Déjà, un grand merci Angaradh pour ses commentaires passionnés et à Heinko qui me soutient (et non pour « L'amour n'est pas une fin », fic que j'aime beaucoup aussi mais ce n'est pas moi qui l'ai écrite).

Ensuite, Désoléééééééééée pour le retaaaaard ! Je galère avec l'accumulation de mes études, mes jobs et mon p'tit garçon ! Mais je vais essayer de retrouver un rythme plus soutenu. Je déteste quand les fics mettent trois plombes à avancer alors, j'vais bouger mon p'tit cerveau pour que l'histoire continue.

Et surtout : Bonne Lecture !

Chapitre XIV : Ne Plus Se Mentir

La léthargie de Karin fut agitée par un rêve étrange.

Elle marchait à pas de loup dans un long corridor sans portes ni fenêtres. Elle continuait à avancer comme ça durant des heures. Elle se sentait bien. Le plafond était haut. Les murs étaient blancs. Le sol, très légèrement mou épousait parfaitement la forme de ses pieds.

Au bout d'un moment, la jeune fille voyait une lumière blanche devant elle. Aveuglante. Rassurante. Elle n'accélérait pas la marche. Tout son corps se laissait porter par l'air. Légère. Presque flottante entre les murs.

La lumière se rapprochait. Et lorsque Karin fut assez près d'elle, une porte blanche apparut, lumineuse.

« N'entre pas… »

La porte s'ouvrit.

« Kurosaki ! N'entre pas ! »

A cet instant-là, alors qu'elle s'apprêtait à franchir le seuil, une multitude d'abeilles, toutes les unes sur les autres, avançant péniblement, formèrent un barrage vers la sortie.

« N'entre pas ! »

[…]

Lorsque Karin ouvrit les yeux, une petite poupée aux cheveux rose était penchée juste au-dessus d'elle avec un sourire à la fois naïf et amusé.

_Bonjour Kichi-chaaaan* ! Lança la gamine à l'apparence d'une adolescente de quatorze ans.

La petite brune se releva difficilement en se frottant la nuque.

_Je suis où ? Demanda-t-elle en observant la salle dans laquelle elle venait de se réveiller.

_Chez Ken-chaaaaan ! Cria la fille aux cheveux rose.

_T'es ici chez moi, grogna le Capitaine de la onzième division avec un sourire meurtrier, alors tiens-toi à carreau. Si tu touches à quoi que ce soit, je t'étripe.

Complètement exténuée, elle mit quelques secondes avant de comprendre la situation dans laquelle elle se trouvait. Elle tentait d'échapper à son ami, et la voilà en compagnie d'un mercenaire.

_Ken-chan t'aime bien, chuchota Yachiru à son oreille.

« Complètement taré ! » Pensa-t-elle.

_Ok ! Lança Karin en se levant d'un bond. J'me casse !

_Non, ajouta Kenpachi.

_Quoi ?

_Tu restes là.

Le visage surpris de la petite brune fit éclater de rire la gamine aux cheveux rose.

_J'ai bataillé une heure avec le nabot pour qu'il accepte de te laisser ici. Alors tu restes.

_Ken-chan se fait du souciiiiiis pour Shiro-Shiroooo ! Ricana la vice-capitaine.

_Oh ! Vas pas dire de conneries toi !

Le regard du colosse était sombre comme les ténèbres, ce qui ne semblait aucunement faire peur à la gamine.

_Le… nabot ? Reprit Karin. Le… nab…

Elle éclata de rire à son tour. Imaginer la tête de Tôshirô s'il entendait ça était tellement risible qu'elle ne pouvait s'arrêter de pouffer comme une enfant.

Son hilarité déclencha un grognement assourdissant de la part du géant. Il se leva de toute sa hauteur, pareil à une montagne et disparut par la porte d'un pas lourd et pressé.

Etonnée, l'euphorie de Karin s'arrêta net.

_J'ai dit quelque chose de mal ? Soupira-t-elle.

