Bonjour à tous ! Encore un peu et je vais faire mon record de retard... je ne m'épancherai pas en excuses parce que je déteste moi-même suivre une fiction et attendre une année entière (façon de parler bien sûr) avant de pouvoir lire la suite ! Pour me faire (un peu ?) pardonner, voici deux chapitres pour vous !
Chapitre XVIII : C'Est La Fête !
La lune, cette nuit était pleine. Il n'y avait nul besoin d'éclairer les longs couloirs du Seireitei pour une promenade en amoureux. On y voyait assez pour ne pas se cogner, mais trop peu pour que l'on remarque de loin deux jeunes gens s'embrasser sous la lueur blanchâtre du ciel.
Malheureusement pour Karin, ce n'était pas dans les projets de Tôshirô. Il n'avait même pas tenté de se retourner pendant sa douche, pour attraper – l'air de rien – un morceau de chair au passage… aucune tentative d'approche… un bon petit soldat… un abrutis de gentleman ! Ou peut-être ce petit coup d'œil dans le… non ! Sûrement un moment d'inattention.
De plus, à peine avait-elle enfilé un pyjama que le taré à tête de pharaon était rentré dans les appartements de son confrère pour lui démolir le bras avec une aiguille de la taille d'un taon ! Et bien sûr, aussitôt fait, Kurotsuchi avait pris ses clics et ses clacs sans prendre le temps de lui dire si elle allait endurer d'horribles souffrances dans le courant de la nuit…
_Ça n'va pas ? Lui demanda Tôshirô en la raccompagnant jusqu'au futon. Tu es toute pâle…
Devant le regard soucieux de son ami, Karin sentit le rouge lui monter aux joues. Elle cacha son visage sous le drap.
_Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Insista-t-il. Tu as mal ?
_Non, gémit-elle, honteuse. C'est que… je…
Pour de bon, le jeune homme commençait à s'inquiéter.
_Je… je déteste les piqures ! Avoua la petite brune en se cachant toute entière.
La raison de son mal être était si déroutant que Tôshirô éclata de rire. Cette fille aidait depuis toujours son père à la clinique ! Elle venait de traverser des épreuves qui en aurait tué plus d'un, avait pris des coups par des mecs plus baraqués qu'elle, et la voilà blanche comme un linge après s'être fait piqué par une minuscule aiguille !
Tant pis pour son image de glace qu'il avait mis si longtemps à construire, le Capitaine ne pouvait s'empêcher de se moquer.
Alors Karin attrapa son coussin et le lui jeta à la figure ! Mais ce fut l'effet inverse qui se produisit : au lieu de le calmer, son hilarité s'amplifia plus encore, au point qu'elle-même ne put contenir un sourire. C'était peut-être la première fois qu'elle voyait Tôshirô rire autant et avec si peu de retenue.
Ses yeux turquoise brillaient sous les larmes naissantes et ses lèvres, étirées en un rictus de joie le rendaient plus beau encore. Etait-il possible qu'il se garde sans cesse de s'esclaffé pour simplement se faire respecter alors que tout son charisme explosait dans cette simple action ?
« Un cœur de glace avec une force de titan. » C'est ainsi qu'elle avait toujours vu Tôshirô, alors qu'en réalité, il n'y avait rien de « glacial » chez ce gamin. Enfouis à l'intérieur, très profondément vivait encore un sale gosse que la moquerie animait autant que n'importe qui…
_T'es con, grogna-t-elle pour le faire culpabiliser. Si c'est ça, tu peux me laisser toute seule… j'ai assez d'emmerdes comme ça, pour qu'en plus tu viennes pas te foutre de ma poire !
_Désolé, dit-il avec un léger hoquet. Désolé ! J'voulais pas te vexer. C'était plus fort que moi.
Il la regarda pour voir si elle était réellement fâchée mais très vite, un sourire franc et fatigué vint se déposer sur ses lèvres de poupée. Puis un soupir s'échappa malgré elle.
