:Paradigm Lost:

La mélancolie, fin: Les miroirs brisés

Auteur : Rain

Disclaim' : Shaman King appartient à Hiroyuki Takei. Je ne gagne rien si ce n'est sous forme de reviews et je rembourse sous la forme de gros câlins.

Soundtrack: Ugly Truth (Lauren Aquilina).

Bonus Track = Avenir (version de Daria)

Note : Moment où mes quelques lecteurs se rendent compte que cette fic n'est absolument pas sérieuse *sort* Ou pour être plus exacte - oui cette décision mineure et risible dans cette fic provoque des trucs vraiment étranges et importants. L'autre partie de cette fic, après l'étude des chaînes d'actions déclenchées par cette décision du début - c'est imaginer le monde de fin. Et comme je suis prévisible... uhu.

Ceci n'a pas été super facile à écrire. Les séquences de "rêve" ou ce qui s'en approchent sont toujours compliquées, et puis renverser la situation est pas si simple. Mais l'idée de cette situation (jpeux pas être plus précise) est avec moi depuis... septembre? Je voulais en faire un OS, comme une partie du recueil "sombre" de Things. Mais flemme. Le faire rentrer ici était cool! Je sais pas s'il est assez bien fait, mais bon.

Ce qui est bien dans SK, c'est que rien n'est vraiment 100% expliqué. Hao est SK, mais les 5 soldats contrôlent plus ou moins le GS aussi (pour pénétrer dans le monde du roi). Si c'est ça la condition... tout le monde est sk puisque tout le monde y rentre! So...? Bref, je fais joujou.

ALSO - "you're so oblivious to words I've never said" soit "tu es tellement aveugle en face des mots que je n'ai jamais dit" EST LA MEILLEURE DESCRIPTION DE MARCO/JEANNE QUE JE PUISSE IMAGINER.

Quant à Avenir... c'est fou que ça colle à Jeanne, dieu. "Marche bien droit sur les lames sans pouvoir verser une larme"? "L'enfant des abysses pourra-t-elle un jour briser ses liens d'acier"? Gawd c'est quasiment sa character song uuuh. Mais c'est aussi une des deux chansons bonuX en français, donc il s'agira des seuls mots anglais en dehors de mes notes - après l'exercice de version, le thème! Allez écouter la musique quand même.

Avertissements pour: meurtre par le feu, torture psychologique, emprisonnement de longue durée.


In the icy darkness of the abyss
You would like to break away from your crystal cage
The dimmed light from the surface hurts your eyes
Will the child of the depths be able to break her iron chains?
Go on smile why dwell on it
Cooes the witch in the night
What do you mean by "future"? -

Take straight steps over the blades
And never ever shed a tear

Avenir, Alyss


"S-seigneur Jeanne, tout va bien?"

Jeanne fit quelques pas, s'éloignant du groupe. Quelque chose bloquait sa gorge; elle avait besoin de respirer, mais elle avait beau inspirer à fond, sa poitrine lui faisait toujours mal.

Cela change tout.

Elle avait tué Anahol. Il ne faisait pas de doute qu'il était le "quelqu'un" dont Hao avait parlé. Elle l'avait pourtant tué.

Tout s'était passé si vite... Ils étaient tous dans la voiture. Marco conduisait et discutait avec Tamao et elle à l'arrière. Tamao était si gentille, si naïve... Et Lyserg aussi était là, tout en sourires et en projets. Comment pouvait-elle se laisser faire avec eux tout autour? Elle avait vu arriver le pinceau de lumière du Sphinx sur eux, et sans même réfléchir elle l'avait arrêté d'un geste de la main. Les X-Laws avaient réagi ensuite. Marco avait annulé son Over-Soul pour se mettre en position d'attaque, Lyserg les avait tous protégé des grandes ailes de Zeruel, et Shamash avait tué l'adversaire avant qu'il ne puisse attaquer de nouveau.

Anahol. Ce nom résonnait en elle, la ramenant à un autre homme qu'elle avait tué, une autre faute qu'elle portait. Mais il fallait qu'elle se concentre.

Elle avait tué l'envoyé d'Hao. Cela ne lui plairait pas. Il fallait qu'elle emmène Marco et les autres loin de là, qu'elle retrouve les X-II, qu'elle, qu'elle... Son sang battait lourdement à ses tempes.

"M-marco..."

Elle allait pour se retourner, pour les rejoindre, mais elle se figea soudain.

Je pourrais mettre ton monde en pièces

Entre elle et les autres se dressait une tache noire. Un long manteau opaque, un chapeau à plume, des cheveux sombres... Rackist. Il ne la regardait pas, mais elle le vit attraper Manta sous les aisselles, et Tamao par le cou. Que...?

Saisie de panique, elle convoqua Shamash, fit un pas vers eux, et sentit son Over-Soul exploser. Le choc la jetta à genoux.

Rackist n'aurait pas pu faire cela. Sa détermination vacilla alors qu'elle se relevait pour faire face à Hao. Il ne semblait pas surpris. Déçu, peut-être, ou amusé, mais pas surpris. Il s'y attendait, Jeanne sentit soudain, il savait bien qu'elle ne se coucherait pas. Cruel personnage...

"Tu n'as pas été sage," dit-il doucement. Il était à quelques pas d'elle, observant les deux Archanges qui combattaient derrière elle. Rackist était plus rapide, Marco avait plus de force brute: lui comme elle savaient l'issue d'un tel combat. "Pas sage du tout, même," il répéta, comme absorbé dans le spectacle des fantômes.

Jeanne se sentait trembler. Son cerveau n'arrivait pas à tourner, elle retomba sur leur précédent dialogue: "J-je vous avais dit. Je ne pouvais pas... je ne peux pas... pas comme ça...
- Pas comme ça? Comment, alors?" Il semblait honnêtement intrigué, comme s'il attendait d'elle ses conditions.

