Ça n'a rien d'étonnant vu notre position dans la hiérarchie.

_Ouais d'accord, mais ce mec t'offre carrément sa fille, c'est abusé !

_Ils le font quasiment tous…

Elle reprit la feuille des mains de Tôshirô et se mit à lire le contenu à haute voix en faisant les cent pas, à la façon d'un chef d'entreprise dictant un courrier important à ses secrétaires.

_Doléance numéro trente-deux, concerné, le septième siège de la dixième division, Miyake Zeshin - point, à la ligne. - Taïcho - virgule - le sujet de votre mariage n'est pas à prendre à la légère - point, à la ligne. - Nous savons tous très bien à quel point il est difficile pour quelqu'un de votre rang de découvrir la joie d'une rencontre amoureuse, point. – sans blague ! Une rencontre amoureuse !

_Kurosaki…

_Attends ! Attends ! C'est pas fini ! – C'est pour cela – virgule - que je vous propose de rencontrer ma deuxième fille – virgule – Miyake Azuna – point – C'est une ravissante jeune femme - point - Elle est plus âgée que vous et pourra – virgule – dû à sa maturité vous apporter tout ce dont un homme a besoin pour son foyer. – Il ne précise même pas l'âge ! Si ça se trouve, c'est une vieille fille !

_C'est bon ! Tu as fini ! Cria-t-il en se levant de son siège.

_Non, mais sérieux ! Ça n'te fait pas rire ?

_Kurosaki…

_Karin.

_Kurosaki, je reçois vingt doléances de ce genre par jour. Toujours les même. Alors non, ça ne me fait pas rire.

_Putain, t'es vraiment pas drôle !

_Voilà, conclut-il en se reposant derrière son bureau. De toute façon, arrête de toucher à ces papiers. Matsumoto doit les trier.

_Je peux le faire, lança-t-elle en se jetant sur le bureau.

Elle planta ses yeux noirs dans ceux, hésitant de Tôshirô.

_Ecoute Tôshirô, reprit-elle. Matsumoto ne fait pas son boulot et moi, je m'ennuie à mourir alors pitié ! Laisse-moi au moins trier ces papiers ! Y en a une tonne qui s'entasse sur la table ! Ça va bien me prendre toute la matinée…

Le jeune homme se mit à réfléchir. La laisser toucher à ces doléances n'était pas tout à fait autoriser. Il pouvait y avoir des demandes très privées… mais en parallèle, sa vice-capitaine serait disponible pour d'autres tâches plus urgentes.

Karin, ne le voyant pas réagir s'assit sur un recoin de son bureau.

_Sinon, dit-elle avec un brin de malice dans le regard, si tu préfères, je peux continuer à te parler jusqu'au déjeuner…

_Ok ! Lança-t-il, convaincu par ce dernier argument. Tu fais quatre tas. Un premier pour ce qui te parait important.

_C'est-à-dire ?

_Les demandes par rapport au travail, les sujets sérieux quoi…

_C'est subjectif mais on verra bien !

_Dans le second, tu trieras les demandes de congé. Tu les mets à part.

_Ok.

_Dans le troisième, tu fous toutes les réclamations qui te paraissent stupides. Et le dernier, tu y place toutes celles où tu as un doute. Comme ça, je n'aurai plus qu'à y jeter un rapide coup d'œil ce soir.

_Et pour les propositions de mariage ? Dans le premier tas ?

_Kurosaki…

_C'était pour rire ! Grognon…

Tôshirô, sans s'en rendre compte, laissa échapper un grognement mécontent.

_Tu vois ? Dit-elle en souriant. Grognon.

_Au boulot ! Gronda-t-il en se replongeant dans sa paperasse.

Karin en fit de même. Elle se mit à lire toutes les doléances avec beaucoup d'intérêt et d'application. Ce petit travail lui permettait d'en apprendre beaucoup sur la vie de la Soul Society. Sur le Seireitei en particulier.

