Toujours un grand merci à tous ceux qui me suivent ! Ce chapitre est court (comme la plupart de mes chapitres, vous me direz) mais j'espère qu'il vous plaira !
Invités et chaleur envolés, je devrais me remettre à écrire plus vite ! Bonne Lecture !
CHAPITRE XII : Entre Désespoir et Colère
_Matsumoto !
_Ouiiiiiiiii, Taïchoooooo !
Le Capitaine de la dixième division était appuyé contre le mur du couloir. A sa gauche, le shoji de la chambre de Karin était entrouverte et en face, une tête rousse se glissait avec précaution pour apparaître devant son supérieur.
_Et bien Taïcho ! Vous faites une de ces têtes !
Tôshirô sentit les veines de son crâne se contracter et il se retint de lui dire de s'abstenir ce genre de réflexion. Avec elle, c'était comme pisser dans un violon.
_Kurosaki s'est senti mal alors je l'ai ramené pour la coucher. Je préfèrerai que tu dormes avec elle cette nuit plutôt que chez toi. Ce sera plus pratique pour garder un œil sur elle.
_Oh Taïcho, s'excusa Matsumoto, je suis désolée ! Mais je suis en patrouille jusqu'à trois heure demain matin dans le Rukongai ! Je ne peux pas y échapper. Ce sont les ordres…
_Les ordres du Sotaïcho, finit-il en passant une main dans sa longue chevelure blanche. Et moi je dois encore travailler… j'ai vraiment pris trop de retard dans la paperasse…
_C'est pas bien Taïcho, minauda sa vice-capitaine.
_A qui la faute ! Gronda le jeune Capitaine en lui jetant un regard foudroyant.
Tout-à-coup, la belle rousse étira ses lèvres en une moue dramatique et ses yeux à elle, lui lancèrent des larmes à remplir un rotenburo*.
_Pardon Taïchoooooooo ! Cria-t-elle en rampant à ses pieds. C'est à cause d'eux – elle pointa du doigt sa poitrine. Ils sont si imposants qu'ils me retardent dans tous mes devoirs !
_Ce qui explique pourquoi tu es chez toi à cette heure-ci au lieu d'écouter les ordres de ce soir devant la porte Ouest…
Un frisson traversa le corps de Matsumoto. Elle allait se faire taper sur les doigts.
_Je suis vraiment mal servit avec toi. Je devrais peut-être changer de Cotaïcho…
_Oh non ! Pitié ! Je le ferai la prochaine fois ! Promis !
Et elle partit en courant vers la sortie avec un sourire aux lèvres, sûr qu'il n'en ferait rien. Et elle avait raison. Même si Tôshirô la trouvait souvent insupportable, il devait bien reconnaître que se battre à ses côtés étaient un pur plaisir. Elle assurait en tant qu'équipière en cas de danger et il devait bien admettre qu'il lui devait beaucoup.
Après tout, c'était en partie grâce à elle s'il en était là.
Il soupira en entrant dans la chambre obscur de son amie. Elle était là, allongée sur le flanc droit, avec son shihakusho en bataille. Sa jambe droite se cachait sous la couverture tandis que l'autre, légèrement pliée la chevauchait. Quant à ses bras, ils enserraient le haut de la couette dans laquelle elle avait enfouis son visage. Seules quelques mèches pointues et rebelles dépassaient sur l'oreiller.
Pourquoi fallait-il qu'elle soit si sensuelle à ce moment précis où il ne savait pas quoi faire d'elle.
Il s'assit sur le canapé pour réfléchir.
Il pensa à Yachiru qui mourrait d'envie de s'occuper d'elle mais il avait trop peur qu'elle finisse en chair à pâté.
Tous les Capitaines, même s'ils s'étaient portés volontaires étaient tout aussi débordé de travail que lui et ça aurait été égoïste de leur refiler le bébé pour qu'il s'avance dans ses dossiers – d'autant plus qu'il s'agissait de sa mission à lui.
Rukia ? Retournée à Karakura pour les funérailles.
Renji ? Sûrement occupé par les exigences de Byakuya.