_Non. Il n'a pas l'habitude d'entendre une fille – en dehors de moi – rire à ce qu'il dit. Tu l'intimides ! Du coup, il va aller taper sur quelques hommes qui sont à l'entrainement.

_Hein ? S'étonna-t-elle en repartant d'un fou rire.

Et tandis qu'elle s'écroulait sur le sol, lâchant prise comme jamais, en proie à l'hilarité, la vice-capitaine se jeta sur elle, encerclant de ses petits bras musclés sa nuque.

L'effet fut radical. La petite brune se figea. Leur visage était si près l'un de l'autre qu'elle n'osait plus bouger d'un iota.

_Que… Qu'est-ce… Qu'est-ce que tu fous ? Bégaya Karin.

_Tu m'plais ! Murmura Yachiru avec des yeux pleins d'étoiles. Tu veux être mon amie ?

_Comme ça ? De but en blanc ?

L'adolescente s'écarta en joignant leurs mains.

_Il n'y a pas de filles à part moi dans cette division et toi, t'es marrante ! En plus, Ken-chan t'aime bien !

_Comment il peut m'aimer alors qu'il me connait même pas…

_T'as du cran ! On t'a vu avec Soejima et il parait même que t'as réussi à réunir tous ces soldats à toi toute seule !

_Ces…soldats ?

La petite brune se retint de ricaner. Les gars qui l'avaient suivi dans ce stupide combat ne ressemblaient en rien à des soldats !

_J'n'étais pas seule pour faire ça, chuchota-t-elle en pensant à Yusu si courageuse. A Jinta et Ururu. A Ryohei, Kei, Heita. Et Kazuya…

_Et puis tu es la petite sœur d'Ichigo ! Alors Ken-chan te dois bien ça !

_Qu'est-ce qu'il s'est passé avec mon frère ?

_C'est un grand guerrier, cria Yachiru en bondissant sur le lit. Il a réussi à battre Ken-chan ! Ça rend heureux Ken-chan ! Ken-chan aime les grands combats !

_Tu m'en diras tant, grogna Karin. Et qu'est-ce qu'il s'est passé tout à l'heure ?

_On cherchait le chemin du retour quand…

_Vous cherchiez votre chem…

_Oui ! Ricana la vice-capitaine. Ces couloirs se ressemblent tous, pas vrai ?

Elle approuva d'un signe de tête bien qu'elle se demandait comment un Capitaine de division pouvait se perdre sur son lieu de travail.

_Puis on t'a trouvé sur le sol. T'avais vraiment pas l'air en forme ! Deux secondes après, Shiro-Shiro était là. Il était en colère ! T'aurais dû voir ça !

_J'préfère pas non…

_Et puis épuisé aussi.

Même si la jeune fille ne voulait pas le reconnaître, elle culpabilisait de mener la vie dure à son ami.

_Il se faisait beaucoup de souci. Il ne l'admet pas mais il ne t'a pas lâché des yeux quand tu étais dans les bras de Ken-chan ! Et comme Ken-chan lui en doit une, il a proposé de te garder un peu.

_De me garder… un peu… J'ai toujours eu beaucoup de chance, ironisa la petite brune.

_N'est-ce pas ? Renchérit sérieusement Yachiru.

Karin se rassit sur le lit et plongea son visage dans ses mains. Tôshirô n'était pas le genre d'homme à confier « sa mission » à un barbare comme ce Kenpachi.

_Il n'a pas vraiment eut le choix, dit l'adolescente aux cheveux rose en devinant sa pensée. Les combats dans l'enceinte du Seireitei, hors entrainement, sont interdits. Ken-chan s'en fou mais pas Shiro-Shiro ! Cependant, s'ils avaient pu se tuer rien qu'avec le regard, je ne sais pas lequel des deux serait mort !

_Quel service Tôshirô a rendu à ton Taïcho pour qu'il accepte de me… garder…

_C'est un secret, chuchota la gamine à son oreille. Si je te le dis, je suis morte…

Elle éclata de rire tandis que Karin se demandait si ce géant serait véritablement capable d'un tel acte sur son bras droit.