Mal à l'aise, elle ne savait que répondre, quand elle entendit une explosion derrière elle, un cri de Manta. Immédiatement elle sût ce qu'elle devait dire: "L-laissez-leur la vie."

Il secoua la tête, comme blasé, fatigué de ses petites protestations faibles. "Pourquoi le ferai-je? Tu n'as pas respecté ton contrat, petite Maiden, et maintenant tu me donnes des ordres..."

Cela n'a aucun sens

Elle se sentit rosir. Pourquoi n'arrivait-elle pas à se reprendre? Malgré tous ses efforts, son corps se raidissait, son esprit s'emplissait de peur. "Anahol a tenté... Il a voulu..." Elle bafouillait, rouge, cherchant à se justifier. Il ne pouvait pas lui faire croire que l'Égyptien n'aurait pas blessé Marco, et Tamao, et tous les autres... Elle avait vu le rayon du Sphinx venir; il était dirigé vers le commandant des X-Laws, et il aurait transpercé son cœur. Après cela, comment pouvait-il lui reprocher de l'avoir protégé lui...?

Le brun regardait le sol; elle ne voyait pas son visage. Il leva une main, coupant court à ses bégaiements terrifiés. "Je sais." Elle se tut, espérant presque, et le vit relever la tête.

Il y avait un sourire dur sur son visage. "Mais tu ne m'as pas fait confiance. Tu as imaginé que ma parole ne voulait rien. Il faut te punir pour ça." Et sa parole avait force de loi.

Elle n'avait rien à répondre à ça, alors elle se contenta de baisser la tête, de fermer les yeux. Que pouvait-elle faire d'autre? Elle avait été faible. Elle n'avait pas eu le courage d'aller jusqu'au bout, de se laisser prendre en échange des siens...

Sans les voir, elle entendit les échos de la bataille, les pas du brun qui se rapprochaient, sa respiration tranquille. Il s'arrêta juste en face d'elle.

"Il est temps d'en finir," souffla-t-il, et il lui caressa la joue avec une douceur toute factice.

Si je survis pour regretter avoir fait tout ça

Marco se laissait submerger par la panique. Entre eux et Jeanne Rackist s'était dressé, solide et noir et sans expression, et depuis qu'Hao était apparu le blond se battait de son mieux pour la rejoindre. Mais les secondes passaient, et Lucifel les retenait tous, Manta et Tamao que Rackist tenait presque dans ses bras et lui qui n'arrivait pas à dépasser l'arme de l'Archange.

Puis il entendit le cri de Tamao, et le temps s'arrêta. Il parvint à voir Jeanne, petite et sans défenses, et Hao tout près d'elle, la dépassant d'une tête, un sourire démoniaque au visage.

Il n'eut pas le temps d'hurler.

Ses beaux cheveux d'argent prirent feu les premiers. En quelques instants, sa fille chérie, sa protégée de toujours, sa Jeanne s'était transformée en torche vive.

Quelque chose de lourd tomba sur son crâne, et tout explosa en une pluie d'étincelles éblouissantes.


Alors qu'il n'y a plus aucune émotion à ressentir

A ressentir


Combien d'années s'étaient écoulées ensuite? Marco n'avait aucun moyen de mesurer le temps. Du couloir venait une lumière orangée, toujours la même, une lumière de crépuscule, de fin du monde. Il n'y voyait pas assez pour lire, ou écrire; mais de toute façon il n'avait pas les matériaux pour faire l'un ou l'autre.

Il avait bien essayé de trouver des mesures de temps par les repas auxquels il l'avait droit, les visites de Rackist, les changements de garde. Mais toutes ces variantes étaient irrégulières, on avait dû perdre tout intérêt pour lui. Il avait bien de la chance qu'on le nourrisse encore, tiens... ou bien de la malchance. Il n'était pas bien sûr.

Il passait la plupart de son temps dans un état de somnolence vague, l'esprit à moitié dingue à force de se heurter aux mêmes quatre murs. Au début, il se forçait à faire du sport tous les jours, à exténuer son corps et son âme pour s'extirper de cette folie douce; mais des semaines, des mois avaient passé sans apporter de changement, et sa force s'était érodée. Que restait-il à faire, sinon rêver au passé? Aux erreurs qu'il avait commises. Aux errances qu'il avait engendrées. S'il avait eu quelque chose avec quoi se blesser, se punir, il l'aurait fait; mais il n'avait même pas cela. Il avait bien tenté de ne plus manger, mais la faim avait eu raison de ses belles idées. Non, il était condamné au rêve, et au regret.

Tu ne sais rien

Mais ces derniers temps, ces rêveries avaient changé de tonalité, de couleur. Habituellement, ses lunettes le suivaient dans ses cauchemars: il fallait qu'il vit tout, qu'il subisse les pires injures en en voyant les moindres détails. Son esprit faisait briller ses pires souvenirs pour qu'il en souffrisse plus, inventait des fantaisies affreuses. Mais dans ces rêves là, il lui semblait avoir la tête au fond de l'eau, et ne rien voir.

Les premières nuits, il se trouva dans le noir complet. Bien qu'il en eût l'habitude, une impression étrange le submergeait, mélange de vague panique et d'immense tristesse. Peu à peu, il se mit à entendre des bruits sourds, comme un corps qu'on malmenait, mais il ne voyait toujours rien.

Sept nuits passèrent avant qu'il n'y ait de réel changement. Cette nuit là, il tomba dans le rêve sans s'en être rendu compte, et continua d'y chuter. Après des heures (ou des secondes?) il tomba sur quelque chose de dur, mais il ne se fit pas mal. Ses yeux, instinctivement, s'accrochèrent à une tache de lumière.