_Tu as l'air épuisé, fit-il remarquer. Tu devrais te coucher. On parlera de la suite des évènements demain matin ok ?
Elle inclina sa tête et s'allongea sous le drap. Quant à lui, il s'assit à même le tatami et posa son dos contre la paroi du mur.
_Qu'est-ce que tu fais ? Demanda-t-elle, étonnée.
_Je dois te surveiller jour et nuit, donc je dormirai ici. Comme ça, si ton reïatsu s'emballe ou disparait encore, je pourrai agir vite.
_Tu es complètement con… j'avais raison…
Une pointe d'agacement commença à naître chez son ami.
_Qu'est-ce que tu proposes ? Dit-il, ironique. Que je dorme avec toi ?
_Euh, hésita-t-elle, ou tu peux juste installer un autre futon dans la chambre…
Cette fois-ci, ce fut au tour du jeune Capitaine de piquer un fard. Fallait-il qu'elle lui fasse perdre ses moyens au point qu'il n'était plus capable de réfléchir instinctivement ? Il disait connerie sur connerie à longueur de temps !
_Je… euh… balbutia-t-il. Je ne peux pas… je peux pas te laisser seule… Je… Je demanderai à… à Matsumoto de m'en rapporter demain…
Karin souffla. Il devait vraiment être crevé pour se laisser aller jusque-là. Voilà qu'il se mettait à ne plus trouver ses mots et à dire des choses sans réfléchir… il était hors de question qu'il dorme comme un couillon contre le mur alors qu'il y avait de la place pour deux dans le futon.
Elle s'écarta donc et souleva le drap.
_Viens-là, dit-elle.
_Je ne vais pas me coucher avec toi, conclut-il, retrouvant son calme habituel.
_Je ne vais pas te violer, trou du cul, gronda Karin en se relevant. Tu dormiras sur un autre matelas demain mais en attendant, viens te coucher à côté. Sinon je ne dormirai pas et tu sais ce que je risque si je suis fatiguée…
Le chantage eût l'effet escompté. Tôshirô se leva et vint se glisser près d'elle, chacun se tournant vers l'extérieur pour ne pas à avoir à se regarder.
Cependant, alors qu'il commençait à fermer les yeux, il entendit derrière lui : « Pervers… », puis un « aïe » suite au coup de pied qu'il venait de lui lancer.
_M'en fou, ricana Karin, tu peux bien faire tout ce que tu veux, maintenant je sais ta vraie nature…
Et tandis qu'elle se laissait bercer par les bras de Morphée, le jeune homme sourit, le cœur plus léger que jamais.
[…]
Les rayons du soleil traversèrent tardivement les volets de la chambre du jeune Capitaine le lendemain matin. On sentait à la fraicheur ambiante que l'hiver s'annonçait rude cette année.
Pour le jeune Tôshirô, ce n'était pas un problème. Il ne craignait nullement le froid grâce à sa constitution et surtout au pouvoir que lui seul partageait avec Hyorinmaru.
Par contre, dormir jusqu'au lever du soleil n'était pas dans ses habitudes. Aussi, lorsqu'il ouvrit les yeux, une légère angoisse le gagna. Le poids de sa fonction ne pouvait disparaître en une seule nuit...
Mais alors qu'il s'apprêtait à se relever, il sentit tout-à-coup une chose lui chatouiller la cuisse et le mollet droit et le drap se mit à faire des vagues devant ses yeux comme si un fantôme se baladait à ses côtés.
S'il n'avait pas eût de sang-froid, sans doute aurait-il frappé cet étrange phénomène pour se protéger, sous l'effet de la surprise... à la place de ça, il jeta un œil à côté de lui et vit que des petits pieds dépassaient de dessous les draps. Puis, soupirant, il se referma ses paupières et croisa ses bras derrière sa tête.
_Et merde, chuchota une voix vers sa cheville.
_Kurosaki, dit simplement Tôshirô en pliant ses genoux. Je peux savoir ce que tu fais là-dessous ?