_Bref ! Reprit Yachiru en se projetant vers la porte. Et si on allait manger ? On doit se rendre à la douzième division à quinze heure alors faudrait pas être à la bourre !

Sur ce, elle attrapa la main de Karin et l'entraîna dans les couloirs à toute vitesse. Cette-dernière eût à peine le temps de jeter un œil sur le chemin qu'elles pénétraient déjà une salle à manger aussi vaste que celle de la dixième division. Les tables étaient rangées dans le même schéma que celle de la veille. La seule différence était l'ambiance qui y régnait.

Là, les shinigamis installés aux tables ne lui jetèrent pas le moindre regard, trop occupés à panser leurs blessures et à se gueuler dessus comme des barbares. L'odeur du saké et de la bière flottait dans l'air ambiant avec tant d'intensité que la petite brune aurait pu se sentir saoulée rien qu'avec les effluves.

_Assis ! Cria la gamine pour dépasser le brouhaha de la masse.

Avant de s'exécuter, Karin jeta un œil sur l'immense Capitaine qui semblait étrangement éviter son regard. Etait-il possible que ce monstre de muscles puisse être intimidé par elle ? C'était improbable...

_Mange, ordonna-t-il avant de disparaître tête première dans une chope métallique.

_C'est qui celle-là ? Gueula un chauve avec un visage de chien méchant, assis à la gauche de ce-dernier.

Le brouhaha s'estompa jusqu'à atteindre un silence total. Tous se retournèrent pour observer la nouvelle arrivante et la petite brune sentit que le manège de la veille allait une fois de plus se reproduire.

_Celle-là, grogna-t-elle, s'appelle Kurosaki, tête d'ampoule !

Des rires éclatèrent dans l'assemblée d'homme.

_Quoi ? Gueula Ikkaku.

_Kichi-chan est marrante ! Cria Yachiru en sautillant sur place.

_Arrête de m'appeler comme ça !

_T'as l'air aussi chiante que ton frère, ajouta le chauve.

_Et toi, lança-t-elle, beaucoup moins fort que lui, je comprends que la peur te bouffe si tu as dû un jour croiser le fer avec Ichi-nii…

_Eh ! Hurla-t-il en se levant d'un bond et en dégainant son zanpakuto. Tu veux te battre pour vérifier ça ?

Karin se leva à son tour, les poings serrés, prête à se battre.

_Ça suffit ! Ordonna Zaraki. Assis-toi la mini portion. T'es encore loin d'avoir le niveau. Quant aux autres – il jeta un regard assassin à toute la division – Kurosaki est mon invitée. Pour ceux qui ne la connaissent pas, c'est une sacrée gonzesse qui a surement plus de tripe que la plupart d'entre vous mais avec une force de moineau. Le premier qui la touche, je l'éclate...

Certains shinigamis se raclèrent la gorge, légèrement angoissés à cette idée. D'autres, au contraire semblaient mourir d'envie de se battre malgré leurs nombreuses plaies.

La petite brune allait le remercier quand elle l'entendit rajouter :

_Quand elle pétera un câble, vous aurez tout le loisir de lui faire sa fête !

Tout-a-coup, tous poussèrent des cris de joies. Et bien qu'elle fulminait intérieurement contre le géant, elle se sentit étrangement sereine. Le regard des hommes qui se posait sur elle n'était pas malsain ni curieux. Ils la toisaient comme une égale. Pas une étrangère.

_Eh ! Toi ! L'interpela le chauve. Tu passeras à l'entrainement tout à l'heure. C'est hors de question que je sois obligé de combattre un être aussi faible que toi. Si tu deviens folle et que t'as même pas de répondant, ça va m'gonfler !

Karin éclata de rire. L'idée de se transformer en animal ne l'effrayait plus à cet instant précis. Elle sentit alors que les choses pouvaient s'arranger.