Nemu ? Hors de question. Asservie par Kurotsuchi.
Sasakibe, inapprochable. Omaeda, abrutis. Kira, névrosé. Kotetsu, maladroite. Iba, en mission. Ise, trop occupée à gérer son propre Capitaine. Hisagi, trop cœur d'artichaut. Hinamori…
_Hinamori ! Lança Tôshirô en se relevant d'un coup, ce qui eût pour effet de faire gigoter Karin sur son futon.
_Tôshirô, murmura-t-elle dans son sommeil.
Ce-dernier se figea et la chaleur qu'il faisait dans ses joues lui confirma qu'il avait bien entendu son prénom. Etait-elle en train de rêver de lui ? Comment ? De quoi ?
Elle se mit alors à rire timidement, d'un magnifique son cristallin et il ne sut plus où se mettre. Il fallait qu'il prévienne Hinamori. Oui, c'était ça qu'il devait faire.
« Prévenir Hinamori. » Pensa-t-il.
Elle répéta son prénom une fois de plus en riant.
« Prévenir Hinamori. » Repensa-t-il en se forçant de se concentrer sur son message.
Une troisième fois.
« Prévenir Hinamori… »
Une quatrième.
_Arrête Kurosaki, chuchota-t-il pour lui-même.
Ce léger bruit qu'il provoqua dans le silence presque absolu de la pièce lui valut une victoire. Karin cessa de parler dans son sommeil.
Alors, il se concentra sérieusement sur ce qu'il avait à demander à la vice-capitaine de la cinquième division et laissa partir par la fenêtre un papillon de l'enfer.
Le ciel, couvert de nuages noir, s'assombrissait à une vitesse affolante. Les jours diminuaient de plus en plus. Et à chaque disparition de la lune derrière l'un d'entre eux, Tôshirô pensa avec le cœur serré que peut-être Karin à l'image de la lumière du jour, allait s'effacer peu à peu pour laisser place à une obscure créature qu'il devrait sûrement tuer…
[…]
_Shiro-chan ? Je peux entrer ?
Le shoji glissa pour laisser pénétrer dans la pénombre une belle jeune fille aux longs cheveux bruns.
_Hinamori, chuchota Tôshirô en se levant du canapé. Allons plutôt à l'extérieur.
Elle le gratifia d'un sourire bienveillant et sortit avec lui dans le couloir. Une fois la porte refermée, il prit appuie contre le mur, les bras croisés ce qui amusa beaucoup son amie d'enfance.
_Pourquoi tu souris ? Demanda-t-il, irrité.
_Tu te mets toujours comme ça quand tu es fatigué.
Le jeune Capitaine laissa échapper un soupir qui en disait long.
_Elle n'est pas de tout repos, ajouta-t-il pour se justifier.
_C'est ce que m'a dit Rangiku-chan.
Le silence s'installa pendant quelques minutes avant qu'il ne continue sa pensée.
_Pourrais-tu la surveiller cette nuit ? Dormir avec elle jusqu'à ce que Matsumoto rentre de sa mission ?
_Pourquoi faire ? Demanda-t-elle, un sourire toujours plus grand sur ses lèvres.
_Elle a eût une mauvaise journée et j'ai du boulot qui m'attend. Je ne suis pas couché avant sept bonnes heures…
_Bien sûr, répondit-elle, mais à une seule condition.
Il se redressa, las de devoir toujours négocier.
_Je t'écoute…
_Dis-moi pourquoi veux-tu que je la surveille.
_Je te l'ai dit… elle a eût une mauvaise jou…
_Oui, ça je l'ai compris mais réfléchis Shiro-chan.
_Hitsugaya Taïcho…
_Shiro-chan ! Ecoute. Si elle n'était pas Kurosaki ?
_Je ne te suis pas.
_Si elle était une parfaite inconnue, demanderais-tu à quelqu'un de la surveiller comme ça ?
Tôshirô ferma les yeux en s'adossant une fois de plus contre le mur.
