Voilà un nouveau chapitre (avec beaucoup de retard !). J'ai peu de temps en ce moment mais je vais essayer de tenir la cadence (j'vous dois bien ça !). Encore un grand merci pour vos commentaires et pour ceux qui me suivent )

CHAPITRE XIII : Pardonne-Moi…

Le Capitaine de la dixième division enfouis son visage dans ses mains. Se débarrasser de Yuri n'était pas chose aisée et il n'avait vraiment pas besoin d'une aristocrate hystérique dans sa vie en ce moment.

Il la trouvait à présent si condescendante, égoïste et insupportable qu'il ne se rappelait absolument pas ce qui l'avait attiré chez elle la première fois qu'il l'avait rencontré à ce banquet. Elle était très belle, il fallait le reconnaître mais derrière ce sourire d'ange se cachait la langue d'un serpent.

Il ne s'était pas passé grand-chose avec elle finalement. Ils avaient simplement discuté – après tout, c'était la fille d'un noble du Seireitei. Rien qu'un dîner en tête à tête avec elle prenait des proportions bien trop importantes pour lui. A peine un mois qu'ils se fréquentaient que Yuri lui parlait de mariage… certes ! C'était comme ça que fonctionnaient les aristocrates mais lui ne venait pas de ce milieu-là.

Alors, l'image d'une autre jeune fille brune s'imposa à son esprit. Elle avait des courbes parfaites que le tissu épousait sans défaut. Un regard ténébreux et intelligent toujours en proie à l'observation. Et des lèvres ! Des lèvres roses comme une fleur printanière !

Karin, elle, faisait naître en lui des sentiments nouveaux qu'il ne comprenait pas, ni ne contrôlait. C'était un supplice pour lui de se tenir si proche et à la fois si loin d'elle.

Soudain, la porte glissa pour laisser pénétrer dans son bureau une des femmes partageant son quotidien et en qui il avait le plus confiance.

_Taïcho ?

_Oui Matsumoto ? Tu n'es pas censée te reposer ?

_Je dois faire mon rapport, s'étonna la vice-Capitaine.

_Ah, dit-il distrait. S'il n'y a rien d'important à me déclarer, tu me le feras à ton retour de permission.

Trop perplexe pour faire le moindre geste, la belle rousse resta figée à le regarder, inquiète.

_Qu'est-ce qu'il y a, soupira Tôshirô.

_C'est juste que, d'habitude… non rien.

_Alors, va dormir ! Souffla-t-il.

_Ah, si ! Une dernière chose !

_Quoi, Matsumoto ! S'impatienta le Capitaine.

_Vous devriez inviter Kurosaki à diner chez vous ce soir… et discuter avec elle.

L'attitude agacée et lasse du jeune homme se transforma instantanément en gène et en curiosité. Un dîner ?

_Pourquoi veux-tu…

_Elle n'a vraiment pas l'air d'aller bien. Et puis…

_Et puis ?

_Elle a entendu votre conversation avec Oïshi-sama. Vous n'y êtes vraiment pas allé de main morte !

Le silence qui s'installa dans le bureau en disait long sur le malaise que ressentait son supérieur.

_Enfin, moi j'dis ça, j'dis rien ! Lança-t-elle avec désinvolture en ouvrant la porte. A demain, Taïchoooo !

Tôshirô aurait voulu l'appeler et lui en demander plus mais c'était une chose qu'il ne savait pas faire. D'autant plus qu'un millier de questions se bousculaient dans sa tête.

Qu'avait-elle entendu au juste ? Pensait-elle qu'il entretenait une liaison avec Yuri ? Etait-elle en colère pour ce qu'il avait dit ? Qu'avait-il dit déjà, la concernant ?

Peut-être était-elle très énervée et qu'elle allait recommencer à lui hurler dessus comme à chaque fois qu'ils se prenaient la tête tous les deux !

_Tôshirô ? Demanda la voix de Karin derrière le shoji. Je peux entrer ?

En effet, quelque chose n'allait pas. D'habitude, elle aurait immédiatement ouvert et serait rentrée pour s'installer sans même demander si ça lui plaisait ou non. Mais alors que son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine, il contraint son corps à prendre cette attitude sèche et froide qui le protégeait si bien.

_Entre, dit-il simplement en se plongeant dans des dossiers qui n'avaient plus besoin de son attention.