_Si t'as pas peur de te casser un ongle, le chauve, je te prends quand tu veux...

Le sourire qu'ils s'échangèrent demeura secrètement le premier vrai moment pendant lequel elle se dit qu'il y avait encore de l'espoir et qu'elle pouvait se plaire réellement entre ces murs.

Cependant, durant le repas Yachiru lui conseilla de ne pas s'entraîner avec lui si elle voulait garder un semblant de chair sur son corps. Remarque que la petite brune enregistra précieusement dans un coin de son cerveau.

Elle lui apprit également que ce dangereux mec qui se chamaillait avec un autre shinigami androgyne s'appelait Ikkaku. Qu'il était le plus fidèle combattant de Zaraki Kenpachi et qu'il aurait pu demander à passer l'examen pour passer au rang de Capitaine. Mais rien au monde n'aurait pu le faire quitter la onzième division.

Alors, devant cette fidélité acharnée, Karin sentit une véritable sympathie pour cette tête brûlée. Il lui rappela pendant un instant son frère toujours prêt à se battre pour ceux qu'il aimait ou respectait.

[…]

Lorsque le déjeuner s'acheva, la gamine aux cheveux roses attrapa sa nouvelle amie par la main et l'entraina à l'extérieur sous les regards avides du Capitaine et de ses subordonnés.

_Tu aimerais découvrir si tu as un zanpakuto ? Demanda brusquement Yachiru en s'arrêtant au milieu de la cour.

Etonnée par la question, Karin la regarda perplexe. Elle n'avait absolument pas envisagé cette éventualité. Après tout, elle aussi était la descendante d'un ancien Capitaine !

_Je suppose que oui, répondit-elle.

_Tu sais, reprit la gamine, Ken-chan t'aime bien alors tu pourrais être la deuxième fille à entrer dans la division ! Et puis, je pourrai t'entrainer moi !

_Pourquoi tu ferais ça ?

_Premièrement, parce que si crâne d'œuf te tombe dessus, tu ne te relèveras pas !

_Tu donnes vraiment des surnoms débiles à tout le monde, chuchota la petite brune.

_Et deuxièmement, reprit-elle sans relever la remarque, parce que je le veux ! Je le veux ! Je le veux !

L'adolescente sautillait sur place, les yeux pleins d'étoiles.

_S'il te plaît ! Kichi-chaaaaaaaaan !

Karin hésitait. Elle avait nourrit pendant des années une haine contre ceux qui lui avaient enlevé un frère et un père. Et voilà que maintenant, elle commençait à les apprécier !

_Qu'est-ce que je devrais faire…

_D'abord, lança la vice-Capitaine comme si elle venait d'accepter, il faut faire deux exercices en parallèle l'un de l'autre…

Yachiru l'entraina jusqu'à la sortie de l'enceinte de la division et continua de lui parler en traversant à grands pas, de long en large les couloirs de pierres blanches.

_D'abord, dit-elle, excitée, il faut te concentrer et écouter ta voix intérieur.

La petite brune se garda de lui répondre qu'elle commençait à détester ce genre d'expérience…

_Puis, il faut t'entrainer physiquement. Te muscler un peu plus. Faut que tu viennes ici tous les jours !

_Et comment je fais ça ?

_En marchant, non ?

_Non, souffla Karin. Je veux dire comment veux-tu que je vienne te voir tous les jours alors que Tôshirô est constamment sur mon dos ? Il n'acceptera jamais…

_De quoi ? Que tu viennes ou que tu t'entraines ?

_Les deux, soupira-t-elle.

Quelques secondes de silence s'installèrent pendant lesquelles les deux jeunes filles réfléchissaient.

_Ecoute, lança Yachiru en s'arrêtant à l'angle d'un énième couloir. Tu n'auras qu'à lui dire que tu es mon amie et que tu préfères passer plus de temps avec moi !

Karin s'imagina la tête de Tôshirô quand elle lui dirait une chose pareille. Elle eût presqu'envie d'éclater de rire.