Il lui semblait que quelque chose de très important se déroulait devant lui, sans qu'il parvienne à distinguer les visages, les mots. Tout se passait comme s'il était dans un aquarium: l'eau brouillait le son et l'empêchait de garder son regard sur les deux figures de l'autre côté de la vitre.

Ce fut une "nuit" très frustrante, et le lendemain Marco ne fit que chercher à se rendormir. Et quand il y réussit... le voile se leva devant ses yeux. Il était assis, de la même façon dont il était assis dans sa cellule; mais à la place du sol poussiéreux, il y avait un fauteuil, et à la place des barreaux gris, il y avait une salle illuminée.

Tu es tellement inconscient des mots que je n'ai jamais dit

Pendant un moment, rien ne se passa. Ce rêve ne laissait pas le blond se lever, ou même bouger - son corps semblait figé dans la chaise, comme s'il n'était pas vraiment la personne assise là, qu'il ne faisait qu'observer une scène privée par une minuscule fenêtre dont il ne pouvait se dégager.

La panique commençait à enfler en lui quand il entendit un bruit, et remarqua quelque chose qu'il n'avait pas vue dans la lumière auparavant. Non, pas quelque chose. Quelqu'un.

Une jeune fille se tenait là, droite, immobile. Il distingua des longues jambes blanches comme de l'albâtre, une tenue pourpre, miroitante, une grande chevelure pâle - Jeanne?

Il aurait voulu l'appeler, mais là non plus, il n'avait pas accès à sa voix. C'était bien elle, cette fille aux yeux clos et immobile comme un pantin, sa Jeanne en armure d'Iron Maiden. Ou... non? En la regardant de nouveau, des détails le troublaient. Elle était trop grande. Ses cheveux étaient presque plus blonds que gris, elle était moins maigre et moins enfantine - comme une sorte de représentation enluminée de la sainte des X-Laws.

Puis il y eut un grésillement, comme trois petits coups frappés contre le sol, qui fit presque sursauter le grand blond. Marco fronça les sourcils et sentit son inquiétude augmenter en voyant la jeune fille devant lui s'animer, sa tête se redressant, sa posture se carrant un peu. Puis elle ouvrit les yeux, et Marco frissonna en voyant le regard vide qui se posa sur lui. A la place des yeux, en effet, cette... chose avait des abîmes d'un bleu électrique, lumineux. L'expression du visage familier était fermée, froide, comme prête à attaquer, et le blond refusa de penser que cela pouvait être Jeanne. Ce n'était qu'une figure de cauchemar, nouvelle mais représentant comme toutes les autres une peur ou un regret qu'il avait...

Le grésillement réapparut, et cette fois-ci Marco en vit la provenance. Quelque chose bougeait de l'autre côté de la scène. Une silhouette fine et minuscule s'avançait en titubant, éblouie par la lumière. Puis elle se retourna vers le spectateur de cet étrange spectacle.

N'était-il pas évident que nous arriverions forcément

A un endroit où nous ferions des erreurs

Marco se demanda s'il devenait fou. Ce rêve était décidément très étrange - était-il malade ? Cette fille, c'était Jeanne. Mais pas Jeanne grande, Jeanne assurée et chef des X-Laws, non. Dans ces vêtements troués, cette coupe courte, cette maigreur maladive, elle semblait avoir cinq ans, et peut-être qu'elle les avait. Elle ressemblait à la fillette qu'ils avaient ramassée au mont Saint-Michel, si longtemps auparavant. Elle sembla prendre une grande inspiration...

Puis elle courut vers l'Iron Maiden.

Celle-ci ne semblait attendre que ça. Ses mains se nimbèrent de bleu, et une statue d'Alapega se matérialisa devant l'enfant, qui l'évita à peine en se jetant à terre. Se relevant immédiatement, celle-ci forma un Over-Soul, et une des grandes chaises de l'Inquisition chercha à attraper la Maiden - mais celle-ci n'était plus là.

Bougeant plus vite qu'elle n'aurait dû pouvoir, elle était apparue aux côtés de la plus jeune. Elle attrapa l'enfant à la gorge et la jeta sur le sol. Son crâne rebondit contre le plancher dans un bruit sourd. Sans attendre, la plus grande lui envoya un coup de pied dans le flanc, l'éloignant d'elle.

Marco se débattait de son mieux pour se redresser, courir vers la petite qui devait avoir un traumatisme crânien et quelques côtes cassées. Mais il ne pouvait pas bouger, et déjà elle se relevait en toussant. Une attaque de l'autre chercha à la cueillir au cœur, mais elle avait réussi à créer un bouclier scintillant. Pendant quelques instants la petite put respirer, se tenant la gorge à deux mains. L'autre avança d'un pas, et une masse immense se matérialisa. La petite la vit, sauta sur le côté, mais elle n'allait plus assez vite. La masse tomba sur sa protection.

Tu n'as vu que la beauté des choses, eh bien -

Le bouclier de la silhouette plus petite se brisa, et d'une volée d'énergie la terrible Iron Maiden l'envoya au sol. L'enfant roula plus loin en grésillant; une fois qu'elle s'immobilisa, le grésillement s'amplifia et sa forme se brouilla, comme si elle clignotait. L'Iron Maiden conjura un bloc d'acier au-dessus d'elle; et Marco, horrifié, ne put détourner le regard alors que ce dernier tombait sur la petite fille dans un bruit terrifiant. Une vague nausée prit le blond alors que le bloc se désagrégeait... mais il n'y avait rien en dessous. La petite avait totalement disparu.

L'autre, qui s'était immobilisée dans la posture de sa dernière attaque, se redressa. Ses mains retombèrent ballantes contre son corps, et elle sembla se retransformer en pierre. Seuls ses yeux continuaient de luire d'un éclat glacé. Marco frissonna.