Soudain, des images apparurent dans l'esprit du jeune homme en réponse à sa propre question et il se mit à rougir de plus belle.
_Qu'est-ce que tu crois que je fais, grogna Karin en sortant la tête là où ses pieds demeuraient quelques secondes auparavant. Je cherche mon piercing !
_Cherche sur ton visage... ricana-t-il en se posant sur ses coudes.
_Ah, ah, ah... très drôle ! Gronda-t-elle en repartant à sa recherche. Ç'a pas l'air de d'gêner au vu de ta gueule... t'es rouge comme une tomate. Pervers !
Il se racla la gorge bruyamment et jeta d'un coup sec le drap sur le côté, dévoilant une petite brune énervée.
_D'habitude, râla-t-elle, j'ai un anneau alors je le perds pas pendant mon sommeil ! Mais Matsumoto et Hinamori m'ont mis ce p'tit machin et j'ai dû m'frotter le nez cette nuit... j'arrive pas à mettre la main dess... Ah !
L'exclamation de Karin fit sursauter son ami.
_Je l'ai ! Cria-t-elle, victorieuse.
_Tout ce vacarme pour ça...
_J'arrivais plus à dormir ! C'est comme une obsession... fallait- qu'je l'retrouve !
En fait, la jeune fille avait passé une grande partie de la matinée à observer son compagnon de chambré dormir après avoir passé une nuit étrange, toujours bercée par ce drôle de rêve. Elle pensait que, stressé comme il était, il se serrait vite réveillé mais en réalité, il avait simplement dormis comme un enfant, à poings fermés. Aussi c'était-elle occupée à autre chose pour ne pas succomber à la tentation de déposer un baiser sur ses lèvres de glace. Elle avait sentis des papillons remuer dans le bas de son ventre lorsque son visage s'était approché de lui au point de partager son souffle humide et chaud. Alors, pour ne pas se jeter sur lui (elle savait trop bien ce qu'il se passait quand son ventre palpitait de cette façon...) elle s'était trouvée une occupation moins amusante, mais plus raisonnable !
_Tu veux un café ? Demanda Tôshirô en sortant de la chambre.
_Ouais ! Lança-t-elle en s'étirant comme une chatte. Même trois ! Quatre !
Soudain, Karin se rendit compte de la situation dans laquelle ils se trouvaient tous les deux. Ils ne partageaient leur vie que depuis quelques heures et pourtant, ils se parlaient comme s'ils avaient toujours vécu ensemble, que rien ne s'était jamais passé entre eux.
Elle savait naturellement qu'en entrant dans le salon du Capitaine de la dixième division, elle y trouverait en plein milieu une très grande table basse en bois d'ébène couverte de paperasse, écrasant de son poids les tatamis. Elle savait, sans l'avoir jamais vu que Tôshirô s'assiérait face au mur avec, à sa gauche la grande fenêtre et à sa droite, la porte d'entrée.
Cette image, lorsqu'elle prit place à sa droite lui rappela étrangement celle d'un couple installé...
C'est pourquoi elle sursauta quand il déposa sa tasse de café devant son nez.
_Ça n'va pas, demanda-t-il en s'installant, comme l'avait prédit Karin face au mur.
_Si, si, dit-elle distraite. Je... je repensais à mon rêve de cette nuit ! Je fais le même en fait depuis que je suis arrivée ici…
Le mensonge qu'elle venait de sortir en fait, fut un élément de plus dont le jeune Capitaine s'enquit avec beaucoup de sérieux.
_J't'écoute, dit-il.
Si la petite brune se maudit intérieurement d'avoir remis ses problèmes sur la tapis, elle n'en laissa rien paraître et continua son récit comme si de rien n'était.
_Je ne sais plus si je t'en ai déjà parlé, reprit-elle exaspérée. Je perds la boule en ce moment et j'ai du mal à dissocier l'irréel de la vraie vie. Toujours est-il que chaque nuit, je me retrouve dans un long couloir blanc avec, au bout une porte. Une porte presque impossible à voir tant la lumière qui s'en dégage est incroyable !