La petite brune se glissa à son tour dans la salle pour s'installer discrètement derrière la table basse. Cependant, et à son grand désespoir, elle n'y trouva aucune réclamation pour l'occuper durant la matinée.

_C'est si mauvais ce que j'ai fait hier ? Dit-elle déçu.

Etonné, il releva la tête vers elle.

_Tu n'as pas de travail pour moi ? Reprit-elle.

_Si, répondit Tôshirô. Les nouvelles réclamations sont rangées dans ce tiroir. Continu comme hier. C'était très bien. Tu m'as épargné deux bonnes heures de boulot.

Il ouvrit le réceptacle et sortit une pile de feuilles plus petite que la veille, que Karin attrapa. Mais tandis qu'elle posait ses mains sur le papier, un peu de sa peau vint effleurer le bout des doigts du Capitaine.

Ce fut comme une décharge électrique et l'un et l'autre se figèrent comme deux statues de marbre. Le rouge aux joues, ils se regardèrent avec tant d'intensité qu'une guerre éclatant à côté d'eux n'aurait pu les défaire de cette étreinte visuelle.

_Pardonne-moi, chuchota Karin.

Cependant, Tôshirô cru qu'elle s'excusait pour le contact et il se replongea à toute vitesse dans sa paperasse.

_C'est pas grave, grommelât-il.

_Non ! Cria-t-elle, plus fort qu'elle ne le voulait.

Il leva les yeux vers la petite brune avec étonnement.

_Je veux dire, reprit-elle en se retournant pour poser les réclamations – et surtout pour éviter son regard, je veux dire… pardon pour tout ce que je t'ai dit à Karakura… et tu sais…

_Mange avec moi ! Coupa-t-il dans un sursaut.

Elle se tourna vers lui, complètement sciée par ce qu'elle venait d'entendre.

_Je veux dire, en fait, je voulais savoir si tu voulais manger avec moi ce soir. Pour te changer les idées. Comme avant. Enfin, non, pas tout-à-fait comme avant. Enfin si. Ce que je veux dire…

_D'accord.

Si Karin ne l'avait pas arrêté, la vapeur aurait fini par exploser de sa tête rouge écarlate.

_Ok, dit-il simplement.

_Ça m'va.

_Moi aussi.

_T'es sûr ? Ironisa-t-elle.

_Ne te moque pas…

Une fois de plus, le Capitaine disparut derrière ses dossiers. Il ne vit pas le sourire amusé de son amie. Il n'entendit pas que le cœur de celle-ci battait la chamade tout comme le sien.

Et tandis que tous les deux avançaient dans les démarches obligatoires de la dixième division, leurs pensées ne cessaient de s'égarer dans de folles divagations sur ce simple repas en tête à tête…

[…]

Deux heures plus tard, alors que Karin était sur le point de terminer son travail, le shoji glissa pour laisser entrer trois hommes dans le bureau du Capitaine.

_Taïcho, saluèrent-ils en s'alignant.

La jeune fille, après avoir fini la lecture d'une simple demande de congé, leva les yeux vers ces nouveaux visages.

« Pas si nouveau que ça… » Pensa-t-elle en reconnaissant le cinquième siège aux cheveux de blé.

_Kurosaki, ordonna Tôshirô froidement, rejoins ta chambre pour le moment. J'ai à faire.

Karin acquiesça d'un signe de tête et disparut dans le couloir sans protester ce qui parut étrange à son ami. Le regard qu'elle avait jeté à Minamoto était glacial et si elle avait eût des pistolets chargés à la place de ses iris, son cinquième siège aurait subi l'assaut meurtrier des colères de la petite brune. Etait-il possible que ces deux-là se connaissent déjà ? Au vu de la réaction de cette-dernière, quelque chose était arrivée.

Mais il n'en su pas plus pour le moment car déjà, celle-ci descendait les marches à toute vitesse pour se diriger vers le hall. Son pas était rapide car au fond d'elle-même résonnait une envie quasiment incontrôlable de frapper cet abruti.

« Tu fuis ? » Interrogea sa voix.

« Il faut croire. »

« Tu meurs d'envie de lui éclater la gueule à ce mec. Retournes-y ! »

« … »

« Avant, tu ne te serais pas gêné. Si quelqu'un te manquait de respect… »

« Et bla, et bla, et bla. Tu veux pas la fermer ? »

« … »

« T'es encore là ? »

« Je suis toujours là. »

« Et merde ! Tu ne vas jamais me lâcher ? »

« Je serai à tes côtés jusqu'à la fin. »

« C'est bien ce qui m'inquiète… »

Karin pénétra dans le corridor qui menait à son petit chez elle sans se soucier des gens qui la regardaient avec étonnement.