"Beau spectacle, n'est-ce pas," souffla une voix à son oreille.

Voici la laideur -

Si Marco ne sursauta pas, c'était probablement parce qu'ils étaient dans un rêve. Cette voix...! Incapable de commander à ses jambes, il tourna la tête, et reconnut Hao, qui s'était redressé, et le regardait avec... curiosité? Amusement aussi, évidemment, toujours, mais... quelque chose d'étrange nageait dans les yeux sombres du Shaman King.

Tout ceci devait être un cauchemar. La mort brutale de cette gamine, l'apparition de l'ennemi, son immobilité forcée - tout cela le lui prouvait facilement. Il n'avait qu'à attendre de se réveiller et -

"Ne t'inquiètes pas, ce n'est pas un rêve, mon cher Marco. C'est bien réel, du moins pour toi et moi. Pour elle... Eh bien, ça doit y ressembler drôlement."

Cette putain de voix. Marco ne se rappelait pas combien de fois il avait imaginé tordre le cou gracile de ce poulet arrogant, cet homme qui avait osé lui prendre sa fille, et qui venait la torturer jusque dans ses rêves... mais il allait bientôt réaliser ce fantasme, visiblement. Dès qu'il pouvait se lever. A la place, il commença à grogner, "Que lui avez-vous fait, espèce de...
- Chh, pas d'insultes. D'abord parce que je devrai te châtier si tu t'obstines, et ensuite parce que je ne suis pas responsable de ce que tu vois."

Il n'allait certainement pas lui obéir! Ouvrant la bouche, le blond prépara une nouvelle attaque. "Vous-"

Hao leva une main, et Marco ne put plus parler. Choqué, il leva une main vers son visage, mais n'y trouva qu'une surface lisse. Mais avant qu'il ne puisse paniquer, le brun avait recommencé à parler. "Une question plus intéressante que celle que tu veux poser serait: comment es-tu, toi, arrivé ici? Je n'ai qu'une théorie, je dois te l'avouer."

Marco cligna des yeux, et instinctivement voulut parler, malgré l'artifice du Shaman de feu. Sa bouche s'ouvrit, et en sortit un faible, "où...?"

Hao ricana. Tout faible petit homme qu'il était, Marco semblait avoir une compréhension instinctive des règles de ce lieu. Ou alors il aimait simplement trop parler. Cette dernière possibilité lui semblait plus probable. "Nous sommes dans les Great Spirits, Marco, dans une société fermée qui n'appartient qu'à une personne."

Voici la laide vérité...

Marco sentit un vent de panique se lever, et il baissa les yeux sur son corps. Son uniforme... était trop propre, trop neuf, il -

"Mais je ne suis pas... Je ne suis pas...!"

Hao rit doucement. "Du calme, du calme. Tu n'es pas mort... de façon permanente, du moins. Ton âme doit bien sentir qu'elle est effectivement prisonnière dans son corps, alors elle vagabonde. Je m'y attendais plus ou moins, mais je n'imaginais pas que tu parviendrais à entrer dans le Great Spirits, et à fortiori dans ce lieu..."

Ce lieu. Marco se força à faire fonctionner ses méninges rouillées, à produire un sens. Dans les Great Spirits, une société fermée, où des fantômes qui ressemblaient à Jeanne se battaient à mort... où pouvait-il être arrivé?

Hao vint s'appuyer contre son fauteuil, et Marco s'en leva en un bond, s'éloignant de lui. Cela ne fit que le faire rire, un peu, alors qu'il regardait ses ongles. "Tu te souviens de ce qui s'est passé, n'est-ce pas? Jeanne est morte en me désobéissant. Elle a eu peur, cette gamine, et en a payé le prix."

Tu vas sentir la morsure

Marco ne comprit pas la moitié de ce récit. Ce qu'il comprit, c'est qu'Hao mentait, et crachait sur la tombe d'une enfant qu'il avait - "Vous l'avez assassinée! Elle n'a fait que se défendre et nous défendre, et vous l'avez regardée dans les yeux, et vous l'avez tuée!"

Hao le laissa crier, le laissa vider sa poche de haine et de rage et de douleur. Après tout, il la remplissait depuis quelques six années, il fallait bien que ça explose. Puis il l'arrêta, à nouveau, d'un geste négligent: "Chh, du calme. Il y a des années que cela s'est passé, il n'est plus temps d'y songer. Je ne faisais que le rappeler parce que cela pourrait t'éclairer sur ce que tu as vu."

Avouer qu'il ne comprenait pas n'était pas possible dans l'esprit de Marco, pas devant le sourire éclatant et l'arrogance ouverte de l'homme devant lui, mais il n'en eut pas besoin. "Nous sommes dans la société qui contient, et qui appartient à, l'âme de ta chère demoiselle de fer."

De mon cœur couvert de blessures

Marco allait recommencer à hurler, il l'aurait fait quelques mots plus tard. Mais dès qu'il avait compris de qui l'autre parlait, il s'était figé. Instinctivement il regarda autour de lui, cherchant un signe, quelque chose comme un bruit de pas. Si elle était là - si ce spectacle nauséabond n'était pas destiné à le dégoûter lui - elle viendrait forcément le voir! Perdu, il bégaya: "J-Jeanne est ici...? C'était elle qui...?

- C'était elle que tu as vue, oui." Hao n'avait pas bougé, ne semblait pas inquiet.

Son calme apparent fit apparaître une sonnette d'alarme dans la tête du blond, qui se retourna de nouveau vers son ennemi et croisa les bras, sceptique. "Et l'autre...?"

Hao leva un sourcil, et ses lèvres s'étirèrent en un sourire sinistre, machiavélique. "Quelle autre?