_Qu'est-ce que tu veux dire par là…
_Si Kurosaki était n'importe qui, tu la surveillerais de ton bureau ou de ta chambre simplement en te concentrant sur son reïatsu ponctuellement. Quand Rangiku-chan dort à côté, c'est bien ce qu'elle fait, non ?
Il resta silencieux, ce que son amie prit comme une réponse affirmative.
_Alors pourquoi tiens-tu tellement à ce qu'on la surveille de si près ?
_Laisses tomber, dit-il simplement en se dirigeant mollement vers le hall. Tu as raison. Je la veillerai de mon bureau.
_Attends ! Cria Hinamori en se lançant à sa poursuite. Tu es trop susceptible ! Je ne voulais pas te vexer…
_Je ne suis pas vexer. Mais tu as raison, je peux me charger de ça moi-même.
_Shiro-chan…
_Quoi ?
_Je peux quand même rester auprès d'elle si ça te rassure…
Le Capitaine se tourna vers la petite brune et lui fit signe qu'il n'y tenait pas.
_Rentre chez toi, dit-il gentiment. Tes conseils sont toujours justes. Allez. Rentre et repose-toi bien.
Sur ce, il grimpa les escaliers et disparut dans le long corridor qui menait à ses appartements.
Quant à Hinamori, elle ne put s'empêcher de frissonner. Tôshirô n'agissait jamais avec autant d'excès. Cette fille le rendait plus faible, plus naturel, ce qui en soit aurait été une très bonne chose si elle n'avait pas été sur le point d'exploser comme une bombe à retardement.
Si son ami d'enfance s'attachait trop à elle, il souffrirait énormément de la perdre.
Que devait-elle faire ? Même s'il angoissait à l'idée de gérer la jeune fille, Hinamori voyait bien qu'en réalité, la savoir près de lui le rendait plus heureux que jamais. Peut-être pas explicitement, mais au fond de lui-même se dégageait un rayonnement que elle, sa sœur, pouvait sentir irradier comme un feu brûlant dans ce cœur toujours trop froid…
[…]
Lorsque Karin ouvrit les yeux, le soleil ne s'était pas encore levé. Le silence qui régnait à l'extérieur de sa chambre lui annonçait qu'il était encore tôt.
Soudain, la jeune fille se releva, aux aguets. Où était-elle et que faisait-elle là ? Son cœur se mit à tambouriner si fort dans sa poitrine qu'elle dû se rassoir pour tenter de calmer son rythme au risque de s'évanouir.
« Calme-toi, Karin » Pensa-t-elle. « Tu es dans ta chambre. Calme-toi… »
Ainsi rassurée, elle se concentra pour tenter de se rappeler la journée qui venait de s'écouler. Un instant plus tôt, elle répondait à des questions du Capitaine Kurotsuchi. Elle se souvînt également avoir parlé à son autre « moi ».
_Merde ! Cria Karin.
Sa porte d'entrée s'ouvrit avec fracas faisant tomber à la renverse la jeune fille qui, prise de surprise se cogna la tête contre la table basse. Elle attrapa sa couverture, prête à se défendre corps et âme avec pour seule arme ce bout de tissu.
_Ça va ? Demanda une voix qu'elle connaissait. Kurosaki…
Pendant une fraction de seconde, elle prit conscience de la position dans laquelle elle était. Appuyée contre sa petite table, elle tenait en l'air la couette comme un fouet. Elle se mit alors à rougir de plus belle, se cachant dessous comme une enfant morte de honte.
_Tu m'as fait peur Tôshirô…
_C'est toi qui m'a fait peur ! J'ai senti ton reïatsu s'enflammer violemment comme si quelqu'un t'agressait !
_C'est pas ma faute, ronchonna-t-elle. Je ne me rappelle pas comment je suis arrivée ici…
_Ah, dit-il timidement. C'est moi qui t'ai ramené. Tu t'es… endormis après ton…
_Mon délire ? Finit-elle en se frottant la tête.
_Tu t'en souviens ?
_Je crois, hésita-t-elle. Je ne sais plus trop ce que j'ai dit ou fait…
Elle s'enroula plus profondément sous la couette.
_J'ai… j'ai blessé quelqu'un ? Demanda Karin, inquiète.