_Puis s'il n'est pas d'accord, Ken-chan en fera son affaire…

_Mais il n'acceptera jamais que je m'entraîne ! S'il ne contrôle pas tout, il pète un câble ! Je le connais.

_Tu n'as qu'à lui mentir, suggéra la vice-Capitaine en souriant.

Le mensonge. Encore une chose qu'elle détestait et pour lequel elle était devenue une vrai professionnelle.

_Laisse tomber, grogna la petite brune. J'crois que j'vais m'contenter des réclamations du matin…

Les deux jeunes filles soupirèrent profondément et lorsque Yachiru lui reprit la main pour reprendre leur marche, Karin sentit un pincement déchirer son cœur. Cette gamine était un peu folle mais elle n'avait pas peur d'elle et ne la regardait jamais comme une bombe prête à exploser à tout instant.

_Au fait, demanda l'adolescente en se tournant vers elle, tu ne connaitrais pas le chemin de la douzième division par hasard ?

[…]

Après une bonne heure de marche, les filles réussirent à tomber sur le centre des recherches scientifiques du Seireitei. Et malgré l'agacement qui avait commencé à naître au fond de la petite brune durant le trajet, elle ne supporta pas que Yachiru lui lâcha la main.

_A demain ! Lui lança cette-dernière avec un clin d'œil tandis que la petite brune passait les grandes portes de la douzième division.

La voilà qui retrouvait d'un seul coup sa condition de cobaye sans rien pouvoir faire d'autre que de laisser ce grand malade de Mayuri pénétrer sa vie privée. Alors, soudainement, elle eût envie de pleurer. Bien entendu, aucune larme ne coula. Du moins, à l'extérieur…

_Tu es en retard, gronda la voix de Tôshirô derrière elle.

_Tu peux parler, lança sèchement Karin. Tu viens juste d'arriver…

Il se planta devant elle avec dans ses yeux, un mélange d'agacement et de soulagement.

_Tu vas bien ? Demanda-t-il, l'air de rien.

Son ton était si neutre, si sec qu'elle ne prit pas la peine de lui répondre.

Tout-à-coup, la vice-Capitaine Nemu apparût devant eux, si molle dans son attitude que la jeune fille fut étonnée de ne pas l'avoir vu arriver plus tôt.

_Suivez-moi, dit-elle simplement en les installant dans la salle d'examen.

Et tandis qu'elle retournait à ses occupations, les deux amis se toisèrent avec un regard de défis. C'était à qui lâcherait le combat interne en dernier.

Aussi, quand Kurotsuchi entra à son tour entre ses murs, quelques secondes à peine après eux, fut-il grandement ennuyé de la situation. Il n'aimait pas déjà le contact avec « l'homme », mais encore moins quand il s'agissait de deux enfants.

_Bien, lança le pharaon. Tout le monde a perdu ! Tendez votre bras Kurosaki…

Surprise, la jeune fille s'exécuta sans se méfier. Et alors que le Directeur des sciences sortait de sa poche une seringue plus grande que la moyenne, Tôshirô – oubliant qu'il en voulait vraiment à Karin – s'interposa une fois de plus.

_Qu'est-ce que vous foutez, demanda-t-il précipitamment.

_J'ai besoin d'un prélèvement de son sang pour analyser le venin, Hitsugaya Taïcho…

_C'est bon Tôshirô, grogna-t-elle, tu ne vas pas me bondir dessus à chaque fois qu'il entreprend le moindre mouvement…

Mais pendant que le pharaon enlevait une dose particulièrement élevée du précieux liquide vital de la jeune fille, le Capitaine de la dixième division, quoi que vexé par les propos de son amie, restait sur ses gardes, prêt à agir à tout instant.

_Vous savez Kurosaki, ajouta Kurotsuchi, nous pouvons rester là, chaque jour à répondre à des questions sans grand intérêt qui ne feront pas avancer mes recherches. Ou, - il lui jeta un regard lourd de sens – ou vous nous dites à quelle étape de la maladie vous en êtes. Comme ça je saurai si ce que je fais sert à quelque chose ou pas…

_Kurotsuchi, gronda le jeune Capitaine. Arrêtez de…

_Non, coupa Karin. Il a raison. J'ai assez menti.