_Tu y est bien ? Demanda Tôshirô.
_Mieux que ça encore ! J'ai vraiment l'impression d'être au paradis ! Enfin, je veux dire l'image qu'on s'en fait en tout cas… Bref ! Je me dirige vers cette porte qui s'ouvre et là, hop !
Karin frappa dans ses mains, si fort que le jeune homme sursauta malgré lui.
_Une nuée d'abeilles me tombent dessus pour m'empêcher de passer ! Elles me piquent et tombent mortes sur le sol ! Ça fait vraiment un mal de chien !
Elle se frotta la joue comme si son corps gardait en mémoire chaque brûlure provoquée par les dards.
_Puis il y a cette voix qui me dit de ne surtout pas entrer…
_Une voix ? Questionna-t-il, soucieux. La même voix que…
_Non, le coupa-t-elle. C'est pas celle que j'entends d'habitude. C'est une voix de femme. Sûrement la femme que j'ai vu apparaître devant moi hier.
_QUOI ?
Le Capitaine s'était levé d'un bond, renversant son café sur la table basse. Karin, surprise par la réaction de son ami tomba à la renverse.
_Ça va pas ? Gueula-t-elle, tremblante. T'es con ou quoi ? Tu m'as foutu la trouille !
_Kurosaki ! Grogna-t-il en se penchant vers elle. Tu comptais me parler quand de cette apparition ?
Bien que décidée à régler ses problèmes avec Tôshirô, la jeune fille se sentit piquée au vif et ce fut avec un contrôle énorme qu'elle ne le gifla pas, mais se rassit tranquillement.
_Hier, dit-elle avec un calme qu'elle ne se connaissait pas.
Elle attrapa d'une main tremblante sa tasse et la porta à ses lèvres. Sûr de sa stratégie, elle allait le faire culpabiliser pour les trois prochains jours…
_Tu sais, rajouta la petite brune en pesant chacun de ses mots, hier soir, quand tu m'as lâchement fait comprendre à travers cette espèce de blonde décolorée que j'étais encombrante ?
_Ce n'est pas du tout comme ça que ça devait s'passer ! Grogna Tôshirô, énervé.
_Ah bon ? Tu avais un autre plan ?
Le pire pour le Capitaine, c'était de se rendre compte qu'il s'enfonçait complètement à chacune de ses phrases et qu'elle réussissait à détourner la conversation à son avantage.
_Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Demanda-t-il sur un ton qui n'attendait aucune réponse.
Il alla chercher de quoi nettoyer sa table dans la cuisine et lorsqu'il réapparut devant Karin, il avait repris son air sévère et contrarié.
_Alors, dit-il en s'asseyant tranquillement, cette femme ?
_Tu te rappelles quand je me suis retrouvée chez l'autre taré de Kenpachi ?
Il acquiesça d'un signe de tête. Il se rappelait en effet avoir, une fois de plus perdu le contrôle de la situation.
_Et ben, reprit-elle, j'ai passé pas mal de temps avec la gamine…
_Yachiru Cotaïcho ?
_Ouais, elle. Et elle m'a dit que j'avais en moi un énorme potentiel pour devenir à mon tour une shinigami.
Au bord de la crise de nerf – et bien que très caché au plus profond de lui, Tôshirô était à deux doigts de se rendre à la onzième division pour engueuler leur Capitaine et cette insouciante enfant qui lui servait de lieutenant.
_Alors, continua Karin, en rentrant – et avant que ces espèces de folles me tombent dessus…
_Hinamori et Matsumoto, souffla-t-il désespéré.
_Ouais, elles. Alors je me suis simplement débarrassée de ma voix intérieur et est apparu, pendant quoi… une seconde à peine ! Une femme ou un truc qui y ressemblait. Je me rappelle même plus à quoi elle ressemblait vraiment. La peau noire et des yeux pas tout à fait normaux. Enfin, j'dis ça mais j'ai moi-même une sale tronche en ce moment, alors…
Le mutisme qui suivit cet aveu ne fut pas brisé par son ami. Il respectait, malgré l'importance de ces révélations les moments de pause pendant lesquelles Karin absorbait avec beaucoup de rapidité les changements troublants qui s'effectuaient sur elle.