« Et si tu te vengeais ? »

« Recommence pas ! »

« Il t'a manqué de respect ! »

« … »

« Je sens ton cœur accélérer. Ça te plairait hein ? »

« Si tu le dis… »

« Tu pourrais lui faire ça… »

Tout-à-coup, le couloir devint flou et remplacer par l'image d'un homme aux cheveux blonds, allongé sur le sol, ses mains appuyant contre son cou d'où pissait le sang. Cette blessure ressemblait à une morsure animale. La morsure d'un serpent. Ses yeux, exorbités et larmoyants, transpiraient la pitié.

« Tu n'aimerais pas ça ? »

Affalé sur le parquet, il reculait difficilement, tentant d'échapper à la bête qui le surplombait.

_Arrête ça ! Gronda Karin en secouant la tête pour chasser ces images.

Une shinigami qui sortait de son appartement se tourna vers elle, étonnée, puis elle s'en alla, suspicieuse d'où venait la petite brune.

Alors seulement, le couloir réapparut et le calme revint.

« Tu es là ? » Demanda Karin.

Aucune réponse ne résonna en elle. Le silence. Seuls les battements accélérés de son cœur faisaient écho dans ses tempes.

Et tandis qu'elle entrait dans sa chambre, la culpabilité vint la frapper en plein visage car, même si l'image de ce salopard agonisant était une chose affreuse, en réalité, elle avait senti une certaine satisfaction. Une excitation. Et la vision de l'hémoglobine coulant à flot de son cou en lambeau la faisait saliver.

Le gout du fer qui imprégnait sa bouche comme une hallucination la fit presque gémir de plaisir.

_Merde ! Cria-t-elle en claquant la porte de la salle de bain.

Ainsi cloitrée, elle posa ses mains sur le lavabo en métal et jeta un regard dégouté à son reflet.

_Qu'est-ce que…

Karin avança son visage plus près du miroir pour mieux détailler ses traits.

Ses pupilles étaient dilatées comme si elle avait bu toute la nuit. Deux immenses iris noir l'observaient en face d'elle. Le fond de ses yeux étaient rouge vif comme si chaque vaisseau sanguin avait éclatés.

Ses narines tremblaient comme si l'odeur de la proie se vidant de son liquide vital était là, bien présente, tout près d'elle et lorsqu'elle ouvrit la bouche, un cri d'effroi lui échappa.

Elle tomba au sol, ses mains bloquant ses lèvres afin de cacher ce qu'elle venait d'entrevoir. Alors, doucement, elle fit glisser son index sur la pointe de ses dents.

« C'est pas possible ! »

A gauche et à droite, en haut et en bas de sa mâchoire se tenaient quatre canines plus proéminentes que d'habitude. Elle n'avait pas rêvé. Allongée de la sorte, sa dentition s'était transformée en gueule de bête sous l'effet de l'excitation.

_Bordel ! Gémit Karin en agrippant le haut de son crâne. Bordel ! Bordel ! Bordel !

Son cœur accéléra encore, si fort qu'il lui sembla que sa peau vibrait sous le tam-tam incessant de sa peur.

_Je dois rêver ! Je rêve, c'est ça… je rêve, bordel de merde…

Soudain, sa porte d'entrée s'ouvrit si violemment qu'elle s'éclata contre la plinthe.

_Kurosaki ! Cria la voix de Tôshirô.

Et tandis qu'il poussait le shoji de la salle de bain, la jeune fille se jeta dessus pour la bloquer de l'autre côté.

_N'entre pas ! Hurla-t-elle, prise de panique.

_Bon sang Kurosaki ! Ouvre cette porte !

_Non !

_Mais qu'est-ce qu'il te prend ! Ton reïatsu se déchaine !

_Vas-t-en, j'te dis !

_Ouvre cette porte où j'la défonce !

Bien sûr, elle savait que s'il utilisait un peu de sa vraie force, il ferait voler le bois en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire. Alors, Karin se laissa glisser contre la paroi, comme si toute sa force l'abandonnait.

_Je… je suis un monstre, chuchota-t-elle. Il a raison ! Je suis mauvaise…

Elle entendit le bruit d'un glissement pareil au sien de l'autre côté.

_Pourquoi tu dis ça ?

_...