- Comment ça - il y avait bien deux filles à l'instant," s'énerva Marco en montrant l'Iron Maiden figée devant eux. S'énerver était plus simple. S'énerver était un geste familier qui lui permettait de reprendre un peu de contrôle sur le monde autour de lui - et parce qu'il comprenait ça, Hao ne lui en voulut pas. C'était plutôt drôle, en fait, de le voir s'agiter comme avant. Clément, il décida d'éclairer la petite loupiote du cerveau de son interlocuteur.

"Tu veux t'asseoir?"

Cela, évidemment, dérouta le blond en pleine vocifération. "Hein?"

Le grand brun fit un geste ample de la main, et soudain un autre fauteuil apparut derrière Marco. Mal à l'aise, celui-ci considéra la chose, mais resta debout. "Comme il te plaira," fit le roi avant de se laisser tomber dans le premier siège, croisant les jambes. "Pour en revenir à la question de cette société, elle appartient bien à Jeanne. Je peux altérer ce lieu car je suis le maître du Great Spirits. J'en ai profité pour nous faire des fauteuils - c'est quand même plus confortable qu'à même le sol. Mais le reste, c'est elle. Il s'agit de sa propre société, après tout."

Marco fronça les sourcils, un peu perdu. Il semblait presque éviter de dire le nom de Jeanne, c'était... "C-c'est-à-dire, c'est elle? Quel est cet endroit? Et cette..." Il fit un geste vers la jeune fille toujours immobile sur la scène. On eût dit une statue.

Hao sourit devant le frisson qui prit Marco. "Ne t'inquiètes pas, il ne t'arrivera rien. Elle ne nous voit pas. J'ai fini par conclure qu'il s'agissait vraiment d'une salle de théâtre, ou du moins de tout ce dont elle a besoin pour y croire. Elle a la scène, juste devant, et l'audience est plongée dans le noir. Mais si tu avances par là, tu trouveras vite un mur. Ce n'est pas un grand espace...

- Ce n'est pas ma question," le coupa Marco avec une colère rentrée. Il ne le laisserait pas éviter toutes ses questions ainsi.

Hao fit une pause, comme s'il considérait l'idée de transformer Marco en quelque chose de petit et gluant. Puis il abandonna l'idée, estimant que l'objectif était déjà atteint sans lui, et s'inclina gracieusement. "Très bien, si tu veux rentrer dans les subtilités dès maintenant... Tu as vu comme moi, hm? Les deux ressemblent à ta chère Jeanne, sans qu'aucune des deux ne soit vraiment elle. Maintenant je te dis que personne à part ces deux-là n'existe dans ce monde en tant qu'habitante permanente. Tu en conclus donc que?"

Les murs sont en train de s'écrouler

Marco cligna des yeux, croisa les bras. Que? Aucune des deux, en effet, ne ressemblait vraiment à sa fille. La grande était trop froide, morte, mortelle. La petite trop mal assurée, maladive, effacée... Jeanne n'était rien de tout ça.

"Non, évidemment, tu n'en conclus rien. J'oubliais que les subtilités shamaniques te dépassaient, mon pauvre Marco. Bref, ce qu'il faut comprendre c'est qu'elles sont toutes deux Jeanne, et moins qu'elle en même temps. Son âme s'est scindée en deux en arrivant ici. Ne me regardes pas comme ça, je n'y suis pour rien. Au fil des années et de ses pensées, j'ai appris donc qu'elle a cherché à expulser sa part faible, celle qui l'a tuée ce jour-là -"

Evidemment, Marco le coupa encore. "C'est vous -

- De son point de vue," la voix d'Hao s'était durcie, de son point de vue, non, c'est elle. La petite que tu as vue, en fait, celle qui a peur, qui est faible, celle aussi qui t'aime bien et s'est finalement laissée tuer pour que toi, tout seul, tu vives." Pause ricanante.

Marco, confus, ne put que murmurer: "Comment...?"

Hao était beaucoup trop jovial à son goût: "Oui, c'est elle que tu dois remercier pour toutes tes années en prison, tout seul, dans le froid et la folie. N'est-elle pas clémente?"

Ils ne sont pas assez solides pour tenir

"Ne- ne tordez pas la réalité! Elle m'a sauvé la vie!" Marco ne pouvait s'empêcher de se sentir choqué. Pourquoi Hao lui racontait-il tout ça, au fond? Cela rentrait trop dans ses peurs, dans ses délires personnels soudain - l'impression qu'il ne s'agissait que d'un rêve lui revint. Mais Hao secoua la tête.

"Si c'est un rêve, c'est logique que vous disiez le contraire," balbutia tout de même le blond, ce qui fit rire son interlocuteur.

"Reconcentres-toi, Marco, tu perds le fil. Nous avons parlé de la petite.

- Et donc... l'autre...?" En effet, il se sentait un peu divaguer. Son cauchemar était peut-être en train de se déliter - ou, si Hao avait raison, son âme cherchait à retourner à son corps. Fermement, il chercha à s'ancrer en ce lieu, serrant ses poings, inspirant plus fort. Il ne devait pas partir avant d'avoir le fin mot de l'histoire, qu'Hao était justement en train de lui donner.

"L'autre, c'est sa part forte, celle qu'elle n'a pas réussi à être. Celle qui te laisserait mourir sans battre un cil, celle qui est belle, grande, forte, celle qui - croit-elle - aurait pu me vaincre."

Nous sommes vides mais ouverts

À une vie que nous avons brisée

Pause aiguë, le sang battait aux tempes de Marco soudain. "Elle aurait pu?

- Non. Au bout du compte, ça reste une question de points, elle était trop faible. Mais ça, tu le savais avant de l'envoyer dans le carnage, petit Marco."

Envie de le frapper soudain. Marco serra encore plus le poing, ne dit rien. Sa face livide semblait hilarante au Shaman King. Peu désireux de s'étendre sur le sujet, il reprit: "Et ce que j'ai vu..."