Elle apprit, par exemple, que la retraite était proposée au shinigami tous les cinquante ans. Que le cuisinier de la dixième division avait la main lourde sur la sauce soja. Que le Capitaine sortait si peu que la vice-capitaine Hinamori Momo – qui pouvait bien être cette fille ? – était obligée de faire une demande écrite pour qu'il lâche un peu son travail et qu'il aille rendre visite à sa grand-mère.

A la vue de cette réclamation, la jeune fille leva les yeux vers son ancien ami. Etait-il possible qu'il soit obnubilé par son travail à ce point ? Il avait une famille ici et n'en profité même pas alors qu'elle avait perdu la sienne et ne pourrait peut-être plus jamais les revoir.

Et tandis qu'elle rangeait çà et là quatre petits tas de papiers écrit à l'encre de chine, elle se retint de verser une larme. Elle pensa que sa sœur, elle, n'avait pas la main lourde sur la sauce soja. Que son père aurait adoré qu'elle lui rende visite. Que son frère allait devoir prendre des jours de congés pour s'occuper de sa fiancée et de sa petite fille sur le point de naître. Que Ryohei, Heita et Kei allaient continuer à vivre sans elle. Que Kazuya allait vivre sans elle. Que sa famille allait vivre sans elle. Que le monde allait disparaitre de ses souvenirs, un jour.

Peut-être allait-elle devenir folle, et tuer toutes les personnes qui se trouvaient sur son passage. Ne valait-il pas mieux qu'elle soit morte pour ne pas toucher aux gens qu'elle chérissait ?

Et alors qu'elle s'acharnait à remplir sa tâche consciencieusement, le jeune Capitaine l'observait. Il savait qu'un débat intérieur s'animait au fond de son être. Il la connaissait assez pour savoir qu'elle brûlait de chagrin et que son seul moyen de s'en sortir était de s'occuper l'esprit.

Il pensa soudainement que peut-être, Karin n'était pas si terrifiante à gérer finalement…

[…]

La matinée s'écoula plus rapidement que le jeune Capitaine l'avait imaginé.

Karin avait été studieuse, remplissant sa tâche avec beaucoup de soin et d'intérêt. Il l'entendait parfois souffler, rire et pousser de petites exclamations quand elle découvrait quelque chose sur la vie au Seireitei.

Elle ne le gênait plus et il sentit étrangement de la déception. Il était déçu et content à la fois.

Déçu car il n'avait pas entendu le son de sa voix depuis très longtemps et content car, de cette façon, ils n'avaient pas entrer dans des sujets trop sérieux. Comme leur dispute. Celle qu'ils avaient eût il y avait deux années de cela. Ce conflit violent durant lequel les mots avaient dépassé la pensée.

_J'ai finis ! Lança la jeune fille en s'étirant de tout son long, allongée sur le sol.

_Merci, dit simplement Tôshirô.

_Par contre, j'ai fait un plus gros tas, là parce qu'il y a pleins de chose que je ne comprends pas. Alors j'arrive pas à savoir si c'est important ou pas…

_On verra ça ensemble, demain matin.

_Oh, minauda-t-elle en prenant toujours exemple sur Matsumoto, ça veut dire que tu me laisseras recommencer demain…

Il leva les épaules en rangeant ses propres papiers.

_Qui sait…

_Bon ! Ajouta-t-elle en se levant d'un bond. Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?

_Maintenant, on va manger.

Karin sentit son enthousiasme chuter comme si elle avait pris un seau d'eau glacé en plein visage et lorsque Tôshirô passa à côté d'elle, il vit qu'elle était pâle.

_Ça va ? Demanda-t-il.

_Oui. C'est juste qu'en triant les réclamations, je suis tombée sur une dizaine de demandes pour que le cuistot parte à la retraite… alors…

_Je sais, soupira-t-il. Mais je ne peux pas le forcer à partir. Et son zanpakuto ne sert pas à grand-chose…

Sur ce, elle lui emboita le pas, curieuse de rencontrer d'autres shinigamis.