Tôshirô se pencha et fit glisser le bout de tissu délicatement de ses cheveux. Le visage de son amie lui apparut crispé et son regard était fuyant.
_Non Kurosaki. Tu n'as blessé personne. Et puis honnêtement, même si tu nous avais attaqués, à part te faire mal, tu n'aurais pas fait grand-chose.
Le sourire mesquin que lui envoya le jeune Capitaine fit presque rire la jeune fille mais elle ne savait pas pourquoi, quelque chose au fond d'elle l'empêchait de jouir totalement de ce qui se passait dans sa vie.
Elle était inquiète et à la fois troublée. Troublée par les changements qui s'opéraient en elle sans qu'elle puisse les contrôler. Troublée par son sourire. Troublée par ses yeux. Ses lèvres si proches. Sa main qui l'avait effleurée quelques secondes à peine.
_Kurosaki ? Ça va ?
Revenant à la réalité, la jeune fille se mit à rougir en repensant à ce qui venait de lui traverser l'esprit.
_Je… oui, oui, ça va mieux maintenant.
Tôshirô sentit que quelque chose bouleversait Karin mais il n'insista pas sur le sujet. Si elle avait voulu lui parler, elle l'aurait fait hier matin. Mais non. Elle s'était contentée de se réserver pour ce salopard de Kurotsuchi. A lui, elle répondait. Sans envie, certes, mais elle lui répondait quand même.
Etonnamment, il se mit à sentir une colère modérée l'envahir. Une irrésistible envie de frapper son confrère.
Ce pouvait-il qu'il ressente de la jalousie ? Envers cette espèce de grand malade ?
_Tôshirô ? Ça va ?
Revenant à lui, le jeune homme se mit à rougir en repensant à ce qu'il venait de ressentir.
Il tourna le dos à Karin pour cacher son visage et ouvrit le shoji afin de se diriger vers son bureau.
_Attends ! Lui lança-t-elle. J'ai dormis longtemps ?
_Environ treize heures.
_Merde, murmura-t-telle.
_Prépare-toi et rejoins moi quand tu seras prête, ok ?
Elle ne répondit pas mais il n'attendait pas vraiment de confirmation. Après tout, les règles étaient ainsi faites. Chaque matin, elle devait se lever, se préparer et le rejoindre dans son bureau. C'était les conditions imposées si elle voulait avoir une chance d'être soignée.
Sur ce, il disparut en refermant la porte d'entrée, laissant la jeune fille seule, assise dans la pénombre de sa petite chambre.
Un soupir de lassitude échappa à Karin. Son esprit endurait les évènements passés. Sa mort subite, cette pression qu'elle ressentait au plus profond d'elle-même. Ce venin qui coulait à l'intérieur de ses veines comme une blessure de l'âme et qui gagnait chaque jour du terrain.
Cette guerre intérieure ne lui laissait aucun moment de répit. Pas de temps pour penser à son chagrin. Pas de temps pour penser à ceux qu'elle avait quitté et perdu peut-être à tout jamais. Pas le temps pour elle.
« De quoi tu as besoin là, tout-de-suite ? » Pensa-t-elle.
Elle n'eût pas besoin de réfléchir avant que ses jambes ne prennent le contrôle de son corps. Elle ne se sentit pas ouvrir la porte de sa salle de bain et ses vêtements glisser sur le sol froid. Elle ne remarqua pas que l'eau, comme par miracle s'était mis à danser comme une pluie d'été sur sa peau frissonnante.
Et le manège continua alors qu'elle était propre, habillée d'un nouvel uniforme, coiffée. Elle ne se rendit pas compte des gens qui la frôlaient alors qu'elle grimpait mollement les escaliers du hall. Ni ceux qui l'observaient avec curiosité dans le long corridor qui menait au bureau du Capitaine de la Dixième Division.
La léthargie envahissait ses membres pour effacer au mieux tout ce qu'elle cumulait de chagrin depuis son arrivée en terre inconnue. De cette façon, elle ne pouvait pas fondre en larme. De cette façon, elle ne pouvait pas craquer.