Des yeux turquoise, froid comme un hiver trop long se posèrent sur elle, pleins de ressentiment. Mais elle s'en moquait. Elle ne voulait plus entendre de questions stupides sur sa vie privée comme la veille mais juste entrer dans le vif du sujet. Au risque de passer pour folle !

_J'entends une voix, dit-elle comme s'il s'agissait d'une chose tout à fait banale.

Sur cette déclaration, Tôshirô cessa de respirer totalement, a l'inverse du pharaon qui lui, continuait de jouer avec l'hémoglobine qu'il avait récupéré.

_Au vu de votre réaction d'hier, nous nous en doutions…

_Et c'est la première fois que je l'accepte, enchaîna-t-elle. Je l'entends depuis que j'ai reçu cette blessure. D'abord, c'était seulement dans mes rêves. Puis cette voix réapparait de plus en plus la journée.

_Qui est cette voix ? Demanda le chargé des sciences. Un nom ? Un prénom ?

_Il dit qu'il est moi.

Soudain, Kurotsuchi releva la tête vers elle avec un intérêt flagrant. Tôshirô aussi sentit que quelque chose clochait.

_ « Il » ? C'est une voix d'homme ?

Le choc fut violent pour elle. La petite brune ne s'était jamais posé la question. Elle l'avait avec elle constamment et jamais elle ne s'était rendu compte de ça.

_S'il était vous comme il le prétend, reprit le pharaon, ne devrait-il pas être une voix de femme ? Votre voix pour être plus précis…

_Je… je ne sais pas…

_Un zanpakuto ? Suggéra Tôshirô à son collègue.

_C'est une possibilité qu'il ne faut pas écarter. Cependant, j'en doute fort. Si cette voix est apparue juste après le Dokuja, c'est qu'elle est née de cette blessure. De plus, Kurosaki dit qu'il veut se faire passer pour elle. Ce n'est pas le schéma habituel pour un zanpakuto.

Le jeune Capitaine acquiesça d'un signe de tête, ses yeux toujours rivés sur elle, ses bras fermement croisés contre son torse.

_Que te dit-il d'autre ? Enchaina ce-dernier.

Karin sembla hésiter.

_Alors ? Insista le pharaon qui trouvait la question assez pertinente pour ne pas le jeter hors de son laboratoire.

_Il… il dit que je suis mauvaise. Il me le répète sans cesse. Il… me force à le dire. Il dit aussi…

« Que tu vas mourir pour renaitre avec moi. »

_Kurosaki ? S'inquiéta Tôshirô.

« Dis leur ce que je t'ai dit. Que tu vas mourir pour mieux renaitre entre mes bras. »

_Kurosaki ? Répéta-t-il plus fort.

_Quoi ? Dit-elle distraite.

_Vous n'avez pas finis votre phrase, enchaina Kurotsuchi, une lueur d'excitation dans les yeux.

_Je… je disais quoi ? Demanda-t-elle.

_Il vous parle en ce moment ? Cria-t-il en attrapant d'une main assurée un casque gros comme celui d'un joueur de hockey. Mettez ça sur la tête !

Karin le fit, cependant, elle savait que cette voix était assez intelligente pour se taire quand elle se sentait en danger. Il ne verrait aucune trace de cette chose sur son ordinateur, aussi perfectionné soit-il. Son fléau savait très bien se cacher.

_Que dit-il ? Insista encore le Capitaine de la douzième division.

_Là, il ne dit plus rien. Et il ne parlera pas si vous me collez ce truc sur la tête. En plus j'ai l'air d'un clown…

_Et merde ! Lança Tôshirô.

_Que vous disait-il alors ? Demanda Kurotsuchi en lui enlevant son casque, une déception non contenue dans la voix.