Ils traversèrent à grands pas le long corridor presque désert à cette heure-ci, descendirent les escaliers que Karin avait dévalés comme une furie la veille et empruntèrent la porte du hall principal pour pénétrer dans une cour ouverte et ensablée, entourée de majestueux bâtiments et de hauts murs blanc.

Plus l'automne avançait, et plus l'air se faisait frais, presque froid.

_C'est… hésita-t-elle.

_C'est quoi ? Souffla Tôshirô.

_C'est sobre…

_Tu t'attendais à quoi ? Enchaîna-t-il en accélérant sa marche.

_Je sais pas moi… des jardins, des fleurs, des…

_Des p'tits lutins ? Coupa le jeune homme en ricanant.

_Vas t'faire voir, grogna-t-elle.

Pendant leur échange, ils avaient traversé la cour pour atterrir devant une grande porte d'où s'échappait un brouhaha énorme. Mais lorsqu'ils entrèrent à l'intérieur, le vacarme diminua rapidement pour n'être plus qu'une rumeur, chaque regard dévisageant la jeune fille.

Pas intimidé pour un sou, Karin leur rendit la pareille en observant avec une minutie chaque détail de la pièce.

Une dizaine de tables basses entourées d'une vingtaine de shinigamis chacune étaient alignées, parallèles les unes aux autres dans la salle. Légèrement surélevée et perpendiculaire à ses jumelles siégeait une autre table sur laquelle mangeaient le Capitaine et les plus gradés de la division.

Aussi Karin ne fut pas surprise d'y découvrir Matsumoto, un verre de saké à la main, un grand sourire sur le visage.

_Tu comptais réapparaître dans mon bureau avant la fin de la journée ? Lui lança Tôshirô en la fusillant du regard.

La vice-Capitaine eût un air faussement contrit et se répandit en excuse avant de brutalement changer de sujet.

_Assieds-toi à côté de moi ! Dit-elle à la jeune fille en poussant d'un geste brusque l'homme qui mangeait tranquillement près d'elle.

Elle pointa du doigt l'emplacement dégagé.

_J'ai pas l'choix, murmura Karin.

Elle prit place tranquillement, sans se soucier des chuchotements qui, petit à petit reprenaient de l'ampleur.

_Alors, chuchota la belle rousse à sa nouvelle camarade de table. Ça n'a pas été trop dur toute la matinée en compagnie d'Hitsugaya Taïcho ?

_Matsumoto, grogna le concerné, je t'entends jusqu'ici…

La vice-Capitaine fit une grimace de désespoir.

_Je peux savoir pourquoi tu n'es pas revenu à la division ? Enchaîna-t-il.

_C'est que tout le monde voulait en savoir plus sur elle ! Répondit-elle pour sa défense. Sa taille, la couleur de ses yeux, son tour de poitrine, …

_Hé ! Lança Karin. Je suis là, je te rappelle !

_Désolée…

_Ça ne les regarde pas !

_Peut-être pas avec autant de détails, ajouta Tôshirô en observant la foule devant lui.

_Comment ça ? Demanda la petite brune, irritée.

_Ils n'ont pas besoin de savoir ton tour de poitrine…

_Et le reste, si ?

Le jeune homme soupira. Il sentait que l'orage n'était pas loin.

_Il faut qu'ils sachent à quoi tu ressembles au cas où.

_Au cas où « quoi » ? Gronda-t-elle. Au cas où je pèterais un câble ?

Matsumoto regarda son supérieur avec des yeux suppliant. Ce n'était vraiment pas l'endroit pour déclencher un combat à mort entre le trop sérieux dirigeant de la division et l'instable gamine au caractère de cochon.

_Et si on mangeait ? Suggéra la belle rousse.