Hao acquiesça d'un air appréciateur, comme s'il venait de mentionner un bon vin. La pulsion violente revint se loger dans l'esprit du X-Law. "J'aime beaucoup venir le voir, ce joli spectacle qu'elle donne. C'est un cycle continu: sa part faible apparaît, se reconstitue sur cette scène, tente de combattre sa part forte, et disparaît juste avant de mourir, à chaque fois. Le comique de répétition est très intéressant... Mais maintenant que c'est terminé, je ne sais pas trop pourquoi tu restes là."

Juste alors qu'il prononçait ces mots, un bourdonnement se fit entendre.


Devons nous partir

Devons nous partir

Tu ne sais pas


Elle filait le long d'une rivière. L'eau était tiède autour d'elle, parfumée, entêtante. Pour la première fois depuis ce qui lui semblait des siècles, l'albinos ne souffrait pas. Elle se laissait ballotter, faisant confiance au courant, à cette douceur. Tant qu'elle n'avait pas à la quitter, cette rivière dorée, rien ne lui importait vraiment...

Puis une main lui attrapa le bras, et la traîna sur le côté. Faiblement, elle se débattit. Pourquoi venait-on la déranger? Elle était si bien dans cet endroit! Mais elle était trop faible pour se dégager, et les bras puissants de l'inconnu la soulevèrent hors de l'eau pour l'amener sur un tapis d'herbe humide.

Pendant un moment, rien d'autre n'advint, et Jeanne, bien que la rivière lui manquât, se trouva presque à l'aise. Du moment qu'elle pouvait se reposer...

"Jeanne, réveille-toi," souffla une voix au-dessus d'elle. Ou était-ce le vent? Ce n'était que le vent. Souriante, Jeanne secoua la tête. Elle était bien... "Allez, Jeanne, nous devons parler avant qu'il ne te retrouve." Le vent était quand même sacrément articulé. Puis quelqu'un lui prit la main, et elle ouvrit des yeux paresseux. "Jeanne..."

Il y eut un court instant où elle ne reconnut pas la personne au-dessus d'elle. Puis Sâti sourit, et l'albinos sût que quelque chose était en train de se passer. La rousse la prit par les épaules, l'appuya contre elle, et commença à lui caresser le front. A chaque passage de cette main étrangère, l'albinos se sentit retrouver ses sens. La fatigue quittait ses membres lourds, la douleur sortait de son esprit torturé... et bientôt au fond d'elle une lueur se ralluma. "Où... sommes nous?"

Sâti posa sa main à plat sur le front de l'enfant. "Dans ma société particulière. C'est là que se sont réfugiés les Gandhara lorsqu'Hao a gagné. Ne t'inquiètes pas, si nous allons assez vite, il ne te trouvera pas."

Jeanne hocha la tête. Elle se souvenait, maintenant. Le pacte avec Hao. Anahol. Sa mort. Son apparition dans le Great Spirits, un néant noir autour d'elle, et soudain cette forme d'elle qui la menaçait, la frappait, cherchait à l'éliminer, et y parvenait toujours...

"Je suis morte depuis longtemps, n'est-ce pas...?"

Tu es si aveugle devant les mots que je n'ai jamais dit

Sâti acquiesça. "Voilà des mois que je cherche à te recontacter, mais tu étais presque toujours surveillée. Hao semble... prendre plaisir à te regarder, et je ne pouvais pas me montrer sans le mener à nous. Aujourd'hui, je ne sais pourquoi... Je crois que son attention s'est détournée de toi, un instant à peine peut-être, mais c'était suffisant."

L'albinos fronça les sourcils. Pour une raison qu'elle ne comprenait pas bien, il n'y avait rien de choquant dans le discours de Sâti. Elle avait l'impression de redécouvrir des souvenirs oubliés... "Oui... quelque chose... depuis quelques jours, quelque chose était là-dedans avec moi. Je ne savais pas quoi... " Elle fit une pause, chercha à rassembler ses pensées. "Il ne peut pas venir ici? Pourquoi? N'est-il pas le maître de ce lieu...?"

La rousse ferma un instant les yeux, souriant plus largement. "Je suis heureuse de voir que tu reviens à toi entière, Jeanne. Hao... ne sait pas vouloir correctement. Il aime à te voir souffrir, il aime à visiter les mondes différents de cet espace, mais... il semble que certains endroits lui soient interdits. Ma théorie est qu'il a des envies contradictoires. Le meilleur exemple, c'est sa mère, qui vient parfois ici. Il a tellement envie de la retrouver... mais il a peur de ce qu'elle lui dirait, et il passe devant elle sans la voir. Quant à nous - il a envie de me trouver, de m'éliminer ou me contrôler... mais - c'est une théorie - il a peur de ce qu'il deviendra sans ennemis. Il passe devant cette bulle sans jamais s'y intéresser ou y pénétrer; je pense qu'il n'en est pas capable. Et tant mieux pour les miens."

Le regard de Sâti quitta Jeanne, se perdant vers l'horizon. Jeanne fit de même et remarqua le monde autour d'eux. La petite fille aux cheveux blancs bondissait sur une colline au loin, poursuivie par deux jeunes filles. Le vieil homme était assis en dessous d'un arbre... Et le grand roux qui ressemblait à Hans était les pieds dans la rivière; il devait être celui qui l'avait tirée hors de l'eau.

Jeanne revint à elle-même. "V-vous me... Vous cherchiez à me recontacter. Que vouliez-vous me demander?"

Sâti redevint grave. "Ce monde est un cul-de-sac, Jeanne. Il végète. Nous sommes coincés ici, sans pouvoir ressusciter au risque d'attirer l'attention d'Hao. Quant à lui - il ne fait presque plus rien, il n'a pas d'idée directrice. Le monde du dehors souffre et lui passe son temps à jouir de la souffrance des vaincus. C'est un cycle éternel qui s'est instauré. Il n'y a plus d'issue pour personne... à part si tu interviens."