_Tout ça pour dire que c'est bizarre, conclut-elle. Je suis sûr que dans mon rêve, cette porte, c'est la solution ! Je suis persuadée à présent que si j'ouvre cette porte, je sortirai de ce couloir où le venin m'emprisonne l'esprit !
_Mais pourquoi, demanda le Capitaine, cette créature – qu'on pourrait supposer comme étant un zanpakuto si vraiment tu le pense – pourquoi cette chose essaierait de t'empêcher d'ouvrir la porte ? Les zanpakuto sont là pour te protéger, Kurosaki. Pas pour te détruire. Si tu meures ou si tu perds le contrôle de tout, ça sera de même pour cette… femme.
Karin sentait bien qu'il disait vrai et qu'un truc clochait.
_Oui mais, ajouta-t-elle, après la piqûre de l'autre « tête-de-gland »…
_Kurotsuchi, souffla Tôshirô.
_C'est c'que j'dis… bref ! Cette nuit, mon rêve a littéralement changé ! J'étais dans ce même couloir avec cette même porte ! Cette même sensation de bienêtre ! Mais au lieu d'être attaquée par des milliers d'abeilles, ces sales garces restaient collées au sol dans une sorte de glue verdâtre… et la voix de la femme était carrément enfouie dessous ! Si l'antidote empêche les abeilles de ma barrer le passage, c'est qu'il faut que je passe ! Que je sorte de ce fichu couloir !
_Oui mais si cette voix est celle d'une femme, gronda-t-il, inquiet, c'est sûrement pour te protéger de ce taré de Soejima ! Ce n'est pas la voix d'un homme, que je sache qui tente de t'empêcher d'ouvrir la porte ! Et ta voix, celle qui te fait faire des trucs de taré, c'est bien celle d'un homme non ?
_Qu'est-ce que t'en sais ? Cria la jeune fille dont les yeux de reptile fixaient avec colère son ami. Et ce n'est pas Soejima qui me contrôle mais le venin ! Peut-être qu'il peut changer d'apparence ou de voix pour mieux me manipuler !
_C'est de la folie ! Cria Tôshirô encore plus fort. Tu es désespérée ! C'est pour ça qu'il te manipule si bien ! Tu es folle et c'est pour ça que tu vas sombrer !
Ce fut le choc pour Karin. S'entendre dire qu'elle n'avait plus d'espoir ou – au contraire – qu'elle en avait trop. Pourquoi s'obstinait-il à penser qu'elle était perdue ?
Doucement, la jeune fille se releva.
_Tu as raison, murmura-t-elle en le lâchant des yeux. A quoi bon espérer Tôshirô ? Si tu préfères penser que l'antidote ne me sauvera pas, c'est ton droit. Laisse-moi croire que l'autre tête de glands n'est pas qu'un connard et qu'il peut encore faire quelque chose.
Et avant même qu'il ait pu rajouter quoi que ce soit d'autre, avant même qu'il n'ait pu demander son pardon, la porte de l'entrée raisonna de puissants coups rapides.
_Karin-chan ! Cria une femme, cachée par le shoji. Kurosaki ! Ca y est ! Ca y est !
L'effet était si inattendu que ni l'un ni l'autre ne bougèrent l'espace d'un instant. Puis, la main sur la garde de son zanpakuto, Tôshirô fit glisser la porte.
_Kuchiki Cotaïcho ? S'étonna-il en apercevant une petite tête brune aux cheveux ébouriffés.
_Je dois parler à Karin-chan, Taïcho, dit-elle précipitamment. C'est important !
Alors, le jeune Capitaine se rangea sur le côté pour laisser entrer la vice-Capitaine. Celle-ci ne se fit pas prier. Elle se jeta sur la sœur de son ami et la prit dans ses bras à lui en écraser la cage thoracique.