_Ecoute Kurosaki, renchérit Tôshirô qui tentait de calmer la situation devant ses combattants, c'est une possibilité qu'il ne faut pas écarter. Il vaut mieux que les gens sachent à quoi tu ressembles.

_Merde ! Lança Karin en tapant du poing sur la table.

Le brouhaha de l'assemblée de shinigami se tue tout-à-coup. Voir une enfant tenir tête à leur vigoureux Capitaine était un spectacle qu'il ne voyait pas tous les jours.

_Et pourquoi je ne me promènerai pas avec une pancarte collée sur mon cul avec marqué dessus : « Attention ! Chien méchant ! ». Au moins, comme ça, ça serait clair pour tout le monde !

_Kurosaki…

_Merde !

La petite brune se leva d'un bond et sans avoir touché à son assiette, se lança vers la sortie. Au passage, elle jeta un regard de défis à tous ceux qui la regardaient.

_Où vas-tu ? Demanda calmement Tôshirô.

_Dans ma prison ! Cria-t-elle en disparaissant dans la cour.

Elle refit le trajet en sens inverse, pénétra le hall de la division et se dirigea sans calmer sa démarche jusqu'à sa chambre qu'elle ouvrit avec fracas et referma plus fort encore.

« Tu es très belle quand tu t'énerves. »

_Ta gueule ! Cria-t-elle.

Karin donna un coup de pied dans le futon qui se souleva à peine et se chiffonna contre le canapé.

_C'est de ta faute tout ça !

« Pourquoi ? »

_Tu m'avez dit que je me réveillerai ! Et là, je vis un cauchemar ! Je suis morte ! MORTE !

« … »

_Et pourquoi j'arrête pas de m'énerver ? Pourquoi j'arrête pas de lui gueuler après !

« Parce que tu es m… »

_Ah non ! Ah non ! Si tu dis encore que je suis mauvaise, je prends un couteau et je me transperce de part en part !

« Pourquoi ferais-tu ça ? »

_Si je disparais, toi aussi !

« En es-tu sûr ? »

La jeune fille sentit que les battements de son cœur s'accéléraient dangereusement.

_Tu… arrête !

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

_Je me sens mal… arrête j'te dis !

Elle plia les genoux et posa ses mains sur le sol, suffocant.

« Comment feras-tu pour te tuer si je ne t'en laisse pas l'occasion ? »

Un gémissement de peur lui échappa et tout son corps se mit à trembler de fatigue. Son cœur accéléra encore.

« Comment vas-tu faire Kurosaki ? Moi je t'aime… je ne veux pas que tu meures… pas encore… »

_Ta gueule ! Arrête ces conneries !

Soudain, la pression se relâcha et Karin se laissa choir de tout son poids sur le parquet. Elle agrippait sa poitrine et resserrait l'étreinte comme si elle voulait empêcher son cœur de s'échapper. Le rythme alors se calma. Sa respiration et les battements reprirent un chant régulier.

_Je ne veux pas lui faire de mal, souffla-t-elle en retenant ses larmes qui ne coulèrent que dans son âme.

« Il te plaît tant que ça ? »

_C'est un ami.

« Et s'il était plus à tes yeux ? »

_Qu'est-ce que tu racontes ? Ne dis pas de bêtise ! Et si tu es moi, tu devrais le savoir !

« Oui ma petite Kurosaki. Mais les gens changent. Leur regard aussi. Et puis, tu es seule ici. Lui, il te connait. Il t'a toujours soutenu jusqu'à il y a deux ans. Il a changé. Son regard aussi. Le tien également… »

_Tais-toi, chuchota-t-elle.

« Mais prends garde. C'est notre sort à tous les deux. Nous tuerons bientôt ce à quoi nous tenons. Toi, tu tueras la personne que tu aimes le plus au monde pour te délivrer de tes barrières, et moi, c'est toi que je détruirais pour nous libérer de la souffrance… »

[…]

A bientôt ! Et Merci !