Jeanne fronça les sourcils.

"Chaque fois que tu parviens à t'éloigner, la rivière t'amène ici. Alors je t'explique tout, je te soigne, et je te renvoie... Mais à chaque fois que tu es vaincue par ton autre toi, tu oublies tout, et nous sommes renvoyées au point de départ. Il ne tient qu'à toi de nous sauver tous, pourtant."

Pause sceptique. "Vous... pensez que je peux le vaincre?"

Cette fois-ci, les yeux de Sâti s'obscurcirent. "Le vaincre? Non. Non, désolée... c'est bien trop tard pour une telle initiative. Mais je peux te proposer autre chose.
- Autre chose?"

N'est-il pas évident

Hochement de tête. "Oui. Tant qu'il est à l'intérieur de ce monde, Hao... n'a plus tout à fait le pouvoir qu'il a à l'extérieur. A l'extérieur, il est invincible, puisqu'il puise dans les ressources de ce monde-ci pour l'influencer; et il n'y a de toute façon personne d'assez puissant pour le vaincre. Mais ici... Ici, il redevient vulnérable. Quiconque sait puiser dans les ressources de ce monde peut l'influencer. Surtout quand cette personne a passé tellement de temps dans la souffrance. Ton énergie, Jeanne, est énorme, et elle est ancrée profondément dans les fibres des Great Spirits."

Jeanne voulut acquiescer, regarda ses mains. Elle ne sentait absolument pas son furyoku - reyroku maintenant? Comme si elle était humaine. Hésitante elle chercha à rassembler son énergie. N'y parvint pas.

"Je n'y... arrive pas...?"

Sâti acquiesça, l'air sombre. "Tu te souviens de ce que tu faisais dans ta société? De ce qui se passait dans ce monde-là?"

De vagues images de combat contre quelqu'un lui revinrent à l'esprit. Quelqu'un... de grand, de fort, qui la fixait d'un regard accusateur... "Je me battais contre... contre l'Iron Maiden," fit-elle, la gorge sèche. "Contre une... image? de l'Iron Maiden. C'est lui qui...?
- Non," fit Sâti avec douceur. "Il ne fait que regarder.
- Donc... c'est moi." Jeanne avait la gorge un peu sèche. Et si je l'ai matérialisée dans ce monde... elle a tout le pouvoir que je n'ai pas, tandis que je suis... redevenue la petite enfant d'avant. C'est ça?"

Sâti inclina la tête. "Je n'ai pas accès à ton monde, mais c'est ce que nous avions établi ensemble. Elle est capitale pour le plan. Tu dois récupérer cette part de toi.
- D'accord..." L'albinos était un peu perdue. "Quel est votre plan?"

Elle n'avait même pas songé à refuser. Sâti sourit, et lui expliqua tout.


Que nous parviendrons toujours

A un moment où

Nous ferions des erreurs?


Le bourdonnement s'était amplifié en tremblement de terre miniature. Hao, qui était assis, n'avait pas bougé, et l'ennui était toujours peint sur son visage. Marco, lui, tomba à demi sur sa chaise. Il se serait sûrement fait très mal s'il était plus qu'une ombre en ce lieu; là il se contenta d'avoir l'air ridicule un instant avant de se redresser. "Q-que se passe-t-il?"

Hao haussa les épaules, se redressa un peu. "Du changement. C'est toujours intéressant."

Le grésillement du tout début était revenu. Comme la première fois, la posture de la Maiden changea alors qu'elle faisait face. Ses yeux luisaient de nouveau, froids, meurtriers. Comme si elle était en colère. Marco avala sa salive. A la lumière des révélations d'Hao, il pouvait tenter d'imaginer pourquoi. Elle s'en voulait d'avoir été "faible"... humaine. Elle s'en voulait de ne pas être un monstre. Parce que ce qu'il avait devant lui, c'était un monstre de glace et de haine. Nausée.

Hao se leva d'un bond souple et se rapprocha de l'estrade. Marco le fixa, inquiet, et l'autre lui répondit d'un haussement d'épaules. "C'est rare que deux cycles soient aussi rapprochés. Tu veux venir voir de près?"

Le blond ne bougea d'abord pas. Il se souvenait des attaques surpuissantes qu'avait déployée l'Iron Maiden. Le sourire d'Hao s'élargit.

"Ne t'inquiètes pas, petit Marco, je te protégerai..."

L'idée le froissa, évidemment, et il se rapprocha à grands pas, grimpant sur l'estrade avant le roi. Au fond de son esprit, l'idée d'aider sa fille le tourmentait. Mais comment? Qui devait-il aider? Et comment? La souffrance présente de la jeune fille était évidente, mais quel changement permettrait de la protéger d'Hao...? Le monstre à côté de lui - le vrai monstre, pas elle, jamais elle, celui qui se repaissait de cette souffrance, de cette horreur - prenait du plaisir à la voir se déchirer à chaque fois plus. Combien de fois son âme pouvait-elle supporter un tel conflit? A en voir l'état de la scène - couverte de marques sanglantes, de trous, de griffures - la réponse ne serait pas satisfaisante. S'il avait l'accès à cet endroit maintenant, il devait y avoir une raison. Peut-être même l'avait-elle appelée.

Tu n'as vu que la beauté du monde, eh bien -

Et lorsqu'il vit l'enfant apparaître sous une trappe dans le plancher, comme éblouie par la lumière, il sut qu'il ne pouvait pas la laisser se faire attaquer de nouveau.