_Tu vas bien ? Demanda Rukia en relâchant la pression qu'elle exerçait.
La jeune fille acquiesça d'un signe de tête, un léger sourire dessiné sur son visage pour masquer la douleur qui était encore présente au fond d'elle.
_Je suis désolée, murmura la vice-Capitaine. Je ne suis pas venue te voir plus tôt. Mais tu sais, je suis repartie à Karakura auprès d'Ichigo quasiment en même temps que lui le jour de ton arrivée à la Soul Society et je viens tout juste de rentrer !
_Ce n'est pas grave, dit simplement Karin.
_Qu'est-ce qui était si urgent Kuchiki ? Interrogea sévèrement Tôshirô.
Un petit rire joyeux éclata dans la salle à manger ce qui déclencha des regards d'incompréhension des deux amis qui, il y avait deux minutes à peine se disputaient farouchement.
_C'est Inoue-san, articula Rukia.
_Inoue-san ? Reprit la petite brune, avec un air bête. Il y a un problème ?
_Aucun ! Le bébé est né cette nuit !
Soudain, Karin sentit les muscles de ses jambes l'abandonner. Dans l'impossibilité de rester debout, elle se laissa choir sur les tatamis, complètement abrutis par la nouvelle.
_Kurosaki ! S'inquiéta le Capitaine en s'accroupissant derrière elle. Tu vas bien ?
_Putain, chuchota-t-elle, ma p'tite nièce est née…
Tôshirô et Karin soufflèrent un bon coup. Lui parce qu'elle lui avait fait peur, elle parce qu'elle réalisait que sa petite famille s'agrandissait.
_Et, rajouta-t-elle, ils vont bien ? Tous je veux dire… Ichi-nii, Hime-chan et… le bébé ?
_Très bien même ! Lança Rukia, folle de joie. Tu aurais dû voir ton frère ! Il avait une de ces têtes ! Un grand malade ! Au moindre gémissement d'Inoue-san, il devenait fou furieux ! Il courait dans tous les sens ! Au point que ton père l'a menacé de le faire sortir de la clinique s'il ne se calmait pas…
Ce fut un si grand soulagement de savoir que tout allait pour le mieux que Karin se mit à ricaner en imaginant son frère se mettre dans les pattes de Yusu et de son père au beau milieu de l'accouchement.
_Tiens, dit la vice-Capitaine en lui tendant un bout de papier. C'est de la part d'Ichigo.
Devant son nez, Rukia tendait un petit morceau de feuille soigneusement plié.
La petite brune déplia la soigneusement entre ses doigts tremblant et parcourut avec beaucoup d'émotions ce minuscule rectangle qui portait encore l'odeur de sa maison d'autrefois.
Chère Karin, (je suis désolé, je ne sais pas bien comment commencer cette lettre...)
Comme te l'as sûrement annoncée Rukia, notre petite fille est née cette nuit.
Si tu la voyais ! Elle a déjà le visage d'Orihime et sa beauté.
Par contre, Yusu dit qu'elle a déjà mon air boudeur... moi je ne trouve pas.
Elle est parfaite ! Juste comme il faut ! Et surtout ! Tadam ! Elle a ma
Couleur de cheveux ! Ce n'est pas très cool pour elle vu qu'à cause de ça j'en
Ai pris plein la tête quand j'étais petit mais en fait, ça lui va tellement bien
Qu'elle me fait apprécier cette différence.
Je voulais aussi t'annoncer que nous l'avons appelé Karin...
La jeune fille eût un sursaut de surprise. Elle en laissa tomber la feuille par terre.
_Kurosaki ? Interrogea Tôshirô. Ça va ?
Elle acquiesça silencieusement et reprit le papier entre ses doigts.
Je ne sais pas si ça te fera plaisir, mais nous, nous sommes heureux qu'elle
Puisse porter le prénom de sa tante. Tu as toujours été si courageuse, ma
Sœur... entêtée aussi ! Mais nous t'aimons pour ça. Tu es la fille la plus
Forte du monde Karin... et sur terre et là-bas aussi ! Je suis sûr que tu les
Fait tourner en bourrique mais c'est grâce à ça, ce caractère combatif que
Tu te traine depuis toujours que tu t'en sortiras !