_Il dit que vous allez mourir. Que je vous tuerai de mes mains.

_Quoi d'autre ! S'emporta-t-il, enserrant ses poignets de ses grandes palmes blanches. Que dit-il ?!

Soudain, le main de Tôshirô agrippa le poignet de son confrère et le fit reculer violemment.

_Ne la brusquez pas ! Gronda-t-il comme un tonnerre, en se plaçant entre les deux.

L'air ambiant chuta de plusieurs degrés.

_Arrête Tôshirô, murmura Karin. S'il te plait… arrête…

Celui-ci se tourna vers elle, oubliant qu'il était sur le point de se battre.

_Je suis dangereuse, ajouta-t-elle dans un souffle.

Les deux Capitaines se rapprochèrent d'elles afin de mieux l'entendre, tant sa voix avait diminué vers le marmonnement. Ses yeux, d'un noir d'ébène fixaient le sol comme ceux d'un enfant prit sur le fait pendant une bêtise.

_Pourquoi tu dis ça ? Demanda Tôshirô.

_Ce matin, j'ai eu une petite altercation avec ton cinquième siège.

_Minamoto ?

_Ouais. Lui. Et quand je l'ai revu à ton bureau, quand je suis sortie pour retourner à ma chambre, des choses se sont passées…

_Développez Kurosaki, susurra le pharaon.

_J'ai vu des images dans ma tête. Et du sang. Beaucoup de sang.

_Le sang de Minamoto ? S'inquiéta Tôshirô.

_Et la voix me disait qu'il fallait que je le tue…

_Pourquoi ? Demanda-t-il de nouveau.

_Cessez de l'interrompre Taïcho, ordonna Kurotsuchi.

_Et lorsque je suis arrivée dans ma chambre, mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine, comme si mon cœur tentait de sortir de mon corps. C'était violent. Comme… comme si j'avais fait un match pendant des heures sans pause. Comme après un effort physique très intense.

_Tu as eût peur, c'est tout, ajouta son ami sous le regard désapprobateur de son confrère.

_Non, Tôshirô. J'étais… j'étais…

_Excitée par la vue du sang, n'est-ce pas ? Demanda le scientifique en souriant.

Karin hocha la tête en guise d'affirmation. Ses yeux se plantèrent dans ceux, plus froid que jamais de celui qu'elle connaissait si bien. Il ne la fuyait pas mais c'était pire encore car tout son visage exprimait la déception.

_C'est pour ça que tu ne voulais pas que je rentre dans ta salle de bain ?

« Pas seulement… dis le lui Kurosaki… »

_Ce n'est pas tout. J'ai paniqué parce que j'ai… j'ai changé…

_Comment ça ?

_Mes pupilles étaient dilatées et mes dents…

_Montrez-moi vos dents ! Cria Kurotsuchi plein d'ivresse.

_Non ! Hurla Karin en se levant. Tout à disparut ! Mais je vous assure que c'était pire que tout ! Mes canines…

_Ca suffit pour aujourd'hui, ordonna Tôshirô. On rentre.

La petite brune fut si étonnée de le voir marcher tout-à-coup vers la sortie qu'elle ne bougea pas d'un iota. Quant à lui, il ne voulait plus en entendre d'avantage. Tout ce qu'elle racontait ne pouvait être que des mensonges !

_Non, dit-elle sereine. Je ne fuirai pas. Je veux être soignée. Vas-t-en si tu ne le supportes pas mais moi, je vais rester pour me battre.

Le ton de son amie était si ferme, qu'il s'arrêta et se posa contre le mur en soupirant.

_Cette voix vous oblige-t-elle à faire des choses ? Reprit le pharaon, intérieurement déçu que le jeune homme ne soit pas partie.

_Et bien, comme vous le savez, j'ai attaqué mon père de mon vivant. Mais depuis, il ne m'a plus forcé à agresser qui que ce soit. Par contre…

_Oui ?

_Parfois mon corps ne me répond plus.