Et cela dura jusqu'à la porte sur laquelle elle posa sa main pour la faire glisser.
Mais alors qu'elle respirait un bon coup pour retrouver ses forces, une voix de femme s'éleva, forte et aigue de derrière le shoji.
_Vous m'aviez dit que vous ne vouliez personne dans votre vie ! Criait la voix féminine à travers le papier de riz.
_Ecoutez Oïshi-sama, reprenait la voix de Tôshirô, agacé, je ne vous ai pas mentit. Je ne vois pas pourquoi vous me faites une scène ! Sur mon lieu de travail qui plus est…
_Cette… humaine…
Karin sentit de l'animosité, presque du dégout dans ce seul mot.
_Kurosaki. C'est son nom, reprit-il.
_Peu importe ! Lança la dénommée Oïshi. Cette fille partage votre vie tous les jours et moi, je ne pouvais quasiment jamais vous parler parce que, soit disant, votre travail vous prenait trop de temps !
_Mais Kurosaki n'est pas ma compagne ! Cria Tôshirô qui perdait patience. Ce n'est qu'une mission bon sang !
Le sang de cette-dernière ne fit qu'un tour. Elle venait de découvrir ce qu'elle était à ses yeux. Une mission. Un fardeau.
La jeune fille laissa son épaule se posait mollement sur le mur du couloir, sa tête reposant lourdement contre le bois peint.
« Je le savais… » Pensa-t-elle.
_Et même si elle était plus, cela ne vous regarderait plus !
_Vous êtes un briseur de cœur !
Et tandis que la dispute continuait derrière le shoji, une main délicate se posa sur son autre épaule et une belle tête rousse apparut dans son champ de vision.
Elle ne sursauta pas. Même l'effet de surprise n'agissait plus sur son corps.
_Kurosaki…
_Matsumoto.
Un silence gênant s'installa entre elles ce qui permit à la petite brune de comprendre que la vice-capitaine avait également entendu la conversation.
Elles entendaient par-ci, par-là, des bribes de conversation entre les deux personnes qui ne cessaient de monter le ton à chaque occasion.
_On s'en va, ordonna la belle rousse en l'attrapant par la manche du shihakusho.
Et sans protester, Karin se laissa entrainer dans les méandres de la division. Elle ne voyait plus ni couloir, ni bureau, ni shinigami. Ses pas suivaient ceux de son guide sans chercher à en savoir plus. C'était trop difficile de contrôler à la fois ses sens et ses larmes.
_Assieds-toi là, dit Matsumoto qui sortit deux coupelles et une bouteille de saké.
Trop épuisée pour s'en rendre compte, Karin avait pénétré dans une petite salle éclairée où se situait en son centre une magnifique table basse en bois ancien.
_Allez, insista la vice-capitaine. Assieds-toi.
Elle s'exécuta, trop contente de pouvoir s'effondrer vers le tatami.
_Tiens, bois.
Et alors qu'elle portait le liquide chaud à ses lèvres, la jeune fille se rendit compte que ses sens s'éveillaient un à un. Elle sentit de nouveau ses doigts picoter au contact de la porcelaine, les odeurs d'épices et d'alcool qui embaumaient toute la salle, les bruits de conversation qu'il y avait autour d'elle, le goût brûlant du saké sur sa langue endoloris et puis tout devint clair.
Le lieu dans lequel elle se trouvait était en réalité très grand. Partout, des petite tables basses autour desquelles mangeaient et buvaient des shinigamis.
C'était le matin. Ils mangeaient lentement, les yeux encore ensommeillés.
Puis, Karin posa les siens sur la belle rousse qui lui souriait gentiment, assise avec toute l'élégance d'une vraie femme.
_Tu as l'air fatiguée, dit simplement la jeune fille en remarquant les cernes bleues qui se dessinaient sous son regard.
_J'ai patrouillé toute la nuit. J'allais faire mon rapport au Capitaine, mais il semblerait qu'il ne faille pas le déranger.
Soudain, un homme à l'apparence d'une vingtaine d'année, avec de longs cheveux blonds et des yeux d'un vert émeraude entra avec fracas.