Courage ma sœur. Nous sommes tous avec toi !
PS : Ne laisse pas Kurotsuchi te manipuler ! Et si Tôshirô te touche,
Je le tue !
Pour la petite brune, ce fut un effort quasi insurmontable de retenir les larmes qui lui picotaient les yeux. En elle se mêlaient à la fois joie et tristesse et elle ne savait pas comment gérer ce surplus d'émotion.
C'est pourquoi, elle se contenta de replier soigneusement – et très lentement – le petit bout de papier et disparu, quelques instants dans la chambre de Tôshirô pour y cacher le contenu sous l'oreiller.
Quand elle réapparut devant eux, son visage n'exprimait qu'une joie contenue.
_Merci Rukia-chan, dit-elle avec un léger sourire. Tu diras à Ichi-nii que...
Soudain, la porte de l'entrée fut à nouveau martelée de coups.
_Quoi, encore ! Cria le Capitaine qui n'avait pas l'habitude de recevoir tant de visite en si peu de temps.
_Taaaaaïchoooooo ! Minauda la voix de Matsumoto. J'ai un futon pour vouuuus !
_Entre, souffla-t-il, légèrement énervé.
Alors ce fut un défilé qui se déroula devant les yeux ahuris du jeune homme. Au lieu d'une unique belle rousse pénétrant avec grâce ses appartements, les bras chargés d'un matelas, il vit tout-à-coup s'incruster son amie Hinamori, suivit de près par le colossal Kenpachi et sa gamine aux cheveux rose, puis Renji Abarai et ses cheveux flamboyant !
_Qu'est-ce que... grogna Tôshirô.
_J'viens voir si la mioche est encore vivante, gronda le Capitaine de la onzième division.
_Kichi-chan ! Kichi-chan !
Karin se retrouva plaquée au sol par une adolescente hystérique qui voulait lui montrer quelques élans d'affections dont elle avait le secret.
_Moi j'vous emmène de quoi dormir, chuchota Matsumoto. Sauf si vous préférez les bras de la petite Kurosaki...
_Désolée pour cette intrusion, s'excusa Hinamori dont les yeux ne pouvaient cacher une certaine curiosité. On voulait prendre des nouvelles !
_Et moi, j'ai suivi, ajouta Renji boudeur. C'est tout.
Mais alors que le jeune Capitaine était à deux doigts de tous les virer, la porte se remit à souffrir et à crier gravement.
_Je rêve, murmura-t-il en se laissant tomber sur le sol.
_J'vais ouvrir ! Susurra son lieutenant.
Le shoji glissa, laissant apparaître l'ombre de quatre hommes portant le haori. Sur le moment, le cœur de Tôshirô rata un battement. Était-il passé à côté d'un message important de Yamamoto ? Mais l'angoisse fut de courte durée, remplacée par l'agacement lorsqu'il se rendit compte du sourire extravagant qu'affichait Shinji Hirako.
_On a entendu dire qu'il y avait une fête ici, proclama-t-il, les bras ouvert.
_Alors nous sommes venus parler avec la petite sœur d'Ichigo, ajouta Ukitake Jushiro en cherchant des yeux Karin, toujours au prise sur le sol avec Yachiru.
_Et puis, conclut Shunsui Kyoraku, nous ne venons pas les mains vides !
Ils tenaient contre eux diverses boissons et nourritures pour l'occasion.
Cependant, derrière la masse de Capitaine se tenait un noble qui, malgré son apparence fière et froide, semblait quelque peu gêné de cette intrusion.
_Onii-sama, chuchota Rukia, étonnée de voir son propre frère participer à ce rapt.
_Que la fête commence ! Cria Shinji.
Et tous s'installèrent autour de l'immense table basse, Yachiru fermement tenue par Kenpachi pour laisser respirer Karin.