L'Iron Maiden avait déjà le halo de furyoku qu'il lui connaissait quand il se décida. La petite courait à nouveau, évitant une série de colonnes de fer qui s'abattaient derrière elle. Elle formait elle aussi une attaque, des étincelles courant le long de ses bras. Elle lança un jet acier vers son double, qui n'eut pas de mal à l'éviter - et trébucha sur le pied tendu d'Hao.

Un instant, Marco en resta choqué. Pourquoi - il avait dit qu'il n'était qu'un spectateur - de quel droit s'impliquait-il? C'était un jeu pour lui, peut-être cherchait-il à en voir plus, mais... Il avait dit qu'il y avait du changement... tentait-il de l'en empêcher?

La résolution se fit dans l'esprit du blond avant qu'il ne l'aie vraiment compris. L'Iron Maiden se préparait à riposter, des rochers lévitant légèrement devant elle. Alors l'ancien chef des X-Laws se précipita, et la heurta avec violence pour la déstabiliser. L'attaque de la Maiden échoua et la fillette put se relever. Son double, elle, était en train de se débattre dans les bras de Marco, qui n'arrivait pas à réfléchir. Elle était gelée - comme un bloc de pierre - comme une dame de fer - elle était -

En voilà la laideur -

Dans un cri de rage elle se dégagea, le jetant au sol. Cette fois-ci, son regard s'était fixé sur lui, et sa colère ne semblait qu'augmenter. Autour de sa main droite, une longue langue de furyoku crépitait, comme une épée.

Marco n'était là qu'en âme, il n'avait aucun moyen de former de furyoku ou de se défendre. Méchaniquement, il tenta de reculer, mais il n'allait pas assez vite. L'arme l'atteint d'abord à l'épaule, entaillant son bras, et cela fit mal. D'abord il ne comprit pas. Quand il était tombé sur sa chaise il n'avait rien eu, comme s'il avait rebondi sur de la mousse, mais là c'était différent. C'était son âme elle-même qui était déchirée, et il ne put retenir un hurlement. L'épée s'abattit de nouveau, le touchant à la jambe dans une explosion de douleur. Incapable de se mouvoir encore, il se recroquevilla, attendant un coup fatal.

Puis quelque chose heurta son attaquant dans le bas du dos, et elle lui tomba presque dessus. Son arme disparut, et entre ses bras levés Marco vit l'autre Jeanne la tirer loin de lui.

Entre deux respirations hachées, le blond tenta de fixer son attention sur les deux filles. La petite avait attrapé les bras de son double; l'Iron Maiden cherchait à se dégager mais n'y parvenait pas. Marco pouvait voir la bouche de la petite bouger, mais il n'entendait pas vraiment les mots. Elle criait, pourtant...

Puis elle attrapa son double plus âgé et la serra contre elle, criant quelque chose que Marco ne comprit pas. Une vague d'étincelles bleues partit des deux filles. Elle heurta Marco de plein fouet, le faisant rouler jusqu'au bord de l'estrade. Pendant un moment il resta là, étourdi. Lorsqu'il put enfin relever les yeux, il remarqua qu'Hao aussi était à terre, à quelques pas de...

De...?

Il n'y avait plus qu'une silhouette debout. Elle était grande... presque adulte. Pourtant elle n'avait pas la froideur, la pâleur de la Maiden, non, elle regardait le roi avec une espèce de... pitié étrange. Des étincelles bleues parcouraient tout son corps, ce qui rendait sa contemplation difficile.

En voilà la laide vérité

Ou était la petite? Marco n'était pas sûr de comprendre. Son corps lui faisait mal, mais il se força à se redresser, à se relever. Ses oreilles bourdonnaient. Les crissements des étincelles le faisaient grincer des dents. Lorsqu'il fut enfin debout, la fille avait avancé, se tenant juste au-dessus d'Hao. Celui-ci cherchait à se redresser; elle l'attrapa par le col et le souleva d'une main. "Que...?

- Tu as eu tord de nous sous-estimer," fit l'âme vagabonde, un grand sourire tordu barrant ses lèvres.

Les étincelles bleues envahissaient progressivement l'espace. L'une d'elles toucha Marco, qui sursauta et gronda de douleur; mais bientôt il subit de nouveaux chocs alors que les arcs électriques se multipliaient. Que se passait-il...? A en voir l'expression déroutée d'Hao, il n'en avait pas la moindre idée non plus. Une autre étincelle toucha Marco, le traversa plus lentement, et il se rendit compte qu'il ne s'agissait pas de simple décharge électrique. Il y avait bien de la douleur, mais c'était plus que ça, comme une matérialisation de rage et de volonté.

Jeanne attira Hao plus près d'elle. Le roi avait presque disparu de la vision de Marco, tellement il était encerclé d'ondes bleues. Le blond sentit qu'il en serait bientôt de même pour lui: des larmes lui vinrent aux yeux. Comment pouvait-il avoir si mal alors qu'il n'était là qu'en âme...? Dans un grognement, il tomba à genoux, aperçut Jeanne. Elle souriait toujours, mais d'un air plus doux, plus clément... "Marco, ça va aller," elle souffla, comme pour le rassurer.

Puis elle renversa la tête en arrière et hurla, une colonne de lumière l'embrasant toute entière.

"GREAT SPIRITS, EXAUCEZ MON VOEU!"

Voilà la laide vérité.


Quelque part, un cœur qui s'arrête, et l'univers qui explose.


Take straight steps over the blades
And never ever shed a tear -

What's this story where you're waiting for a savior
Cotton candy-tasting destiny
Decide for yourself what "Happy Ever After" should mean
If your happiness is elsewhere why not start over?
You are stupid! This is not your place
Whisper all of those blank faces
Write over and their words will vanish
Hear me make your voice roar in this hurricane
And if you need to destroy this world with a shout
Yes - the typhoon of your anger is boiling in your heart
But please don't back down because I believe in you!

Avenir, Alyss