_Messieurs, dames ! Lança-t-il en riant. Un conseil, ne vous approchez pas du bureau du Taïcho ce matin !
_Et bien Minamoto ! Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Demandèrent d'autres hommes, installés vers l'entrée. Pourquoi ?
_Encore l'emmerdeuse, ajouta-t-il en rejoignant ses collègues.
Ils éclatèrent de rire.
Karin regarda sa coupelle vide avec une attention toute particulière.
_Qui est-elle ? Demanda-t-elle à Matsumoto.
_Oïshi Yuri est la fille d'un puissant aristocrate du Seireitei. Taïcho l'a rencontré il y a environ un an pendant un banquet organisé par sa famille.
_Tôshirô est allé à un banquet ? Ricana la petite brune.
_On ne refuse pas ce genre d'invitation sauf si le travail ne le permet pas. Or, je crois qu'il n'avait aucune mission à ce moment-là. Aucune excuse pour y échapper…
Le mot mission résonna une fois de plus à ses oreilles comme une torture.
_Bref, reprit Matsumoto, il a rencontré cette Yuri là-bas et je crois qu'ils ont flirté ensemble pendant quelque temps – si tant est que l'on puisse imaginer qu'Hitsugaya est la capacité de flirter avec qui que ce soit…
Un sourire moqueur se dessina sur les lèvres des deux femmes.
_Mais, comme tu as dû le comprendre, ça n'a pas duré très longtemps.
_Et tant mieux ! Lança la voix d'un homme derrière le dos de Karin.
Le dénommé Minamoto apparut à côté d'elle comme s'il faisait partit de la conversation depuis le début.
_Cinquième siège, minauda la belle rousse, tu n'es pas sensé écouter ce que les gens se racontent, tu sais ?
Il lui fit un clin d'œil qui mit chaos Matsumoto.
Alors, la jeune fille regarda autour d'elle. Toutes les femmes shinigamis l'observaient avec une expression qui frisait le ridicule. Elle comprit que cet homme faisait beaucoup d'effet à la gente féminine.
_Minamoto Sotaru, se présenta-t-il en s'asseyant à sa droite.
_Kurosaki, ajouta-t-elle sans lui porter le moindre intérêt.
_Alors, dit-il, comme ça, c'est toi la fameuse petite sœur du célèbre Ichigo !
L'expression de celle-ci ne changea pas même si au fond d'elle-même, elle brulait d'envie de savoir ce que son frère avait bien pu faire pour mériter ce titre de « célèbre Ichigo ».
_Il parait.
_Tu n'as pas l'air dangereuse !
_Minamoto ! Gronda Matsumoto.
_Quoi ? Demanda-t-il, agacé. On nous dit de nous méfier de la nouvelle arrivante mais personne ne nous la présente ! N'est-ce pas les gars ?
Toute la salle s'était tu, écoutant la conversation avec un grand intérêt. Certains approuvèrent d'un signe de tête.
_Méfie-toi, murmura Karin en portant sa coupelle de nouveau pleine à ses lèvres. Tu ferais mieux d'écouter tes supérieurs et de te mêler de ce qui t'regarde…
Le ton de la petite brune était d'une parfaite neutralité. Il n'y avait ni ironie, ni menace dans sa voix. Elle savait, pour avoir fréquenté longtemps un monde essentiellement masculin, qu'il fallait toujours laisser trainer une part de mystère par un calme magistral.
L'effet fut le bon. Le beau gosse aux cheveux blonds jeta des regards étonnés autour de lui, pour voir la réaction de ses camarades. Puis, il revint à elle avec un sourire plus grand encore.
_Il parait que t'es malade, ajouta-t-il, plus désagréable. T'es folle, c'est ça ?
_Ca suffit Minamoto ! Gronda la belle rousse en tapant du poing sur la table. Cesse de toujours chercher la merde !
_Ben quoi ? Elle a quoi de si spécial cette nana ?
_Ça suffit, dit posément une nouvelle voix masculine, grave et sereine du fond de la salle.
Tous se retournèrent, ainsi que la petite brune qui crut, pendant un court instant, qu'il s'agissait de celle de son père.