En bout de table, Tôshirô ne décolérait pas. Il ne cessait de se demander comment il avait pu être envahi en si peu de temps sans réagir !
_Alors ? Demanda Matsumoto, coquine. Cette nuit dans les bras de mon Taïcho ?
La petite brune et le jeune homme piquèrent un fard et ce fut grâce à l'intervention de Rukia que ni l'un ni l'autre ne se jetèrent sur elle pour l'achever.
_Dis-moi Karin-chan, demanda la jeune Kuchiki, je dois retourner encore brièvement à Karakura à partir de demain. Ichigo veut savoir si tu as besoin de… trucs.
_Merci, chuchota la concernée, très heureuse de changer de sujet. Des vêtements ! Par pitié ! Des vêtements ! Je ne supporte pas ce costume d'enterrement !
Les têtes présentes autours d'elle se mirent à ricaner. Ils portaient tous l'uniforme du shinigami, chaque jour. C'était pour eux comme une deuxième peau.
_En parlant d'enterrement, ajouta Yachiru, comment était celui de Kichi-chaaan ?
Karin sursauta. Elle n'avait absolument pas pensé à cet évènement. Son corps était bien mort oui ! Il fallait donc une cérémonie pour les proches !
Elle se retourna vers Rukia qui semblait embarrassée, comme toutes les personnes présentes autours de la table.
_Je ne sais pas si… hésita Tôshirô.
_Si, affirma la petite brune. Je veux savoir. Tu as vu Ryohei, Heita et Kei ? Et Kazuya ? Ils allaient bien ?
_Je crois, oui, confirma Rukia, un peu gênée. Tu sais, ils pensent que tu es un peu comme une magicienne avec tous ces esprits que tu voyais alors, ils doivent simplement penser que tu existes, là, quelque part. Ils avaient tous l'air serein. Ton père, Ichigo, ta sœur… tous. Même les gars qui se cachaient dans les bois pendant ta mise en terre !
_Quels gars ? Demanda Karin, étonnée.
_Ben, ceux qui t'ont aidé pendant le combat contre Soejima !
_Quoi ? Murmura-t-elle. Ces trous du cul se sont pointés à mon enterrement ?
La tête ahuris que fit Karin provoqua l'hilarité du groupe.
_Et pourtant, ajouta posément le Capitaine Ukitake, nous avions pris soin de leur effacer à tous la mémoire…
_Et ça n'a pas été une partie de plaisir, grogna Zaraki Kenpachi.
_Alors pourquoi ils sont venus, demanda la petite brune qui n'en revenait toujours pas que ses pires ennemis de Karakura soient restés pour lui rendre hommage.
_Sûrement parce que dans leur inconscient, conclut Hitsugaya, tu es encore présente. Ils te respectent. C'est tout.
_On leur efface la mémoire, minauda Matsumoto, mais les sentiments très fort parfois combattent le sort. On peut dire qu'ils ont dû se sentir con à se cacher dans les bois sans savoir pourquoi !
Karin sourit gentiment. Elle imaginait bien les chefs de clan, chacun se tenant à une distance respectable l'un de l'autre, ne sachant pas très bien quel était leur intérêt…
_Bon ! Lança Hirako Shinji. Et maintenant, amusons-nous !
Soudain, ce grand échalas blond que la petite brune s'amusa à imaginer comme un mikado au chocolat blanc, sortit de ses poches un immense jeu de cartes qu'il distribua – sans entendre les protestations de Tôshirô qui voulait les flanquer dehors à coup de pied dans les fesses – à tous pour que les esprits pensent à autre chose que cette guerre qui ne cessait de vivre à travers la jeune sœur d'Ichigo.
Les Capitaines n'oubliaient pas que cette enfant avait réussis là où ils avaient lamentablement échoué. D'une façon ou d'une autre, ils se sentaient tous un peu coupable du sort de ce petit bout de femme qui s'éteignait plus vite qu'une chandelle nocturne….
[…]
Un de plus !