_Kurosaki… Tu as fait quelque chose de mal ?

_...

_Ouvre moi.

_Non.

_Ouvre-moi tout de suite, s'impatienta-t-il.

_Il… il va bien ? Demanda-t-elle, apeurée.

_De qui tu parles ?

_Minamoto… il va bien ?

Un silence s'installa pendant lequel le jeune Capitaine essayait de comprendre ce que son cinquième siège venait faire dans la conversation. Une pointe d'irritation le gagna.

_Pourquoi tu poses des questions débiles ! Cria-t-il. Bien sûr qu'il va bien ! Il attend dans mon bureau avec les autres ! Qu'est-ce qu'il te prend ?

Karin enfonça ses poings dans ses orbites. Si elle avait pu, elle se serait arraché les yeux sur le champ.

_Kurosaki ! C'est qui ce « il » dont tu parlais ?

_De quoi tu parles, murmura-t-elle, épuisée.

_Tu as dit « Il a raison. Je suis mauvaise. » Qui c'est ?

_...

_C'est… encore un de ces délires, c'est ça ?

_C'est ça…

Elle entendit le bruit d'un corps qui se relevait et dans son dos, le shoji glissa vers le creux prévu à cet effet. Et ce n'est que lorsqu'elle sentit un courant d'air frais caresser sa nuque qu'elle comprit que Tôshirô venait d'ouvrir la porte pour se placer en face d'elle.

Il s'accroupit et prit son menton dans sa grande main pour accéder à ses yeux.

_Tu as l'air épuisé, dit-il simplement, ce qui eût pour effet de faire frissonner la jeune fille.

Ne voyait-il pas ses pupilles ? Ses canines proéminentes ?

_Tôshirô…

_Quoi ? Demanda-t-il.

_Je n'te fais pas peur ?

L'air étonné de son ami la perturba au plus haut point. Etait-il possible que…

Tout-à-coup, elle se releva et, poussant le Capitaine sur le côté, elle agrippa le rebord de lavabo d'acier et confronta son visage à son reflet.

_C'est pas vrai, chuchota-t-elle.

L'image que lui renvoyait le miroir n'avait rien à voir avec celui qu'elle avait contemplait quelques minutes plus tôt. Ses pupilles étaient normales, quoi que très cernées. Et lorsqu'elle entrouvrit ses lèvres, aucune dent ne sortait plus qu'une autre. Plus d'immenses canines de fauve. Et même son cœur se calmait.

_Je devrais peut-être t'emmener de suite chez Kurotsuchi, hésita le jeune homme avec inquiétude.

_Oui ! Cria-t-elle en se jetant contre lui. C'est ça ! Emmène-moi le voir ! Vite ! Je t'en prie !

Dans sa précipitation, Karin s'était littéralement collée contre lui, ses doigts serrant fortement le col de son haori.

_Calme-toi, s'empressa de rajouter Tôshirô en attrapant ses poignets pour l'immobiliser. Mais qu'est-ce qu'il t'arrive, bon sang ? Tu ne veux pas me le dire ?

Elle baissa le visage en reculant et fit signe qu'elle n'y tenait pas. Comment lui dire à lui, qu'elle était déjà en train de se métamorphoser en une chose bestiale ? A lui qu'elle chérissait de toute son âme ! Celui vers qui se tournaient toutes ses pensées !

Il allait la haïr. La repousser. Peut-être même, l'achever !

_Non ! Gémit-elle. Je n'veux pas que tu me repousses !

Soudain, elle se mit à courir comme une folle.

Elle passa la porte de sa chambre, le couloir, le hall, prit la sortie vers la cour ensablée, bouscula tant de personnes qu'elle ne vit pas, et ce, jusqu'à ce que la fatigue l'empêche de faire un pas de plus.

Et seulement à ce moment-là, accroupis sur le sol, elle se rendit compte qu'elle ne savait absolument pas où elle se trouvait.

Elle fit glisser ses yeux tout autour d'elle mais les murs étaient tous les mêmes. Aucun indice, aucune indication ne pouvaient l'épauler.

Elle était seule. Définitivement seule. Sans personne pour l'aider. La sauver.

Elle…était…seule…

[…]

Bientôt la suite (si ! si ! J'vous jure !).

PS : Je réponds à vos commentaires en… ben en commentaires donc si vous avez des questions, c'est là et pas sur mes chapitres (la plupart du temps) que je vous réponds^^ J'espère que le chapitre vous a plu.