Mais non. Le shinigami qui buvait seul dans un coin n'était pas Isshin. Il était brun, tout comme lui, grand, presque colossal, taillé dans la roche et ses yeux était onyx. Tout son corps transpirait une inébranlable quiétude.
_Yoshida, chuchota Minamoto. Ne te mêle pas de ça !
Cependant, lorsque ce-dernier tourna la tête vers lui et planta ses yeux jaune dans ceux d'émeraude du beau gosse, la tension devint palpable et tous reprirent leurs activités comme si de rien n'était. Le blond se leva avec désinvolture et quitta la pièce.
_Bon ! Lança Matsumoto en se levant à son tour. Je vais faire mon rapport au Taïcho et je vais me coucher ! Ne traine pas trop, ok ?
Karin acquiesça d'un léger signe de tête. Rester seule au milieu de tous ces inconnus qui la dévisageaient ne l'enchantait pas.
_Je viens avec t…
_Eh ! Petite ! Lança le fameux Yoshida.
La jeune fille fut arrêtée dans son élan.
Le colossal shinigami l'invitait de sa main à se joindre à lui. Pouvait-elle refuser de s'assoir auprès de l'homme qui venait de la débarrasser de cet idiot de Minamoto ? Mais était-il différent des autres ?
Le sourire que lui envoya Matsumoto la rassura et elle se dirigea doucement vers sa nouvelle place.
Durant plusieurs minutes, aucun d'eux ne parla. Lui, buvait tranquillement une tasse de café. Elle, le dévisageait avec beaucoup de passion. En plus d'être physiquement impressionnant, il dégageait cette aura réconfortante qui lui manquait tant en ce moment.
Et si le temps ne passait pas, elle aurait pu rester assise ainsi sans parler indéfiniment.
_Je t'observe depuis que tu es arrivée jeune Kurosaki, lui dit-il au bout de plusieurs minutes.
Elle ne répondit pas.
_Tu sembles beaucoup souffrir. Ta colère te ronge de l'intérieur et le mal dont tu souffres ne t'aide pas, n'est-ce pas ?
Karin baissa ses yeux sur ses propres mains, les lèvres cousues. Elle savait que si elle tentait d'ouvrir la bouche pour ne serais-ce dire qu'un seul mot, elle fondrait en larme devant toute la division.
_Je suis très heureux de t'avoir parmi nous, ajouta Yoshida en souriant. Je connais Hitsugaya Taïcho depuis son arrivé au Seireitei et je crois que tu peux lui apporter beaucoup de bonheur.
_Je ne crois pas, non, murmura-t-elle. Il me déteste à cause de ce que je lui ai dit sur terre.
_Vraiment ?
_Il a dit à cette Oïshi que je n'étais qu'une mission. Je suis un fardeau pour lui. Il est constamment sur les nerfs.
_Et toi Kurosaki ? N'es-tu pas dans le même état ?
_Qu'est-ce que vous voulez dire ?
_Lui en veux-tu encore pour cette… dispute ?
Tout-à-coup, elle se sentit stupide. Elle se mettait toujours en colère contre lui parce que c'était plus facile d'agir ainsi plutôt que de lui avouer qu'elle regrettait ce qui s'était passé entre eux. Agissait-il également avec la peur d'être rejeté ?
Ses joues se mirent à rougir violemment.
_J'ai connu un Yoshida, chuchota-t-elle en se levant.
_Et alors ?
_C'était un con, dit-elle avec un sourire radieux aux lèvres avant de quitter la salle, son regard exprimant une gratitude démesurée envers cet inconnu qui avait simplement prit le temps de lui parler.
Et alors qu'elle avait disparu dans le couloir, le colosse aux yeux félins laissa échapper malgré lui rire de contentement.
[…]
*Rotenburo : Bain publique en plein air. A découvert le nom grâce à la fiction de KureaRinyu37furansu « Behind Looks » que j'aime beaucoup. Si vous ne l'avez pas encore lu, allez-y, c'est vraiment sympathique.
A bientôt pour le Chapitre XIII !