« Rappelle-toi la baignoire. »

_Parfois je ne peux plus bouger. Je suis tétanisée comme si une autre personne avait le contrôle de mon corps. Il prend un malin plaisir à me faire souffrir, à me montrer qu'il peut me dominer.

_Donc si il vous ordonne de tuer ?

Le silence qui s'installa était plus violent que n'importe quelle réponse. Qu'aurait put-elle dire ? Oui ? J'aurai tué ? Non ? Je suis encore capable de lui résister ?

Quelques minutes s'écoulèrent avant que Kurotsuchi s'installe confortablement dans son propre siège. Il fixait la jeune fille avec beaucoup de joie.

_Je crois Kurosaki, dit-il, que l'après-midi va être très long…

[…]

Et le Capitaine de la douzième division ne mentait pas. Durant deux heures entières ils se parlèrent. Lui, de ses vaines tentatives à maîtriser le couteau (et bien que cela étonna Tôshirô, il ne parla pas) et elle de ce qu'elle vivait ou ressentait.

Souvent, le jeune homme se demandait s'il lui était encore possible d'être proche de Karin car elle avait changé. Toute cette histoire de folie l'avait changé et elle se confiait plus facilement à son dangereux confrère qu'à lui. Il n'y avait entre eux que discorde et reproches. Il n'était plus l'ami dont elle avait besoin.

Oui. Il avait la nette impression de n'être plus qu'un souvenir, un pion parmi tant d'autres au milieu de cette histoire.

_Bien, conclut Kurotsuchi. Ce sera tout pour aujourd'hui. Il ne sera pas nécessaire de venir demain. Je dois analyser et tester votre sang. La prochaine fois que nous nous croiserons, c'est parce que je serai venu à vous.

La petite brune acquiesça d'un signe de tête et sans attendre de forme de politesse, disparut dans le hall, suivit de près par Tôshirô.

Ni l'un, ni l'autre n'échangèrent de mots durant le trajet de retour.

Karin était épuisée par la journée qui venait de s'écouler. Certes, il restait encore quelques heures avant qu'elle s'achève mais tant de choses se bousculaient dans son esprit qu'elle avait la sensation d'avoir pris soixante années d'un seul coup. L'époque de l'insouciance où elle pouvait simplement jouer au football avec ses amis, s'habiller comme bon lui sembler, se bagarrer dans les rues pour évacuer sa colère avec pour seule conséquence, quelques points de sutures ou un œil enflé… cette même colère qui lui avait enlevé ce qu'elle chérissait le plus…

A présent, elle se sentait prête à affronter ce combat. Pour elle et pour tous ceux qui l'aidaient et l'entouraient.

Alors, quand ils arrivèrent tous les deux devant la porte de sa chambre, Karin enferma les mains de Tôshirô dans les siennes. Et bien que ce geste surpris ce-dernier, il se laissa faire. Ce contact était brûlant. Tous deux pouvaient sentir le flot continu du liquide en fusion qui s'écoulait dans leurs veines.

Et des yeux d'une nuit sans étoile se plongèrent dans ceux d'un ciel sans nuage et ne se quittèrent plus.

_Me détestes-tu, murmura Karin. Me détestes-tu maintenant que tu sais tout ça ?

La question qu'elle venait de lui poser se perdit dans le silence. Pour toute réponse, le cliquetis régulier des pas des shinigamis au-dessus de leur tête.

Alors, elle lâcha ses mains doucement et, lui tournant le dos, elle s'enferma seule dans son appartement.

Quant à Tôshirô, il resta là, sans bouger, la peur au ventre car au fond de lui-même, il voulait seulement lui dire : « Non, je ne te déteste pas. Je ne veux pas te perdre. Simplement… »

[…]

Kichi : Signifie "Chanceux" mais peut être interprété aussi dans ce cas-là comme une abréviation de "Kichigai" : fou.
Je vais essayer de retrouver un rythme à mon écriture mais sûrement que la publication sera plus aléatoire en raison du temps dont je dispose. A bientôt ! et encore MERCI !